Chapitre 14
Le mois d'août touchait à son terme. Pour n'importe quel jeune adolescent de treize ans, cela signifiait la fin des vacances, le retour au bagne qu'était le collège. Sauf pour Harry et Ariana, qui n'attendait qu'une chose : repartir à Poudlard et retrouver leurs amis. Jusqu'alors, leurs deux années d'études à Poudlard avaient été les meilleures de leur vie. Si on oubliait les moments où ils sont passés tout près d'une mort certaine.
Leur deuxième année avait d'abord commencé sans trop de problèmes. Enfin, si on oubliait l'elfe de maison hystérique qui avait débarqué chez eux une semaine avant la rentrée, l'impasse qu'avait été le mur de la station de King's Cross après qu'ils se soient écrasés dessus, la violation d'une dizaine de lois en prenant la voiture volante du père de Ron, la peur de mourir en se faisant malmener par le saule cogneur du parc de Poudlard, et enfin la crainte en entendant qu'ils allaient se faire renvoyer avant que McGonagall n'intervienne.
Mais cela n'était vraiment rien comparé à ce qui avait suivi. Pour faire court, un basilic assoiffé de sang, des araignées carnivores, des pétrifications presque quotidienne des nés moldus, et un nouveau tête à tête avec son pire ennemi pour Harry pendant qu'Ariana s'inquiétait pour son cousin, coincée derrière un éboulement avec Ron et le stupide professeur Lockart. Une année de rêve, en résumé.
Une semaine avant la rentrée en troisième année, les Dursley avaient décidé d'inviter la tante Marge, la sœur de Vernon. Ariana, qui depuis son entrée à Poudlard, s'était vue refoulée au même rang qu'Harry dans la hiérarchie des Dursley, avait pour l'occasion droit à un avantage. Marge n'était pas au courant de l'existence de la magie, et donc ne savait rien de la descente d'Ariana dans l'échelle de priorité des Dursley. Ainsi, elle allait être traitée, comme à chaque fois que quelqu'un leur rend visite, comme la fille adoptive de Vernon et Pétunia. Évidemment, il avait été annoncé que les Dursley l'avait mise au courant de sa situation d'enfant adoptée, et ils avaient inventé un mensonge en disant qu'elle ne les aimait pas moins pour autant, etc… À dire vrai, elle ne les avait jamais vraiment aimés.
En cette occasion, Ariana avait donc eu droit à une nouvelle robe et de nouveaux vêtements pour qu'elle se tienne sagement et obéisse à ce qu'ils lui diraient. Elle avait enfilé la robe rose poudrée dont la coupe était similaire à celle d'une jupe patineuse que lui avait achetée Pétunia et attendait dans le salon, maquillée et coiffée comme une petite fille modèle.
Elle discutait avec Harry en attendant que les Dursley reviennent avec la grosse Marge. Lui aussi avait hâte de retourner à Poudlard. Il ne vivait que pour la magie. C'était la seule chose qui le raccrochait au bonheur et qui lui apportait de la joie. En dehors de sa formidable cousine, bien entendu. Ils riaient en se rappelant le coup de téléphone qu'avait donné Ron un mois plus tôt pour prendre des nouvelles de ses amis. L'oncle Vernon avait été horrifié d'entendre le garçon crier dans le combiné, pensant que parce qu'il était loi, il devait parler plus fort pour se faire entendre. Le problème avait été qu'ensuite, ils n'eurent plus aucune nouvelle de leur ami, en dehors d'une coupure de la Gazette du Sorcier et d'une photographie, leur indiquant que Ron était parti en Égypte avec sa famille, à l'occasion de l'anniversaire d'Harry. Ariana elle, allait avoir treize ans dans deux jours. Et elle espérait que les Weasley rentrent d'Égypte en avance et que les jumeaux viendraient les libérer comme l'année précédente. Mais comme le disait le dicton, les choses ne se passent jamais deux fois de la même façon.
