Me voilà enfin de retour! Certains d'entre vous n'y croyaient plus, ne dites pas le contraire! ;) Je suis navrée de vous avoir abandonnés si longtemps mais, contrairement à la croyance populaire, les professeurs travaillent. Beaucoup même! Sauf pendant les grandes vacances, évidemment! ^^ Mon année de stage étant validée, me voici donc officiellement professeur titulaire. Bon, je vais me retrouver dans un coin paumé et prépare mon déménagement avec fort peu d'enthousiasme mais on ne peut pas tout avoir!

Bref, je vous laisse savourer ce chapitre tant attendu en vous confirmant que non, ça n'est pas un mirage au milieu du désert que je vous ai fait traverser ces derniers mois! Désaltérez-vous sans crainte et n'oubliez pas de me faire un rapport sur la qualité de l'eau!

BONNE LECTURE!


XIV

LES HOMMES ET LES FEMMES

La robe, la veste en cuir, les lourds bracelets d'argent. Tout y était. Bien emballé, prêt à être rendu. Quand elle repensait à Lily, Kim se dégoûtait. Elle se dégoûtait d'avoir un jour pensé pouvoir entrer dans le jeu du lycéen type. Deux copines qui se disputent un mec, franchement, quel cliché ! Et puis les filles étaient cruelles entre elles, tout le monde le savait. Dans ces circonstances, se faire une amie n'avait aucun intérêt. Pour se transformer en chatte en chaleur ? Non merci !

On était samedi matin et Kim pensait à Jared, encore et encore. Pas de manière romantique. Plus comme on pense à tel ou tel organisme unicellulaire en cours de science. Avec curiosité mais avec distance. Sauf que Kim avait de bonnes notes en science et que là elle nageait complètement. Comment devait-elle réagir face à un garçon qui, soudain, semblait intéressé par elle ? Pire, flirtait sans vergogne ! Son instinct lui soufflait de s'enfuir à toutes jambes. Sa raison lui faisait la leçon, tentant de la persuader qu'elle était bien au-dessus de tout cela. Qu'elle ne devait pas se faire avoir et que ce ne serait pas le cas.

Mais entrer dans le jeu du flirt, était-ce se faire avoir ? Pourquoi Jared lui prêtait-il attention alors qu'il n'avait eu aucun mal à l'ignorer durant plusieurs semaines ? Etait-il vraiment intéressé par elle ? Sentimentalement ? Sexuellement ? Et elle… Etait-elle intéressée par lui ? Comment savait-on si l'on était attiré par quelqu'un ? Fallait-il y réfléchir ou le savait-on d'instinct ? Pouvait-on accepter de sortir avec quelqu'un sans être vraiment amoureux ? L'amour viendrait-il ensuite ?

Kim se sentait perdue, impuissante, et ça l'énervait. Elle s'était toujours protégée contre ce genre de situations. Elle aimait contrôler. Tout contrôler. Pour ne pas avoir l'air ridicule. Qui aimait le ridicule ? Que devait-elle faire ? Que pouvait-elle faire ? En parler à sa mère ? Hors de question ! Son père encore moins. Elle ne connaissait pas Alice et Bella depuis assez longtemps pour leur confier ce genre de choses… Alors quoi ? N'avait-elle aucun recours ? Devait-elle juste … suivre le mouvement sans plus y penser ? Impossible ! Cette histoire allait la rendre folle. Il fallait qu'elle en parle !

Intenable, elle tournait en rond dans sa chambre. Soudain, la solution lui parut évidente. Elle attrapa son masque, verrouilla la porte de sa chambre et se laissa tomber sur sa chaise de bureau.

