Salut tout le monde ! Voilà, j'ai dépassé ma deadline. J'ai vu l'épisode 1 de la saison 3 hier à la BFI, et très franchement, c'était tellement génial que je me suis demandé où était l'intérêt de continuer cette misérable fanfic, mais bon, il ne sera pas dit que j'aurai laissé une histoire inachevée, je vais donc faire de mon mieux pour la continuer jusqu'au bout, et j'espère que vous continuerez à l'aimer même après avoir vu l'épisode. (Mais vous aurez tellement d'autres trucs sur lesquels gagatiser que j'en doute.)
En tout cas, par rapport au screening de The Empty Hearse, résumé de l'épisode : "parfait", "génial", "jouissif", "ces scènes me feront mourir de rire jusque dans trente ans au moins", "OMG ARE U KIDDING ME?", "Oooh Maaaryyy je t'aiiiime, tu es parfaite, laisse tomber John et épouse-moi", "oh god non pas ça!", "hiiiiii", "ARGH QUOI DÉJÀ FINI C'ÉTAIT TROP TROP BIEN !". Je peux vous promettre que vous n'allez pas regretter les deux ans d'attente. Et je peux aussi vous promettre que l'attente de fin de saison 3 sera juste horrible.
Ceci étant dit, le chapitre ! Fin de la partie II !
Everything about IOU
Chapitre 14 - A little touch of IOU
xXxXx
Le temps sembla s'étirer, comme il le fait toujours dans ces moments où tout semble suspendu entre la vie et la mort, et John eut l'impression qu'il mit des heures à tomber sur le sol, alors qu'en réalité, il était à terre en moins d'une demi-seconde. Le bruit du verre brisé résonnait avec une force terrible à ses oreilles, et l'instant d'après (ou deux siècles plus tard, c'est selon), le corps de Sherlock tombait sur le sien.
Un instant, il eut l'impression d'être capable de tout appréhender en même temps. Il sentit la douleur de son bras, sur lequel Sherlock venait de s'écraser, et celle de sa tête qui venait de heurter le plancher, il sentit l'odeur de la poussière qui virevoltait, et l'odeur de Sherlock, son gel douche, ou alors le shampooing qu'il utilisait pour ses cheveux bouclés ; il entendit les cris qui résonnaient de l'autre côté de la fenêtre brisée, dans la rue, et il sentit la respiration chaude et rapide de Sherlock contre son cou. Son acuité lui semblait s'être décuplée.
Le sol avait une odeur de poussière. L'esprit beaucoup plus vif que les secondes qui s'égrenaient avec une lenteur impossible autour de lui, John se demanda distraitement si elle avait toujours été là où si c'était parce que Sherlock et lui n'avaient pas vécu dans l'appartement pendant plus de trois ans.
«Mais il y a eu d'autres locataires.»
Oui, mais ça n'avait pas vraiment été chez eux. Ils n'avaient pas fait de trou dans le mur avec des balles de pistolet, eux…
Et aujourd'hui, un nouvel impact venait de s'ajouter à la liste.
Du moins, John l'espérait. Parce que si la balle n'était pas allée se loger dans un mur, ça voulait que le poids du corps de Sherlock sur lui devenait beaucoup plus suspect, d'un coup.
Sherlock. Allongé sur lui.
John ne le croyait pas si lourd. Il fallait dire que Sherlock était complètement affalé sur lui, en l'occurrence, mais tout de même, de tout ce que John avait déjà pu imaginer (et avec toutes les allusions que les gens aimaient à faire sur eux, c'était impossible de ne rien s'imaginer…) ce n'était pas de cette façon-là que le corps de Sherlock et le sien entraient en contact.
