Hello !

Voilà, c'est le dernier chapitre... avant l'épilogue.

Merci à janeandteresa, Karyanawel, Naftali, Jaymaddict, Solealuna, LAurore, leelou09 et filament-de-lune. \o/

Anara: J'ai été ravie de lire les sentiments que tu as énoncé, et je trouvais amusant de présenter Jane en romantique. (d'où le "troubadour" que pense Lisbon ^^) Oh, et j'étais super heureuse de lire que les motivations de Curtis t'ont surprise. =) Mille mercis !

Enjoy: Contente que le mobile t'ait plu. :) J'aurai voulu le rendre plus évident, mais les soupçons sur Curtis aurait été trop fort et ça aurait tout gâché, je ferai mieux une prochaine fois. ^^ Et je suis plus que ravie de ta lecture des multiples déclarations au silence calculé, c'est l'idée. (En fait c'est surtout parce que je vois bien Jane pratiquer la torture psychologique, hem... ^^') J'espère que ce dernier chapitre te plaira, et tu auras l'épilogue pour dire adieu aux sphères. =) En tout cas mille mercis !

Pasca: Ravie de savoir que tu es toujours de la partie. Et pourvu que la suite te plaise tout autant. =) Oh, et j'espère que le bac, ça a été. Merci !

FewTime: Je suis enchantée que tu sois sur tes réserves, ça veut dire que "mon" Jane n'est pas si éloigné que je le pensais de la série. :) Et j'aurai voulu rendre plus honneur à Collins et Fauve, mais j'essaye de ne pas trop dépasser les 5500 mots par chapitre. ^^' Et je suis super méga heureuse que tu aimes ma vision de Lisbon/Rigsby, j'adore Rigsby. \o/ Oh, et ton indignation quant à la lettre m'a bien fait rire ! Et non, je ne veux point te tuer, promis ! Sinon, Keira n'est pas tout à fait partie, tu verras. ;) J'espère que la suite te plaira et merci ! =)


Chapitre 12 : Les cartes :

Les jours qui suivirent l'arrestation de Curtis ne laissèrent aucune minute de tranquilité à Lisbon. Elle dut gérer la paperasse, les interrogatoires, le rapport, sa patronne, et tous les inconvénients qui accompagnaient la fin d'une enquête made in Jane.

Curtis comptait plaider coupable et avait annoncé fièrement qu'il ne demandait pas d'avocat. Le rapport à rédiger fut plutôt compliqué puisqu'une partie se basait sur les devinettes de Jane, mais deux jours de travail en vinrent à bout. Après ce dénouement et des félicitations de la part d'Hightower, l'équipe désirait fêter la fin de deux enquêtes et traîner leur patronne loin des papiers, mais Lisbon déclina l'invitation, arguant qu'elle avait encore trop de travail.

-Allez patron, insista Rigsby, juste une soirée dans le bar en face.

-Je ne peux pas ce soir, répondit Lisbon, assise derrière son bureau.

-Alors quand ? soupira le grand brun, déçu.

-Disons demain ? suggéra-t-elle.

Rigsby accepta le deal et lui fit promettre qu'elle viendrait avant de rejoindre ses deux collègues et amis. Rigsby espérait que demain, Lisbon et Jane viendraient, une atmosphère hors travail renouerait peut-être le dialogue. C'était du moins la meilleure idée qu'il ait eu -bien qu'il doive reconnaître que Cho la lui avait soufflé.

Les portes de l'ascenseur se refermèrent et le départ de Rigsby fut accompagné de l'arrivée de Jane dans le bureau de Lisbon.

-Tu as refusé toi aussi ? s'enquit-il.

-Non non, là je suis dans l'ascenseur avec eux, ironisa-t-elle.

-Très drôle, s'amusa-t-il.

-C'est quoi ton excuse ?

-Je me suis caché dans le grenier et ils n'ont pas osé venir m'y déranger.

-Lâche, s'exaspéra-t-elle.

Il reconnut qu'elle n'avait pas tort puis lui souhaita une bonne soirée, fidèle à son règlement : la laisser sur sa fin. Cependant, elle le rappela.

