Titre en vo : The Green Blade

Auteure : Verityburns (/u/2494960/verityburns)

Traductrice : Falyla

Paring : Sherlock Holmes/John Watson

Rating: T (pas de slash)

État de la fic en vo : complète. 15 chapitres.

Disclaimer : Rien n'est à moi. Sherlock Holmes et ses comparses appartiennent à l'univers de Sir Arthur Conon Doyle. L'intrigue m'a été aimablement prêtée par la merveilleuse auteure qu'est Verityburns. Je ne mets que mes modestes talents de traductrice à votre service pour vous faire découvrir cette histoire.

Sommaire : Un tueur en séries fait les gros titres, une police au désespoir, la prochaine victime déjà choisie, la confiance placée en Sherlock Holmes au plus bas, cette affaire va pousser la loyauté dans ses derniers retranchements…

Note de la traductrice : Voilà, la fin du suspens est proche. Je vous laisse apprécier le talent de Verityburns sur ce coup-là. Le dernier chapitre sera posté la semaine prochaine.

Bonne lecture.

La lame verte

Chapitre 14/15 L'élimination des hypothèses

- Comment ça, vous l'avez perdu ?

John se tourna, inquiet, tandis que Lestrade aboyait dans son téléphone.

- Hopkins, comment avez-vous pu perdre un type qui dépasse le mètre quatre-vingt et qui en fait toujours des tonnes dans un bâtiment rempli d'officiers de police ? Il passe difficilement inaperçu, pour l'amour du ciel !

Lestrade s'était penché en avant dans son agitation et maintenant, il vacillait sur le côté tandis que la voiture prenait un virage un peu brusquement.

- Faites attention ! aboya-t-il au conducteur.

John le poussa pour le redresser.

- Quand ? siffla-t-il.

Lestrade leva une main pour tenter de couper court au flot d'excuses qui émanait de l'autre bout du fil. John sortit son propre téléphone et appela Sherlock, les sonneries s'enchaînèrent puis vint la boîte vocale. Bien sûr, ça ne voulait pas dire grand-chose – Sherlock ne répondait à son mobile que s'il en avait envie.

- Ça fait presque deux heures, reporta Lestrade en coupant la communication avec Hopkins avec dégoût. Il y a tout un truc à propos de la vidéosurveillance - on vérifiera quand on reviendra.

- Aucun message de Sherlock, je présume ?

Lestrade fit une grimace.

- Je suppose que c'est un peu dur de laisser un message sans compromettre le fait que vous allez ficher le camp en douce.

- C'est juste, approuva John en grimaçant aussi. Écoutez, laissez-moi à la maison, voulez-vous ? C'est pratiquement sur le chemin. Je vous verrai au Yard un peu plus tard.

- Je croyais que vous étiez censé rester avec moi ?

- Le marché ne tient plus, lui dit John en mitraillant un texto disant qu'il serait à Baker Street en quelques minutes.

Sherlock était généralement plus enclin à répondre aux messages qu'aux appels mais cette fois, il n'y eut pas de réponse.

- Vous m'appelez si vous le trouvez ? requit Lestrade.

- Bien sûr, approuva John. Faites de même.

Tandis qu'ils approchaient du 221B, John vit quelqu'un frapper à leur porte d'entrée. Sa première pensée fut que Paul était de retour plus tôt et se retrouvait sans clé mais, alors qu'il sortait de la voiture, il reconnut son voisin à ses cheveux blonds coiffés de sa casquette de baseball.

- Tout va bien, Tim ? le salua un peu rondement John, espérant ne pas perdre de temps en conversation. Je pense que Peter est absent si c'est lui que tu cherches.

- Vraiment ? fit Tim, stupéfait. Il m'avait demandé de lui donner un coup de main cet après-midi – je frappe à cette porte depuis au moins cinq minutes.

Il sortit un mouchoir de sa poche et se moucha.

- Et il était censé me rendre la perceuse de Mrs T., se plaignit-il. Typique !

John avait sorti ses clés pendant ce temps et il ne voulait pas faire le pied de grue.

- Je lui dirai de te lancer un coup de fil dès que je le verrai, d'accord ? offrit-il. Mais ça pourrait prendre quelques jours.

Il déverrouilla la porte.

- Mrs T. ne va pas être contente, se tourmenta Tim. Tu n'as pas de clé pour le sous-sol, n'est-ce pas ? Je pourrais y faire un saut et la prendre.

- Désolé, s'excusa John en pénétrant dans le bâtiment.

- Je pourrais lui laisser un mot, décida Tim, qui se tenait toujours sur le pas de porte. Tu as un stylo ?

John fit le geste de tapoter ses poches mais il avançait déjà dans l'escalier.

- Écoute, il y en a un sur la table du couloir.

Il le pointa du doigt.

- Vas-y, je dois juste prendre quelque chose.

Il se rua dans l'appartement mais il n'y avait aucune trace de Sherlock. Une rapide vérification aux alentours ne révéla aucun signe qu'il était revenu ici depuis le matin.

- Je vais laisser le message ici, fit la voix de Tim depuis le bas de l'escalier. Merci, John. À plus.

- Salut ! répondit John en entendant la porte de refermer avec un bang.

Il alla dans sa propre chambre, récupéra son flingue et le glissa dans le creux de ses reins avant de redescendre dans le salon. Il se tint là un moment, dans cet espace familier, essayant de voir les choses avec les yeux de Sherlock. Bon sang, qu'est-ce qui avait bien pu lui faire renoncer à sa parole et pourquoi n'avait-il pas téléphoné ou au moins texté ? Il pouvait difficilement avoir été enlevé de force dans le bâtiment de Scotland Yard. Est-ce que quelqu'un l'avait contacté ou peut-être menacé ? Il se fit une note mentale de demander à Lestrade de vérifier les appels téléphoniques de Sherlock, bien qu'il l'avait sans doute déjà dans les mains.

Son regard se posa sur le crâne et il repensa à la manière dont Sherlock roulait des yeux chaque fois que John le fixait. Il s'avança vers lui et le souleva. Pas de drogue. Il secoua la tête et le reposa. Il eut un rapide aperçu de son visage à l'expression sinistre dans le miroir lorsqu'il se tourna pour s'en aller.

Mais où es-tu, bâtard insensé ?

Il se rua à nouveau dans l'escalier et sortit à la recherche d'un taxi – ils étaient toujours plus fuyants quand Sherlock n'était pas là.

oOo

- Réveillez-vous, réveillez-vous !

Sherlock grogna en essayant machinalement de s'éloigner de ce qui le poussait du coude si rudement dans les côtes. Il entendit un halètement puis il sentit soudainement un poids contre le côté droit de sa poitrine.

Il cligna des paupières, forçant son cerveau à se reconnecter avant de baisser les yeux sur la masse de cheveux sombres et bouclés. Le poids se retira lorsque Sally leva la tête pour le dévisager. Visiblement, elle avait pleuré, il y avait des traces de mascara sur tout le bas de son visage et son œil droit était enflé et à demi fermé. Le ruban autocollant qui couvrait sa bouche avait été réappliqué mais elle s'était arrangée pour en déloger la plus grande partie. Sa joue était rouge d'avoir été frottée contre… il baissa son regard et nota que sa propre épaule portait des traces d'adhésif.

