CHAPITRE XIV
Il regarda une nouvelle fois l'heure. 10H20. Mais que faisait-il ? Ils avaient rendez-vous à 11h pour leur bain de boue. Cette même pensée lui sembla tout à coup bien étrange. Il allait faire des soins de thalassothérapie avec son vieil ami. Avec House. Il sourit une fois de plus à cette idée. House, LE House qui l'avait trainé dans un centre de relaxation. Et avec femme et enfant. Il ne cesserait jamais de le surprendre, et c'était tant mieux. Sa vie était plutôt monotone, son ami y ajoutait tout le piquant nécessaire.
10H25. Quelle marmotte ! Il allait devoir aller le réveiller. En temps normal cette perspective ne l'enchantait guère. Pluie de jurons et insultes en tout genre. Quand il ne lui jetait pas en pleine tête les objets présents sur sa table de nuit... Mais, là, en plus, il partageait sa chambre avec Cuddy et sa fille. S'il était un peu inquiet à l'idée de réveiller bébé, il l'était surtout à celle de découvrir dans quelle tenue sa directrice dormait. House était plutôt un chaud lapin à ce qu'il en savait et n'avait aucune, mais alors aucune envie de se trouver encore embarrassé devant son amie. Il l'avait déjà vue en petite tenue, il ne voulait pas en voir plus, enfin moins.
10H28. Il fallait se résoudre à l'évidence. House était House. Et il était impossible qu'il se réveille de son plein grès avant les premières heures de l'après-midi. Il prit son courage à deux mains et se dirigea vers la chambre de ses amis. Il leva le bras pour cogner quand il entendit des bruits. Il se concentra afin de mieux les percevoir. Des rires d'enfant suivis de gazouillis. La voix des parents. Ils étaient réveillés, et avec Rachel. Il se sentit soulagé et toqua à la porte. Pas de réponses. Il tourna doucement la poignée et ouvrit la porte.
Assis au milieu du lit, appuyés contre le mur, les deux parents s'embrassaient. La petite fille, assise entre eux deux en profita pour se mettre à quatre pattes et tenter de s'enfuir. C'était sans connaître le sixième sens du diagnosticien. Il lui attrapa une cheville et l'empêcha d'aller plus loin. Ils rompirent leur étreinte pour focaliser toute leur attention sur le bébé.
« Et bien, Grenouille, tu veux que je finisse de te raconter cette histoire ou tu veux partir à l'aventure ? » S'amusa House en agitant le livre. La petite fille tourna la tête vers lui, posa son regard sur le livre. Elle semblait réfléchir, hésiter. Puis, elle se retourna et repartit en rampant.
« Ha mon pauvre chéri… Tu n'as déjà plus la côte. » Rigola la Maman, sans quitter des yeux son enfant de peur qu'elle ne tombe.
« Chéri ? » Entendirent-ils crier depuis l'autre bout de la chambre.
« Jimmy, bordel, qu'est ce que tu fais là ? » S'énerva House, oubliant ainsi de bouder.
« C'est 10h30, faudrait que tu te lèves, on a notre bain de boue à 11h... » Tenta-t-il de se justifier sous le regard noir de ses amis.
« Merci James, on arrive. » Se radoucit la doyenne. Elle embrassa furtivement son amant et se leva. Révélant une nuisette de satin bleu-gris ornée de dentelles à l'encolure et avec quelques fleurs sur le côté droit. Wilson soupira. Et dire que sa copine avait encore dormi dans un de ses t-shirts et c'était relevé dans la nuit pour enfiler un bas de jogging...
11h05. Les deux compères arrivèrent enfin dans le complexe de thalassothérapie. Ils se rendirent à l'accueil et furent conduits dans une grande salle recouverte de carrelage du sol au plafond. Un homme, assez musclé, entra à son tour et se présenta comme l'un des kinésithérapeutes. Il les invita à ne rester qu'en slip de bain et quitta la salle.
