Chapitre 12 : Fragilités…
Emyn ArnenC'est la nuit, mais Eowyn ne dort pas…depuis qu'ils sont rentrés du bal, quelques semaines plus tôt, Faramir n'a presque pas adressé la parole à Eolain et s'est replongé comme un damné dans son travail. C'est une preuve s'il en est qu'il a vu Eldarion embrasser sa fille…
C'est pour cela que, comme elle l'avait fait auparavant, elle attend qu'il rentre pour lui parler sérieusement. Il est temps qu'il comprenne enfin qu'Eolain n'est plus une enfant…
Justement, Faramir entre dans la chambre, l'air épuisé, se nettoie rapidement dans le petit cabinet de toilette attenant avant de s'apercevoir que son épouse est encore réveillée…
Torse nu, il s'approche d'elle et demande :
« Qu'est-ce qui se passe ? »
Eowyn se tourne vers lui en disant :
« Et tu me le demandes ? Tu nous bats froid, et tu as le culot de me demander ce qu'il y a ? »
Alors Faramir comprend, et répond :
« Je me demandais quand tu allais exploser…tu étais au courant pour Eolain et Eldarion, n'est-ce pas ? »
Eowyn plonge ses yeux gris pleins de colère dans les yeux bleus de son mari et dit :
« Oui, il n'y avait que toi qui ne voulais rien voir… tu t'étais pourtant rendu compte qu'Eolain avait changé, mais tu as fermé ton esprit à l'éventualité qu'elle puisse être amoureuse… »
Faramir ne s'énerve pas, et répond :
« En effet, j'ignorais tout de cela…mais je persiste à penser qu'Eolain est trop jeune, elle n'a pas assez d'expérience de la vie pour… »
Alors Eowyn l'interrompit et dit :
« Depuis quand faut-il de l'expérience pour tomber amoureux ?En avais-tu beaucoup lorsque tu m'as dit que tu m'aimais et que tu voulais m'épouser, sur les murs de Minas Tirith ? Non, et tu le sais très bien ! Pourquoi voudrais-tu interdire à ta fille d'aimer elle aussi ? »
Faramir, touché au cœur, sentit néanmoins sa sagesse normale revenir et dit :
« Je ne lui interdis pas, et tu le sais, je pense juste qu'elle est encore un peu trop jeune…nous étions bien plus âgés quand nous nous sommes mariés. Je pense que nous devons observer l'évolution de la situation, et intervenir si elle nécessite notre aide… »
Bien qu'il parlât sur un ton calme et posé, Eowyn sentait le déchirement qui s'opérait en lui. Faramir était un homme très sage, mais se sentait démuni face à l'évolution trop rapide de sa fille. Eowyn, pour être une femme, comprenait mieux Eolain, mais ne pouvait tout de même présumer de ce qui se passerait après…finalement, il était vrai que les deux adolescents étaient sans doute un peu jeunes pour appréhender tous les aspects d'une relation de couple, sur cela son époux avait raison.
Pourtant, elle ne doutait pas que les sentiments que les deux adolescents portaient l'un à l'autre soient forts…
Faramir reprit avec un soupir :
« Vais-je encore me comporter en père indigne envers ma propre fille ? Je veux qu'Eolain soit heureuse, plus que tout… »
Mais Eowyn sentit la tristesse qui transparaissait dans la voix de son époux…
Minas TirithEldarion, un léger sourire au coin des lèvres, lisait avec grande attention une lettre de sa sœur, arrivée de Rivendell le matin même. Eladiel était très satisfaite de son séjour parmi les Elfes, et y disait que ses pouvoirs se développaient de mieux en mieux…elle lui disait aussi qu'elle était heureuse pour lui.
Eldarion posa la lettre sur son bureau, et s'approcha de la fenêtre, se souvenant avec émotion des sensations de son premier vrai baiser échangé avec Eolain, son corps pressé contre le sien, le goût frais de ses lèvres…comment décrire pareil bonheur ? Il se sentait si heureux lorsqu'elle était auprès de lui, mais aussi calme et assuré, comme un futur roi doit l'être.
