Nda : Salutations lecteurs ! Nous sommes presque au terme de ces lettres. Ce dimanche, deux dernières épîtres viendront clore cette histoire épistolaire ratée. J'espère qu'elle vous aura plu et que les caractères des personnages vous ont semblé respectés. Une suite vous intéresserait-elle ? Je planche actuellement dessus, donc dites moi si vous souhaitez la voir publiée. Bonne lecture ! H.

PS : je me suis un peu paumée dans mes titres, je rebidouille ça d'ici dimanche pour plus de cohérence.

Sinistre dimanche

Dimanche 3 mai 1998

Nous sortons d'une tombe pour en creuser une autre. Et du fond de nos demeures sépulcrales, nous célébrons nos dimanches lugubres dans la tempête.

Le Mage Noir le plus craint de tous les temps n'est plus. Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom a finalement succombé. Et je n'ai toujours pas le courage d'écrire ou même de penser ce nom maudit.

C'est maintenant que débute la tourmente. Le blizzard de la révolte, de la douleur et de la colère fait bruisser les pensées des pauvres heurs. La joie et le deuil s'entremêlent aujourd'hui, créant des festivités glauques et des regroupements sinistres. Les gens pleurent et rient en même temps. Et moi, moi je suis perdu, Mère.

Je sais que je te dois la vie. Je sais que tu as sauvé Potter. Tu ne l'avoueras jamais. Mais je l'ai entendu. Au détour d'un couloir éventré. Dans les ruines venteuses de nos vies. Il disait à la Sang-De-Bourbe que Narcissa Malefoy l'avait sauvé. Et je ne sais pas si je dois t'admirer ou te honnir pour cela.

Les courants d'air envahissent les décombres de l'école. Nous ne sommes pas partis du champ de bataille. Personne ne nous parle. Nous sommes des fantômes. Nous n'osons pas partir. Nous attendons l'ordre. Je sais désormais qu'il n'y en aura jamais. Ils nous méprisent. Pourquoi feraient-ils attention à nous ?

Mère.

Tout s'envole. Nos certitudes. Nos biens. Notre réputation. Ces poussières s'égarent en zéphyr. La nuit tombe sur nos vies, et l'insomnie me ronge. Voilà des jours que je n'ai fermé l'œil, dévoré par la peur et l'incertitude. Et maintenant que tout est terminé, que la tornade s'est achevé en un pitoyable souffle, je m'égare. Mon esprit vagabonde dans les nuages de nos vieilles convictions.

Tu as sauvé Potter. Où donc s'est échappée ta loyauté envers notre allégeance ? M'as-tu abandonné aux ténèbres ? Nous étions si malheureux. Nous étions des vers rampants. Aujourd'hui, grâce à toi, notre servitude s'est achevée.

Grâce à toi. A cause de toi. Je ne sais plus.

Tu ne me lâches plus des yeux. Comme si j'allais m'évanouir dans les airs. Comme si j'allais disparaître en une bourrasque. Je ne t'échappe plus. Et la seule certitude que j'ai, c'est celle de ton souffle chaud dans mes cheveux lorsque tu me serres dans tes bras.

L'incohérence est ma nouvelle amante. Mon sommeil s'est envolé, tout comme ma raison. Tu as fait de l'absurdité ma compagne. Ma Mère a sauvé le Survivant. Grâce à ma Mère, femme de Mangemort, Sang-Pur, Ancienne Serpentard, le joug du mal s'est éteint. A cause de toi, notre nom entaché ne sera jamais lavé. Les Malefoy resteront pour toujours les partisans de la souffrance. Ils ne sauront jamais ce que nous avons subi.

Ma mère est une traîtresse officielle et une héroïne silencieuse. Tu es une héroïne et une traîtresse.

Dans cette nouvelle aube qui balaye le monde, en ce sombre jour du Seigneur, une nouvelle ère s'annonce. Comme le vent du Nord qui se lève.

Et ce sont tes murmures qui sont à l'origine de cet ouragan morose.

D.