! BLABLA DE L'AUTEUR !

Hello tout le monde ! Et voilà le chapitre 14 ! La guerre approche et le groupe se prépare ! Et entre les aléas de TWD, Romane tente désespérément d'apprendre la vie ! Pas gagné à mon avis... Bref ! Voilà le chapitre 14 !

Helliarys : Hey ! Salut à toi nouvelle petite lectrice ! Ravie que mon histoire te plaise ! Et je suis d'autant plus contente que mes objectifs principaux sont atteints, apparemment ! :D En tout cas, j'espère que tu continueras à suivre Romane et Gwen, même si je ne suis pas très régulière dans les posts ! ^^'

Sur ce : bonne lecture à tous !

Chapitre 14 :

Lorsque je sortis de la salle d'eau, mes cheveux mouillés dégringolant sur mes épaules, une serviette sur la tête, je me sentis bien pour la première fois depuis un petit moment. Je me sentais enfin totalement propre. Mes cheveux sentaient bon le shampoing. Oh, bien sûr, je faisais ma toilette tous les jours. Hors de question de sacrifier ma propreté. Néanmoins, à cause de la difficulté à avoir de l'eau en quantité, les cheveux n'y passaient qu'une fois par semaine. Et c'était à chaque fois une véritable renaissance. Je me sentais fraîche, plus sûre de moi. Je respirais plus librement, d'une certaine manière. J'avais l'impression que toutes les pensées qui m'embrouillaient l'esprit étaient parties avec l'eau. C'était juste génial. Enfin, ma blessure se faisait toujours autant sentir, mais c'était quand même génial.

La tête un peu dans les nuages, je pénétrai dans la pièce principale et vins m'asseoir distraitement à côté de Gwen, qui me lança un regard interrogateur que je ne vis pas. Je poussai alors un soupir satisfait et attrapai la serviette que je portais sur la tête pour me sécher les cheveux.

- Bonjour ! salua alors Carol en passant la tête de l'autre côté du mur qui cachait le coin cuisine.

- Oh ! Bonjour Carol, dis-je en sursautant légèrement, sortant de mes pensées.

- Mal dormi ?

Je secouai la tête de droite à gauche. En fait, si, j'avais vraiment passé une nuit pourrie. Mais je ne voulais pas ennuyer Carol avec ça. Les paroles de cette Andréa avaient tourné toute la nuit dans ma tête, ne me laissant malheureusement aucun répit. À ça s'était ajouté des souvenirs de mon frère, de Julian, de mes parents même. C'était assez étonnant, étant donné que je ne pensais jamais à eux. Mais bon… En tout cas, la douche m'avait bien réveillée, c'était déjà ça. Tout en me frottant les cheveux avec la serviette, je lançai un petit regard à Gwen, accompagné d'un petit sourire. Ma nuit était derrière moi maintenant.

- Tes cheveux ont encore vachement poussé, déclara distraitement mon amie en prenant une mèche de mes cheveux entre ses doigts.

- On parle des tiens ? demandai-je avec un sourire moqueur.

Gwen me tira la langue. Je lâchais un petit rire et posai finalement la serviette sur mes genoux. Je regardais alors autour de moi. Carol était toujours du côté du coin cuisine, sûrement en train de faire la vaisselle. Oscar était assis sur les escaliers, un verre à la main, le regard dans le vague. Merle était dans l'espace qui lui avait été attribué, à faire on ne savait trop quoi. Il manquait Daryl, Glenn, Maggie, Beth, ainsi que Rick, son fils et Michonne. Je tournais la tête vers le prisonnier.

- Oscar ? Rick est déjà parti ?

- Ouais. Il y a pas dix minutes, avec Michonne et le gamin.

- Il a vraiment pris Carl ? demandai-je en tournant la tête vers Gwen, presque choquée.

Mon amie hocha la tête, les lèvres pincées. Je poussai un profond soupir et, comme par magie, tous les problèmes que j'avais évacués revinrent au galop. Ok. J'espérais au moins que cela ne serait pas inutile et qu'il n'arriverait rien à Carl. J'espérais également qu'ils ramèneraient suffisamment de munitions. On allait en avoir besoin, pour riposter contre le Gouverneur.

- Où sont les autres ? demandai-je.

Quand j'étais allée dans la salle de bain, il n'y avait que Gwen, Oscar, Merle et Daryl de réveillés.

- Daryl est en train de monter la garde, en haut, avec Maggie. Hershel est avec Beth et Judith et Glenn est dans sa cellule, il a monté la garde cette nuit, me répondit Gwen.

- Toute la nuit ?

- Je crois.

- Mince, j'aurais pu aller le relayer, il doit être complètement naze, soufflai-je.

Moi qui n'avais dormi que la moitié de la nuit, cette insomnie aurait sûrement était plus utile si je l'avais passé à veiller sur la prison.

Soudain, alors que le silence régnait dans la pièce, des bruits de pas se firent entendre et je levais la tête pour voir redescendre Maggie et Daryl. À côté de moi, Gwen se redressa alors aussi vite que sa jambe le lui permettait. Je lui lançai un regard interrogateur.

- C'est mon tour de garde ! s'exclama-t-elle joyeusement.

- … Quoi ?! m'écriai-je en me levant à mon tour, après un temps d'arrêt. Mais… quand est-ce que ça s'est décidé ?

Gwen haussa les sourcils et prit un air surpris.

- Euh… quand ils sont montés, tout à l'heure, répondit-elle en pointant du doigt Daryl et Maggie, qui arrivaient vers nous, l'air intrigué. Je vais faire ma garde avec Oscar.

Je tournais vivement la tête vers Oscar, interloquée, et vis ce dernier se lever et attraper l'arme que lui passa Daryl. Soudain, une question qui m'avait déjà traversé l'esprit revint : Pourquoi est-ce qu'Oscar avait été incarcéré ? Je lançai un regard peu rassuré à Gwen et m'approchai d'elle.

- Tu ne vas pas prendre un tour de garde dans ton état…, dis-je en pointant sa jambe du doigt.

- Dans cet état ? T'as pris un tour de garde juste hier et tu venais de te faire tirer une balle depuis à peine un peu plus d'une journée. Je vais très bien Romane.

J'ouvris la bouche pour répliquer, mais j'étais à court d'arguments. Je lançai alors un regard à Carol, puis à Maggie, en quête de soutien. Mais personne ne dit rien. D'accord. Alors j'étais la seule à jouer les rabat-joie. Comme d'habitude… Je poussai alors un profond soupir. Bon sang.