« Bon, ça fait longtemps. J'étais occupée à vivre ma vie. Pour une fois qu'il m'arrive quelque chose. Bref. J'ai besoin de vous. Je vous explique. On dit que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Comme si hommes et femmes différaient au point d'être des extraterrestres les uns pour les autres. Je n'y avais jamais vraiment pensé auparavant. Enfin si, je m'étais juste dit que c'était une manière ridicule de voir les choses. La vérité, c'est que je n'y connais rien et qu'à bien y réfléchir, je me dis que ce n'est peut-être pas aussi stupide que ça en a l'air. On dit que les hommes ne comprennent pas les femmes mais l'inverse n'est-il pas également vrai ? Moi, en tout cas, je ne comprends rien aux hommes. Est-ce qu'il leur arrive de tomber amoureux ? Ou ne pensent-ils qu'à coucher ? Peut-on leur faire confiance ? Est-ce que ce que nous, femmes, recherchons chez un homme, n'est pas incompatible avec ce qu'ils sont (en tant que « Marsiens ») ? Mais, au-delà de ces considérations, somme toute très générales, comment faire confiance à un homme quand on a constamment l'impression qu'il joue. Que l'on va se faire avoir. Que seules comptent la séduction et la consommation ? Je m'adresse à vous, les filles : avez-vous déjà été trahies, humiliées ? Avez-vous renoncé ? Avez-vous découvert que les hommes ne sont peut-être pas si différents de nous ? Bref, aidez-moi. C'était moi pour la cinquième fois et vous n'avez encore rien vu ! »

Tout le monde guettait la prochaine vidéo de Black Lace, tant les lycéens de la réserve que ceux de la ville voisine de Forks. Les plus accros ne quittaient même jamais sa page, la rafraichissant de temps en temps. C'était le cas de Lily qui, encore vêtue de son pyjama, entama une danse de la victoire particulièrement ridicule en découvrant la vidéo que Kim venait tout juste de poster. C'est elle qui allait rafler toute la mise ! Tout l'argent parié par ses amis était pour elle ! Pour elle ! « Pour moi », chantonna-t-elle ravie en posant ses fesses sur sa chaise de bureau pour visionner la fameuse vidéo.

Les réactions ne se firent pas attendre bien longtemps : tout le monde se ruait sur les forums consacrés à BL.

pinkcandy23 Les mecs sont des cons, BL ! Crois-moi, je suis sortie avec un bon nombre de spécimens et pas un n'a dépassé la barre du néandertalien en rut ! J'ai pensé un moment devenir lesbienne mais y a rien à faire, je suis née pour souffrir. Nous sommes toutes nées pour souffrir parce qu'on veut de l'amour, mais que les hommes sont incapables de nous donner autre chose qu'une bonne baise (ce qui en plus n'est pas du tout cuit) !

smiley-johnny Ouai ben lé meufs c pas mieu… Jsuis sorti avec pas mal de spésimens aussi et elles m'ont fait cocu troi fois sur quatre…

pinkcandy23 Pfff, t'as dû sortir avec des poufiasses ! La plupart des filles ne sont pas comme ça !

smiley-johnny Est tou lé mecs ne sont pas comme tu dit !

carly Je pense qu'il ne faut pas faire de généralités. Je suis bi et j'ai eu autant de mauvaises expériences avec les hommes qu'avec les femmes. Et puis c'est pas parce que ça se passe mal de temps en temps qu'il faut focaliser sur les mauvais côtés. Des fois, ça se passe aussi très bien mais les sentiments s'émoussent et on se sépare d'un commun accord.

pinkcandy23 Ouais et tu vas me dire que le fait que moi je n'ai eu que de mauvaises expériences, c'est juste une coïncidence !

carly Pas du tout. Je pense que tu craques pour les mecs cons, machos, infidèles etc. T'es pas la seule dans ce cas mais tu peux pas élargir ce profil de mecs à toute la population masculine de cette planète.

pinkcandy23 Mouais… T'as ptet raison…

Anna-Banana Moi je sors ac le mm garçon depuis la MiddleSchool et je pense sincèremen que ns sommes des âmes sœurs. On s'entend tellemen bi1 ! Et puis c pas parce qu'on è ensble depuis lgtps qu'il fè plus d'efforts ! Il m'offre des fleurs, m'invite au restau, bref, c le paradis. Je l'aime et je c qu'il m'aime aussi ! On a beau dire, les mecs ont des sentiments, mm s'ils ne savent pas tjs cmt lé exprimé !

carly Oui, je crois que tu as raison là-dessus. Les hommes ont autant de sentiments que nous, mais ils ne savent pas toujours comment nous les communiquer. Du coup on s'imagine facilement que ce sont des êtres sans cœur alors que c'est tout le contraire.

