Vendredi - Jour 13 – Pardon
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Vendredi matin, Hermione se leva et s'habilla en silence. Son ventre lui faisait toujours mal, et ses yeux étaient cerclés de noir. Elle avait passé une nuit affreuse pleine de cauchemars récurrents et pratiquement sans sommeil.
Elle ouvrit la porte juste à temps pour découvrir le Professeur Snape entrer dans le salon les bras chargés de bois. La porte principale était restée à demi ouverte, elle put donc remarquer qu'à l'extérieur se déchaînait une tempête de neige. Elle frissonna et fit courir par réflexe ses mains sur ses bras comme pour se protéger de l'air glacial venant de dehors. Puis elle le regarda, et son cœur manqua un battement. Il était littéralement bleu. La neige scintillait sur ses cheveux sombres et sa cape était couverte de flocons. Il y avait déjà une énorme quantité de bois empilée près du placard, et une ligne humide de saleté mêlée de neige et de brindilles indiquait le chemin suivi lors de ses trajets. Il travaillait sûrement depuis bien avant qu'elle ne se lève.
Hermione serra ses mains ensemble et l'observa sans oser parler. Il ne dit rien, se contentant de pincer les lèvres avec dédain avant de lui rendre son regard. Elle baissa la tête.
« Vous auriez dû m'appeler » murmura-t-elle.
« Et pourquoi ? » répliqua-t-il avec ironie. « Peut-être pour m'aider comme vous l'avez fait hier ? »
Elle sentit une honte brûlante rougir ses joues.
« Je suis désolée. Je mérite une retenue… Mais je suppose que ce serait une punition trop clémente pour mon erreur. »
Sa gorge était sèche. Pourquoi ne criait-il pas ou ne la menaçait-il pas ? Cette attitude était tellement plus douloureuse !
Snape la regarda. « Je suis heureux que vous ayez toujours une conscience. Je pense que vous trouverez un juge plus intransigeant en elle qu'en n'importe quel être humain… Moi inclus. »
Il regarda la saleté sur le sol. « En revanche, si vous voulez m'assister, je serais heureux de vous laisser le nettoyage. Cela vous aidera à méditer sur les joies de l'expiation. »
Hermione soupira. Il avait raison. Rien ne pouvait lui être plus douloureux que de regarder, inutile, tandis que les autres faisaient le travail. Les mots filèrent avant qu'elle ne puisse les retenir, à sa plus grande désolée.
« Me pardonnerez-vous ? »
Snape déposa sa charge, puis redressa le dos avec une grimace.
« La question n'est pas que je vous pardonne ou non » lâcha-t-il froidement. « Elle repose sur le fait qu'un monde entier dépend de vos décisions. Vous devriez réfléchir avant d'agir. »
Hermione soupira à nouveau, puis expira « Je suppose que je ne peux rien faire. »
Elle regretta immédiatement ses paroles. Elles étaient si inutiles !
« Rien » confirma-t-il en fait avec un regard lourd de sens. « Vous en avez déjà trop fait. »
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Le bois était rangé dans le placard, et Snape prêt à partir mais il lui restait toujours quelque chose à ajouter.
« Bien que je suis certain que le Professeur Dumbledore sera ravi de savoir à quel point vous avez été Gryffondor… » commença-t-il, et elle se figea, inquiète. Mais il ne termina pas sa phrase. Elle pouvait voir qu'il était préoccupé, et soudainement, elle sentit une vague glacée de peur.
Il passa dans sa chambre et revint avec une enveloppe carrée. Il la tendit à Hermione. Une calligraphie pleine de boucles formait les mots 'en ton nom' en lettres d'or. Elle comprit et pâlit, anxieuse.
Il croisa les bras. « Vous utiliserez ceci en cas de danger, Miss Granger. Rappelez-vous, seulement en cas de danger. J'espère que vous ne l'utiliserez pas délibérément pour prouver vos talents. » Regard lourd de sens. « Ou l'oublierez délibérément pour vous punir. »
Il prit ses sacs et rejoignit la porte. La tempête hurlait furieusement, et pour un moment, il hésita devant cette mer blanche et agitée. Impulsive, Hermione l'agrippa par le bras.
« S'il vous plaît, n'y allez pas » supplia-t-elle timidement.
Il s'écarta.
« Effrayée, Miss Granger ? » demanda-t-il, amer.
« Pas pour moi » répliqua-t-elle, et la sincérité donna un accent touchant à sa voix. « Mais le temps, dehors, est trop dangereux.
