Démons, 3e opus

La Prophétie

« Le sentiment de la perte de contrôle est

le plus destructeur qui soit. On prend tellement

l'habitude, lorsque l'on est Dieu, de ne rien

laisser échapper à notre perspicacité. Un Dieu

a des sens décuplés. Son instinct également.

Cette sensation de tout contrôler est d'une grande

traîtrise. Parce que l'on est d'autant plus démuni

lorsque tout nous échappe. »

Dendé, ou la Parole du Jeune Dieu


Chapitre 14 : La stratégie du désespoir

Le front de Dendé se décolla soudain du dallage de la terrasse céleste. Les tremblements de ses épaules avaient cessé. Bra avait réussi… C16 venait de relâcher Sangoku. Et surtout… Oob venait de décoller, et fonçait vers l'ouest à une vitesse vertigineuse. Que s'était-il passé ? Où se rendait Oob ? Se maudissant de sa faiblesse, Dendé prit appui sur son bâton et se releva. Trop occupé à s'autoflageller, il avait perdu toute sa concentration sur les évènements. À présent, Sangoku, dans un faible râle, avait demandé à Ten Shin Han de s'approcher.

Lentement, Dendé se remit sur pied. Juste derrière lui, à hauteur de son épaule, Mira traduisit en mots l'inquiétude muette qui paralysait tout le groupe, qui avait assisté à la déchéance de leur dieu. Dendé serra les dents. Plus jamais il ne devait laisser la situation lui échapper à ce point.

« Dendé ? Qu'est-ce que… hésita Mira. Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Sangoku et Piccolo sont revenus, expliqua Dendé. Ils sont arrivés au beau milieu d'un combat. Et la situation a très vite dégénéré. Piccolo et Oob ont été… pris de folie, et dans la mêlée, C16 a tenté de tuer Sangoku. »

« De folie ? répéta Mira. Tuer… tuer Sangoku ? Mais pourquoi ? »

« C16 est un robot, répondit Dendé, qui a été programmé il y a des années pour tuer Sangoku. Il semblerait que Bulma, malgré ses compétences extraordinaires, n'aie rien pu faire contre cet ordre imprimé dans les circuits de C16. Mais Bra a été incroyablement courageuse, et extrêmement rusée. Elle n'est pas la fille de Végéta et de Bulma pour rien… Elle a réussi à sauver Sangoku. Pour le moment… »

La voix inquiète de Plume s'éleva à son tour.

« Pour le moment ? »

« Oui, Plume. Sangoku est en très mauvais état. Mais il semble avoir une idée derrière la tête, et je suis curieux de savoir laquelle… »

Un silence tendu suivit. Mira et Plume étaient derrière lui, comme beaucoup le faisaient lorsqu'ils étaient au Palais céleste, espérant pouvoir apercevoir quelque chose du regard divin de Dendé en scrutant le ciel par-dessus son épaule. Et le jeune Dieu savait que leurs inquiétudes étaient similaires.

« Yamcha est là-bas lui aussi, dit-il. Il est blessé, mais va bien. »


« Ten… Ten Shin… Han… »

Le nom avait à peine était soufflé, comme si chaque syllabe était sertie de piques et arrachait la gorge de Sangoku à son passage. Le guerrier appelé s'approcha.

« On va te sortir de là, Sangoku, lui dit-il. On va t'emmener chez Dendé et… »

« Non, le coupa Goku, écoute moi… fais ce que… je dis… sans… ne pose pas de questions… d'accord ? »

Ten Shin Han, perplexe, lui répondit d'un léger hochement de tête. Sangoku esquissa un pâle sourire.

« Quand je te le dirai, tu vas me… me projeter là-haut. Là où les autres se battent. Aussi fort que tu peux, que j'arrive au plus près d'eux… »

« C'est de la folie, Sangoku… Tu ne parviendras à rien contre eux, tu n'as pas assez d'énergie… »

« Je n'ai… pas besoin de beaucoup… d'énergie… Krilin… Krilin me donnera un peu de la sienne, nous l'avons déjà fait et nous… nous sommes très proches… ça sera facile pour lui… »

Krilin, qui s'était approché, tout comme Yamcha et Piccolo, acquiesça. Il posa ses deux mains sur le bras gauche de Sangoku. Ten Shin Han fit un geste pour l'arrêter.

« Il nous a dit d'avoir confiance, Ten Shin Han, objecta Krilin. Et j'ai confiance… »

À contrecœur, Ten Shin Han laissa Krilin offrir un peu de son énergie vitale à Sangoku.