- D'accord. Ouais, ok, dis-je en essayant de prendre un air détaché. Désolé, vas-y.

Gwen retrouva immédiatement le sourire et Oscar vint alors l'aider à marcher jusqu'aux escaliers. J'en profitais pour envoyer au prisonnier le regard le plus noir, le plus dangereux, le plus effrayant que j'avais en stock. S'il osait poser ne serait-ce que le petit doigt sur elle, il allait le sentir passer. Blessée ou pas, je me faisais une promesse de le tuer à mains nues si jamais il arrivait quelque chose à Gwen. Pour toute réponse, Oscar se contenta de hocher la tête, un petit sourire moqueur au coin des lèvres. Il n'eut droit qu'à un nouveau regard noir.

Une fois qu'Oscar et Gwen eurent monté les escaliers et disparus derrière la porte, je croisai les bras, affichant un air à la fois inquiet et frustré. J'avais failli proposer de venir à la place d'Oscar, mais la dispute d'hier m'était revenue à l'esprit et je m'étais alors dit que Gwen le prendrait peut-être mal, qu'elle penserait que je la voyais comme une personne faible. Néanmoins, je restai sur mes gardes. Au moindre bruit suspect, je fonçai voir ce qu'il se passait.

- Tu ne penses pas que tu la couves un peu trop ? demanda soudain Carol en s'appuyant contre la table, un petit sourire aux lèvres.

Je fronçai les sourcils et pinçai les lèvres. Non, je ne la couvais pas trop. Je faisais attention, il y avait une nuance. C'était mon rôle après tout, de veiller sur elle.

- J'ai fait une promesse, dis-je en me rasseyant à ma place. Et elle me tient à cœur. Je ne laisserais rien lui arriver si je peux l'en empêcher.

- Une promesse ?

Je relevai la tête, fixant mon regard sur la femme qui me faisait face. J'hésitai un instant. Je n'aimais pas parler de ça, mais à force de faire trop de secrets, ce qui était arrivé hier, quand la fille avait parlé de notre évasion de Woodburry, risquait de se reproduire. Le doute pouvait si facilement s'installer dans les cœurs. Et, pour l'instant, c'était ce qui pouvait nous mettre le plus en danger, Gwen et moi. Alors, tentant de surmonter ma difficulté à parler de ces choses-là, je décidai de jouer la carte de la franchise.

- … Ouai. Elle vous a parlé de Julian ? demandai-je, légèrement méfiante.

Carol hocha la tête.

- Il m'a demandé de la protéger avant de… avant de… Bref. Voilà, bredouillai-je, sentant déjà ma gorge se nouer. Gwen est la dernière personne qu'il me reste, je ne sais pas ce que je ferais si je venais à la perdre…

Soudain, Carol s'approcha de moi et posa une main rassurante sur mon épaule. Je relevai la tête vers elle, étonnée. Elle me fit un sourire, qui me parut sincère et empreint d'une sorte d'affection quasi-maternelle.

- Je peux comprendre, souffla-t-elle. Mais dis-toi que, maintenant, vous n'êtes plus toutes seules. On ne laissera personne lui faire de mal. Vous faites partie du groupe maintenant, et on se protège les uns les autres.

Ces paroles, c'était comme un baume qu'on appliquait sur mon cœur. J'avais l'impression qu'une chaleur diffuse se répandait dans mes veines, comme si la douceur et la gentillesse de Carol se répandaient dans tout mon être. Un sourire sincère fleurit alors sur mes lèvres et je hochai la tête, regrettant quelque peu ma réaction.

- Désolé, soufflai-je.

- C'n'est rien…

- Toute façon, c'est pas de nous qu'elle vient, la menace, lâcha alors Daryl en s'asseyant à la place d'Oscar.

Je tournai la tête vers lui, revenant soudain dans la situation actuelle. Oui, ce qu'il disait était juste. Au lieu de me méfier des membres du groupe, je devais plutôt concentrer mon attention sur la menace directe : le Gouverneur.

- Oui, c'est vrai, soufflai-je. Blondie a dit que c'était pour quelle heure le rendez-vous ?

Blondie, c'était cette Andréa. Hier, après que je sois allée retrouver Gwen, la discussion entre les membres du groupe et la femme avait continué. Elle avait alors donné un rendez-vous dans un vieux hangar pour mettre les choses au clair entre notre groupe et le Gouverneur. Elle avait calmé les esprits en avançant le fait qu'elle parviendrait à convaincre « Philippe » de se rendre au rendez-vous. J'y croyais moyen à cette histoire.

- En début d'après-midi, vers quatorze heures, me répondit Daryl.

Je fis une moue dubitative, ne parvenant plus à conserver mon doute pour moi. Carol haussa un sourcil.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Bah… hésitai-je un instant. Bon. Excusez-moi, mais, pour moi, une fille aussi proche de l'homme qui veut notre mort n'est pas digne de confiance, lâchai-je d'un bloc. Blondie ne m'inspire pas, mais vraiment pas du tout, confiance.

Elle détenait beaucoup trop d'informations, pour la plupart erronées, pour être susceptible de nous aider. Déjà, si elle me croyait coupable d'un meurtre, c'était pas franchement le plus efficace pour la faire pencher en notre faveur. C'était trop dangereux de lui faire confiance. Je ne la sentais pas du tout cette rencontre.

- Peut-être que tu as raison, mais on n'a pas le choix. C'est la seule façon de peut-être mettre un terme à tout ça sans faire de morts ou de blessés, déclara Carol.

Je hochai mollement la tête. S'ils croyaient qu'en parlant avec le Gouverneur, tout allait s'arranger, ils se trompaient sur toute la ligne. Je savais de quoi je parlais. J'avais un ego presque aussi imposant que celui de notre ennemi. Et ce n'était pas en arrivant avec deux, trois d'entre nous que Rick allait parvenir à quelque chose. Soudain, une idée me traversa l'esprit et je tournai la tête vers Daryl.

- Au fait, qui sera de la partie ?

- Moi, répondit l'homme à l'arbalète. Et Hershel.

- … C'est tout ? demandai-je, interloquée.

- On va pas faire la guerre gamine, on va juste chercher un arrangement.

