Disclaimer : Tout à J.K. Rowling. Janis et quelques autres trucs à moi, mais rien qui ne me rapporte de l'argent.
Remerciements : à Aodren, Traveler-Pauline et chocogrenouille pour leurs reviews, et à tous ceux qui me lisent pour leur extrême patience.
Remarques diverses : je m'excuse de deux choses concernant ce chapitre. 1) de l'aspect saccadé du récit – il faut peut-être l'envisager comme un épisode de série télé avec ses différentes scènes. De plus j'ai toujours pensé qu'une fic se rapprochait d'avantage d'une série télé que d'un roman, non ? (on attend « la suite au prochaine épisode » par exemple^^) 2) de ma nullité totale pour écrire des scènes amoureuses. Ce n'est pas demain que je me lancerai dans le Waffy... Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 14:
Bonnes et mauvaises notes
On était déjà fin novembre, mine de rien, et il allait falloir se dépêcher si l'on voulait publier un deuxième numéro des Nouvelles de Poudlard avant les vacances de Noël. Telles furent les pensées de Janis Warlock ce lundi soir, alors qu'elle observait ses camarades apprentis journalistes s'affairer dans le local du journal.
Visiblement, Lily s'enthousiasmait pour l'article qu'elle était en train de rédiger et qui constituait le premier chapitre de sa série sur l'histoire de Poudlard. En toute logique, les Fondateurs en étaient le sujet. En réalité, chacun des membres de l'équipe des Nouvelles aurait pu écrire dans son coin puis venir rapporter sa chronique au local, mais les réunions du lundi soir se transformait souvent en atelier d'écriture où chacun rédigeait son article du moment, galvanisé par la présence des autres.
Janis baissa les yeux sur son propre parchemin où trônait le titre provisoire de son article à venir : L'ombre de la censure menace la bibliothèque de Poudlard. Trop racoleur, se dit-elle en le raturant d'un geste vif. Juste en dessous, elle écrivit : Bibliothèque de Poudlard : des associations conservatrices font pression sur le Ministère. Non, ça ne convenait pas non plus. Elle demanderait à Adèle, bien plus douée pour les titres, quand celle-ci arriverait.
Janis avait scruté l'intégralité de chaque numéro de la Gazette depuis qu'elle avait eu sa conversation avec Madame Pince, mais n'avait pas trouvé d'allusion à l'affaire en question. Elle avait également entrepris de se renseigner sur le fonctionnement des commissions ministérielles et sur la réglementation en matière de censure en consultant de très ennuyeux ouvrages de droit magique. Ce qui l'avait en revanche davantage passionnée, c'étaient les recherches historiques : elle avait repéré un certain nombre de précédents à cette histoire, à chaque fois des groupes de pression plus ou moins extrémistes qui cherchaient à faire interdire des ouvrages considérés comme « dangereux ». Pourquoi le Ministère acceptait-il de considérer les demandes d'associations penchant clairement du côté de Voldemort, que pourtant il combattait ?
Janis cherchait encore quelle orientation donner à son article et n'était pas certaine de l'avoir terminé pour le numéro deux. Surtout, elle aurait voulu poser d'autres questions à Madame Pince, mais elle était quasiment sûre que cette dernière ne se confierait pas comme elle l'avait fait deux semaines auparavant sous le coup de la colère. Janis fit tourner sa plume dans sa main puis la plongea à nouveau dans son encrier.
« Les auteurs progressistes défendant des thèses radicalement en faveur des Moldus ou des créatures magiques sont les premiers visés par une telle démarche. L'identité des membres de ces groupes de pression dit de soutien aux Sangs Purs ne semblent pas divulguée, et l'on peut s'interroger sur les liens de certains d'entre eux avec un Ministère qui demeure plus que passif ». La Poufsouffle plissa le nez en constatant la lourdeur de son style.
Noah vint lui demander son avis sur la disposition des paragraphes de l'éditorial dont elle s'était à nouveau chargée. Elle l'avait consacré à la réception mitigée du premier numéro par les résidents du château et aux futures évolutions du journal. Elle écouta son ami et acquiesça à toutes ses propositions, ne se sentant pas des talents particuliers de graphiste.
Adèle fit finalement son entrée dans la salle et salua tout le monde avec chaleur.
- Jan', j'ai pensé à un truc, annonça-t-elle.
Celle-ci l'encouragea d'un signe de tête.
- À propos de cette histoire de censure, puisque tu t'interroges sur l'attitude du Ministère...
- Oui ?
- J'ai pensé qu'on avait quand même à Poudlard quelqu'un qui pourrait nous renseigner.
- Dumbledore ? Tu crois qu'il a du temps à perdre avec nous ?
- Non, je pensais... au fils de quelqu'un de très important au Ministère !
Janis haussa un sourcil.
