- Chapitre 14 -
Jimin examinait le visage de chacun de ses huit élèves qui avaient fait quatre heures de bus pour le retrouver. Ils avaient troqué leurs uniformes pour leurs vêtements de tous les jours pourtant ils avaient bien l'air de lycéens en plein voyage scolaire à la campagne. Après tout ce qu'il s'était passé, le jeune professeur ressentit une chaleur s'emparer de son cœur. Même la présence de certains qui avaient été les premiers à le chahuter quotidiennement le touchait. Il fixait Bonhwa avec interrogation, et le jeune homme tourna le regard de l'autre côté de la pièce, rougissant de honte. A-Ran et Myung Hee lui souriaient chaleureusement, oubliant un instant l'échange qu'il venait d'avoir avec Jungkook. Ils n'avaient pas bronché, comme s'ils avaient retenu leurs souffles jusqu'à la fin. Ils ne s'étaient levés qu'une fois que leur ami épuisé fut installé dans la chambre d'à côté.
— A nous alors. Pour quoi êtes-vous réellement là ?
— Pour vous ramener à Séoul, évidemment, répondit A-Ran.
— Après ce qu'il s'est passé, je doute que ce soit possible, soupira-t-il en s'installant à la table, las.
— Rien n'est moins sûr, insista la vice-présidente des élèves en s'asseyant en face de lui.
Elle sortit de son sac un bloc-notes épais.
— Vous n'êtes pas reconnu responsable de la diffusion de la vidéo. La seule chose qui peut vous être reproché c'est une relation avec un élève majeur. Le fait qu'il y ait eu un cas similaire avant vous permet de faire appel de cette décision.
Jimin cligna des yeux. Il ne s'attendait pas à un tel langage dans la bouche d'une jeune fille en dernière année de lycée. Elle parcourait divers notes écrites de ses mains, surlignées, des extraits d'articles de loi.
— Sam Dohoon a eu une relation avec une élève mineure il y a deux ans. Il n'a pas été renvoyé et a même bénéficié du soutien de la hiérarchie. S'il n'enseigne plus au lycée, c'est qu'il a changé d'établissement par crainte des représailles de la part de la classe, reprit-elle avec un sérieux inébranlable. J'appelle ça un précédent. Ils ne peuvent pas vous renvoyer pour cette raison. Vous n'avez rien fait d'illégal, votre faute est mineure comparée à la sienne. Vous devez donc subir le même traitement de faveur. La seule raison pour laquelle ils vont mis à la porte, soyons clair, c'est que vous couchiez avec un garçon. Cela passe mal encore dans la société coréenne.
— Si c'est pour cette raison, même si théoriquement ils n'ont pas le droit de le faire, personne ne viendra le leur reprocher, répondit tristement Jimin.
— Je ne suis pas venue ici avec une promesse lancée dans le vent. Nous sommes passés voir le proviseur d'abord, annonça-t-elle avec un sourire. Et il a bien entendu mes arguments. On a conclu un marché. Vous n'avez pas assisté aux discussions qui ont mené à votre renvoi, ils sont en faute, car vous aviez le droit de vous défendre. Il a accepté de mettre en place un conseil avec des représentants des professeurs, des parents d'élèves et des élèves, moi incluse, des membres de l'administration et vous-même. Et je vais vous défendre.
Même si ce qu'elle disait se tenait, Jimin n'en revenait pas. Il pensait avoir réellement perdu toute chance d'enseigner un jour avec un tel scandale. A-Ran insista sur le fait qu'ils ne tiendraient pas un tel conseil si c'était pour refuser qu'il reprenne sa place aussi catégoriquement. En d'autres termes, Jimin avait toutes ses chances de reprendre où il s'était arrêté.
— Si nous leur promettons de ne plus faire de vague jusqu'à ce qu'on quitte le lycée en échange de vous avoir comme professeur, ils ne peuvent pas non plus refuser. Ils seraient bien contents de ne plus avoir de problèmes avec une classe, conclut-elle.
— Je ne sais pas quoi dire…
— Dites que vous êtes d'accord, fit Myung Hee. Toute la classe veut vous voir revenir.
— Toute ? répéta Jimin, sceptique.
— Hyeji devra s'y faire, intervint Bonhwa. Elle finira par comprendre ses erreurs. En parlant de ça… je vous présente mes excuses, professeur.
