Salut tout le monde !

Merci Ksatan624 pour tes commentaires encourageants dans toutes mes fics. J'apprécie ton enthousiasme.

VirualJBgirl, ça c'est du commentaire... Je te retourne ton wow. Pour les dialogues croustillants et piquants, il est vrai que parfois il y en a un peu trop mais j'ai du mal à me retenir, j'aime bien les jutes verbales. En ce qui concerne l'affaire, je pense qu'il te suffira de lire le chapitre suivant pour avoir ta réponse.

Angelye, Caskett71, Mistyarrow, AlwaysCaskett3012, Caloub38 : Vous ne savez pas à quel point vous me faites plaisir par votre fidélité. J'espère tout simplement que je ne vous décevrai jamais.

Manooon : Tu n'as pas besoin de t'excuser, voyons ! De poster des commentaires n'est pas une obligation. Parfois on a le temps, d'autres fois on ne l'a pas. Donc, ne te fais pas de bile.

Et bien sûr, merci aussi à tous les guests.

Si j'ai oublié quelqu'un ou omis de répondre à une quelconque question, n'hésitez pas à me le rappeler.

Les personnages de la série Castle et leurs histoires ne m'appartiennent pas mais j'avoue aimer jouer avec.

BONNE LECTURE !

PAR PROCURATON

QUATORZE

Beckett avait fait chou blanc. La seule information qu'ils avaient tiré de leur virée au Saint John's leur avait appris le prénom de leur individu, rien de plus. Sans nom de famille et leur Kyle -ils le savaient à présent- n'ayant jamais été fiché, ils n'étaient guère plus avancés.

-Vous savez, dans un de mes romans, le personnage principal se trouve dans le même cas de figure que nous. Il ne connaissent pas l'identité de l'homme qu'ils ont recueilli. Celui-ci souffre d'amnésie et...

-Et une photo est diffusée dans les médias.

-J'oubliais que vous avez lu mes romans, fit Castle, sans cesse émerveillé de que Beckett fasse partie de ses lectrices assidues.

-C'est une idée. Si d'ici à ce soir nous n'avons pas réussi à connaître son identité, nous en parlerons au Capitaine.

Castle était heureux. Beckett, au lieu de l'exclure -après tout, il ne faisait pas partie du corps de police- tâchait de prendre en compte ses considérations et l'incluait dans ses démarches. Pour un romancier, d'être le témoin d'une enquête policière c'était un must. De faire partie intégrante de l'intrigue c'était un rêve devenu réalité. Si de plus, vous deveniez le coéquipier d'une jeune femme de talent comme Kate Beckett, vous n'aviez qu'à vous laisser mourir d'extase.

Pendant un instant on n'entendit dans l'habitacle que le ronronnement du moteur. Kate, qui commençait à connaître Castle, s'étonna de son long silence. Profitant d'un arrêt au feu rouge, elle se tourna vers son passager.

-À quoi est-ce que vous pensez ? Finit-elle par lâcher, curieuse.

-À la chance que j'ai.

-Cette petite virée dans les bas-fonds vous à fait réfléchir à votre train de vie?

-J'ai de l'argent, je ne le nie pas. Je ne le dépense pas toujours de la bonne façon, je l'avoue.

-Votre argent, vous l'avez gagné.

-Certes, mais je ne peux m'empêcher de me sentir coupable dans de telles circonstances.

-Vous n'obligez personne à acheter vos livres, argua Kate.

-Oui, c'est vrai. Castle tomba de nouveau dans le silence mais cette fois-ci pas pour longtemps : Merci, finit-il par dire d'une voix claire, sincère.

-De quoi ?

-De légitimer ce que je fais et ce que je suis.

Kate afficha un sourire tout en retenue en guise de réponse. Elle appréciait ce côté sensible que Castle laissait apparaître de temps en temps.

-Merci aussi de me permettre de vous accompagner. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous en suis reconnaissant.

-Je ne voudrais pas que vous écriviez n'importe quoi dans votre prochain roman.

-Vous savez que c'est une œuvre de fiction...

