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Chapitre 13
L'union
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/!\ Le rating M se justifie un peu ici, avec un petit lemon /!\

Allen… Il est bien trop fort… murmura la voix de Neah.

À travers le souffle qui faisait office de tornade puissante tout autour de lui, les hommes en rouge s'approchaient déjà, réussissant à braver cette force titanesque. Qu'allaient-ils lui faire ? Le tuer et capturer Curse ? C'était ridicule. On ne jouait pas avec le Diable. Le Central se croyait trop puissant et ceci le perdrait.

« Empêchez-le de se mouvoir ! » ordonna soudain l'Inspecteur trop proche d'Allen.

Ils n'étaient pas loin. Link aussi, surement prêt à utiliser son nouveau pouvoir pour extraire Curse. Mais le Diable irait récupérer un nouveau corps et ça ne s'arrangerait en rien. Curse devait en rire. Il devait bien s'esclaffer de la confiance aveugle de Luberier et de ses hommes. Quelle ironie.

La voix de Curse était muée à celle d'Allen, et Link se figea quelques mètres derrière lui, bras contre son front pour se protéger de cette bourraque asphyxiante. Une crainte naquit chez le blond qui sut qu'il ne s'agissait plus que d'une question de temps avant qu'Allen ne trépasse. Soit possédé par le Diable. Soit assassiné par son propre pouvoir offert par le vieux Chan.

Ou bien, Allen pouvait-il se battre encore et repousser par lui-même Curse ?

Mais le Central ne lui laisserait pas le temps. Luberier avait des ordres bien clairs à donner et Link se vit ne pas y être consentant. Avec regret, il retira son gant, dévoilant au jour le dos de sa main tatouée de noir. Mais soudain, une autre main agrippa son poignet levé et le figea dans son geste.

« Qu'est-ce que tu vas lui faire… ? » fit la voix rauque de Yû Kanda.

Avec surprise, Link lui lança un regard dérouté. Curse ne l'avait donc pas tué. Son regard était menaçant et lentement, Link abaissa sa main non sans être dépêtré de la poigne forte du kendoka.

« Le Central a choisi Curse suite à sa puissance titanesque, » avoua Link en détournant les yeux, haussant ainsi le ton pour se faire entendre au milieu de cette rafale claire et chaude.

Kanda comprit soudain et ses yeux s'écarquillèrent. Le Noé devait surement faire pâle figure face au pouvoir de ce Diable, tout comme les autres membres de ce clan et les Exorcistes eux-mêmes.

« Le Central est bien trop gourmand… » cingla Kanda en lâchant abruptement la poignet de Link. « Toi, tu ne bouges pas d'ici, et tu ne tentes rien contre lui. »

Puis, Mugen retrouvé fendit le vent et comme Moïse qui séparait la mer, Kanda ouvrit un chemin à travers le vent qui gagnait en puissance tout en évitant soigneusement le corps meurtri d'Allen au loin. Au moment où il accourait vers lui, Allen s'effondra et se laissa tomber contre le torse de Kanda qui arriva juste à temps.

Allen perdait connaissance, ce n'était pas bon du tout. Son corps tout entier tremblait contre le kendoka alarmé.

« Walker ! Ne t'endors pas dans un moment pareil ! » lui ordonna Kanda entre le vent, cherchant à le réveiller de sa transe.

À vrai dire, il n'avait aucune idée de comment réagir face à l'ampleur des dégâts. Allen l'avait délivré de Curse grâce à son sang empoisonné qu'il avait ingéré, mais dans les vaisseaux sanguins du maudit, Curse semblait ne pas s'en soucier et essayait surement d'éliminer son opposant interne. Il détruisait Allen de l'intérieur.

« Walker ! » appela-t-il plus fort.

Mais le crâne d'Allen reposait fébrilement contre son torse et la lame de Mugen déposée au sol brilla d'une lumière intense. Un frisson parcourut l'échine du kendoka, sachant qu'il pouvait aisément planter son arme dans le corps du plus jeune et éliminer pour toujours Curse enfermé dans l'hôte qui mourrait. Il pouvait en finir maintenant.

C'était ce qu'il fallait faire. À l'époque, il l'aurait fait sans hésiter une seule petite seconde. Mais aujourd'hui, la raison était ailleurs.