« C'est bon… » l'arrêta le Saiyen.

« Seulement ? Mais tu ne pourras jamais te battre avec si peu… »

« Je ne… je ne vais pas me battre… Et je ne veux pas te vider de ton énergie… » Il se tourna vers Ten Shin Han et riva son regard dans celui de son ami. Quelques secondes passèrent, durant lesquelles Sangoku sembla réfléchir, ou attendre un quelconque signe du destin. Puis il esquissa un faible sourire et hocha la tête en direction de Ten Shin Han.

« Vas-y. »

Après une nouvelle hésitation, Ten Shin Han empoigna Sangoku, prit une profonde inspiration, et le propulsa de toutes ses forces en direction de la sphère.

Instinctivement, tous les guerriers présents avaient suivi des yeux l'ascension de Sangoku, dont la silhouette fut engloutie par l'étrange nuage sphérique et agité qui lévitait au-dessus de leur tête.

Ce fut C17 qui brisa le silence, à peine le corps de Sangoku avalé par le maelström élémental.

« Il est juste taré ou il a une idée derrière la tête ? » Krilin répondit sans quitter l'immense sphère des yeux.

« Il a un plan, j'en suis sûr… Mais j'ignore lequel. » Ten Shin Han acquiesça, même si son visage reflétait une inquiétude latente.

« Reste à espérer que son plan n'est pas de se sacrifier purement et simplement, comme il l'a déjà fait contre Cell… » dit l'homme aux trois yeux.

« Il a envoyé Oob au loin… Il y a forcément un lien avec… » Piccolo s'interrompit. Il venait de comprendre. Étonnant… Sangoku savait se montrer des plus surprenants, parfois. Mais c'était risqué… Très risqué. Et il craignait que les inquiétudes de Ten Shin Han ne soient fondées. Sangoku ne survivrait peut-être pas à sa folle stratégie…

L'évènement qui survint aussitôt après conforta Piccolo dans son hypothèse. À la surprise de tous, la gigantesque sphère animée par le combat des quatre seigneurs disparut corps et bien, dans un grand fracas semblable à un coup de tonnerre. Le regard levé vers les nuages, tous sauf Piccolo s'étaient mis d'instinct en position de combat, s'attendant à affronter une attaque colossale. Mais rien… Le ciel était vide, plus rien dans l'air ambiant ne trahissait la présence des seigneurs. Le vent s'était calmé. Krilin accueillit le silence avec une sourde angoisse. Puis les éléments se mirent peu à peu en place, et par le même cheminement que Piccolo, il comprit ce que Sangoku venait de tenter.

C'était diablement bien pensé. Mais terriblement dangereux dans son état…


Oob avait volé plus vite que jamais auparavant. Il ignorait ce que son maître avait derrière la tête, mais ne doutait pas qu'il était vital de respecter ses ordres au pied de la lettre. Il avait ainsi déchiré l'atmosphère, atteignant une vitesse vertigineuse. Il avait pris la direction du grand océan qui bordait le continent qui l'avait vu naître, fonçant vers l'ouest et bifurquant légèrement vers le sud. Il survola le désert, atteignant enfin la côte, et s'enfonça aussi loin que possible dans les mers australes. Quelques archipels habités laissèrent bientôt place à des îlots rocheux. Il ne lui avait fallu que quelques minutes pour atteindre un point où il était persuadé qu'aucune vie humaine n'existait à des centaines de kilomètres à la ronde.

Il s'arrêta net, entraînant une violente déflagration, et attendit. Il se concentra au maximum, focalisant toute son attention sur son entourage. Quoi que son maître ait prévu, il lui fallait être sur ses gardes. De longues minutes s'écoulèrent et enfin un crépitement retentit.

Et avant même qu'il ait pu amorcer le moindre mouvement, il se retrouva pris au piège dans un cataclysme de fin du monde. Il lui sembla que des gerbes d'eau brûlante lui traversait le corps. Que la puissance des vents disloquait ses membres. Que des milliards de pierres aiguisées lui écorchaient la peau. Que de violentes tornades de feu enflammaient ses muscles. Il n'y avait plus ni haut ni bas, ni nord ni sud, ni mer ni ciel. Il tenta de se frayer un passage, d'échapper au déchaînement des éléments. Des larmes piquantes lui coulaient des yeux. Il était aveugle, il était sourd. Le vacarme était étourdissant tout autour de lui. Sa peau était martelée, désorientée par des stimuli qui atteignirent un nombre effrayant. Son odorat était saturé de souffre, de lourde humidité, de senteurs de chair calciné, ses narines s'emplissaient de particules diverses. Il n'avait plus le moindre sens auquel se fier. Pris de panique, il se raccrocha à la première chose familière qui effleura son esprit.