-Bien sûr. Mais tant que nous y sommes, faisons en sorte de que les pratiques policières soient crédibles. C'est ma mission, en tant que muse.

-Et en ce qui concerne les autres pratiques ?

-Ne poussez pas le bouchon trop loin. Il me semble que de ce côté là votre imagination devrait suffire.

J'aurais préféré la pratique à la théorie, songea-t-il en s'enfonçant dans son siège.

Kate jeta un coup d'œil à son GPS. Elle avait fini par couper le son qui lui indiquait la direction à prendre depuis longtemps déjà. La voix de cette fichue machine la crispait tellement qu'elle avait commencé à lui répondre plus ou moins fraîchement. Craignant pour sa santé mentale, elle avait enlevé la fonctionnalité et elle ne s'en portait que mieux. À présent, elle ne trouvait qu'à pester contre les autres automobilistes. Malheureusement, ceux-là, elle ne pouvait pas les débrancher. La jeune femme ralentit et s'engouffra dans une ruelle qui finissait en cul-de-sac. Comme dans les environs de Saint John's, quelques hommes et femmes, regardèrent avec curiosité la Crown Vic s'arrêter puis les deux occupants en descendre. Avec ses vêtements griffés et sa montre apparente à chaque fois que la manche de son manteau remontait, Richard attirait les convoitises. Il s'efforçait de les ignorer comme Kate le lui avait conseillé mais lorsque, parmi les autres voix qui quémandaient, lui parvint celle d'une jeune femme que lui proposait ses services, il ne put se retenir. Quel âge avait-elle ? Ses formes étaient encore frêles et ses yeux étaient d'un bleu intense. L'image d'Alexis lui vint à l'esprit et son cœur saigna, se représentant sa petite fille dans une ruelle froide, sale, obligée de vendre son corps pour survivre. Il était hors de question qu'il sorte son porte-feuille, même si Kate était tout à fait capable de le protéger, il ne voulait pas lui créer des ennuis, alors il fouilla dans la poche de son pantalon. Deux billets de vingt dollars et quelques pièces lui étaient restés après son passage chez Starbucks. Sous le regard vigilant de Beckett, il s'approcha de la jeune femme, s'il pouvait la qualifier ainsi, et lui tendit l'argent.

-Il y a un hôtel... fit-elle.

-Gardez l'argent, je ne... Il fit non de la tête et rejoignit Beckett qui l'attendait. Il osa un dernier coup d'œil et vit que la jeune femme le regardait encore, un sourire triste sur les lèvres et de la gratitude dans les yeux. Le cœur de l'écrivain se fit encore plus lourd.

-Vous êtes un homme bon, Richard Castle, fit Beckett le sortant du mutisme qui l'avait gagné.

-Est-ce que vous avez des fichiers avec des photos d'adolescentes qui auraient fait une fugue ?

-14-

Deux heures plus tard, les bruits habituels du douzième les accueillirent et comme dans tout poste de police, les nouvelles allaient bon train. Ceux qui étaient là le matin, les regardèrent passer, côte à côte, cherchant un quelconque indice qui puisse clarifier le statut de celui qu'on nommait Castle. Ceux qui ne l'avaient pas encore vu, le dévisageaient sans vergogne. On le disait écrivain et selon Espo, le type les avait sauvés la veille lorsque le maboul qu'ils avaient coffré avait tenté de leur tirer dessus. On disait aussi qu'un des jeunes en uniforme l'avait aplati et quelque peu esquinté. Le type pourtant n'avait pas l'air trop mal en point, ils en avaient vu de pires. Sauf sa belle gueule, rien d'autre ne semblait avoir été touché. Il avançait, droit, avec de longues foulées et semblait à l'aise dans cet environnement qui n'était pas le sien. Beckett et lui marchaient plus ou moins côte à côte -il était légèrement en retrait- mais se touchaient presque. La flic la plus en vue du service ne semblait pas s'en offusquer d'ailleurs. Lorsque l'écrivain s'assit sur la chaise près du bureau de Beckett, trois quarts des flics qui assistaient à l'entrée du duo songeaient à faire une pause café ou à aller s'en griller une. Ce n'était, bien sûr, qu'une excuse. Leur intention était d'aller voir Jenkins et parier. L'autre quart, l'avait déjà fait.