« ALLEN ! N'espère même pas crever dans mes bras, tu m'entends ?! T'as pas intérêt à claquer maintenant ! »

Mais la douleur ne s'estompait pas. Curse détruisait son corps de l'intérieur et dans un élan de lucidité, Allen Walker comprit rapidement qu'il était en train de mourir contre le torse de Kanda. Le Diable se détruisait en même temps qu'Allen.

Que faire ? La main d'Allen venait de s'accrocher vainement à la manche de Kanda impuissant.

Bon sang, il doit bien y avoir une solution !

Soudain, les paroles de Neah un peu plus tôt dans les souvenirs d'Allen éveillèrent en Kanda une soudaine impulsion d'espoir qui le prit de toute part. Peut-être que ça pouvait aussi fonctionner dans l'autre sens.

Le vent se fit soudain plus meurtrier, et Kanda baissa la tête pour se protéger, lui et Allen contre lui. Timcanpy fut finalement contraint de s'accrocher à l'aide de ses petites mains aux mèches de cheveux du kendoka qui virevoltaient farouchement derrière lui.

« Yû Kanda, je vous ordonne de reculer ! »

Main contre le crâne d'Allen pour le maintenir contre lui en guise de protection, Kanda leva la tête et fit face à l'un des hommes en rouge suivit de deux de ses congénères, armés de parchemins destructeurs. Empoignant vivement Mugen, Kanda jura quelque chose et d'un coup habile, amplifia le vent qui fouettait ses trois opposants.

La force de son Innocence imprégné dans la rafale fit reculer et chuter les hommes du Central, mais il sut que ce n'était que temporaire avant que les renforts n'arrivent pour l'éloigner d'Allen.

Il n'avait plus de temps à perdre.

« Allen, écoute-moi ! » reprit Kanda en poussant Allen devant lui pour examiner son visage, deux mains contre ses épaules frêles et tremblantes. « Ouvre l'Arche, emmène-nous dans ta salle secrète ! Celle où tu partais te réfugier parfois ! »

Allen entrouvrit fébrilement les yeux mais la force ne fut pas de son côté, et il tomba en arrière. Ne s'attendant pas à ce que le corps du plus jeune ne réponde plus, Kanda n'eut pas le temps de le rattraper et le dos d'Allen rencontra le sol poussiéreux.

« Hé ! Non, non, réveille-toi ! Ouvre la porte ! » cria Kanda en se plaçant au-dessus, main contre son épaule.

Les pupilles d'Allen rivées vers le ciel étoilé frétillèrent doucement mais il ne répondit pas, comme paralysé par la douleur. Il aurait sincèrement voulu lui répondre, mais l'intérieur même de son âme était insupportable à maintenir.

Mais de quelle salle parlait Kanda… ?

« Celle où tu allais chanter ! » insista Kanda en secouant son corps lourd et douloureux.

La salle du Quatorzième. Celle où se trouvait le piano blanc de Neah. Celle où Allen s'était aussi secrètement réfugié, et où il allait même encore pour se retrouver, être seul et parfois, chanter la chanson de Mana.

Kanda le savait ? Certainement que Lavi et Lenalee avaient eux aussi dû le comprendre mais ne lui en avait jamais parlé, par crainte d'être entendu et qu'Allen ne puisse plus jamais s'approcher de l'Arche tout seul.

Soudain, un cercle de parchemins rectangulaires aux couleurs immensément puissantes et dorées vint entourer leurs deux corps et Kanda fit volte-face et pour apercevoir que les hommes du Central les avaient cernés.

« Yû Kanda, vous êtes en état d'arrestation pour trahison envers le Siège Central et Allen Walker vous êtes contraint à la mort pour le bien de la capture de Curse et le bon déroulement de la mission de notre Seigneur, » annonça le premier homme qui maintenait le sort autour des deux Exorcistes pris au piège.

Mais avant que Kanda ne puisse hurler contre eux toutes les inepties du monde, il sentit la main gauche d'Allen s'enrouler autour de son poignet alors qu'il plaçait deux doigts contre son front glacé. Le maudit ferma les yeux et comme lui avait demandé Kanda, en appela à l'Arche.

Le pouvoir du Central ne put pas contenir le transfert de leurs deux corps et en une simple et unique petite seconde, l'espace tout autour de Kanda brilla d'un blanc intense.

