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"En dehors d'être mariée, une jeune fille aime avoir des peines de cœur de temps à autre."

Orgueil et Préjugés

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Abandonnant sa plus récente escroquerie, Vala Maldoran devait admettre qu'il y avait plus d'une raison de s'inquiéter. Elle commençait à être à court d'argent – elle devrait se résoudre à voler quelques poches si elle voulait manger aujourd'hui – et à court de connaissances qui accepteraient d'être sa partenaire, même pour une courte durée. Bien sûr, cela avait sans doute un lien avec la façon dont elle avait systématiquement trompé presque tous les gitans des îles britanniques.

Elle n'était évidemment pas incapable de mener à bien ses combines seule – il n'y avait personne de plus compétent que Miss Maldoran pour embobiner les stupides aristocrates. Mais un partenariat était juste bien plus rentable. Sans oublier le fait qu'avec un associé, vous aviez toujours un peu de compagnie. En l'état actuel des choses, Vala n'avait personne avec qui plaisanter et personne à embêter – un triste état de fait en effet.

Heureusement, elle se trouvait être dans une ville où se trouvait l'une de ses adresses postales, et elle pouvait le parier, où une lettre de Daniel l'attendait. Les lettres de Daniel étaient toujours une rafraîchissante dose de sarcasme et de douceur – et en dépit des nombreux et divers reproches qu'il lui faisait dans sa correspondance, il y avait presque toujours un peu de liquide les accompagnant. Peu importe combien il protestait, c'était la preuve qu'il s'inquiétait effectivement pour elle, ce qui était une agréable sensation pour quelqu'un qui avait souvent l'impression de n'importer pour personne.

Entrant dans le bureau de poste, elle salua l'homme derrière le bureau avec un sympathique (et étonnamment authentique) sourire. "Bonjour Mr. Smith. Comment allez-vous ?"

"Miss Maldoran ! Comment qu'vous allez ?" L'homme avait un fort accent, mais son attitude était charmante. "J'ma disait ben qu'vous vindrez tantôt, 'vec l'bon tas d'courrier qu'j'ai pour vous."

'L'bon tas d'courrier' se traduisait par trois lettres, chacune dévoilant l'écriture soignée de Daniel. Peut-être qu'elle n'aurait pas besoin de recourir à de piètres larcins aujourd'hui après tout.

Quel dommage.

Un au revoir chaleureux à Mr. Smith, trois lettres et dix livres plus tard, Vala ne pouvait rien faire d'autre que fixer avec une horreur abjecte la dernière correspondance. Cameron était fiancé ? À Samantha Carter ? Son esprit restait ahuri à cette pensée.

Non pas qu'elle n'aimait pas Miss Carter – elle était une des seules personnes à Gateshire qui semblaient avoir un cerveau et un sens de l'humour, une combinaison rare assurément. Mais l'idée que Miss Carter épouse Cameron Mitchell, l'homme qui avait passé tant d'heures l'été dernier à lui assurer que cet événement n'arriverait jamais, la déconcertait au plus haut point. Certes, elle avait choisi elle-même de fuir Cameron et les diverses... complications... qu'il présentait, mais ça ne lui donnait pas le droit de simplement... l'oublier, elle !

... N'est-ce pas ?

Non. Il était tout simplement impossible que Cameron ait complètement mis de côtés les émotions qui étaient ancrées si profondément en lui il y a moins de douze mois. Et si ses sentiments n'avaient pas changé, il utilisait Miss Carter d'une manière abominablement malsaine, quelque chose que Vala ne pouvait pas tolérer.

Elle devrait simplement retourner à Gateshire et lui dire sa façon de penser.

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Vala réapparut sur le devant de la scène encore plus rapidement que Cameron n'aurait pu en rêver, et avec son arrivée soudaine il eut enfin la réponse aux questions qu'il s'était si souvent posé sur la nature de ses sentiments. Même si elle ne se résoudrait jamais à l'admettre, elle se souciait aussi de lui – peut-être même plus que souciait. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à ne pas dévoiler ses cartes trop rapidement.

Se positionnant de manière avantageuse sur le gazon devant l'entrée, il eut une magnifique vue de son apparition. "Et bien, Miss Maldoran" dit-il en guise de salut alors qu'elle conduisait sa monture dans l'allée. "Quelle agréable surprise."

Descendant de cheval, elle lui lança un regard furieux. "Cameron, cessez tout de suite votre comédie ridicule. Vous savez parfaitement pourquoi je suis venue."

Feindre l'innocence était une compétence que Cameron avait perfectionnée dans son enfance, avec sa propension à causer des problèmes. "Pourtant, je l'ignore, mais le plaisir de votre compagnie est toujours apprécié."

Frustrée, elle brandit une coupure de journal devant son visage. "Ça ! Voilà pourquoi je suis ici !"

"Ah, donc vous en avez entendu parler. Vous venez nous présenter vos vœux, alors ?" demanda-t-il d'un air charmant.