Surpris, il revint sur ses pas et la vit fouiller son tiroir. Il fronça les sourcils, se demandant ce qu'elle pouvait y dissimuler le concernant. Elle en sortit une feuille de papier froissée.

-J'ai reçu une dernière enveloppe de John LeRouge il y a quelques temps, avoua-t-elle. Je ne voulais pas te la montrer tout de suite pour ne pas te déconcentrer.

Il dut se retenir de toutes ses forces pour ne pas faire apparaître la lueur de folie dans son regard, et il réfréna de son mieux ses reproches et son impatience. Cependant, lorsqu'elle lui tendit la lettre, il la lui arracha presque des mains. Il lui adressa un regard qu'il voulut désolé puis déplia fébrilement la lettre.

Lisbon sentit sa gorge se nouer lorsqu'il replia la lettre. Son regard était indéchiffrable pour quiconque ne le connaissait pas, mais elle savait le lire, elle savait que sa douleur était immense, et que la haine prenait le dessus malgré toute sa bonne volonté. Elle détourna le regard, se mordant les lèvres fugitivement.

-S'il croit que c'est si facile de fuir, il se trompe, gronda-t-il finalement.

Elle acquiesça sans le regarder.

-Tu aurais dû me le dire plus tôt, les pistes sont refroidies désormais.

-Ça n'aurait rien changé et tu le sais, osa-t-elle dire. Il m'a envoyé une cinquantaine de photos ces derniers mois, ça ne nous a menés nulle part. Les cachets de la poste sont faux, il n'y a aucune empreinte, rien.

-Ce n'est pas à toi de juger.

-Patrick, soupira-t-elle.

Il la fusilla du regard, n'y tenant plus, puis il tourna les talons et partit passer sa colère et sa frustration ailleurs que dans ce bureau. La tristesse et la douleur viendraient après, mais elle ne saurait pas où le trouver pour l'aider. Elle s'était attendue à une explosion, elle avait fait face à un calme glacial.

La blessure restait la même : sa décision quant à leur relation se trouvait confirmée bien des jours de doute après.


-Tu crois que Lisbon va vraiment venir ? s'enquit Grace en guettant la porte.

-Elle a promis qu'elle viendrait, assura Rigsby. Je ne vois pas pourquoi elle aurait menti.

-Et Jane ?

-Je ne l'ai pas trouvé, je ne l'ai pas vu depuis hier soir quand il est monté au grenier.

-La voilà, les interrompit Cho en désignant Lisbon qui fendait les groupes formés dans le bar pour les rejoindre.

Lisbon s'excusa de son retard dans un sourire puis s'assit entre Rigsby et Cho. Aussitôt, Rigsby proposa une partie de poker. Lisbon cria au piège mais accepta de bon cœur, elle avait besoin de se changer les idées et perdre un peu d'argent l'aiderait. Grace s'autoproclama arbitre et distribua les cartes à ses trois collègues.

-Dommage que Jane ne soit pas là, déplora Rigsby une demi-heure plus tard. Il aurait adoré vous voir jouer avec nous patron.

-Je me doute que me voir transgresser les règles lui plairait, confirma Lisbon dans un sourire parfait.

-Il ne voudra jamais nous croire quand on le lui dira.

-Ou alors il vous harcèlera pour jouer contre lui, intervint Cho.

-J'en doute, souffla Lisbon en déposant une carte avant d'en demander une autre à VanPelt.

-Pourquoi ? s'étonna Rigsby.

-Jane a besoin de digérer certaines choses, répondit-elle en haussant les épaules. Je pense qu'on ne le verra pas pendant quelques temps.

Le silence domina la table un moment, puis Rigsby déposa avec enthousiasme une suite, et empocha l'argent de ses deux adversaires, faisant revenir la bonne humeur. Très vite, sa joie de partager une soirée avec ses amis devint communicative, et toute ombre au tableau disparut.

...

Vers minuit, Lisbon déclara qu'il était temps qu'elle batte en retraite et leur souhaita une bonne nuit tout en les remerciant chaleureusement pour la soirée joyeuse et légère qu'elle avait passée. Avoir le pouvoir avait du bon, mais de temps en temps, se contenter d'être un simple membre de la famille qu'ils formaient lui faisait un immense bien. Et elle savait dans le fond qu'elle devait cette détente plus facile à Jane, il lui avait montré qu'elle pouvait être une femme forte et dirigeante tout en s'abandonnant parfois à montrer l'estime et l'amitié qu'elle portait à son entourage.

