À la seule entente de cet effroyable cri, Regina eut la vive impression de sentir son cœur s'alourdir dans sa généreuse poitrine. Même si, aujourd'hui, elle apprenait à nouveau la signification des mots: « amour » et: « bonheur » aux côtés d'une Emma Swan terriblement fleur bleue, Regina venait tout juste de prendre conscience du fait que jamais, ô grand jamais, Snow White et son époux, le bienheureux prince Charming, n'allaient accepter cette union. Plutôt que de bénir tendrement l'amour des deux femmes comme devrait le faire tout parent qui se respectait, ils allaient sans doute faire tout ce qu'ils avaient en leur pouvoir pour convaincre Emma de la malhonnêteté profonde de Regina, sous prétexte que, pendant bien des années, elle ne s'était présentée face à eux que comme une beauté froide et incapable de tout sentiment. Mais, en réalité, le problème de Regina était tout autre. Contrairement à bien d'autres sociopathes, la jeune femme n'avait pas un cœur de pierre: elle avait un cœur de verre. Ainsi, plutôt que de ne rien ressentir du tout, Regina avait la fâcheuse tendance de laisser déborder son surplus d'émotions, ce qui, malheureusement, la conduisait bien souvent à aborder un comportement dangereux pour tous les individus qui avaient la folie de s'opposer à elle. Preuve en était dans le fait que, maintenant qu'elle craignait que Snow White ne menaça son nouveau bonheur, elle peinait à garder son sang froid. De ce fait, elle se mit à serrer ses poings si forts qu'elle en fit blanchir ses jointures.

Bien qu'elle sentait, au plus profond de son être, qu'Emma était probablement la seule personne, de tous les univers réunis, capable de la convaincre de tirer un trait définitif sur toute forme de magie, Regina savait bien qu'il était relativement difficile de chasser le naturel pour la seule et unique raison que, la plupart du temps, il finissait par revenir au galop. Peu importait ses décisions, elle n'en restait pas moins l'Evil Queen. En conséquence, s'il prenait à Snow White l'idée farfelue de l'éloigner d'Emma, Regina savait qu'elle n'allait pas tenir bien longtemps avant de laisser se déverser sa colère toute entière sur son ex-belle-fille.

Ses pensées se faisant de plus en plus intenses, Regina sentit grandir dans son être tout entier un incommensurable flux de fureur. Elle eut aussitôt l'impression de voir se doubler la température ambiante de sa chambre à coucher. Cependant, ce ne fut que lorsque, d'une voix rendue extrêmement aiguë par la peur-panique qui l'habitait, Emma s'écria: « AU FEU! AU FEU! » que Regina réalisa qu'elle avait malencontreusement entraîné une réaction magique en chaîne qui avait fini par incendier tout ce qu'il restait de son lit. Alors que, sans prendre le temps d'y réfléchir à deux fois, Emma avait immédiatement jeté aux flammes le seul tissu qui l'habillait, Regina soupira bruyamment avant d'effacer toute trace de l'incendie d'un geste furtif de la main.

– Je crois que je ne m'y habituerai jamais, dit Emma, d'une voix qui trahissait vivement la fascination qu'elle éprouvait face à la facilité qu'avait Regina de faire apparaître et disparaître des éléments par la seule force de ses envies.

Levant les yeux au ciel pour mieux le maudire en raison de son propre comportement qui, encore une fois, flirtait avec les limites de la démesure, Regina s'approcha lentement de sa petite amie. Prenant brusquement conscience du fait qu'elle était nue comme un ver, Emma sentit le rouge lui monter aux joues. Elle oublia cependant tout sentiment de gêne lorsqu'un sourire coquin peint sur les lèvres, Regina l'obligea à s'allonger sur le lit avant de prendre place à califourchon sur elle. Se sentant inéluctablement pleine d'assurance, Emma se redressa et se mit à dévorer des lèvres chaque parcelle apparente de la peau légèrement satinée de sa petite amie. Fermant, dans un premier temps, les yeux pour mieux savourer l'instant, Regina sentit grandir en elle un élan de courage qui lui donna tout de suite envie de montrer à Emma qu'elle se sentait fin prête à lui donner, à son tour, du plaisir. Mais, ce n'était malheureusement pas sans compter l'omniprésence de Sidney Glass, de retour dans sa forme de miroir maudit. Voyant, en effet, Snow White approcher du palais de sa reine, il avait trouvé bon de l'en avertir, malgré la situation intimes de ces dames.

