Un grand merci à ceux qui ont ajouté ma fiction à leurs alertes ou à leurs favoris cette semaine - et un grand merci évidemment à tous mes lecteurs. Voici la première partie de l'anniversaire de Teddy ; à la semaine prochaine pour la seconde, et bonne lecture !
Le Moldu
Chapitre XIII – Rebonds et serpentins
Trois jours plus tard eut lieu l'anniversaire de Teddy. Sirius avait insisté pour que la petite fête de rigueur se déroulât chez lui ; aussi, il annula la séance de répétition avec son groupe prévue le jour même, et se fit un devoir de métamorphoser sa petite maison pour l'occasion. Métamorphoser au sens moldu du terme ; mais pas seulement, comme allait le découvrir la petite famille.
Sur le coup de deux heures de l'après-midi ce jour-là, Remus, le petit Teddy surexcité et Nymphadora (qui avait demandé son congé près de deux semaines à l'avance et qui, fort heureusement, se l'était vu accorder à temps) transplanèrent dans les environs du quartier de Sirius – la vieille voiture de Remus était actuellement en réparation, ce qui l'avait notamment obligé à changer en argent moldu une bonne quantité de gallions. Les deux adultes, tenant chacun une main de leur petit garçon, flânèrent sans se presser jusqu'au quartier de leur ami ; mais dès que le petit Teddy eût reconnu les environs, il les tira en avant avec toute l'énergie et l'impatience de ses cinq ans.
Arrivant finalement en vue de la maison, Teddy s'échappa de la poigne protectrice de ses parents et s'élança dans l'allée de toute la vitesse de ses petites jambes ; une fois devant la porte, il se mit à appeler joyeusement Sirius – Will ! Will !. Remus le rappela à l'ordre, par égard aux voisins qui devaient déjà supporter les grondements puissants du gang de motards, dirigé par Sirius, qui investissait régulièrement la rue ; mais Nymphadora riait aux éclats, tant et si bien que ses remontrances n'eurent aucun effet sur le bambin.
Heureusement, Sirius ne tarda pas à lancer un « J'arrive, j'arrive ! » énergique ; on entendit un léger remue-ménage, puis il finit par entrouvrir la porte. Le petit garçon voulut s'engouffrer dans la maison, mais Sirius éclata de rire et le rattrapa par le bras :
« Hey, pas si vite, toi ! Viens ici. »
Teddy fit ce qu'on lui demandait, et vint se placer devant Sirius.
« Ferme les yeux » ordonna celui-ci.
Le garçon fit la moue, mais s'exécuta ; toutefois, il ne tint pas plus d'une poignée de secondes avant de glisser un regard sous ses paupières mi-closes. Sirius le remarqua et rit à nouveau ; il se coula avec fluidité derrière Teddy et posa les mains sur son visage, recouvrant ainsi ses paupières de ses paumes. Lançant un clin d'œil à Remus et à son épouse, il s'exclama : « En route, mauvaise troupe ! » ; et il conduisit le petit garçon jusqu'au salon, suivi par les deux autres adultes. Ces derniers laissèrent échapper des sifflements d'admiration en découvrant le nouvel aspect de la pièce ; c'en fut trop pour la patience de Teddy, qui s'échappa de l'étreinte de Sirius comme il s'était échappé des mains de ses parents, et qui s'avança de quelques pas dans la pièce avant de lâcher un « Wouaaaaaah… » retentissant, béat d'admiration. Il resta immobile plusieurs minutes, le temps de faire le lien entre cet endroit magique et le petit salon où il passait d'habitude des après-midi entières ; puis il se tourna vers Sirius, les yeux pétillant de joie et d'affection – ce qui était sans doute le plus beau des remerciements.
La pièce, en effet, était tout-à-fait différente de ce qu'elle était habituellement ; pour cette occasion particulière, Sirius s'était vraiment surpassé. Partout où l'on portait son regard, tout n'était que lumière et couleurs ; les quelques meubles de la pièce, à l'exception de la table basse, avaient disparu ; on trouvait à la place toute sorte de petits poufs multicolores, que le musicien avait empruntés à Rémy, et qui donnaient au salon une toute autre allure ; des serpentins et des luminions pendaient du plafond, de fausses bougies colorées étaient disséminées dans toute la pièce, une grande lampe à lave (qui changeait régulièrement de couleur) projetait ses motifs et ses prismes sur les murs et le plafond, en de lentes arabesques circulaires ; et plus important encore pour Teddy, un petit amoncellement de paquets avait été déposé devant la cheminée, à un mètre à peine de la table basse – sur demande de Sirius, Remus et son épouse lui avaient fait parvenir leurs propres cadeaux, afin que le petit Teddy ouvre tout en même temps (à l'exception bien sûr des cadeaux du reste de sa famille sorcière, qui présentaient toujours le risque de révéler quelques particularités inexplicables). Pour couronner le tout, une immense banderole chatoyante pendait au plafond juste sous les cadeaux, sur laquelle on avait peint en grandes lettres colorées un Joyeux Anniversaire Teddy des plus attractifs.