C'était la salle du Quatorzième. Le canapé blanc, le piano, les deux chaises, le miroir… Rien n'avait bougé. Kanda se souvint avoir été jusqu'ici une fois qu'Allen les avait tous sauvés de l'Arche défectueuse, et une seconde fois quand il cherchait Allen désespérément avec un Lavi excité.

Mais il fut tiré hors de ses pensées en sentant les doigts d'Allen lâcher son poignet, et le maudit se leva difficilement, main contre son cœur. La porte blanche derrière lui était ouverte sur le village blanc des pays du sud caractéristique de l'Arche, signe que la Congrégation pouvait toujours venir jusqu'ici. Le mot anglais « ON » était gravé juste au-dessus de la porte et Kanda allait dire quelque chose pour prévenir Allen de ce petit détail, mais celui-ci s'approchait déjà fébrilement du piano à queue.

L'index de sa main non-humaine pressa une touche précise du piano et le son résonna dans toute la pièce blanche. La porte se ferma doucement et disparue pour laisser placer à un mur opaque et lisse, ne donnant aucun indice quant à la position d'un quelconque moyen de sortie anciennement consigné ici.

Allen gardait ses yeux ouverts avec peine et la vision du clavier blanc se flouta doucement. Une vague de malaise aiguë traversa tout son corps et le fit crier de douleur. Il se pencha en avant et ses poings contre les touches du piano qui laissèrent échapper des notes de musique aléatoires et lourdes firent résonner ce son longuement autour d'eux.

Mais soudain, le corps chaud de Kanda se colla contre son dos et le menton du Japonais prit place contre son épaule. Les bras puissants du kendoka entourèrent son corps et Allen sentit sa gorge se serrer avec souffrance. Des larmes de douleur coulaient dorénavant le long de ses joues alors qu'Allen enroula fermement sa main droite contre le bras de Kanda.

Cette étreinte semblait calmer temporairement son cœur, mais l'élancement de tout son corps n'était pas apaisé. Curse le détruisait encore et toujours. Le frein cédait.

« Kanda… » appela faiblement Allen alors que ses jambes menaçaient de lâcher.

« Je vais détruire Curse en toi, d'accord… ? » murmura le plus âgé près de son oreille.

Hochant lentement la tête et déglutissant difficilement, Allen se laissa faire lorsque ses jambes cédèrent et que Kanda passa son bras sous ses cuisses pour le porter avec lui vers le fond de la pièce. La douceur de ses mots l'avait ébranlé mais il n'était clairement pas en position de lui en faire part.

La seconde chose dont dut conscient Allen, ce fut que son dos rencontra le matelas douillet du canapé blanc et il aurait voulu s'endormir dessus pour toujours. Ses paupières étaient closes et il ne se rappela même pas quand est-ce qu'il les avait fermées.

« Ne t'endors pas, Pousse de soja, » reprit la voix dure de Kanda alors que sa main chaude se plaçait contre son front brûlant.

La paume du kendoka repoussa les mèches blanches humides de sueur appartenant à Allen, et la glissa contre l'arrière de son crâne pour surélever la tête du maudit à moitié conscient.

« C'est… Allen… » murmura Allen alors qu'il faisait de son mieux pour ouvrir les yeux afin de voir son ami placé au-dessus de lui.

Dans l'ultime espoir d'atténuer la douleur de l'anglais souffrant, Kanda prit le menton d'Allen entre ses doigts libres et se pencha vers lui pour ensuite placer avec douceur inhabituelle sa bouche contre la sienne.

Cette fois-ci, ce n'était pas Neah, et ce n'était pas non plus dans l'objectif de lui faire ingurgiter du sang quelconque. Non, ce fut un réel baiser et Kanda avait pour espoir qu'Allen puisse ressentir assez d'émotions puissantes pour rester éveiller le plus longtemps possible et faire reculer d'un pas le Diable.

Dans sa surprise, Allen entrouvrit ses lèvres et Kanda en profita pour amplifier leur échange lent et unique, sa langue effleurant celle d'un Walker tremblant. Le gémissement qui parvint aux oreilles du Japonais ne fut pas de douleur, et ceci lui donna espoir. Les bras d'Allen finirent par entourer fébrilement le cou de son aîné, ignorant le cri titanesque de Curse au plus profond de lui.

Allen écarta un peu plus les jambes pour que Kanda puisse correctement prendre place proche de lui et ils bougèrent leurs lèvres à l'unisson, comme si ce geste était la chose la plus normale du monde. Comme s'ils avaient toujours été ainsi.