"Foutaises. Je suis venue marteler vos oreilles ! Comment osez-vous faire ça ?"

"La dernière fois que j'ai vérifié, se marier n'était pas un crime grave."

"Et bien, ceci est certainement sujet à débat, mais il s'agit en effet d'une affaire très sérieuse lorsque vous épousez une femme moins d'un an après avoir proclamé un serment de dévotion éternelle à une autre !"

Il fronça les sourcils à ces mots. "Je n'ai certainement jamais dit une chose si ridicule."

"Je m'en souviens avec une parfaite clarté."

"Vous devez vous méprendre", l'éconduit-il facilement. "Et même si j'avais fait une telle proclamation, en quoi cela aurait-il de l'importance ? Vous avez rejeté mes avances l'été dernier."

Un éclair de sensualité passa dans ses yeux noirs. "Pas toutes vos avances."

Une chaleur s'empara de lui, mais il garda son sang-froid. "Presque pourtant. Quelle différence cela fait-il pour vous que j'ai transféré mon affection sur une dame plus... consentante... ?"

L'idée que Samantha puisse être consentante à ses avances était ridicule, mais il n'avait aucunement besoin que Vala sache une telle chose. "Si j'émets des objections c'est parce que cela n'est tout bonnement pas possible ! Personne n'oublie un amour si facilement, et certainement pas un homme tel que vous. Vous êtes seulement en train d'utiliser Miss Carter, un acte que je trouve méprisable au possible."

"Est-il si difficile de croire que je n'étais peut-être pas aussi épris de vous que nous l'avons cru tout deux autrefois ?" demanda-t-il, extrêmement amusé par la tournure que prenait la conversation et par sa soi-disant indignation justifiée.

"Oui !"

Mimant l'ennui que pouvait lui apporter le sujet, il leva les yeux vers le ciel qui s'obscurcissait rapidement, laissant échapper un soupir. "Si vous insistez pour continuer plus avant ce débat, nous ferions mieux de procéder à l'intérieur. Il va pleuvoir."

Elle le suivit dans la maison, le sermonnant tout au long du chemin.

Cela marchait encore mieux qu'il ne l'avait espéré.

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Du fait de sa position près de la côte, Gateshire connaissait souvent pendant l'été quelques semaines de violents orages. Personne ne s'en préoccupait vraiment – après tout, mieux valait trop d'eau que pas assez. Tout le monde s'arrangeait simplement pour finir ses tâches extérieures avant midi, car pendant ces quelques semaines on ne pouvait que supposer si le temps après ça serait clément ou agité.

De ce fait, Samantha Carter tentait de se presser de rejoindre l'abri de sa demeure, jetant un coup d'œil aux nuages qui s'amoncelaient et présageaient d'une lourde tempête. Elle s'était aventurée dehors jusqu'à la périphérie de sa propriété pour inspecter les dommages causés par un ruisseau qui avait débordé sur un petit cabanon. Heureuse de constater que les dégâts n'étaient pas aussi sérieux qu'elle l'avait pensé, elle avait convenu de les réparer demain – il lui restait visiblement peu de temps pour le faire aujourd'hui. L'insignifiante et persistante toux à laquelle elle était exposée ces dernières semaines s'intensifia avec le refroidissement de l'air ambiant, et elle eut la fantaisie passagère de penser qu'elle pourrait même prendre un peu de repos une fois rentrée chez elle.

Son chemin de retour suivait un long moment la rivière agitée, et bien qu'en principe cela n'aurait rien dénoté, aujourd'hui elle ne put s'empêcher de remarquer un bruit particulièrement plaintif provenant des eaux en colère. Balayant du regard l'étendue devant elle, elle fut étonnée d'apercevoir un petit lévrier tremblotant sur un minuscule îlot de débris et de feuilles. Effectivement, en y regardant de plus près, il s'agissait bien de Thor, semblant plus en détresse qu'elle n'avait jamais vu la pauvre créature.

Avisant le ciel, elle savait qu'il ne pouvait être laissé ici – si la tempête était aussi violente qu'elle promettait de l'être, son petit sanctuaire serait emporté en un rien de temps. Résolue, elle commença à se défaire de ses vêtements, estimant la distance entre elle et le chiot avec incertitude. "Oh, bon sang", murmura-t-elle avant de s'immerger péniblement.

Lutter contre le courent jusqu'à Thor lui demanda toute sa force, et à plusieurs reprises alors que son pied dérapait sur le fond glissant du cours d'eau, elle se demanda si elle y parviendrait. Mais finalement, elle saisit une branche près du chien. En la voyant, le jeune animal avait cessé ses hurlements, la regardant simplement progresser avec de grands yeux et une queue frétillante. Maintenant qu'elle était plus près, elle pouvait voir les frissons qui s'étaient emparés de l'animal et eut de la peine pour lui. "Pauvre chéri", marmonna-t-elle en l'atteignant. "Je me demande vraiment comment tu es arrivé jusque ici."