Beckett notait les nouvelles informations recueillies dans la matinée sur son tableau blanc les ponctuant avec un soupir d'exaspération. Ils savaient à présent que leur homme s'appelait Kyle, que le foyer qu'il fréquentait le plus assidûment était le Saint John's et que même là-bas, avec le redoutable Barry, on n'avait pu lui soutirer aucune autre information relevante. Leur homme n'avait pas d'amis, pas de connaissances et quasiment pas de contact avec les autres.

-Sans d'autres indices, nous ne pourrons justifier encore longtemps l'enquête, se lamenta Kate. Tout indique qu'il est notre tueur.

-Manque le mobile.

-Oui, mais tout en haut de la hiérarchie ce qui les intéresse vraiment c'est qu'on a appréhendé le tueur d'un flic. Ça donne une bonne image de la Police. Rapidité à la réaction, efficacité à l'exécution.

-La politique du rendement.

-Exact. En attendant, nous n'avons pas grand chose de plus concluant à offrir. Cet homme reste un mystère.

-Peut-être qu'il faudrait emprunter d'autres voies tant que celle-ci est temporairement coupée.

-Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? Fit Beckett tout en lisant un post-it qu'on avait laissé sur l'écran de son ordinateur. Et voilà qu'on a les résultats de la balistique... Pourquoi est-ce qu'on ne m'a pas appelée? S'offusqua-t-elle en jetant un coup d'œil au bureau qui se tenait un peu plus à droite, là où devrait se trouver Karpowski. Enfin, l'arme que tenait Kyle est bien celle qu'a tué Caldwell.

-Raison de plus pour explorer d'autres voies au plus vite, comme la vie de la victime. Comment est-ce que vous procédez ?

-Premièrement, on interroge les proches.

-Vous avez parlé à sa femme.

-Exact. Puis on élargit le cercle s'il le faut : amis, collègues de travail.

-Son coéquipier peut-être ? Proposa Castle qui écoutait attentivement, sachant que ce que développait Kate était la procédure standard.

-Il y a aussi les voisins.

-Une enquête de voisinage ?

-Dans ce cas-là ce n'est pas une enquête de voisinage, puisque le faits se sont déroulés ailleurs.

-Ah, je comprends ce que vous voulez dire. Les proches ont tendance à cacher certains faits ou attitudes de la victime. Les voisins entendent souvent ce qui ne faudrait pas entendre et voient ce qu'on ne devrait pas voir.

-Tout à fait. Puis en parallèle on étudie ses relevés de comptes et ses appels, depuis le fixe ou le portable.

-Il faut alors les demander.

-Je les ai demandés ce matin même, fit Kate avec un sourire entendu. J'aime parer à toutes les éventualités.

-Je veux bien vous aider à les passer au peigne fin.

-Ça va vite vous ennuyer.

-Je suis tout à fait capable de rester concentré sur une tâche Vous voyez, fit-il en sortant son Moleskine et commençant à noter méthodiquement tout ce que Kate venait de dire. Soudain, son portable se mit à vibrer et il posa stylo et carnet pour le sortir. Le message le fit ricaner et Kate se tourna de nouveau vers son tableau blanc, incrédule.

-14-

Ryan et Espo réapparurent peu de temps après que les relevés furent arrivés. Kate était seule à son bureau, fluo en main.

-Où est passé votre petit copain ? Demanda le Latino.

-Ce n'est pas mon petit copain, rétorqua Kate sans lever les yeux avec un petit soupçon d'irritation dans la voix.

-Si vous le dites... fit Espo.

-Vous êtes venus pour fantasmer sur ma vie sentimentale ou vous avez quelque chose à ajouter à notre tableau bien trop blanc ?

Ryan, prit l'initiative :

-Après avoir mis à l'abri tout ce qui pouvait appartenir à John Doe...

-Non, mec, regarde le tableau. Il s'appelle Kyle, l'interrompit Javier.

