(Chapitre Treizième)
The Captain's Girlfriend
« Tu te crois très drôle, dit-elle d'un ton glacial, mais tu n'es qu'une abominable petite brute arrogante, Potter. » Lily Evans - Harry Potter et l'Ordre du Phénix.
(Tyran)
Il faisait nuit, il pleuvait, le vent épuisait les joueurs qui tentaient de tenir sur leur balai, et il avait rarement fait si froid à Poudlard, mais ça n'empêchait pas l'équipe de Gryffondor de s'entraîner sous les coups de sifflet et les hurlements de leur capitaine. Ils étaient de retour à Poudlard après à peine plus de vingt-quatre heures, mais James Potter s'était débrouillé pour réserver le terrain le premier soir de leur retour. Il avait programmé un entraînement féroce en vue du match qui les opposerait à l'équipe de Serpentard ce samedi-là. Il était absolument hors de question qu'ils perdent leur second match de la saison si James avoir une chance de remporter la coupe. Malgré leur première défaite cuisante, James n'était pas le genre de personne à se laisser abattre. Il remontait toujours sur son balai, plus déterminé que jamais. Il était absolument impossible de l'empêcher de se battre. Plus le défi était de taille, plus il se sentait prêt à l'affronter.
Lorsqu'il siffla enfin la fin de l'entraînement, ses six joueurs, épuisés, descendirent en flèche vers le sol pour se rassembler autour de lui.
- On manque encore trop de cohésion, dit-il à ses deux autres poursuiveurs. Il faut que d'ici samedi, on soit parfaitement au point.
Hestia et Elias McDonald, le petit frère de Mary, acquiescèrent à l'unisson.
- Sturgis, c'était presque parfait. Si tu es aussi concentré samedi que tu l'étais ce soir, je vois mal comment ces petits crétins de Serpentard pourront marquer le moindre but. A la différence de Serdaigle, ils sont loin d'être tous de bons joueurs. La plupart sont choisis seulement parce qu'ils n'hésitent pas à faire tomber leur adversaires de leur balai. En fait, le seul joueur dont on doit se méfier samedi, c'est Regulus.
James vit Helena blêmir et la rassura du mieux qu'il le put :
- Regulus est bon, mais tu es meilleure, Helena. Tu es plus légère, plus rapide, et tu as de biens meilleurs réflexes.
Elle hocha la tête, mais elle ne semblait pas vraiment convaincue. James soupira discrètement. Quoi qu'il dise ou quoi qu'il fasse, sa jeune attrapeuse ne gagnait jamais un gramme de confiance en elle. Il aurait aimé qu'elle se voie comme il la voyait, qu'elle voie quelle incroyable joueuse elle était.
- Ce que j'essaye de dire, Sturgis, c'est que samedi, le match dépendra de toi, reprit-il en se tournant à nouveau vers son gardien. Leurs poursuiveurs sont minables. Ils n'ont gagné le match contre Poufsouffle avant les vacances que parce qu'ils ont envoyé leur gardien à l'infirmerie après six minutes de jeu. Alors tout ce que tu as à faire, c'est les empêcher de marquer, et ça nous laissera le temps à nous, dit-il en désignant Hestia, Elias et lui-même, de marquer des points, et à Helena, ajouta-t-il en faisant un signe de tête vers la jeune fille, d'attraper le vif d'Or.
- Compris, acquiesça Sturgis Podmore en hochant la tête.
- Bien. Vous pouvez aller vous changer. On se retrouve ici, demain matin, avant le petit-déjeuner. J'amènerai de quoi grignoter avant l'entraînement, alors contentez-vous seulement de vous réveiller à l'heure.
Les six joueurs de l'équipe de Gryffondor approuvèrent, et se dirigèrent vers les vestiaires en soupirant et en étirant leurs bras au-dessus de leur tête. Ils étaient éreintés. Il n'était peut-être que vingt-et-une heures trente, mais la reprise des cours avait été difficile pour tout le monde après deux semaines de vacances, et l'entraînement leur avait paru interminable. Ils ne rêvaient plus que de leur lit douillet dans le confort de leur dortoir et d'une bonne nuit de sommeil avant de remettre le couvert le lendemain à l'aube. James Potter était un tyran. Un tyran chaleureux, drôle et charmant, certes, mais un tyran tout de même.
Tandis que le reste des joueurs se dirigeaient vers les vestiaires, James prit ses deux batteurs à partie
- Ecoutez, fit-il d'une voix basse, samedi, les Serpentard vont jouer sur nos faiblesses. Et notre plus grande faiblesse, c'est Helena, et ils le savent. Elle est fragile, se laisse facilement paniquée, et pèse pas plus lourd qu'une plume. Ils feront leur maximum pour la déstabiliser et vous pouvez être sûrs que leurs batteurs vont essayer de l'abattre. Il est hors de question que ça arrive, est-ce que c'est clair ?
Stanley et Damon hochèrent silencieusement la tête. Ils étaient tout aussi épuisés que leur capitaine, mais si James leur demandait de grimper sur leur balai et de refaire cinquante fois le tour du stade en s'envoyant un Cognard d'un bout à l'autre du terrain, ils le feraient.
- Samedi, je ne veux pas que vous la lâchiez d'une semelle. Je ne veux pas qu'un Cognard n'effleure un seul de ses cheveux. Je ne veux pas qu'un seul d'entre eux croise sa route. Elle doit rester votre priorité, sauf si je vous dis le contraire. Compris ?
- Compris, répondirent Damon et Stanley à l'unisson.
- Bien, soupira James. Vous pouvez y aller. Beau travail ce soir.
Les deux batteurs de Gryffondor regagnèrent les vestiaires et James les regarda s'éloigner en soupirant. Ils avaient déjà perdu un match et le souvenir était encore trop vif. Son égo en souffrait encore ce qui lui valait de temps à autre des blagues de Sirius, Remus et Peter. Il lui fallait battre Serpentard et récupérer leur retard accumulé lors du match contre Serdaigle. Il n'avait pas le choix.
En entrant dans la salle commune de Gryffondor, James ne vit pas ses amis où il les avait laissés en partant. Il était trop tôt pour qu'ils soient montés se coucher, et trop tard pour qu'ils soient allés à la bibliothèque terminer en urgence des devoirs en retard, donc il en conclut facilement qu'ils étaient descendus aux cuisines. Il renonça à aller les rejoindre quand il vit Rena, assise à une table avec Mary, plongée dans ce qui semblait être un devoir de Métamorphose.