scoobyD Je confirme, g perdu 1 fille dt j'étais super amoureux parce que j'été incapable de lui dire « je t'aime ». Je le pensé, pourtan, mé impossible de le sortir…

carmen Mais on ne peut pas non plus nier qu'il y ait des dragueurs…

scoobyD Ouai, g plusieurs potes qui sautent tt ce qui bouge. Il adorent attiré lé filles ds leur lit. Mé après c plus drôle alors il les jettent. Et ils recommence encore é encore…

carmen Exactement ! Je ne me suis jamais laissé avoir mais il faut savoir reconnaître les profils à risque…

pinkcandy23 Quels sont les profils à risque, alors ?

carmen Les sportifs, ceux qui font trop de compliments, qui ont un air un peu trop charmeur, qui draguent sans la moindre retenue et cherchent clairement à te plaire plus qu'à te montrer leur vraie personnalité. Mais attention, quand je dis « sportifs », ça ne veut pas dire que tous les sportifs sont des dragueurs ! Il faut essayer d'établir le profil sans pour autant tomber dans les clichés. Personnellement, j'ai tendance à être trop méfiante et il m'est déjà arrivé de passer à côté de types fabuleux…

Etablir le profil… Kim trouvait cette idée vraiment intéressante.

pinkcandy23 Et qu'est-ce qu'on peut faire pour essayer de… les piéger ou les… démasquer ?

carmen Ben… Souvent, ils essaient d'adapter leur personnalité à la tienne pour être sûrs de te plaire. Mais avant, il faut d'abord qu'ils te connaissent. Alors ils te posent plein de questions. Tu te dis que c'est bien, que ça montre qu'ils s'intéressent à toi. Mais ne t'emballe pas trop vite, ne les laisse pas prendre la main. Pose-leur des questions toi aussi pour apprendre à les connaître avant qu'ils n'aient le temps de se fabriquer une personnalité sur mesure en fonction de ce qu'ils auront découvert sur toi.

pinkcandy23 Ces types, tu penses qu'ils sont incapables de tomber amoureux ?

carmen Ils ont des sentiments, comme tout le monde. Mais il vaut mieux que tu ne t'attendes à rien de leur part… S'ils ne sont pas tombés amoureux avant, pour quoi serait-ce différent avec toi ? Si tu penses pouvoir les changer, tu risques de retomber dans le même travers et en souffrir.

pinkcandy23 Dites, les filles, vous avez déjà rendu un coureur de jupons amoureux de vous ?

carly Je peux dire que oui, ça m'est arrivé une fois. En fait il me draguait mais je n'étais pas très réceptive parce qu'à l'époque je m'intéressais à quelqu'un d'autre. Je pense qu'il n'avait pas l'habitude qu'on lui résiste. Le fait que je sois difficile à séduire à dû lui plaire…

scoobyD Je c que mé potes s'emmerdent pas ac lé filles qui leur résistent. Ils ciblent celles qui sont assez connes pour leur tombé ds lé bras ! Sauf peut-être quand il font 1 pari…

Kim retint sa respiration. Le pari. C'était bien ce qu'elle redoutait le plus. Etre l'enjeu d'un stupide pari.

pinkcandy23 Un pari ?

carmen Oui, c'est plus courant qu'on ne le croit. Ce type de mecs adore séduire. Quand c'est facile, c'est déjà bien mais quand c'est compliqué, c'est encore mieux. Ils peuvent booster leur ego et gagner du fric. Ils se lancent alors dans des entreprises de longue haleine, un peu comme des flics qui seraient sous couverture. Ils s'immergent totalement dans l'univers de leur victime au point que celle-ci ne voit que du feu à leur petit manège. Lorsqu'ils sont arrivés à leurs fins, ils changent du tout au tout pour redevenir comme avant et c'est comme si rien ne s'était passé. Je n'aimerais pas être la pauvre fille à qui ça arrive…

Kim en avait des sueurs froides. Et si c'était elle, « la pauvre fille à qui ça arrive » ? Jared ne cherchait-il pas à s'infiltrer dans son univers pour la séduire en douce avant de l'abandonner comme une vieille chaussette ? Quelle horreur !

pinkcandy23 Quelle horreur !

L'adolescente s'éloigna brusquement de son ordinateur. Elle refusait d'en savoir plus. Ce qu'elle avait déjà appris lui donnait des haut-le-cœur. Elle se promit dur comme fer de ne pas tomber dans le piège tendu par Jared. Elle le supporterait pendant le mois que durerait leur pari mais jamais, oh grand jamais, elle ne baisserait sa garde !