-Ah, oui ! Donc, comme je disais, après avoir mis de côté tout ce qu'on a trouvé et qui pouvait appartenir à Kyle, nous sommes allé toquer à toutes les portes. La plupart des habitants de l'immeuble avaient remarqué sa présence depuis quelques jours. Il s'était d'abord installé sous la cage d'escaliers, puis on l'avais mis dehors. Puis il a réussi à se frayer un accès jusqu'à la cave parce qu'un des voisins avait oublié de la fermer correctement. Finalement, le concierge s'en est aperçu et l'a encore mis dehors. Alors, il s'est fabriqué un nid douillet derrière un des conteneurs.

-Il tenait vraiment à rester autour de l'immeuble... fit Kate, pensive.

-C'est bien ce qu'on pense.

Ce fut alors le tour d'Espo de prendre la parole :

-On nous a aussi dit qu'il était visiblement dérangé. Il parlait tout seul. Ça fichait la trouille aux habitants.

-Alors qu'ici il n'a pas lâché un mot, souligna Ryan.

-Ouais, ben, il paraît qu'en fait c'est une vraie pipelette. Il passait ses soirées à taper la causette à un ami invisible. Tous les soirs, n'importe où et à voix basse. Vous vous imaginez rentrer chez vous après le boulot et entendre un mec caché sous l'ombre de l'escalier parler tout bas, tout seul. De quoi filer la pétoche.

-Il a peut-être des antécédents psychiatriques... Raisonna Kate. Ce serait une piste à suivre... Puis elle s'empressa de le noter sur son tableau.

-Mais ce n'est pas tout... Ryan voulut amplifier l'effet par une pause mais le regard noir que Beckett lui envoya lui en enleva toute envie. Heu, notre homme n'était pas le seul à avoir pris ses habitudes dans le bâtiment. Caldwell y a été vu très souvent aussi.

Kate en resta bouche-bée. Elle s'était bien posée la question de la présence de Caldwell devant le bâtiment mais elles pouvaient être multiples. Caldwell était un fumeur, il aurait pu se diriger vers l'épicerie du coin de la rue pour acheter un paquet. Il aurait pu prendre un café ou un verre dans le bistrot à cent mètres de l'immeuble avant de rentrer à la maison...

-Sait-on qui venait-il voir ?

-Madame Jones, du troisième B dit qu'il venait voir la petite du troisième A, fit Ryan en consultant son carnet.

-Monsieur Perkins, du deuxième étage dit qu'il venait voir la jeune femme du deuxième C, intervint Esposito. Ta Madame Jones est une mythomane qui passe ses journées à inventer des histoires, fit-il en regardant Kevin.

-Ton Monsieur Perkins s'ennuie tellement depuis qu'il est à la retraite qu'il se fait des films, contra Ryan.

-Je parie vingt dollars que Monsieur Perkins a raison, le provoqua Espo, appuyant un index ferme sur la poitrine de son coéquipier.

-Pari tenu ! S'exclama Ryan.

-Encore un pari ? Lâcha Castle les faisant sursauter tous. Parmi les trois, aucun ne l'avait vu arriver.

-De quoi parlez-vous Castle ? Demanda Kate dont la curiosité avait été piquée.

-Ils ont parié sur nous.

-Sur nous ?

-Il y a ceux qui croient que je vais...

-Non, non, mon vieux, votre métier vous monte à la tête, l'interrompit Javier avant qu'il ne puisse en dire davantage.

-C'est tout à fait ça, c'est de la déformation professionnelle, ajouta Ryan qui avait tout aussi peur de que Beckett apprenne de quoi il en retournait.

-C'est pas que, mais on a du boulot. Tu viens mon pote ? Dit Espo en saisissant Ryan par la manche de son gilet et l'emportant avec lui.

-Puisque c'est comme ça, je ne partagerai pas notre repas avec vous ! S'exclama Castle, les bras chargés de boîtes remplies de nourritures diverses. Oh, il y a du nouveau, s'étonna-t-il en jetant un coup d'œil au tableau.