Il se glissa silencieusement dans la chaise à coté d'elle et l'embrassa sur la joue.
- Besoin d'aide ?
Rena poussa un long soupir et repoussa devant elle livres et parchemins. Mary fit de même et se laissa retomber contre son dossier en bâillant.
- Merci, souffla Rena en se frottant les yeux, mais on a presque terminé.
- Ce n'est pas le devoir à rendre pour demain, sur les transformations des objets inamovibles ? Demanda James en jetant un bref coup d'œil sur ce que Rena avait écrit.
- Non, c'est notre projet sur les transformations humaines. McGonagall nous a demandé de le revoir parce qu'on a eu une mauvaise note.
- On finira ça demain, dit Mary en souriant à sa meilleure amie. Je suis fatiguée, je vais me coucher de toutes façons.
- D'accord. Si Lily est là-haut, tu peux lui rendre son Manuel de Sortilège ? Demanda Rena en sortant le livre de son sac. Elle l'a oublié à la bibliothèque tout à l'heure quand elle me faisait réviser l'interro pour demain.
- Je le ferai, accepta Mary en souriant, avant d'attraper le livre et ses affaires, et de se lever.
Elle leur dit bonne nuit et se dirigea vers l'escalier menant au dortoir des filles.
- Comment s'est passé ton entraînement ? Demanda Rena en se retournant vers James.
- Bien.
- Tu sens bon, souffla-t-elle en rougissant.
- Je viens de prendre une douche.
Il sourit et passa un bras autour de ses épaules avant de se pencher pour rencontrer ses lèvres. Rena ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle sentit ses mains encadrer son visage avec délicatesse, comme si elle était la chose la plus précieuse au monde. Peut-être que James n'était pas amoureux d'elle – pas encore – mais elle savait en revanche qu'il ne lui faudrait pas beaucoup de temps pour tomber complétement amoureuse de lui. C'était si agréable de ne pas avoir à se cacher pour une fois. De pouvoir lui tenir la main dans les couloirs et de savoir qu'il ne sortait pas avec elle juste parce qu'il pouvait, mais parce qu'il l'appréciait elle, Rena Dearborn. Bien sûr, quand elle l'avait vu parler avec Lily le matin même, ou rire avec elle, la veille dans le train, elle avait ressenti un petit – minuscule – pincement au cœur, mais ça ne l'empêchait pas d'être heureuse. La jalousie ne l'aiderait pas à se sentir mieux. James avait choisi d'être avec elle. Pas avec Lily Evans, mais avec elle, Rena Dearborn. Pour la première fois, un garçon la choisissait vraiment. Et le fait que ce garçon était James Potter rendait la chose plus jubilatoire encore.
- A quel point es-tu fatiguée ? Lui souffla James dans l'oreille.
- Ça dépend, répondit Rena en souriant malicieusement.
- Viens avec moi, alors, dit-il en lui offrant sa main lorsqu'il se leva.
- Où est-ce qu'on va ?
- Faire un tour, bien sûr.
- C'est bientôt l'heure du couvre-feu, James, protesta-t-elle mollement.
Il se contenta de lever les yeux au ciel, et l'entraina hors de la Salle Commune en lui tenant la main. Elle ne broncha pas, mais se serra davantage contre lui, bien au contraire.
Et James sourit, parce que c'était agréable d'être avec quelqu'un comme Rena, qui rendait tout si simple. Quelqu'un qui aimait être avec lui et qu'il était facile d'apprécier. Il l'embrassa sur la tempe, et la tira derrière une tapisserie, s'amusant de l'air perplexe de la jeune fille.
- C'est une surprise, tu verras bien, dit-il en lui adressant un clin d'œil arrogant.
(Petite Brute Arrogante)
Si reprendre les cours le lundi avait été difficile, le reste de la semaine fut pire encore. Pendant le cours de Sortilège, le professeur Flitwick passa en revue des sorts qu'ils avaient déjà étudiés l'an passé, ce qui fait que même Lily, dont c'était le cours favori, renonça à prendre des notes, et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, le regard attiré par ce qu'il se passait au-dehors, bercée par la petite voix aiguë de leur minuscule professeur. Elle sursauta quand une petite balle en papier vient lui frapper doucement l'épaule jusqu'à ce qu'elle l'attrape. Elle sourit et n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui se moquait de perturber le moment de détente qu'elle s'octroyait. Elle déplia la petite balle – qui ressemblait étrangement à un vif d'Or – et y découvrit l'écriture négligée de James.
« Est-ce que tu crois vraiment que la mère de Flitwick était un gobelin ? Personnellement je ne veux pas croire aux rumeurs. C'est trop dérangeant comme idée. Quel sorcier sain d'esprit s'accouplerait avec un gobelin ? »
Elle se mordit l'intérieure de la joue jusqu'au sang pour s'empêcher d'éclater de rire, en vain. Un rire étouffé s'échappa de sa gorge et attira l'attention du professeur Flitwick qui vit sa meilleure élève, morte de honte, les joues rouges, tenter de dissimuler la note qu'elle avait reçue.
- Mademoiselle Evans ? Puis-je ? Demanda le professeur en tendant la main vers la note.
Horrifiée, Lily le fixa un instant incapable de réagir, puis lui tendit la note à contrecœur. Heureusement que James n'avait pas signé, pensa-t-elle en laissant échapper un faible soupir.
Dans le fond de la classe, James fit discrètement tourner sa baguette entre ses doigts, puis la glissa dans la manche de sa robe comme si de rien n'était.
- Vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je fasse partager à la classe ce qui vous a tant fait rire, Mademoiselle ?
Muette, Lily se tassa dans sa chaise, espérant disparaître complètement. Le professeur s'éclaircit la voix et réajusta ses lunettes.
- « Evans, lut-il, toi, moi, Pré-au-Lard le week-end prochain ? »
La classe éclata de rire, et Lily tourna une tête sidérée vers James, qui lui adressa un clin d'œil. Tout le monde se souvenait avec précision de la première fois où une scène similaire avait eu lieu. Un an plutôt, James avait envoyé exactement la même note en plein cours de Sortilège à une Lily Evans effarée. C'était la toute première fois qu'il lui faisait savoir ses sentiments, et ce fut aussi la première fois qu'elle refusait. Les deux fois suivantes, il avait essayé d'y mettre un peu plus de tact et de romantisme, mais toujours trop d'arrogance au goût de sa jolie rousse.
- Pas besoin de signature, j'imagine, soupira le professeur Flitwick avec lassitude. Monsieur Potter, je pense que vous savez où est le bureau du professeur McGonagall depuis le temps, et mademoiselle Evans, puisque vous trouvez ça particulièrement amusant, vous allez l'y accompagner.