Là, comme ça, il avait le nez dans les boucles de Sherlock, et son esprit shooté à l'adrénaline avait plus que largement le temps d'analyser toutes les pointes de senteur qui entraient dans ses poumons, et cette fragrance faisait naître toutes sortes d'envies bizarres. Comme, serrer Sherlock dans ses bras. Ça, il l'avait déjà ressenti (par exemple le jour où il l'avait retrouvé après son absence, ou là, quand Sherlock avait passé le pas de la porte après son absence du matin) mais jamais avec une telle force. Ou, continuer à respirer tant qu'il le pouvait, tant que son nez se trouverait là où il était. Pour ce qui était de cette envie-là, il n'avait jamais eu l'occasion de respirer les cheveux de Sherlock, jusqu'ici – il n'avait jamais pris conscience que Sherlock sentait bon.
Mais le plus étrange de tout, ce qui gagnait la palme de la pensée la plus terrifiante, c'était l'envie que Sherlock tourne la tête vers lui – juste un simple mouvement, pas grand-chose, juste tourner la tête – et qu'il pose les lèvres sur les siennes, presque par hasard. Ressentir sa chaleur. Savoir qu'il était vivant. Il avait envie.
Et ça, c'était bizarre.
Lorsque le temps reprit sa vitesse habituelle, et que l'esprit de John cessa de fonctionner à cent à l'heure, il réalisa tout ce à quoi il venait de penser – et se rendit compte juste après que, seigneur, c'était flippant, mais que, doux Jésus, il y avait quelque chose de beaucoup plus terrifiant que l'idée d'embrasser Sherlock Holmes.
Il ne pourrait jamais embrasser Sherlock si Sherlock était mort.
- SHERLOCK !
L'odeur de son shampooing s'infiltra à grandes goulées dans ses poumons, et le corps de Sherlock roula sur le côté.
- C'est bon, marmonna-t-il d'une voix que John trouva affaiblie, mais c'était peut-être juste le choc de la chute.
- La balle…
- C'est bon, répéta Sherlock. Tout va bien.
Il s'allongea sur le dos, à côté de John, et – c'était bien la dernière chose à laquelle s'attendait John – il se mit à rire. Et cette fois, John se demanda s'il ne s'était pas cogné la tête en tombant par terre – même si, théoriquement, son corps à lui avait amorti la chute…
- Pourquoi tu ris ? Et le tireur ? Il faut qu'on l'arrête !
John fit mine de se relever, ce qui n'était pas évident avec son bras douloureux, mais la main de Sherlock le retint par la manche, et tira pour l'obliger à se rallonger avec lui à ses côtés.
- Sherlock, le tireur…
- Chut… On ne risque rien, allongés comme ça.
- C'est pas pour ça que je dis ça ! Il faut qu'on l'arrête !
Sherlock tourna la tête vers lui, et l'espace d'un instant, John fut frappé en plein cœur par son apparence. C'était le Sherlock de d'habitude, sauf qu'il souriait, sauf que ses yeux clairs rayonnaient, sauf que ses cheveux emmêlés lui tombaient sur le front, et il était… irrésistible.
Ce n'était pas la première fois que John le trouvait irrésistible, et ça commençait même à faire beaucoup pour n'être qu'une coïncidence. Il avait l'air si calme, là, alors qu'on venait de leur tirer dessus… Comment pouvait-il être aussi calme ?
- Sherlock…
- Chut, John. Repose-toi.
- Mais…! Le tireur !
- Si Lestrade et Mycroft font leur boulot, et je suppose qu'ils sont en train de s'y atteler en ce moment-même, Sebastian Moran sera sous les verrous dans une demi-heure.
- … Quoi ? Comment…
- Reste allongé. Ne te relève que lorsque je te le dirai.
- Mais…
- Fais ce que je dis, John.
Et comme Sherlock avait toujours une bonne raison de lui donner des ordres, et que John était un ancien militaire et qu'il faisait ce qu'on lui disait quand il respectait l'homme qui donnait ces ordres, il se rallongea, intrigué et inquiet, aux côtés de Sherlock Holmes, qui continuait à rire doucement. John ne put s'empêcher de tourner la tête vers lui pour l'observer.