-Les gars, comment se fait-il que vous n'avez pas pu vérifier les infos ? Demanda Kate en haussant le ton. La grande salle était quasiment vide. Les collègues étaient partis manger à l'extérieur. Il y avait bien quelques autres flics ci et là, qui picoraient tout en étudiant des dossiers mais comme Kate, ils avaient tous développé une ouïe sélective. Il n'est guère facile de travailler dans une salle bondée où tout le monde parle, d'aucuns crient et des objets tombent de temps en temps. On finit par forger une bulle autour de soi pour garder sa concentration.

-Elles n'étaient pas là, ni l'une, ni l'autre, répondit Javier.

Castle, perdu, lança un regard interrogateur à sa partenaire.

-Venez, je vais vous expliquer. On va s'installer dans une des salles d'interrogatoire. Comme ça, on aura la place de manger et de continuer à éplucher les relevés.

Beckett prit les relevés bancaires et téléphoniques et Castle la suivit.

-J'ai faim tout à coup, fit Espo.

-On pourrait laisser Papa et Maman manger en tête à tête, dit Ryan avec malice.

-Papa et Maman... Tu ne crois pas que tu vas plus vite que la musique ?

-Non. Ces deux-là dansent la valse de l'amour depuis qu'ils ont posé les yeux l'un sur l'autre.

-Ryan, t'es vraiment poétique à en vomir.

-Fais-toi à l'évidence. Castle va la conquérir et tu vas perdre. Ce mec a tout pour lui.

-Dis, continue comme ça avec l'écrivain et je vais commencer à prendre mes distances avec toi.

-Ne sois pas jaloux, Esposito. Tu seras toujours mon préféré.

-Merci mon frère.

Ryan le regarda et battit des paupières. Il fit rouler sa chaise jusqu'à celle d'Espo.

-Pas de ça chez moi, fit Espo en s'écartant vivement. Je suis un homme, un vrai, ajouta-t-il en se tapotant la poitrine du poing.

Ryan fut pris d'un fou rire qui retentit dans la grande salle à trois quarts vide.

-Je suis quand-même curieux... dit finalement l'Irlandais lorsqu'il parvint à se calmer. Ses yeux se perdaient vers la porte menant à la salle d'interrogatoire.

-C'est pas toi qui voulait les laisser en tête à tête ?

-Oui, mais c'est plus fort que moi.

-Toi aussi, tu as faim ?

-Oui, je suis affamé.

-Perso, je suis au bord de l'hypoglycémie, renchérit Espo.

-Je suis sur le point de faire un malaise.

-C'est un cas de force majeure.

-Parfaitement.

Comme un seul homme, ils se levèrent et filèrent aussi vite que leurs pieds le leur permirent.

-14-

Castle tenait une fourchette d'une main et une feuille de l'autre, tout comme Kate, placée devant lui. Comme il ne connaissait pas vraiment les goûts de la jeune femme et des gars en matière de nourriture, il avait opté pour trois restaurants différents. La table était alors remplie de boîtes aux plats très variés. Rick avait jeté son dévolu sur le riz cantonais, simple mais efficace, tandis que Kate décortiquait des rouleaux de printemps.

-Dites, c'est toujours bon pour ce soir ? Fit Castle, incertain.

-Euh... Kate leva la tête de sa feuille pour rencontrer les énormes yeux bleus de Richard. De savoir qu'il allait rencontrer sa famille la rendait nerveuse mais l'air vulnérable de l'écrivain lui ôtait toute envie de rejeter son invitation. Alors elle ne put que lui répondre positivement : Bien sûr, oui, si c'est toujours bon pour vous. C'est toujours bon pour vous ?

-Oui, fit-il avec un sourire. Évidemment !

-Bien, alors.

-Parfait.

Kate se concentra de nouveau sur les chiffres qui défilaient sous ses yeux.

-Mangez, fit Castle, avec la même autorité teintée de bienveillance dont il usait avec sa fille.

-Je mange.

-Non, vous vous amusez avec votre nourriture.

On toqua alors légèrement à la porte de la salle et elle s'ouvrit juste assez pour que Ryan y glisse sa tête.

-On dérange ?

Mais Espo le poussa avant que Castle ou Beckett aient pu répondre.

-Qu'est-ce que tu crois qu'ils peuvent faire dans une salle d'interrogatoire ? Lâcha Espo.