Lily rougit mais hocha la tête en rassemblant ses affaires, et se leva pour quitter la salle de classe, suivie d'un James à l'air particulièrement amusé.
Lorsqu'ils furent dans le couloir et que la porte de la classe se fut refermée, Lily lança à James un regard appuyé.
- C'est la première chose à laquelle j'ai pensée ! Protesta James à l'accusation muette de la jeune fille. Et j'ai pensé que ce serait amusant !
- Follement, grogna Lily.
- Ça a fait rire tout le monde !
Lily soupira et regarda James avec indulgence.
- Tout le monde, sauf Rena, James.
Le jeune sorcier s'arrêta brutalement et pâlit.
- Oh non, souffla-t-il en fermant les yeux, dis-moi que je n'ai pas fait ça…
Lily soupira et lui tapota gentiment l'épaule.
- Je crains que si. Mais je suis sûre que ce n'est pas si terrible que ça en a l'air. Avec un peu de chance, quand tu lui auras bien expliqué ce qu'il s'est passé, elle ne t'en tiendra absolument pas rigueur.
- Je suis un crétin.
- Oui, c'est ce que j'essaye de te faire comprendre depuis des années, dit Lily en souriant d'un air moqueur.
- Mieux vaut tard que jamais, j'imagine, rétorqua James avec sarcasme.
Ils empruntèrent les escaliers Nord pour se rendre au bureau de leur directrice de Maison et enjambèrent avec la même habitude la dernière marche mordeuse.
- Cela dit, l'expression sur ton visage quand tu as cru que Flitwick lirait ce que j'avais vraiment écrit valait le coup.
- Heureusement que tu es un génie, alors, soupira Lily en faisant de son mieux pour ne pas sourire.
- Je savais que tu finirais par le reconnaître, répliqua James en plongeant ses mains dans les poches en souriant de toutes ses dents. Ce n'était qu'une question de temps.
- En attendant, tu viens de me faire gagner une retenue. Comment tu vas me sortir de là, petit génie ?
- Pourquoi voudrais-tu que je t'en sorte ? Demanda James en fronçant les sourcils.
- Je n'ai pas envie de perdre mon temps en retenue.
- On ne perd pas son temps en retenue ! S'indigna James. J'ai appris tout ce que je sais en retenue !
Lily éclata de rire. (Ce rire affreusement aigu, que pour une étrange raison James avait toujours adoré.)
- C'est triste, tu as probablement passé plus d'heures en retenue qu'en cours.
- Ce n'est pas triste, tu verras. Avec un peu de chance, McGonagall va nous donner toute une semaine.
- T'es complètement malade ! S'écria Lily avec un regard horrifié.
- Je croyais que c'est ce qui faisait mon charme, répondit James avec un faux regard paniqué.
- Dans tes rêves, Potter.
Il sourit et passa une main dans ses cheveux avec un sourire arrogant.
- Donc, pour finir, c'est oui, ou c'est non ?
Lily le regarda un instant sans comprendre, l'air incrédule, puis ouvrit la bouche avec une expression horrifiée, avant d'éclater de rire. James la regarda s'esclaffer avec un sourire amusé. Elle reprit peu à peu son sérieux, à bout de souffle.
- T'es vraiment pas croyable, s'indigna-t-elle le regard pétillant. Franchement, je donne deux semaines à Rena avant de craquer.
- Ça me va droit au cœur, Princesse, rétorqua James avec une grimace.
- Arrête de m'appeler comme ça, grogna Lily.
James se contenta de sourire mais ne répondit rien puisqu'ils étaient déjà devant la porte du bureau du Professeur McGonagall. James toqua deux petits coups rapides, et la porte s'ouvrit toute seule lorsque leur directrice leur dit d'entrer.
Lorsqu'ils franchirent tous les deux la porte et entrèrent dans le bureau, le professeur McGonagall fronça les sourcils derrière ses lunettes. Elle avait l'habitude de voir entrer James accompagné d'un de ses amis dans son bureau pour diverses raisons depuis qu'ils étaient arrivés à Poudlard, mais jamais auparavant avait-il été accompagné de Lily Evans. A vrai dire, la seule fois où la jeune fille avait mis les pieds dans son bureau, c'était deux ans plus tôt, lors d'un entretien pédagogique.
- Asseyez-vous, dit-elle de sa voix naturellement sèche en désignant les deux fauteuils devant son bureau.
Ils s'exécutèrent aussitôt. Si Lily était soudain particulièrement tendue, ce n'était pas le cas de James, qui s'installait confortablement dans son fauteuil en souriant au professeur.
- L'un de vous peut m'expliquer ?
Lily lança un regard paniqué vers James, qui se contenta de hausser les épaules avec nonchalance.
- Comme d'habitude, j'imagine.
Le professeur McGonagall soupira et posa un regard las sur le jeune homme qui croisait les mains sur ses cuisses.
- Et cette fois, vous vous êtes dit qu'entraîner Mademoiselle Evans dans vos idioties serait amusant ?
- Et bien…
- C'était une question rhétorique, Monsieur Potter, soupira-t-elle avant de se tourner vers Lily. Pouvez-vous m'expliquer ce qu'il s'est vraiment passé ?
- On était en cours avec le professeur Flitwick, commença Lily d'une voix mal assurée, et… et…
Devant son embarras, James se redressa.
- C'était de ma faute.
- Ça j'imagine, oui, grinça le professeur en levant les yeux au ciel.
- Je lui ai envoyé une note et le professeur Flitwick nous a grillés.
- « Grillés » ? Répéta le professeur avec agacement.
- Ça veut dire qu'il nous a…
- Je sais très bien ce que ça veut dire, Monsieur Potter, répliqua-t-elle. Ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi, si c'est vous qui avez perturbé la classe, Mademoiselle Evans vous accompagne-t-elle ?
James lança un regard à Lily dont les joues étaient écarlates. C'était une jolie couleur, si vous lui demandiez son avis à ce moment-là.
- Parce que c'était amusant ? Proposa Lily d'une voix un peu tremblante sans vraiment oser lever les yeux vers leur directrice de Maison.
La vielle femme soupira et hocha la tête.
- Très bien. Vous serez donc tous les deux en retenue avec le professeur Slughorn, samedi soir.
- Samedi soir ? S'exclama James en se redressant tout à coup.
- Un problème, Monsieur Potter ? Demanda le professeur McGonagall en arquant un sourcil maigre.