- Croupton Jr. ?
- Quatrième année à Serpentard, précisa la Serdaigle.
- Tu ne penses pas que je me suis attirée la sympathie d'assez de Serpentard comme ça ? ironisa Janis.
- Rien ne dit qu'il t'enverra balader, objecta Adèle.
- Tu parles, ils sont tous ligués contre les autres maisons. Et pour Tu-sais-qui, ajouta Janis.
- Pas le fils du chef des Aurors ! maintint Adèle. Son père a beau avoir des méthodes contestables, il est opposé à Tu-sais-qui, que je sache.
- Oui... Enfin rien ne nous dit qu'il voudra nous divulguer ce genre d'infos. Et puis, ce n'est pas exactement le domaine de son père, si ? Les Aurors ont quelques chose à voir là-dedans ?
- Leur chef, c'est possible. Il doit bien connaître les affaires des autres Départements.
- Est-ce qu'il aurait le droit d'en parler, d'ailleurs ? interrogea Janis, toujours sceptique.
- Je ne sais pas, il faudrait demander à Barty Jr. ! fit Adèle avec un clin d'œil. Au club de Slug, par exemple, compléta-t-elle alors que Janis commençait à se demander à quelle occasion elle pourrait le croiser.
- Je vois... Encore faudrait-il que j'y retourne un jour.
- Oh, je suis sûre que tu y retourneras, insista Adèle.
Janis hocha la tête.
- Bon, j'y penserai.
Adèle lui adressa un grand sourire.
xxx
Le lendemain matin, lors d'un cours de Sortilèges commun avec les Gryffondor, le professeur Flitwick retourna à ses élèves les devoirs qu'ils lui avaient rendus la semaine précédente. Janis se souvenait vaguement qu'ils concernaient la loi de Gamp et ses quatre – ou cinq – exceptions. Elle s'efforça de paraître imperturbable quand le professeur s'approcha d'elle en lui tendant sa copie.
- Miss Warlock, votre devoir est très pauvre, je regrette de devoir vous le dire, fit-il avec un moue gênée. Une augmentation de votre quantité de travail ne serait pas mal venue.
Janis poussa un soupir en découvrant sa note – Désolant – et les remarques de correction assez sèches du professeur. Tandis que James et Sirius recevaient leurs habituels Optimal, elle ressentit ce qui ressemblait trop à son goût à de l'humiliation.
Pénélope se pencha vers elle :
- Si tu veux on travaillera ensemble pour le prochain, j'ai bien besoin de remonter ma moyenne moi aussi.
- Tu as eu Acceptable, tu n'as pas trop à te plaindre, répondit Janis avec mauvaise humeur.
- Mais qu'est-ce qui te prend ? J'ai rien fait, moi ! répliqua son amie, les sourcils froncés.
Janis lui adressa un sourire d'excuses.
- Pardon. Je suis fatiguée.
En réalité, Janis se rappelait à peine l'avoir rédigé, ce devoir. C'était certainement cela qui la vexait le plus : elle était particulièrement dispersée en ce moment et ne parvenait à se concentrer complètement sur rien. En y réfléchissant un peu, elle se souvenait de l'avoir fini un après-midi avant de rejoindre Sirius dans le parc.
La suite du cours fut plongée dans un certain brouillard pour Janis, ce qui n'augurait rien de bon pour ses prochains résultats en Sortilèges. Elle se promit de recopier les notes de Pénélope ou de Noah dès qu'elle en aurait l'occasion.
Elle avait pris l'habitude de prendre son temps à la fin des cours pour pouvoir éventuellement croiser Sirius seul à la sortie. Cette fois-ci, plus contrariée encore qu'elle ne l'aurait cru, elle rangea ses affaires à toute vitesse et sortit rapidement de la salle en n'attendant personne. Son objectif : se rendre le plus vite possible dans son dortoir et ruminer son humiliation, son manuel de Sortilèges sur les genoux.
Mais à peine eut-elle tourné au coin d'un couloir pour se diriger vers les escaliers qu'elle entendit :
- Eh, Warlock !
Sirius la rejoignait en petites foulées.
- Ça va ? On se voit plus tard ? enchaîna-t-il sans attendre sa répondre.
- Pour quoi faire ? demanda Janis d'une voix lasse.
Sirius ne sembla pas percevoir l'agacement dans sa voix.
- Comment ça, pour quoi faire ? Comme d'habitude, quoi.
Janis ne répondit pas.
- Il faudrait que je travaille un minimum... J'ai un devoir d'Histoire de la magie pour bientôt.
- Il faut que tu travailles ! s'amusa Sirius. Elle est pas mal, celle-là.
Il s'interrompit rapidement en voyant le regard noir que lui jeta Janis. Elle s'était immobilisée et le fixait pour bien lui faire comprendre son sentiment.