- On s'en fout de votre veste, demandez à votre cerveau de mettre la première, siffla-t-elle.

Sherlock estima promptement la situation. De ce qu'il pouvait en déduire, il était dans une position identique à celle de Sally quand il était entré dans la chambre, sauf qu'il était du côté le plus proche de la porte. Il était à plat sur le dos, un ruban collé sur la bouche, les bras attachés au-dessus de la tête. Il testa le lien mais il était solide. Il rejeta sa tête en arrière et vit que les poignets de Sally étaient eux aussi attachés à la tête de lit mais elle avait réussi à se tortiller et elle se tenait maintenant à genoux sur le lit, à côté de lui.

- C'est la première qu'il sort et il ne sera pas long, murmura-t-elle. Il est même venu avec moi dans ces foutues toilettes !

Son visage pâlit.

- Oh, bon sang, il voudra probablement qu'on y aille ensemble maintenant…

- Mmmph ! se plaignit Sherlock avec urgence et elle se recentra.

- Oh, oui. Désolée. Il pourrait aussi nous tuer avant, de toute façon.

Elle ferma les yeux un instant.

- Oh, mon dieu… Bon. Prends une grande inspiration. Allez, Sally.

Elle fixa le ruban collé sur sa bouche, son regard remonta et rencontra le sien et elle haussa les épaules.

- Y a pas d'autre moyen.

Elle commença à abaisser la tête puis s'arrêta brusquement.

- Vous devez rester silencieux, l'avertit-elle.

La crainte que perçut Sherlock dans sa voix le fit plisser des yeux.

- Vous ne savez pas de quoi il…

Elle s'interrompit.

- Promettez-le-moi.

Il acquiesça impatiemment, elle fronça les sourcils mais continua. Il sentit ses dents écorcher sa joue tandis qu'elle tentait d'attraper en vain le bord du ruban. Après plusieurs tentatives, elle se redressa.

- C'est trop collé. Il continue à réutiliser le même avec moi.

Sherlock roula sur le côté pour lui donner un meilleur angle et elle fit un nouvel essai à l'autre extrémité. Elle soupira de soulagement quand elle réussit à soulever suffisamment le coin pour l'attraper fermement avec ses dents et le retirer puis elle se redressa en l'enlevant complètement avant de le laisser tomber sur le côté du lit.

- Vous allez bien ? demanda-t-il à mi-voix, tandis qu'il examinait les longues écharpes étroites qui les maintenaient attachés à la tête de lit.

Elle hocha la tête.

- Je ne sais pas combien de temps vous avez été inconscient, probablement au moins deux heures mais je pourrais tout aussi bien être loin du compte, c'est difficile de rester à jour. Il a dit qu'il vous faudrait encore une heure avant vous ne vous réveilliez.

Elle gloussa soudainement.

- Je suppose que prendre toutes ces drogues a été utile finalement.

Ses gloussements s'éteignirent dans un hoquet et elle parut très éprouvée.

- Ça va aller, la rassura Sherlock. Restez avec moi.

Elle serra les dents et opina du chef.

- Désolée. J'ai l'impression d'être ici depuis des lustres.

Elle prit de profondes inspirations.

- Voulez-vous… ?

Elle se pencha en avant et il mordit l'extrémité du ruban qui collait encore sur son visage tandis qu'elle se redressait.

- C'est mieux.

Sherlock cracha le ruban et termina d'étudier leurs liens. Il comprit qu'ils ne se dénoueraient pas rapidement. La tête de lit était ancienne, c'était du bois solide et ils étaient sécurisés à la barre épaisse qui longeait sa base. Il tendit ses muscles et tira mais sans résultat.

- Dites-moi ce que vous savez.

Il essaya d'avoir l'air rassurant bien qu'il se sentait un peu à court d'intensité devant une Sally qui ne crachait son venin sur lui. Elle inhala profondément et jeta un regard nerveux à la porte avant de se tortiller à nouveau afin qu'ils se retrouvent couchés l'un en face de l'autre.

- Eh bien, il vous a injecté une sorte d'anesthésique qui vous a rapidement fait tomber. Il ne rigole pas son truc ko en quelques secondes, dit-elle. Je suis descendue du lit et j'ai essayé de vous porter mais vous êtes plus lourd que vous n'en avez l'air – vous êtes tombé contre le mur et ensuite vous avez, en quelque sorte, glissé. Vous vous rappelez ?

- Je me souviens que vous m'avez appelé… et puis plus rien.

Elle hocha la tête.

- Pendant ce temps, il a rampé de l'autre côté. Il m'a fait l'aider à vous mettre sur le lit.

Son visage se crispa. Sherlock fronça les sourcils tandis que son regard se posait sur son œil enflé.

- Vous avez tenté de le combattre.

- Je suis officier de police, déclara Sally en réponse puis ses épaules s'affaissèrent. Ça n'a fait aucun bien. Il vous a attaché et…

- Oubliez cette partie et continuez, ordonna Sherlock. Pourquoi et quand est-il parti ?

Sally déglutit.

- Il a pris votre mobile, expliqua-t-elle en indiquant son manteau qui était drapé sur la coiffeuse mais Sherlock ne tourna pas la tête – il avait déjà enregistré tout ce qu'il y avait dans la chambre. Il a remis la sonnerie et a écouté vos messages mais il ne semblait pas inquiet. Puis il y a eu un texto il y a quelques minutes et il a simplement resserré mes liens, recollé le ruban sur ma bouche et il est sorti. Mais il a dit qu'il ne serait pas long.

Elle le regarda avec espoir.

- Est-ce que le détective Lestrade sait où on est ? Ils vont venir ?

Sherlock fit une moue désapprobatrice et Sally en resta bouche bée.

- Vous êtes venu là tout seul ? C'est vous qui êtes censé être intelligent !

- Je pourrais dire la même chose de vous, rétorqua sèchement Sherlock. En tout cas, pour la première partie, ajouta-t-il.

Elle lui jeta un regard mauvais.

- Retenez cette idée, indiqua-t-il. Nous allons probablement être utilisés l'un contre l'autre si nous avons l'air d'être des ennemis.

Il lui adressa un petit sourire légèrement triste.

- Ça ne devrait pas trop vous poser de problème.

Elle ouvrit la bouche pour protester mais il poursuivit.

- Vous avez été en contact avec quelqu'un d'autre ? Vous avez vu Moriarty ?

Il y eut une soudaine toux étouffée depuis le seuil de porte et une voix demanda :

- C'est qui, Moriarty ?

Les yeux de Sally s'écarquillèrent de panique mais Sherlock l'empêchait de voir. À moitié prise dans une quinte de toux et étouffée par une main, la voix était trop rauque pour être reconnaissable mais le ton contenait une sincère note de perplexité qui le déstabilisa totalement. Il fronça les sourcils de concentration comme si tout se réalignait et força son esprit à dépasser l'apathie induite par la drogue, il voulait savoir à qui il avait à faire avant de se tourner.