J'ouvris la bouche pour répondre, mais ne trouvai rien à redire. Oui, c'était sûr qu'arriver avec tout un bataillon n'était pas la meilleure façon d'arriver à un compromis, si compromis il y avait, mais quand même…

- Je viens aussi, dis-je soudainement, comme si j'énonçais une évidence.

- Hors de question, riposta aussitôt Daryl.

- Et pourquoi pas ? Hershel a une mobilité réduite. J'ai juste un bras en écharpe. Au pire, s'il me faut forcer un peu sur mon épaule, c'est pas si grave, dis-je en prenant tout de même garde à ce que ni Hershel ni Gwen ne soit à portée de voix. Et puis, soyons réaliste, vous ne savez absolument pas à quoi vous attendre. J'ai vécu là-bas. Je connais un minimum le Gouverneur…

- Tu sais pas te servir d'un flingue, gamine, rétorqua Daryl. S'il faut riposter, c'est pas ton petit couteau qui fera des merveilles.

- En attendant, la gamine t'a bien aidé avec son petit couteau quand il fallait faire face aux Mordeurs, répliquai-je, vexée.

- Justement, c'était des Mordeurs. C'est pas la même chose face à un cerveau.

À court d'arguments, je poussai un grognement frustré. L'homme à l'arbalète afficha alors un petit sourire moqueur et je fronçai les sourcils.

- Bon, ok, grommelai-je, mais ça change rien au fait que je viens aussi.

- Pourquoi est-ce que tu tiens tant que ça à venir ? demanda Carol.

- Pour être aux premières loges quand le Gouverneur rendra son verdict.

Je me retournai d'un bond, surprise, et vis alors Merle, appuyé contre le grillage qui délimitait son espace. Je pinçai les lèvres. Merde, il était vraiment trop clairvoyant. Je n'avais jamais vraiment fait attention à ça avant, mais c'était indéniable. Je poussai un profond soupir et croisai alors le regard interrogateur de Carol. Je levai la tête pour vérifier que personne ne descendait du poste d'observation, puis je m'expliquai.

- Merle, Michonne, Gwen et moi, on est dans la ligne de mire du Gouverneur, soufflai-je. Je ne serais pas étonnée s'il venait à en toucher deux mots à Rick cet après-midi. Je sais pas encore ce qu'il va faire, mais… si le sujet est abordé, je veux être au courant le plus tôt possible. Histoire de pas être prise au dépourvu par la suite.

- Vous êtes si en danger que ça ? demanda Carol.

Je pinçai les lèvres.

- Je suis aussi tombé sur la pièce qu'a décrite Michonne. Celle où il y avait toutes les têtes. Et j'ai… comment dire… un peu foutu le bordel.

- Oh ! s'exclama Merle. Pour ça qu'il t'en veut à ce point. J'commence à me dire que j'ai peut-être une chance de passer entre les mailles du filet avec vous trois, siffla-t-il, moqueur.

Je me tournai vers lui, le regard haineux.

- Boucle-la Merle. T'es le premier sur sa liste.

- Hé ! Commencez pas vous deux, intervint rapidement Daryl.

Je tournai la tête vers lui, un sourcil haussé, puis un léger sourire étira mes lèvres.

- J'ai l'impression de redevenir une gamine quand tu dis ça. On dirait une mère qui surveille ses gosses, ajoutai-je, moqueuse.

Merle lâcha un petit rire dans mon dos et Daryl le foudroya du regard puis me fixa.

- Ouai, ben quand je vous vois, je me dis qu'on n'en est pas loin. Et puis, t'es une gamine.

- Hé ! m'emportai-je, entrant sans trop le voir dans son jeu. Je ne suis pas une gamine, ok ? J'aurais vingt et un ans cette année, et je suis majeure et vaccinée.

- Si tu le dis, répondit Daryl en affichant alors un petit sourire moqueur.

Je le fixai un instant, soudain légèrement mal à l'aise. Il avait un beau sourire. Je sentis alors un frisson me parcourir la colonne vertébrale et je me levai d'un bond, sans trop savoir pourquoi. Je grommelai une série de paroles incompréhensibles sur le fait que, oui, j'étais une adulte, puis je quittai la pièce, sous le regard mi-moqueur et mi-interrogatif des autres. Lorsque j'arrivai enfin dans ma cellule, je me laissai tomber sur le lit de Gwen et m'adossai contre le mur. Je fronçais alors les sourcils. Ce frisson… Pourquoi ? Cet homme me mettait vraiment mal à l'aise, mais à ce point-là ? Et puis… enfin, ce n'était pas le moment de m'attarder sur des détails aussi futiles qu'un sourire bon sang ! Je n'avais donc rien d'autre à penser ? Oui, Daryl attisait énormément ma curiosité. Oui, j'avais bien envie de pouvoir bien m'entendre avec lui, comme avec tous les autres membres du groupe. Mais pourquoi ce malaise ? Qu'est-ce qui me gênait tant chez lui ? Qu'est-ce qui parvenait à me déstabiliser ainsi ? Où était le problème ?

Je me relevai rageusement, frustrée de ne pas comprendre. Ce n'était de toute façon pas la première fois qu'un homme me posait autant de problème. La gente masculine avait toujours était un mystère pour moi. Je ne comprenais pas certaines de leurs réactions, ou même l'effet qu'ils pouvaient avoir sur les autres. J'étais une vraie bille quand il s'agissait de comprendre, appréhender et communiquer avec un homme, et ce, depuis toute petite. Alors comprendre pourquoi je me sentais si… différente en la présence de Daryl était totalement impossible pour moi. Et pourtant, ce n'était pas faute d'essayer.

Je poussai un profond soupir et m'adossai au mur qui était face au lit. Si Djun avait été là, il m'aurait aidé. Il aurait compris, lui, et il m'aurait expliqué. Il m'expliquait toujours tout. Il était toujours là pour m'aider à y voir plus clair. Ou alors, c'était elle.

Ma grand-mère.

Une femme formidable. Elle nous avait élevés. Tandis que nos parents passaient leur temps à leur bureau, ma grand-mère, elle, prenait soin de nous, s'occupait de notre santé, notre scolarité, notre équilibre. Elle était douce ma grand-mère. Incroyablement douce. Quand elle parlait, j'avais tout le temps l'impression d'entendre une petite mélodie se glisser entre ses paroles. Et elle était surtout de très bons conseils. Elle donnait l'impression d'avoir réponse à tout. Elle démêlait toujours les situations, même les plus compliquées. Elle aurait sûrement pu m'aider. M'aider à comprendre ce malaise, ces frissons qui me prenaient dès que j'étais dans la même pièce que cet homme, ou qu'il s'adressait à moi.