- Ah, tu es sérieuse ?
Janis secoua la tête et reprit sa marche à allure encore plus vive.
- Tes joues sont toutes rouges, y a un problème ? réalisa-t-il soudain, pressant à nouveau le pas pour revenir à son niveau.
Janis porta les mains à son visage. En effet, elle devait avoir sérieusement rougi... Cela ne contribua pas à calmer son énervement.
- Je ne pensais pas avoir à dire ça un jour mais : t'es lourd, Sirius !
Ce dernier semblait sincèrement ne pas comprendre. Janis s'interrompit et plongea sa main dans son sac de classe, en ressortant les deux misérables feuilles de parchemin qui constituaient son devoir de Sortilèges. Le visage de Sirius s'éclaira enfin.
- Ça ? C'est pas bien grave, ça arrive à tout le monde, Warlock !
- Pas à toi, fit remarquer Janis avec une amertume mal venue.
- Hé, c'est pas ma faute ! s'insurgea le Gryffondor.
- Non, c'est vrai. Juste que je n'ai absolument plus le temps de faire mes devoirs, entre le Quidditch, le journal et toi qui me proposes qu'on se voit chaque soir...
- Sympa... répliqua Sirius, apparemment vexé.
Janis réalisa sa maladresse. Elle avait sérieusement besoin de repos.
- Excuse-moi, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
- Je croyais que ça te plaisait, dit simplement Sirius en haussant les épaules.
- Oh, ça me plait, là n'est pas le problème, assura Janis.
Elle aurait voulu lui expliquer sérieusement la confusion qui régnait dans son esprit mais il était trop tard : elle avait admis aimer être en sa compagnie. Il n'en fallut pas plus à Sirius pour approcher dangereusement son visage du sien. Son souffle chaud effleura la bouche de Janis...
- Pas ici, fit-elle à mi-voix.
Sirius leva la tête et observa les lieux. Un groupe de Serdaigle de quatrième année en grande conversation passa à côté d'eux. Janis et Sirius arborèrent immédiatement des visages d'enfant de chœur, lui allant même jusqu'à lancer un « Salut, ça va ? », qui sembla les stupéfier.. Lorsqu'ils eurent disparu au coin du couloir, Sirius tendit le doigt vers une porte située à quelques mètres de là.
- Viens là, fit-il en la tirant par la manche de sa robe.
Ils entrèrent dans ce qui s'avéra est un bureau en désordre. Janis s'appuya contre un mur tapissé d'étranges motifs bigarrés. Sirius posa ses deux mains à plat sur le mur, de chaque côté de sa tête. Puis il se pencha vers elle pour l'embrasser. Elle frémit et répondit à son baiser. Seules leurs bouches se touchaient, Janis tenant toujours son devoir de Sortilèges dans son poing, qui se serrait encore davantage sous l'effet des sensations qui l'assaillaient.
Janis se redressa pour changer de position et se retrouva, sans trop savoir comment, adossée à une bibliothèque branlante, la main dans les cheveux de Sirius qui l'embrassait dans le cou.
Soudain, la porte de la salle de classe s'ouvrit à la volée et le professeur McGonagall faillit les percuter en voulant y pénétrer.
- Mais... Que se passe-t-il ici ?
Les amants se séparèrent brusquement. En conséquence, quelques livres tombèrent de l'étagère en dégageant des volutes de poussière. Janis rajusta en hâte son chemisier déboutonné. À la chaleur qui envahissait son visage, elle sut que ses joues avaient réussi l'exploit de rougir encore plus.
- Non mais vraiment ! éructa le professeur McGonagall. J'exige un peu de tenue de la part des élèves de cette école ! De mon temps, on n'aurait jamais vu une chose pareille.
L'indignation faisait se tordre les traits de son visage sévère.
- J'enlève cinquante points à Gryffondor et à Poufsouffle pour furie hormonale !
Elle agita sa baguette pour remettre les livres à leur place, puis leur fit prestement signe de sortir de la pièce, et ils s'exécutèrent sans mot dire.
Janis passa la main dans ses cheveux dans l'espoir de leur redonner une forme correcte. Son visage était désormais cramoisi. Dans le couloir, ils jetèrent des regards ébahis, et entendirent la voix de leur professeur de Métamorphose, qui ne daigna même pas les regarder pour leur intimer :
- Mr Black, je vous prie de prendre la gauche du couloir, vers votre dortoir. Miss Warlock, le vôtre est accessible par la droite, si je ne m'abuse ?
xxx
Heureusement que Janis avait arrêté les cours de Métamorphose après les BUSE : elle imaginait mal dans quel état d'embarras elle se serait trouvée si elle avait dû passer plusieurs heures par semaine en face du professeur McGonagall après cet événement. Sans compter qu'elle avait fait perdre cinquante points à sa maison, ce qu'elle se garda bien de rapporter à personne.