-Franchement, les gars, vous ne croyez pas qu'il y a d'autres choses à faire que de dire n'importe quoi ? Les corrigea Beckett.

-Oui, vous pourriez manger, fit Castle en leur montrant du menton les différents plats disposés sur la table. Je vous avais prévu dans les quantités.

-Continuez comme ça et je peux vous dire que vous et moi, on sera potes, fit Javier en s'asseyant à gauche entre Castle et Beckett.

-Vous avez trouvé le moyen pour toucher non seulement le cœur d'Espo, mais aussi le mien, commenta Ryan en prenant place à sa droite. Un repas gratuit nous met toujours de bonne humeur.

Pendant un court instant, le silence se fit, le temps pour chacun de remédier à leur faim.

-Cette affaire se corse, fit Castle, enthousiaste.

-Elle commence à devenir agaçante, lâcha Kate.

-Je trouve qu'au contraire, elle est plutôt amusante, lança Rick sans que le ton contrarié de la jeune femme n'émousse en rien son exaltation face à un mystère complexe.

-Ben, moi, je pense comme Beckett. Parfois on aimerait avoir une affaire facile à résoudre, dit Javier visiblement ennuyé.

-C'est vrai qu'en ce moment on accumule les affaires louches, corrobora Kevin entre deux bouchées de pâtes à la carbonara.

-Vous êtes une mine d'informations pour un écrivain. C'est tellement exaltant !

-On en aurait à vous raconter ! L'aguicha Ryan.

-On aura qu'à se faire une soirée entre mecs et on vous donnera des détails croustillants, proposa Esposito qui voyait l'opportunité de passer un bon moment.

-Et Beckett ? Fit Castle qui ne voulait pas vexer la jeune femme en la laissant de côté.

-Ne vous inquiétez pas pour moi Castle. Je me passerai de votre soirée bière et foot américain.

-À vrai dire, je ne suis pas friand de sport. Je suis plus du genre jeux vidéo.

-Trop cool. Tu as entendu, Ryan ? Comme tu disais, il a tout pour plaire. J'adore les jeux vidéo ! S'exclama Javier, guilleret comme un gamin de dix ans.

-Vous jouez à quoi ? Demanda Kevin, avec intérêt. À Call of duty ?

-Ça m'arrive mais je suis plutôt le genre à jouer à Halo.

-Armes surpuissantes, armures, extraterrestres... Beckett, faut le garder celui-là, c'est un bon ! Il est dix fois plus cool que Sorenson !

-Je te le laisse si tu veux, Esposito. Peut-on continuer à travailler maintenant ?

-Est-ce que je peux résumer la situation ? Proposa Castle.

-Allez-y, approuva Beckett.

-Nous avons Kyle. Il habite dans la rue depuis des années. Il n'a aucune vie sociale, on ne lui connaît pas d'amis, nul avec qui il aurait établi un contact, aussi bref soit-il. Nous avons pu mettre un prénom sur lui grâce au vieux Barry, pensionnaire de Saint John's où notre homme se rend habituellement depuis quelques années. Or, tout à coup, il abandonne les abords du refuge pour aller s'installer dans ou le plus près possible d'un immeuble où, là non plus, n'a aucun contact avec les habitants sauf peut-être conflictuel. Après tout il à été délogé de sous l'escalier puis de la cave. Malgré tout, il tient à demeurer dans les environs puisqu'il reste à l'abri du conteneur où les habitants vont déverser leurs ordures. Il y a deux jours, une vieille dame finit par avoir pitié de lui et lui permet de reprendre place sous les escaliers pour la nuit. Mais, pour des raisons qui nous sont inconnues, il sort de son refuge ce soir même et abat Caldwell. On vous appelle, vous vous y rendez, vous commencez votre enquête. Il ne faut pas être diplômé de Harvard pour déceler en vous les flics en civil que vous êtes. Donc, en rapport avec sa réaction ici même, on finit par comprendre que s'il a choisi de tirer sur vous c'est parce que Espo est un homme, flic de surcroît. Alors pourquoi ne s'est-il pas amusé à faire des cartons sur les autres policiers en uniforme ? La réponse est évidente, il avait un objectif précis et immuable :abattre uniquement les policiers, de sexe masculin, en civil.