- Tu n'es pas blessé ? La balle…
- Dans le mur. Pas d'inquiétude.
- Où t'étais, ce matin ? Ne me refais jamais un coup pareil, j'ai cru que j'allais mourir d'inquiétude !
- Je suis allé vérifier si les informations d'Irene Adler étaient vraies.
- Tu les avais refusées, au début, pourtant !
- Oui, mais elle avait envoyé l'adresse tout de même, ça valait la peine de vérifier… J'ai attendu que tu t'endormes et j'ai pris ton téléphone…
- Tu pouvais pas savoir qu'elle m'avait envoyé l'adresse, à moins de regarder mes messages !
- C'est bien pour ça que je regarde toujours tous tes messages.
- J'avais mis un mot de passe !
- John, on sait tous les deux ce que valent tes mots de passe. Une sécurité si faible, c'est presque comme si tu voulais inconsciemment que je le décode.
- … Bon. Bref. Et ensuite ?
C'était étrange d'avoir une telle conversation avec Sherlock, allongé sur le tapis poussiéreux du salon, des débris de verre à côté d'eux, et les cris des passants paniqués dehors. Leurs mains se touchaient. John ne savait pas si Sherlock en avait conscience, mais lui, il avait l'impression que sa peau le brûlait à cet endroit.
- Ensuite, continua Sherlock, totalement inconscient du trouble de John, je suis allé voir Scotland Yard.
- En plein milieu de la nuit ?
- C'était le meilleur moment pour quitter discrètement l'appartement. Je suis allé trouver Mycroft, j'ai téléphoné à Lestrade, et on a décidé d'envoyer quelqu'un du MI5 vérifier si l'adresse de la planque était un leurre ou non. Il se trouve que c'était la bonne adresse, contrairement à ce qu'on aurait pu croire de la part de Miss Adler, et que Moran n'avait aucune idée qu'elle était entre nos mains. L'homme de Mycroft nous a reporté une conversation avec un de ses sous-fifres disant qu'il allait s'infiltrer dans la maison vide en face de la nôtre et tenter de m'éliminer aujourd'hui.
- T'éliminer…
- Oui.
- Pourquoi il n'a pas tenté de le faire plus tôt ? Ça fait tout de même plus de deux semaines qu'on lui a lancé la déclaration de guerre…
- Je ne sais pas. Peut-être qu'il n'avait pas le lieu propice, que ce n'était pas le bon moment. Quoi qu'il en soit, on a attendu qu'il soit installé dans la maison vide, et Mycroft et Lestrade ont placé leurs hommes autour de la maison. Mon rôle, c'était de rentrer à l'appartement pour attirer son attention. Il y avait énormément de chances qu'il me tire dessus, mais j'ai parié sur sa personnalité : je me suis dit qu'il préfèrerait te viser d'abord, devant mes yeux, et ensuite seulement m'abattre, mais pour ça, il fallait que je sois dans l'appartement. C'était risqué. Mais ça a marché.
- T'es complètement dingue, murmura John, alarmé par ce que lui racontait Sherlock.
Est-ce que ce crétin se rendait-il seulement compte à quel point tout ça ne tenait qu'à un fil ? Il aurait pu se faire tirer dessus comme ça, dans la rue, si son pari avait mal tourné. C'était ridicule !
- J'avais oublié que tu étais suicidaire…
- Je ne suis pas suicidaire. C'était pour faire avancer les choses.
- C'était du suicide, Sherlock. D'abord la pilule du chauffeur de taxi, ensuite le toit de l'hôpital, et maintenant ça ? Bon sang, tu pourrais accorder un peu de valeur à ta vie !
John sentit aussitôt qu'il n'aurait peut-être pas dû dire ça. L'atmosphère s'alourdit sensiblement, et il sentit Sherlock se raidir à côté de lui.