Wilson se déshabilla. Il se retourna. Son ami portait toujours son jogging. Il avait seulement quitté son t-shirt. Il semblait tourmenté, en proie au doute et à la panique.
« C'était une mauvaise idée. » Dit-il fermement en remettant son haut.
« House, qu'est ce que tu fais ? » Appela son ami.
« Je… je… je m'en… m'en vais. Mauvaise idée. J'aurais jamais dû te trainer là. Désolé. » Marmonna-t-il entre ses dents.
Il était sous le choc. House qui s'excusait. House qui semblait mal à l'aise. Il n'aurait jamais cru vivre assez longtemps pour voir ces deux choses arriver. Mais il savait qu'il ne fallait mieux pas le lui faire remarquer, au risque de le voir se fermer comme une huitre et ne plus entendre ses mots pour les prochaines décennies. « Tu te sens pas bien ? C'est le bodybuildé qui te met mal à l'aise ? » Demanda-t-il intrigué. Il ne comprenait pas du tout son attitude.
Le diagnosticien lui jeta un regard noir et tourna les talons. Son ami était vraiment un abruti, des fois.
« C'est à cause de ta cicatrice ! » S'exclama alors l'oncologue. Il venait de réaliser qu'ils seraient à moitié nus et que son ami n'aurait aucun moyen de cacher sa plaie.
« Et bien, on veut s'en aller ? » Demanda intrigué, mais relativement amusé, le kiné. Il venait de faire réapparition dans la pièce et transportait une grande bassine contenant vraisemblablement la boue.
Le médecin se contenta de hocher la tête, trop gêné.
« C'est à cause de votre cicatrice ? » Demanda-t-il nonchalant. Il plaça la bassine entre les deux tables et appela un de ses collègues.
House jeta un regard noir à son collègue. Maintenant Mr muscle était au courant et il allait encore plus passer pour une truffe.
« Ce n'est pas votre ami qui me l'a dit. Rassurez-vous. Vous boitez, vous avez une canne. Vous venez ici puis vous rétractez. Ce n'est pas comme si vous étiez le premier. Aller, grimpez sur la table qu'on en finisse. » Lui dit sérieusement le kiné en enfilant ses gants.
Le diagnosticien lui lança un petit regard apeuré puis se déshabilla. Il ne voulait pas passer pour une mauviette. Et, surtout, il avait déjà payé pour ce soin. Il regarda Wilson se faire conduire vers une autre pièce par une charmante jeune femme et regretta de ne pas être à sa place.
Comme s'il devinait ses pensées, le masseur lui dit : « Lui n'est pas malade. Il n'a pas besoin d'un kiné. Vous, par contre... » Et avec ça, il lui donna une petite impulsion sur le torse, le forçant à s'allonger.
« Alors, comment ça s'est passé ? » Demanda Wilson, tout excité.
« Bien, j'ai survécu. » Répondit House, blanc comme un linge.
« Oh, ça ne devait pas être si terrible que ça. » S'amusa l'oncologue.
« Il était gay ! » S'écria-t-il, outré.
« Quoi ? »
« Et, et... Il m'a touché. » Dit-il avec une grimace, l'air répugné et choqué.
« Oui, c'est mieux pour te faire un massage. » Rit l'oncologue.
« Mais ça devait être juste un bain de boue. » Dit-il en baissant la tête.
« Parce que ça a été plus que ça pour toi ? » Demanda-t-il, surpris.
« Oui, il m'a massé. » Affirma-t-il.
« Moi aussi, on m'a massé. » Répondit James, essayant de dédramatiser.
« L'entrejambe ? » S'offusqua House.
« Non. » Rit-il.
« Ben moi oui... » Dit-il en refaisant une grimace.
« Quoi ? » S'écria-t-il en ouvrant la porte de l'appartement.
« Lisa ! J'ai besoin d'un câlin ! »