Les coups à la porte de d'entrée, qui sonnaient plus comme des coups de maillet, interrompirent leur conversation. Harry s'empressa d'aller ouvrir la porte pour laisser entrer la famille Dursley, trempée par la pluie. La grosse tante donna son parapluie détrempé au pauvre Harry qui fut à son tour mouillé. Ariana attendait dans le salon et fut assaillie par l'ignoble chien de Marge. Il lui sautait dessus avec ses grosses pattes boueuses, et elle réussit tant bien que mal à éviter qu'il ne salisse sa robe.
« Oh, ma chère Ariana, tu es magnifique ! Mais tu devrais manger un peu plus, on dirait une de ces mannequins anorexique. Oh ! Dudley ! Toujours aussi actif ce garçon. Vraiment, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi vif… »
La femme continuait de débiter toutes sortes d'absurdités. Ariana entendit que dans le couloir, Harry tentait de faire signer sa permission de sortie pour aller à Pré-au-Lard pendant certains week-ends. Elle pensait plutôt la montrer à Vernon pendant la soirée, avant de diner, pour qu'il ne puisse pas refuser devant Marge.
Ils s'installèrent autour de la table basse, la tante Marge prenant presque toute la place dans le canapé.
« Alors dis-moi, Ariana, comment ça va l'école ? J'ai entendu dire que tu étais brillante ! »
Les Dursley se figèrent et fixèrent la jeune fille. C'était maintenant ou jamais, elle n'allait pas avoir meilleure occasion pour leur présenter sa permission de sortie.
« Oh, oui bien sûr. L'internat est très bien, et je reçois toujours de très bonnes notes. J'ai beaucoup d'amis là-bas, mais ils habitent trop loin pour venir ici. Oh, le temps que j'y pense, j'ai un papier à vous faire signer. »
Elle se leva et alla chercher le morceau de parchemin. Mince. Si Marge voyait le parchemin, elle risquait de se poser des questions. Elle descendit donc, mais resta dans le couloir.
« Maman, j'ai un problème, tu peux venir m'aider ? »
Évidemment elle devait toujours jouer la fille modèle. Mais appeler Pétunia « Maman » était au bord du ridicule. La femme arriva immédiatement dans le couloir, son sourire tombant de son visage.
« Que veux-tu encore ? »
« Signe ça, s'il-te-plaît. »
« Je ne te signerai pas ça. C'est hors de question. » Chuchota-t-elle. Mais Ariana n'avait pas encore utilisé toutes ses cartes.
« Tu préfèrerais que je montre le parchemin à Marge ? je suis sure qu'elle dirait que c'est de la qualité par rapport au papier- »
« Bien ! Tu as gagné ! »
Pétunia signa rapidement le bas du parchemin avant de repartir dans le salon. Finalement, être la nièce préférée de Marge avait des avantages. Elle sourit et retourna ranger son autorisation de sortie dans sa malle. Quand elle retourna dans le salon, les Dursley passaient à table. Bien sûr, Harry n'y avait pas sa place, et comme d'habitude, Ariana le regarda d'un air désolé. Mais il lui sourit légèrement, lui faisant comprendre que ce n'était pas si grave.
Le repas se passa calmement. Dudley avait les yeux collés à la télévision et n'avait pas ouvert la bouche sauf pour la remplir du rôti qu'avait préparé Pétunia, Vernon riait à pleins poumons avec Marge, et Pétunia se tenait droite comme un piquet, écoutant avec un sourire son mari et sa belle sœur se raconter ses anecdotes.
« Tiens, finis l'assiette de maman. Oui, c'est bien. » Dit la tante en donnant son assiette déjà vide à son chien.
« Tu te laisseras bien tentée Marge. » Proposa Vernon en lui tendant un verre de vin.
« Juste une goutte ! C'était délicieux, Pétunia. Hé ! » Appela-t-elle Harry en lui montrant de son gros doigt boudiné l'assiette à ses pieds. « Un peu plus, quand même ! »Indiqua-t-elle à Vernon. « Je mange toujours sur le pouce, moi, avec mes douze chiens. »
Ah bah oui, ça se voit tiens ! C'est plutôt les chiens qui sont affamés, si tu leur donnes toujours les restes de tes assiettes… en sachant que tu ne laisses jamais rien, grosse vache, pensa Ariana en observant Harry retirer l'assiette au chien.