- Moi, j'y accorde de la valeur, continua John, mal à l'aise. Toi peut-être pas, mais moi oui. Alors arrête d'être aussi tête brûlée… Si tu meurs pour de bon, je te jure que je te tue.
Il voulait lancer un trait d'humour, mais Sherlock ne riait pas. À la place – et ça, il ne l'avait pas demandé, loin de là – il sentit sa main – celle qui touchait la sienne depuis tout à l'heure – recouvrir la sienne, en silence, et cette fois, ce fut au tour de John de se raidir complètement. La main de Sherlock ne faisait qu'être posée sur la sienne, mais dans un tel contexte, c'était lourd de sens. Il eut le temps de compter dix secondes qui semblèrent s'étirer à l'infini, telles des siècles, avec la main de Sherlock sur la sienne, sa chaleur contre la sienne, comme ça, avant que de nouveaux éclats de voix de nature différente ne leur parviennent de dehors.
L'instant d'après, Sherlock avait sauté sur ses pieds, et lui, sa main et sa chaleur, avaient disparu.
- Voilà, le spectacle va commencer ! s'exclama-t-il d'une voix réjouie, avant de s'approcher de la fenêtre, marchant sur le verre brisé.
John bougea la main lentement, comme pour s'assurer que celle de Sherlock n'était plus là, et se releva difficilement, tenant son bras. Sherlock n'avait pas l'air d'avoir remarqué qu'il lui avait fait mal. Il fallait dire que dans la confusion de tout ce qui venait de se passer, John ne pouvait pas l'en blâmer.
Précautionneusement, il s'approcha de la fenêtre, à côté de Sherlock, qui arborait un grand sourire, et vit des voitures aux gyrophares allumés stationnées dans la rue, des uniformes de police, et beaucoup de silhouettes familières réunies, dont certaines avaient les yeux levées vers leur fenêtre – l'une d'entre elles leur fit signe de venir.
- On est convoqués, commenta Sherlock. Descendons.
Sans plus d'hésitation, il tourna les talons et s'élança vers l'escalier, suivi par John, qui avait mal non seulement au bras, mais aussi au dos et à la tête là où il était tombé sur le sol. D'une démarche mal assurée, il descendit l'escalier et sortit dans la rue – la rue ! Cette rue qui lui avait été interdite pendant plus de deux semaines maintenant !
La sensation de liberté qu'on pouvait ressentir à sortir dans la rue après deux semaines d'enfermement était indicible. John eut un large sourire en respirant l'air du dehors, l'odeur de la ville (toute polluée soit-elle) avant de jeter un coup d'œil aux fenêtres du 221B et de se rappeler que l'arrestation de Moran signifiait la fin presque immédiate de sa colocation avec Sherlock…
L'esprit légèrement assombri par cette idée, il rengaina son sourire et se dirigea tant bien que mal vers l'attroupement. Il y en avait, du monde – Lestrade, Donovan et Anderson, le trio habituel, et tous les policiers que John avait croisés du temps du Grand Sherlock. Mycroft était là également, et embarqué dans la voiture, menotté, l'homme qui jetait un regard hargneux à Sherlock, c'était probablement Moran. John n'avait vu son visage qu'en photo, mais l'expression était suffisamment parlante.
Il n'eut toutefois pas l'occasion de l'observer bien longtemps. La portière de la voiture se referma, et le véhicule démarra, et tourna à l'angle de la rue. Il y aurait un procès, évidemment, mais si Moran n'était pas de la trempe de Moriarty, à soudoyer les jurés, il serait sans doute jugé coupable.
Et la dernière menace que Moriarty avait mise sur le chemin de Sherlock serait enfin éliminée. Tout pourrait reprendre comme avant…
Tout, hormis le fait que John n'habiterait plus avec Sherlock.
Seigneur.
- John ! s'exclama Lestrade en s'avançant vers lui. Tu n'es pas blessé ?
- Non, ça va…
- Ton bras !