Castle regarda l'assistance pour chercher un possible désaccord mais il n'en trouva aucun. Alors, il continua :

-Kyle a de la poudre sur les mains, de la poudre sur les vêtements. La balistique nous apprend que la même arme qu'il tenait a servi à tuer Caldwell. La boucle semble bouclée mais quelque chose ne colle pas. Quel était le mobile ? La folie ? On sait qu'il parle tout seul, peut-être souffre-t-il d'une forme de schizophrénie. Ou aurait-il tué Caldwell et tenté d'abattre Espo parce qu'ils partageaient des caractéristiques communes comme j'ai annoncé précédemment. C'est possible mais comme nous n'avons pas accès à son passé, nous n'avons rien pour corroborer cette hypothèse. Puis -et cela reste mon idée- je pense que son esprit est malléable. Est-il le pantin d'un esprit éclairé et dominateur ?

-Mais nous avons d'autres données à ajouter à tout ça, fit Ryan.

-J'y viens. Laissez-moi donc faire mon métier.

-Pardon.

-Or, nous apprenons grâce aux brillants apports de Ryan et Espo que Caldwell n'était pas là par hasard, bien au contraire. Bien que marié, il semblait entretenir des relations extraconjugales avec une, voire deux femmes du même immeuble. Les sources divergent mais elles peuvent aussi être complémentaires.

-Tiens, on y avait pas pensé, dit tout haut Javier.

Castle lui envoya un regard noir. Il n'aimait pas qu'on l'interrompe pendant qu'il exerçait ses talents.

-Cela ouvre beaucoup d'options différentes mais le temps presse parce que selon toute évidence nous avons notre tueur.

-Pour certains l'affaire est close, fit Kate, pensive.

-Pourquoi est-ce qu'à elle vous ne lui faites pas de reproches ni la regardez de travers ? S'offusqua Javier.

-Elle est plus sexy que vous.

-C'est de la discrimination, lança le Latino.

-Alors, ces autres options ? S'enquit Kevin qui était resté sur l'affaire.

-Il a pu être tué par son épouse après qu'elle ait compris qu'il la trompait. Vous vous imaginez, elle est enceinte et il va voir ailleurs. Un vrai goujat. Peut-être qu'il a voulu rompre avec son amante en songeant à sa femme enceinte et celle-ci ne l'a pas supporté. Ou, encore, il trompait son épouse avec les deux jeunes femmes dont on vous a parlé et une s'est vengé de l'autre en éliminant l'objet de la convoitise.

-Sauf qu'on a trouvé de la poudre sur Kyle, fit Kate, cherchant à démonter l'argumentation de Castle.

-Et c'est là qu'intervient ma théorie du pantin.

-Vous croyiez qu'une des ces trois femmes a pu lui suggérer de tuer Caldwell ? S'étonna Ryan.

-Ça se tient... finit par concéder Kate. Mais pourquoi est-ce qu'il aurait tiré sur nous alors ? Et pourquoi cette fixation ?

-Il y a quelque chose qui ne s'emboîte pas tout à fait, soupira Javier en piquant le dernier rouleau de printemps.

-L'identité complète de Kyle est la clé de toute l'affaire... fit Kate en se levant puis elle ajouta en s'adressant à Castle : je vais aller voir Montgomery et lui exposer votre idée.

Elle sortit de la salle d'un pas déterminé, cette affaire commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

-De quelle idée est-ce qu'elle parle ? Demanda Esposito.

-Exposer le visage de Kyle dans les médias. Peut-être quelqu'un le reconnaîtra et pourra nous en dire davantage.

Les trois hommes finirent de manger en silence, chacun perdu dans les méandres de l'affaire. Lorsque Kate revint, elle apportait un café pour chacun de ses collègues. Pendant que les trois policiers le buvaient, résignés, et l'écrivain l'avalait, dégoûté, ils discutèrent de la marche à suivre pour l'après-midi.

Alors? Faites péter les commentaires!