- Samedi il y a le match de Quidditch contre Serpentard !
- Je ne vois pas en quoi ça pose problème. Le match est à quatorze heures, vous aurez donc tout loisir de vous y rendre et de le remporter.
- Mais…
- Il n'y a pas de mais, Monsieur Potter. Vous vous rendrez aux cachots samedi soir, à vingt heures, qu'il y ait une fête de célébration dans la Salle Commune des Gryffondor ou pas.
James se renfrogna tandis que Lily leva les yeux vers son professeur avec anxiété.
- Madame ?
- Oui, Mademoiselle Evans ?
- C'est juste que… que le samedi soir, je suis assignée avec Remus pour la surveillance des couloirs…
- Et bien vous demanderez à Monsieur Fenwick et Mademoiselle Bones de vous trouver un remplaçant, c'est tout.
- Bien.
- Vous pouvez y aller.
Ils hochèrent la tête et se levèrent pour quitter le bureau de leur directrice.
- C'est moi, ou tu ne trouves plus ça tellement amusant d'être en retenue ? Demanda Lily d'une voix moqueuse lorsqu'ils furent sortis.
Il grogna et tourna les yeux vers elle avec agacement.
- Si jamais on gagne le match samedi, et que je ne peux même pas assister à la célébration, ça…
- Vous allez le gagner, l'interrompit Lily d'une voix douce en posant une main sur le bras de James. Vous êtes bien meilleurs que l'équipe de Serpentard.
- Les Poufsouffle aussi étaient meilleurs, mais ils se sont quand même fait exterminer.
Lily grimaça et rajusta la bretelle de son sac sur son épaule.
- James, tu n'es pas quelqu'un de défaitiste, alors aies un peu confiance en toi.
Il se tourna vers elle et lui adressa un sourire. C'était étrange de pouvoir discuter avec Lily Evans de cette manière, et en même temps, ça paraissait tellement naturel qu'il en oubliait parfois que ça n'avait pas toujours été ainsi. Il en oubliait tout ce qui avait pu se passer avant. Tous les rejets, toutes les fois où il avait perdu son sang-froid et l'avait fait sortir de ses gonds, toutes les fois où il avait merdé, et toutes les fois où elle l'avait plus ou moins pardonné. Il en oubliait que ça n'avait pas toujours été si facile. Il en oubliait qu'il n'avait pas toujours pu la faire rire, ou poser une main sur son épaule sans qu'elle lui lance un regard noir.
Il se demanda quand tout avait changé. Il n'avait pas l'impression que c'était lui, et elle ne lui semblait pas plus différente non plus. Alors, si ce n'était pas eux qui avaient changé, qu'est-ce qu'il s'était passé pour que du jour au lendemain les choses soient si faciles ?
Lily pressa le pas pour ne pas arriver en retard en cours de Défense, et James la suivit silencieusement, perdu dans ses pensées.
Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte de la salle de classe, James la retint de frapper en l'attrapant doucement par la manche de sa robe de sorcier. Elle tourna vers lui un regard perplexe.
- Est-ce que je suis toujours une petite brute arrogante ? Lâcha-t-il brutalement en défaisant son emprise sur sa manche.
Lily le regarda avec des yeux écarquillés, mais sut qu'il ne plaisantait pas en voyant son expression sérieuse et agitée. Il lui fallut un moment pour se rappeler que c'était ses mots à elle qu'il citait. Elle lui adressa un sourire doux, un sourire Lily Evans tout craché, et pencha sa tête sur le côté.
- Oui, tu peux l'être, admit-elle. Pas plus tard que ce matin, tu as jeté un maléfice croche-patte à Mulciber quand il est entré dans la Grande Salle.
James détourna les yeux et passa machinalement une main dans ses cheveux, arrachant un sourire amusé à Lily.
- Alors qu'est-ce… qu'est-ce qui a changé ? Demanda-t-il d'une voix perdue.
- J'imagine, commença-t-elle lentement en cherchant le regard noisette de James, que tout ce que j'attendais, c'est que tu me montres que tu étais plus que ça. Personne n'est parfait, James. Alors, tu peux être à la fois une petite brute arrogante et un garçon formidable.
James tourna la tête et baissa les yeux vers Lily, la bouche entrouverte, stupéfait. Il n'était pas sûr d'avoir très bien entendu ce qu'elle venait de dire.
- Formidable ? Répéta-t-il d'une voix tout à coup enrouée.
Lily hocha la tête en souriant.
- J'ai toujours su que tu n'étais pas une mauvaise personne, expliqua-t-elle en soupirant. Seulement, tu as passé beaucoup de temps à essayer de prouver le contraire, et c'était assez frustrant.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Pardon ?
- Qu'est-ce que j'ai fait pour te faire changer d'avis ?
- Tu n'as rien fait. Tu t'es juste décidé à me le montrer.
- Te montrer quoi ? Demanda encore James, de plus en plus frustré par les demis réponses de la jeune fille.
- On a cours, James, répondit-elle en souriant avec une étincelle dans les yeux.
Elle se tourna vers la porte et laissa retomber son poing contre celle-ci avant de l'ouvrir. Le professeur Oldman n'était pas encore arrivé, mais les élèves étaient déjà installés. Lily adressa un dernier sourire à James avant d'aller s'asseoir à coté d'Emmeline. Il la regarda s'éloigner en grognant et alla retrouver le reste des Maraudeurs, qui jouaient à la bataille explosive au fond de la classe. Il se laissa tomber dans le siège à côté de Remus, et celui-ci remarqua tout de suite que quelque chose tracassait son ami, mais il ne dit rien. James continuait de regarder Lily qui écoutait Emmeline parler en riant, et Remus savait que James finirait par parler de ce qui le préoccupait. Il était probablement la personne la plus honnête avec ses sentiments qu'il ne connaisse. Il avait toujours besoin de les expulser de son système, de dire ce qu'il pensait au moment où il le pensait. Il ne restait jamais silencieux bien longtemps. Six ans d'amitié avaient au moins appris cela à Remus, qui, contrairement à son meilleur ami, avait toujours eu du mal à se confier. Parfois, l'exubérance de James pouvait être fatigante, mais elle ne le rendait que plus honnête. Il se souciait peu de ce que les gens pensaient de lui. S'il avait quelque chose à dire, il le disait. Point.
La porte s'ouvrit et leur professeur de Défense contre les forces du Mal entra dans la classe. Il s'excusa pour son retard, et prit place derrière son bureau. Il s'excusa pour son léger retard et leur expliqua que puisqu'il en avait terminé avec les Patronus avant les vacances, ils allaient désormais entamer un nouveau chapitre.