« Je vais chercher le dessert. » S'excusa la jeune fille pour sortir de table et suivre Harry à la cuisine. « Elle me répugne vraiment. » Commenta-t-elle à l'adresse de son cousin.
« Au moins, tu n'as pas à te faire mordre en reprenant l'assiette à son horrible bestiole. » Dit-il amèrement.
« Peut-être, mais je dois quand même faire semblant de l'apprécier, et c'est le mensonge le plus dur que j'ai eu à dire de toute ma vie. »
« Ah, parce que tu n'aimes pas vraiment ta charmante tante Marge ? Je ne comprends pas pourquoi … » Plaisanta Harry.
Ariana sourit et lui donna un coup de coude discret pour ne pas que Marge ne les voit. Ils la regardaient tous les deux donner son cognac à son chien, mais Harry ne put retenir un sourire en coin, ce qui n'échappa pas à sa tante.
« Pourquoi ce sourire narquois ? » Harry se contenta de hausser les épaules avant de continuer à ranger les plats du repas dans le lave-vaisselle. « Dans quel collège l'as-tu envoyé ? »
« St Brutus. Un excellent établissement pour les cas désespérés. » Répondit rapidement Vernon.
« Et ils donnent des coups de canne à St Brutus ? » Demanda-t-elle à Harry à moitié ivre. Tout le monde s'arrêta de bouger, et Harry leva la tête vers Vernon qui haussait les sourcils l'air de dire qu'il avait mieux intérêt à répondre correctement.
« Euh, oh oui. Oui, Oui, oui. Et moi j'en reçois très souvent. » Exagéra le garçon
« Très bien ! J'en ai assez des prêchi-prêchas gnangnans, des chiffes molles qui ne veulent pas qu'on corrige ceux qui le méritent. Mais ne te sens pas responsable de ce que ce garçon est devenu, Vernon. Ça vient uniquement du sang. »
Jusqu'alors, un sourire c'était formé sur le visage de Harry qui avait tourné le dos à la scène, et Ariana s'était mise face à lui, faisant mine de prendre des couverts, mais quand elle commença à parler des parents de Harry, leurs sourires s'effaça lentement.
« Quand le sang est mauvais, ça ressort toujours. »
« Ne l'écoute pas, Harry. Elle est ivre. » Murmura Ariana, sentant la colère qui montait chez son cousin. Elle-même ne pouvait s'empêcher de ressentir sa haine pour la grosse femme monter un peu plus, mais elle la cachait, se concentrant sur son cousin pour l'empêcher de déclencher la troisième guerre mondiale dans cette maison.
« Que faisait le père de ce garçon, Pétunia ? »
« Rien, il- il ne travaillait pas, il était chômeur. » Balbutia la tante Pétunia.
« Ahah, et ivrogne aussi sans doute. »
Et c'est elle qui osait dire ça ? Elle était en train de tomber à moitié de sa chaise, et elle osait insulter des personnes qu'elle n'avait jamais rencontrées d'ivrognes ? Ariana n'en revenait pas ses oreilles. Mais son moment d'inattention suffit pour que Harry lui réponde.
« Ce n'est pas vrai ! »
« Qu'est-ce que tu as dit ? » Grogna Marge.
« Mon père n'était pas un ivrogne ! » S'énerva Harry en faisant face à la table des Dursley.
Ariana remarqua les lumières de la cuisine clignoter et comprit que Harry faisait de la magie involontaire. Elle posa sa main sur son épaule pour le détendre. Mais cela le surprit plus qu'autre chose, et le verre de vin dans la main de la tante Marge explosa. Pendant que Marge s'excusait auprès de Pétunia, Vernon dévisageait les deux sorciers d'un air interrogateur et les deux secouèrent la tête en même temps pour signifier qu'ils n'y étaient pour rien.
« Il est temps que tu ailles te coucher. » Dit-il à Harry, tout en regardant Ariana. Mais Marge l'interrompit.