L'aura de son maître. Il le sentait chuter. C'était un point auquel se raccrocher, une sorte de repère dans un monde qui avait perdu toute cohérence. Alors il fonça. Et soudain, passa une sorte de membrane au-delà de laquelle l'apocalypse semblait atténuée, assourdie. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'il venait de plonger. Qu'il se trouvait sous la surface de l'océan. Retrouvant peu à peu ses repères, il localis- le corps de son maître. Celui-ci était plus qu'affaibli. Il était au seuil de l'inconscience. Nageant jusqu'à lui, Oob entoura son torse, juste sous ses épaules, et entreprit de le remonter à la surface, avant de comprendre qu'il n'y avait pas d'issue. Là haut, c'était la mort, la fin du monde. Ici, c'était la noyade assurée.

Alors il sentit Sangoku se débattre faiblement. Il desserra son emprise et son maître dégagea son bras gauche. Oob eut une sensation étrange, et un violent malaise s'empara de lui. Il n'eut pas le temps de donner corps à ce malaise. Sangoku avait tourné la tête vers lui, esquissé un sourire, et porté deux doigts à son front.

En un instant, ils furent ailleurs. Revenus dans les décombres de la Capitale du Centre, juste aux côtés de Krilin, Ten Shin Han et tous les autres. Oob aspira une grande goulée d'air, sentant l'eau ruisseler sur son corps. Il s'ébroua et posa un regard sur son maître, allongé à ses côtés, et au chevet duquel tous les autres s'étaient précipités. Et il comprit la sensation horrible qui l'avait étreint.

Sangoku avait perdu son bras droit.


Quelques minutes avant que Goku et Oob ne réapparaissent, C17 contemplait le ciel vide, et ne put empêcher une once d'incompréhension de venir hausser un de ses sourcils. Le gros bibendum rose, à ses côtés, lança de sa petite voix nasillarde :

« Bon, puisqu'ils sont tous partis, je vais retrouver mon ami Satan. » Et il décolla dans un nuage de poussière. C17 jeta un regard circulaire aux autres combattants toujours présents, qui tous semblaient attendre quelque chose.

« Quelqu'un peut m'expliquer ce qui vient de se passer, là ? » lança le cyborg.

Krilin regarda tour à tour Piccolo et Ten Shin Han avant de répondre.

« Sangoku a utilisé le déplacement instantané. Il a envoyé Oob le plus loin possible pour se servir de son aura afin d'éloigner les quatre seigneurs de toute vie humaine. Ils ne devraient pas tarder à revenir… »

Il se tourna vers C16, dans les bras duquel se trouvait toujours la fille de Végéta, son aura de super saiyenne crépitant autour d'elle.

« Tu devrais partir, C16. Si tu ne peux rien faire contre ta programmation, mieux vaut que tu t'éloignes de Sangoku. »

Le cyborg sembla réfléchir quelques secondes, et Bra planta à nouveau son regard sévère dans le sien. Puis il hocha brièvement la tête, ce qui fit naître un sourire épanoui sur le visage de Bra. La petite fille se dégagea du bras du géant.

« J'ai une idée ! Tu vas venir avec moi chez Dendé. Papy pourra te reprogrammer, il est très fort ! »

Toujours aussi impassible, C16 hocha une nouvelle fois la tête, et la petite fille et le cyborg prirent leur envol.

Quelques secondes plus tard, Oob et Sangoku réapparaissaient. Le plan du Saiyen avait fonctionné ! Krilin se précipita vers lui pour le féliciter, et se figea. Il manquait un bras à Sangoku. Le droit, grièvement blessé avant que le Saiyen ne soit projeté par Ten Shin Han vers les quatre seigneurs, n'avait pas tenu le choc.

Alors qu'Oob se remettait du voyage, Piccolo, Ten Shin Han et Krilin s'activèrent pour parer aux blessures les plus graves de Sangoku, afin qu'il ne se vide pas de son sang. C17 les regardait faire avec une pointe d'amusement. Plus loin, Yamcha et Chaozu étaient assis à même les ruines, trop épuisés et blessés eux-mêmes pour pouvoir aider leur ami.