Teddy voulut tout de suite se diriger vers les cadeaux, mais Remus lui recommanda d'attendre un peu ; aussi Teddy fit-il le tour de la pièce, fasciné, s'attardant particulièrement auprès de la lampe à lave avant de se mettre en tête d'essayer chacun des poufs colorés. Les adultes, quant à eux, allèrent prendre place autour de la table basse – Remus sur un pouf bleu nuit, Tonks sur un orange vif et Sirius sur un vert pomme des plus flashy. La petite table avait elle aussi subi quelques modifications pour l'occasion ; les cendriers avaient disparu, tout comme les carnets de note, les stylos ou les canettes de bière vides. A la place, on découvrait à présent un napperon rouge, de petits bougeoirs, des assiettes et des gobelets multicolores ; au centre, un large espace avait été dégagé, pour accueillir plus tard le gâteau d'anniversaire du garçon. Tonks se mit à discuter avec entrain avec Sirius, fascinée par tous les changements apportés ; de temps en temps, ils percevaient les petites exclamations ravies de Teddy qui découvrait les pochettes de bonbons surprises que Sirius avait dissimulées aux quatre coins de la pièce.
Remus, qui laissait ses pensées vagabonder et son regard errer dans ce salon festif, avisa les quelques photos supplémentaires qui trônaient sur la cheminée ; en plus de Sirius et de son groupe, on y trouvait à présent les photos pleines de camaraderie de Remus et de Sirius, prises quelques jours plus tôt lors de leur folle escapade dans les rues de Londres. Cela fit sourire Remus ; Nymphadora, qui suivait son regard tout en discutant avec Sirius, sourit également – un sourire éclatant et clairement amusé.
Sur le coup de trois heures, il parut impossible de faire patienter Teddy plus longtemps ; aussi les adultes consentirent-ils de bonne grâce à lui laisser ouvrir ses cadeaux. C'était lui le roi de la fête, après tout. Le petit garçon se précipita vers les paquets en question, et ce faisant, il se prit les pieds dans l'une des petites cordelettes qui pendaient du plafond (et dont les extrémités formaient les nœuds qui, plus haut, maintenaient la banderole en place). Aussitôt, ladite banderole se détacha, tirant ainsi sur les cordes ; et un petit dispositif accroché au plafond, et jusqu'alors dissimulé par la banderole, relâcha une douzaine de petits ballons jaunes, verts, bleus, rouges et oranges, qui dégringolèrent lentement vers le petit garçon. Ce dernier battit des mains et commença à les attraper, riant sous cette pluie de ballons inopinée ; ses cheveux adoptèrent successivement toutes les couleurs qu'il parvenait à toucher. Fort heureusement, Sirius était trop occupé à grimacer et à ramasser les cordelettes pour le remarquer ; lorsqu'il releva les yeux, les cheveux de Teddy, suite au regard d'avertissement de Remus, avaient retrouvé leur châtain habituel.
« C'est dommage, marmonna Sirius, j'avais prévu de lâcher les ballons quand on apporterait le gâteau…
- C'est toi qui as fait ce dispositif-là ? s'enquit Nymphadora, stupéfaite.
- J'ai bricolé ça ce matin, répondit Sirius avec modestie ; je ne savais même pas si ça marcherait, à vrai dire. »
Les petits ballons colorés étaient tous à présent aux pieds de Teddy, qui s'amusait à les relancer et à les regarder tomber à nouveau en petits tourbillons de couleurs ; cette distraction l'occupa bien dix bonnes minutes. Après quoi, son impatience reprit ses droits, et il en revint à son intérêt premier : les cadeaux. Le petit s'agenouilla et les étala pour mieux se délecter des papiers d'emballage ; il avait beau être impatient, il n'en restait pas moins un petit garçon avec une insatiable curiosité et un vif émerveillement envers tout ce qui l'entourait, héritant en cela de son père (sa mère, elle, aurait déjà déchiré l'emballage en quelques gestes imprécis mais intensément satisfaisants). Posément, presque religieusement, Teddy choisit un paquet : rose bonbon et de forme rebondie, il attirait immanquablement le regard de par sa forme et sa couleur particulières. Ce qu'il renfermait était à la hauteur de ce qu'il laissait présager ; Teddy dégagea précautionneusement de l'emballage une petite balle. D'apparence à priori anodine, d'un bel orange profond, elle était parfaitement ronde et agréable au toucher ; néanmoins, à peine Teddy la laissa t-il tomber qu'elle changea de couleur, passant en un éclair du orange au bleu en touchant le sol ; puis, un nouveau rebond, et elle devenait verte ; s'en suivirent d'autres rebonds qui firent se succéder les couleurs de plus en plus vite (jaune – rose – violet – marron – à nouveau bleu – rouge – écru), jusqu'à ce qu'elle finisse par s'immobiliser, reprenant ainsi sa couleur première – à savoir le orange. Enchanté, Teddy courut la récupérer et renouvela l'expérience plusieurs fois ; les pointes de ses mèches de cheveux changeaient imperceptiblement de couleur, essayant de prendre à chaque fois la couleur exacte de la balle. Tonks – car l'emballage rose bonbon ne pouvait provenir que de la jeune aurore – fit un grand sourire ; quant à Sirius, il s'extasiait sur les capacités de changement de couleur du jouet.