Le lundi matin, Kim se leva aux aurores sans avoir fermé l'œil de la nuit. Elle appréhendait tellement sa première journée en tant qu' « amie » de Jared qu'elle avait passé des heures à imaginer tous les scénarios possibles et imaginables. Se comporterait-il véritablement en ami ou chercherait-il à la séduire ? Mangerait-elle en tête à tête avec lui ou en compagnie du reste de la bande ? Lily la coincerait-elle dans les toilettes des filles pour lui plonger la tête dans la cuvette des WC ? Retrouverait-elle le mot « salope » tagué en rouge sur son casier ? Traîner avec un garçon populaire la rendrait-il également populaire ? Ou bien toutes les filles du lycée, dévorées par la jalousie, la traiteraient-elles en pestiférée ? Il faut avouer que Kim avait dévoré des dizaines de films pour ados et avait puisé dans cette réserve sans fond la plupart des scénarios qui lui étaient venus à l'esprit. Dans Collège Attitude, par exemple, le garçon le plus populaire du lycée invitait une has been de première (Drew Barrymore) au bal de promo. Jusque là, rien de bien effrayant. Si ce n'est que le soir du bal, il avait eu l'extrême courtoisie de la bombarder d'œufs pourris avant de s'éloigner en limousine en compagnie de sa véritable cavalière, blonde, mince, pompom girl. Kim était-elle destinée à finir comme ces pathétiques héroïnes ?

Elle se rassurait en se disant qu'elle n'était certes pas populaire mais qu'elle avait assez de jugeote pour ne pas se laisser prendre au piège d'aussi grossiers artifices. Elle n'était pas si naïve, n'est-ce pas ? Non, elle ne l'était pas. Elle n'était pas belle non plus, se dit-elle en s'observant dans le miroir. Pas vraiment. Son intelligence seule la maintenait hors de l'eau. Dépourvue de cela, elle n'était rien, absolument rien. Pour plaire aux garçons, valait-il mieux être belle ou bien intelligente ?

« Qu'en penses-tu ? », interrogea-t-elle son reflet.

« L'esprit est plus fort que la matière », fut la réponse. Une réponse bien mystérieuse, surtout à cinq heures du matin.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? Je ne comprends rien à ton charabia ! », s'écria Kim, rendue impatiente par le manque de sommeil.

« Il ne s'agit pas d'intelligence ou de beauté. L'intelligence peut être physique, et la beauté intellectuelle. Tout cela grâce à la force de l'esprit. »

« Mais ce qui séduit en premier, c'est le physique, n'est-ce pas ? »

« Sans doute, mais on ne tombe pas amoureux d'un physique. »

« Que faut-il pour se rendre attirant lorsque l'on ne l'est pas vraiment ? »

« Rayonner. »

« Qu'est-ce qui nous fait rayonner ? »

« Tu veux vraiment que tout te tombe tout cuit dans le bec, aujourd'hui ! » s'offusqua le reflet.

« Et toi tu es de bien mauvaise humeur ! »

« Je te rappelle que je suis toi. Je suis de mauvaise humeur pour la bonne et simple raison que tu t'es levée du pied gauche ! »

« Ohhh, très bien, très bien », capitula Kim, « réfléchissons… Ce qui fait rayonner, c'est… » La jeune fille se tut durant deux bonnes minutes avant de reprendre le fil de sa réflexion, le sourire aux lèvres, déjà victorieuse. « Ce qui fait rayonner, en quelque sorte, c'est … le charisme ! Cette façon qu'ont certaines personnes d'être elles-mêmes, juste ça. De se ficher des regards, de ne jamais éprouver de honte. Et puis de savoir ce qu'elles veulent. De savoir aussi qui elles sont et de s'accepter. D'être généreuses avec elles-mêmes. »

« Exactement ! C'est ce que l'on appelle… »

« … la confiance en soi. »

Kim resta silencieuse quelques minutes, digérant ces nouvelles informations.

« Mais », reprit-elle soudain, « je n'ai pas confiance en moi ! Je ne sais pas qui je suis et j'ai peur du regard des autres. C'est pour ça que je mens. Sans arrêt. Personne ne m'aimera ! Jamais ! »

« Je te signale que Jared t'aime déjà… »

« Trop difficile à croire. Il ne me connait pas. »

« Alors montre-lui qui tu es. La meilleure manière de séduire, c'est d'être soi-même. »

Kim se laissa tomber sur son lit et se perdit dans la contemplation du plafond. Il fallait qu'elle soit elle-même. Par prudence, cependant, elle ferait en sorte d'en apprendre le maximum sur Jared avant de lui divulguer la moindre information la concernant. Hors de question qu'il la manipule !

