Petit à petit, le climat se détendait dans la capitale et chacun vaquait à son poste sans que le roi ait à intervenir. Comme à son habitude, Davos, qui désormais, n'entrainait plus les recrus, s'engageait dans un combat au corps à corps avec un mannequin en bois. Concentré sur sa cible, il en avait oublié qu'il était observé depuis quelques minutes. Alors qu'il donnait un large coup de lame au mannequin, il trébucha et l'insigne de la Main du Roi qu'il portait sur sa tunique se détacha, pour tomber au sol. Davos grimaça face à une telle scène, ramassant l'objet, entièrement recouvert de boue:
« Ce n'est pas votre jour Chevalier Oignon ! Que vous arrive t-il ? »
« Cela ne m'étonne guère de vous voir en ce lieu Béric, rien d'important, quelques tracas communs à la capitale.. »
« Vous en trouverez toujours ici, le genre de complication qui vous coûte la vie.. »
Davos soupira et se gratta la nuque, angoissé. Trop de choses obscures avaient pris place à Port Réal et il redoutait le moment où elles s'abattraient sur le Donjon Rouge, emportant tout sur leur passage, telles des feuilles volant au vent.
« Parlez moi de vous chevalier »
« Parler de moi ? Cela me flatte de la part de la Main du Roi, seulement, mes réponses risquent de vous décevoir étant donné que mon passé reste très flou. Voyez vous, je ne me souviens plus de la ville où j'ai vu le jour, quant à mes parents, heureusement que quelques personnes m'ont rappelé des bribes de mon enfance, car sinon je n'aurais aucun souvenir d'eux.. Et pourtant, une famille est si importante, qu'on se demanderait comment les oublier.. Cela m'attriste mais il s'agit du prix à payer, lorsque l'on veut vivre..»
Le chevalier s'approcha de Davos pour frapper lui aussi la cible en bois. Face à de puissants coups, le contrebandier se remémora quelques batailles, dont celle de Blackwater, dans laquelle il avait perdu son fils. Une puissante culpabilité s'empara de son corps et face au trop plein d'émotions, il tourna les talons:
« M'abandonnez vous déjà ser ? »
Davos se figea au bout de quelques pas et passa frénétiquement sa main dans sa barbe grise, en guise de réconfort personnel. Ses yeux bleus s'assombrirent par la tristesse de la perte et il cacha son malheur en baissant un peu plus la tête, sentant le regard interrogatif de l'homme dans son dos. Lorsqu'il eut ravalé sa peine, le chevalier se retourna brutalement, affrontant le regard de son interlocuteur. Le doute qui s'y était installé l'obligea à se montrer fort et fier, car la Main du Roi ne devait pas pleurer:
« Votre Dieu, si grand qu'il est, peut-il ramener à la vie grand nombre de personnes ? Comment cela fonctionne t-il ? »
« Vous semblez intéressé Davos Mervault, je vous écoute.. »
« Pouvez vous ramener Matthos ? Mon fils disparu lors de la bataille dans la Baie de la Néra.. »
Le sourire de Béric disparu soudainement et il afficha une mine triste, rongée par la désolation de lui annoncer une telle chose. Être ramené à la vie était une manipulation complexe et méticuleuse. Le prêtre rouge ayant ce don, devait donner l'Ultime Baiser à la personne décédée. Cette action avait pour but de ressusciter mais n'était pas sans conséquences. Elle pouvait échouer si le mal avait été trop violent et surtout, ramener le mort dans un lamentable état. Arraché avec violence à la mort, cette dernière ne manquait pas d'avoir une constante emprise et se traduisait par un manque, petit à petit, de volonté de vivre. Béric ne dormait plus, ni ne mangeait, ne se souvenait plus de son passé et était forcé de sourire, d'un léger rictus, devenant de plus en plus inexistant sur son visage.