Sirius quant à lui ne semblait pas dérangé outre mesure par la situation, mais Janis ne s'en étonnait guère : son indifférence générale face à ce qu'on pensait de lui était décidément une qualité enviable.
- Il y a un problème avec le courrier des lecteurs, signala Pénélope à Janis le vendredi matin suivant, alors que celles-ci se préparaient pour aller en cours.
- Comment ça ? fit Janis distraitement en se mettant à la recherche d'une chaussette manquante. Ça prend trop de place ?
Elle s'agenouilla pour regarder sous son lit et plissa le nez en constatant l'accumulation de poussière qui s'y était formée. Trois bouquins, un magazine de Quidditch, un paquet vide de Souris en sucre, une écharpe en piteux état... mais pas de chaussette en vue.
- J'aimerais bien, soupira Pénélope. Non, au contraire : on n'en a pas !
Janis redressa la tête.
- On n'a reçu aucun courrier ? s'alarma-t-elle.
- Quasiment rien. Daisy et Archie ne savent pas trop comment faire.
Daisy Hookum et Archie Sheen étaient d'inséparables élèves de troisième année, qui paraissaient vraiment enthousiasmés par le journal et par leur rubrique.
- Ils n'ont qu'à écrire de fausses lettres : « Chères Nouvelles, je suis Laurie, deuxième année à Gyffondor, j'aimerais avoir vos conseils pour sortir avec un garçon que je trouve super beau... ». Merlin, ils savent pas à quoi ils échappent, les deux zigotos !
Pénélope sourit et reprit plus sérieusement.
- Peut-être que les gens ont peur qu'on les reconnaisse ? On est peu nombreux, dans cette école.
- Peut-être que les gens s'en foutent, peut-être qu'ils n'ont rien à dire, proposa Janis, plus pessimiste. Ah, la voilà !
La chaussette que Janis cherchait désespérément depuis cinq minutes étaient entre les pattes de Presto, le petit chat de Pénélope, qui jouait avec sous une chaise.
- Désolée, mon cher, mais je vais récupérer ce qui m'appartient, lui dit Janis en se penchant pour lui enlever la chaussette.
Presto poussa un miaulement mécontent. Janis se leva et alla farfouiller dans le tiroir de sa table de chevet. Elle en retira un vieux chouchou orange qu'elle n'avait certainement jamais porté.
- Tiens, tu peux jouer avec ça, dit-elle en le lançant à Presto.
Elle reporta son attention sur la conversation en cours.
- Il faudrait leur dénicher une idée sympa pour remplacer le courrier... Et trouver une solution pour que quelqu'un nous écrive, résuma Janis.
- Oui, ça je l'avais compris toute seule, se moqua Pénélope. Tu parles d'une rédac chef !
- Attention, je pourrai te déchoir de ton poste, s'amusa Janis. Bon, ça y est on peut y aller, déclara-t-elle après avoir mis ses chaussures.
Les deux amies descendirent dans la salle commune des Poufsouffle, où elles trouvèrent un nombre inhabituel d'élèves groupés devant le panneau d'affichage. Un nouveau parchemin, manifestement punaisé dans la nuit, annonçait :
LEÇONS DE TRANSPLANAGE
Si vous avez dix-sept ans ou que vous les aurez avant le 31 août prochain, vous pourrez bientôt suivre un stage de douze semaines consacré à l'apprentissage du transplanage, sous la direction d'un moniteur du Ministère de la Magie.
Si vous êtes intéressé(e), veuillez inscrire votre nom ci-dessous.
Coût du stage : 12 Gallions.
- Génial ! s'exclama Pénélope avec enthousiasme.
Janis, elle, poussa un soupir. La nouvelle ne l'enchantait guère : douze Gallions, cela faisait environ cinq livres, et après cela il ne lui resterait plus beaucoup d'argent dans son porte-monnaie. Elle allait devoir en demander davantage à ses parents. Elle voyait d'ici l'explication qu'elle devrait leur donner, eux qui détestaient par-dessus tout ne rien comprendre à la vie de leur fille. Ensuite, il faudrait changer cet argent pour des Gallions, et le seul endroit qu'elle connaissait où cela était possible, c'était la banque Gringotts à Londres, l'endroit le plus sordide qu'elle ait jamais visité. Et puis, après tout, Janis n'était pas sûre que le transplanage fût aussi passionnant que la plupart de ses camarades semblaient le penser.
Elle prit tout de même la plume de Pénélope et inscrivit son nom, pour éviter qu'on ne lui pose des questions, et les deux amies se dirigèrent vers la Grande Salle pour le petit-déjeuner.