Une fois les plaies les plus graves de Sangoku pansées avec les moyens du bord, Piccolo prit la parole.

« Il faut qu'on file chez Dendé nous aussi. Qu'il soigne les blessures des uns et des autres, et que nous mettions à plat la situation afin d'y trouver une solution. Nous avons les uns et les autres beaucoup à nous dire sur ce qui s'est passé, et il reste de nombreux points obscurs à éclaircir. La stratégie inespérée de Sangoku nous a donné du temps, à nous de ne pas le gâcher. »

Tous acquiescèrent et Krilin se tourna vers C17.

« Tu viens avec nous ? »

« Ma soeurette est en morceaux là-haut, non ? Je ferais un frère bien indigne si je n'allais pas à son chevet… » Et sur un sourire sarcastique, il décolla.

Ten Shin Han et Krilin allèrent prêter main forte à Yamcha et Chaozu, tandis que Piccolo et Oob se chargeaient de transporter Sangoku. Le Terrien et le Namek évitaient soigneusement de se regarder, et pas un des deux ne prononça le moindre mot jusqu'à leur arrivée sur la terrasse du Palais Céleste.


Dendé était debout à présent. Certes, ses épaules étaient un peu voutées, mais il s'était relevé. Comme s'il avait été connecté directement au poids des évènements. Mira se persuadait donc que c'était un bon signe. Qu'un Dieu debout valait mieux qu'un Dieu à genoux.

Le jeune Namek se tourna vers eux. Mira, Plume, Kyo, Caline, Pearl et Kesshô, la mère de Bulma.

« Sangoku a sauvé la situation, leur apprit-il. Il nous a donné du temps, et il est très précieux. Tout le monde converge vers le Palais. Ani sera là d'une minute à l'autre avec Videl, qui a été blessée. Les enfants vont bien. La plupart des autres combattants arrivent, devancés par C16 et Bra. » Il planta son regard dans celui de Kyo. « Ton père arrive. »

Dendé avait retrouvé ce ton qui était le sien, direct, rassurant, sûr de lui. Mira jeta un coup d'œil au jeune Kyo, sur qui sembla souffler un vent de panique.

« Plume, continua Dendé, peux-tu aller chercher le père de Bulma ? Nous allons avoir besoin de lui, de manière très urgente, si nous voulons éviter une nouvelle catastrophe. »

Le petit animal volant acquiesça, et fonça vers le palais. L'arrivée de C16 et Bra précéda de quelques secondes celle d'Ani et Videl. Pendant que Dendé soignait la blessure de cette dernière et qu'Ani, surprise par la présence d'autant de monde sur la terrasse du Palais, se laissait conter les derniers évènements par Pearl, le Dr Brief revint avec Plume. Immédiatement, il jaugea l'état de C16.

« Tu veux que je te répare ? Il va y avoir du travail… Je n'ai pas les appareils nécessaires, ici… Je viens à peine de sauver les fonctions vitales de C18 et je ne pourrais pas faire beaucoup plus… »

« Non, non, Papy, intervint Bra, on ne veut pas le réparer. Enfin, pas tout de suite. D'abord, il faut retirer le truc qui lui donne envie de tuer Tonton Goku. »

Le Dr Brief regarda sa petite-fille, surpris. Puis ses yeux voyagèrent de C16 à Dendé. Le cyborg esquissa un petit sourire triste, et le jeune Dieu hocha la tête d'un air grave. Le Dr Brief s'approcha de Bra.

« Ma chérie… Ta maman n'a pas réussi à neutraliser cette programmation… Je ne crois pas être en mesure de le faire, surtout ici… Le seul moyen ce serait de… » Il leva la tête vers le colosse, qui savait pertinemment, comme Dendé, quel était ce moyen. « Ce serait de le désactiver. »

Les yeux de Bra s'agrandirent. Puis la tristesse commença à les noyer. À mesure que les larmes envahissaient ses prunelles, son aura dorée décrut et elle quitta le stade de Super Saiyen pour reprendre son apparence de petite fille normale.

« Mais… mais maman a dit qu'il fallait le réveiller en cas d'urgence… »

C16 s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur et posa son unique bras sur l'épaule de la petite fille.