-Ce n'est pas le genre de danger que vous devez craindre » contra Snape, et à nouveau, il semblait amer, de façon particulièrement douloureuse. « Et puis, je ne me suis jamais écarté de mes responsabilités, et je ne commencerai pas maintenant. »
La fille le regarda disparaître dans la neige, et mordit sa lèvre pour retenir ses lèvres. Son cœur lui faisait si mal ! Mais il n'y avait pas de solution, et elle espérait que rien n'arriverait, et que la tempête violente pourrait au moins les protéger tous deux du regard malveillant de leur ennemi.
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Le jour s'étira lentement. Hermione travailla avec énergie, l'enveloppe restant en sécurité dans sa poche, ses pensées revivant continuellement les derniers évènements dans un délire de remord : ce qu'elle avait pu être idiote !
Elle passa la matinée à nettoyer partout, comme si retirer les traces et saletés était un moyen de se purifier. Avec de plus en plus d'énergie, elle nettoya sa chambre, la cuisine et la salle de bain. Les produits de beauté qu'elle avait laissés sur la baignoire n'y étaient plus. Ils avaient été soigneusement rangés sur son étagère. Non, décidément, son idée n'avait pas fonctionné. Mais pourquoi se soucierait-il de ses cheveux maintenant qu'il pouvait être tué à cause de sa stupidité ?
Hermione se posa la question de cuisiner quelque chose de spécial… Non, le Professeur Snape comprendrait sûrement et répondrait avec son ironie acérée. L'après-midi passa en une myriade de petites tâches. Mais plus elle essayait d'écarter son humeur noire, plus elle sentit sa tension monter. Ah, il avait eu tellement raison ! Sa propre conscience était son juge le plus inflexible, son bourreau inflexible, et elle n'avait aucun moyen de la réduire au silence.
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Il était de retour, sain et sauf, et Hermione se sentit exulter.
Le soulagement était immense, mais aussi son envie d'en savoir plus, d'être rassurée… Ou définitivement condamnée.
Le dîner fut consommé dans un silence rigoureux, et enfin, elle osa demander « Qu'est-ce que le Professeur Dumbledore a dit ? »
Snape releva son regard froid et sans compassion.
« Le Professeur Dumbledore a dit qu'il n'y avait rien à craindre. Que tout est sous contrôle. Et que tout ce qui arrive n'advient que pour le meilleur. »
Sa colère difficilement contrôlée laissait clairement comprendre à quel point il était déçu. Mais Hermione était trop excitée pour le remarquer.
« Le Professeur Dumbledore a dit qu'il n'y avait rien à craindre ? » s'exclama-t-elle, ouvrant son cœur à l'espoir. « Mais c'est fantastique ! »
Sa lèvre se plissa vers le bas d'incrédulité, puis il serra ses poings, un signal qu'elle avait appris à craindre.
« Je suis satisfait de voir que vous prenez la question si légèrement » gronda-t-il. Puis il se leva. « Puisque vous êtes si heureuse des nouvelles, je suis sûr que vous ne m'en voudrez pas si je vous laisse célébrer votre triomphe seule. »
Hermione le regarda, bouche ouverte, puis elle réalisa. Sa réaction à la réponse du Professeur Dumbledore l'avait blessé. Mais il l'avait mal comprise. Elle avait été contente pour lui, pas pour elle. Elle pâlit.
« S'il vous plait! » tenta-t-elle, mais son regard étouffa ses mots dans sa gorge.
« Rangez la cuisine » ordonna-t-il sévèrement. « Et en silence ! »
Hermione travailla en silence, de longs soupirs s'échappant de ses lèvres. Puis elle rejoignit le salon, mais il n'y était pas. Il était enfoui dans sa chambre comme un lion dans sa tanière, et sa porte close se tenait entre eux comme une barrière impénétrable. Elle se résolut d'attendre.
Une heure passa et son anxiété grimpa. Hermione n'osait pas frapper à sa porte. Elle n'osait pas l'interrompre, quoiqu'il puisse faire. Mais en même temps, elle sentait l'envie de lui parler monter, inexorable, dans sa poitrine.
Alors elle marcha de long en large dans le salon, le traversant d'un côté à l'autre de son rythme précis. Elle s'assit sur chacune des chaises. Elle ajouta du bois dans le feu et tenta de lire un livre, mais elle était trop nerveuse pour dépasser les quelques premières pages. Finalement, se sentant de plus en plus épuisée après sa nuit sans sommeil et sa journée stressante, elle se laissa aller contre le mur près de sa porte, espérant pouvoir trouver le courage de frapper.