Il ôta mentalement Moriarty de l'équation et considéra ce qui restait comme un nouveau jeu de données distinctes, enleva les partis pris de ses précédentes conclusions et emboîta les preuves entre elles. Les blancs dans l'énigme prirent brusquement des formes familières. Sherlock ferma les yeux un instant, l'expression douloureuse. Merde, John avait eu raison depuis le début : son obsession avait obscurci son jugement dès le départ.

- Salut, Tim, fit-il avant de rouler sur lui-même.

- Mieux vaut tard que jamais, hein ? rétorqua Tim en s'approchant rapidement du lit, du côté de Sally.

Sherlock pivota pour le garder en vue tandis qu'il attrapait une poignée de ses cheveux et tirait sa tête en arrière. Puis il y eut un éclair d'acier quand il amena la lame contre sa gorge. Il soutint le regard de Sherlock.

- Restez silencieux, les avertit-il et les yeux de Sherlock s'ouvrirent en grand quand il comprit.

- Le texto venait de John. Il est ici.

Il tendit l'oreille mais aucun son provenant de l'escalier n'atteignait le sous-sol.

- Bravo. Maintenant, la ferme, aboya Tim.

Sally réprima un gémissement quand sa prise se resserra douloureusement. Elle ne pouvait pas voir ce qu'il tenait mais elle pouvait sentir sa froideur contre sa peau. Elle roula des yeux et tenta de se concentrer sur Sherlock mais elle arrivait à peine à le voir avec la tête dans cet angle. Elle dut se contenter de fixer le mur à la place et soudain, elle sut où elle était. Son esprit revint sur le week-end précédent quand Peter avait émergé du sous-sol du 221 et lui avait offert une main éclaboussée de peinture. Le mur était de la même couleur.

- Ne t'inquiète pas, il ne tentera rien, murmura Tim à son oreille. Vous êtes attachés et je pourrais vous poignarder tous les deux avant même que John n'ouvre la porte.

Il sourit et se pencha sur Sally tout en gardant les yeux sur Sherlock.

- Il sait que je vais te tuer de toute façon mais il ne sacrifiera pas sa vie pour une si petite chance de m'arrêter. Il attendra une meilleure opportunité.

Sherlock garda un visage impassible et la bouche close lorsque tous entendirent vaguement des pas dans l'escalier et la porte d'entrée claquer. Sally se mordit la lèvre alors que le silence tombait sur la maison une fois de plus. Tim la relâcha, se redressa et recula d'un pas.

- Ce sont des ciseaux de coiffeur, observa Sherlock, en examinant l'arme qu'il tenait. Ils sont chers et spécialisés, on peut donc très vraisemblablement les faire remonter jusqu'à toi.

Tim afficha un sourire narquois et les fit rapidement tournoyer sur ses doigts tandis que Sally essayait de se concentrer sur eux.

- Oh, tout à fait, approuva-t-il. Ils sont très chers. Acier molybdène, lames convexes avec des bords aiguisés comme des rasoirs… ils m'ont coûté plus de trois cents livres. C'est pourquoi j'ai déposé une plainte auprès de mon assurance quand ils ont disparu il y a quelques semaines.

Il haussa un sourcil.

- Je me demande qui a bien pu les prendre ? Un voisin, peut-être ?

Sherlock grimaça.

- Des ciseaux de coiffeur, répéta Sally en suivant le mouvement des lames tandis que Tim les ouvrait et les refermait rythmiquement. Pourquoi… ?

- Il est coiffeur, l'interrompit Sherlock. C'est évident.

Il examina Tim attentivement, notant que sa bouche se contractait devant la rudesse dont il avait usé avec Sally.

- L'endroit parfait pour les ragots, poursuivit-il. Je parie que dans chacun des bureaux où travaillait une des victimes, il y avait quelqu'un qui se faisait coiffer par Tim ou au moins dans le même salon. C'est lui le lien invisible, concéda-t-il. On aurait pu creuser dans la vie des victimes pendant des années sans jamais le trouver.

- Mais pourquoi se mettre brusquement à tuer des gens ? demanda Sally.

- Pourquoi tu ne lui expliquerais pas toi, Sherlock, invita Tim, le ton sombre et furieux. C'est toi qui sais tout, après tout.

- Son mari l'a quitté, lui dit Sherlock. Il a trouvé un autre homme.

- Adrian n'avait trouvé personne ! siffla Tim. Ce salaud l'a attiré loin de moi.

Ses jointures étaient blanches là où il serrait les ciseaux mais il recouvra progressivement son calme.

- La cinquième victime, fit soudainement Sally. Lors de son dernier coup de fil… elle a dit qu'elle allait peut-être se laver les cheveux – même si c'était tard le soir et qu'elle avait déjà pris un bain. J'ai pensé que c'était étrange.

- Dommage de ne pas l'avoir dit plus tôt, fit sèchement remarquer Sherlock.

Tim ourla ses lèvres.

- J'ai dû passer beaucoup de temps avec celle-là, dit-il, elle se croyait tellement maligne.

- Pourquoi est-ce que Sally est toujours en vie ? s'enquit Sherlock sans ménagement.

- Espèce de salaud !

Sally lui balança un coup dans la jambe et Tim rit. Sherlock ignora l'éclat.

- Si tu l'as attirée ici hier soir…

- Je ne suis pas venue ici, l'interrompit Sally. J'ai sonné à la porte voisine. Il a dit qu'il était Mr Turner, j'avais déjà entendu ce nom…

Elle fronça les sourcils.

- … par votre logeuse, je crois. Bref, c'était familier.

Sherlock garda son attention sur Tim.

- Donc tu…

- Oh, pour l'amour du ciel, on est restés là toute la journée, fit Tim. J'ai drogué son thé puis je l'ai amenée ici quand John et toi êtes sortis. J'aurais pris le risque de le faire pendant que votre télévision était allumée mais vous m'avez facilité la tâche.

Il chercha des signes de chagrin sur le visage de Sherlock et parut ennuyé de n'en trouver aucun.

- Elle était encore à demi consciente, je pouvais jouer la carte de la petite amie un peu bourrée mais il n'y avait personne alors je n'en ai pas eu besoin.

- Je ne rappelle rien de tout ça, fit Sally, ébahie.

- Les drogues administrées par voie orale prennent plus de temps à faire effet mais non, vous ne pouvez pas vous en souvenir, lui dit-il.

Son attention se reporta sur Tim.

- Alors pourquoi ne l'as-tu pas tuée hier soir ? demanda-t-il. Manifestement, tu as essayé de me piéger depuis le début et tu as neutralisé mon alibi en l'amenant ici. Tu aurais pu la tuer et t'en aller. Mais la garder en vie… ça n'a pas de sens.

Tim le dévisagea un long moment puis tourna les talons et siffla.

- Ah, c'est donc pour cette raison-là que tu es venu ici si imprudemment ! Tu croyais qu'elle était morte !

Il se mit à rire et son hilarité accrut l'expression frustrée de Sherlock.

- Oh, c'est trop bon.