Poussant un énième soupir, je secouai légèrement la tête. Il fallait que j'arrête de penser à tout ça. Peut-être une fois que le calme serait revenu, mais pas maintenant. Il fallait que je me concentre sur le plus important, à savoir préparer la guerre contre le Gouverneur. Pour l'instant, on ne pouvait pas faire grand-chose. Il fallait attendre que Rick, Carl et Michonne rentrent de leur excursion, et avec des armes et des munitions, si possible. Ensuite, peut-être, on pourrait voir pour faire avancer les choses en se rendant au rendez-vous fixé par Blondie. Et j'en serais, d'ailleurs, que cela plaise ou non à Daryl !

- Rah, mais c'est pas possible ! râlai-je en constatant que j'en revenais au même point.

Décidément ! Me le sortir de la tête n'était pas une chose aisée !

- Romane ? Tout va bien ? demanda soudain Carol en apparaissant à l'entrée de la cellule.

Je me tournai vivement vers elle et je sentis mes joues virer au rouge. Pourquoi est-ce que j'étais gênée, exactement ? Je hochai rapidement la tête, me raclant la gorge au passage. Carol me fit un petit sourire, l'air un peu sceptique.

- Si quelque chose ne va pas, n'hésite pas, hein ?

- Merci Carol, répondis-je en lui renvoyant son sourire.

Un silence de quelques minutes s'étendit ensuite, et je compris. Carol avait juste envie de discuter. Et avec moi, de toute évidence. Je me laissai alors choir au sol puis je lui fis un nouveau sourire. La femme pénétra alors franchement dans la cellule et s'installa sur le lit, en face de moi.

- Je me rends compte que ça fait quand même presque deux semaines que vous êtes là, Gwen et toi, que vous nous avez aidé jusqu'à ne plus pouvoir et qu'on ne sait toujours rien de vous, commença Carol avec un petit sourire.

Je me crispai instantanément. Bon sang, j'aurais préféré tenir cette conversation en présence de Gwen. J'étais incapable d'être ouverte quand je me trouvais en face à face avec une seule personne. Dans un groupe, je me sentais toujours beaucoup plus à l'aise, parce que je savais que je pouvais m'effacer à tous moments. Mais là… Je n'avais d'autres choix que de répondre. Je pouvais bien tenter d'esquiver certains sujets, mais à ce compte-là, ce n'était même pas une discussion. J'affichai donc un petit sourire pas très sûr et hochai la tête un peu maladroitement. Je ne savais absolument pas quoi dire.

- Je sais que la confiance est difficile à accorder, surtout en ce moment, souffla alors la femme.

- C'est vrai, approuvai-je, soulagée qu'elle n'aborde pas ma vie privée du premier coup. On ne sait pas qui en est digne ou pas. C'est assez frustrant d'un côté.

- Mmh… approuva Carol en s'asseyant par terre à son tour. Mais je t'assure que tous les membres de notre groupe sont dignes de confiance.

Je pinçai les lèvres un instant et détournai les yeux. Carol lâcha un petit rire et je haussai alors les sourcils dans sa direction.

- A croire que je commence quand même à te connaître, déclara-t-elle. Ce petit pincement de lèvres, ça signifie clairement que tu n'es pas d'accord avec moi.

Je haussai davantage les sourcils, interloquée, puis un petit sourire étira mes lèvres. J'aimais vraiment beaucoup le caractère de cette femme. D'un certain côté, elle était la bonne copine, mélangée avec un je ne sais quoi de maternelle dans le regard. Elle semblait douce et forte à la fois, avec ce naturelle qui la rendait agréable.

- Eh bien… soupirai-je, toujours un petit sourire aux lèvres. Je ne dis pas que vous n'êtes pas digne de confiance, mais… Disons que certains membres ont des réactions parfois dangereuses.

- Tu parles de Rick ?

Pas uniquement, pensai-je. Mais je ne dis rien et me contentais de hocher sobrement la tête. Il y avait Rick, mais également Glenn, qui me paraissait relativement instable en ce moment. Et puis bon, Merle, Michonne… Avec tous ces chamboulements, difficile de conserver la tête froide.

- Tu sais, Rick a fait énormément pour nous, souffla alors Carol. Plus que tu ne sembles le penser.

- C'est ce que m'a dit Hershel. Il m'a également dit de ne pas juger sans savoir, mais… C'est plus fort que moi, désolé. Quand je vois la façon dont il perd les pédales… Si j'avais…

Je m'arrêtai instantanément en plein milieu de ma phrase et détournai la tête. Carol me regarda un instant, semblant attendre que je me décide, puis voyant que le silence s'étirait de plus en plus, elle me fit un petit sourire. Ses yeux se perdirent alors dans le vague et elle se pencha légèrement en avant, vers moi.

- Au tout début de l'épidémie, nous étions un petit groupe de survivants qui avait tenté de rejoindre Atlanta, avant de finalement se résoudre à établir un campement provisoire aux alentours de la ville. Nous étions assez nombreux. Quinze en tout, déclara-t-elle avant de rire légèrement devant mon air étonné. De ce groupe, nous ne sommes que six à avoir survécu… Moi, Andréa, Carl, Merle, Daryl et Glenn. Et nous devons notre survie à Rick.

Je n'entendis pas la fin de son discours. Quatorze au départ. Six toujours en vie. On aurait dit une espèce de jeu télévisé malsain, où l'élimination se faisait quand l'un des protagonistes mourrait. Mais le pire, c'était qu'on n'était même pas sûr qu'il y ait un gagnant, au final. Non, en fait, c'était sûr : il n'y aurait pas de gagnant. Nous allions tous mourir, d'une façon ou d'une autre.

- C'est grâce à lui que nous avons pu continuer à avancer. C'est lui qui nous a menés jusqu'à Hershel et sa famille. Enfin, plus ou moins.

- Plus ou moins ? demandai-je, franchement curieuse de connaître enfin l'histoire de ce groupe.

- Oui. Si nous avons pu trouver Hershel et les autres, c'est à cause d'un incident qui aurait pu coûter la vie à Carl, tu vois ?