- C'est rien. Sherlock s'est jeté sur moi pour me faire éviter la balle, et le choc a été un peu brutal quand il m'est tombé dessus, mais rien de grave.
Lestrade jeta un regard à Sherlock, qui visiblement, ne s'en était toujours pas rendu compte, et dont le visage, l'espace d'un instant, prit une expression de culpabilité et de malaise que John n'avait pas l'habitude de lui voir. Une expression d'enfant perdu qui donnait envie de lui prendre la main et de la tapoter en disant "c'est rien, c'est pas grave, tout va bien".
Une minute, est-ce qu'il venait encore vraiment de penser qu'il avait envie de tenir la main de Sherlock ? Parce que bon, ça commençait à bien faire là, ça faisait beaucoup de choses en dix minutes !
- Faudra que tu ailles chez le docteur…
- Ouais. Je crois qu'il était temps de faire examiner la blessure, de toute façon. Et pour Moran…?
- Tout va bien. Il ne s'y attendait pas, ça a été facile. Aucun blessé, tout en douceur, mais ce qui nous inquiétait, c'était de savoir si vous aviez été touchés par sa balle ou pas…
- Non, ça va. De justesse, je crois. Merci aux réflexes de Sherlock.
Il jeta un coup d'œil à son colocataire, qui s'était un peu éloigné pour parler avec son frère, et ajouta d'une voix froide :
- Cet abruti m'a laissé poireauter toute la matinée sans me dire où il était parti, en me laissant mort d'inquiétude… Bon sang, c'est dans ces moments-là que je vois qu'il n'a vraiment pas changé.
- Pas trop dur, la colocation ?
- Non. Enfin, si. J'ai envisagé d'éclater son violon sur le sol deux ou trois fois, vers les quatre heures du matin.
Mais sinon, c'était comme avant, se retint-il d'ajouter. De la tension en plus, bien évidemment, du stress, mais Sherlock qui était là dans le salon quand il se levait, Sherlock qui était là quand il allait se coucher, Sherlock non-stop, partout, tout le temps. Après plus de trois ans sans lui, John pouvait bien se plaindre du violon, mais en réalité, il se serait privé de sommeil pour le reste de sa vie, à l'écouter, tant que Sherlock était en vie.
Lestrade sembla comprendre ce qu'il ressentait, car il ajouta d'une voix un peu plus basse :
- Tu vas y rester ? Ou tu vas retourner vivre dans ton appartement, avec Mary ?
- Je…
Et le revoilà, le Choix. Il se pointait à nouveau.
- Mary et moi, on se marie en octobre, répondit John après quelques secondes. On habitera ensemble quoi qu'il en soit. Ça ne veut pas dire que je ne serai plus ami avec Sherlock, mais il s'est déjà habitué à l'idée qu'on ne sera plus colocataires, de toute façon.
- Ah oui ? demanda Lestrade d'une voix sceptique. Je ne suis pas sûr qu'il s'y soit habitué, comme tu dis. Mais bon. Il fallait bien que ça finisse par arriver.
John n'aima pas ce qu'il entendit dans sa voix – comme si Greg lui disait «on savait tous que tu allais le laisser tomber, ce n'était qu'une question de temps». Il ne laissait pas tomber Sherlock. Il se mariait, voilà tout. Ça arrivait à tout le monde.
Il n'était pas gay.
- John ! s'exclama la voix de Mycroft, qui arrivait vers lui accompagné de son frère. Content que vous soyez sain et sauf. C'était un plan risqué.
- C'est fini, maintenant, répondit John en haussant les épaules (et en le regrettant amèrement un quart de seconde plus tard, quand la blessure de son bras se rappela à son bon souvenir). Moran est sous les verrous. Il n'y a plus qu'à attendre son procès, en espérant qu'il n'en sorte pas innocenté.
- Impossible, répondit Lestrade, pas avec toutes les charges qui pèsent contre lui.
- Oui. On pensait que ce serait impossible pour Moriarty aussi, répondit John froidement.