Ses ricanements se changèrent en toux jusqu'à ce qu'il se frappe la poitrine pour se calmer.

- J'ai bien peur d'avoir changé les règles, dit-il finalement. Comme tu n'as pas été arrêté hier malgré la carte de légitimation, le témoin et la perruque…

- La perruque ! s'exclama Sally en tournant la tête.

Sherlock haussa les épaules et elle lui balança un autre coup de pied.

- Ah, vous deux, vous êtes impayables, fit observer Tim. C'est presque dommage de vous tuer. Je pense que vous garder attachés ensemble est une bien meilleure punition.

- Bonne idée. Pourquoi tu ne ferais pas ça ? commenta Sherlock d'une voix traînante.

- Une punition pour quoi ? exigea de savoir Sally. Je reconnais que moi je corresponds à vos critères de dingue mais si vous pensez que lui, il s'envoie en l'air avec des personnes… mariées, vous êtes complètement cintré. Il ne l'a probablement jamais sortie de sa vie.

Tim plissa les yeux.

- Et tu te proposes de régler son problème ? s'enquit-il. Parce que sinon je te conseille de surveiller tes manières.

Le visage de Sally pâlit. Tim afficha un sourire sarcastique et fit le tour du lit, du côté de Sherlock, en se tenant prudemment hors de la portée de ses pieds.

- Qu'en pensez-vous, Mr Holmes ?

Il ouvrit sa paire de ciseaux d'une chiquenaude et promena le bord de la lame sur la mâchoire de Sherlock, tout en maintenant le bord coupant éloigné.

- Est-ce que te faire tailler une pipe par cette pute sera ta dernière volonté ?

Sherlock sentit Sally trembler comme si le courage qu'elle avait regagné par sa présence l'avait brusquement déserté.

- Parle-moi de Neil Benson, déclara Sherlock, sachant que le nom de la victime de trop le distrairait.

La main de Tim retomba tandis que son visage s'assombrissait puis il recula.

- C'était un accident.

Sherlock haussa un sourcil.

- Comment peut-on enfermer quelqu'un pendant plus de douze heures puis le poignarder accidentellement ? s'enquit-il.

Tim se détourna en jurant à voix haute, Sherlock saisit cette opportunité pour jeter un coup d'œil rapide à Sally.

- Battez-vous contre moi, pas contre lui, murmura-t-il. Vous savez très bien le faire.

Elle le dévisagea un instant les yeux vides puis hocha la tête. Il se redressa juste au moment où Tim se retournait.

- Ils passaient régulièrement la nuit ensemble, se plaignit-il. Le bureau tout entier pensait qu'ils avaient une liaison. C'est très rare qu'un membre masculin des AA ait une marraine. Comment est-ce que moi j'aurais pu savoir qui elle était ?

Il avait l'air indigné.

- Mais pourtant tu ne l'as tué que le dimanche matin, murmura Sherlock. Tu ne voulais pas croire à son explication ?

Tim aboya un autre rire.

- Honnêtement, je commence à me demander pourquoi on te porte tellement aux nues, jeta-t-il. Tes déductions, c'est de la merde.

Il revint vers le pied du lit, deux paires d'yeux le suivaient à la trace.

- Il ne m'a rien dit du tout – c'est moi qui ai découvert les jetons de sobriété et toutes ces photos.

La compréhension se fit mais Sherlock poursuivit pour le bénéfice de Sally.

- La victime était un chrétien dévasté par la mort de sa femme, expliqua-t-il. Seule la crainte d'aller en enfer et de ne jamais la revoir l'a empêché de se suicider.

Il fallut un moment à Sally pour saisir puis elle tourna un visage choqué vers Tim.

- Vous voulez dire qu'il voulait que vous le tuiez ?

Tim haussa les épaules.

- Il avait peur que je n'aille pas jusqu'au bout s'il disait la vérité, expliqua-t-il en se passant une main dans les cheveux. Il m'a fallu un moment pour comprendre que quelque chose n'allait pas et plus longtemps encore pour cerner sa motivation… et bien sûr, j'ai dû le tuer.

Il semblait sincèrement le regretter.

- Il aurait pu t'identifier, reconnut Sherlock. Tu n'avais pas le choix.

- Exactement ! s'écria Tim avant de se figer et de plisser les yeux. N'essaie pas de m'amadouer, espèce de salaud sans cœur.

Il lança un regard noir à Sherlock.

- Je vais te saigner à mort mais je n'ai pas prévu de commencer dès maintenant. Ne me fais pas changer d'avis.

Sally les regarda tour à tour nerveusement.

- Je croyais que vous aviez prévu de le piéger, fit-elle.

Graduellement, Tim détourna les yeux de Sherlock et la dévisagea.

- Oh, c'est le cas, rétorqua-t-il. Mais après ce qui s'est passé hier, il semblerait qu'il n'y ait aucune chance de le faire arrêter. Il connaît probablement trop de gens et de sales petits secrets.

Il ourla les lèvres et fixa Sherlock une nouvelle fois.

- Mais je ne crois pas que les gens s'en soucieront tellement quand tu seras mort.

Il se redressa, les ciseaux ne formant plus qu'une tâche floue alors qu'il les faisait tournoyer entre ses doigts. Sally trouva le mouvement presque hypnotique, elle se força à regarder ailleurs.

- Mais ce que je ne comprends pas en premier lieu, c'est pourquoi vous voulez le piéger.

Cette fois elle prit garde de faire sa demande sur un ton poli. Tim émit un reniflement de colère.

- Qu'en penses-tu ? demanda-t-il à Sherlock. Est-ce que tu vas comprendre au moins une chose aujourd'hui ?

- Tu me blâmes pour Adrian, répliqua Sherlock. Tu es fou furieux qu'il t'ait quitté mais tu l'aimes encore. Alors tu as concentré ta colère sur des personnes comme cet homme qui l'a attiré loin de toi et sur moi, parce que c'est moi qui te l'ai dit…

Il s'interrompit et regarda prudemment l'expression de Tim.

- Non, ce n'est pas tout à fait vrai, n'est-ce pas ?

Il fronça les sourcils puis se repoussa en haut du lit jusqu'à être à demi assis, la tête reposait à nouveau contre ses mains liées.

- Tu le savais déjà. Tu savais qu'il avait une liaison mais tu n'as rien dit.

- Ça se serait arrangé, insista Tim en marchant du côté de Sherlock. Ça ne signifiait rien, il m'aimait encore. Il m'aurait toujours aimé. Il ne m'aurait jamais quitté.

Il y avait des larmes dans ses yeux.

- Mais je l'ai révélé au grand jour, ajouta lentement Sherlock. Il a senti qu'il devait choisir. Et il ne t'a pas choisi, toi.

Sans un mot, Tim leva le bras et les ciseaux fendirent l'air jusqu'à la gorge de Sherlock, déviant au tout dernier moment pour frapper dans la tête de lit avec un bruit sourd.

Sally suspendit le cri qu'elle avait été incapable de réprimer et il la dévisagea en libérant les lames.

- Je suis désolée, s'excusa-t-elle promptement, je suis désolée, je ne voulais pas.