« Non chevalier, je suis désolé, le Seigneur de la Lumière ne peut exécuter cela.. »
« Et pour la princesse Shireen ? La fille de Stannis.. »
L'homme avait eu vent de cette tragique histoire et un frisson lui parcouru l'échine en imaginant l'effroyable scène. Certes, il donnerait sa vie pour R'hllor, mais ne consentait pas à l'immolation, surtout lorsqu'il s'agissait de son enfant. Malgré cela, à la pensée que cette décision ait été proposé par Melisandre, en faveur du Dieu rouge, il sentit une partie de lui acquiescer. Il n'était pas aussi radical que Thoros, cependant, cette religion, ayant fait ses preuves sur sa personne, Béric était désormais capable de savoir quel Dieu servir, et à quel roi prêter allégeance. Stannis avait été le meilleur parti.
« Non chevalier, j'en suis navré.. »
« Et Alaric ? Le membre de la garde, tué dernièrement par Kevan Lannister avec lâcheté »
Béric ne répondit pas et se retourna afin de faire face à nouveau au mannequin d'entrainement. Cette attitude plongea Davos dans une immense colère et il fonça, tête baissée, les poings serrés sur l'homme qui l'ignorait:
« Ne me tournez pas le dos Béric Dondarrion, je suis la Main du Roi, ne l'oubliez pas, alors répondez à mes questions ! Pourquoi ne pouvez vous pas ? Est-ce parce que vous n'avez pas les compétences requises ? Une telle religion est donc si complexe ? Pourtant, de ce que j'ai pu constater, elle n'apporte que malheur et brutalité, alors ne me dites pas que vous ne pouvez pas faire cela.. Melisandre a su faire mieux.. »
« J'implore votre pardon ser, mais je ne peux ramener vos morts ou j'y laisserai ma vie et croyez moi, le peu qu'il me reste m'est cher. Thoros le pourrait, seulement, au constat de votre récit, je pense que ces pouvoirs seraient dans l'inefficacité de les ramener à la vie.. Melisandre peut créer des ombres assassines, Thoros donne aussi la vie, mais à sa manière.. chacun sa spécialité Davos. »
Ce dernier réussi à se calmer et s'excusa d'un signe de tête. La tension qu'il subissait depuis quelques temps l'avait laissé hors de lui et il se jura de ne plus s'emporter. Il devait se montrer respectueux et représenter le Royaume. Il recula d'un pas et se racla la gorge, avant de reprendre d'une voix calme:
« Je vous prie de m'excuser Béric, seulement, mon esprit est tourmenté de questions et seul vous, pouvez y répondre. Défier ainsi la nature est une chose dangereuse et anormale.. Qu'avez vous ressenti ? Comment est-ce de l'autre côté ? »
Le chevalier ricana un instant, étant habitué à ce genre de questions. Il fit un pas dans la direction de Davos et une fois près de lui, posa une forte poigne sur son épaule, plein de conviction:
« Cette réponse ne vous donnera jamais satisfaction tant que vous ne l'avez pas vécu.. Je ne vous le souhaite pas mais je vais essayer de vous donner quelques pistes. Le froid, la nuit, le silence, cela vous semble t-il juste ? »
« J'essaie seulement de savoir dans quel monde s'est trouvé mon fils. Je le retrouverai, un jour »
« Ne dites pas cela chevalier, votre jour n'est pas arrivé et d'après le Seigneur de la Lumière, vous avez encore des choses à accomplir sur cette Terre ! »
« Valar morghulis... »
« ...Valar dohaerys »
Ils se retrouvèrent comme prévu dans les souterrains du Donjon Rouge, tunnels secrets connus de peu de monde. Melisandre observa Thoros, un sourire mutin aux coins des lèvres. Avec ses longs cheveux et sa barbe rousse, il avait une allure de mendiant et cette apparence la conforta dans l'idée qu'il s'était entièrement donné au Seigneur de la Lumière. Il se moquait de ce qu'il dégageait, restant avant tout fidèle aux convictions du Dieu rouge. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, ils se saluèrent mutuellement d'un signe de tête distingué, puis la prêtresse se tourna pour faire face aux squelettes de dragons, entassées dans un coin du tunnel, et illuminés de torches. Tout en plongeant ses mains fines dans les flammes, elle se retourna vers le prêtre:
« Le Seigneur de la Lumière a crée le soleil et les étoiles pour éclaircir notre chemin.. Il nous a donné le feu pour tenir la nuit en respect et nul ne peut soutenir ses flammes... »
« ...Nul ne peut soutenir ses flammes »
Une fois la prière annoncée, elle s'avança vers lui et contempla les cicatrices qui ornaient son front. Thoros affichait un visage froid et prétentieux, illuminé par des petits yeux verts étincelants de génie et d'espoir:
« Tu as changé depuis notre dernière rencontre, ramener ton ami à la vie a l'air de te coûter bien plus que tu ne le pensais »
« Le Maître de la Lumière n'est qu'amour, mais il reste sans pitié. Dis moi, Melisandre d'Asshaï, pourquoi m'as tu demandé de te rejoindre en ce lieu lugubre et discret ? »
« J'ai eu une vision Thoros de Myr, le fils de notre roi est atteint de feu sacré.. »
Il écarta de grands yeux ronds et prit machinalement le bras de la femme afin de la faire répéter. Ayant fais leur apprentissage ensemble, ils se connaissaient depuis des années et jamais, il n'avait eut une telle réaction face à la prêtresse. Il avait suivi un apprentissage à Essos, au temple de Myr, et avait retrouvé la femme à Volantis, où se trouvait le grand prêtre, leur supérieur hiérarchique. Une fois la fin de leurs épreuves, ils avaient enfin pu enfiler la robe rouge, pour servir amplement R'hllor et embrasser son culte.
« Je l'ai vu de mes propres yeux, tomber au sol pour être atteint de convulsions. J'ai pu sentir sa jambe brûlante.. Aussi ardente que le cœur du Seigneur lui même. Il est entré en contact avec lui, nous devons agir »
« Si le Maître de la Lumière prend possession de son corps pour communiquer, tu sais ce qu'il te reste à faire.. »
« Stannis sera facile à convaincre.. »
«En es-tu sûr ? Il s'agit de son unique héritier.. »
La prêtresse prit son visage dans ses mains pour contempler en ses yeux, les flammes qui y dansaient. Thoros aussi, avait la peau brûlante, signe qu'ils étaient bel et bien prêtre rouge, cependant, leurs dons n'étaient pas similaires. Contrairement à la prêtresse, il n'était pas ensorceleur d'ombres et donnait la vie d'une manière différente, l'Ultime Baiser. Ils étaient tout d'eux capables de voir le futur dans les flammes et de manier les poudres pour en confectionner des potions. De plus, à la différence de Melisandre, qui pouvait résister aux poisons mortels, Thoros pouvait illuminer les armes, notamment les épées qu'il habillaient de puissantes flammes. Béric, n'étant que chevalier et n'ayant pas suivi d'apprentissage au temple de R'hllor, s'était tout de même vu octroyé par son ami, ce don, afin de transformer sa lame en une arme redoutable, preuve de leur puissante amitié.
« Ce n'est pas tout, j'ai eu une seconde vision, beaucoup plus floue, mais je ne peux l'ignorer.. »
« Je t'écoute.. »
« J'ai vu les Marcheurs Blancs atteindre le Mur au Nord. Si elle s'avère véritable, nous devons agir aussi, et le roi Stannis doit y combattre »
« Justement, tu m'as conté ses exploits, dont le fait qu'il ait trouvé l'épée Illumination.. Mais des questions se bousculent en mon esprit, es-tu sûr qu'il est bel et bien celui que nous pensions et attendions depuis tant de temps ? Ne te trompes tu pas à son sujet ? Médite cela Melisandre, nous ne pouvons nous permettre d'échouer et d'envoyer un homme, surtout un roi, à une mort certaine.. »
« S'il est la réincarnation d'Azor Ahai, nous le saurons face aux Marcheurs Blancs.. »
Elle marcha lentement à côté de lui et laissa vagabonder sa main sur son épaule, avant de quitter les lieux, la démarche assurée et le visage arrogant:
« La Nuit est sombre et pleine de terreurs... »
« …La Nuit est sombre et pleine de terreurs »
Il lui répondit d'un ton sage et mesuré, avant de la saluer et de quitter lui aussi les lieux, les mains enfouis dans ses longues manches.