- La même erreur ne se reproduira pas, répondit Mycroft, l'air pincé.
- Et Moran est moitié moins intelligent que Moriarty, ajouta Sherlock. Sans alliés, il ne peut rien faire. Il a perdu la partie.
Il y eut un silence, pendant lequel John ne put s'empêcher de réfléchir au choix de mots de Sherlock (la partie. Tout n'était qu'un jeu, pour lui, même sa mort…) avant que Lestrade n'annonce retourner au Yard pour interroger Moran, en accompagnant sa sortie d'un petit geste de la main.
- Je ferai changer vos vitres, annonça Mycroft, les yeux levés sur la fenêtre brisée du 221B. Je ferai en sorte qu'elle soit à l'épreuve des balles, la prochaine fois… Ça peut toujours servir.
John eut un sourire, son esprit se concentrant sur un détail des paroles de Mycroft – la prochaine fois. La prochaine fois, peut-être que ce serait Sherlock qui se prendrait la balle, parce que John ne serait pas là avec lui…
Peut-être qu'il n'y aurait pas de prochaine fois pour John et Sherlock. Peut-être que ça, l'affaire Sebastian Moran, c'était la dernière fois. Et ça avait un étrange goût de fin sur les papilles de John. Un goût qu'il n'était pas sûr d'apprécier, mais qu'il n'arrivait pas à faire disparaître.
Il ne voulait pas. Il ne voulait pas voir arriver la fin de Sherlock Holmes et de John Watson…
Il sursauta quand quelqu'un attrapa son bras, avant de réaliser que Mycroft s'était éclipsé à son tour que Sherlock le regardait d'un air impatient.
- Allons faire soigner ça, dit-il en pointant le bras de John avec son nez.
John acquiesça, en silence, et le suivit sans dire un mot.
Tout dangereux que ce soit, il n'aurait pas été contre le fait que Moran soit arrêté une ou deux semaines plus tard.
xXxXx
Le 2 juillet
La Maison Vide
C'était un mois mouvementé.
La plupart d'entre vous ont dû le voir dans le journal, mais peu ont dû le prendre pour ce dont il s'agissait réellement, c'est-à-dire une affaire qui nous touchait directement, Sherlock et moi : l'arrestation de Sebastian Moran.
Pour comprendre toute l'affaire, il faut remonter au moment où Moriarty (toujours lui) a commencé à avoir des vues sur Sherlock Holmes. La suite, tout le monde la connaît. Moriarty entraîne Sherlock dans son petit jeu, sape son nom, le force à se suicider, et se tire une balle dans la tête histoire de célébrer tout ça.
Mais notre bon vieux Sherlock arrive à voir clair dans son jeu avant qu'il ne soit trop tard, simule son suicide aux dépens de ses amis les plus proches, et disparaît dans la nature pendant trois ans et demi. N'employant pas son congé sabbatique forcé à se tourner les pouces, il rassemble ce qu'il peut sur tout le réseau de Moriarty, et à force de temps, d'enquête et d'éclairs de génie dont il a le secret, il réussit, un par un, à livrer tout la clique à la police, dans le plus grand secret. Car peu de gens sont mis dans la confidence du miracle qu'il a opéré en sautant du toit et en ne mourant pas, et la police n'en fait pas partie.
Mais Sebastian Moran échappe à sa vigilance. Il s'agit d'un ami de James Moriarty, un ami proche, qui ne digère pas sa mort, et qui en tient Sherlock Holmes pour personnellement responsable. Mais il sait se cacher, c'est un maître dans cet art, et il sait dissimuler ses informations. Il reste dans l'ombre pendant toutes ces années, et lorsque Sherlock Holmes, par une fuite journalistique, réapparaît aux yeux du monde, il est aussi surpris que le reste d'entre nous. Le bonheur en moins.