Elle sentait son cœur battre la chamade, sous le choc, et tenta de recouvrer une respiration plus paisible. Ses yeux passaient de l'expression meurtrière de Tim à Sherlock, qui avait blêmi mais qui semblait sain et sauf. Il tourna la tête dans sa direction et réussit à produire un sourire à demi caché mais elle put voir un filet de sang lui couler le long du cou.

- Ce n'est pas très malin de me provoquer.

Tim répéta l'avertissement qu'il lui avait donné des heures plus tôt.

- Je ne crois pas…

Elle déglutit et refit une tentative.

- Je ne crois pas qu'il essaie de vous provoquer délibérément, dit-elle en haïssant le tremblement de sa voix. Il est grossier comme ça avec tout le monde.

Il y eut une pause tendue puis Tim rit et se détourna.

- Bien joué, articula silencieusement Sherlock.

Sally lui adressa un sourire tremblant puis l'effaça rapidement tandis qu'ils regardaient tous les deux en direction de Tim qui maintenant marchait de long en large dans la chambre. Elle surprit un mouvement du coin de l'œil et réalisa que Sherlock essayait de défaire les nœuds maintenant que ses poignets étaient hors de vue. Ses bras s'immobilisèrent quand Tim revint vers le pied du lit mais elle savait sans le moindre doute que ses longs doigts continuaient leur travail.

Le regard de Tim les survola.

- Am, stram… gram [1], fit-il en les fixant tour à tour.

Il sourit à Sally.

- Vous avez l'air un peu échevelée, Sergent Donovan, dit-il. Je pense qu'il est temps qu'on s'occupe de vos cheveux.

oOo

John supposa qu'il aurait dû se sentir un peu mal à l'aise d'entrer dans Scotland Yard avec une arme illégale planquée dans le bas du dos mais ce n'était vraiment pas le cas. Si Sherlock avait des ennuis alors, bon dieu, John allait faire tout son possible pour le sortir de là et l'expérience lui disait que le genre d'ennuis dans lequel se plongeait Sherlock était souvent du genre où la possession d'une arme mortelle se révélait un facteur décisif.

Il y avait en fait un double but en allant chercher le flingue, le second étant simplement de vérifier qu'il était là. Si Sherlock avait su qu'il se mettait dans une situation dangereuse, il aurait probablement pris l'arme. Le fait qu'il ne l'ait pas fait était soit bon… ou très, très, mauvais. Comme il n'avait pas encore réussi à le contacter, John penchait plutôt pour la seconde option et il était content de sentir son poids familier contre le bas de sa colonne vertébrale.

Il trouva Lestrade dans la salle des incidents avec un groupe d'autres officiers, tous étaient rassemblés autour d'un moniteur et visionnaient ce qui ressemblait à la vidéosurveillance d'une barrière à ticket de métro.

- Oui, c'est clairement Sally, déclara Lestrade en s'adossant à sa chaise. Alors, qu'est-ce qu'il cherche ?

- Heu… je crois que c'est une ruse, Monsieur, proposa Hopkins de sa chaise, dans le coin. Pour la mettre hors jeu.

Il remarqua John sur le seuil de porte et pâlit. Lestrade se tourna vers lui.

- Vous, restez sagement silencieux [2], fit Lestrade avec emphase, avec l'air d'un homme qui se répète.

Hopkins se tut et Lestrade remarqua John.

- Entrez, entrez, l'invita-t-il. Voyons si vous pouvez trouver un sens à tout ça.

Il le mit à jour.

- Bien, il n'y a aucun signe de lui à l'appartement, fit John. Et, manifestement, Sally ne nous a jamais atteints, si c'est chez nous qu'elle se dirigeait.

- Jamieson ! Vérifiez la vidéosurveillance des environs de la station de métro de Baker Street entre vingt-deux heures et vingt-deux heures trente, ordonna Lestrade à l'un de ses officiers.

Son regard se posa sur Hopkins.

- Vous ! Allez l'aider. Voyons si on peut découvrir où elle allait ou, au moins, dans quelle direction.

- Oui, Monsieur.

Hopkins se précipita vers la porte mais s'arrêta, l'air totalement malheureux.

- Je suis tellement navré, Dr Watson, s'excusa-t-il. Je me sens terriblement mal.

- Pourquoi ? demanda John. Parce que vous vous êtes fait avoir par Sherlock Holmes ? Vous n'êtes pas vraiment en minorité dans ce cas-là.

- Mais j'étais censé…

- On ne peut pas vraiment contenir Sherlock, lui dit John. Ni même aller aussi vite que lui – il n'est pas comme tout le monde.

Il haussa les épaules.

- Tout ce qu'on peut faire, c'est suivre.

Hopkins parut pathétiquement reconnaissant et John lui donna un claque dans le dos.

- Bon, trouvons-le, d'accord ? dit-il le conduisant à la porte.

- Oui, Monsieur !

Hopkins redressa les épaules et sortit, le pas déterminé. John pivota et vit que Lestrade le regarder curieusement.

- Quoi ?

Lestrade secoua la tête.

- Désolé, fit-il. C'est juste qu'on vous voit toujours comme…

Il chercha la meilleure formulation.

- … comme celui qui soutient Sherlock.

John roula des yeux.

- Vous pouvez dire acolyte. Je sais ce que je suis.

- Ce que je voulais dire c'est qu'en fait vous êtes un leader sacrément bon, rétorqua Lestrade.

Il fit un signe de tête en direction de la porte par laquelle Hopkins avait disparu.

- Je crois que ce jeune homme vient juste de se trouver un nouveau héros.

- Que dieu m'en garde !

John balaya le compliment mais il avait l'air content.

- Vous ne croyez pas que vous avez été un peu dur avec lui ? Je pensais vraiment ce que je lui ai dit.

Lestrade soupira.

- Je ne le blâme pas d'avoir perdu Sherlock, fit-il. Ça aurait pu arriver à n'importe qui. Mais il a paniqué – il nous a fallu presque deux heures pour le découvrir et dieu sait combien de temps encore si je n'avais pas téléphoné.

- Ce n'est pas faux, approuva John. Bien que le menacer d'avoir son badge a sans doute été un facteur.

Lestrade soutint son regard un long moment puis soupira une nouvelle fois.

- D'accord… d'accord, admit-il. Essayons d'avancer.

Un moment plus tard, tous deux pénétrèrent dans la salle où Hopkins et Jamieson visionnaient encore la vidéosurveillance.

- Quelque chose ? demanda Lestrade mais il ne récolta que des hochements de têtes négatifs.

- On se demande bien pourquoi Londres n'est pas jonché de cadavres, fit Jamieson en indiquant sur l'écran qui lui faisait face un groupe de jeunes filles gloussantes vêtues de minijupes. On est en novembre, bon sang de bonsoir – elles vont attraper la crève et mourir de froid !

- Le refroidissement commun est un virus, corrigea machinalement Hopkins. On ne peut l'attraper que de quelqu'un qui en est déjà affecté.

La conversation se poursuivit mais John n'en saisit plus un seul mot. Deux minutes plus tard, il annonça :

- Je dois y aller.