Pourtant, quel avenir aurait donc leur relation ? Même si Eolain est d'un rang tout à fait honorable, il sait qu'il n'est pas encore en âge de se marier, et elle non plus…il sait très bien aussi qu'il n'a pas encore assez d'expérience pour pouvoir appréhender les différents aspects de sa relation, mais son cœur lui dit que c'est elle qu'il veut comme compagne, qu'elle saura toujours l'aider et le soutenir…doit-il écouter son cœur ou sa raison ?
Il regarda la ville, en dessous de lui, puis la plaine…l'automne venait, bientôt serait son dix-septième anniversaire, mais il ne l'attendait pas avec impatience comme chaque année, d'autres soucis lui taraudaient le cœur. Il aurait tant voulu que sa sœur soit l ! Il aurait pu s'ouvrir à elle de ce qui le souciait, et elle ne le jugerait pas, se contentant de donner son avis sur le sujet…
Une main se pose alors sur son épaule, et, se retournant, Eldarion reconnaît son père. Elessar le regarde de façon bienveillante, et lui dit :
« Eladiel te manque, n'est-ce pas ? »
Eldarion acquiesça, et dit :
« Oui, beaucoup, père… »
Mais Elessar sent les interrogations, d'une autre nature que l'absence de sa sœur aînée, qui taraudent son fils, et dit :
« Donne le temps au temps, mon fils… Eolain et toi êtes jeunes…»
Eldarion regarde son père et dit :
« J'aimerais qu'Eladiel soit là, pour me dire ce que je dois faire…je ne sais pas du tout ce qui va advenir… »
Elessar dit alors :
« Il est toujours compliqué de démêler le cœur et la raison, mon fils… »
Eldarion répondit :
« Je suis sûr de ses sentiments envers moi, maintenant, père, mais j'ignore ce qui va arriver… »
Elessar dit alors :
« Cela c'est à toi de le construire, Eldarion…ta mère et moi n'avons pas construit notre relation en un jour…quand je l'ai rencontrée j'avais vingt ans, il a fallu beaucoup de temps pour qu'enfin elle devienne mon épouse, alors n'essaie pas d'aller trop vite… »
Eldarion regarda alors son père et dit :
« Ah non, je n'attendrai pas soixante-dix ans comme toi, père… »
Elessar sourit et dit :
« Il est vrai que, dans notre cas, cela a duré longtemps, mais la situation était différente…tu as la chance de vivre une relation normale. »
Eldarion connaissait assez l'histoire de ses parents pour en savoir les grandes lignes, et se disait que oui, il avait de la chance…pourtant, comment faire ?
Sentant le renfermement de son fils, Elessar n'insista pas et, après lui avoir mis une main sur l'épaule, le laissa à ses pensées…
RivendellEladiel, assise sur un banc dans le jardin, lit un vieux livre traitant de divination. Habillée à l'elfique, d'une robe bleue et noire, elle ressemble encore plus à sa mère. Pourtant, elle soupire, puis lève la tête de son livre…
C'est alors qu'une voix l'interpelle, et lui dit :
« Qu'y a-t-il, ma nièce ? Je te sens triste aujourd'hui… »
Eladiel lève la tête et dit à son oncle Elladan :
« Je sens l'atmosphère qui se dégage de ce jardin : la tristesse, le regret des choses qui furent et ne sont plus… »
Elladan s'assit à côté d'elle et dit :
« Tes sensations s'affinent, si tu peux sentir ce genre de choses…pourtant, Rivendell fut autrefois un lieu de fêtes, et beaucoup de belles personnes se promenaient sous ces ramures. Depuis que mon père a décidé de passer la Mer, cette atmosphère de tristesse imprègne ce jardin… »
Eladiel regarde alors son oncle et lui dit :
« Je me souviens de lui… »
C'était la première fois qu'elle parlait de cela à quelqu'un, et elle savait qu'elle n'étonnerait guère Elladan. Elle continua :
