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Le célèbre duo avançait en direction de leur appartement. Le journaliste n'avait toujours pas lâché la main de son amie, qui avait posé la tête sur son épaule. Elle fronçait les sourcils, et murmura :
- Les choses se perdent si facilement...
- Qu'a-t-il voulu dire par là, Ella? Qu'a-t-il essayé de nous dire, Milou?
- Les choses se perdent si facilement...
Ils soupirèrent de concert, avant d'ouvrir la porte de l'immeuble. Ils montèrent les escaliers d'un pas fatigué. Arrivés en haut, Tintin tendit la main vers sa porte pour saisir ses clés, lorsque Milou poussa la porte entrouverte. Son maître eut un mouvement de recul, et demanda à Ella de rester derrière lui, par précaution, car l'idée que quelqu'un lui fasse du mal lui restait insupportable. Il rappela son chien d'un chuchotement qui ne laissait pas à discuter, avant de pousser violemment la porte et d'allumer la lumière.
L'appartement était sans-dessus-dessous. L'espagnole posa sa main sur l'épaule de Tintin, l'appelant à la prudence, avant de s'exclamer :
- Par tous les dieux !
- Sapristi !
Milou commença à s'agiter, voulant que les deux amis le suivent, comme s'il avait quelque chose à leur montrer. Inquiet, son maître se précipita à sa suite.
- Qu'est ce qu'il y a, Milou?!
Il tournait autour de la commode où avait été posée la Licorne, sautillant avant de commencer à mordiller la robe de Ella, habitude qu'il avait pris au fil du temps lorsqu'il voulait demander quelque chose à la jeune fille. Elle se tourna vers le meuble, alors que son camarade se plaçait sur le côté pour le pousser.
- Laisse moi t'aider, Tintin !
Elle se plaça à côté de lui, et ils poussèrent violemment le meuble plus loin. Quelque chose brillait dans l'obscurité, comme une sorte de coffre de la taille d'un stylo, sur lequel était gravé de beaux dessins. Tintin le saisit d'une main, le fixant avec curiosité.
- Mais qu'est ce que c'est que ça...
Son regard s'illumina, alors qu'il serrait les mains de l'indienne dans les siennes, fou de joie, alors que celle-ci ne comprenait pas.
- Heuuu... Qu'y a-t-il?
- Ça devait être dans la mât !
- Mais bien sûr !
Il s'installa sur une chaise, invitant l'espagnole à prendre place sur ses genoux, alors que celle-ci attrapait la loupe que lui tendait le petit chien blanc, visiblement très fier de sa trouvaille. Elle lui caressa tendrement la tête, avant de la placer au-dessus du parchemin que tenait à présent le belge.
- Bravo, Milou !
Mais le journaliste n'y faisait déjà plus attention. Tout son esprit était fixé sur ce bout de parchemin rongé par le temps et les voyages qu'avait dû faire la licorne. Il posa sa tête contre l'épaule de l'indienne, qui plissait les yeux, n'arrivant pas à lire ce vieux français.
- "Trois frères unys, trois Licornes de conserve voguant au soleil de midi parleront. Car c'est de la lumière que viendra la lumière. Et alors resplendira la Croix de l'Aigle." Mais... À quoi correspondent ces signes...?
- Une sorte... De langage secret? Un code...
- Rah, je comprend pas ce que c'est !
- Moi non plus...
La joue toujours appuyée contre la plus jeune, le journaliste soupira.
- Mais ça explique pourquoi ils ont saccagé mon appartement...
- Oui... Il devait chercher ça...
- Mais ils ne l'ont pas trouvé ! Ce qui veut dire...
Un frisson d'horreur traversa la plus jeune, qui était tétanisée. Elle termina, la gorge nouée, les lèvres tremblantes et le coeur au bord de ces dernières :
- Qu'ils... Qu'ils vont revenir...
Sentant la détresse de son amie, le journaliste la tourna face à lui, séchant du bout des doigts les larmes salée qui glissaient le long de ses joues.
- Ella... N'ai pas peur... Je serai là, moi.
Elle lui fit un faible sourire.
- Oui... Tu as raison.
Il serra sa main dans la sienne en l'attirant contre lui.
- J'ai toujours raison, voyons !
