Salut les enfants !
Vous vous souvenez, je vous disais la semaine dernière ne pas savoir si je devais terminer avec ce chapitre-ci ou écrire une sorte d'épilogue. Bon, le fait est que je suis en train d'écrire un épilogue à cette fiction. Je dis bien en train. Ce qui signifie que je ne suis pas sûre de l'avoir terminé pour dimanche prochain. Donc, je ne peux pas vous garantir ce que vous aurez la semaine prochaine, ce sera peut-être le premier chapitre de la nouvelle fiction. En même temps, n'hésitez pas à donner votre avis sur ce chapitre. Peut-être estimez-vous qu'il peut faire office de fin, peut-être préférez-vous faire un break dans cet histoire et avoir la nouvelle... Pour le coup, j'essaierai de me plier à vos avis.
Pour que vous ayez un point de comparaison, la prochaine histoire se déroulera dans un monde en guerre, aux prises avec la dictature. Et la jeunesse choisit la révolte. Jude et Caleb seront de nouveau les héros, mais il y aura plus de personnages qui graviteront autour d'eux.
Voilà voilà ! Sur ce, bonne lecture.
Il tourne en rond depuis vingt bonnes minutes. L'horloge indique vingt et une heures trente. Qu'est-ce qu'il fout, bordel ? Une heure et demie pour rentrer, ça commence à faire beaucoup…
Le bout de ses doigts maltraite insolemment la couverture d'un livre mal rangé. L'appartement d'Axel est bien plus vaste que le sien, ça le rendrait presque jaloux. Le problème, c'est qu'aucune fenêtre ne donne sur la rue d'où Jude va arriver. S'il arrive… Donc, aucun moyen de prévoir son entrée. Depuis la fermeture du magasin, il consulte toutes les minutes son téléphone, au cas où Jude aurait enfin décidé de l'appeler. Mais non, bien sûr ! Il préfère jouer avec ses nerfs ! En y réfléchissant, Jude est probablement le garçon le plus habile à ce niveau-là ! Il est capable de le faire exploser, puis de le calmer en un temps record, par un regard ou un baiser. Il se ressaisit.
- Il a laissé son portable ici… j'avais oublié.
Il y a un paquet de cigarettes neuf sur la table, et Caleb soupçonne le propriétaire de l'appartement de l'avoir laissé ici pour lui. Il l'attrape et, pour ne pas déroger au rituel, en retourne une avant de saisir sa voisine et de lui trouver une nouvelle place, entre ses lèvres. La flamme s'en approche, et la première bouffée vient former un nuage empoisonné dans l'air.
La poignée de la porte d'entrée s'abaisse.
Jude est rentré.
- Qu'est-ce que…
Le regard de Caleb face à la surprise de Jude reste impassible, dur, et aussi en colère. Il abandonne la cigarette dans le cendrier et la laisse se consumer toute seule. Avec la ferme impression d'avoir été pris au piège, Jude décide de pousser la porte. Non, il ne va pas s'élancer dans l'escalier pour fuir. Il a passé l'âge. Lentement et sans jamais lâcher le regard froid et accusateur de son compagnon, il pose son sac à terre et se défait de sa veste. Puis il retire ses lunettes. A quoi bon les garder, à quoi bon placer un écran entre leurs deux regards ? Il a commis une erreur en ne disant rien à Caleb. Maintenant, il doit assumer.
- Tu arrives tard.
- Te fie pas à cette horloge, elle avance d'un quart d'heure.
Jude s'avance vers la cuisine et ouvre le réfrigérateur pour en sortir deux bières. Il revient vers Caleb et lui tend la bouteille décapsulée. Sans un mot, le jeune homme l'accepte et porte le goulot à sa bouche. Il grimace. Elle est trop sucrée !
- Je sais, c'est sucré, mais Mark n'aime que celle-ci !
Son sourire est un peu las. Il dort bien, c'est ce que tu as dis, Axel ? Pardon de me montrer sceptique ! Le sourire disparait, Jude hésite à regarder son compagnon dans les yeux.
- Qui est-ce qui m'a dénoncé ?
- C'est important ?
- Tu dois me détester…
- Oui, un peu.