Il paraissait réellement sincère et il s'inclina solennellement. Minki et Jaesung firent de même. Jimin n'hésita pas une seconde avant de leur accorder son pardon, leur présence chez lui était preuve de bonne foi. Il se trouva d'autant plus injuste avec Jungkook à qui il n'avait pas entièrement pardonné. La faute était plus grave de la part de quelqu'un qu'on aimait.
— Très bien, dit-il. Je reviendrai à Séoul avec vous.
Il y eut des cris de joie, partagés entre Myung Hee, Boyung, Il-Kwon et Man-Shik, mais ils se turent bien vite, se rappelant que Jungkook dormait juste à côté.
— Et aussi, reprit A-Ran d'une voix plus hésitante. Votre projet de livre sur Byeol…
— Je n'ai pas abandonné l'idée, rassura Jimin.
Il se leva, récupéra un dossier dans un tiroir, et l'emmena sur la table. Il avait toutes ses notes et esquisses de son travail sur les témoignages qui racontaient la vie de la jeune fille. Bonhwa le regarda fixement.
— Vous ne l'avez pas abandonnée ? répéta-t-il.
— Non, sourit Jimin. J'ai fait une promesse, et elle mérite d'être réhabilitée.
— Merci, dit le jeune homme en toute simplicité, les yeux brillants.
Il sortit son portefeuille et lui donna un portrait de Byeol. Enfin, Jimin pouvait voir à quoi elle ressemblait. Même dans son dossier scolaire ils avaient retiré sa photo. Le sourire lumineux et les yeux pétillants, la joie de vivre de la jeune fille était figée sur cette photographie aux coins abimés.
— Je peux l'utiliser ?
— Oui, gardez-la, répondit Bonhwa.
Cela devait lui coûter beaucoup de laisser une photo qu'il avait gardée sur lui depuis tout ce temps. C'était une façon de dire à Jimin qu'il soutenait complètement son projet et qu'il voulait participer. Ils passèrent des heures dessus tous ensemble, assis autour de la table de la salle à manger, à évoquer des souvenirs qu'ils avaient vécu avec Byeol. Tous avaient eu une relation différente avec elle, de près ou de loin. Ils firent également la liste des personnes qu'il fallait rencontrer pour leur parler du livre, recoupant celle que Jungkook lui avait préparé il n'y avait pas si longtemps. Ils évoquèrent longuement les parents de Byeol, retirés à la campagne, et Jimin comptait bien aller les voir. Ils devaient être au courant de l'existence de ce projet et surtout être d'accord pour le laisser exister. Le soleil se coucha, ils dînèrent ensemble dans cette ambiance animée, riche en discussions, en anecdotes joyeuses et émouvantes. Tous y prenaient part et Jimin notait consciencieusement ce qu'il entendait.
De temps en temps, il se levait de table pour vérifier que tout allait bien dans la chambre. Il s'agenouillait auprès de Jungkook, profondément endormi, et lui touchait le front pour l'examiner, s'assurer qu'il n'était pas malade. A son grand soulagement, il n'était ni moite, ni trop chaud. L'expression de son visage était neutre : il dormait, tout simplement. Il reprenait des forces.
— Il tient beaucoup à vous, lui dit Myung Hee à l'embrasure de la porte alors qu'il se tenait accroupi près du garçon.
Jimin leva les yeux vers elle. Elle paraissait inquiète pour son ami.
— Je n'en doute pas.
— Serez-vous capable de lui pardonner ? Nous avons tous tellement fait d'erreurs, il le sait.
— Tu n'as pas à parler en son nom, j'ai très bien entendu ce qu'il a voulu me dire, répondit rapidement le professeur en se levant.
Il s'apprêta à sortir, et, sentant qu'il s'était montré un peu trop sec envers elle, il lui posa une main sur l'épaule.
— Les choses viendront en leur temps. Je ne peux pas effacer d'un claquement de doigts la blessure que j'ai ressentie ce jour-là.
Il comprenait qu'elle se sentait triste pour Jungkook, qu'elle aurait voulu avoir le pouvoir de tout guérir. Jimin lui en remerciait, mais ces enfants devaient apprendre qu'ils ne pouvaient pas tout avoir tout de suite.
xXx
Le chant d'un coq tira Jungkook de son sommeil. Il mit un petit moment avant de comprendre où il était et tenta de faire remonter dans son esprit ses derniers souvenirs. Il se vit avec Jimin autour d'une table, discutant à cœurs ouverts. Il avait du fondre dans ses bras et il se cacha le visage sous le coup de l'embarras. Toute sensation de fatigue avait disparu, il ne savait pas combien de temps il avait dormi. Son cœur était plus apaisé aussi, il avait enfin pu faire comprendre à Jimin ce qu'il ressentait, le reste ne lui appartenait plus. Il l'avait accepté dès lors qu'il était monté dans ce bus pour le retrouver. Il sortit du futon et s'étira de tout son long avant de quitter la chambre. La pièce principale était vide mais beaucoup d'indices laissaient à penser que ses camarades y avaient dormi. Le soleil était à son zénith, il pouvait le voir aisément par les fenêtres. Une silhouette s'affairait dans la cuisine, une femme de dos, aux cheveux grisonnants. Elle mit quelques minutes pour remarquer la présence.