Il ne fournit aucune explication, mais lécha sa joue en guise d'accueil. "Sortons donc de ce pétrin, veux-tu ?"

Thor sembla approuver, et se nicha sous son bras sans aucune résistance. Le retour jusqu'à la terre ferme sembla pire d'une certaine façon, et quand elle fut à nouveau les deux pieds sur un sol ferme, elle dut reconnaître se sentir soulagée. "Et bien, voilà qui était certainement une aventure", fit-elle remarquer à Thor, maintenant bercé dans ses bras. "Au moins nous ne nous mouillons plus."

Ce fut à cet instant qu'il se mit à pleuvoir à grosses gouttes.

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La pluie ne dissuada pas pour autant O'Neill qui resta avec obstination à cheval alors qu'il cherchait éperdument son animal de compagnie bien-aimé. De l'avis général, il gâtait trop la créature et ne lui permettait pas de sortir sans surveillance, surtout par un temps de ce genre. Malheureusement, l'un de ses majordomes, un homme plutôt acariâtre qui se nommait ironiquement Makepeace, avait relâché Thor dans la matinée, et on n'avait ni vu ni entendu le chiot depuis.

Teal'c, toujours obligeant et sachant combien l'animal comptait pour son ami, était parti à sa recherche alors qu'O'Neill avait fidèlement pris la direction opposée. Mais il avait atteint la limite de sa propriété depuis un certain temps et s'évertuait maintenant à la suivre à cheval, balayant l'horizon du regard autant qu'il le pouvait avec ces intempéries. Malgré tout cela, il refusait de renoncer – Thor était une si frêle créature qu'il craignait pour sa sécurité, et O'Neill ne pourrait jamais se pardonner si quelque chose de grave arrivait à son petit compagnon.

Ses yeux s'arrêtèrent sur une ombre floue au loin, de l'autre côté de la barrière le séparant de la propriété des Carter. Elle était certainement trop grande pour être celle de Thor et semblait, en fait, appartenir à une personne – mais qu'est-ce que quelqu'un pouvait faire à se promener dehors par un temps si effroyable ? Déterminé à apporter son aide, O'Neill franchit la cloture d'un bond et galopa jusqu'à la silhouette qui se déplaçait lentement.

Alors qu'il s'approchait, il réalisa avec surprise qu'il s'agissait de Miss Carter elle-même, mouillée jusqu'aux os et frissonnant violemment. Ce n'était pas étonnant non plus, puisqu'en plus d'être trempée, elle semblait vêtue bien légèrement. "Miss Carter !" cria-t-il par dessus le martèlement de la pluie. "Pour l'amour du ciel, qu'est-ce que vous faites dehors dans cette tenue ?"

Un visage pâle et des lèvres bleutées lui apparurent. "J'étais en train de sauver votre chien, si vous voulez tout savoir." Il pouvait maintenant voir Thor lové dans ses bras, tremblant presque aussi violemment que son sauveur. "J'aurais pu être à la maison depuis longtemps, mais il était coincé au milieu de la rivière. J'ai été obligée d'aller le repêcher."

Prenant le chien, il l'installa dans une sacoche presque sèche de sa selle. "J'ai une dette envers vous. Permettez-moi de vous raccompagner chez vous."

"Oh, non, ça ira. Ce n'est plus si loin maintenant", insista-t-elle, même si son apparence glacée était plus qu'inquiétante.

"Miss Carter, je crains de devoir insister. Venez maintenant, montez."

Après une lutte considérable, elle se retrouva devant lui sur la selle, claquant des dents et son corps se resserrant inconsciemment contre lui à la recherche d'une quelconque chaleur qu'il pourrait avoir à offrir.

Cinq minutes plus tard, il réalisa que c'était en fait elle qui fournissait toute la chaleur – elle était brulante de fièvre. Alarmé, il posa une main sur sa joue. "Miss Carter, comment vous sentez-vous ?"

Quand il n'obtint aucune réponse, il répéta avec acharnement, "Miss Carter ?"

Il la déplaça légèrement sur la selle pour s'assurer de son état et réalisa qu'elle avait sombré dans l'inconscience.

Il s'agissait là d'un signe grave, et ce fut avec une immense frayeur s'emparant de lui qu'il poussa son cheval à accélérer. Dès qu'il aperçut les étables de Vorash Hall, il descendit. Sa monture trouverait seule son chemin jusqu'au bâtiment où les garçons d'écurie pourraient s'occuper d'elle. Il ne pouvait nullement perdre du temps. Installant Samantha dans ses bras (et, au dernier moment, se rappelant de sortir Thor de la sacoche pour qu'il trotte à ses côtés), il s'élança vers l'habitation principale au pas de course.

Son arrivée fut on ne peut plus spectaculaire, la bruyante clameur de la porte poussée avec force attira Cameron Mitchell et une femme qu'il ne reconnaissait pas dans l'entrée. Son regard fixé sur le visage beaucoup trop pâle de Samantha, Jack dit la seule chose à laquelle il put penser.

"Elle a besoin d'un médecin."