Je sentis soudain mon estomac se nouer. Je ne connaissais pas beaucoup le gamin, mais son visage d'enfant me donnait envie de le protéger, de le mettre à l'abri de tout ce qui pourrait briser son innocence, même s'il ne devait plus en rester grand-chose. Alors, imaginer qu'il ait pu passer proche de la mort…

- En fait, nous étions dans une forêt, et Carl était avec son père et un autre membre du groupe, Shane.

Encore ce nom. Il avait dû faire un sacré bout de chemin avec le groupe pour qu'il soit si encré dans leur mémoire.

- Tout s'est passé très vite, murmura Carol, les yeux dans le vague. Ils étaient en train d'admirer une biche, qui passait, puis le coup est parti. Il a touché Carl. Ce dernier s'est écroulé d'un coup, dans les bras de Rick.

Encore une fois, un élan de compassion me prit pour l'homme qui était à la tête du groupe, avant qu'il ne soit réfréné par ce que je voyais habituellement de lui depuis mon arrivée ici.

- L'homme qui avait tiré a alors proposé son aide. Il vivait dans une ferme, pas très loin, et ils avaient un médecin là-bas.

- Hershel, soufflai-je.

- C'est ça. Rick a pris son fils dans ses bras et s'est mis à courir dans la direction indiquée. C'est ainsi que nous avons pu rencontrer Hershel et sa famille. Nous étions alors dix.

Je hochai la tête. Je ne savais pas quoi faire d'autre. Je me contentai d'écouter, comme je le faisais souvent. Je ne savais pas si quelque chose chez moi poussait les gens à se confier, mais c'était toujours vers moi que se tournaient ceux qui en avaient gros sur le cœur. Alors, quand quelqu'un voulait me parler, je m'asseyais comme maintenant et je les laissais parler, écoutant attentivement ce qu'ils avaient à me dire. Ça leur faisait souvent du bien.

- Hershel a accepté que notre groupe reste jusqu'à ce que Carl soit remis, tu vois ? Mais… Eh bien, la ferme était à l'abri, il n'y avait aucun Rôdeur aux alentours, il y avait de la nourriture et de l'eau…

- Une oasis en plein désert, quoi…

- Exactement, répondit Carol en souriant. Mais il a fallu du temps avant qu'Hershel n'accepte de nous laisser vivre ici. Et, à ce moment-là, tout s'est écroulé. Une horde de Rôdeurs a attaqué la ferme et nous avons été obligés de partir.

Je serrai les dents. Je pouvais parfaitement comprendre ce qu'ils avaient ressenti à ce moment-là. Tout perdre après un semblant de stabilisation, c'était comme chuter au fond d'un ravin dont on ne voyait pas le fond. La peur, l'angoisse, l'instabilité. On redécouvrait le monde qui nous entourait, on se souvenait brusquement de toutes les fois où on aurait pu y passer et on se pétrifiait d'effrois. On avait alors l'impression de ne plus jamais pouvoir sortir la tête de l'eau. Ce qu'il fallait pourtant faire.

- A ce moment-là, nous n'étions plus que dix, avec l'ajout de Hershel, Maggie et Beth. Nous avions perdu trois des nôtres.

Les pertes qu'ils avaient subies… Je ne savais pas comment est-ce qu'ils étaient parvenus à rester aussi forts. J'avais déjà du mal à supporter la perte des deux personnes qui m'avaient suivie depuis le début, alors si j'avais dû perdre d'autres personnes… Oh, bien sûr, lorsque nous étions dans le groupe de Sacha et Tyreese, il y avait eu des pertes. Mais jamais des personnes très proches. Et quand des personnes que je ne connaissais pas, ou très peu, mourraient, eh bien… Je ne ressentais rien. Ni tristesse, ni rancune. Juste… Rien. Ça ne m'atteignait pas. Tout le contraire lorsque c'était une personne proche qui disparaissait.

- Nous avons alors passé tout l'hiver dehors, sur les routes, avec Rick à la tête de notre groupe. Il nous a dirigés, a pris des risques pour nous permettre de rester en vie. Puis, la suite, tu la connais.

Je hochai la tête. Tout cela n'était pas très précis, mais je n'en demandais pas plus. Je savais qu'il avait fallu de la force et du courage à Carol pour parler de tout cela, même vaguement. Les souvenirs étaient à la fois les rayons de soleil et les pires ennemis des vivants.

Je poussai un profond soupir.

- Vous en avez vécu des choses… Vous êtes forts, déclarai-je en plantant mon regard dans celui de Carol. Vraiment forts.

- Vous aussi, vous l'êtes Vous n'avez que vingt et un an et, pourtant, vous êtes encore là, après avoir traversé vos propres épreuves.

Un certain malaise s'empara de moi et je me raclai la gorge. J'avais l'impression de tricher. Carol venait de me raconter tout leur parcours. Je l'avais déjà fait, mais… Je ne savais pas comment l'expliquer. J'avais l'impression que je devais aussi étaler mon expérience, comme pour que l'on puisse être quitte.

- L'épidémie… L'épidémie a touché mon village peu de temps après mon retour, commençai-je alors, parlant doucement, la tête baissée. Je faisais mes études dans une autre ville, et je prenais le train pour me rendre là-bas. Je rentrais de la même façon.

Tout en parlant, les souvenirs revenaient, par intermittence. Comme des flashs. C'était juste des sortes d'images.

- Quand tout a commencé, je venais juste de rentrer. J'étais là depuis trois jours quand le premier Mordeur s'est manifesté. On avait vu beaucoup de choses à la télé, comme quoi les personnes se retrouvaient infectées par morsure, ou ce genre de bêtises. Je dis bêtises parce qu'on n'y croyait absolument pas au début. Franchement, des personnes revenant à la vie et ayant soudainement des envies de chair fraîche ? demandai-je en riant nerveusement. On avait l'impression de voir défiler le scénario d'un nouveau film. Je croyais que c'était ça, moi aussi. Comme beaucoup d'autres. Jusqu'à ce que je tombe nez à nez avec mon premier Mordeur.

Carol ne disait pas un mot. Elle devait sûrement ressentir la difficulté avec laquelle je racontais tout ça. Comme si on devait m'arracher chaque mot de la bouche. Et c'était un peu ça d'une certaine manière.