Lestrade le dévisagea en clignant des paupières.

- Quoi ?

- J'ai un rendez-vous.

- Un rendez-vous.

- Oui.

- Sherlock a disparu mais vous avez un rendez-vous ?

- Oui.

- Sherlock a disparu mais vous avez un rendez-vous ?

John se renfrogna.

- Je n'ai pas son téléphone. Je dois au moins la rencontrer pour lui dire qu'on ne peut pas sortir.

Lestrade était toujours bouche bée.

- Je ne serais pas long, promit-il en haussant les épaules. Écoutez, ce n'est pas comme si j'étais d'une quelconque utilité ici et je ne peux pas laisser tomber une dame.

Lestrade leva les yeux au plafond.

- Bon, bon, marmonna-t-il. Allez-y. Mais, bon sang, ne vous avisez pas de disparaître aussi.

- Aucun risque, le rassura John en souriant. Je serai de retour en un rien de temps.

Il se dirigea vers la porte.

- Apportez-moi un paquet de ces foutus gressins, je meurs de faim, lui dit encore Lestrade.

oOo

- Raconte-moi ce que ça fait d'être une maîtresse.

Sally serra les dents et resta silencieuse. Elle flippait sérieusement. Tim l'avait assise sur la chaise qui faisait face à la coiffeuse et elle fixait son propre reflet tandis qu'il examinait ses cheveux, les dégageait de son visage pour ensuite les laisser à nouveau retomber. Elle pouvait voir Sherlock dans le miroir. Ses yeux s'écarquillèrent, interrogateurs, elle ne savait pas ce qu'elle devait faire.

- Est-ce que quelqu'un est censé croire que moi, je suis impliqué dans toute cette comédie ? demanda Sherlock, à voix haute, toujours attaché au lit.

Ses efforts pour défaire les nœuds avaient été vains jusqu'à présent. Tim le fixa à travers le miroir.

- Personne ne devinera cette partie, fit-il. C'est juste pour moi.

- Oh, vraiment ? Alors les empreintes visibles de la chaise dans le tapis de la chambre de la dernière victime devaient passer inaperçues, n'est-ce pas ? Tout comme celles qui faisaient face à la garde-robe qui possédait un miroir en pied dans sa porte intérieure ?

- Je vais être tellement content que tu seras mort, lui dit Tim avec un sourire. Et je ne crois pas que je serai le seul. Tu penses vraiment qu'il existe une personne qui en a quelque chose à foutre de toi ?

Il reporta son attention sur Sally.

- Raconte-moi les mauvaises choses, l'invita-t-il. Qu'est-ce qui t'ennuie le plus dans le fait d'être l'autre femme ?

Sally donna une autre secousse à ce qui l'entravait mais sans résultat. Ses poignets liés étaient à l'extérieur du dos de la chaise alors elle était effectivement attachée au siège.

- Donc, c'est ce que tu fais ? demanda Sherlock pour le distraire une fois de plus. Essayer de les convaincre qu'ils méritent la mort ?

- Nom de dieu, mais tu ne la fermes donc jamais ? Pas étonnant que tu n'aies pas d'amis.

Sherlock resta silencieux.

- Pourquoi voulez-vous que je vous parle de ça ? s'enquit Sally. J'aurais plutôt pensé que ça vous mettrait en colère.

Elle essaya de modérer son langage aussi bien que son ton.

- C'est le cas, non ? intervint Sherlock. Ce que tu veux, c'est qu'elle te tape sur les nerfs.

- Ça va être dur de la pousser à m'énerver plus que toi, aboya Tim. Peut-être que je devrais commencer par toi ?

Il sourit de façon déplaisante.

- D'autant plus que ça prendra tellement plus de temps.

Il pencha la tête sur le côté, l'air pensif, tandis qu'il envisageait les options.

- Non, décida-t-il finalement. Je vais m'en tenir au plan.

Il leva la main qui tenait les ciseaux et les pointa sur le reflet de Sherlock.

- Mais ferme-la, l'avertit-il. Ou je te recolle un ruban adhésif.

Puis à Sally :

- À nous deux, ma chère. Oh, là, là, on a lésiné sur le masque capillaire ces derniers temps, non ? On va devoir faire quelque chose pour ces pointes fourchues.

Il sortit un journal d'un des tiroirs de la coiffeuse et éparpilla quelques pages autour et sous de la chaise.

- Je doute que ton amant soit aussi observateur que celui-ci, fit-il en indiquant Sherlock. Mais mieux vaut prévenir que guérir, hein ? Je suppose que tes cheveux pourraient le faire tilter, puisqu'il a l'habitude de les ôter du col de sa chemise.

Il prit un peigne à larges dents de sa poche arrière et se mit au travail tandis que Sally l'observait dans le miroir, l'air de plus en plus malade. Ses mains s'immobilisèrent et elle leva les yeux pour rencontrer son regard fixe posé sur elle.

- Parle.

Sa voix était douce mais son expression était tout le contraire. Sally déglutit nerveusement.

- Pour être franche, je préfère avoir mes week-ends de libre, dit-elle. Je n'ai pas le temps d'avoir un vrai petit ami.

Tim ne dit rien, alors elle continua.

- Il est commode mais je ne suis pas amoureuse de lui ou quoi que ce soit. La dernière chose que je voudrais, c'est qu'il quitte sa femme pour moi.

Elle sursauta lorsque Tim jeta son peigne par terre avec fureur.

- Nom de dieu, tu es la pire victime que j'ai jamais eue ! Est-ce tu essaies délibérément de tout gâcher ?

Sally ne savait quoi répondre à ça alors elle se tut. Après un moment, il saisit son peigne et recommença à s'attaquer à ses cheveux plus agressivement.

- Presque tous les jours, je me retrouve avec une personne assise dans mon fauteuil qui gémit sur le fait qu'elle se sent utilisée, sur le fait qu'elle ne peut pas téléphoner à son amoureux quand elle le veut, sur le fait qu'elle ne peut pas se rendre avec lui dans des endroits chouettes.

Sa voix retomba.

- Tu ne sais pas combien de fois j'ai souri et conversé et coupé leurs cheveux alors que je ne rêvais que d'une chose : leur plonger mes ciseaux dans le cœur.

Il taillait dans la masse de cheveux pendant qu'il parlait et Sally essaya de ne pas tressaillir chaque fois que les lames cliquetaient.

- J'en suis arrivé à un point où parfois je pensais vraiment le faire. Je regarderais dans le miroir et je observerais leurs halètements agonisants, je verrais l'horreur et le choc se peindre sur leur visage quand ils baisseraient les yeux sur l'arme plantée dans leur poitrine.

Il sourit affectueusement à ce souvenir.

- Mais je ne l'ai jamais fait, bien sûr, ajouta-t-il. Je n'aurais pas tué mes propres clients.

- C'est mauvais pour les affaires, hein ? suggéra Sherlock d'une voix moqueuse, ce qui tira Sally de la stupéfaction horrifiée dans lequel elle était tombée.

Elle prit une profonde inspiration et tenta de se recentrer. Tim ignora l'interruption.