- Pour avoir déserté l'appartement, pour ne pas t'avoir appelé, pour t'avoir interdit de me rendre visite, pour m'être tenu à l'écart de toi lors de l'enterrement ou pour avoir emménagé ici sans rien te dire ? Oh merde, je me rends compte en disant ça à quel point je me suis comporté comme un salaud !
- Comme un gamin égoïste, plutôt… En fait, je t'en veux à peu près pour tout ça, et pour pas mal d'autres choses… Et je m'en veux aussi de ne pas savoir comment t'aider, même après autant de temps. Alors, ça pourrait être bien qu'on parle un peu tous les deux, qu'on mette tout à plat pour savoir vraiment où on en est et ce qu'on peut encore sauver. Axel et Mark ne reviendront pas avant demain matin. Alors, si t'en sens la force…
Docilement, Jude hoche la tête et prend place sur le canapé, immédiatement rejoint par Caleb qui pose la bière qu'il ne boira pas sur la table basse. Il y a comme une impression de déjà-vu, de déjà-vécu. Ce n'est pas la première fois qu'ils ont besoin de tout mettre au clair de se demander si leur couple a un avenir.
Le jeune homme aux cheveux châtains pose sa tête lourde sur l'épaule de son compagnon, un peu surpris par cet élan de fatigue et de tendresse. Avant que son cerveau ne se mette en marche et ne lui crie de s'éloigner, Caleb laisse sa main s'aventurer dans les cheveux du jeune homme, rapprochant ainsi les deux corps et les deux âmes. Le parfum de Jude lui parvient, comme le souvenir d'un jour récent. Le souffle du jeune homme dans son cou le chatouille agréablement. Toute la colère emmagasinée depuis une semaine prend son envol, doucement.
- Pardon de t'avoir inquiété.
- J'ai cru que j'avais fait quelque chose de mal…
- Non, bien sûr que non. J'avais pas vraiment envie que tu me vois comme ça. Encore. Ma dernière crise d'angoisse, j'avais dix-huit ans… Je voulais pas que tu vois que je… que je suis incapable de remonter la pente…
- Après la claque que tu t'es pris en pleine figure, je m'attendais un peu à ce que tu t'effondres.
Jude relève la tête du cou du jeune homme, et Caleb en profite pour déposer le premier baiser qu'il a en réserve sur les lèvres de Jude. Sa main se pose contre sa mâchoire, sans exercer aucune pression sur le visage du jeune homme. S'il ne veut pas répondre à ce baiser de retrouvailles, Jude est libre de s'écarter. Il ne le fait pas, ses mains s'accrochent au corps du garçon. Puisque Jude n'émet pas d'objection, puisque lui aussi recherche ce contact de leurs bouches, de leurs langues, Caleb enchaîne les baisers. Il lui en offre sept, un pour chaque jour de la semaine qu'il a passé sans lui !
- Tu m'as manqué…
Le cœur de Caleb se met à vibrer. Cette phrase, ces mots prononcés par le jeune homme, ils sont étrangers dans sa bouche. Jude les a murmurés, il a longtemps tenté de les retenir. Ça sonne un peu comme une déclaration d'amour maladroite et usée, mais il faut savoir s'en contenter !
Caleb sent une sorte de lutte entre son cerveau et son cœur. Le cœur, en accord avec le corps, voudrait rester comme ça, collé contre ce corps dont il aime chaque parcelle. Après tout, Axel a interdit qu'on touche à son lit, mais le canapé est encore disponible… Le problème, c'est que le cerveau commence à tirer la sonnette d'alarme pour lui rappeler que ce qu'il faut avant tout, c'est parler, savoir comment il va, comment ils vont tous les deux… Raisonnablement, il s'écarte et rompt la chaîne de baisers.
- J'ai jamais compris pourquoi tu n'as pas quitté la ville. Pourquoi tu es resté à quelques mètres de Dark, de l'école… Un psy te dirait que tu es accro à la peur !
- Mon père vit ici, qu'est-ce qu'il aurait dit si j'avais demandé à quitter la ville encore une fois ? Ou à aller voir un psy ? Et puis, j'ai fini par te rencontrer, alors j'ai quand même un peu gagné au change.