- C'était la nuit, et je dormais. Depuis quelques temps, j'avais le sommeil plus léger. Je me disais que toutes ces conneries qu'ils montraient à la télé me montaient un peu trop à la tête, ou un truc dans le genre. Toujours est-il que je me suis réveillé en sursaut, d'un seul coup, sans comprendre ce qu'il se passait. Je me suis levé, essayant d'ignorer le soupçon de peur qui m'enserrait la gorge. Puis je me suis approché de la fenêtre. La peur a disparu instantanément. En bas, dans la rue, il y avait une silhouette qui marchait lentement sur le trottoir. Je le connaissais. C'était un de nos voisins. Un vieil homme très gentil, mais malheureusement atteint de la maladie d'Alzheimer. Il lui arrivait souvent, au beau milieu de la nuit, de sortir de chez lui et d'errer dans le quartier sans savoir où il était. Quand je m'en rendais compte, je sortais dehors et je l'aidais à retourner chez lui. Alors je n'ai malheureusement pas hésité une seule seconde, j'ai attrapé mon manteau, mes clefs et je suis sortie dans la rue pour le ramener chez lui.

En face de moi, Carol pinça les lèvres. Elle savait déjà la suite. Bien sûr, maintenant qu'on regardait en arrière, tout était tellement prévisible. Mais sur le coup… Sur le coup, c'était juste un pauvre homme perdu que j'avais voulu aider.

- Je n'ai pas remarqué immédiatement les signes avant-coureurs. Je n'ai pas remarqué tout de suite la trainée de sang qui suivait ce pauvre homme. Je n'ai pas entendu les grognements qu'il lâchait. Je n'ai pas vu la démarche lourde et hésitante qu'il avait. Je me suis approché comme d'habitude, lentement, pour ne pas le brusquer. C'est ce réflexe qui m'a sauvé la vie, soufflai-je, les yeux perdus dans le vague.

Je me souvenais encore de ce moment d'hésitation que j'avais eu lorsque le vieil homme s'était tourné vers moi, les yeux vides. Je me souvenais encore du cri d'effroi qui avait réveillé toutes les maisons alentours, révélant alors le carnage qui avait déjà eu lieu dans le lotissement d'où sortait le Mordeur.

Je pinçai les lèvres.

- Je n'avais pas réfléchi plus longtemps et j'étais retourné à toute vitesse chez moi, le cœur battant à tout rompre, et les idées bouillonnant dans ma tête. Je me demandais si c'était vrai, si c'était réel. Est-ce que j'avais réellement vu ce visage, le visage d'un homme que je connaissais, recouvert de sang, les yeux vides, blancs, et la peau déjà dans un piteux état ? Est –ce que c'était réel ? Vraiment réel ? Je refusais encore de répondre « oui » à cette question, alors que c'était pourtant la réponse à donner. À ce moment-là, alors que j'étais encore adossée à la porte d'entrée que j'avais refermé derrière moi, un bruit rauque s'est fait entendre derrière et l'effroi m'a à nouveau saisi.

- Il était derrière la porte, n'est-ce pas ? demanda Carol, une expression triste sur le visage.

- Exact. Il était là, à s'acharner de toutes ses maigres forces pour tenter de m'atteindre. Tout a alors dégénéré. Je ne me souviens que très vaguement de la suite tellement il y a eu de choses qui se sont passées cette nuit-là. Mon dernier souvenir remonte au moment où nous étions enfin tous à l'abri dans une voiture, à l'écart de la ville, moi, Gwen et… les garçons.

Je mentais un peu. En vérité, je me souvenais parfaitement de tout ce qui s'était passé cette nuit-là. Je me souvenais parfaitement de la façon dont Djun était descendu en trombe de l'étage lorsqu'il avait entendu mon cri. Il était là, son arc et son carquois à l'épaule, un pistolet dans la main. Nos parents n'étaient pas à la maison ce soir-là, comme beaucoup d'autres soirs. Je l'avais regardé, indécise, perdue. Il m'avait alors révélée s'être préparé à ça depuis des mois. Il avait toujours été de ceux qui croyaient à cette épidémie, mais sans jamais le dire. Il n'avait pas voulu me faire peur. Je me souvenais ensuite parfaitement de notre fuite par l'arrière de notre maison, de notre course-poursuite à travers des rues de plus en plus encombrées de Mordeurs. Je me souvenais parfaitement lorsque nous étions tombés nez à nez avec Julian, armé d'une batte de baseball. Il avait failli nous faire sauter la tête. Puis je me souvenais également du moment où on s'était tous précipité pour aider Gwen, qui fuyait elle aussi dans la même direction que nous. Julian avait dégommé le Mordeur d'un coup de batte en pleine face. Puis nous avions trouvé une voiture ouverte, celle de la pauvre folle qui vivait au bout de la ville. On l'avait prise, les clefs étant encore sur le contact. On avait démarré, on était parti. On avait tout laissé derrière nous, et on avait sauvé notre peau.

Ne comprenant sûrement pas ce qui me traversait l'esprit à ce moment-là, Carol se contenta de me faire un sourire triste et de poser une main réconfortante sur mon épaule valide. J'appréciai ce contact chaleureux et lui rendis son sourire.

- Carol ? demanda soudain la voix de Daryl de l'extérieur de la cellule.

Nous tournâmes toutes les deux la tête vers l'endroit d'où provenait le son, comme si on venait de faire éclater la bulle qui nous entourait et nous coupait du monde. Je papillonnai un instant des yeux pour reprendre pied dans la réalité, chassant rapidement les dernières images qui apparaissaient encore, puis Carol répondit.

- Je suis là Daryl.

Quelques secondes après, l'homme à l'arbalète apparut à l'entrée de la cellule et nous lança un regard intrigué.

- Vous foutez quoi par terre ?

Carol et moi échangeâmes un regard et, sans trop savoir pourquoi, nous pouffâmes de concert.

- On discutait entre filles ! s'exclama Carol en se relevant, soudain l'air pleine d'énergie.

Je ris une nouvelle fois et me relevai à mon tour. Le regard de Daryl passa de Carol à moi, puis de moi à Carol, comme s'il ne comprenait pas vraiment, puis il se contenta d'hausser les épaules.

- Ok.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda alors Carol en sortant de la cellule, obligeant Daryl à reculer.

- Hershel voudrait que tu t'occupes quelques instants de la p'tite dure à cuire pour qu'il puisse aller se décrasser.

- Pas de problèmes, répondit Carol, apparemment ravie de s'occuper de la petite. Tu viens m'aider Romane ?

Je mis quelques secondes à comprendre que c'était à moi qu'elle s'adressait puis j'écarquillai les yeux, interloquée. Quoi ?!