« C'était le jour de la naissance d'Eldarion, je crois, j'avais deux ans…je ne me souviens pas de tout, mais grand-père m'a prise dans ses bras, il m'a dit : « bedich sell na amarath lîn » et aussi « Renich ned nin, hîl ned Luthien… » (note : voir l'ex-libris 1)…je me souviens très bien de ces deux phrases, comme s'il m'avait fait quelque chose pour que je m'en souvienne, surtout que je ne savais pas encore l'elfique à cette époque…pourquoi m'appeler 'héritière de Luthien' ? Je sais bien sûr que ma mère est sans doute sa réincarnation et que nous en descendons, mais moi ? Qui suis-je au juste ? »
Elladan regarda alors sa nièce et lui dit de sa voix douce :
« Mais tu es toi, Eladiel, à la croisée de deux peuples…ni vraiment Elfe ni vraiment humaine. Mais c'est cela qui fait ta force, tu as pris des deux côtés le meilleur. »
Il caressa doucement sa joue et dit :
« Cesse ainsi de te faire du mal…pendant ton séjour ici tu ne dois penser qu'à développer tes dons, ils t'aideront et t'apporteront la clairvoyance… »
L'Elfe regarda alors sa nièce, souhaitant lui apporter le réconfort. Il comprenait que sa famille lui manque, mais savait que ses capacités ne se révèleraient que dans ce cadre particulier…Eladiel avait encore énormément de choses à révéler, et elle avait besoin de leur aide pour le faire. Il était normal qu'elle éprouve ce moment de flottement, en fait elle s'était toujours posé ces questions mais n'avait jamais vraiment eu le loisir d'y trouver une réponse. Demeurer à Rivendell et augmenter sa clairvoyance l'aiderait à y répondre…
Emyn ArnenEolain lit une lettre d'Eldarion qui vient de lui arriver par messager, et sourit, assise au soleil…pourtant, une ombre gâche cette joie : la réaction de son père. Comment lui faire comprendre qu'elle aime réellement Eldarion ?
Ses cheveux libres volent au vent, et elle regarde en direction de Minas Tirith…le vent fait voler sa robe rohirrim derrière elle, la faisant ressembler à sa mère sur le perron du château de Meduseld, belle et éthérée…pourtant, Eolain sait que, tôt ou tard, l'orage éclatera, et elle doit absolument provoquer cette explication elle-même.
Mais comment faire ? Il n'est jamais là, et, s'il est là, lui adresse à peine la parole…il lui a interdit de sortir, mais cette fois elle ne restera pas là à se morfondre !
Elle rentre dans sa chambre, se change, pend Elewinë à sa ceinture et se dirige vers la grande salle où se trouve sa mère, occupée à mettre en pot un onguent de sa fabrication. Voyant sa fille ainsi vêtue, elle demande :
« Mais où veux-tu aller ainsi, Eolain ? »
La jeune princesse dit alors de son ton le plus décid :
« Je n'en peux plus de cette situation, je veux voir mon père…je veux lui parler… »
Eowyn s'essuie alors les mains avec un linge et dit :
« Tu sais bien qu'il t'a interdit de sortir… »
Eolain dit alors :
« Oui, je le sais, mais je dois lui parler…il doit comprendre… »
Eowyn sait qu'elle ne peut s'opposer à la décision de sa fille, elle est désormais assez grande pour défendre elle-même ses propres opinions. Eolain demande alors :
« Où pourrai-je le trouver ? »
Eowyn répond :
« Non loin de Minas Ithil… »
Eolain sort alors de la pièce dans le tourbillon de sa cape verte, laissant Eowyn terminer son ouvrage. Elle sait que l'explication risque d'être orageuse, mais elle est nécessaire…
Eolain court à l'écurie, enfourche Tempestwind, trop heureux de prendre un peu d'exercice, et chevauche à bride abattue sur la plaine ensoleillée en direction de Minas Ithil, anciennement Minas Morgul.