-Vous êtes sûrs que votre pari a lieu d'être ? déplora VanPelt lorsqu'elle fut sûre que Lisbon n'était plus dans le bar.

Rigsby et Cho échangèrent un regard puis répondirent d'une même voix assurée :

-Certains.


Cela faisait deux semaines que Jane n'avait pas remis les pieds au CBI.

Il avait commencé son exil par une visite dans sa maison de Malibu. Il était resté des heures entières à regarder le smiley, planté face à lui et non plus couché sous lui, comme s'il tentait d'affronter ses démons à défaut de pouvoir affronter l'homme. L'amertume l'avait envahi en même temps que quelques souvenirs joyeux, des fantômes d'une vie passée.

Et cette vie semblait si lointaine, si différente de ce qu'il vivait désormais, et de ce qu'il voulait, qu'elle lui sembla être un rêve. Mais c'était un beau rêve, un rêve au parfum de la douce et belle Angela, un rêve où les rires de Charlotte Ann ne faisaient plus mal. Lisbon l'avait fait culpabiliser, lui donnant l'impression de les abandonner, mais elle lui avait pourtant permis de retrouver un semblant de paix intérieure. Ce n'était pas le calme plat, et il souhaitait toujours obtenir la mort de John LeRouge, mais lorsqu'il y pensait, il y avait un après, et cet après ne faisait plus peur.

Il n'abandonnerait pas Lisbon, jamais. Et il ne choisirait pas entre elle et sa famille, il pouvait vivre avec les deux. Peu importe la lettre de ce psychopathe, ils le trouveraient un jour, et il ferait ce qu'il fallait pour protéger cet après dont Lisbon était l'actrice principale.

Pour l'instant, c'était encore un avant, et ses pensées s'emmêlaient un peu. Pouvait-il replonger pour elle alors même qu'elle semblait tant vouloir le repousser ? Etait-il prêt à briser sa patience pour retrouver le sommeil ? Pouvait-il vraiment la faire rire comme il fallait plutôt que pleurer comme il l'avait trop souvent fait ?

Au final, c'était l'avant qui l'effrayait. Il savait qu'après elle serait là, elle le lui avait dit. Mais il la voulait aussi avant, et il ne savait pas comment l'avoir, ni même si c'était la bonne chose à faire. Ils avaient essayé, avant, et ça avait été un échec. Pourquoi aujourd'hui serait différent ?

A son retour à Sacramento, il avait erré dans tous les endroits qu'il connaissait : le parc, sa chambre de motel, le cimetière, la rue de Lisbon (il avait même rendu visite à Madame Mawson qui l'avait accueilli à bras ouverts), les quelques bars qu'il avait fréquenté avec l'équipe, l'appartement de la jolie Kelly, la grange où il avait rencontré Keira, la plage où il avait passé tant d'heures avec Kelly, puis, lassé de fuir, il avait voulu savoir si Keira avait une dernière vision sur la vie à partager.


Il la trouva chez Kati Zeller, en train d'encourager Tony à dessiner. Lorsqu'elle le vit, elle lui adressa un sourire plus fort que les précédents, moins faux. Elle frôla les cheveux du petit garçon, puis invita Jane à la suivre dans le jardin, jusqu'au muret.

-Vous avez fini de fuir monsieur Jane ? demanda-t-elle.

-Oui, avoua-t-il simplement.

-Et vous voulez vivre maintenant, pas vrai ?

Il acquiesça en souriant, Keira avait ses chances dans le métier si elle continuait à le lire aussi efficacement, lui le roi des charlatans.

-Alors qu'attendez-vous monsieur Jane ? sourit-elle. Qu'attendez-vous pour aller frapper à sa porte ?

-Ça ne manque pas un peu de fierté ? déplora-t-il.

-Ça dépend de la façon dont vous présentez les choses. Vous n'êtes pas obligé de la supplier, ni même d'aborder le sujet sur le pas de la porte, qu'en dîtes-vous ?

-Avec vous, tout est si facile, s'amusa-t-il.