- M-Moi ? Vous voulez que je vienne vous aider avec le bébé ? demandai-je, étonnée et peu sûre de moi.

- Oui, répondit simplement la femme.

- Attends Carol, t'es sûre de ton coup, là ? intervint alors Daryl, tandis que son interlocutrice descendait déjà les marches de l'escalier. J'te rappelle qu'elle est à moitié estropiée. Elle te sera pas très utile avec le bébé.

La phrase de Daryl réveilla immédiatement en moi mon caractère de cochon, qui n'avait pas refait surface depuis un petit moment, et je lui lançai un regard courroucé qu'il ne loupa pas.

- Hé ! m'exclamai-je. Même avec un seul bras, je suis parfaitement capable de m'occuper d'un bébé !

- Ah bon ? demanda Daryl en haussant un sourcil sceptique, un léger sourire au coin des lèvres.

- Ouai mon gars ! Tu vas voir ! Ce bébé sera tellement bien avec toi qu'elle ne voudra même plus que tu la prennes dans tes bras, sifflai-je, moqueuse.

- Ah ouai ? Laisse-moi voir ça alors, répliqua-t-il.

Immédiatement, le véritable problème s'imposa à moi : Je ne savais absolument pas m'occuper d'un bébé. Je ne savais pas comment gérer ce genre de… problèmes. La seule fois où j'avais tenté de faire du baby-sitting, la mère était revenue en trombe après que je l'ai appelé de l'hôpital, parce que son enfant de deux ans avait chuté de sa chaise haute. Je n'avais plus retenté l'expérience depuis et je devais avouer que je flippais à chaque fois que je devais m'occuper d'une de ces créatures, même quelques secondes. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver. Néanmoins, je venais de dire que j'étais capable de le faire. Alors je ne pouvais plus me défiler.

Relevant effrontément la tête, je passai devant Daryl et descendis les escaliers à mon tour, suivit de près par l'homme à l'arbalète. Je pénétrais alors dans le hall et je vis Carol prendre le bébé des bras d'Hershel. Une sueur froide me coula subitement le long du dos et j'eus presque envie de faire demi-tour. Mais j'avais décidément une trop grande fierté. Hors de question de faire marche arrière avant d'avoir fait tout mon possible pour prouver à Daryl que j'étais parfaitement capable de m'occuper de la petite.

- Approche Romane, dit alors doucement Carol.

Je fis un pas dans sa direction puis m'arrêtai. Je posai alors mon regard sur le bébé. J'avais toujours trouvé ça affreusement moche à la naissance. Vraiment. Mais malgré ça, c'était mignon. Moche mais mignon. Trouvez la logique là-dedans.

- Tu penses que tu pourrais la tenir sur tes genoux, le temps que je lui prépare le biberon ?

- Quoi ?! m'écriai-je, totalement paniquée. Mais… Comment voulez-vous que je la tienne, j'ai qu'un bras ?!

- Tu n'as pas besoin de la porter. Tu t'assois là, tu la poses sur tes genoux et tu la maintiens avec ton bras gauche.

Bah oui, voyons, quoi de plus évident ? Elle me prenait pour Wonder Woman ou quoi ?! Elle ne se rendait pas compte à quel point il était dangereux de laisser cette enfant seule avec moi, même quelques secondes !

J'étais sur le point de demander à faire le biberon, plutôt que de tenir le bébé, quand Daryl alla s'assoir sur la table. Immédiatement, je me repris et hochai la tête. Je me raclai la gorge, mal à l'aise, puis m'assis à mon tour, sur une des chaises, juste à côté de l'homme à l'arbalète. Carol allait me donner le bébé mais je lui fis signe d'attendre quelques secondes. Avec des gestes tremblants, j'ôtai alors l'écharpe qui entourait mon bras et la posai à côté de moi. Je sentis immédiatement comme si mon bras pesait un peu plus lourd et ma blessure me tira un peu, sans pour autant me faire trop mal. Je regardai alors Carol et celle-ci me donna le bébé.

Il fallut quelques secondes pour trouver la position idéale. Le bébé, bien calé dans le creux de mon bras gauche, était à moitié assis, le buste légèrement redressé. Elle dormait toujours, comme une bienheureuse, et moi… Moi, je n'osais plus bouger le moindre muscle de mon corps. J'étais totalement tétanisée. Le dos raide, les membres crispés, je ne bougeais plus du tout. Je ne savais plus quoi faire, à part rester là, et attendre.

- Tu t'en tires pas trop mal, gamine.

- J'te l'avais dit, soufflai-je rapidement.

- Ouai, mais on dirait qu'elle dort contre un piquet. Détends-toi, elle va pas te bouffer.

Je n'osai même pas tourner la tête vers lui tellement je me concentrais pour qu'il n'arrive rien au bébé. Il pouvait bien dire ce qu'il voulait, je n'avais pas l'intention de la lâcher des yeux.

- Oh non… siffla alors la voix de Merle, dans mon dos. Tu joues à la baby-sitter maintenant ?

- Lâche-la Merle ! Vient pas la faire chier quand elle tient la gamine, intervint immédiatement Daryl.

- Quoi ? J'ai juste posé une question… En tout cas, ça te va pas ce rôle. On dirait que tu tiens une bombe, ricana l'idiot du village.

Néanmoins, il n'aurait pas pu trouver de mots plus justes. J'avais vraiment l'impression de tenir une bombe. Je ne savais pas quand est-ce qu'elle allait exploser, ou même si elle allait exploser, et je flippais à mort.

- N'importe quoi, répliquai-je quand même, histoire de garder la face.

Soudain, alors que je bougeai légèrement pour lancer un regard noir à Merle, je sentis le bébé gigoter dans mes bras. Je me crispai davantage et ramenai toute mon attention sur Judith. Je vis alors ses yeux s'ouvrir et son regard se posa sur moi. Je penchai légèrement la tête sur le côté et, lentement, un sentiment de tristesse s'empara de moi. Cette petite n'avait pas la moindre idée de ce qui se passait autour d'elle. Elle était là, voilà tout. Mais dans quelques années, quand elle serait plus grande, elle comprendrait. Elle finirait par devenir comme nous aujourd'hui. Cette pensée m'enfonça une pointe dans le cœur. Cette gamine n'aurait jamais dû naître, pensai-je alors. C'était peut-être cruel de penser comme ça, du point de vue de certains, mais, pour moi, c'était une vérité évidente. Quel avenir avait-elle ? Des morts à chacun de ses anniversaires, du sang sur les mains avant ses dix ans, des fantômes dans les yeux jusqu'à la fin de sa vie ? C'était ça qui l'attendait et ce n'était malheureusement pas une vie pour ce si petit être. Le plus cruel dans tout ça, c'était donc de lui avoir donné la vie. En faisant cela, sa mère avait scellé son destin. Il n'y aurait que quelques malheureux rayons de soleil qui perceraient les nuages et elle n'aurait malheureusement pas la possibilité d'en profiter pleinement.