- Tout ce que je faisais toute la journée, c'était écouter… et les gens adorent parler.

Il émit un claquement de langue désapprobateur quand il trouva un nœud dans la chevelure de Sally et commença à le démêler.

- Putain, est-ce que vous avez la moindre idée de la fatigue que ça engendre d'être aussi aimable tout le temps ? demanda-t-il.

Il leva les yeux et croisa ceux de Sherlock.

- Je sais que toi, tu n'en sais rien.

Leurs regards se soutinrent un moment puis Tim se remit au travail, bien qu'il eut l'air d'abandonner la préparation de Sally pour le meurtre. Il était maintenant concentré sur Sherlock.

- J'attendais avec tellement d'impatience les actualités, dit-il. Bien sûr, ça aurait été mieux si tu avais été arrêté. J'ai passé beaucoup de temps à imaginer comment un joli garçon chic comme toi allait se débrouiller en prison.

Il lorgna Sherlock à travers le miroir.

- Je parie que tu n'aurais plus été aussi joli en sortant.

Son sourire retourna l'estomac de Sally. Tim soupira.

- Pourtant, parfois, on doit juste faire de notre mieux, comme Adrian avait l'habitude de dire. Il ne semblait rien trouver d'ironique à cette déclaration. Sherlock Holmes est découvert près du corps de sa dernière victime, cita-t-il en imaginant les gros titres. La femme policer tue son propre meurtrier.

Il fit un peu bouffer les cheveux de Sally avant de reculer pour admirer son travail.

- Tu pourrais décrocher une médaille, ma chère, ajouta-t-il en croisant son regard un instant.

- Et comment tu comptes t'y prendre pour que Sally me tue, exactement ? s'enquit Sherlock. En présumant que tu aies réfléchi jusque-là.

Tim haussa les épaules.

- Oh, on va la faire simple, répliqua-t-il. Elle s'arrange pour attraper les ciseaux à un moment ou un autre et te poignarde avec. Malheureusement, le saignement n'est pas immédiatement fatal et tu réussis à les prendre à ton tour et tu la tues aussi, exactement comme tu l'as fait avec toutes les autres victimes. Cependant…

Il se mit à imiter la voix off des bandes-annonces.

- … il s'avère que notre héroïne s'est débrouillée pour le frapper dans une artère majeure afin que le diabolique scélérat meurt d'avoir perdu son sang avant de pouvoir s'enfuir comme un lâche !

Il soupira, glissa les ciseaux dans sa poche puis posa la main sur cœur.

- Malheureusement, il survit à la courageuse femme policier qui ne saura jamais combien de vies elle a sauvé.

Il laissa tomber sa main et reprit un ton normal.

- Je pense à l'artère fémorale, ajouta-t-il. Donc, je la poignarde, là, sur la chaise, puis j'attends qu'elle meure…

Il leva les yeux.

- Ne t'inquiète pas, ça ne sera pas long. Je sais que tu n'aimes pas t'ennuyer.

Il s'assura que toutes les pointes de cheveux de Sally se trouvaient sur le papier journal puis il se mit à les rassembler.

- Où en étais-je ? Ah, oui… Ensuite, je te poignarderai dans le haut de la cuisse – ne t'inquiète pas de ça non plus, je me suis renseigné sur Google et je sais ce que je fais.

Il tira un sac plastique d'une autre poche et y enfonça les feuilles de journaux.

- Et tu comptes sur le fait que je vais rester étendu là tranquillement pendant que tu essayeras de localiser un vaisseau sanguin en particulier ? demanda Sherlock en haussant un sourcil.

Sally espérait qu'il avait employé son temps à défaire ses nœuds parce qu'elle n'avait fait aucun progrès avec les siens.

- Oh, bon dieu, j'espère que non ! rétorqua Tim. Je n'attends qu'une chose : que tu te battes contre moi avec tout ce que tu pourras attraper – ce qui, il faut en convenir, ce sera pas grand-chose, vu que tes bras sont attachés et je suis au moins aussi lourd que toi. Donc, je n'ai joliment qu'à m'asseoir sur tes jambes. Mais, pourtant…

Il sourit en nouant les poignées du sac puis le jeta dans le couloir. Puis il s'approcha de Sherlock une nouvelle fois et baissa les yeux sur son visage.

- Je veux voir une émotion sincère dans ces yeux pendant que je te tuerai… ce sera une image qui me tiendra chaud pendant les longues nuits d'hiver.

Ses yeux devinrent un peu vitreux. Sherlock envisagea de le frapper de ses pieds mais les chances de lui donner un coup suffisamment violent pour lui donner le temps de s'échapper étaient négligeables. Tim cligna des paupières et se recentra.

- Bref, une fois que tu auras perdu assez de sang, ce qui ne prendra pas longtemps si on en croit Wikipédia, je te libérerai de tes liens et tu pourras tituber un peu si tu veux – ça devrait donner un air dramatiquement sympathique à l'ensemble.

- Vous êtes dingue, murmura Sally.

- Il est dingue de croire que son plan va fonctionner, approuva Sherlock.

Il leva les yeux vers Tim, l'air narquois.

- Bon sang, pourquoi est-ce que j'irai tuer des gens avec des ciseaux de coiffeur ? Tu penses vraiment que quelqu'un va croire ça ?

- Tu penses vraiment que quelqu'un s'en soucie ? rétorqua Tim. La pression sur la police sera énorme – est-ce qu'ils vont garder l'affaire ouverte alors que leur premier suspect est juste là ? Ils savent déjà que t'es qu'un taré.

Sally tressaillit au mot mais Sherlock l'ignora.

- Mes poignets montrent clairement les signes qu'ils ont été attachés et il y a une marque de seringue hypodermique dans ma cheville, fit-il remarquer. Même Anderson sentira le coup fourré.

Tim rit.

- Je ne crois pas que quiconque sera surpris de trouver des marques d'injection sur ton corps ! dit-il. Et la moitié d'entre eux pensera que tu t'es attachée toi-même pour une expérience quelconque et l'autre moitié présumera que tu es encore plus pervers qu'ils ne le pensaient. Non…

Il secoua la tête.

- La seule personne qui voudrait et pourrait tout découvrir, c'est toi et devine quoi ? Tu seras indisponible. Pour toujours.

Il afficha un rictus, l'air suprêmement satisfait de lui.

- Il y a déjà une profusion de preuves, tes alibis ne compteront plus une fois que tu seras mort et qu'on retrouvera le téléphone dont le bon sergent s'est servi pour m'appeler hier soir dans la poche de ton manteau.

Il comptait ses arguments sur ses doigts.

- Je pense que mon travail ici est presque terminé.

- Et pour toutes les autres personnes que vous allez blesser ? demanda soudainement Sally. Comme Mrs Hudson. Elle sera dévastée.

Elle avait vu à quel point la logeuse appréciait les deux garçons.

- Tu rigoles ou quoi ?

Tim se tourna vers elle.

- Il la traite comme sa bonne à tout faire. Tu sais qu'il attend d'elle qu'elle fasse sa lessive ?

Il n'attendit pas de réponse.