« Silence, Vernon. » Elle claqua des doigts et montra la table. « Nettoie. » Ordonna-t-elle au pauvre Harry qui était traité comme un elfe de maison. Il obéit rapidement après qu'Ariana lui ait tendu le torchon pour ramasser les morceaux de verre. « En fait, cela n'a rien à voir avec le père. Ça vient avant tout de la mère. On voit ça couramment chez les chiens. S'il y a une tare quelconque chez la mère, on retrouve la même tare chez les chiots. »
Ce fut la goutte de trop pour Harry, qui jeta le torchon par terre violemment et se retourna en hurlant.
« LA FERME ! LA FERME. »
« Harry… » Tenta calmement Ariana en s'approchant du garçon. À nouveau, les lumières clignotaient dans la cuisine, et cette fois un coup de vent circula dans la pièce. « Harry, calme-toi. » Continua timidement la jeune fille. Mais il ne l'entendait pas.
« Comment… ? Écoutes-moi bien, toi. Tu- »
Mais elle ne put jamais terminer sa phrase, car le bout de son doigt se mit à enfler comme un ballon, suivi de son cou, et bientôt ce fut la totalité de son corps qui doublait de volume. Pétunia regardait avec de grands yeux sa belle-sœur se transformer en ballon d'hélium, tandis que Vernon geignait de honte devant les agissements de Harry. Le silence qui régnait devant le spectacle se transforma rapidement en chaos quand les perles et les boutons de la femme furent catapultés à travers la pièce. Elle s'envola à l'intérieur de la pièce, rebondit contre le plafond avant de passer par la porte-fenêtre grande ouverte. Vernon tenta de la rattraper, mais il finit par la lâcher. Ariana se tenait à côté de Harry, amusée par ce qui venait de se passer, quand elle sentit Harry lui prendre la main.
« Viens, on s'en va. »
« Quoi ? » Ce fut tout ce qu'elle réussit à dire avant de se faire traîner vers la chambre.
Harry commençait à ranger ses affaires en vrac dans sa malle. Ariana eut simplement à la refermer, puisqu'elle y rangeait toujours tout naturellement, étant donné que le seul placard qui se trouvait dans la pièce était minuscule, et que Harry, bordélique comme il était, en avait plus besoin qu'elle. Elle enfila son perfecto en cuir que lui avait acheté Pétunia pour la faire sortir – c'était la seule chose qu'elle pourrait garder une fois à Poudlard, les robes et les jupes ne correspondant pas vraiment aux uniformes de l'école. Elle libéra Cassiopea et Hedwige avant de sortir de la chambre derrière Harry.
« Ramènes-la tout de suite ! » Cria Vernon en leur barrant le passage en bas des escaliers. « Ramènes-la et rends-lui sa forme normale ! »
« Non ! Elle l'a cherché c'est bien fait ! » L'homme s'élança vers Harry, les mains dirigées vers son cou, mais Ariana réagit plus rapidement et pointa sa baguette sur l'éléphant.
« Ne le touches surtout pas, "papa". » Dit-elle en accentuant le dernier mot.
« Vous n'avez pas le droit de vous en servir en dehors de l'école. »
« Ah bon ? Tu sais, ce criminel dont on entend parler tous les jours à la radio depuis quelques semaines ? Il s'appelle Sirius Black. Et devines quoi ? C'est mon père. Alors maintenant, bouges de là. »
Vernon se recula, les yeux écarquillés louchant sur le bout de la baguette en bois de rose de la jeune fille. Oui, elle avait entendu les rapports policiers déclarant la fuite d'un dangereux prisonnier pendant l'été et dont le nom était Sirius Black. Quand la photo était passée à la télé, elle avait senti tout un mélange d'émotions. De la peur, de la curiosité, de l'espoir, de la colère… Seul Harry avait été au courant de son lien de parenté avec lui chez les Dursley… jusqu'à maintenant.
« Ils ne voudront plus de vous… Vous n'avez nulle part où allez ! » Répliqua Vernon.
« On s'en fiche ! » Répondit Ariana, rapidement suivie par Harry.
« Rien ne peut être pire qu'ici. » Termina-t-il avant de sortir. Ariana le suivit sans hésiter, et ils descendirent la rue de Privet Drive à vive allure, sous les cris de Marge qui flottait toujours dans le ciel.