Elle n'a pas à chevaucher longtemps, un garde placé là en faction lui indique qu'elle a trouvé le lieu où son père travaille…le garde l'arrête mais elle lui dit :
« Je veux voir mon père… »
Il la reconnaît et la laisse passer…elle descend de cheval, et se dirige vers son père qui se relève du plan qu'il regardait et dit :
« Eolain ? Mais que fais-tu l ? je t'avais interdit de sortir, il me semble… »
Eolain regarde son père et dit :
« J'ai des choses à te dire, et, puisque tu ne veux pas me parler à la maison, je suis venue… »
Faramir regarde alors sa fille, qui lui retourne son regard grave, et dit :
« Bien…viens avec moi… »
Il l'emmène près de là, dans une cabane de chantier, et dit :
« Alors, de quoi voulais-tu me parler, Eolain ? »
Eolain fixe son regard gris dans celui de son père et dit :
« Je sais que tu nous a vus, Eldarion et moi…je voulais te dire que je l'aime, à cela tu ne peux rien…je sais aussi que tu m'en veux à cause de cela, et je voulais en parler avec toi afin que tu saches tout et que tu cesses de m'en vouloir…je ne l'ai pas cherché, tu sais… »
Cette simplicité dans l'aveu désarme Faramir un instant, puis il dit :
« En effet, je vous ai vus, et je comprends tes sentiments à son égard…pourtant, je pense que tu es encore trop jeune… »
Eolain reprend, posément :
« Il est vrai que je n'ai encore que dix-sept ans, père, mais cela ne m'empêche pas de ressentir des sentiments profonds envers Eldarion… »
Faramir se sent brusquement comme en train de parler non à sa fille mais à une adulte, et reprend :
« Donne-toi du temps, Eolain, tout cela est trop récent pour que tu puisses encore appréhender ce qui se passera après… »
Eolain doit convenir que les paroles de son père sont pleines de bon sens, mais elle le sent encore réticent, elle ne sait pourquoi…pourtant, l'Intendant est calme et posé, comme il l'est souvent, il regarde sa fille avec gentillesse et tendresse. Pourtant, elle n'imagine pas son maelström intérieur, les sentiments qui agitent son cœur...
Elle répond alors, avec un petit rire :
« Eh, je n'ai pas l'intention de me marier, papa, nous n'en sommes pas encore l »
Pourtant, à l'évocation d'Eldarion, Faramir voyait le teint de sa fille rosir et ses yeux gris s'allumer, la rendant encore plus belle…Il se força à rester calme et dit :
« Je le sais bien, Eolain…mais je ne veux pas que tu gâches ta vie en allant trop vite. »
Eolain dit alors :
« Je ne veux pas gâcher ma vie, père…simplement essayer d'en faire ce que je veux. »
Faramir soupira : toujours l'éternel sujet de discorde avec sa fille…voulant calmer le jeu, il dit :
« Nous en avons déjà parlé, Eolain…de plus, je sais que tu es consciente de ton rang, et des devoirs qu'il implique. »
Eolain dit alors :
« Cela signifie que tu ne me laisserais pas épouser Eldarion, s'il me demandait en mariage ? »
La soudaineté de la question redoutée heurta directement Faramir, qui répondit sur le même ton calme :
« Dans quelques années, sans doute, mais maintenant, non…et je suis sûr que le roi approuverait ma décision…le prince et toi vous fréquentez depuis si peu de temps, comment pouvez-vous assez vous connaître ? Les sentiments sont certes importants mais ils ne suffisent pas pour construire une union solide… »
Eolain réagit violemment et dit :
« Tu ne me laisserais pas l'épouser parce que tu as d'autres projets pour moi, n'est-ce pas ? »
Faramir secoua la tête :
« Absolument pas, Eolain…tout ce que je veux c'est t'armer suffisamment pour que tu choisisses ensuite la voie qui te paraîtra la meilleure…tu n'es pas de celles qu'on marie de force ! »
Son ton calme ne trahissait pas ce qui se passait en lui, ce déchirement douloureux du père obligé de s'opposer à sa fille pour son propre bien. Mais que faire d'autre ?