– Votre Majesté!, s'écria-t-il, d'un ton qui ne cachait pas la crainte qu'il ressentait. Je vous prie de m'excuser de vous déranger en de si tendres instants mais je me vois obligé de vous interrompre pour vous annoncer, non sans dégoût, que votre plus sincère ennemie, l'écœurante Snow White vient tout juste de franchir la limite de vos terres en compagnie d'une armée considérable.
– Cela me m'étonne guère..., rebondit-elle, visiblement mécontente d'être aussi aisément interrompue en de si bonne posture. Et, puisque nous parlons là de Snow White, je suppose que personne n'ose pénétrer en mes terres pour s'inviter à prendre le thé.
– Non, ma reine. Ce qu'ils veulent, c'est du sang. Votre sang.

Choquée d'entendre de pareils propos dans la bouche d'un objet qu'elle considérait jusqu'à présent comme purement et simplement décoratif, Emma ouvrit grands les yeux.

– Minute-papillon!, s'exclama-t-elle, en réponse à ce que venait d'annoncer le miroir. Moi vivante, aucune goutte de sang ne sera versée ce soir!
– Toi vivante?, s'étonna Regina. Ma foi, si j'avais su qu'il ne me fallait jamais que de briser accidentellement la malédiction noire dans tes bras pour faire renaître en toi ton âme de princesse, j'aurais peut-être réfléchi à deux fois avant de m'offrir à toi.

Furieuse de se voir aussi facilement taquinée sur sa véritable identité, qui n'était autre que celle de la princesse héritière du royaume blanc, Emma fusilla violemment Regina du regard.

– Ce n'est vraiment pas le moment de plaisanter, Regina. Ton m—miroir, bégaya-t-elle, encore toute étonnée de découvrir qu'en ce monde, les meubles pouvaient quelquefois être originellement des êtres dotés de parole, vient tout juste de te faire comprendre que ta pire ennemie, qui n'est autre que ma mère biologique, veut ta peau. Je m'excuse de me montrer aussi rationnelle mais le fait est qu'il m'est relativement difficile de trouver toute cette histoire amusante. S'il t'arrivait malheur, je ne sais pas si j'arriverai à le supporter alors pas pitié, essaie de rester un instant sérieuse.

Paradoxalement heureuse de se sentir aussi aimée au moment-même où elle risquait de perdre ce qu'elle avait de plus précieux dans la vie, après son fils Henry, Regina sourit. Emma profita vivement de l'occasion de voir sa petite amie vivre un de ces rares moments de faiblesse pour la faire basculer sur le côté d'un rapide coup de hanche. Se penchant immédiatement sur Regina pour couvrir ses lèvres de baisers, Emma sentit soudain s'illuminer l'ampoule imaginaire de ses réflexions.

– Je viens d'avoir une idée, murmura-t-elle à l'oreille de sa bien aimée. J'ai encore énormément de mal à me faire au fait que tout cela est entièrement véridique, bien que complètement fou, mais je te fais suffisamment confiance pour te croire lorsque tu me dis que tout ce qu'il y a écrit dans le livre de compte de notre fils raconte la véritable histoire des habitants de la ville de Storybrooke. C'est principalement pour cette raison que, si tu m'en donnes ton accord, je souhaiterai m'entretenir seule à seule avec ceux que tu dis être mes parents. Même si, malheureusement, la vie a fait que je ne les connais pas, je me doute – pour avoir fait la même chose avec Henry il y a quelques années – qu'ils ne m'ont abandonnée que pour avoir ne serait-ce qu'une infime chance de m'offrir une vie meilleure. Si, tout comme moi, ils ont fait un choix aussi démentiel, c'est parce qu'ils m'aimaient plus que leur propre vie, pas vrai?