Ils marchèrent en silence pendant un bon quart d'heure jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que la nuit commençait à tomber. Harry ralentit le pas et s'arrêta devant le parc à l'extrémité de la ville.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Demanda Ariana.
« J'en sais rien. »
Il posa sa valise sur le trottoir et s'assit sur le bord. Ariana l'imita à ses côtés. Ils attendirent comme ça plusieurs minutes, avant que la jeune fille ne prenne la parole.
« Tu es très inventif, tu sais ? » Plaisanta-t-elle, se référant à la transformation en ballon de leur tante. Harry sourit à sa cousine.
« Cela faisait des années que ça me démangeait. Je suppose que cette fois était celle de trop. »
« C'est dommage que tu n'ais pas aussi fait gonfler son chien. Et Vernon et Dudley. Oh ! et je vois bien Pétunia avec des brins de paille aux fesses ! Ça lui irait bien, vu qu'on a toujours l'impression qu'elle a un balai dans le cul ! »
Les deux cousins éclatèrent de rire. Cela faisait du bien de se sentir à nouveau libre. À chaque fois qu'ils étaient dans cette maison, c'était comme une prison. D'ailleurs, c'est pour ça que les jumeaux étaient venus les libérer l'année précédente. Soudain, leur rire s'estompa en sentant un vent bien frais s'élever. Les jeux dans le parc derrière eux se mirent à bouger, comme si l'endroit été hanté. Cela donnait la chair de poule à Ariana, qui serra sa veste autour d'elle pour se protéger. Un bruit leur fit retourner la tête vers les buissons face à eux d'où sortait un énorme chien qui leur grognait dessus. Harry commença à paniquer, mais Ariana, qui avait connu pire – oui, un énorme chien à trois tête ça marque à vie, surtout qu'elle en gardait un souvenir sur sa cuisse – posa sa main sur le bras tendu de son cousin sui agrippait sa baguette.
« Chut. Doucement. Tu n'es pas méchant, n'est-ce pas ? » Elle se pencha en avant pour se mettre à la même hauteur que l'animal, mais resta tout de même à côté de Harry au cas où quelque chose tournait mal. En se penchant, elle sentit la fraicheur de son collier glisser contre sa poitrine et sortir de dessous sa robe. Le chien sembla se figer, et Ariana aurait juré qu'il avait écarquillé les yeux, mais au moment où elle allait s'avancer vers lui, un bruit de klaxon retentit, suivit de l'apparition d'un bus violet à deux étages, qui s'arrêta juste devant.
« Bienvenue dans le Magicobus, transport d'urgence pour les sorciers et les sorcières en perdition. Je m'appelle Stan Rocade et je serai votre contrôleur pendant ce voyage. » Récita un homme appuyé contre la porte du bus en lisant un papier. Quand il leva les yeux vers Ariana et Harry, il fronça les sourcils. « Qu'est-ce que vous faites par terre ? »
« Je suis tombé. »
« Je suis tombée. » Répondirent en synchronisation les deux adolescents.
« Qu'est-ce qui vous a pris de tomber ? »
« On l'a pas fait exprès ! » S'exclama Harry
« Bon allez, embarquez. » Changea-t-il de sujet. « On va pas rester là à regarder l'herbe pousser ! »
Les deux cousins se levèrent et regardèrent, interloqués, de l'autre côté du bus, où le chien se trouvait quelques secondes plus tôt. Le contrôleur se glissa derrière eux discrètement.
« Qu'est-ce que vous regardez ? »
« Rien. » Dit Harry. Ariana ne savait plus si elle avait rêvé ou non, mais le fait que Harry était lui aussi perplexe suggérer qu'elle n'avait pas imaginé le chien.
« Alors allez ! Montez ! » Ils voulurent prendre leurs malles, mais Stan les arrêta. « Non, non, non, non. Je m'en occupe ! Vous, vous montez. »
Ne préférant pas faire attendre plus que nécessaire les autres passagers, ils obéirent et montèrent à bord du Magicobus. Mais Ariana avait l'impression que cela aurait plutôt dû s'appeler le Magicôtel » Le bus avait été entièrement aménagé en une grande pièce où s'entassaient des lits, certains avec des personnes en train de dormir, d'autres vides.