Mais un simple baiser ne pouvait pas faire ressentir à Allen toute l'énergie suffisante afin de faire sortir Curse de son corps, et il devina rapidement l'idée qu'avait en tête Kanda. Cependant, la force de ses muscles quitta ses bras et il fut contraint de lâcher son futur amant et ses lèvres s'immobilisèrent.

« Reste éveillé. Ne le laisse pas gagner… » murmura Kanda contre ses lèvres alors qu'Allen avait de nouveau les yeux clos.

Ce n'était qu'une question de temps, mais Kanda refusait de sauter sur Allen sans avertissement pour lui arracher son innocence sans aucun préliminaire.

« Je ne veux pas le faire quand tu es endormi, Allen, » reprit Kanda avec inquiétude naissante, sa main derrière le crâne du plus jeune caressant instinctivement ses mèches de cheveux blancs.

Du sang perlait dorénavant du nez d'Allen mais aussi de son œil droit et ceci ne voulait certainement rien dire de bon. La panique s'empara de Kanda qui se redressa tout en secouant une fois le maudit.

« Allen ! »

Mais la main du maudit vint finalement intercepter la paume plaquée de Kanda contre son torse tout proche de son cœur ralenti. Entrouvrant péniblement les yeux pour fixer un Kanda aux joues rougies et au regard bien plus expressif qu'à la normale, Allen lui offrit un faible sourire.

« Vas-y, Bakanda… Ne t'arrête pas… »

Pour appuyer ses dires, Allen écarta un peu plus ses cuisses et de sa main libre, s'attarda sur la ceinture de Kanda.

Peut-être que l'un d'eux le regretterait plus tard, mais à ce jour, c'était la solution la plus favorable et les deux Exorcistes étaient en parfait accord. Kanda déglutit alors qu'il sentait le toucher d'Allen proche de sa zone sensible lui envoyer des signaux torrides et frémissants, l'emplissant un désir nouveau.

Ainsi, il embrassa à nouveau Allen Walker tout en l'aidant d'une main à retirer ses vêtements humidifiés par la neige et le sang mais aussi partiellement déchirés par le combat. Les mouvements d'Allen étaient lents et à chaque seconde, Kanda avait peur qu'il ne s'endorme pour toujours, et faisait de son mieux pour attiser la flamme de son compagnon afin de faire toujours plus reculer le Diable.

Ceci semblait fonctionner car le cri de Curse devint plus persistant dans les oreilles du maudit et un désir intérieur lui faisait pousser des ailes, l'aidant à bouger avec Kanda.

La chaleur était telle qu'Allen ne savait pas réellement s'il était maintenant nu ou encore habillé et ses yeux maintenant clos le coupaient de tout. Il sentait simplement les doigts de Kanda parcourir sa peau et le faire frissonner d'un bonheur exquis. Il sentit l'une des mains de son ainé se placer contre sa cuisse alors qu'il s'emblait se positionner plus confortablement entre ses jambes.

Et malgré son esprit flouté et lointain, Allen ressentit l'hésitation chez Kanda.

« Ne t'arrête pas… » répéta Allen en alors que la main de Kanda venait serrer la sienne avec douce fermeté.

« Pardonne-moi… Si je te fais du mal, » reprit le kendoka, la voix gorgée d'incertitude.

Alors finalement, Kanda hésitait seulement par crainte de lui faire du mal et non pas parce qu'il pourrait regretter ce geste plus tard ? Cette petite pensée fit sourire Allen à travers ses larmes de douleur. Douleur provenant du Diable en furie.

Comme l'avait prédit Allen, la préparation était rapide et aucun produit quelconque ne pourrait atténuer la douleur qu'il ressentirait par la suite. Il ne pouvait en rien blâmer Kanda car la situation était désespérée et les secondes comptées.

Mais les frissons de plaisir mués à la douleur -déjà bien intense suite à Curse- que commençait à ressentir Allen alors que les doigts de Kanda s'activaient en lui, brisaient petit à petit la voix du Diable. Les cris stridents de Curse étaient parsemés de silence total et quand l'intonation arrivait, elle dévastait les tympans d'Allen qui serra les dents ainsi que la main de Kanda autour de la sienne.

« Allen… Envoie chier ce Diable à la con, » dit soudain Kanda alors qu'il plaqua ses lèvres sans avertissement contre celles tremblantes d'Allen.