Toute à ses réflexions, la jeune fille ne sentit pas la fatigue la gagner. Sa vue se brouilla, ses membres s'engourdirent et elle glissa lentement dans le sommeil…

« Kimmy… Kimmy… »

« Hum… »

« KIMMY ! »

« Mais quoi, à la fin ?! », grogna-t-elle en grimaçant.

« Tu dois te lever ! »

« Noooonnn, encore quelques minutes », gémit-elle, refusant de se donner la peine d'ouvrir les yeux.

« Tu n'as pas quelques minutes, il est déjà 7h30 … »

Si tard ? Si seulement on pouvait la laisser dormir. Encore et encore. Pendant des heures. Jusqu'à midi au moins !

« … et un certain Jared t'attend dans le salon », poursuivit sa mère.

Jared l'attendait dans le salon. Eh bien il pouvait toujours attendre ! Rien ni personne ne la forcerait à quitter son lit ! C'était comme ça et pas autrement ! Kim poussa un soupire de contentement et roula sur le ventre pour enfouir son visage dans son oreiller. C'est alors que la réalité se fraya un chemin jusqu'à son cerveau engourdi : Jared, chez elle, seul avec son père, elle pas coiffée, pas lavée, pas habillée.

« .Dieu ! » s'écria Kim en se redressant comme un ressort.

Elle se jeta aussitôt hors du lit, faillit s'étaler par terre en s'emmêlant dans ses draps et alla ouvrir la porte de sa chambre, derrière laquelle patientait Madame Calbreen.

« Eh bien, c'est pas trop tôt », s'exclama cette dernière en avisant le visage décomposé de sa fille unique.

« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?! »

« Quelle histoire ? », demanda-t-elle innocemment.

Pour ne pas céder à la panique, Kim se força à respirer lentement avant de reformuler ce qui, pourtant, lui semblait parfaitement clair.

« Que fait Jared dans ma maison ?! »

« Oh, il nous a dit qu'il t'escorterait dorénavant jusqu'au lycée. Quelle gentille attention ! »

« Et il ne pouvait pas m'attendre dehors ? »

« Enfin, Kimmy chérie », protesta Madame Calbreen, scandalisée, « on ne laisse pas un si charmant garçon dehors sous la pluie ! »

« Non, bien sûr que non, autant l'inviter chez soi. Surtout s'il s'agit d'un garçon dont votre chère fille, la prunelle de vos yeux, ne vous a jamais parlé qu'en mal ! », ironisa Kim en pointant sur sa mère un doigt accusateur.

Le visage de cette dernière se décomposa tout-à-coup, son teint pâlit dangereusement et elle eut un mouvement de recul. Lorsqu'elle reprit la parole, on aurait dit que le souffle lui manquait, comme si sa fille lui avait donné un coup de point dans l'estomac.

« Mais…tu… Dis-moi, tu ne détestes pas vraiment ce jeune homme, tout de même ? »

« Eh bien… »

Kim hésita. Elle aurait voulu répondre que oui mais elle n'en était plus si sûre. Sa mauvaise opinion de Jared était née de préjugés que le mois qu'elle allait passer en sa compagnie parviendrait peut-être à démentir. Elle prit donc le parti de la sagesse :

« Je n'ai pas vraiment d'opinion », laissa-t-elle finalement tomber.

« Dans ce cas, c'est l'occasion de t'en faire une », affirma Madame Calbreen, visiblement soulagée.

Ayant retrouvé toutes ses couleurs, elle encouragea sa fille à s'empresser d'aller faire sa toilette et disparut dans les escaliers.

Kim avait à peine un quart d'heure pour se rendre à peu près présentable. Elle devait l'être assez pour ne pas avoir l'air d'une sauvage, trop peu cependant pour que Jared puisse imaginer qu'elle envisageait l'idée de le séduire. Durant ce laps de temps durant lequel la jeune fille ne franchit pas les limites du premier étage, voici la discussion qui eut lieu au rez-de-chaussée :

« Tu vas avoir du pain sur la planche, mon pauvre Jared », déclara Madame Calbreen, qui venait à peine de quitter sa fille.