Elle rit doucement et Jane songea que c'était un son doux à entendre, un son que Jared Zeller avait dû vénérer. Son départ était une tragédie.

Ils gardèrent le silence un moment, puis Jane s'enquit de son état. Elle lui assura qu'elle allait mieux, que la culpabilité de Curtis était difficile à surmonter, mais qu'elle avait encore l'enfant de Jared à porter. Après, elle aviserait, mais elle se savait assez aimée pour continuer.

Lorsque Jane annonça qu'il devait partir, elle l'enlaça sans prévenir et embrassa sa joue, le remerciant mille fois. Il sourit et lui rendit maladroitement l'étreinte, un peu gêné.

-Prenez soin de vous, dit-il lorsqu'il passa le pas de la porte.

-Prenez soin d'elle, répondit-elle en agitant brièvement la main.

Il lui envoya un dernier sourire, puis monta en voiture. Il sortit de sa chemise la chaîne où son alliance pendait, et soupira, cherchant le courage dont il avait besoin. Redonner l'alliance à Lisbon, c'était lui dire implicitement qu'elle pouvait partir encore, qu'il ne pouvait pas avancer, et c'était faux désormais. Il avait hésité à aborder le sujet avec Keira, il avait bien vu qu'elle portait l'alliance de Jared autour de son cou. Mais au fond, il n'avait pas besoin de l'adorable Keira pour savoir quoi faire.

Alors, lentement, il retira la chaîne de son cou, puis il l'accrocha au rétroviseur de sa DS. Il observa cette nouvelle idée un moment, s'attendant à de la douleur, mais n'y trouvant qu'un soulagement. Il était capable de le faire, il pouvait vivre.

Et John LeRouge ou pas, advienne que pourra.


Bouh redressa les oreilles, aux aguets, puis il sauta du canapé où il était installé à côté de sa maîtresse pour aller gratter à la porte, remuant de la queue à une vitesse surprenante. Lisbon fronça les sourcils, étonnée de l'attitude de son chien d'habitude si calme en soirée. Elle s'approcha de la porte pour voir si quelqu'un était la cause de cet enthousiasme, et les quelques pas qu'elle fit provoqua des bondissements sur place de la part de Bouh. Elle déverrouilla sa porte d'entrée et le laissa filer dehors impatiemment. Aussitôt Bouh fonça sur une DS bleutée familière, garée devant chez elle.

Lisbon sentit son cœur bondir dans sa poitrine : Jane était revenu. Après deux semaines où elle n'avait pas eu de ses nouvelles, où elle avait craint le pire, il revenait. Elle le vit sortir de sa DS et s'approcher, les mains dans sa poche de veste, Bouh sur ses talons, bondissant joyeusement de temps à autres.

-Je passais dans le coin, lança Jane lorsqu'il fut devant elle.

-Mais oui bien sûr, s'exaspéra-t-elle en roulant des yeux, néanmoins réjouie de sa visite inattendue.

-J'ai un jeu de cartes et de l'argent, je peux entrer ?

-Poker ? s'étonna-t-elle.

-Rigsby et Cho ont subtilement laissé entendre que tu avais joué avec eux, je tiens à avoir ma part.

-Bien entendu, s'amusa-t-elle.

Elle lui fit signe d'entrer puis rappela Bouh. Le chien revint joyeusement, faisant fête à Jane. Ce dernier ne se priva pas pour faire comme chez lui, ce qui avait été vrai des mois durant, elle devait le reconnaître.

Elle lui proposa un thé qu'il accepta, et s'éloigna vers la cuisine sans un mot de plus, dissimulant un sourire exaspéré quelque part au coin de ses lèvres.

Jane déposa sa veste sur le porte-manteau familier et retira ses chaussures avant de se diriger avec naturel dans le salon, Bouh sur ses talons. Il prit place dans l'un des fauteuils et sortit son jeu de cartes pour les mélanger machinalement, son fidèle ami poilu couché à ses pieds.

Lisbon déposa une tasse de thé sur la table basse puis empila les dossiers les uns sur les autres avant de les déplacer jusqu'au meuble le plus proche.

-Je vois que quand le chat n'est pas là, les souris dansent, lui fit-il remarquer non sans malice.