Elles croisèrent les Maraudeurs qui en sortaient tout juste. James, Remus et Peter leur firent d'amicaux signes de la main, auxquels elles répondirent.
- Hey... fit Sirius en passant tout près de Janis.
Il posa sa main sur son bras quelques instants et celle-ci lui sourit, soudain troublée. Elle le regarda s'éloigner en compagnie de ses éternels acolytes.
- Vous êtes de plus en plus proches, non ? fit Pénélope avec un air entendu. Quand est-ce que vous sortez officiellement ensemble ?
Son amie l'observa un instant. Pénélope avait-elle deviné la nature nouvelle de sa relation avec Sirius ? Janis se contenta de sourire en haussant les épaules. Elle se sentit plutôt mal mais ne ressentait toujours pas l'envie de se livrer à son Pénélope sur le sujet.
- C'est le jour des binômes en Potions, se plaignit-elle en s'asseyant à la table des Poufsouffle.
- Au moins toi tu as eu droit à quelqu'un de doué, fit remarquer Pénélope. Moi, je me retrouve avec une incapable qui passe chaque cours à me raconter son idylle avec Terence Avery... Entre nous, je pense qu'il se fiche totalement d'elle.
- Est-ce qu'elle est condescendante, méprisante, désagréable et humiliante ?
- Non, admit Pénélope.
Elle se servit une grande cuillère de porridge.
Au cours de Potions qui suivit, donc, Janis n'eut pas de surprise et retrouva un Rogue dédaigneux à souhait. Les travaux pratiques de la matinée consistait à préparer une Solution de Force.
Au bout de dix minutes de travail solitaire de la part de Rogue, Janis tendit la main pour observer l'état de la potion, mais Rogue tira immédiatement le chaudron vers lui, le mettant hors de sa portée. Janis soupira.
- Écoute, Rogue, je fais partie de ce binôme, que tu le veuilles ou non.
- Penses-tu que j'ai la moindre envie de travailler avec la petite amie de ce traître de Black ?
Janis interrompit son geste.
- Qu... Quoi ?
- Tu m'as très bien entendu, continua Rogue, imperturbable.
- Je... ne vois pas de quoi tu parles, argua Janis avec difficulté. Si tu ne me crois pas, demande à n'importe qui, on te confirmera que Sirius et moi ne sortons pas ensemble, ajouta-t-elle précipitamment.
L'idée que Rogue soit parmi les rares à être courant de quelque chose d'aussi intime mettait Janis très mal à l'aise. Le Serpentard ricana.
- Non, vous vous contentez de forniquer trois soirs par semaine.
- Pardon ? répliqua Janis, offensée.
- Encore une fois, tu m'as bien entendu.
Janis chercha une réponse spirituelle et cinglante à lui apporter, mais rien ne lui vint. Elle choisit la voie – perdue d'avance – de la diplomatie.
- Écoute, je sais qu'on ne s'apprécie pas particulièrement, mais si tu pouvais éviter de m'insulter, ça serait aussi bien, reprit la Poufsouffle, s'efforçant d'adopter un ton convaincant malgré la légère angoisse que lui inspirait Severus Rogue. On a une année à passer dans cette satanée classe, alors...
Rogue se contenta d'un grognement méprisant puis jeta une poignée de feuilles de charme dans le chaudron. Ils ne s'adressèrent plus la parole jusqu'à la fin du cours du professeur Slughorn.
La remarque de Rogue perturba Janis, qui en parla à Sirius dès qu'elle le revit, le lendemain. Ils s'étaient assis sur un banc au milieu du parc, tous deux bien couverts pour se protéger du vent froid qui se levait à intervalles réguliers.
Sirius fronça légèrement les sourcils en entendant le récit de Janis, mais reprit rapidement son habituel air détaché.
- Allez, Warlock, qu'est-ce que tu en as à faire, que les autres soient au courant ?
- Je m'en fiche, assura Janis. Seulement Rogue est au courant alors qu'il n'est pas censé l'être. Comment ?
Sirius haussa les épaules.
- Il traîne dans les couloirs du château tard le soir. C'est mal famé, répondit-il avec un sourire gouailleur.
- Il a quand même utilisé le mot « forniquer », se souvint Janis, ne sachant trop si elle devait être consternée ou amusée
Pour Sirius, pas d'hésitation : il éclata de rire.
- Le pauvre doit considérer que le sexe, c'est sale. Quel crétin.
- Alors que faire de la magie noire dans les cachots, ça, ce n'est pas du tout répréhensible... Ah, voilà ce que j'aurais dû lui répondre ! s'écria Janis pour elle-même.
Tragiquement, elle trouvait toujours ses meilleures répliques à posteriori.
xxx
Quand elle entra dans la salle commune des Poufsouffle en début de soirée, Janis n'y trouva que Noah assis à une table en train de dessiner avec la plume d'oie sauvage reçue de ses parents pour son anniversaire.