Sa voix est indolente et fatiguée, il offre sur un ton neutre des mots puissants, de ceux qui viennent se loger dans le cœur pour jouer les graveurs sur pierre. Je vais finir par m'habituer aux compliments, se dit Caleb. Jude ne le regarde pas dans les yeux. Il a saisi une cigarette qu'il fait jouer entre ses doigts sans l'allumer, juste pour occuper son esprit. Les mots se bousculent contre ses lèvres closes, il cherche à y mettre de l'ordre, un sens.
- Qu'est-ce que tu as ? demande Caleb.
- J'ai réfléchi toute la semaine, tu sais. J'aurais aimé que toute cette histoire avec Dark quand j'avais treize ans me soit égale. J'ai longtemps pensé que si je n'en parlais pas, je finirais par oublier. J'ai cru que passer mes nuits avec quelqu'un qui connaissait mon secret me permettrait de surmonter cette blessure. Un face à face avec Dark, des excuses de sa part, ça aussi je pensais que ça allait m'aider ! Et puis, j'ai fini par me dire qu'à force, ça passerait tout seul ! Mais rien ne fonctionne. Et à vingt ans, après y avoir réfléchi près de sept ans, je comprends que je ne dois rien attendre de vous. C'est à moi d'affronter ça, à moi d'essayer de m'en sortir au lieu d'attendre une aide extérieure. Et je veux m'en sortir, vraiment !
Caleb observe son compagnon. Il lui a rarement vu autant de détermination dans le regard, de même qu'il l'a rarement entendu autant parler de son traumatisme d'enfance. Quelque part, il se dit qu'il n'est pas complètement étranger à ce bouleversement, et il s'en félicite. Jude lève son regard brûlant et embrumé par l'émotion, ou les larmes, ou les deux. Il déglutit difficilement avant de parler de nouveau, encouragé par les yeux de son compagnon.
- La seule décision que j'ai prise, c'était à quatorze ans, quand j'ai décidé de partir en Italie. Et c'est la seule chose qui a fonctionné. Pendant un an, je me suis senti presqu'en sécurité. Alors, je crois qu'il est tant pour moi de repartir. Après mes examens de Juin.
Les yeux bleus s'ouvrent grand. Celle-là, il ne l'avait pas vue venir ! Il suffit de le laisser seul une semaine, et il décide subitement de faire une traversée du désert !? Sous l'effet de la surprise, Caleb se redresse et prend une cigarette, pour masquer son inquiétude. Sauf que ça ressemble plutôt à un cliché, fumer pour calmer ses nerfs. Jude n'est pas dupe. La cigarette à peine allumée, la première bouffée à peine crachée, Jude prend la sucette entre ses doigts et la pose dans le cendrier, à côté de sa jumelle qui finit de se consumer. Puis il reprend possession des yeux glacés de son compagnon.
- Je ne veux pas que Célia vienne avec moi en laissant ses études de côté. Mais je me sens pas la force de partir seul. Alors, je voudrais te demander de m'accompagner. Quitte ton boulot, et on se barre pour un an, où tu veux.
Il essaie de détecter la moindre trace d'ironie dans le regard de son compagnon, mais rien ! Alors, il est sérieux ? Caleb oscille entre deux sentiments : la joie que Jude ait envie de passer un an loin de tout avec lui, et la peur de le voir partir sans lui. Parce qu'il est évident que ce voyage, il ne peut pas s'en payer le luxe !
- Jude, t'es malade ! J'ai pas l'argent pour ça ! J'ai un appart', des factures à payer… J'ai à peine de quoi m'offrir un billet d'avion !
- Rends le bail de ton appartement. Je dis pas que ce sera le grand luxe, mais on pourra bosser là-bas, louer un studio, faire des études et demander une bourse… Et puis, pour le début, mon compte en banque est loin d'être vide.
Sa main vient frotter ses yeux bleus, comme pour le forcer à revenir sur terre, sortir de ce rêve. Lorsqu'il ouvre les paupières, rien n'a changé. Jude est toujours là, l'air tout aussi sérieux. Un an loin de tout, un an avec son amant, avec l'homme dont il est tombé amoureux… Ça paraît surréaliste ! Où est le piège ?
- Tu vas me supporter pendant un an ? J'veux dire, on s'engueule tous les quatre matins, et on n'a jamais vraiment vécu ensemble. Qui te dit qu'on va pas rompre trois semaines après notre arrivée ?
- Je suis prêt à prendre le risque…
- On n'a pas passé l'âge de jouer les fugitifs ?