La jeune fille eut un petit rire nerveux, lorsque la sonnerie de l'immeuble se fit entendre. Ils se regardèrent avec surprise. Qui pouvait bien sonner à cette heure tardive? Ils ouvrirent la porte, Ella ouvrant la marche, avant de descendre les escaliers, pour entendre la concierge, Mme Pinson, discuter avec un homme qui désirait voir les deux amis.
Tintin passa derrière elle, une arme cachée dans le dos. Il fronçait les sourcils. Qui pouvait donc les chercher? Il vit l'indienne se tourner vers lui et la sentit saisir sa main libre. Son visage était creusé par l'inquiétude, et elle continuait à trembler de tous ses membres. Il caressa sa main à l'aide de son pouce avec un sourire rassurant pour la détendre.
Le journaliste se dépêcha de descendre les escaliers avant de s'exclamer :
- Merci, Mme Pinson. Je m'en occupe.
La vieille femme fit demi-tour et partit dans son appartement, alors que le duo s'approchait de la porte, suivi du petit chien. Derrière la porte se fit entendre la voix de l'américain qui les avait abordé la veille. Il semblait en panique.
- Mon garçon, c'est vous? Ouvrez la porte !
- Qu'est-ce que vous voulez?
- Écoutez, où est votre amie? Est-elle avec vous?
- Je... Je suis là. Pourquoi toutes ces questions?
- Parce qu'on ne joue plus, maintenant. Il va revenir. Alors, je sais qu'il voulait ce bateau, mais je le jure devant Dieu, jamais je n'aurai crû qu'il tuerait pour ça !
Pointant l'arme en direction de la porte, le rouquin demanda d'un air froid :
- Qui? De qui est-ce que vous parlez?
- J'essaie de vous dire que votre vie est en danger !
- Répondez moi ! QUI?
À cet instant, des coups de feu se firent entendre, et le jeune homme se laissa tomber à terre, entraînant Ella dans sa chute, qui hurlait de terreur, les mains sur ses oreilles, comme pour s'obstruer du bruit.
- Tintin, Tintin, j'ai peur !
- Calme toi, Ella, je suis avec toi, je suis toujours avec toi, d'accord?
- D'accord...
- Je t'en prie, Ella, calme toi...
Il posa sa main sur sa joue, et colla son front au sien, avant de poser ses lèvres contre sa joue. Il la serra dans ses bras, lorsque les tirs cessèrent. Il se releva sur les coudes, pointant à nouveau le pistolet face à la porte, qui s'ouvrait lentement. L'américain était raide comme un piquet, et son regard vide d'expression était posé sur les deux amis, qui le fixaient avec horreur.
Le journal serré contre lui tomba sur le sol, rapidement rejoint par son propriétaire, qui posa une main sur son coeur avant de s'écrouler. Le rouquin se précipita sur lui, avant d'appeler la concierge.
- Mme Pinson ! On vient de tirer sur quelqu'un devant notre porte !
Laconique, elle lâcha un "encore" dépité, lorsque Ella poussa un hurlement.
- MAIS APPELEZ UNE AMBULANCE !
La pauvre femme sursauta, tandis que les jeunes gens se précipitaient dehors pour voir une voiture s'enfuir, que Milou voulu poursuivre, rapidement rappelé par son maître qui ne voulait pas qu'il prenne des risques inutiles. Ils rentrèrent à nouveau à l'intérieur, et Tintin secoua l'homme contre lui.
- Est-ce que vous m'entendez? Vous m'entendez?
Seul le silence lui répondit, et Ella serra son bras avant de lui montrer le journal qu'elle avait saisi quelques secondes auparavant. Il fronça les sourcils, avant de se tourner face à la jeune femme, en état de choc. Quelqu'un avait été agressé ! Devant ses yeux ! Et elle n'avait rien pu faire. Le journaliste se tourna vers elle avant de la serrer contre son coeur, soulagé qu'elle n'ait rien.
Quelques heures plus tard, de l'appartement toujours en désordre des deux amis, deux voix d'hommes bien connues du duo se faisaient entendre. Les Dupondt.
- Le nom de la victime est Barnabé Does !
- Oui, c'est un des meilleurs agents d'Interpol. Mais nous ignorons complètement ce qu'il fabrique. N'est-ce pas, Dupond?
- Je dirai même plus : nous sommes complètement ignorants !
Subitement intéressée, la plus jeune s'approcha des deux policiers.
- Interpol n'a pas la moindre piste?!
- Chaque chose en son temps, Ella, nous devons remplir tous les formulaires...