Que de poésie. Mais Allen se laissa couler par les sensations nouvelles, répondant du mieux qu'il pouvait à se baiser passionné. Le cri intermittent tout droit sorti d'un film d'horreur appartenant au Diable paraissait lointain et les oreilles d'Allen sifflaient douloureusement.

Il comprit peut-être un peu tard que Kanda était dorénavant en lui et la douleur fut finalement minime tant il avait été martelé par la souffrance du Diable. Un gémissement de plaisir s'échappa de ses lèvres et il bougea inconsciemment le bassin afin d'en quérir davantage. C'était bon, unique et brillant.

Et lorsque plus tard, dans un cri de bien-être, Allen se déchargea entièrement, Curse fut aussi retiré de son corps, s'extirpant en même temps que cette intonation qui fit écho d'entre les lèvres d'Allen.

Comme déchargé d'un poids martyrisant, Allen sentit ses poumons se remplir d'air pur et son corps tout entier se détendre alors qu'il ouvrait vivement les yeux pour fixer le plafond avec surprise. Curse était là, tâchant le décor blanc de sa forme assombrie et presque immatérielle.

Kanda fut rapide, net et précis, récupérant Mugen qu'il avait précautionneusement déposé au pied du canapé et sans attendre, activa sa propre Innocence toujours libre. Alors que la main de Kanda se plaça brusquement sur le torse nu d'Allen pour prendre appui et atteindre sa cible, Allen manqua de s'étouffer et lâcha une exclamation aiguë se retenant de repousser Kanda.

La lame brillante toucha de plein fouet le Diable qui fut bloqué et incapable de bouger, et cria à nouveau de la même manière qu'anciennement dans les oreilles d'Allen. Et cette fois-ci, le maudit fut contraint de se boucher les oreilles tant le son était fort, accompagnant un éclat de lumière aveuglante qui brilla dans toute la pièce.

Le Diable disparu. Curse n'était plus. Affaibli en n'ayant plus aucun hôte potentiel, là était sa faiblesse.

Ne sentant plus sa cage thoracique être compressée par la paume de Kanda, Allen rouvrit les yeux et se redressa vivement, cherchant des yeux les moindres restes de leur ennemi. Mais la pièce était d'une blancheur impeccable, si l'on omettait les tas de vêtements déchirés par la bataille qui jonchaient le sol de la salle du 14ème Noé.

Et Allen sentit un petit vent frais le faire frissonner, lui faisant prendre soudain conscience dans quelle position il se trouvait.

Totalement nu, assis sur le canapé, avec les jambes qui entouraient toujours les hanches d'un Kanda dans son plus simple élément toujours armé de Mugen, sur ses gardes. Le rouge lui vint aux joues et Kanda quitta la pièce des yeux pour reporter son regard vers Allen tout en abaissant Mugen, la lame frôlant le genou nu du plus jeune.

« Euh… Ka-… Kanda ? Tu peux éviter de manipuler ton sabre près de moi comme ça… ? » glissa Allen qui se sentait vulnérable, là, complètement nu près de cette lame meurtrière.

« Tu me crois assez maladroit pour te toucher accidentellement avec Mugen… ? » lâcha brutalement Kanda en lui offrant une moue qui lui seyait si bien finalement.

« Sait-on jamais… ! » répondit-il le cœur battant, n'osant pas bouger d'un iota.

Mais Kanda le délogea de son bassin en le repoussant en arrière bien que le geste ne fût pas méchant. Allen fut donc le premier à quitter prestement le canapé, nerveux et agité, pour récupérer ses vêtements et les enfiler rapidement alors que Kanda remit son pantalon sans lâcher la moindre parole.

Le silence se fit, Allen debout près du piano boutonnait la veste encore chaude de sang, Kanda dos à quelques mètres rengainait Mugen à sa ceinture. Visiblement, il ne restait plus rien du Diable et celui-ci avait été irradié par l'Innocence pure de Kanda.

Et puis, ils avaient couché tous les deux ensemble, accessoirement.

Allen tenta un regard hésitant vers Kanda toujours de dos, redoutant la suite des événements entre eux. Aucun des deux n'avait réellement réfléchi aux conséquences et désormais, ils ne pouvaient plus faire machine arrière. Leur amitié avait pris un tournant conséquent, et allez savoir lequel.