En réalité, tout a vraiment commencé quand je me suis pris ce tir de balle dans l'épaule en pleine rue. On a d'abord pensé à un tireur isolé, une balle perdue, mais il s'est vite avéré que c'était Moran derrière tout ça, et qu'il déclarait la guerre à Sherlock.
Bien entendu, Sherlock était ravi, vous auriez dû le voir. Il n'a pas changé, en quatre ans. Il adore toujours autant mettre sa vie en danger si ça peut lui faire ressentir l'excitation de la poursuite.
Pour le coup, c'était plutôt Moran qui nous poursuivait. Réalisant le danger que nous, ses proches, courions à nous balader dans la rue librement, Sherlock nous a vite assignés à résidence, Mrs Hudson et moi. Obligation de porter un gilet pare-balles même à l'intérieur, ça ne rigolait pas. Je trouvais cette dernière mesure un peu trop radicale : la fin de l'histoire me prouve que finalement, Sherlock était prévoyant.
Enfermés au 221B, donc, avec l'impossibilité de sortir dans la rue, sous n'importe quel prétexte. Deux mots sur cette expérience : Plus. Jamais. Sherlock, confiné tout comme nous, était proprement invivable, à jouer du violon aux plus tendres heures de la nuit, à se montrer nerveux, irrité, impatient, bref, tout le monde était sur les nerfs.
Jusqu'à cette matinée où je me lève pour découvrir que Sherlock a disparu. Il a découvert on ne sait comment l'adresse de la planque de Moran, et décide (sans m'en avertir, bien sûr, ce ne serait pas du jeu) d'aller rendre une petite visite à Scotland Yard, malgré le confinement dont il fait lui-même l'objet. Quant à moi, je me lève, et Sherlock a disparu de l'appartement. Très désagréable.
Mais rien d'autre à faire que d'attendre. Alors que sans que je le sache, autour du 221B, se tramait déjà un plan qui visait à l'arrestation de Moran, et qui aurait pu faire tuer Sherlock – ou nous faire tuer tous les deux, d'ailleurs.
Vers midi et demi, Sherlock rentre à l'appartement, et c'est le signal : notre vitre explose en morceaux, je suis jeté au sol, mais par chance, la balle, tirée par Moran depuis une fenêtre de l'autre côté de la rue, finit sa course dans un mur.
Sherlock me fait signe d'attendre, à couvert – parce que tout ceci fait partie du plan : la police avait été prévenue du fait que Moran infiltrerait la maison vide, et elle était prête à l'arrêter. Ils l'ont cueilli sans vraiment de problème, et je l'ai vu me jeter un regard haineux avant que la police ne le mette dans la voiture et ne l'embarque.
Sherlock, une fois toute l'affaire finie, a haussé les épaules en disant «finalement, c'était facile» d'un air boudeur. Je ne sais pas ce qu'il lui faut. Quelqu'un du niveau de Moriarty, j'imagine. Capable de l'obliger à simuler sa mort.
Quoi qu'il en soit, pas de blessés, si on omet la balle que j'ai prise dans l'épaule au début de cette affaire, qui commence à cicatriser doucement mais sûrement. Mon bras est encore un peu lent, mais je commence à ne plus avoir besoin d'écharpe, c'est un bon signe.
Maintenant que l'affaire s'est tassée, on espère revenir à des jours plus calmes, et moins chargés en serial killers, mais puisque Sherlock est de retour dans la course… tout est à craindre.
xXxXx
Fin de la partie 2.
Et voilà mes petits agneaux. Oh, je sais que vous voulez la preview du chapitre suivant... Allons-y donc !
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Chapitre 15 - Between IOU and me
J.W. : … Vous avez parlé à Sherlock, récemment ?
The-Whip-Hand : … Récemment ? Il y a une semaine, peut-être.
J.W. : … Rien hier soir ? Dans la nuit ?
The-Whip-Hand : Non. Je dois m'inquiéter ?
J.W. : Non. C'est moi qui dois m'inquiéter. Bonne journée.
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Voilà ! See you soon !