- Mais... C'est une urgence...
- Vous savez, Tintin, la police n'est pas que "bling, bling" et "bang, bang" ! Il y a aussi un tas de paperasse !
Le belge attira alors leur attention sur le journal qu'il serrait depuis quelques temps dans ses mains.
- Hé bien, j'ai peut être quelque chose pour vous... Avant de perdre conscience, Does a essayé de dire quelque chose, et je crois qu'il épelait un mot...
La jeune femme se pencha par-dessus son épaule, murmurant à voix haute les lettres qu'il notait au crayon à papier.
- b... o, u... d, j, a... n ! Karaboudjan !
L'un des Dupontd arracha le journal des mains du journaliste avant de s'exclamer :
- Karaboudjan?!
Le rouquin se tourna vers lui avec une lueur d'espoir dans les yeux.
- Ça signifie quelque chose, pour vous?
- Nom d'une pipe !
Les trois autres personnes se précipitèrent à sa suite, alors qu'il continuait à fixer le journal d'un air ravi.
- C'est extraordinaire !
- Qu'est ce qu'il y a?
- Ella, il y a une vente de chapeaux melon à moitié prix !
Les deux amis se regardèrent d'un air fatigué, alors que son partenaire lui arrachait le journal des mains.
- Voyons, Dupond ! Ce n'est pas le moment !
Il jeta un coup d'oeil au journal, avant de s'écrier à son tour :
- Nom d'une pipe !
- Qu'est ce qu'il y a?
- Les cannes aussi sont à moitié prix !
Furieux, le journaliste leur arracha le journal des mains, croisant le regard dépité de son amie qui s'était laissée tomber dans un fauteuil, avant de leur demander :
- Est ce que je peux vous confier cette preuve?
- Absolument ! Pas d'inquiétude, Tintin, cette preuve est en sécurité avec nous !
Ella eut un petit sourire amusé en songeant que si, justement, elle était inquiète. L'homme disparut derrière la porte, lorsqu'un gros "BONG" se fit entendre. Tous se penchèrent à la porte, alors que l'homme qui lui ressemblait trait pour trait l'appelait.
- Dupont? Où es-tu?
- Hé bien, je suis déjà au bas de l'escalier, essaie de suivre, voyons !
Alors que les deux policiers s'apprêtaient à sortir, Tintin se jeta à leur poursuite, le journal à la main.
- Attendez ! Vous oubliez ça !
- Sapristi, Dupond, occupe toi de la preuve, mon vieux !
- Désolé, Dupont... J'avais l'esprit ailleurs...
- Ha oui, notre petit chapardeur...
Ella, qui venait d'arriver à la suite de son ami, pencha la tête sur le côté.
- Quoi?
- Le pickpocket ! Il ne sait pas ce qui l'attend !
- Tenez, allez-y, Tintin. Essayez de prendre mon portefeuille.
Le jeune homme tendit la main vers le policier, tirant sur le portefeuille en question, qui était retenu par quelque chose.
- Oui, un simple élastique extra-fort...
- C'est... Très élaboré.
Il avait dit ça d'un grand sourire ironique alors que la photographe contenait difficilement son éclat de rire.
- Au contraire ! C'est d'une simplicité enfantine !
- Je dirai même plus, infantile !
Les deux "jumeaux" saisirent le coin de leurs chapeaux avant de les saluer.
- Ella. Tintin.
Qui leur répondirent de concert.
- Messieurs.
Les deux amis les regardaient partir avec amusement, les regardant discuter avec ferveur du voleur.
Et voilà ! C'est la fin de ce chapitre ! Ça me fait bizarre de faire un petit commentaire à la fin x)
Mais j'y tenais beauuuuuucoup ! Je tenais à remercier la seule personne qui pour l'instant m'a laissé des reviews : Petit Champignon, petite dédicace !
Je le montre pas, mais ça me touche sincèrement, et me fait très plaisir, alors merci, merci, merci !
Je vous embrasse tous, et à la prochaine !
Ah ouiiiiii ! J'allais complètement oublié ! Vous avez sûrement remarqué la lettre en gras, tout en haut, avant même le début du chapitre. Hé bien, c'est le début d'un mot mystère ! Il y en aura plusieurs, et sachez qu'il s'agit des prénoms d'autres personnages que je vais introduire !
Bref, salut pour de vrai, cette fois !