- Merlin, le QG est déserté ce soir ! lança-t-elle avant de s'asseoir à côté de lui. Où sont les autres ?
- Eh bien, certains font leurs devoirs, certains dorment, certains mangent, certains traînent dans le parc... fit Noah d'un air absent.
- Oui, merci pour l'info, ironisa Janis. Je veux dire, où sont Marius et Penny ?
Noah leva enfin la tête, et sa plume, et lui sourit.
- Pénélope est à la chorale, comme tu devrais le savoir, et Marius cogite sur des tactiques de Quidditch. Il ne veut surtout pas être dérangé.
Janis sourit.
- Je vois.
- Au fait, j'ai été témoin d'une altercation entre Sirius et Rogue tout-à-l'heure...
- Ah bon ? s'étonna Janis.
- Je pensais que les Maraudeurs avaient cessé de jouer les petites frappes avec lui. Non ?
- Aucune idée, répondit-elle, haussant les épaules de la façon la plus innocente possible.
Noah sourit à nouveau.
- En tout cas, il lui disait d'arrêter de l'espionner, ou quelque chose comme ça. De se mêler de ses affaires et, éventuellement, d'aller forniquer très loin de lui. Là, je t'avoue que j'ai pas trop compris.
Janis eut une moue perplexe, intriguée par le comportement paradoxal de Sirius. N'avait-il pas paru totalement indifférent à sa révélation de la veille ? Pourquoi alors avait-il encore cru bon d'importuner Rogue ?
Janis haussa les épaules encore une fois, ne préférant pas expliquer à son ami que les accusations de fornication la concernaient.
- Une première année a été blessée par le Saule Cogneur, lui apprit Noah, continuant à faire la conversation.
- Dis donc, tu connais bien les derniers faits divers à ce que je vois, plaisanta Janis.
- J'étais là, je l'ai vu, précisa son ami. C'était assez effrayant, en fait. Elle n'a pas fait attention, elle est passée trop près de ce maudit arbre.
- Elle va bien ? s'inquiéta Janis.
- Je pense, on l'a tout de suite amenée à l'infirmerie. Son bras était bien amochée, ceci dit.
- Heureusement qu'on a une infirmière qui fait des miracles, nota Janis.
- Ils n'auraient pas osé planter l'arbre, sinon, supposa Noah.
Le Saule Cogneur... Depuis que Sirius l'avait invité au club de Slug trois semaines auparavant, elle n'avait plus repensé à cette nuit où elle l'avait vu immobile ; épisode que les Maraudeurs avaient considéré comme sans intérêt. Pourtant, c'était une histoire relativement intrigante. Janis n'avait même pas eu l'idée de la rapporter à ses camarades des Nouvelles ! Elle se promit d'en parler à la réunion suivante. On pouvait éventuellement envisager un article sur le Saule Cogneur, son histoire, sa fonction, qui permettrait de relancer l'enquête. Janis ne savait même pas depuis quand le Saule était planté dans la cour du château.
Noah et Janis parlèrent de tout et de rien en attendant les retours de Pénélope et de Marius, qui finit par descendre du dortoir des garçons avec une demi-douzaine de parchemins remplis de schémas représentant diverses stratégies de Quidditch, qu'il exposa à Janis. Le prochain match de Quidditch, contre Gryffondor, n'aurait lieu qu'en février mais Marius était passionné. Quant à Janis, ses performances à l'entraînement ces temps derniers étaient correctes mais elle n'était pas certaine que ce soit suffisant pour le jour J.
xxx
Maintenant, elle devait parler à Sirius.
Il vint s'asseoir à côté d'elle à la table des Poufsouffle le dimanche matin, alors qu'elle était comme à son habitude la dernière à finir de manger, un roman policier dans la main gauche et sa fourchette de spaghetti dans la droite. Pour toute entrée en matière, il lui demanda :
- C'est quand, ton anniversaire ?
Ce n'était assurément pas le point de départ idéal pour embrayer sur le sujet important qu'elle voulait aborder. Janis ne vit cependant pas de raison de ne pas répondre :
- Le 16 février. Et toi ?
- Oh, moi c'était le mois dernier... 16 février, tu dis ? Je prends note.
- Le mois dernier ? Mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? s'étonna Janis.
- Aucune importance.
- Ben, si.
Elle avait manqué son anniversaire... « Génial », songea-t-elle, « j'avais vraiment besoin de ça, là, tout de suite ».
Sirius se saisit du Tueur de Moldues, le roman policier assez faible que Janis était en train de lire, et en consulta la quatrième de couverture.
- Sirius, est-ce que c'est vrai que tu es allé voir Rogue ? s'enquit-elle à brûle-pourpoint.