-Je n'ai encore jamais vu des dossiers danser, rétorqua-t-elle tout en s'asseyant en tailleur sur son canapé. Si tu triches, tu me donnes tous tes gains, le prévint-elle alors qu'il distribuait les cartes.

-Deal, convint-il dans un sourire.

Ils analysèrent leurs cartes puis Jane lança le jeu en déposant quelques dollars entre eux. Elle fronça les sourcils, puis, sans rien laisser lire de plus sur son visage, elle glissa la même somme vers lui. Il lui adressa un regard brillant de malice, et le jeu débuta vraiment.

A son grand étonnement, Lisbon était bien plus douée qu'il ne l'avait pensé. Elle avait gagné autant de fois que lui, récupérant à chaque fois l'argent qu'il lui prenait. Ils avaient ponctué leur jeu de plaisanteries et de piques bien senties, retrouvant une complicité qui leur avait manqué, une complicité faite également de petites conversations sans but sur leur entourage.

Les heures défilèrent sans qu'aucun d'eux ne s'en soucie, leur faisant oublier que Jane n'avait aucune raison désormais de se sentir chez lui alors même que minuit était passé.

...

Cependant, vers une heure du matin, Lisbon le laissa gagner pour arrêter le jeu, s'étirant en baillant copieusement. Elle s'appuya contre le dossier du canapé pendant que Jane rangeait ses cartes et l'argent –elle remarqua qu'il ne lui prenait aucun dollar alors même qu'il avait gagné, ce qui lui fit lever les yeux au ciel, amusée.

-Je pars en vacances, finit-elle par déclarer.

-Ah ?

-J'ai trois semaines de congés payés à prendre et compte tenu des enquêtes résolues ce mois-ci, Hightower m'a offert de les cumuler.

-Presque un mois sans le CBI ? Mais que vas-tu faire sans tes dossiers ? se moqua-t-il.

-Voyager, avoua-t-elle.

Il fronça les sourcils, surpris. Elle sourit légèrement et ramena ses jambes contre elle, posant son menton sur ses genoux.

-Chris se marie bientôt, dans quelques semaines, expliqua-t-elle, et je suis son témoin. Je vais l'aider à organiser le mariage.

-Toi ? Organiser un mariage ?

-Oui je sais, rit-elle légèrement. Mais c'est quitter Sacramento ou rester ici à me morfondre. Le choix a été vite fait.

Il eut envie de protester, de se poser en ultime choix, mais il savait que ça serait stupide. Si elle avait besoin de partir, il devait la laisser faire, la laisser partir pour mieux revenir.

-Je ne partirai pas pour toujours, le rassura-t-elle en voyant sa mine déçue. Et puis je crois que ça nous fera du bien à tous les deux.

-Qu'est-ce que je dois comprendre ?

-Que veux-tu comprendre de plus que ce que j'ai dit ?

Il ne put s'empêcher de sourire, elle était devenue douée lorsqu'il s'agissait de retourner les questions. Elle commençait à jouer sur le même terrain que lui.

Elle se leva et attrapa la tasse de thé ainsi que son verre de vin pour les emmener dans la cuisine.

-Tu vas me manquer, avoua-t-il en la suivant.

Il s'appuya contre le réfrigérateur à côté de l'évier, l'observant laver silencieusement la tasse et le verre. Lorsqu'elle eut terminé, elle s'essuya les mains puis leva enfin les yeux vers lui.

-Tu me manqueras sans doute aussi, répondit-elle finalement.

-Tu pars quand ?

-Demain après-midi. J'ai un billet d'avion pour Los Angeles.

Il acquiesça dans une grimace douloureuse. Il avait espéré avoir au moins quelques jours pour tenter de regagner du terrain dans sa vie. Elle soupira et caressa sa joue avec douceur.

-J'ai besoin de m'éclaircir les idées et de prendre du recul, souffla-t-elle.

-Ça pourrait t'éloigner plus que ça n'est déjà le cas, marmotta-t-il.

-Je reviendrai, je ne pars pas pour toujours. Et puis je suis incapable de te laisser derrière, tout comme j'ai été incapable de te quitter vraiment.