- Comme vous le savez, un Patronus est très utile lorsque vous vous protégez d'une créature magique, mais il est inefficace contre un sortilège puissant. Il vous sauvera la vie si vous êtes attaqué par des détraqueurs ou des loups-garous, mais ne vous sera d'aucune utilité si vous êtes face à un sorcier qui utilise contre vous un sortilège impardonnable.
Il se tut et parcourut sa classe du regard. Un frisson avait parcouru les élèves qui s'étaient immédiatement tus.
James leva la main, et le professeur Oldman lui fit signe de parler.
- Peut-on vraiment se protéger d'un tel sort ? Je veux dire, on peut l'éviter, ou dresser un bouclier, mais il est irréversible, non ?
- En effet, acquiesça le vieil homme en hochant la tête. C'est tout le problème. Pendant les deux prochains mois, nous étudierons les sortilèges impardonnables, leurs effets, et les meilleurs moyens de s'en protéger. Cela dit, la meilleure défense dans ce genre de situation, ce sera toujours la fuite.
- La fuite ? Demanda James en fronçant les sourcils.
L'idée ne lui plaisait guère. Il voyait mal pour quelle raison il fuirait devant un tordu qui essayerait de le tuer, plutôt que de se défendre.
- Oui, Monsieur Potter, soupira leur professeur avec lassitude. Même vous, ne pouvez pas avoir l'arrogance de croire que face à un sorcier tel que le mage noir qui se fait désormais appeler Voldemort, vous auriez une chance ?
James sentit son sang se glacer dans ses veines, et tous les élèves avaient désormais leur regard vissé sur lui. Tous, sauf Lily Evans, qui regardait leur professeur avec un teint bien plus pâle que d'habitude. Elle leva lentement la main, le regard inexpressif.
- Oui, Mademoiselle Evans ?
- Vous voulez dire que nous n'avons aucun moyen de nous défendre ? Il n'existe aucun moyen de… de se protéger contre le sortilège de la mort ?
Sa voix était tremblante, et James sentit son cœur battre furieusement dans sa poitrine.
Lily Evans avait peur.
- J'en ai peur.
- C'est impossible… Il doit forcément y avoir quelque chose, un moyen, un bouclier suffisamment puissant… n'importe quoi…, non ?
- Comme je vous le disais, dans ce genre de situation, votre meilleure arme est la fuite, l'esquive. L'efficacité d'un bouclier vient de votre puissance magique. Il se peut que vous soyez en mesure d'en dresser un suffisamment puissant pour faire rebondir un sortilège destiné à vous tuer, mais si votre adversaire est plus puissant que vous ne l'êtes, ce sera insuffisant.
- Mais…, commença James en fronçant les sourcils.
Le professeur Oldman lui lança un regard qui le fit taire.
- Cependant, reprit-il d'une voix calme, il y a bien un moyen.
Les élèves se redressent tous dans leur siège et se penchèrent avec attention vers leur professeur.
- C'est de la très vieille magie, et peu de personnes en connaissent encore l'existence. Je dois reconnaître que moi-même, je suis mal informé sur le sujet. Je sais seulement qu'il existe un moyen de protéger de manière totale un autre individu.
- Comment ? Demanda quelqu'un.
- Je ne saurais pas vous dire exactement comment ça marche, admit le professeur Oldman. Seulement qu'il s'agit d'un sacrifice.
- D'un sacrifice ? Demanda Dorcas en fronçant les sourcils.
- Une vie contre une vie, expliqua le professeur Oldman, l'air mal à l'aise.
Lily croisa brièvement le regard interdit de James et sentit Emmeline frissonner à côté d'elle. Elle porta son regard vers la fenêtre, et fut incapable de suivre le reste du cours lorsque le professeur de Défense changea maladroitement de sujet et poursuivit sur les différents types de boucliers.
Lorsque la cloche retentit, elle se leva précipitamment et abandonna Emmeline et Dorcas qui se rendaient dans la Grande Salle pour le déjeuner, afin d'aller à la bibliothèque en prétextant un devoir en retard.
Elle ne l'aurait jamais reconnu à haute voix, mais le cours qu'ils venaient d'avoir l'avait particulièrement chamboulée. James la vit s'éloigner, mais renonça à la suivre lorsque Rena le rejoignit et glissa sa main dans la sienne. Elle ne mentionna pas ce qu'il s'était passé en cours de Sortilèges, et il en fut soulagé. Il baissa les yeux vers sa petite-amie et lui adressa un sourire aussi décontracté que possible.
Sauf qu'à l'intérieur, lui aussi était complètement chamboulé.
(Victorieux)
Lily passa le reste de la semaine à jongler entre ses cours, ses devoirs et ses rondes de préfète, et passait son temps libre à la bibliothèque. Emmeline et Dorcas ne dirent rien, mais constatèrent l'étrangeté de son comportement en s'échangeant des regards entendus.
James, quant à lui, s'épuisa entraînement après entraînement, jusqu'au vendredi soir, négligeant quelque peu ses devoirs, ses amis, et Rena, qui ne lui en tenait heureusement pas rigueur. Elle savait à quel point remporter le match contre les Serpentard était important pour James, et se contentait des quelques minutes par jour qu'il lui consacrait.
Sirius essaya à deux reprises de parler avec Marlène, mais celle-ci évitait toute confrontation et s'assurait toujours ne pas se retrouver seule. Bizarrement, il lui tombait toujours dessus quand elle n'était pas entourée, comme s'il savait où et avec qui elle était à tout moment.
Emmeline refusait toujours de parler de sa rupture avec Simon avec Lily et Dorcas, mais ces dernières constatèrent qu'elle paraissait quand même plus heureuse, plus ouverte qu'à l'accoutumée.
Le jour du match, l'ambiance dans la Grande Salle était électrique. L'équipe de Gryffondor était réunie à un bout de la table décorée pour l'occasion aux couleurs de leur maison, mais aucun des joueurs ne pipait mot. Helena était livide, et même James ne savait pas quoi dire pour l'égayer un peu. Le reste de l'équipe était nerveuse, et seul Stanley, un des batteurs, arrivait à avaler quoi que ce soit.
Lorsqu'ils se levèrent tous les sept à l'unisson pour aller s'échauffer avant le match, le reste des Gryffondor les encouragèrent bruyamment. Rena intercepta James quand il sortit de la Grande Salle et lui serra brièvement la main en souriant pour lui souhaiter bonne chance, mais James ne parvint même pas à décrocher un sourire. Il avait l'estomac bien trop noué.