« Merci, Kanda… » glissa le maudit en restant près du piano, le cœur battant.

Il vit Kanda se raidir et ce dernier sembla fixer pendant un moment le sol, en pleine réflexion. Allen retint instinctivement son souffle, attendant la conclusion de tout cela avec peur.

« Non, » reprit soudain le kendoka en se retournant finalement vers Allen tout en lui lançant un regard dégagé. « Merci à toi, Pousse de soja. C'est toi qui m'as gardé éveillé jusqu'au bout et qui as libéré Curse en premier. »

Aucune émotion ne semblait tâcher le visage de son ami. Pas de joie. Mais pas de haine. Une neutralité qu'Allen connaissait si bien et qui finalement, le soulagea. Ainsi, le maudit lui offrit un sourire franc, penchant un peu la tête sur le côté.

« On forme toujours une équipe d'enfer, n'est-ce pas ? »

« Si par Enfer tu fais référence à Curse, je suppose donc que oui. »

Et en plus, il s'essayait à l'humour ? Allen rit doucement. C'était là, la conséquence d'avoir été tous deux possédé par une entité maléfique.

« Et soit dit en passant, c'est Allen que je m'appelle. »

Puis, Kanda se déplaça et s'approcha du piano à queue et d'Allen pour, sans crier gare, déposer une main puissante contre le crâne du Moyashi dans l'objectif de le tapoter doucement. Allen fut surpris par ce geste et rentra la tête dans les épaules suite à la force qu'apposait Kanda mais qui se voulait amicale.

« Retournons sur terre. Les Noé et le Central sont toujours face à face, » lui fit Kanda en le lâchant des yeux.

Pour ce qui était des explications et des conséquences de leurs actes dans cette pièce, ça ne sera pas pour tout de suite. Car en effet, même si Curse avait disparu, deux camps distincts se faisaient face à Quercamps. Ainsi, Allen ferma les yeux, apposa deux doigts contre son front pour se concentrer sur les paroles de la chanson et au moment où il allait prendre le poignet de Kanda pour être en son contact et l'envoyer avec lui en France, Kanda fut plus rapide.

Le contact des doigts de Kanda contre sa paume de main le fit frissonner et il en fut intérieurement ravi, ne pensant pas que le kendoka réagisse comme cela avec ce qu'ils avaient été obligé de faire sous la contrainte.

Laissant échapper un réel sourire, Allen murmura dans sa tête les paroles de la chanson et d'un seul coup, ils quittèrent la pièce du Quatorzième.

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Quercamps était dévasté. Mais au loin, le soleil se levait doucement derrière les légers flocons de neige qui tombaient avec douceur sur le sol fissuré et tapissé de sang et de cendre appartenant aux feux maintenant éteints.

Les ombres de Curse disparaissaient une à une, signe que le Diable avait été paralysé ou anéanti.

Autour d'Allen Walker, les quelques rares dernières vies étaient debout fébrilement. Aucun traqueur. Aucun homme en rouge. Juste trois Noé. Road perché sur l'épaule d'un akuma niveau 2 quelconque –qui avait activé l'œil gauche d'Allen mais qui finalement ne s'en soucia pas, sachant qu'il était loin d'être une menace-, ainsi que Wisely debout aidé par un Noé aux cheveux courts au nom de Tryde.

Kanda s'empara tout de même de Mugen, sur le qui-vive, et Allen chercha des yeux d'autres vies, le cœur battant.

« L'armée de Curse a ravagé la ville… » glissa Road en restant à distance raisonnable de Kanda et de son Innocence, voyant qu'Allen paraissait perdu face à la destruction de la ville.

Le Central et les Noé s'étaient entretués, mais finalement les plus lourds dégâts provenaient de l''amée du Diable.

« Walker… ? »

Cette voix fit sursauter Allen qui se retourna vivement, plein d'espoir. Link se tenait debout sur un bloc de terre, cheveux dans le vent, regard rivé vers Allen dans une expression de pure surprise. Derrière lui, quatre hommes en rouge attendaient.

« Curse est mort, » annonça alors haut et fort le maudit à l'adresse du Central et des Noé.

Allen lut clairement le soulagement chez Link qui dévala le bloc de pierre avec les hommes du Central pour ensuite se diriger vers lui.