« Pour en être conscient, j'en suis conscient ! Je crois bien que notre imprégnation est unique en son genre ! » s'écria le jeune homme avec un sourire malicieux.

« Que veux-tu dire ? » s'enquit Madame Calbreen en s'installant face à Jared, sur le grand canapé du salon.

Elle posait sur le lycan un regard rendu brillant par la plus vive curiosité. Son mari, bien que d'un naturel peu démonstratif, semblait lui-même extrêmement intéressé.

« Eh bien figurez-vous que lorsque c'est arrivé, nous étions en cours d'histoire. Tout se déroulait tout à fait normalement lorsque Kim s'est brusquement levée et s'est plantée devant Paul et moi. Elle s'est mise à nous réprimander comme des gamins parce que nous n'étions pas assez attentifs à son goût ! »

« Notre Kimmy ?! » s'étonna Monsieur Calbreen.

« Je n'aurais jamais cru ça d'elle », ajouta sa femme.

« Je vous assure que je n'exagère rien ! J'en suis resté comme deux ronds de flan. Je me suis contenté de la fixer en souriant. Elle a vraiment dû me prendre pour un crétin ! »

« Ne t'en fais pas, mon garçon », le rassura Monsieur Calbreen sur un ton paternaliste, « tous les loups garous sont passés par là ! Aucun n'a pu échapper au sourire béat et au regard énamouré. »

« C'est sans doute vrai… En tout cas, je ne m'attendais pas à m'imprégner aussi rapidement ! Je suis l'un des premiers de… »

Jared ne finit jamais sa phrase, Kim venait d'apparaître et durant quelques secondes, il fut incapable de prononcer un mot. Totalement subjugué après tout un week-end passé sans la voir, il se contenta de la manger des yeux. L'adolescente s'en rendit parfaitement compte et ne put empêcher quelques rougeurs de lui monter aux joues.

« Salut », lança-t-elle timidement.

L'adolescent sortit de sa transe pour lui retourner son salut. Kim se dit qu'avec Jared installé dedans, le grand fauteuil du salon paraissait bien petit. Lorsque le jeune homme se leva, le fauteuil sembla recouvrer sa taille normale. Il s'approcha de la jeune fille et s'empara d'autorité de son sac de cours. Kim rougit un peu plus et tenta de protester mais seuls quelques balbutiements parvinrent à sortir de sa bouche. Elle finit par intercepter les regards entendus que s'échangeaient ses parents, sans parler des sourires parfaitement niais qui s'étalaient sur leurs visages emplis de contentement. Cela lui fit l'effet d'une douche froide et elle décida de reprendre rapidement le contrôle de la situation. Hors de question de se comporter comme les midinettes des romans à l'eau de rose !

« Allons-y, sinon nous allons être en retard », lâcha-t-elle brusquement en entraînant Jared à sa suite. Autant dire qu'elle n'aurait jamais osé lui prendre la main. Elle s'était donc contentée de l'attraper par la manche de sa parka. Ce contact, cependant, si minime soit-il, alluma des étincelles dans les yeux de Jared. Heureusement, Kim ne s'en rendit pas compte car elle lui tournait le dos et était trop occupée à l'extraire de sa maison au pas de charge pour s'intéresser à ce genre de détails. Lorsqu'ils se retrouvèrent tous deux sous la pluie battante, elle poussa un soupire de soulagement, et relâcha la parka. Elle sursauta violemment lorsque Jared emprisonna sa main dans la sienne, comme pour la retenir. Son cœur se mit à battre fort, très fort. Incapable de le regarder dans les yeux, l'adolescente se contenta de récupérer sèchement sa main et s'éloigna à grandes enjambées en direction de ce qu'elle supposait être la voiture du jeune homme. Jared la regarda faire en se demandant s'il arriverait un jour à dompter sa belle. La Bête qui domptait la Belle. L'idée lui plaisait bien. Il rejoignit la jeune fille en se promettant qu'il relèverait le défi coûte que coûte.

TO BE CONTINUED . . .

Alors alors alors ? L'eau était comment ? Tout juste potable ? Passablement bonne ? Très bonne ? Délicieuse ? Divine ? Dégueulasse ?