« Waaah… c'est un capteur de chocs, dissimulé dans la balle ? Pourtant, elle est si petite… et d'ailleurs, comment peut-elle changer entièrement de couleur ?
- Euh… ça, c'est le progrès, Will, mentit un Remus mal à l'aise. Un tout nouveau prototype, tout juste mis au point, et qui nous a bien plu. »
La balle festive, en réalité, était bien évidemment magique ; une des dernières inventions de George et de Ron Weasley, qu'Harry leur avait recommandée. Mais cette magie ne se manifestait pas de façon trop apparente, aussi Nymphadora avait-elle jugé que rien ne s'opposait à ce que Teddy la découvre en présence d'un non-initié (ce que Remus, lui, trouvait tout de même légèrement irresponsable – car même si Sirius n'était pas à proprement parler un Moldu, il était devenu parfaitement étranger au monde sorcier, ne prenant même plus conscience de ses propres manifestations magiques.)
Après quelques rebonds supplémentaires, le garçon fit un grand sourire et, se dandinant d'un pied à l'autre, il revint s'emparer d'un autre paquet éclatant – jaune. Il s'agissait, cette fois encore, d'un cadeau de Nymphadora : un petit yoyo rouge glissa du paquet pour atterrir dans la main de Teddy. Ce cadeau-là était en revanche incontestablement moldu ; mais il plût grandement au petit garçon qui, dès que Tonks (et Sirius) lui en eurent expliqué le fonctionnement, prit un grand plaisir à faire monter et descendre son nouveau jouet le long de son fil.
« Il y a plein de choses sympas que tu peux faire, avec ça, remarqua Sirius. Je t'en apprendrais quelques unes, si tu veux. »
Le petit garçon, évidemment, était plus que partant ; mais pour le moment, il lui restait encore d'autres cadeaux à ouvrir. Ses petites mains s'emparèrent de deux paquets à l'emballage plus sobre – qui provenaient de Remus. Le premier, rectangulaire et aplati, renfermait immanquablement un livre ; avec un vif intérêt, le petit l'en sortit. C'était un livre qui traitait de l'aviation – un livre au contenu simple, adapté à l'âge de Teddy, mais déjà bien complet et rempli d'illustrations ; les yeux brillant d'émerveillement, il en tourna tout doucement quelques pages, avant de le déposer avec précaution sur la table et de venir se jeter au cou de son père. Remus le serra contre lui en souriant, à la fois fier et attendri.
Teddy, depuis ses trois ans – depuis qu'il était suffisamment grand pour mobiliser son attention plus de quelques secondes sur un même objet, en somme -, s'était intéressé aux livres ; bien qu'il fût évidemment bien loin de savoir lire à cet âge-là, il aimait déjà s'imprégner des nombreux ouvrages que possédait son père. Or, maintenant qu'il commençait à bien déchiffrer, il savait passer des heures entières dans une bibliothèque – et pas uniquement au rayon enfants. Les livres étaient pour lui, comme pour son père, une véritable passion, et il les avait toujours manipulés avec intérêt et respect.
Quelques mois auparavant, Remus et Nymphadora avaient emmené le petit dans un aéroport, où Nymphadora devait rencontrer une de ses tantes (issue de la branche moldue de la famille de son défunt père) ; et Teddy avait été captivé et impressionné par les immenses engins qui parcouraient le ciel au dessus de lui, décrivant parfois de larges courbes artistiques avant de venir se déposer, avec une singulière légèreté malgré leur poids incommensurable, sur les pistes d'atterrissage. Remus avait noté cet intérêt émerveillé ; et visiblement, ledit intérêt ne s'était toujours pas estompé, si l'on en croyait l'enthousiasme du petit garçon.