A quatorze heures, le reste des élèves gagnèrent en masse le terrain de Quidditch et prirent place dans les gradins.
Rena et Mary s'installèrent avec Dorcas, Emmeline, Marlène, qui soutenait Hestia, et les Maraudeurs, qui portaient tous les couleurs de Gryffondor à même la peau. Emmeline grinça des dents lorsque Rena prit place à côté d'elle et croisa les bras sur sa poitrine. Dorcas l'observa souffler bruyamment avec curiosité, mais ne dit rien.
- Où est Lily ? Demanda Marlène en s'asseyant à côté de Remus en souriant.
- A la bibliothèque, répondit Dorcas en haussant les épaules. Elle y a passé sa semaine. Merlin sait ce qu'elle y fabrique.
Emmeline lâcha un grognement sarcastique.
- Aucune idée, mais si elle manque le match, James ne s'en remettra jamais.
- Em, souffla Dorcas les dents serrées en observant Rena se tendre.
Malgré le fait qu'elle ne s'était jamais entendue avec elle, Dorcas n'était pas persuadée que le moment était choisi pour déclencher une dispute.
Cependant, Emmeline l'ignora et se tourna vers Rena avec un air grave.
- Tu vois, je pensais que ça me ferait plus plaisir que ça, mais en fait, j'ai juste de la peine pour toi.
- De quoi tu parles ? Demanda Rena le plus dignement possible.
Les garçons échangèrent des regards gênés, Mary observa l'échange visiblement mal à l'aise, et Marlène et Dorcas firent de leur mieux pour porter leur attention sur les joueurs qui faisaient des tours de terrains sur leur balai.
- De James. Je pensais que te voir être dans la position dans laquelle tu as mis toutes ces filles pendant si longtemps me ferait plus plaisir que ça, mais en fait, je serais presque désolée pour toi.
- James ne… James ne ferait pas ça. Il vaut mieux que les garçons comme Simon, déglutit Rena en soutenant le regard de la jeune fille avec un regard fier.
- Non, admit Emmeline en soupirant. Il ne ferait jamais ça. Mais c'est presque pire, non ?
- Emmeline, l'avertit Dorcas une nouvelle fois.
Cette fois, c'est Rena qui ignora ostensiblement l'interruption.
- Pourquoi ? Demanda-t-elle d'un ton qui se voulait assuré.
- Parce que James est bien trop honnête et respectueux pour se comporter comme un connard comme Simon.
Dorcas observa son ami avec de grands yeux. C'était la première fois qu'Emmeline mentionnait Simon depuis sa rupture, et encore moins en de pareils termes.
- Je ne vois pas en quoi c'est pire, bien au contraire.
- Oh si. Parce que tu vois, lorsque Simon ou d'autres garçons dans son genre couchaient avec toi dans le dos de leur copine, ils n'éprouvaient absolument rien pour toi, lâcha-t-elle froidement. Ils n'avaient absolument aucun scrupule et t'utilisaient pour passer le temps, juste parce qu'ils le pouvaient. Alors que James ne te blesserait jamais comme Simon m'a blessée moi. Mais il va te blesser quand même. Sans le vouloir.
- Je peux savoir comment ? Grinça Rena entre ses dents.
Emmeline haussa les épaules.
- Parce qu'il ne t'aimera jamais comme il pourrait aimer Lily, et tu le sais.
Tous les visages se tournèrent vers la jolie blonde avec incrédulité. Emmeline avait à peine bronché quand elle avait appris que Simon s'était « amusé » dans son dos avec Rena. A vrai dire, Emmeline était toujours trop calme, trop gentille pour lever la voix contre quiconque d'autre que Dorcas. Ça ne lui ressemblait pas. Elle évitait généralement la confrontation, ne la recherchait pas.
Rena s'apprêta à répliquer, mais la voix grave et calme de Remus l'en empêcha.
- Stop. Le match va commencer. Emmeline, je sais que… que tu as toutes les raisons du monde d'en vouloir à Rena pour ce qu'elle a fait, mais ce n'est pas le moment. Ne dis pas des choses que tu pourrais regretter. Quant à toi, Rena, dit-il en tournant vers la jeune fille qui regardait sa comparse avec un regard noir, tu dois assumer tes erreurs. Ne laisse personne se mêler de ta relation avec James. Ça ne regarde personne d'autre que vous deux.
Il s'arrêta un moment pour les regarder, et reprit la parole :
- Si vous voulez vous battre, faites-le ailleurs. Ce n'est ni l'endroit, ni le moment.
Emmeline haussa les épaules tandis que Rena acquiesça en hochant la tête.
- Merci, fit Remus.
Sirius lui tapota le dos avec fierté et lança un regard vers Marlène avant de reporter son attention sur le match.
Ils virent tous Lily arriver, un sourire rayonnant aux lèvres, emmitouflée dans un bonnet et une écharpe en laine d'un rouge flamboyant, qui jurait horriblement avec ses cheveux mais qu'elle portait tout de même avec fierté. Dorcas se leva en soufflant sous le regard interdit de Lily qui prenait place à côté de Sirius.
- Où est-ce que tu vas ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Je vais regarder le match dans les gradins de Serdaigle, finalement. J'aimerais profiter du match sans avoir à empêcher un meurtre.
- De quoi tu parles ? Demanda Lily sans comprendre.
Mais Dorcas se contenta de hausser les épaules et s'en alla. Lily cligna des yeux et tourna la tête vers Sirius, qui soupira mais ne répondit pas à sa question silencieuse. La jeune fille capitula, et resserra son écharpe autour du cou.
L'atmosphère morose se réchauffa à l'instant même où la voix du professeur Crouk retentit dans le stade, et Lily en oublia le malaise qui régnait dans les gradins de Gryffondor lorsqu'elle était arrivée, quelques instants plus tôt.
- Et Gryffondor l'emporte trois-cent-vingt points à soixante ! S'écria la voix magiquement amplifiée du commentateur de quatrième année, un dénommé Alaric Petignome.
James lâcha aussitôt le souafle et tourna la tête vers sa jeune attrapeuse, le poing dressé dans les airs, les doigts refermés sur le Vif d'Or. Helena avait un sourire extasié accroché aux lèvres et se laissa doucement descendre vers le terrain. Le reste de l'équipe de Gryffondor la rejoignit en piquant en flèche vers le sol.
Une fois à terre, James abandonna son balai et se jeta sur Helena, la serrant fort dans ses bras, et la soulevant du sol pour la faire tournoyer dans les airs.