— Tu dois être Jungkook, affirma-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
— Oui madame murmura-t-il timidement.
— Appelle-moi grand-mère. Assis-toi là.
Elle lui montra la table qu'elle avait dressé rien que pour lui.
— Jiminie m'a dit de te laisser dormir autant de temps qu'il te faudrait. Et qu'à ton réveil tu devrais beaucoup manger.
Jungkook lui obéit sans rien ajouter. Il regardait avec envie le bol rempli de riz qui l'attendait, avec une soupe de poulet qui sentait bon. Son estomac se mit à gargouiller.
— Qu'est-ce que tu attends, jeune homme ? s'impatienta-t-elle. Tout ça est pour toi.
— Où sont les autres ? lui demanda-t-il.
— Ils aident à la rizière. Des bras supplémentaires ne font pas de mal ! Mange voyons.
Le lycéen ne se fit pas prier plus longtemps : il criait famine, et à raison. Il ne se souvenait plus de son dernier repas consistant. Il venait à peine d'avoir fini qu'il entendit des exclamations joyeuses s'approcher de la maison. Il aperçut furtivement ses amis avant qu'ils n'entrent et les retrouvailles furent joyeuses. Myung Hee prit Jungkook dans ses bras, rassurée de le voir debout, souriant, comme avant. La grand-mère de Jimin appela tout le monde à se mettre autour de la table pour manger. Entre les salutations de ses camarades, Jungkook échangea un regard avec Jimin qui lui souriait à l'écart. Il fit également plus ample connaissance avec le cousin qui l'accueillit chaleureusement avec un accent prononcé.
— Alors c'est toi Jeon Jungkook ! Je comprends mieux.
Il lança un regard complice à son cousin qui détourna aussitôt les yeux. La discussion prit fin et ils purent apprécier un déjeuner bien mérité. La grand-mère resservit même Jungkook en même temps que les autres. A-Ran fit le point avec lui de ce qui avait été fait pendant qu'il dormait. Ils avaient beaucoup avancé dans la construction du livre. Jimin ne fit aucun commentaire, il laissa les lycéens parler de son projet avec enthousiasme. Il avait commencé à rédiger l'introduction.
La jeune fille qui a sauté du toit.
Ceci est l'histoire d'une jeune fille comme les autres. Avec des rêves, un avenir, des amis, une famille, ses joies et ses peines. Cette jeune fille n'est plus de ce monde, et ceux qui l'aimaient ont des choses à vous dire.
Jungkook regarda son professeur, mettant de côté toutes les émotions fortes qui l'avaient submergé la veille.
— Et tu te sens prêt à retranscrire tout ça ?
— Je l'étais il n'y a pas si longtemps, et je le suis encore.
— Et le marché que t'a proposé A-Ran concernant le lycée ?
— Je rentre avec vous, répondit Jimin avec détermination. Vous avez tellement fait pour me donner une chance revenir, je veux croire que ma carrière n'est pas morte.
— Tu serais mieux à Busan, interrompit la grand-mère, sceptique.
— Tu dis ça seulement parce que tu ne veux pas que je quitte à nouveau la région, sourit le jeune professeur.
— Et ça veut dire qu'on rentre tous ensemble ? reprit Jungkook avec espoir.
— Bien sûr.
Ils terminèrent la récolte du jour avant de préparer leurs affaires pour prendre le bus. Jimin se montrait plus souriant, enthousiaste, comme si un poids avait quitté ses épaules, à l'image de Jungkook qui était heureux de le voir retrouver espoir en son avenir professionnel. Il savait combien il y tenait et combien il était doué dans ce qu'il faisait. Il pouvait au moins lui rendre cela. Pour le reste, cela ne dépendait que d'eux deux.