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Le silence emplissait la maison; alors, quand la porte principale s'ouvrit, Hermione était prête à saisir un craquement imperceptible. Dehors, c'était très sombre, mais les flocons de neige tourbillonnant en carrousels blancs révélaient une silhouette sombre entrant précautionneusement. Elle écarquilla les yeux. Une peur terrible glaça son cœur et ses entrailles. Alors, leurs ennemis les avaient trouvés. La panique était si immense qu'elle ne pouvait émettre un son. Le visiteur inconnu l'avait-il déjà vue ? Elle devait prévenir le Professeur Snape ! Elle devait ouvrir la lettre et appeler le Professeur Dumbledore ! Le désespoir l'étranglait. Sa faute ! Ca avait réellement été de sa faute!
L'ombre mystérieuse entra dans la pièce. Elle était entièrement habillée de noir, mais quand elle releva sa capuche, Hermione put voir le regard fou de Bellatrix Lestrange la fixant avec une expression triomphante.
La jeune fille cria d'horreur et tenta de se reculer, l'esprit paralysé par la panique… Mais il y avait un mur solide derrière elle. Alors, elle se recroquevilla, levant les bras pour se défendre, tandis que la femme, une éclatante étincelle d'exultation effrayante dans l'œil, se tendait vers elle comme un animal affamé et posait ses doigts griffus sur ses épaules. La fille cria.
Puis le visage de Bellatrix se transforma en celui de Lucius, et une voix masculine, distordue et effrayante l'appelait de loin.
« Miss Granger ? Miss Granger ! »
Hermione luttait désespérément pour se libérer de cette étreinte horrible.
« NON ! Ne me touchez pas! Professeur, à l'aide!
-Calmez-vous, Miss Granger! Je suis là » répondit la voix de Snape, de façon inattendue. « Qu'est-il arrivé ? Pourquoi êtes-vous allongée par terre ? Vous avez fait un malaise? »
Hermione abaissa ses bras. Elle était effectivement repliée dans l'espace entre les portes de leurs chambres respectives. Snape était agenouillé devant elle, et les mains agrippant ses épaules étaient les siennes. Hermione le fixa, confuse, choquée, et en même temps, immensément soulagée. Il se redressa, la dominant de sa taille. Puis, étonnamment, il sourit.
« Des cauchemars ? » demanda-t-il. Elle acquiesça, incapable de parler, et frissonna.
« L'endroit approprié au sommeil est le lit, je pense. Qu'essayez-vous de faire ? Acte de pénitence ? »
Hermione resta à terre à chercher quoi répondre.
« J'espérais vous parler » dit-elle enfin. « Je voulais vous dire que je suis… » Mais elle ne put poursuivre.
« Désolée ? » conclut-il pour elle. Etrangement, il n'y avait pas d'ironie dans son ton. « Je vous ai déjà dit que vous ne devriez pas me présenter vos excuses.
-Mais et si… Et si… » commença-t-elle, et l'émotion brisa enfin le barrage de sa retenue. « Mais et si vous étiez blessé ! » pleura-t-elle soudainement et avec passion, et elle baissa la tête pour cacher ses larmes, n'osant pas exprimer à voix haute les nombreuses images horribles qui lui avaient torturé l'esprit tout l'après-midi.
« J'ai commencé à vivre avec cette possibilité bien avant que vous ne naissiez » répliqua-t-il, et son ton était étonnamment doux. « Allez au lit, maintenant. Il est tard et il fait froid. »
Lentement, avec hésitation, Hermione se leva, mais ses jambes refusèrent de bouger et elle vacilla. Snape lui offrit une main pour stabiliser ses pas. Elle l'agrippa, et sentit une immense vague d'énergie parcourir son corps. Elle s'immobilisa et le regarda droit dans les yeux. Elle avait besoin de demander. C'était trop important.
« Me pardonnerez-vous un jour ? » expira-t-elle.
« C'est déjà fait » répliqua-t-il tout bas.
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Note de Cricri : un chapitre intéressant vif en émotions… mais un Snape toujours aussi compliqué. Comment Mione réussira-t-elle à percer cette carapace et « tomber en amour » (spéciale dédicace à Aë qui adooooooooooore cette expression) avec notre sarcastique et froid Maître des Potions… To be continued! (Bon j'attends avec impatience la suite de cette histoire… plus que 17 jours… ^^)
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Aë : C'est de l'ironie, car je déteste l'expression 'tomber en amour'. Ca fait traduction de très mauvaise qualité, je trouve…
Sans compter que le dernier jour est sur plusieurs chapitres ^^
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Note de Sockscranberries : Allez, cette fois-ci on a refait un pas en avant ! C'est encourageant.
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Aë : Crois-tu ?
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Cela vous aidera à méditer sur les joies de l'expiation. » (Ca ne la change pas vraiment de son train-train habituel…)