Les larmes montent aux yeux de la jeune fille mais Faramir dit, en prenant le visage de sa fille entre ses mains :
« Allons, ne pleure pas, tu sais que cela ne résoudra rien…tu as été franche avec moi, ce dont je te remercie. »
Il sourit et dit :
« Nous allons prendre les choses comme elles viennent…sache que si tu as besoin de moi je serai toujours là pour toi… »
Jamais il n'avait dit cela à sa fille, mais il sentait qu'elle en avait besoin au tournant où elle se trouvait…Eolain la guerrière se découvrait femme, et se trouvait à la croisée des chemins : rester une guerrière ou devenir une femme. Sa mère s'était trouvée elle aussi à cet endroit, mais avait fait son choix en devenant épouse et mère. Pour Eolain, cela ne serait pas si simple…
Il sourit doucement et dit :
« Tu vas rentrer maintenant, nous en reparlerons… »
Il regarde sa fille s'éloigner, le cœur lourd…
Minas Tirith
Eldarion, penché sur un livre, soupire si fort à chaque page qu'Eowyn, sa sœur cadette, assise à côté de lui, lui dit :
« Arrête de soulever la poussière… »
Elle le regarde d'un air espiègle, mais ses yeux sont sérieux…elle reprend :
« Je sais que je ne vaux pas Eladiel au niveau sagesse, mais je veux bien essayer de t'aider, grand frère… »
Eldarion caressa les cheveux sombres de sa sœur et dit :
« Merci, mais je ne pense pas que tu puisses m'aider, Eowyn… »
Ses yeux bleus se font encore plus sérieux alors qu'elle lui dit :
« Je ne suis pas aveugle, Eldarion, je vois bien ce qui te tourmente : tu as des soucis à cause de ta relation avec Eolain d'Ithilien…mais pourquoi ne laisses-tu pas ton instinct agir ? »
Alors Eldarion découvre que sa sœur n'est pas aussi superficielle qu'elle veut bien le laisser paraître…il reprend :
« Mais que sais-tu à cela, toi ? tu as seulement treize ans… »
Eowyn dit alors :
« Mais j'ai des yeux pour voir, mon cher frère…je n'ai pas les pouvoirs d'Eladiel mais j'ai encore assez de bon sens pour pallier à ce manque. Je sens ta tristesse et ton désarroi, et comme je ne les supporte plus je veux essayer de te venir en aide, c'est tout… »
Finalement, Eowyn avait aussi hérité de quelque chose d'elfique, et c'était la première fois qu'il sentait ce calme et cette sagesse dans sa voix. Il l'embrassa sur le front et dit :
« Non, ce n'est pas à toi de porter ce fardeau, petite sœur… »
Cette fois, il était prêt à en parler à sa mère…
Arwen était assise dans le jardin, profitant de la fraîcheur, quand il la trouva. Elle chantait doucement, et sa belle voix emplissait l'air de sa mélodie pure. Dès qu'elle vit son fils, elle s'arrêta et dit :
« Viens t'asseoir auprès de moi, Eldarion… »
Alors le prince dit :
« J'ai besoin de ton conseil, maman… »
Arwen sourit et dit :
« Je t'écoute… »
Eldarion, hésitant, dit alors :
« Je ne sais que faire, mère…j'aime Eolain, cela j'en suis sûr, mais je dois avouer que la suite de notre relation m'angoisse, j'ai peur de ne pas pouvoir la rendre heureuse, d'être ridicule…vais-je perdre toute crédibilité parce que je suis amoureux ? »
Arwen dit alors :
« Mais que crains-tu donc ? Eolain ne cessera pas de t'aimer pour autant, cela j'en suis sûre, je l'ai vu dans le regard qu'elle portait sur toi…quand à ta crédibilité, pourquoi en souffrirait-elle ? »
Alors qu'il paraissait ne pas comprendre, elle continua :
« Ton père n'était pas si assuré quand il m'a avoué ses sentiments, il bégayait et regardait obstinément ses chaussures…et moi je dois avouer que je n'étais pas à l'aise non plus. Et pourtant, cela ne l'a pas empêché d'accomplir son destin…l'amour que nous avons l'un pour l'autre nous a toujours soutenu. Il en sera de même pour toi… »
Eldarion reprend alors :
« Mais je bégaye presque dès que je dois lui dire quelque chose… »
Arwen sourit et dit :
« Ce n'est que cela ?Eh bien dis-toi qu'elle ne doit pas être plus à l'aise que toi…quand vous vous connaîtrez mieux cela disparaîtra, donne-toi le temps, mon fils… »
Et elle lui sourit encore…
Emyn Arnen