« Justement, Bra. Ta mère a dû te préciser « uniquement » en cas d'urgence. Elle savait qu'elle n'était pas parvenue à déprogrammer cette partie-là de mon cerveau électronique, et que ce serait courir un grand risque que de me réveiller. J'ai accompli ce que j'avais à faire. Le danger est écarté pour un temps, et il y a suffisamment de guerrier maintenant pour y faire face. »

« Mais tu… pleura la fillette, tu m'as sauvée la vie… »

« Oui, petite fille. Et c'est précisément ce pour quoi tu m'as réveillé, ce pour quoi ta mère t'a confié la commande permettant de me sortir de ma léthargie. Pour te protéger. À présent que j'ai accompli cette mission, il est temps de me rendormir. Avant qu'une autre mission ne reprenne le dessus… Comprends-tu ? »

Bra hocha la tête, sans pouvoir empêcher les larmes de tracer de longs sillons sur ses joues.

« Quand je serai grande et intelligente comme maman, je trouverai un moyen de te retirer cet ordre de la tête, je te le promets… »

Un sourire naquit sur les lèvres du cyborg.

« Merci, Bra. » La petite se jeta à son cou et le serra dans ses bras, avant de le laisser partir vers le palais avec son grand-père.

À peine avaient-ils disparu derrière les grandes portes de bois que les autres guerriers atterrissaient sur les dalles éclatantes du Palais Céleste. Dendé se rendit au chevet de Sangoku. Ses blessures étaient très graves. Il avait plusieurs brûlures internes, de nombreuses côtes cassées. Il n'avait pas été oxygéné pendant un temps certain, ce qui avait provoqué plusieurs autres lésions, et plus grave encore, il lui manquait un bras.

Il fallut de longues minutes à Dendé pour puiser suffisamment de pouvoir en lui. Une fois qu'il se fut assuré que Sangoku était hors de danger, il se releva et s'adressa aux autres, qui attendaient anxieusement son verdict. Il était très affaibli, tant à cause des évènements que de l'énergie qu'il avait dû puiser pour soigner ses amis. Yamcha et Chaozu semblaient sérieusement amochés, mais pour eux comme pour les autres, des senzus suffiraient.

« J'ai fait de mon mieux pour Sangoku, mais ses blessures sont très graves. Il lui faudra un peu de temps pour reprendre conscience. En revanche, je ne peux rien faire pour son bras… »

Un silence de mort accueillit la nouvelle. Dendé serra son bâton.

« Ten Shin Han, peux-tu aller chez Karin chercher des senzus pour toi et les autres ? Ensuite, nous allons tenir un conseil. Nous avons les uns et les autres beaucoup de choses à nous dire. Et un travail titanesque nous attend. »


C'était son père… Lui qu'il avait cherché durant de longs mois. Mission qui s'était d'abord soldée par un échec. Avant que la visite d'un mystérieux lutin qu'avait déjà rencontré son frère ne le pousse à reprendre sa quête. Et voilà qu'elle touchait au but, après une série de péripéties des plus étonnantes, qui l'avait amené jusqu'à Dieu. Kyo n'avait pas su comment réagir. S'avancer, le saluer, le maudire, le frapper… Il n'avait en fait jamais réfléchi à ce qu'il ferait une fois qu'il aurait retrouvé son père. Il s'était concentré sur sa quête elle-même, non sur son objectif.

Et Dendé lui offrit un répit supplémentaire pour réfléchir à la question. Il envoya son père chercher des… senzus… chez… Karin. Des mots, des noms qui n'appartenaient auparavant qu'aux contes que leur mère leur racontait le soir, et qui prenaient soudain une réalité curieuse.

L'étrange dieu à la peau verte commença à organiser le monde. Il semblait avoir repris ses esprits, après une courte période de panique totale. Il installa les uns et les autres sur la terrasse du palais suspendu dans les cieux, de manière à former un large cercle. Seul Sangoku, encore inconscient, restait en dehors. La fille de Krilin s'était installée juste à côté de Kyo. Elle lui jetait des coups d'œil à la dérobée, et fit mine à plusieurs reprises d'entamer la conversation, sans qu'aucun mot ne sorte de sa bouche. Elle devenait alors plus rouge qu'une pivoine et se mettait à fixer le sol. Elle parvint finalement, après plusieurs essais infructueux, à lui adresser la parole.

« Votre… euh… votre père va bientôt revenir… Il… il ne sait toujours rien de votre existence ? » Kyo esquissa un sourire.