« Allez, avancez, avancez ! » Les pressa encore le jeune contrôleur. Il tripota la machine qu'il avait autour du cou et en sortit deux tickets qu'il tendit à chacun d'entre eux, avant de taper à la fenêtre du conducteur derrière lui. « On peut y aller, Ern ! »
Une voix étrange répondit. « Oui, Ern, on peut y aller. Ça va secouer un max ! »
Le bus démarra en quatrième vitesse, propulsant les deux cousins sur un lit. Tous les lits avaient des roulettes, ce qui provoquait un infernal remue-ménage dans le bus. Ariana eut peur que le grand lustre ne leur tombe sur la tête, mais il devait être plus solide qu'elle ne pensait, puisque rien ne leur tomba dessus. Stan les dévisageait, l'air pensif.
« C'est quoi vos prénoms ? »
« Neville Londubat. » Répondit Harry. Ariana faillit éclater de rire. Mais au fond c'était malin, ce nom passait partout. Elle-même réfléchit rapidement à un nom. Mais finit par opter pour la facilité.
« Ariana Dursley. »
« Et on vous emmènes où ? »
« Le Chaudron Baveur. C'est à Londres. » Déclara Harry.
« T'as entendu Ern ? Le Chaudron Baveur. C'est à Londres. » Répéta l'homme.
« Le Chaudron Baveur ? Si tu prends de la soupe aux pois, mange là vite avant qu'elle te mange ! Hihihihihi ! » Répondit la même vois étouffée qu'auparavant.
Ariana regardait le paysage défiler à grande vitesse de l'autre côté des fenêtres et préféra ne pas écouter la raison pour laquelle les moldus ne pouvaient pas voir le bus. Pour elle, vu la vitesse à laquelle ils roulaient, personne ne pouvait les voir. Ils déposèrent un passager à sa destination, puis repartir toujours aussi vite en zigzaguant dans les rues de Londres. L'attention d'Ariana fut soudain captée par la photo en première page du journal que lisait Stan Rocade. C'était une photo animée, comme toutes les photos dans la Gazette du Sorcier, d'un homme qui se débattait, les cheveux sales, les traits cadavériques et les yeux fous de rage. Si elle n'avait pas vu l'homme sur une photo sur sa table de chevet depuis deux ans, elle ne l'aurait peut-être pas reconnu. C'était les yeux de son père qui la fixaient. Elle avala difficilement sa salive.
Devant l'air intrigué de la jeune fille, Stan lui tendit la première page du journal.
« Tiens. Tu devrais lire les journaux plus souvent, tu sais. »
Elle parcourut rapidement l'article. Il y était mentionné que le Ministre de la Magie, qui qualifiait son père de fou, avait déployé tous les moyens pour l'arrêter. Quand elle termina l'article, elle observa longtemps la photo. Les yeux de l'homme semblaient pleins de rage et de folie, mais également de désespoir. Une telle expression n'aurait jamais pu être là s'il avait réellement tués les treize personnes comme l'indiquait l'article.
« Il fait peur, hein ? » Dit soudain Stan Rocade. Harry, qui avait lu l'article par-dessus l'épaule d'Ariana ne put s'empêcher de poser la question qui la démangeait.
« Il a vraiment tué treize personnes ? En jetant un seul sort ? »
« Oui. En pleins jours et devant témoins. Ça a fait une de ses histoires, pas vrai Ern ? Black était un des grands partisans de Tu-Sais Qui. Il en était même très proche. Et quand le petit Harry Potter a démoli Tu-Sais-Qui… Tous ses partisans ont été traqués. La plupart se sont tenus tranquilles. Sauf Sirius Black. À ce qu'il parait, il pensait qu'il deviendrait son bras droit quand il aurait pris le pouvoir. Quand ils l'ont coincé, il était seul, mais il a lancé un sort qui a fait exploser toute la rue. Un sorcier et douze moldus ont été tués sur le coup. Horrible, pas vrai ? Et tu sais ce que Black a fait après ça ? » Demanda enfin Stan à Harry, ne faisant pas attention à l'air désespéré de la jeune fille.