C'était une question rhétorique, dans la mesure où jamais Noah n'aurait jamais inventé une telle histoire.
- Oui, répondit-il simplement.
Janis attendit qu'il continue, ce qu'il ne fit pas.
- Tu m'expliques pourquoi tu as fait ça ?
Sirius haussa les épaules. Visiblement, il ne voyait pas le problème.
- Je me suis assuré qu'il ne nous espionnait pas.
Janis grimaça.
- Maintenant, il va me reprocher de t'avoir envoyé lui régler son compte.
- Je ne lui ai pas réglé son compte, je lui ai juste dit quelques mots, se défendit Sirius. Et puis d'ailleurs, qu'est-ce que ça peut te faire, ce que Rogue pense ?
- Je dois travailler avec lui une fois par semaine jusqu'à la fin de l'année, rappela Janis. Et de manière générale, je n'ai pas envie que les gens pensent que j'envoie mon mec intimider quiconque me fait des remarques déplacées.
- Encore faudrait-il que je sois vraiment « ton mec », fit remarquer Sirius.
Janis soupira. Elle posa sa fourchette et retira son livre des mains de Sirius.
- Bon, super, j'ai adoré cette conversation. Bonne journée ! lança-t-elle en commençant à se lever.
Il la retint par le bras.
- Allez, Warlock, fais pas la tête...
Il l'attira à lui et posa sa bouche contre son oreille.
- On se voit... demain soir ? souffla-t-il.
- Demain soir, c'est la réunion du journal, dit Janis.
- Ah oui, c'est vrai. Mardi soir alors ?
- J'ai Quidditch, poursuivit Janis, un sourire se dessinant lentement sur son visage.
- Alors mercredi soir ?
- D'accord...
Janis n'eut pas le temps de se lamenter d'avoir cédé aussi vite. Cependant, elle ajouta :
- Mais il faudra qu'on parle.
Elle comprit à la façon dont sa bouche se tordit que Sirius allait dire une bêtise. Il prit un air faussement déçu.
- Ah non surtout pas, j'aime pas parler...
Le lendemain, donc, à la tombée de la nuit, Janis et Sirius s'arrangèrent pour se retrouver seuls, en toute illégalité, dans un coin du parc du château. L'enceinte de Poudlard possédait probablement des endroits plus accueillants et chaleureux à offrir, mais la brise glacée de ce début décembre leur fournissait une raison pour se blottir l'un contre l'autre.
- Tu voulais qu'on parle, non ? demanda Sirius avec un sourire en coin après qu'ils se furent embrassés pendant de longues minutes.
Janis se redressa et le regarda quelques secondes. Il la fixa intensément, attendant qu'elle parle.
- Je voudrais savoir pourquoi tu as fait semblant de te foutre de ce que m'a dit Rogue, pour ensuite aller lui en parler et lui faire la morale, montrant clairement que tu ne t'en foutais pas...
Janis haussa un sourcil. Malédiction, son style lourdissime transparaissait désormais à l'oral également !
- D'accord, cette phrase n'était pas claire du tout.
Sirius eut son habituel rire sonore, qui faisait toujours craindre à Janis qu'on ne les repère.
- C'est bon, j'ai saisi, lui assura-t-il.
Elle attendit sa réponse en silence.
- Rogue m'insupporte. Je pensais qu'il avait arrêté de nous suivre partout pour pouvoir nous dénoncer, mais je crois que non...
Janis estima que Sirius était trop sûr de lui sur ce point. Que savait-il des intentions exactes de Rogue ?
- Il t'a répondu quoi ? continua-t-elle.
- Qu'en aucun cas il ne nous avait suivis et qu'il allait finit par croire que je l'obsédais.
Janis pouffa. Quelques secondes de silence passèrent.
- Alors, convaincue ? hasarda Sirius.
- J'aimerais quand même comprendre quelque chose.
Sirius émit un grognement, que Janis ignora.
- Pourquoi tu éprouves le besoin de maltraiter Rogue comme ça ? De manière générale ?
Sirius soupira.
- Janis…
- Quoi ? Dis-moi !
- Écoute, Rogue est moche, Rogue a les cheveux gras, Rogue est un Mangemort en herbe, Rogue est en plein dans la magie noire…
- Mais il y en a d'autres ! Tellement d'autres que c'en est déprimant. Pourquoi tu fais ça à Rogue en particulier ?
- C'est quand même étrange que tu le défendes... Arrête de croire que c'est une pauvre et triste victime de la propagande ou je ne sais quoi !
Janis décida de ne pas discuter ce point, sans quoi elle n'obtiendrait pas la réponse à ses interrogations.
- Dis-moi… dit-elle d'une voix mielleuse.
- Franchement, je n'ai pas envie de parler ça
- Pourquoi ?
- Rogue n'est pas mon sujet de conversation favori.