La jeune fille rit aux éclats, les doigts toujours fermement serrés sur la petite balle en or dont les ailes battaient fébrilement.
- Helena, déclara solennellement James en la reposant sur le sol, je t'aime.
Sa jeune attrapeuse rougit, en riant davantage, avant de passer d'étreinte en étreinte.
James entendit quelqu'un s'éclaircir la voix derrière lui et il se retourna en souriant vers une Rena aux sourcils froncés et aux bras croisés sur sa poitrine.
- Tu pourrais éviter de déclarer ton amour à d'autres filles devant ta petite-amie, tu ne crois pas ?
James s'approcha d'elle avec un sourire amusé et glissa ses bras autour de sa taille.
- Helena a douze ans.
- Apparemment, tes fans sont de tout âge et de toute sorte, marmonna Rena en baissant les yeux.
- Mais c'est avec toi que je suis, non ?
Rena leva les yeux en souriant timidement et hocha la tête.
- Maintenant que c'est établi, je peux embrasser ma petite amie ? Demanda le jeune capitaine d'une voix moqueuse.
- J'imagine que oui.
- Bien.
Il secoua la tête en riant avant de se pencher vers Rena et de l'embrasser joyeusement. Elle se détendit aussitôt dans son étreinte et occulta les paroles d'Emmeline qui l'avaient bouleversée deux heures plus tôt. Elle n'avait aucune raison de douter.
James ne lui ferait jamais de mal. Jamais.
(Bave de Crapaud)
Lily attendait patiemment à l'extérieur de la Salle Commune que James montre le bout de son nez. Elle pouvait entendre le vacarme qui régnait dans la tour de Gryffondor, malgré l'épaisseur des murs en pierre. La Grosse Dame dormait dans son portrait. Elle aussi avait célébré la victoire de Gryffondor avec son amie Violette, mais après avoir vidé une bouteille de vin, elle était devenue très pompette et s'était écroulée.
Lily, en revanche, était retournée à la Bibliothèque dès la fin du match, malgré les protestations de ses amis. James avait lourdement insisté pour qu'elle reste, mais elle avait seulement souri et dit qu'elle avait quelque chose à faire. Elle les avait donc quittés aux portes du château et n'avait pas mis les pieds dans la Salle Commune où les Gryffondor avaient improvisé une fête de célébration.
Le portrait bascula, la Grosse Dame grogna, et James apparut avec Rena.
- Lily ! S'exclama-t-il en ouvrant les bras avec un gros sourire. Où étais-tu ? Dorcas te cherchait partout !
- A la bibliothèque.
- Et qu'est-ce que faisais là-bas, dit-il en pointant un doigt vers le couloir, alors qu'on avait une victoire à célébrer ici ? Continua-t-il en pointant un doigt derrière lui.
- Est-ce que tu as bu ? Demanda Lily en fronçant les sourcils avec amusement par dessus ses beaux yeux verts.
Rena pouffa et embrassa son petit-ami sur la joue.
- Non, juste de la Bière au beurre, expliqua celle-ci en secouant la tête. Mais je ne l'ai jamais vu aussi heureux.
- Ça ne m'étonne pas, il vit pour le Quidditch.
- Je ne vis pas pour le Quidditch, protesta James.
Lily allait protester, mais Rena fut plus rapide.
- Je vous laisse ou vous allez être en retard.
Elle sourit et retourna à l'intérieur après avoir réveillé la Grosse Dame.
- Tu penses que tu pourrais avoir l'air un peu moins heureux ? Se moqua Lily lorsqu'ils se mirent en route pour se rendre aux cachots où les attendait le professeur Slughorn.
- Et pourquoi je ferais ça ?
- Parce que la raison de ton euphorie va rappeler au professeur Slughorn que tu as massacré son équipe, et je préfèrerais qu'on ne lui donne aucune raison de nous retenir plus longtemps que nécessaire.
- Princesse, commença James en passant un bras autour de ses épaules, Slughorn est raide dingue de toi. Alors s'il nous retient plus longtemps que nécessaire, ce sera parce qu'il adore ta compagnie, et non pas parce que j'ai massacré son équipe de bouffons au Quidditch.
Lily éclata de rire, rendant James de meilleur humeur encore si c'était possible.
- Qu'est-ce que Slughorn va nous faire faire, tu penses ? Demanda-t-elle en reprenant son sérieux.
- Comme d'habitude, dit-il en haussant les épaules. Il va probablement nous demander de préparer une potion pour la présenter à ses cours de première et deuxième année.
Lily le regarda d'un air sidéré et secoua la tête.
- « Comme d'habitude » ? James, tu passes vraiment trop de temps en retenue…
- Tu serais surprise, dit-il avec un sourire en coin lorsqu'ils pénétrèrent dans les cachots.
- Ah ! S'exclama la voix joviale du professeur Slughorn. Je vous attendais. Installez-vous, dit-il en désignant une table en face de son bureau.
Il leur montra du doigt le tableau noir sur lequel était inscrite la recette de la potion.
- Vous êtes là deux heures je crois, ça devrait être suffisant. Vous me confectionneriez de l'essence de Murlap. Ça ne devrait pas être très difficile pour vous, Lily. Vous m'en aviez préparé une parfaite lorsque vous étiez en deuxième année.
Lily sourit et vit James lever les yeux au ciel avec amusement.
- Honnêtement, continua Slughorn, lorsque Filius et Minerva m'ont dit que vous aviez écopé d'une retenue, Lily, je n'y ai pas cru.
Il pouffa et leur montra l'armoire à ingrédients d'un geste de la main.
- Vous y trouverez ce qu'il vous faut.
Ils passèrent les deux heures qui suivirent à préparer silencieusement leur potion. Lily reprenait systématiquement James, qui voulait aller trop vite et sautait la moitié des indications. Elle s'amusait de voir qu'il était absolument dénué de la moindre patience. Une caractéristique qu'elle attribuait à son enfance de petit garçon pourri gâté, avec un sourire concilient. Il ne changerait jamais. Il serait toujours un peu arrogant sur les bords. Mais plus le temps passait, plus elle se rendait compte que c'était exactement comme ça qu'elle appréciait James Potter. Parce que même son arrogance avait quelque chose d'innocent.
Ils terminèrent un peu avant la fin, mais le professeur Slughorn tint à les garder jusqu'à la fin des deux heures.
- Lily, souffla James en chuchotant pour ne pas se faire entendre. Tu veux m'aider à faire quelque chose d'amusant ?
