Chapitre 14 : Tumulte au pueblo de Los Angeles
Durant la matinée du samedi, tandis que les De la Vega finissaient de se préparer, un coursier vint frapper à la porte de l'hacienda. Diego, alors au salon, alla voir de plus près ce qu'il en était.
— Hola, Armando.
— Buenos días, Don Diego. Il y a un courrier qui vient d'arriver pour vous, expliqua-t-il en lui tendant un pli scellé.
— Gracias, dit Diego en lui donnant un peso.
Le coursier le remercia d'un signe de tête avant de s'éclipser laissant Diego souriant lorsqu'il remarquât le sceau sur la lettre. Don Alejandro sortant de son bureau nota la bonne humeur de son fils.
— Eh bien ! Les nouvelles semblent bonnes, Diego.
Le jeune De la Vega leva la tête vers son père.
— Je ne sais pas encore, si elles le sont ou non mais son expéditeur est intéressant. Par ailleurs, je pense que la présence de Zorro à Los Angeles serait préférable à la mienne. Ainsi, je ne vous accompagnerai pas tout à l'heure.
— Et comment vais-je expliquer ton absence ?
— Vous trouverez bien une excuse, Père, dit-il avant de disparaître dans l'hacienda.
Don Alejandro soupira et retourna dans son cabinet.
Diego regagna sa chambre par le passage secret. Là, il décacheta le courrier et entama sa lecture. Son sourire disparu au fur et à mesure qu'il découvrit le contenu du message, son visage cachant mal son inquiétude avant de retrouver une mine plus gaie.
Il est impératif que Zorro se prépare lui aussi, songea-t-il en rangeant le message dans une cache du tiroir au moment où l'on toqua à la porte.
Il attrapa une couverture qu'il mit sur son dos et alla ouvrir. Surpris par son accoutrement, Bernardo le questionna.
— Ce n'est rien mon ami. J'ai un coup de fatigue subit, expliqua-t-il d'un ton las.
Bernardo le regarda, partagé. Puis il dessina un Z du bout des doigts. Diego hocha la tête en souriant
— Tu es perspicace, mais il faut que je donne le change jusqu'au départ de mon père et de Salena, dit-il en s'installant sur son lit.
Compatissant, Bernardo le couvrit avant de ressortir.
Sur le balcon, il croisa Salena.
— Bernardo, auriez-vous vu Diego ?
Celui-ci hocha la tête et expliqua à Salena que Diego avait un coup de fatigue subit.
—Le pauvre. Puis-je aller le voir ?
Bernardo secoua la tête négativement et lui fit comprendre que Diego avait besoin de calme. Salena soupira.
— Bon, je le verrai quand il ira mieux, dit-elle dépitée avant de redescendre, suivie par le serviteur.
— Oh, vous voilà, s'exclama Don Alejandro. Êtes-vous prête, Salena ?
— Si, répondit-elle en jetant un dernier coup d'œil vers la fenêtre de la chambre de Diego.
Elle avait un mauvais pressentiment depuis son réveil et n'avait pas trouvé le temps d'en faire part à son ami.
— Est-ce que tout va bien ? demanda Don Alejandro devant sa triste mine.
— Oui, Don Alejandro, tout va bien… Je m'inquiète pour Diego.
— Ce n'est qu'un coup de fatigue, dit-il sans y penser. Nul doute qu'il nous rejoindra plus tard s'il va mieux.
Il l'invita ensuite à monter en voiture. Salena grimpa en silence, pensive.
Lorsqu'ils arrivèrent à Los Angeles, il y avait déjà foule sur la place du marché. Don Alejandro, le regard aux aguets, nota la présence discrète des lanciers. Le Capitán Toledano était à côté de son épouse, du gouverneur, du vice-roi et de leurs filles respectives. Tous assis sur des chaises juchées sur une estrade. L'alcade, alors dans la foule avec ses amis, regarda sa montre à gousset. Il allait être l'heure. Il s'excusa auprès d'eux et se dirigea vers la scène. Don Alejandro et Salena se rapprochèrent à leur tour.
Un homme dans la foule fit signe à un des ses amis qui fit passer le code et ainsi de suite. Pourtant l'un d'eux rageait intérieurement, révolté contre cette manipulation. Son courroux s'atténua lorsqu'il remarqua l'absence du jeune De la Vega.
Bien, maintenant il faut que j'attire l'attention de Don Alejandro De la Vega, mais pas pour l'instant… Isabella, Diego, je vous sauverai, dussé-j'y laisser ma vie. J'en fais le serment, songea-t-il.