Jimin prépara ses affaires pour partir. Il n'était pas venu très chargé, le plus gros de ce qu'il possédait était resté dans un dépôt à Séoul. En se tenant devant la maison de sa grand-mère, avec son sac à dos rempli, et neuf lycéens alignés devant lui avec leurs maigres bagages, il se sentait réellement comme un professeur en excursion scolaire dans la campagne. Il-Kwon était en tête de fil des garçons les plus motivés, comme s'ils étaient sur le point de découvrir quelque chose d'excitant. Man-Shik était le plus bruyant, et aider à la rizière n'avait pas réussi à les épuiser. Bonhwa, Minki et Jaesung avaient fait le plus gros du boulot par ailleurs. Ils avaient préparé leur voyage pour le retour et comptaient s'arrêter rendre visite aux parents de Byeol qui habitaient en pleine campagne à une centaine de kilomètres de Séoul. Après avoir dit au-revoir à la grand-mère de Jimin et au cousin, ils prirent le chemin en direction de la grande route, là où se trouvait l'arrêt de bus. Le trajet sembla plus court qu'à l'aller où l'appréhension les avait assaillis. Les lycéens discutaient même joyeusement tandis qu'ils marchaient, saluant les quelques fermiers qu'ils croisaient. Arrivés à l'arrêt, ils attendirent quelques minutes avant le prochain passage du bus qui reliait Busan à Séoul. Jimin se chargea de réunir l'argent pour les tickets, prenant naturellement la responsabilité du voyage avec ses élèves même s'il n'était pas encore officiellement redevenu leur professeur principal. Et les jeunes gens prenaient plaisir à lui laisser ce rôle puisqu'ils le considéraient en tant que tel. Bonhwa et Jaesung se permettaient même quelques boutades, eux qui faisaient pourtant partie des élèves les plus violents à son égard.
Les lycéens s'installèrent au fond du bus, les sportifs sur la banquette, Boyung à côté de son petit-ami, A-Ran et Myung Hee se mirent ensemble juste devant eux, et Man-Shik et Il-Kwon s'installèrent devant elles. Jungkook était tout seul sur les sièges d'à-côté. Jimin les rejoignit après avoir payé le chauffeur et regarda les nombreuses places vides. Jungkook se força à ne lui prêter aucune attention malgré son envie dévorante de ne plus jamais le quitter des yeux. Il se sentit tout de même s'approcher, fixant un point sur l'horizon qui commençait à défiler comme le véhicule avait repris sa route. Il y avait pourtant beaucoup de sièges de libres autour d'eux, le bus n'était pas rempli. Il aurait pu se mettre devant lui, ou sur l'autre rangée, mais Jimin choisit de s'installer juste à côté de lui. Jungkook sentit son cœur chavirer mais il ne laissa rien paraître. Il dut lutter contre lui-même pour ne pas lui prendre la main. La fatigue le rattrapa bien vite, et le silence accentuait les légères secousses de la mécanique du moteur, berçant petit à petit Jungkook qui s'endormit avant même qu'il ne s'en rende compte.
xXx
Jimin remarqua la tête de Jungkook qui ballottait au gré de la route. Instinctivement, il mit fin à cette danse interminable du cou en le faisant reposer contre son épaule. Ses doigts s'attardèrent sur la pointe d'une mèche de ses cheveux et il le regarda dormir pendant quelques minutes. Il avait dit qu'il devait lui laisser le temps de revenir vers lui, de lui pardonner, mais lui-même avait du mal à se refreiner. Malgré les blessures, il lui avait tant manqué, il lui semblait que leur séparation avait duré une éternité alors que cela faisait quelques jours seulement. Il ne se souvenait pas avoir déjà vécu quelque chose d'aussi intense, que ce soit dans la passion, dans les sentiments, dans le plaisir, comme dans la douleur et le manque. Il se laissa emporter par le sommeil à son tour, la joue posée contre la tête de Jungkook.
Au bout de deux longues heures, Jimin finit par se réveiller. Les aléas de la route avaient légèrement modifié leur position. Jungkook avait glissé vers la fenêtre et Jimin s'était retrouvé allongé contre lui. Le lycéen avait dû ouvrir les yeux juste avant lui, car il le regardait en silence. Ils échangèrent un regard sans rien dire, et Jimin lui frôla la joue du bout des doigts. Il fit remonter sa main contre sa nuque et rapprocha son visage du sien pour l'embrasser tendrement. Jungkook parut surpris mais il le laissa faire. Il pouvait ressentir toute l'émotion qui le bouleversait, son cœur qui se mit à battre plus vite, ses gestes hésitants. Lorsqu'il se décida à lâcher ses lèvres, il eut la force de lui dire ce qui le tourmentait réellement.