Faramir, poussiéreux, entre dans la grande pièce où Eowyn coud encore…Etonnée, elle lève les yeux de son ouvrage et dit :
« Te voici déj ? »
Il vient à elle, l'embrasse puis s'assied à côté d'elle en disant :
« Ai-je été un si mauvais père ? »
Surprise par la rudesse de la question, Eowyn resta un instant silencieuse et répondit :
« Pas du tout…pourquoi ? »
Faramir poursuivit :
« Je n'ai pas vu l'amour dans le cœur de ma propre fille…Eolain est adulte à présent, et je l'ai vue à peine grandir… »
Il continua :
« Elle m'a avoué cela si simplement…dire que je l'avais vue devenir si belle, se transformer sous mes yeux, sans que je me doute de rien… »
Il souffrait de cela, mais restait tout de même calme et posé, comme à l'habitude…Eowyn dit alors :
« Je ne l'aurais jamais su si je n'avais pas vu moi-même Eolain dans les bras d'Eldarion…mais cesse de t'en vouloir, tu n'es pas responsable… »
Elle regarda longuement son époux, puis continua :
« Eolain et Eldarion doivent maintenant construire seuls leur histoire, comme nous avons construit la nôtre… »
Faramir plonge alors son regard bleu dans les magnifiques yeux gris de son épouse, et dit :
« Je me sens tellement impuissant ! Eolain traverse une crise de personnalité, et je ne peux pas l'aider, elle doit y faire face seule…Je n'aime pas avoir à dire cela, mais c'est pourtant ce que je ressens…"
Il s'interrompt quelques secondes, puis reprend:
"Cela je l'ai compris en parlant avec elle cet après-midi…Eolain aime Eldarion mais veut toujours faire ce qu'elle veut de sa vie, et ce dilemme lui pose problème…"
Eowyn avait compris cela depuis longtemps, pour être passée par la même période autrefois, mais elle se dit que le fait que son époux l'ait maintenant compris aussi allait faciliter sa vision des choses…
Eowyn dit alors:
"Un jour elle se décidera, selon les circonstances, mais je crois qu'elle commence seulement à comprendre qui elle est vraiment, et ce que tout cela implique…comme tu l'as dit fort justement, c'est à elle de faire son cheminement seule, nous ne pouvons pas l'aider…"
Faramir sourit alors, et dit :
« Tu sais toujours trouver les mots qu'il faut, Eowyn…mais sois sûre que je ne laisserai pas Eolain faire n'importe quoi ! »
Eowyn lui rétorqua :
« Je suis d'avis de la laisser libre de faire son choix, pour ma part… »
Faramir plongea son regard bleu dans celui de son épouse et dit :
« Nous verrons, ma chère, nous verrons… »
Finalement la partie n'était pas aussi gagnée qu'elle le pensait…Faramir comprenait sa fille mais restait réticent à la laisser choisir son propre destin, pour des raisons logiques et évidentes. Etant d'un certain rang, il y avait certaines règles à respecter, et Eolain le savait…
Eowyn répondit à son époux :
« Oui, nous verrons… »
Et il crut reconnaître dans sa voix quelques accents d'Eowyn la guerrière…
Rivendell
Penchée sur sa vasque, ses longs cheveux attachés en une longue natte, Eladiel scrute l'eau calme, mais, cette fois, elle ne voit rien, que des images floues qui n'ont aucun sens. Que lui arrive-t-il ? A-t-elle soudainement perdu son don ?
Une larme glisse le long de sa joue, et vient troubler le miroir lisse de l'eau dormante…alors quelqu'un lui pose doucement la main sur l'épaule et dit :
« Garde ton calme…l'eau ne te livrera ses secrets que si tu es comme elle, calme et placide… »
Eladiel se retourne et reconnaît son second oncle, Elrohir. Pour se différencier de son frère, il ne porte pas les mêmes vêtements, mais il est aussi sage que lui…il sourit à sa nièce et dit :
« Tu as besoin de te reposer, tu en fais trop…viens… »
Eladiel sourit elle aussi à son oncle, et l'accompagne jusqu'à une tonnelle où attendent des rafraîchissements posés sur une table…Elrohir s'assied et dit :
«Ma grand-mère disait qu'il n'est pas bon d'insister lorsque l'eau refuse de te montrer quoi que ce soit…tu t'épuiserais… »
Eladiel sourit à son oncle, sans toutefois lui confier ce qui agite son cœur…
A suivre…