Serrant les poings, il s'approcha lui aussi de la scène dont l'accès se trouvait maintenant en face. Puis il attendit, se faisant le plus discret possible et baissant le sombrero qu'il portait pour cacher son visage.
Lorsque l'heure de la réunion fut marquée sur la montre de l'alcade, celui-ci attrapa une petite cloche et la fit tinter un moment jusqu'à ce que le silence se fasse sur la plaza. Sur les toits une ombre se faufila avec fugacité.
— Señores, señoras, je vous remercie d'être venus si nombreux. Vous vous demandez certainement quel est le but de cette réunion. Aussi pour que cela soit plus clair, je vais laisser la parole au vice-roi, dit Don Donatio en invitant Don Esteban à se lever.
— Gracias, Alcalde, dit-il en se levant. Citoyens de Los Angeles, l'heure est grave. Des forces armées mexicaines marchent vers la Californie suite à la chute de Mexico.
De nombreux murmures se firent entendre dans la foule.
Je comprends mieux les plans d'El Lobo, pensa Monastario attentive à la discussion.
— Je n'attends pas de vous que vous vous battiez… J'attends de vous de choisir ce qu'il convient de faire. Je n'étais pas encore là quand vos aïeux ont bâti votre pueblo. Je n'étais pas là lorsque vous avez lutté pour sa survie. Aussi c'est à vous, Citoyens de Los Angeles, de choisir. Allez vous laisser entrer sur vos terres et accueillir cette force comme un ami, ou allez-vous vous battre contre un ennemi ? Je vous laisse le choix en organisant un vote qui déterminera l'avenir de votre pueblo.
Lorsque l'alcade avait sonné la cloche, personne n'avait remarqué l'ombre noire courir sur les toits… Personne ? Pas si sûr.
Ah ! Le voilà, sourit Monastario alors qu'il scrutait les environs à sa recherche. Tout va se jouer maintenant, réalisa-t-il en observant son « chef » se faire de la place pour avancer tandis que le vice-roi venait de finir son explication.
Sur les toits, Zorro le remarqua aussi et sourit.
Voyons voir ce que vous allez faire… Señor De Otsoa, pensa-t-il, prêt à intervenir.
Tornado attendait en contrebas, caché dans l'ombre d'un pilier.
— Traître à la couronne, s'insurgea l'homme focalisant alors l'attention de tous.
Don Sebastián, pourquoi n'en suis-je pas plus étonné, ironisa silencieusement Don Alejandro.
— Señor ? interrogea Don Esteban.
— Vos paroles ne sont que billevisées ! Vous n'êtes qu'un politicien sans scrupule. Vous abandonnez le peuple et trahissez la volonté du roi en vous moquant de ce qui peut advenir du pueblo… Mort au traître, s'exclama-t-il en levant le poing droit.
Monastario soupira, c'était le signal.
Qu'attend-il donc ? s'étonna-t-il s'attendant à l'intervention du hors-la-loi.
Lorsque l'homme se tourna vers lui, le visage sévère, il maugréa. Ôtant son sombrero, il remonta un foulard pour cacher son visage et s'avança fermement.
Au même moment, des hommes se mirent à tirer en l'air éparpillant la foule. Les lanciers se frayèrent un chemin vers les bandits, leur tirer dessus était hors de question. Ils risquaient de blesser les citoyens et leurs amis. Don Alejandro mit Salena en retrait tandis que des cavaliers arrivaient créant davantage de cohue dans le public. Certains dons sortirent leurs armes, prêts à en découdre s'il le fallait, aidant les plus démunis à se réfugier.
— Le Capitán Toledano ne pourra pas protéger tout le monde sur l'estrade. Restez-là, Salena, je vais lui prêter main forte, dit le señor De la Vega autoritaire en sortant son arme.
Bon sang, mais que fait donc Diego ?
En s'approchant de la scène, Don Alejandro observa un homme masqué y monter en deux temps trois mouvements en sortant son arme.
Toledano le remarqua aussi et tira son sabre hors de son fourreau.
— Señores, señoras, allez vous mettre à l'abri.
— Arturo, lança la señora Toledano terrorisée.
— Tout ira bien, Raquel.
— Par ici, entendit-il Don Alejandro dire aux personnes derrière-lui.
Bien, songèrent les deux adversaires en engageant le combat.
Dans la cohue, personne n'entendit le sifflement émit par l'ombre noire ni son fidèle destrier hennir en se cabrant lorsqu'il réceptionna son cavalier. Zorro se fraya un passage facilement et observa le peuple retrouver espoir.