— Ce n'est pas tant la diffusion de la vidéo que son existence qui m'a fait le plus de mal. Au fond de moi j'avais toujours eu certaines craintes sur tes motivations au départ et je voulais croire que tu étais sincère. Elle a été la preuve que mes doutes étaient fondés et que je t'ai donné mon cœur trop tôt.
— Je sais que l'intention de départ était mauvaise, mais…
— J'ai compris, Jungkook, sourit Jimin en lui caressant la joue. Laisse-moi juste du temps. J'ai envie de tout te pardonner maintenant, mais ce ne serait pas raisonnable. J'ai envie de te redire ces mots, je les pense encore, mais pas maintenant.
— Je comprends.
Il lui semblait difficile de parler, et Jimin voulait faire de son mieux pour le rassurer.
— Malgré mon accueil froid, voire réfractaire au premier abord, je suis vraiment heureux que tu sois venu me chercher. Merci.
Jungkook lui répondit par un sourire et Jimin se leva pour s'installer ailleurs. Ils allaient bientôt arriver à la première étape de leur fin du voyage. Seul le professeur, accompagné de Bonhwa, Jungkook et A-Ran descendraient à cet arrêt, celui qui était au plus proche du village où vivaient les parents de Byeol. Bonhwa connaissait l'adresse et les guiderait, tandis que les autres rentreraient à Séoul en premier.
Les quatre voyageurs profitèrent de l'hospitalité d'un riverain qui passait par là avec sa camionnette. Ils lui indiquèrent l'adresse et il les conduisit jusqu'à une maison isolée quelques kilomètres plus loin. Bonhwa avait l'air hésitant mais ce fut lui qui mena le petit groupe jusqu'à la porte étant donné qu'il était celui qui avait le plus connu Byeol et sa famille. Un couple d'une quarantaine d'années ouvrit la porte, un air méfiant dans leurs yeux jusqu'à ce qu'ils reconnaissent les lycéens. Ils accueillirent Bonhwa chaleureusement.
— Je ne m'attendais pas à ta visite, fit la mère de Byeol avec un léger sourire.
— Entrez donc, ajouta le père.
— Hyeji n'est pas avec vous ?
— Elle est restée à Séoul, répondit Bonhwa avec timidité. Nous sommes venus avec notre nouveau professeur principal.
Jimin s'inclina respectueusement devant la famille Lee qui avaient l'air de gens très gentil au premier abord et qui s'interrogeaient sur leur présence dans un village perdu. Jungkook fit les présentations de manière plus formelles avant qu'ils ne s'installent au salon, et A-Ran leur expliqua les raisons de leur visite.
— Nous voulons rétablir la vérité sur Byeol, dit-elle. Et le professeur a émis l'idée d'écrire un livre sur elle, avec nos témoignages, et les vôtres si vous le voulez.
Jimin leur montra les ébauches de son travail. Les parents se regardèrent avec scepticisme, ils ne s'attendaient pas du tout à une telle nouvelle. A l'évocation de leur fille, Jimin pouvait apercevoir leur profonde tristesse. Tout comme les élèves de sa classe de troisième année, eux également avaient toujours ce sentiment d'injustice qui entourait la disparition de leur enfant qui ne serait jamais résolu.
Ils attendirent avec une légère appréhension le temps qu'ils terminent de parcourir les notes. La mère commença à pleurer.
— C'est un projet qui nous tient à cœur, expliqua Jimin, mais si vous vous y opposez, nous ne continuerons pas.
— Nous y opposer ? répéta le père d'une voix émue. Je retrouve notre fille dans tout ce que je lis ici. Bien sûr que nous approuvons votre projet.
— Est-ce qu'on pourra nous aussi participer ? demanda timidement la mère.
— Bien sûr, répondit Jimin.
Elle se leva et prit quelques cadres qui ornaient une étagère. Elle rapporta quelques photographies de Byeol à différentes étapes de sa vie, certaines même montraient Bonhwa et Hyeji encore enfants. Ils discutèrent encore pendant des heures, jusqu'à la tombée de la nuit, avant qu'ils ne repartent pour Séoul. Ils avaient bien le temps de reprendre le livre plus tard, car il leur restait quelque chose à terminer avant toute chose. Ils avaient un autre rendez-vous le lendemain, au lycée, une réunion qu'il ne fallait pas louper, et A-Ran avait la certitude de réussir.