- C'est toi qui me dis ça ?
Le jeune homme sourit. Il passe son temps à répéter que personne n'a le monopole de l'amour, de la liberté, de l'enfance… Si aujourd'hui, il refuse de partir dans le souci de paraître adulte, il se sera menti à lui-même, il aura renié l'un de ses principes. Il ferme les yeux et renverse la tête en arrière. Après tout, qu'est-ce qui le retient vraiment ici ? Ses amis et sa famille, évidemment, la ville aussi… Mais la simple idée de se séparer de Jude un an le terrorise. Il a eu du mal à passer sept jours sans lui, alors trois-cent-soixante-cinq… Les yeux au plafond, il répond :
- Tu as besoin d'une réponse immédiate ?
- Non. Mes résultats tombent dans trois semaines. Ce sera suffisant ?
Caleb hoche la tête. Il va bien falloir ! Dans les yeux qui le fixent, il peut presque lire un « merci ». Jude se rapproche et dépose sur les lèvres du jeune homme un baiser qui le conforte dans cette idée. Sa main part dans une exploration en terre connue sur le front et le visage du jeune homme avant de se perdre dans ses cheveux châtains. Le regard de feu s'allume doucement, réveillé par les caresses.
- Et si on passait aux choses sérieuses maintenant ? propose-t-il. Je te rappelle que je n'ai toujours pas eu mon cadeau d'anniversaire !
La main blanche et avide de découvertes de Caleb revient jouer contre la joue et le cou de son compagnon. Dans quelques instants, elle voudra jouer sur une autre surface de la peau de Jude… Leurs bouches s'emprisonnent l'une l'autre, laissant les deux langues captives s'essayer à un tango inspiré. Jude entoure le corps de son compagnon de ses deux bras, pour le rapprocher de son propre corps. Finalement, ce sont les mains qui montrent le plus de curiosité. Elles découvrent la nuque, se disputent l'accès à la poitrine ou aux hanches. Ce sont elles qui prennent l'initiative de retirer une veste, puis un T-shirt. La ceinture est plus difficile à enlever, plus réticente. Et le jean, évidemment, qui ne demande qu'à se séparer de la peau qui chauffe doucement sous le poids d'un autre corps tout aussi brûlant, tout aussi demandeur.
C'est au tour des bouches de s'essayer à un peu de magie ! Elles se connaissent, elles réinventent une musique amoureuse en couvrant tout le corps, en provoquant un désir fulgurant, une passion nocturne.
Accompagné par les bras de Jude, le corps de son amant se renverse sur le canapé. Il est temps de rompre les préliminaires… Les yeux, de feu ou de glace, se voilent, comme une photographie de leur attirance, de leur besoin de l'autre. Les deux corps sont nus, ils se protègent l'un l'autre.
- Je reviens, dit le jeune homme aux cheveux châtains en se levant.
Sa voix a cette sonorité rauque, comme un râle, que Caleb lui connaît bien. Elle attise encore un peu le feu qui brûle l'intérieur de son corps, qui lui interdit de penser raisonnablement. Cette voix lui fait perdre pieds, elle donne une nouvelle dimension au mot « amour », au mot « passion ». Il y a quelque chose de beau et d'excitant dans cette voix, quelque chose qui vaut le détour, qui vaut le coup de patienter jusqu'à l'orgasme, jusqu'à ce que le nom de son partenaire soit crié au milieu des soupirs…
Jude revient sous l'œil attentif de son compagnon. Coincé entre l'index et le majeur, Caleb remarque l'objet nouveau qui a forcé son compagnon à l'abandonner moins de deux minutes.
- Ça m'inquiète un peu que tu saches où sont planquées les capotes de tes amis…
- Mark me l'a dit, au cas où tu viendrais me rendre visite dans la semaine.
- Pour ça, il aurait fallu me prévenir…
- Tu tiens vraiment à avoir cette conversation, où on peut recommencer où on s'est arrêté ?