Lily fit la moue, mais James remarqua avec plaisir l'étincelle d'excitation qui faisait briller son regard.
- Est-ce que c'est interdit ?
- Ça va à l'encontre du règlement, admit James en hochant la tête sans se défausser de son sourire.
- Sur une échelle de un à dix, à quel point ce serait vraiment grave ?
- Seulement trois ou quatre, lui assura-t-il.
- Est-ce que votre transformation en Animagi une fois par mois est ton indice pour situer le dix ? Demanda Lily en grimaça.
James se mordit la langue pour réprimer un rire et ne pas éveiller l'attention de Slughorn.
- Non. Ça, ça ne se situe même plus sur l'échelle.
- Dieu soit loué, soupira-t-elle. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?
- Distrais-le. Ça ne devrait pas être bien difficile. Prétends seulement que tu t'inquiètes pour la dernière interro, proposa James en haussant les épaules.
- J'imagine que c'est dans mes cordes.
- Vas-y, souffla-t-il.
Lily se leva et se dirigea vers le bureau du professeur de Potions.
Elle fut plus efficace encore que Sirius, et James songea qu'elle lui serait d'une grande aide la prochaine fois qu'il aurait besoin de quelqu'un pour faire diversion. Slughorn ne le remarqua même pas quand il se leva. Il se dirigea discrètement vers l'armoire à ingrédients, et y trouva en quelques secondes ce qu'il y cherchait. Il glissa sa trouvaille dans sa poche, et retourna discrètement s'asseoir.
Ils furent sortis des cachots moins de dix minutes plus tard et James montra fièrement à Lily ce qu'il avait subtilisé.
- C'est de la bave de crapaud ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Oui ! Toute fraiche !
- De la bave de crapaud ? Répéta-t-elle, outrée.
- Où est le problème ? J'en glisserai demain matin dans le jus de citrouille de Peter. Tu savais que le mélange des deux rendait aveugle pour une période indéterminée ? Pas plus de quelques heures, cela dit, je ne voudrais pas lui cau…
- James ! S'exclama-t-elle en balançant gentiment son poing dans son épaule. C'était mon baptême de Maraudeuse ! Et tu m'as fait voler de la bave de crapaud ? De la bave de crapaud ? Ça craint ! C'est nul !
L'amusement noya le regard noisette de James. Il dut faire tous les efforts du monde pour ne pas s'écrouler de rire. Si quelqu'un lui avait dit quelques mois plutôt qu'il serait en retenue avec Lily Evans, qu'elle l'aiderait à cambrioler la réserve de son professeur préféré, et qu'elle en demanderait plus, il aurait probablement fait quelque chose de stupide. Comme suspendre le pauvre malade porteur de telles informations par les chevilles dans la Grande Salle.
Mais ils n'étaient pas quelques mois plus tôt, et il avait effectivement été collé avec Lily Evans, elle l'avait effectivement aidé à voler de la bave de crapaud, et elle en voulait effectivement plus.
- D'accord. Tu veux faire quelque chose qui te vaudrait une deuxième retenue si on se fait prendre ? Demanda-t-il en se penchant vers elle, le regard pétillant.
- Pas trop interdit quand même, si ? S'inquiéta-t-elle.
Il leva les yeux au ciel.
- Une Maraudeuse ne poserait même pas ce genre de question, Princesse. Allez, viens.
- Où est-ce qu'on va ? Demanda-t-elle alors qu'il l'entraina déjà derrière elle en la prenant par la main.
- Je vais te présenter Cornedrue.
N/A : Ce chapitre m'a donné bien du mal, je vous le dis.
Heureusement, DelfineNotPadfoot ne s'est pas trop plainte quand elle du le corriger. D'ailleurs, en parlant de Delfine, je vais vous parler un peu de notre nouveau projet. Vendredi prochain, nous publieront le prologue d'une toute nouvelle histoire que nous avons décidé d'écrire ensemble. je vous invite donc à vous rendre sur notre profil commun DelPlume et à nous ajouté à votre liste d'auteurs préférés (of course) ainsi que dans votre liste de follow (of course bis). Pour ceux que cela intéresse, cette histoire parle de James et Albus Potter, deux frères liés par le sang et les promesses.
À mes lectrices anonymes (vous n'êtes que des filles, il me semble ?...hum) :
Sandrine, je ne veux pas ta mort, reste parmi nous ! :D Lily ne réagit pas quand elle apprend pour James et Rena, parce que ça ne la surprend pas plus que ça. Et pour l'instant, elle ne voit pas James de cette manière. Ça ne devrait plus tarder cela dit. Arf :D Merci pour ta review ;)
Myriam, merci pour ta review ^^ Je dois dire que toute mon histoire est construite sur le moment où James et Lily vont finir par comprendre qu'ils sont fait l'un pour l'autre. Et j'ai hâte vous montrer comment se termine cette histoire, mais patience ;)
Mea95Gryffondor, malheureusement, je ne peux pas te promettre que Rena ne souffrira pas. Malgré les efforts de James, elle souffrira toujours de ne pas être "sa Lily". Je crois que même lui n'a pas encore entièrement conscience du fait que Lily est la seule. Rena, elle, elle le sait, mais elle est déjà presque trop amoureuse de lui pour le laisser partir. En ce qui concerne Sirius et Marlène... ça devrait être intéressant. Cela dit, je pense que beaucoup seront déçus (;
Parkminrin, j'ai bien reçu tes menaces de meurtre, mais heureusement je ne les ai pas trop prises au sérieux :p Ton enthousiasme fait plaisir en tout cas ^^ Figure-toi, que quand j'ai imaginé le chapitre précédent, j'avais justement envisagé de ne l'écrire que sous la forme d'une correspondance entre James et Lily, mais c'était trop compliqué, surtout pour parler de Rena, et de Marlène & Sirius. Donc j'ai laissé tomber. Mais cet été, qui sait (: Et rassure-toi, malgré le fait que j'aime beaucoup le couple Marlène-Sirius, je ne crois pas qu'il est la moindre chance, parce qu'aucun des d'eux n'aime l'autre. (Désolée pour le spolier, mais de toute façon, ça me parait clair que Marlène est amoureuse de Benjamin, et Sirius incapable d'aimer quelqu'un de cette manière), cela dit, leur relation sera intéressante je pense (: Merci pour la review qui m'a beaucoup amusée, encore une fois ^^
Sur ceux, je vous souhaite à tous un bon week-end, et on se retrouve vendredi prochain, sans faute.
LittlePlume.
