La fin de semaine est vite arrivée et Takanori est reparti travailler à l'hôpital, me laissant ainsi seule « chez nous ». Pendant les derniers jours avant sa reprise de travail, nous avons refait ma chambre et je dormais dans la sienne. Enfin, dormir est un bien grand mot. Je me couchais certes avant lui, mais je dormais très peu et il se levait toujours avant moi, comme s'il avait peur d'un « affrontement » quelconque.

Ma chambre est maintenant d'une couleur verte d'eau. Il y a une grande bibliothèque remplissant tout un mur, un grand lit que j'aurai aimé changer pour avoir plus petit, ainsi qu'un bureau, une armoire, un miroir sur pied, un tapis d'un vert un peu plus foncé que les murs et diverses autres babioles qui font que cette pièce est moins vide.

En quelque sorte, la chambre s'est remplie et s'est éclaircie. Mais elle toujours autant silencieuse malgré que Takanori m'ait ramenée la boite à musique. Pour être franche, je ne l'ai toujours pas ouverte.

Je ne dors toujours pas aussi bien dans cette chambre refaite pour moi, mais je ne lui dirai rien. Il fait bien trop pour moi et je ne veux pas le déranger pour ça. De toute façon, je finis bien par dormir à un moment donné par manque de sommeil.

Quand je suis sortie de l'hôpital, il était convenu que je vois mon psy toutes les deux semaines. C'est donc aujourd'hui que je vais le voir. La séance durera une heure et demie. C'est Takanori qui m'emmène en même qu'il part travailler et c'est mon frère qui me récupérera en sortant du travail.

Nous sommes dans la voiture en direction de l'hôpital et je n'ai pas décroché un mot depuis que je suis « réveillée ». Takanori semble habitué à mon silence et il n'insiste pas pour que je parle. D'ailleurs, il n'insiste sur rien du tout. Il me laisse faire ce que je veux, quand je le veux.

Nous arrivons rapidement à l'hôpital et Takanori me conduit au bureau du Docteur Takeshima. Je m'installe sur un fauteuil en face de lui et je regarde par la fenêtre comme à mon habitude.

« Comment allez-vous Yuuki ?

-Bien.

-Racontez-moi comment se passe votre vie avec le Docteur Matsumoto.

-Eh bien … Takanori vit dans le même quartier que mon frère, Ryo, ce qui fait que j'ai un point d'appui en cas de problème quelconque et j'ai quelqu'un de confiance avec qui parler.

-Vous ne faites pas confiance au Docteur Matsumoto ?

-Si. Je lui fais confiance. Mais il semblerait qu'il y ait un petit problème entre nous …

-Expliquez-moi.

-Il m'a dit … qu'il m'aime … mais … »

Je laisse ma phrase en suspens, ne savant pas réellement ce que je voulais dire.

« Mais ?

-Mais moi … je ne sais pas ce que je ressens pour lui.

-Expliquez-moi ce que vous ressentez quand il est dans la même pièce que vous.

-Eh bien … j'ai cette envie qu'il me donne la main, ou qu'il passe sa main dans mes cheveux. Pour tout vous dire, j'ai envie d'un contacte. Et puis, j'aime quand il me regarde. Ce n'est pas de l'amour. Mais ça s'en rapproche beaucoup…

-Alors pourquoi dites-vous que c'est un problème ?

-La dernière fois que j'ai laissé l'amour rentrer dans ma vie, j'ai sombré quand il y a eu une rupture. Je ne veux pas que ça recommence.

-Qui vous dit qu'il y aura une rupture cette fois-ci ?

-Personne. Mais je ne veux prendre aucun risque.

-Vous êtes donc en train de me dire que vous refusez d'être heureuse, peu importe le prix ?

-Non. Je ne me suis toujours pas remise de ma rupture … et je pense que la mort de mon meilleur ami coupe tous les chemins vers le bonheur … Je tiens beaucoup à Takanori, mais je ne veux pas le blesser et je ne veux pas être blessée.

-Pourquoi pensez-vous le blesser ?

-Mon renfermement sur moi-même le blesserait.

-En êtes-vous sûre ?

-Oui.

-Bien. Maintenant dites-moi, avez-vous eu des crises de colère ?

-Non. Mais j'ai failli en avoir une …

-Pourquoi ?

-Eh bien … je ne sais pas trop … Takanori n'a pas compris un truc que j'ai essayé de lui faire comprendre et ça m'a énervée.

-Comment avez-vous gérée votre colère ?

-J'ai fuis. Je sais, ce n'est pas très malin, mais c'est la seule solution que j'ai trouvée…

-Bien. Maintenant, dites-moi, faites-vous des cauchemars la nuit ?

-Pour en faire, il faudrait déjà que je dorme…

-Que voulez-vous dire ?

-Je dors très mal …

-En avez-vous parlé avec le Docteur Matsumoto ?

-Oui, nous avons refait ma chambre mais je n'arrive toujours pas à fermer l'œil. J'ai une peur constante quand je suis dans cette chambre. J'ai une impression de ne pas y être en sécurité. Pourtant, je sais que c'est tout le contraire et que je peux m'y sentir très bien. Mais je n'arrive pas à me sortir cette impression du cœur …

-Du cœur ?

-Oui. Elle me prend au niveau du cœur et je n'arrive pas à dormir à cause de ça.

-Je vois. Que faites-vous quand le Docteur Matsumoto est au travail ?

-La plus part du temps, rien. En fin de journée, mon frère vient me voir une ou deux heures avant de partir travailler. Mais sinon, je ne fais rien.

-N'avez-vous pas pensé à reprendre le travail ?

-Si, j'y ai pensé. Mais je n'ai pas de permis de conduire. Avant, je travaillais avec mon meilleur ami et c'est lui qui venait me chercher le matin et qui me ramenait le soir …

-Vous ne m'avez toujours pas dit comment il s'appelait.

-Qui ça ?

-Votre meilleur ami.

-Oh … il s'appelait Uke Yutaka. »