-Ah bon ? Tu as été incapable de me quitter ? releva-t-il, agréablement surpris et de nouveau souriant.

Elle rit légèrement et s'approcha un peu plus de lui.

-Je ne t'aurai pas laissé rester après minuit si te quitter avait été un succès, lui fit-elle remarquer.

-Ah ? s'enquit-il, de plus en plus intéressé.

-Tu sais aussi bien que moi que je vais être incapable de te faire partir en pleine nuit.

Le visage de Jane s'illumina alors qu'il se baissait pour coller leurs fronts, ses yeux perdus dans le vert sombre de Lisbon.

-Fais-le, chuchota-t-il dans un parfait écho de ce premier jour, dans un ascenseur arrêté.

-Faire quoi ? répondit-elle, malicieuse.

-Tu sais très bien de quoi je parle, récita-t-il dans un murmure, tu en meurs d'envie.

Elle ne prit pas la peine de jouer le prochain passage, lassée des faux-semblants et des scénarios dramatiques. C'était son histoire, et elle décidait quand il fallait être heureuse et agir inconséquemment. Alors elle alla perdre son sourire sur les lèvres de Jane, et y laissa un peu de sa raison. Pour le meilleur et sans le pire.

Il l'enlaça immédiatement, la serrant contre lui pour approfondir ce qu'elle avait si bien commencé. Lentement, tendrement, elle le poussa hors de la cuisine, ne quittant qu'à peine le contact de ses lèvres, de son corps contre le sien. Elle le fit monter les escaliers à reculons, le guidant sans un mot, oubliant tout autre détail qu'elle aurait pu avoir à régler avant de rejoindre l'étage.

Lorsqu'elle retrouva les lèvres de Jane après avoir fermé la porte de sa chambre, elle y découvrit le sourire le plus puissant qu'il lui ait jamais offert… Et elle le lui rendit avec tout son cœur.


Jane fut réveillé vers dix heures, après sa première nuit de sommeil complète depuis des jours. Et à en juger par l'air paisiblement endormi de la jeune femme à côté de lui, il n'était pas le seul. Il sourit, plus heureux qu'il ne l'avait imaginé d'avoir su retrouver ce grand lit, le leur. Il embrassa l'épaule de la brunette ensommeillée puis glissa son visage dans son cou, vieille habitude délicieuse à retrouver. Il la sentit bouger légèrement et devina qu'elle se réveillait.

-Il fait toujours nuit ? souffla-t-elle.

-Non, le soleil est là, sourit-il doucement.

Elle acquiesça sans rouvrir les yeux. Elle se tourna dans le grand lit, faisant glisser les couvertures sur elle, puis elle s'étira longuement et sentit la lumière du jour sur ses paupières, ils avaient oublié de fermer les rideaux. La sensation était douce, l'idée d'ouvrir les yeux, moins. Elle sentit un doigt léger s'aventurer sur son nez et ne put s'empêcher de sourire. Il redessina chaque trait de son visage dans une douceur infinie, elle devina son sourire.

-Tu n'étais pas sensé le connaître par cœur ? rit-elle en gardant les paupières closes.

-Je vérifie que c'est toujours le cas.

-Et ?

-Tu es gravée.

Elle sentit ses lèvres remplacer ses mains et il embrassa avec légèreté chaque parcelle de peau à sa portée.

-Ouvre les yeux, murmura-t-il en laissant glisser son nez le long de sa mâchoire.

-Non, répondit-elle simplement.

-Pourquoi ?

-Parce qu'ouvrir les yeux, c'est affronter notre bêtise.

-Tu penses qu'on a fait une bêtise ? s'enquit-il en enlaçant sa taille pour la ramener contre lui.

Elle nicha sa tête dans son cou alors qu'il aventurait sa main sur sa hanche, elle ne put s'empêcher de sourire. C'était un peu ironique dans le fond, un peu amer. Comment pouvait-elle se laisser aller à sourire alors même qu'elle mourait intérieurement de sentir au combien il la connaissait ? Elle ne pouvait pas ouvrir les yeux, elle ne pouvait pas faire face à cette affreuse vérité. Elle était celle qui était partie, elle n'aurait jamais dû lui céder, jamais dû le laisser battre les cartes.