« Quoi ? »
« Il a éclaté de rire. Il est resté là, debout à rigoler. Et quand des renforts du ministère de la Magie sont arrivés, il les a suivis sans résister en continuant à rire comme un fou. Parce qu'il était fou, pas vrai, Ern ? Il est fou. » Commenta l'homme dont Ariana commençait à ne plus pouvoir supporter sa voix.
Son père n'aurait pas pu faire d'aussi horribles choses, n'est-ce pas ? Il était un auror confirmé et respecté, d'après Hermione. Jamais il n'aurait pu être fou et faire exploser une rue entière. Il devait y avoir quelque chose qui lui échappait, mais quoi ? Plus elle entendait parler de son père, plus elle se mettait à croire qu'il était réellement coupable.
« S'il ne l'était pas en arrivant à Azkaban, il l'est sûrement devenu. Je préfèrerais me faire exploser plutôt que de mettre les pieds là-bas. En tout cas, c'est bien fait pour lui, après ce qu'il a fait. » Répondit le vieux chauffeur.
Si cela était vrai, il n'y avait plus aucune chance que son père soit encore sain d'esprit. L'horreur de se rendre compte qu'elle n'avait réellement plus de parents tomba sur Ariana comme si tous les problèmes du monde s'abattaient sur ses épaules.
« Surtout avec l'histoire de sa femme et sa fille. Il parait qu'il les aurait tuées la même nuit que Tu-Sais-Qui a été démoli. Enfin, sa femme, puisque la gamine a été retrouvée il y a deux ans. Apparemment elle n'est pas morte. Je suis sûre que c'est elle qui cache son père. Ou peut-être que justement elle se planque pour pas qu'il la retrouve… »
Elle n'en pouvait plus. Cette conversation était une torture pour Ariana. Tout ce qu'elle pensait à propos de son père se révélait faux, et maintenant elle apprenait de quoi il était accusé, c'était un cauchemar. Harry lui envoyait régulièrement des regards inquiets une fois que la conversation s'était terminée. Elle lui répondait par un sourire faible se voulant rassurant, mais ça tournait plus en une grimace comme si elle avait avalé un truc un peu amer.
« Tout va bien, Miss Dursley ? »
Ariana hocha la tête, ne faisant pas confiance à sa voix pour dire des mots cohérents. Le Magicobus s'arrêta soudain, envoyant les deux adolescents voler contre la fenêtre.
« Le Chaudron Baveur ! » Annonça Stan en montrant la sortie du bus.
Ce n'était pas trop tôt ! Harry était encore en train de remettre ses cheveux devant sa cicatrice pour ne pas se faire reconnaître quand il descendit du bus. Il tomba alors nez à nez avec Cornelius Fudge, le ministre de la Magie en personne.
« Te voici arrivé, Harry. » Accueillit-il le garçon. Ses yeux dévièrent vers la jeune fille et s'écarquillèrent légèrement. « Et vous aussi, Miss Black. » Son sourire fut tout aussi faux, si ce n'était pas plus.
Ariana eut très envie de lancer un mauvais sort au contrôleur du bus quand il s'émerveilla devant les enfants.
« Je le savais ! Ern ! Ern ! Devine qui est Neville ! C'est Harry Potter ! J'ai vu sa cicatrice ! Et la fille c'est Ariana Black ! La fille de Sirius Black ! »
Fudge eut lui aussi l'ai agacé, et s'empressa d'écarter les jeunes gens de l'attention des voyageurs en les emmenant à l'intérieur du Chaudron Baveur.
Et oui, déjà ! Les vacances, c'est productif !
J'ai commencé à prendre quelques chapitres d'avance, donc il y aura un chapitre dans une semaine et demi, deux semaines.
Pensez à laissez un commentaire, ça me fait toujours plaisir :)
Mise à jour du 4.11 : J'ai modifié quelques erreurs que j'ai repérées (un peu tard) pour l'orthographe mais aussi pour que ce soit plus clair...