« Inutile de le chercher, » reprit Kanda sombrement en foudroyant du regard les hommes en rouge. « Il a été consumé par l'Innocence. »

Link se stoppa à quelques mètres du maudit, à la même distance que les Noé des deux Exorciste. Inutile de se battre désormais, ou du moins, pour le moment. Les deux camps étaient bien trop affaiblis, et les Noé pouvaient disparaitre avec l'Arche à tout moment.

« Allen, merci d'y avoir cru jusqu'au bout… » fit Road en captant le regard du sauveur aux cheveux blancs. « Merci. »

Allen lui adressa un sourire et la fillette fit apparaître l'Arche noire du Comte juste derrière elle. Link et ses hommes ne firent pas le moindre geste pour les empêcher de quitter le champ de bataille et les trois Noé tournèrent les talons.

Wisely tourna cependant la tête vers Allen en lui adressant un faible signe de la main.

« À plus… Faux frère, » glissa le Noé aux cheveux blancs en faisant référence à l'épisode chez les deux vieilles personnes qui les avaient hébergés. « Garde la veste, je ne l'ai jamais aimé celle-là. »

Allen répondit à son au revoir par un hochement vif de tête et les trois Noé quittèrent la France, laissant les derniers survivants du carnage englobé par la lumière du soleil levant. Mais les deux Exorcistes restèrent sur leur garde car les ordres de Luberier devaient surement toujours s'appliquer et ils étaient tous les deux coupables de trahison.

Soudain, les quatre hommes en rouge penchèrent à l'unisson la tête en avant en signe de respect et s'adressèrent à Link toujours debout et incrédule face au retour d'Allen et de la destruction de Curse.

« Quels sont les ordres, Monsieur ? » dit l'un des hommes.

Link se retourna vers eux alors qu'Allen et Kanda froncèrent les sourcils à cette entente.

« Inspecteur Link, c'est à vous que reviens temporairement les décisions du Central suite à la mort de Malcolm C. Luberier. »

« Qu-… Quoi ?! » s'exclama Allen en reculant d'un pas.

Link se retourna vers les deux hommes, et leur annonça sinistrement que son supérieur avait trouvé la mort durant l'attaque des ombres peu après leur départ dans l'Arche. L'attaque avait été terrible et avait décimé une vingtaine des membres du Central, ainsi que tous les traqueurs et un autre Noé aux longs cheveux blonds.

Kanda haussa les épaules, se foutant bien du sort de Luberier mort sur le terrain –quelle ironie pour un homme qui envoyait sans cesse les Exorcistes en bataille sans se soucier de leur vie- et Allen resta sous le choc. Curse et Luberier anéanti ? Deux monstres en même temps ? N'est-ce pas un cadeau de Dieu lui-même ?

« Nous attendons vos ordres. »

Allen déglutit, se tenant droit face à son protecteur. Maintenant, c'était à lui de prendre les décisions, et il pouvait tout aussi bien marcher dans les pas de son supérieur hiérarchique décédé au combat. Le blond gardait une mine impassible, mais finalement, un très léger sourire vint effleurer ses lèvres alors qu'il se tournait vers les quatre hommes en rouge.

« Utilisons l'Arche pour retourner au Q.G. et annoncer la bonne nouvelle à la Congrégation. »

Puis, Link s'approcha des deux autres Exorcistes qui se tenaient côte à côte, prêt à toute éventualité. Mais Link se contenta de leur tendre une main chaleureuse.

« Allen Walker, Yû Kanda… Vous êtes les bienvenus à la maison. »

L'étreinte vive et pleine d'émotion que lui offrit Allen n'était pas du tout professionnelle, surtout pour une personne aussi haut-gradée que Link dorénavant. Mais ce dernier ne s'en formalisa pas et se contenta de soupirer longuement, amusé par le geste enfantin de son petit protégé.


Voilà le dernier chapitre (avant l'épilogue hein). Chapitre 13. Chiffre 13. Le Diable. Non, ce n'est même pas fait exprès !
La première fois d'Allen et Kanda est vraiment peu commune, hein. J'espère que ça vous a tout de même plu ! (oui j'aime l'originalité)

Merci de m'avoir suivi jusque-là, je vous aime.

PS : Je viens de lire le manga No.6, c'est fou comment on dirait tellement Allen et Kanda, parfois je m'y perdais et je ne pouvais pas m'empêcher de les imaginer ensemble :3

À très vite pour l'épilogue !