-Est-ce que tu m'aimeras à nouveau un jour ? chuchota-t-il contre son oreille.

-Je n'ai pas cessé de t'aimer, avoua-t-elle.

Quelque chose se bloqua dans sa gorge en prononçant ces mots. Puis elle se rappela qu'il en avait été de même pendant des jours et des jours. Etre au creux de ses bras avait toujours l'incroyable faculté de lui faire perdre le Nord. Elle oubliait qui elle était, qui il était, comme si elle ne savait plus qu'une seule chose du monde l'entourant : elle l'aimait.

-C'est notre punition, expliqua-t-elle à regret. Nous n'avons pas su nous y prendre, pas su nous éviter tout le mal qu'on s'est fait.

-Moi qui pensais que nous faisions plutôt bien l'amour.

Elle laissa un rire s'échapper et déposa un baiser dans son cou.

-Je suis sérieux, insista-t-il sur un ton pourtant léger, j'aime quand nous…

-Chut, le coupa-t-elle en embrassant sa mâchoire pour remonter vers ses lèvres.

Elle était toujours aveugle, elle refusait toujours de voir l'erreur dans l'équation, la faille du plan initial. Elle n'avait pas besoin de le voir pour l'aimer, pas besoin de ses yeux pour trouver ses lèvres.

-Tu es la plus belle de mes punitions, glissa-t-il entre deux baisers.

Elle ferma les yeux plus fort, se nourrit de chaque caresse, chaque baiser, et grava chaque moment dans sa mémoire. Sa douceur, son odeur, sa chaleur, son amour… Elle avait tellement prié pour que ça soit la dernière fois. Jour ou nuit, les yeux fermés ça ne compte plus, n'est-ce pas ?

Elle aurait dû savoir qu'on peut se damner même les yeux fermés.

Mais tout ce qui lui restait désormais de leurs mésaventures, c'était cette sensation légère et délicieuse : elle s'en fichait. Elle serait capable de lui offrir une autre chance bientôt, elle le savait. Ils sauraient repousser les heures sombres, et si leur duo était en danger, ils sauraient désormais mettre des mots sur ce qui les menaçait.

-Je dois préparer ma valise, soupira-t-elle en ouvrant finalement les yeux.

Elle fut surprise de trouver le soleil si agréable sur eux et ne put s'empêcher d'afficher sa surprise lorsqu'elle croisa le regard brillant de son amant.

-On dirait que finalement, nous sommes capables de survivre au réveil sans rideaux, s'amusa-t-il.

Elle rit et reposa sa tête sur le torse de Jane. Il l'enlaça doucement et déposa un baiser léger dans ses cheveux avant de laisser sa main se balader le long de sa colonne vertébrale.

-Dis-moi, maintenant que tu as les yeux bien ouverts, c'est toujours une bêtise ? s'enquit-il.

-Non, souffla-t-elle. C'est juste… nous.

Ce fut à son tour de rire, et il arrêta sa main pour la serrer un peu plus contre lui.

-Je dois vraiment faire ma valise, déplora-t-elle en s'extirpant finalement de son étreinte.

Il fit la moue, déçu, et elle se repencha sur lui pour l'embrasser à intervalles réguliers :

-Je… re… vien… drai… murmura-t-elle entre chaque baiser.

-Vraiment ?

Elle savait ce qu'il sous-entendait, alors elle l'embrassa longuement, s'attirant même un grognement lorsqu'elle s'écarta finalement.

-Vraiment, confirma-t-elle dans un léger sourire.

Elle se leva pour enfiler la chemise de Jane qui avait atterri sur sa lampe de chevet, puis elle sortit une immense valise de son armoire. Jane enfila son boxer alors qu'elle triait quelques affaires puis se dirigea droit sur elle pour l'enlacer, embrassant son cou.

-Tu n'es pas encore partie, je profite.

Elle rit et tenta de lui échapper mais il la tenait fermement. Alors ils bataillèrent en riant, faisant d'une simple valise avant un départ en vacances un véritable champ de bataille.


Lisbon avait refusé qu'il l'emmène à l'aéroport, arguant que lui dire au revoir sur le tarmac n'était vraiment pas son fantasme du moment. Il avait ri doucement, mais il avait accepté. Elle l'avait alors chargé de prendre soin de Bouh et lui avait laissé un double des clefs familier.