- Je crois plutôt que ce sera un soulagement pour elle de trouver un locataire qui paie le loyer en vigueur et ne tire pas dans ses murs.

Il se plaça derrière Sally, les ciseaux à nouveau dans sa main.

- Et, sans lui en travers du chemin, quand John se trouvera une gentille femme – ce qu'il fera sans problème une fois que ce salaud égoïste cessera d'interférer dans chaque des relations qu'il essaie de construire – elle pourra emménager avec lui et Mrs Hudson aura enfin une vraie famille sous son toit.

Sherlock resta muet et Sally ne sut dire s'il était touché ou non. Une semaine auparavant, elle aurait trouvé l'idée absurde.

- Et John ? demanda-t-elle. Vous ne pouvez pas nier que…

Elle s'interrompit avec un halètement lorsque Tim avança encore d'un pas, derrière elle. Il amena sa main libre sur son front et tira sa tête contre sa poitrine. Ses lèvres s'entrouvrirent et ses yeux s'écarquillèrent d'anticipation. Elle vit l'éclat argenté du coin de l'œil tandis que sa main oscillait d'avant en arrière.

- Non !

Le mot était sorti de sa bouche et elle ferma les yeux, incapable de stopper les larmes brûlantes qui s'échappaient.

- Je vous en prie, non.

Il y eut un bruit de craquement provenant du lit et elle ouvrit les yeux, prenant un moment pour saisir ce que le miroir lui montrait. Sherlock s'était arrangé, d'une manière ou d'une autre, pour se contorsionner et maintenant, il était assis, face à la tête de lit, totalement plié, les deux pieds de chaque côté de ses poignets attachés étaient appuyés contre le bois.

Tim vit ce qu'il faisait.

- Arrête ça !

Il ouvrit ses ciseaux et approcha leur arrête coupante contre la joue de Sally.

- Arrête… ou je vais la tuer lentement. Je peux la torturer pendant des heures.

Sherlock ne tourna pas la tête.

- Qu'est-ce que j'en ai à foutre ?

Il respirait avec difficulté pendant qu'il s'efforçait de briser le bois, ou de déchirer l'écharpe ou simplement forcer ses mains à travers les liens.

- Elle me hait.

Les tendons de son cou ressortaient alors qu'il tirait. Pendant un long moment, Tim se contenta de le fixer puis il rit.

- Tu n'es qu'un salopard à sang froid, reconnut-il en abaissant la lame. D'accord. Lutte tant que tu veux – c'est une bonne vieille tête de lit à l'ancienne en solide chêne anglais, tu ne le briseras jamais.

Il maintint Sally en place tandis qu'il observait les efforts de Sherlock.

- Bon, continua-t-il. John Watson.

Sherlock l'ignora.

- Oh, tu crois qu'il se soucie de toi, mais pas du tout, fit Tim. Pas vraiment.

Il se mit à se balancer légèrement sur ses talons.

- Comment le pourrait-il ? John est un homme bon. Pourquoi est-ce qu'il se soucierait de quelqu'un d'aussi froid et impassible que toi ?

Il était en train de s'énerver pour frapper.

Sherlock étudia ses poignets maintenant qu'il pouvait voir ses liens plus clairement. Ils étaient liés ensemble, donc s'il libérait une main, il y aurait assez de mou pour libérer l'autre.

- Tu impressionnes encore John, continua Tim. Tu l'as ébloui mais il n'est pas idiot. Une fois que tu seras mort, il se rappellera comme tu le rabaissais et à quel point tu le traitais mal.

Sherlock prit une seconde pour évaluer les autres options mais il n'avait pas le choix, il devait libérer sa main.

Tim poursuivait son laïus.

- Il pourra rentrer chez lui après son travail et ne sera plus immédiatement réexpédié dehors pour exécuter des courses ridicules pour une personne qui paresse toute la journée en robe de chambre.

Main droite, décida Sherlock.

Il ne savait pas s'il serait encore capable de tenir un archet mais il ne pourrait définitivement plus jouer du violon s'il brisait la gauche.

Tim resserra sa prise sur la tête de Sally et elle hurla, se disant qu'elle n'avait plus rien à perdre. Il avança pour couvrir sa bouche à la place et lui jeta un regard meurtrier dans le miroir.

Sherlock empoigna la barre à laquelle il était attaché et tira contre lui puis il plaça la paume de sa main droite à plat sur la partie solide de la tête de lit, en remontant sa jambe gauche sous lui. Il fit pivoter son genou droit aussi loin que possible et leva sa jambe contre sa poitrine. La position était inconfortable et lui permettait à peine de prendre son élan pour frapper mais ça restait sa meilleure chance – la seule qu'il avait. Il prit une profonde inspiration, concentra sa puissance dans sa cuisse… et entendit un bruit qu'il reconnut. Sans une seconde d'hésitation, il frappa son pied de toutes ses forces… juste à droite où reposait sa main.

L'impact fut incroyablement bruyant et Tim se retourna tandis que Sherlock recommençait à frapper le bois de la barre. Il rit.

- On a planté des clous et déplacé des meubles pendant une semaine, fit-il remarquer. Personne ne fera attention à ça.

Il reporta son attention sur Sally.

Après quelques coups supplémentaires, Sherlock s'interrompit, sa poitrine se soulevait et s'abaissait tandis qu'il reprenait son souffle. Il jeta un coup d'œil à Sally qui pleurait ouvertement maintenant. Il tenta de croiser son regard mais elle semblait hypnotisée par le mouvement des ciseaux alors que Tim en intensifiait le balancement. Son regard empli de haine fixait le reflet de Sherlock.

- Tu n'as pas d'amis parce que tu es incapable d'en être un, gronda Tim. Tu joues de cette saleté de violon à trois heures du matin, que les gens dorment ou pas.

Il jeta son bras en arrière et Sally pressa fortement ses paupières, luttant pour respirer avec la main qui lui couvrait la bouche.

- Pourquoi tu te soucierais de savoir que ton prétendu ami a des nuits entrecoupées ou s'il a besoin de repos ? Je l'ai entendu crier – il a des cauchemars, tu sais ?

Il y eut un clic émanant de la porte.

- C'est pour ça qu'il joue du violon, pauvre con.

La tête de Tim pivota avec une expression d'incrédulité totale et, pendant un long moment, il ne put que le fixer, sous le choc, puis ses sourcils se froncèrent et ses doigts se resserrèrent.

Sally gémit en sentant les muscles de ses bras qui se tendaient, prêts à frapper…

La balle de John se logea directement entre ses deux yeux.

NdT :

[1] Eeny, meeny, miny... moe en vo.

[2] Seen and not heard en vo. La locution exacte est Children should be seen and not heard, elle signifie littéralement: les enfants devraient être vus mais pas entendus. Donc par extension : qu'ils doivent bien se comporter en présence des adultes mais ne pas faire de bruit.

À suivre…

Merci d'avoir lu jusque-là. Ça vous a plu ? Déplu ? Vous avez d'éventuelles questions ? Un pronostic, peut-être ? Je suis là pour accueillir vos commentaires.

Bises

Falyla