Le jeune homme sourit et attire son compagnon contre lui, qu'il reprenne sa place, qu'il lui donne enfin cette preuve amoureuse après laquelle il court ! Les mouvements des mains, des bouches reprennent, bientôt accompagnés des bassins en exercice. Lorsque l'un des jeunes hommes offre un soupir, l'autre répond immédiatement, dans un souci d'équité. Jude est maître du jeu, maître des corps, maître des désirs. Au milieu de l'euphorie, son compagnon parvient à articuler une ou deux phrases courtes, parmi lesquelles il reconnaît un « je t'aime » proche d'un « aime-moi ». Les souffles se cadencent, les rythmes cardiaques s'emballent sous la tension maximum des corps en fusion. L'amour et le charnel se confondent parfaitement pour un ultime soupir, pour une ultime source de chaleur…
Lentement, indolemment, Jude se sépare du corps de Caleb et se couche à ses côtés. Les deux garçons retrouvent doucement leur respiration, leurs corps à froid, pour s'accorder quelques heures de sommeil à deux.
- A quelle heure ils reviennent demain matin ?
- Axel n'a rien dit.
Caleb entoure le corps de son compagnon de ses bras et l'amène à lui. Il dépose sa tête au creux de son cou, pour s'endormir avec cette odeur familière. Tout le corps de Jude est régi par les pulsations de son cœur, un cœur qui court le rallye…
- Jude, je sais que je te fais de l'effet, mais je trouve ton cœur un peu rapide !
C'est vrai, Jude en est bien conscient. Alors que son compagnon cherche le sommeil, lui cherche autre chose, quelque chose comme du courage. Il se retourne et plante ses yeux grenat dans ceux de son compagnon, un peu surpris par cette réaction. Le jeune homme aux cheveux châtains soulève son corps au-dessus de celui de Caleb. Il est décidé. Dans l'élan, il dépose un baiser sur ses lèvres.
- Si tu as encore envie, va falloir attendre un peu, parce que je vais pas tenir…
- Ça n'a rien à voir, le rassure Jude.
Ses bras cèdent lentement, leurs deux poitrines se collent de nouveau, sans l'espoir d'une reprise des hostilités amoureuses. Caleb fronce les sourcils, mais dépose ses mains sur le dos de son compagnon, en attendant de comprendre ce geste. La bouche de Jude s'approche de l'oreille du jeune homme. Il soupire, il articule ses mots dans sa gorge. Il ne peut pas se tromper. Dans un murmure presque inaudible, entre le rêve et la réalité, il accepte enfin de délivrer ces mots emprisonnés dans son cœur et qui ont creusé un tunnel à coup de pioche jusqu'à ses lèvres.
- Je t'aime.
La phrase se perd au milieu des soupirs, mais Caleb sait bien qui ne l'a pas imaginée. Non, cette petite phrase si simple et si compliquée, cette phrase qu'il attend depuis près de trois ans, elle vient enfin d'être prononcée, dans un élan d'aveu amoureux. Il resserre brutalement son étreinte autour du jeune homme, pour ne pas le voir s'envoler. Il voudrait lui dire merci un million de fois, parce qu'il sait à quel point ces mots sont tranchants, effrayants. Les larmes perlent au bord de ses yeux, il ne les retient pas.
- Tu peux pas savoir comme ça fait du bien, murmure Caleb.
- Je me suis dit que c'était un peu égoïste de garder ça pour moi…
- Je vais avoir un peu de mal à te dire non pour le voyage, maintenant…
- Dors, et on en reparle demain.
- A vos ordres !
Flame you came from me
(Une flame vient de moi)
Fire meet gasoline
(Le feur rencontre l'essence)
I'm burning alive
(Je suis brûlée vivante)
I can barely breathe
(J'arrive à peine à respirer)
When you're here loving me
(Quand tu es là à m'aimer)
Fire meet gasoline
(Le feu rencontre l'essence)
I got all I need
(J'ai tout ce dont j'ai besoin)
When you came after me
(Quand tu es à mes côtés)
Fire meet gasoline
(Le feu rencontre l'essence)
- C'est pas vrai, mais qu'est-ce qu'ils font là ? Je lui avais dit de partir avant qu'on revienne !
- Allez, viens ! On va les laisser se réveiller.
Les deux propriétaires referment la porte, et les deux garçons allongés dans le canapé sortent des songes.
- Dis-moi que c'était pas un rêve, dis-moi que tu m'aimes, Jude !
- J'ai mis trois ans à te le dire pour la première fois, ne m'en demande pas trop. Mais je t'assure que tu ne rêvais pas.
- Alors, je pars !
Fire meet Gasoline, Sia, 2014