- Mais si, tu aimes parler de lui. Tu aimes le détester !
- Pourquoi tu fais ça, Warlock ?
- Faire quoi ?
- Insister.
- Tu m'intéresses, affirma Janis avec le plus grand sérieux.
- Content de le savoir, dit Sirius avec un sourire. Bon je vais te dire… mais tu n'insisteras pas, d'accord ? ajouta-t-il après quelques instants de réflexion.
- Euh… d'accord.
- Bon, d'abord, Rogue est jaloux de nous depuis qu'on est arrivés à Poudlard, il nous suit tout le temps, dans l'intention de savoir ce que l'on projette et de nous dénoncer…
- Et ? insista Janis, considérant que cela ne justifiait pas une haine aussi tenace - de la pitié, tout au plus.
- Quand Regulus est entré à Serpentard…
- Qu'est-ce que…
- Laisse-moi finir. Il n'était déjà pas très tolérant face aux sorciers non « nobles », à causes des parents et tout ça, mais Rogue et ses copains… je les ai entendu parler de Tu-sais-qui et de ses acolytes, de leurs idées. Maintenant mon frère n'est pas loin d'être un Mangemort, dit-il amèrement.
Janis se remémora alors les mots prononcés par Regulus lorsque Sirius et elle l'avaient surpris au détour d'un couloir. « C'est le seul moyen de se faire comprendre » avait-il dit à Jim Ribeiro au sujet de l'enrôlement auprès de Voldemort.
- Alors, tu crois que c'est Rogue qui… qui l'a convaincu ?
- T'as tout compris.
Janis hocha la tête et scruta le visage de son homme. Il semblait atterré par ce que devenait, ou était déjà devenu, son jeune frère. Janis songea que tous les torts n'étaient pas à imputer à Rogue, mais bien à la famille Black, à la maison Serpentard et à leur obsession de la prétendue pureté du sang. Elle n'en fit cependant pas part à Sirius, et décida de passer une bonne soirée avec lui, à parler de choses futiles… ou à ne pas parler du tout !
- Tu te sens mieux, maintenant, non ? Libéré d'un poids ? tenta-t-elle de plaisanter
- Bon, assez parlé de Rogue, dit Sirius en attirant Janis à lui pour la serrer dans ses bras.
xxx
Janis se saisit d'une craie et commença à écrire le plus lisiblement possible sur le grand tableau noir qui trônait au milieu du QG des Nouvelles de Poudlard.
Articles N°2
Édito – Janis
Le monde moldu touché par la guerre – Adèle
Histoire(s) de Poudlard – Lily
Plantes magiques... - Toots
Gadgets moldus – Richard
Coutumes sorcières - Theodore
Musique – Juliet
Quidditch – Marius
Nouvelles des maisons
Profils adolescents - Daisy et Archie
Annonces diverses
Maraudeurs news
- Voilà, j'ai pensé qu'on pouvait changer l'ordre des rubriques de cette façon. Comme ça, on commence par les articles sur l'actualité, puis la culture générale, puis les loisirs et on finit par les rubriques « vie pratique »... et les délires. Ça convient à tout le monde ? s'aventura Janis.
Janis jeta un œil vers Lily, qui l'avait aidée à établir ce nouvel agencement. Elle lui fit un sourire rassurant.
- Ma rubrique a été repoussée de plusieurs pages, là ! s'insurgea Marius.
- Désolée, mec, lui répondit Janis, comprenant qu'il plaisantait.
- Pourquoi les gadgets moldus avant les coutumes sorcières ? demanda Theodore Eriksen.
- Tu veux dire, pourquoi les Moldus devant les sorciers, s'agaça Janis.
- Parce qu'il faut bien un ordre, intervint Lily d'un ton calme.
Eriksen n'ajouta rien. En réalité, Janis avait consciemment placé les gadgets moldus de Richard Perkins avant la rubrique du préfet-en-chef, d'abord pour l'asticoter, mais aussi et surtout pour insister sur les principes égalitaires qui régnaient aux Nouvelles. D'ailleurs, dans le numéro un, la rubrique de Perkins était celle qui suivait immédiatement le long article sur la guerre écrit par Adèle et Janis : tout un symbole ! Eriksen avait donc moins de raisons de se plaindre aujourd'hui que lors de la publication du premier numéro. Janis ne lui en fit pas la remarque.
Les autres ne semblaient pas voir d'objection à cette nouvelle organisation. Le numéro deux était quasiment achevé ! Janis écrivit cependant, juste en dessous, pour ne pas céder à la satisfaction :
En projet
censure à la bibliothèque
saule cogneur
recevoir du courrier !
nouvelles des Serpentard ?
Janis se recula pour contempler sa liste. Il était long, le chemin à parcourir pour résoudre tous ces mystères !