Pour toute réponse, Regina hocha lentement la tête de bas en haut.

– S'ils m'aiment, poursuivit Emma, ils écouteront sans doute ce que j'ai à dire et, avec un peu de chance, ils feront au mieux pour que je puisse continuer à faire ma petite vie à tes côtés.

Peu convaincue de la bonté aussi poussée de ses principaux assaillants, Regina grimaça. Comme pour essayer de la persuader de prendre en considération son hypothèse, Emma prit la décision de la dresser de manière plus intime et plus poétique:

Il était une fois, une jeune princesse,
Qui avait grandi loin de ses pauvres parents.
Elle avait rêvé, dans ses longues nuits d'ivresse,
Du moment où elle les retrouverait vraiment.

Son esprit les imaginant très généreux,
Elle avait souhaité le devenir à son tour:
Elle avait fait au mieux pour agir tout comme eux,
Bien que son cœur n'était guidé que par l'amour.

Comprenant qu'il s'agissait là de son point faible,
Elle avait fait de son mieux pour tout refouler.
Mais, un jour, aux abords d'un tendre sureau hièble,
Elle avait fini par rencontrer sa moitié.

Se retrouvant propulsée dans un autre monde,
Dont elle ignorait les principaux idéaux,
Elle était prête à se battre chaque seconde,
Pour vivre pleinement ses amours immoraux.

Regina leva les yeux au ciel.

– Bon sang!, s'exclama-t-elle. Que tu es naïve, Emma!

Parfaitement consciente du fait que, même si elles étaient en désaccord, Regina n'allait jamais oser utiliser ses pouvoirs sur elle, Emma se redressa et se lança une nouvelle fois dans la quête de ses vêtements. Peu amusée de voir sa petite amie s'acharner à les chercher ainsi, Regina se résolut à les faire apparaître à l'aide de ses pouvoirs magiques.

– Tiens, dit-elle dans un sourire. De cette façon, ce bon vieux génie cessera de se rincer l'œil sur ton corps de rêve.

Un éclaircissement de gorge discret se fit entendre depuis le miroir.

– Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire de génie?, demanda Emma, tout en enfilant tour à tour chacun de ses vêtements.
– Si tu as la chance de sortir du placard pour nous deux aussi facilement que nous y sommes entrées, répondit Regina, d'un air moqueur, tu auras peut-être la chance d'entendre cette histoire de ma bouche.
– Si elle n'est pas trop occupée ailleurs..., rebondit malicieusement l'ancien shérif.

Sachant parfaitement que, si elle avait le malheur de répondre à une pareille déclaration, la température risquait sincèrement de monter entre elles-deux, Regina arqua sensuellement l'un de ses sourcils. Mourant soudain d'envie de rompre l'espace qui la séparait de sa petite amie, Emma fit un pas vers Regina... et fut malheureusement interrompue dans son entreprise par le hennissement nerveux d'un cheval. S'approchant immédiatement de la fenêtre pour voir ce qu'il en était, Regina réalisa que plus de la moitié des anciens habitants de Storybrooke venait tout juste d'émerger de l'Enchanted Forest. Ils suivaient de près une Snow White et un prince Charming plus majestueux que jamais sur leur monture blanche.

– REGINA!, cria une nouvelle fois Snow White.
– SNOW WHITE!, l'imita Regina, d'un air plus qu'agacé, ce qui, malgré les circonstances, arracha un sourire sincère aux douces lèvres d'Emma.