« Non… Je ne sais d'ailleurs pas vraiment comment… aborder la question. Et je t'en prie, tu peux me tutoyer. »

Maron sourit à son tour, et vira à nouveau au rouge écarlate, avant de reporter son attention sur les dalles de la terrasse.

Tous les bavardages plus ou moins tendus cessèrent lorsque Ten Shin Han revint parmi eux. Il distribua les senzus aux blessés et s'installa à la place que lui firent Chaozu et Yamcha, au sein du cercle. Dendé frappa le sol de son bâton pour obtenir l'attention de tous.

« Comme certains d'entre vous le savent, nous attendions un évènement lié à la conjonction. La libération de tous ces démons que vous avez dû affronter s'est avérée être l'évènement en question. Nos guerriers ont pu nous débarrasser de la plupart d'entre eux, à la notable exception de ces quatre seigneurs. »

« Sais-tu ce qu'ils sont ? Quelle est leur nature ? D'où viennent-ils ? »

« Non Krilin… Rien dans mes souvenirs, ni dans les manuscrits du Palais ne fait écho à ces êtres mystérieux. Toutefois, nous avons quelques pistes… »

Le jeune Dieu se tourna vers les différents combattants qui avaient affronté les quatre seigneurs. Ten Shin Han se racla la gorge.

« Ces quatre… êtres semblent chacun être lié à un élément particulier… »

« Oui, tu as raison. Ils l'ont dit eux-mêmes… Eau, terre, feu et air » enchaîna Krilin. Sa fille surenchérit.

« Alors ils seraient liés aux quatre éléments fondamentaux ? »

Dendé hocha gravement la tête. Ten Shin Han intervint à nouveau.

« L'un d'eux, que j'ai affronté… Celui du vent, je crois… M'a dit des choses étranges. Il a parlé d'une… corruption de la nature. D'une blessure infligée aux éléments. »

Un silence pesant accueillit cette déclaration. Ten Shin Han observa les visages de l'assemblée. Il y avait foule sur la terrasse. Il en était certains qu'il n'avait fait que croiser une ou deux fois. La compagne de Sangoten, l'ancienne épouse de Trunks. Et soudain, parmi cette ronde de visage plus ou moins connus, l'un d'eux attira son attention.

Ce jeune homme avait trois yeux. Tout comme lui. Un visage qu'il n'avait jamais vu, c'était une certitude. Et pourtant, ses traits lui étaient vaguement familiers. Le malaise de Ten Shin Han s'amplifia lorsqu'il s'aperçut que le jeune homme le fixait. Ils échangèrent un regard, l'espace d'une seconde, avant que le garçon ne détourne brusquement la tête.

Qui était-il ? Que faisait-il ici ?

Ses questions devraient attendre. Piccolo avait pris la parole.

« Et que pouvons-nous faire contre ces seigneurs ? Leur puissance est… différente. Profondément différente, et tous autant que nous sommes, nous n'y avons trouvé aucune faille. »

« Je l'ignore, Piccolo, répondit Dendé. Mais Sangoku, par sa tactique désespérée, nous a offert un répit pour y réfléchir. Il nous faut trouver un moyen de mettre ces créatures hors d'état de nuire. Je vous propose de nous séparer. Que ceux qui veulent rentrer chez eux le fassent, les autres peuvent rester. Dès que l'un de vous a une idée, qu'ils la soumettent aux autres. »

Lentement, le cercle se désagrégea. Piccolo resta assis en tailleur, puis finit par se lever et s'approcha de Dendé. Les deux Nameks s'observèrent en silence, avant que le plus grand des deux ne prennent la parole.

« Tu savais, n'est-ce pas ? »

Dendé hocha la tête.

« Tu ne m'as pas envoyé là-bas que pour défendre Végéta, poursuivit Piccolo. Tu voulais m'éloigner de la Terre. »

« Oui, Piccolo. Je savais que la puissance de la conjonction risquait d'éveiller la… part obscure qui sommeille en toi. Ce que je n'avais pas prévu, c'était que Sangoku te ferait revenir avec le déplacement instantané. Cela a été ma première erreur. La seconde a été de ne pas prévoir avec Oob ce que j'avais prévu avec toi. »

« Donc lorsque nous avons… brutalement perdu le contrôle, l'un et l'autre, c'était à cause de la conjonction ? »

« Oui. Mais il y a autre chose… » ajouta Dendé.

« Je sais… cette… aura. Elle était de la même nature que celle de… » commença le plus grand des deux Nameks.

« De l'autre Piccolo… » acheva le plus petit.