-Comment vas-tu à l'aéroport ? s'enquit-il lorsqu'il vit Lisbon poser sa valise devant l'entrée alors que l'heure du départ se faisait imminente.

-Rigsby s'est porté volontaire pour m'y amener dès qu'il a su que je devais partir en vacances. A croire qu'il voulait se débarrasser de moi.

Jane roula des yeux en souriant et l'enlaça.

-Personne ne veut se débarrasser de toi, tu vas nous manquer à tous.

-Mais je…

-Je sais, la coupa-t-il, tu reviendras. Mais trois semaines…

-C'est long, confirma-t-elle. J'ai l'intime conviction que nous survivrons pourtant.

-Si tu le dis, s'amusa-t-il.

-J'entends la voiture de Rigsby, dit-elle en se tournant brièvement vers la porte. Je dirai bonjour à Chris de ta part.

-C'est ça, dis lui donc bonjour à ce voleur de Teresa, ironisa-t-il.

-Tu es conscient qu'il est mieux placé que toi pour dire ça ?

-Tu es devenue trop douée à ce jeu-là pour mon bien, lui fit-il savoir avant de l'embrasser.

Elle sourit contre ses lèvres puis enlaça sa nuque et prolongea quelques instants de plus la douceur de pouvoir aimer à nouveau le Patrick Jane dont elle était tombée amoureuse bien des mois plus tôt. Elle savait qu'il avait gagné la plus dure des batailles : celle qu'il avait toujours menée contre lui-même. Et elle savait également que lorsqu'elle reviendrait et qu'elle retrouverait ce Jane vainqueur et plus en paix avec lui-même, elle tomberait amoureuse de nouveau. Tant pis si c'était ridicule, tant mieux si ça voulait dire qu'ils avaient enfin une chance de ne pas s'écraser au bas de la falaise.

Elle finit par s'écarter et salua Bouh brièvement avant de passer la porte avec sa valise. Jane resta sur le pas de la porte seulement quelques secondes avant de la rattraper et de l'enlacer longuement, glissant son nez le long de sa mâchoire avant de s'immobiliser dans son cou. Elle lâcha sa valise pour poser ses mains dans son dos, puis il se reprit de lui-même et la libéra dans un sourire.

-Tu vas me manquer.

-Toi aussi, avoua-t-elle en fin de compte.

Elle lui offrit un dernier sourire, puis elle rejoignit Rigsby qui l'attendait à côté de la voiture. Il salua Jane d'un signe de tête, puis aida Lisbon à mettre sa valise dans le coffre. Jane préféra rentrer avant qu'ils ne partent. Il n'avait plus besoin d'être dans le rétroviseur désormais. Il était devant. Il était son après.

Quelques instants plus tard, Rigsby et Lisbon partaient pour l'aéroport en écoutant un match de basket, plaisantant joyeusement sur leur rivalité quant aux équipes supportées.

Et lorsque l'avion de Lisbon se fut envolé, Rigsby remonta en voiture tout en appelant Cho.

-Je te dois de l'argent mec, annonça-t-il dans un sourire. Opération réussie sans effort.

-… Grace va être folle, sourit Cho depuis son bureau du CBI.

-Attends-moi avant de lui dire, je veux voir sa tête ! s'enthousiasma le grand brun.

-Tu paries combien que cette fois elle nous fait vraiment de l'apoplexie ?

Rigsby éclata de rire, mais ne raccrocha qu'après avoir lancé un nouveau pari.


J'aurai pu finir ici, mais, j'ai écrit l'épilogue il y a bien longtemps, et je trouverai dommage de le garder dans un dossier. =)

En voici un extrait en attendant jeudi (n'hésitez pas à laisser vos avis d'ici là =D):

"Trop imprégné d'elle, il avait réglé sa vie pour la sienne, et maintenant ça ne voulait plus rien dire. [...]
Il avait oublié d'être heureux quand il le pouvait encore.
Il s'était laissé aveugler par la traque d'un homme qui était déjà mort. Un homme qu'il achèverait sans doute un jour, mais un homme qui ne valait pas qu'il la sacrifie le reste du temps."