Depuis son signal, le Señor De Otsoa observait son œuvre. Il nota Don Alejandro venir prêter assistance au capitán et en ragea intérieurement. Du coin de l'œil, il remarqua ensuite Yago se mettre en place, prêt à ouvrir le feu sur sa cible à son signal. Il recula alors pour avoir un meilleur angle de vue sur ce qui se jouait devant lui.
Derrière Don Alejandro, les fers résonnaient toujours, les deux adversaires s'étaient retrouvés en bas de l'estrade. La bataille était féroce, mais Toledano sentait que son adversaire n'avait pas réellement envie de se battre, aussi hésitait-t-il dans ses assauts. Une fois le dernier dignitaire mis à l'abri, Don Alejandro se retourna et remarqua l'ombre noire.
Enfin, songea-t-il.
Les deux hommes devant lui laissèrent soudain tomber leurs armes, touché par celle de l'adversaire. Le Señor De Otsoa leva la main, le signe fut perçu par Yago qui sourit narquoisement et visa Monastario, lequel se tenait le flanc gauche.
Seulement, Yago ne fut pas le seul à percevoir le signal. Tornado galopa vers lui. Zorro sortit son fouet et le fit claquer pour le désarmer.
— Zorro ! s'exclama-t-il en s'attrapant sa main douloureuse.
Pas plus étonné, Monastario se tourna vers lui.
— Gracias, Señor Zorro, dit-il sans cacher sa voix.
— Vous ! souffla Don Alejandro reconnaissant alors l'homme au foulard qui faisait alors face au capitán.
Sous son masque, Monastario sourit.
Toledano, se tenant l'épaule droite, s'étonna. Pourquoi cet homme remerciait-il le Renard et d'où Don Alejandro connaissait cette personne.
— Señor Zorro, vous protégez les traîtres ? râla l'auteur du soulèvement.
— Le traître c'est vous, Señor De Otsoa… A son insu, un ami m'a parlé d'un courrier fraîchement arrivé de Madrid. Il s'inquiétait pour sa famille, pour ses amis et a enquêté à votre sujet, expliqua le hors-la-loi.
— Comment ! grinça-t-il entre ses dents.
— Vous êtes dans les disgrâces du Roi… Don Sebastián. Et ce depuis que vous vous êtes acoquiné avec El Diablo, continua Zorro.
D'où sait-il tout ceci ? s'interrogea le vice-roi.
— J'ai même appris que le gouverneur et le vice-roi pouvaient agir librement tant qu'ils soutenaient les intérêts de la couronne, certes, mais aussi ceux du peuple qui a contribué à l'essor de la colonie. Le Roi a confiance en son peuple, Señor… Oh ! A propos, Otsoa ne veut-il pas dire Lobo en dialecte basque ?
Lobo… El Lobo, ce serait donc lui ! percuta Salena en regardant Don Sebastián avec colère.
La foule cachée entendit les paroles de Zorro, et ce fut armés de bâtons, de fourches et de pistolets que les citoyens revinrent sur la plaza.
Don Sebastián râla de plus belle tandis que Yago ramassât son arme à feu
Diego, songea Salena en l'apercevant et sortant de l'ombre.
Cependant, elle se savait trop loin et ne pouvait qu'observer.
La foule arriva avec tant de ferveur vers Zorro que Yago se retrouva submergé par le flot humain, un coup de feu retentit, écartant le public autour de lui. Tornado se cabra nerveusement. Don Sebastián remarqua qu'il n'était plus le centre d'intérêt principal. Discrètement, il sortit son arme à feu et prit son temps pour viser le hors-la-loi. Salena perçut la menace peser sur son ami. Sans y réfléchir à deux fois, elle se jeta sur lui, le noyant de coups de poings avant d'attraper l'arme à feu.
— Furie, pesta Don Sebastián.
Le cri de colère n'échappa pas à Zorro qui ne put que constater la scène.
Salena ! songea-t-il le cœur serré.
Tornado se cabra de nouveau, manquant de faire tomber son cavalier.
Don Alejandro pesta contre lui-même lorsqu'il remarqua Salena aux prises avec Don Sebastián.
Alors que le combat faisait rage sur la plaza, un nouveau coup de feu résonna. Tout se figea pour Zorro. Les lanciers, les dons, les citoyens et les brigands disparurent à ses yeux. Seuls existaient encore Salena et Don Sebastián.