- Romane ?

Je relevai soudainement la tête, sortant de mes pensées. J'affichai un sourire un peu bancal en tombant nez à nez avec Carol.

- Pardon, je… Oh, bien sûr ! m'exclamai-je en voyant le biberon dans ses mains. Euh… Vous pouvez la prendre ? demandai-je alors, soudainement mal à l'aise avec la petite.

- J'ai une meilleure idée, souffla Carol, un sourire malicieux aux lèvres.

Et elle me donna alors le biberon qu'elle tenait dans les mains. Je lui lançai un regard interloqué puis je baissai les yeux sur le biberon, sur le bébé, puis de nouveau sur Carol.

- Quoi… ? couinai-je lamentablement.

Ok, là, je pouvais plus faire semblant. Tenir la gamine, ça pouvait encore aller, mais lui donner le biberon ?! Sérieusement ?! Non mais on se moquait de moi, je voyais pas d'autres raisons !

- Tu t'en sors très bien, dit Carol en m'adressant un sourire d'encouragement.

- Si tu veux, j'peux le faire, proposa alors Daryl.

Je me crispai davantage. J'hésitai un instant, perdue entre ma fierté et ma raison. Puis, finalement, j'hochai la tête. Au diable ma maudite fierté, je ne pouvais tout simplement pas faire plus que tenir ce bébé dans mes bras. Je détournai légèrement la tête, en colère contre ma propre lâcheté. Daryl se leva alors et vint se planter devant moi. Je relevai la tête vers lui, m'attendant à trouver un sourire satisfait sur ses lèvres, ou alors tout simplement moqueur. Mais non, rien. Je plantai mon regard dans le sien. Ce gars… Je n'arrivais absolument pas à le cerner.

Soudain, sans prévenir, il se pencha et passa un bras sous le bébé. Je me crispai instantanément. Trop proche, trop proche ! Beaucoup trop proche ! paniquai-je. Il était tellement proche que je pouvais voir en détail les coutures de l'épaule de sa chemise. Je pouvais également sentir sa chaleur. Trop proche !

- Dis, si tu pouvais la lâcher, gamine, ça m'arrangerait, déclara alors l'homme à l'arbalète.

Je retombai brutalement sur terre et desserrai soudainement mes bras, que j'avais crispés autour du bébé. Daryl put alors saisir correctement la petite et se releva. Au passage, il attrapa le biberon que je tenais toujours et ses doigts touchèrent les miens. Je sentis mon cœur s'emballer. Bon sang ! Mais qu'est-ce que j'avais à la fin ?!

Finalement, Daryl s'écarta et je pus enfin respirer normalement. Je détournai immédiatement la tête et pris une profonde inspiration. Est-ce que j'avais les joues rouges ? Je sentais un léger picotement à ce niveau. Oh non, j'espérais sincèrement que non. Je n'avais aucune envie qu'il sache à quel point je me sentais mal à l'aise en sa présence ! Je me sentais déjà suffisamment mal comme ça.

Décidant brutalement de faire comme si de rien n'était, je relevai la tête et me tournai pour reprendre mon écharpe sur la table. Je croisai alors le regard de Merle et ce dernier me déstabilisa. L'idiot du village me regardait avec un sourcil haussé, un air interrogateur sur le visage. Comme si je venais de lui poser une colle. Je détournai rapidement le regard et enfilai mon écharpe autour de mon bras. Non. Merle ne savait rien. Il ne savait rien, c'était un idiot. Il n'avait rien vu. Et puis, de toute façon, il n'y avait rien. Rien du tout.

Il n'y avait rien mais, par précaution, je passai le reste de la matinée à éviter Daryl, Merle et Carol. Et le bébé aussi. Je n'avais pas envie de me retrouver à nouveau obligée de jouer les baby-sitters. En fait, autrement dit, je passai le reste de la matinée dans ma chambre. Gwen me rejoignit rapidement après son tour de garde et elle tenta de me faire dire ce qui n'allait pas. Je fis la sourde muette. Parce que j'avais essayé de réfléchir à ce qui n'allait pas, jusqu'à m'en faire des nœuds au cerveau, et que je n'avais pas la tête à entamer une discussion sur le sujet.

Il était environ midi quand, soudain, des bruits se firent entendre en provenance du hall. Je me redressai précipitamment sur mon lit et me penchai légèrement en dehors. Je lançai un regard interrogateur à Gwen, allongée dans le lit du bas. Elle n'en savait pas plus que moi. Rapidement, je descendis au sol et m'approchai de l'entrée de la cellule pour voir ce qui pouvait bien provoquer un tel boucan. Mon cœur fit alors un triple saut périlleux dans ma poitrine et le sourire le plus éblouissant de ces trois derniers mois prit place sur mes lèvres. Je me précipitai alors sur Gwen.

- Hey ! Lèves-toi ! Allez, lèves-toi ! Debout ! m'exclamai-je en passant mon bras valide dans son dos pour l'aider à se lever. Debout !

- Mais… qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qui y'a ? demanda Gwen.

Je la redressai totalement et lui fis un sourire éblouissant.

- Rick est revenu ! Et si je me fie à ce que j'ai vu, il a largement rapporté de quoi tenir tête au Gouverneur !

- T'es… T'es sérieuse ? demanda Gwen, un sourire aux lèvres.

Je n'eus même pas le temps de répondre que mon amie se précipita hors de la cellule en boitillant. Je lâchai un rire clair qui résonna dans la cellule et me précipitai à sa suite. Mon cœur battait à tout rompre. Rick remontait en flèche dans mon estime. Il n'était, finalement, peut-être pas aussi dégénéré que je le pensais. Oui, peut-être. C'était peut-être même un type bien. Parce que, là, il venait de m'offrir le plus beau des cadeaux. Il venait de m'offrir un peu d'espoir. Beaucoup d'espoir, même !

Il venait de m'offrir… un petit rayon de soleil.