Le Collier de Minos - L'évasion
Deuxième partie
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Quatre mètres... trois... deux...
"Accio enfant !"
La proie du Taureau glissa sous son museau pour atterrir dans les bras du Potionniste. Surprise, la bête ne put freiner : elle embrocha en fin de course le Trône d'Or qui devait faire au bas mot quatre-vingt kilos, comme si c'était un fétu de paille, et envoya le roi Minos, resté derrière, percuter la fresque aux Gryffons. Dans le choc, la Tiare que le Roi portait se détacha de sa tête et valsa dans les airs... et fut récupérée par les mains démesurées d'un Alistair qui avait repris son apparence humaine.
"Ça y est, j'ai la balle, s'écria-t-il... ah non, c'est une Tiare ! Je me disais aussi. Minos n'est pas du genre à jouer au Rugby."
Le Minotaure prit une seconde pour faire le point : La Salle aux Gryffons était à moitié détruite, le mur donnant sur la cour n'existait plus. Etaient présents dans ce qui restait six personnes : Le Roi Minos, assommé, le Maître des Potions, tenant dans ses bras une fillette blessée, son élève, Potter, pas rassuré du tout, Asclépios, à ses côtés, qui avait retrouvé ses propres traits et lui-même. Et au fond de la pièce...
Poséidon
Alistair frémit. Il avait reconnu tout de suite l'aura de pouvoir de son Grand-père divin, sous cette forme animale. Il avait aussi ressenti la colère qui le possédait. Inutile d'essayer de le raisonner, pensa-t-il, quand il est comme cela, rien ne peut l'atteindre.
Le Dieu finit par se débarrasser des débris du siège en métal précieux et se tourna vers ceux qui étaient encore debout, et plus précisément...
"Il a vu la petite, tonna Severus, Potter, faites diversion !
- Pourquoi encore moi ?
- J'ai les mains occupées. Allez-y, vite !"
Stressé, Harry ne trouva rien de mieux que de décoller une tenture du mur d'un coup de baguette et de l'envoyer flotter devant les yeux du Taureau.
"Potter, vous le faites exprès ?
- ...?!
- Cette tenture est rouge, et vous l'agitez sous son museau !"
Effectivement...
A nouveau l'animal s'ébranla, mais avant qu'il ait pu les atteindre, utilisant sa pleine vitesse Alistair avait bondi et récupéré le trio. Et le Taureau explosa un mur supplémentaire.
Les Sorciers battirent en retraite vers la fresque aux Gryffons, récupérant au passage un Asclépios stupéfait, et rallièrent l'endroit où le Roi Minos revenait péniblement à lui.
"Que... votre intrusion va vous coûter cher !" fit ce dernier en les voyant.
SBAFF !
"Désolé, Nonos, j'ai pas ma carte bleue sur moi ! railla Alistair, après avoir renvoyé d'un coup de poing le Roi au pays des songes.
Trente-six siècles que je le lui gardais, ce gnon !
Cette petite satisfaction ne dura pas. Un tremblement du sol apprit aux Sorciers que le Taureau revenait vers eux. Vu l'étroitesse des lieux - et le fait qu'ils ne pouvaient transplaner - la bête allait faire un carnage.
Mais, comme l'avait écrit Jean de la Fontaine dans une de ses fables, un plus petit que soi aide parfois beaucoup. Ou en l'occurence, ici, une plus petite.
Car ce fut une boule de fourrure tigrée qui secourut le groupe.
Minerva était venue à la rescousse.
Profitant du demi-tour du Taureau, elle avait sauté sur le pelage couleur de lune et rallié le front démesuré, le labourant de ses griffes.
Poséidon-Taureau était en colère, mais Minerva, elle, était folle de rage. Comme si quelqu'un s'en était pris à la chair de sa chair.
Sous l'attaque la bête avait ralenti sa course, jusqu'à presque arrêter ses foulées. Elle tenta de déloger son assaillante en secouant la tête, sans succès.
Rien d'étonnant, quand elle a mis le grappin sur quelqu'un elle ne le lâche plus.
Severus avait à peine eu cette pensée qu'il sentit une main lui frôler l'épaule. Alistair.
"Ecoute, Sev, Minnie ne tiendra pas longtemps, malgré sa fureur. Sortez dans la cour en longeant ce qui reste de mur et fuyez !
- Et toi ?
- Je couvrirai votre évasion. Rendez-vous à la ferme d'Agreus si on n'se revoit pas !
- Non, attends !"
Mais il était trop tard. Alistair les fit partir d'une vague d'énergie impérieuse.
Au même instant Minerva fut jetée dans les airs, et ce fut Asclépios qui la réceptionna.
Alistair observa leur fuite et se retourna
pour faire face à son Grand-Père.
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Pendant quelques secondes ils s'observèrent, puis le Taureau chargea. Contraire au sens commun, son vis-à-vis humain ne chercha pas à fuir. Mieux même, il semblait ne pas craindre le choc sur le point d'advenir.
Celui-ci fut terrible. Et déconcertant pour Poséidon. Déjouant le piège des cornes mortelles, Alistair s'était faufilé entre elles et appuyait de toutes ses forces sur le front griffé par Minerva. Dans son élan, Le Dieu des Mers traîna son adversaire sur quelques mètres avant de s'arrêter. Il ne comprenait pas : comment un simple mortel pouvait-il résister à sa puissance ?
Rompant l'affrontement, le Taureau recula. Soit, l'autre avait une grande force physique, mais il ne pourrait contrer ses pouvoirs.
De son corps s'éleva alors une lueur qui se condensa et frappa. Et l'incroyable se produisit.
L'autre bloqua l'attaque. Et l'absorba très facilement. Trop facilement.
Aucun mortel ne peut avoir cette faculté.
Poséidon réitéra l'assaut. Pour un même résultat. Seulement, cette fois-ci, il remarqua à quel point l'énergie de son adversaire ressemblait à la sienne.
"Qui es-tu ?"
Alistair ne répondit pas, il se contenta d'avancer vers la Bête écumante. Et plus il faisait cela, plus le Dieu des Mers ressentait la divinité de son Aura.
"Montre-toi, hurla ce dernier, quitte cette apparence humaine ! Ta nature divine ne peut être celée.
- Je ne suis pas un Dieu.
- Alors qu'es-tu ?!"
Il répondit enfin, son Glamour se dissolvant pour révéler sa tête cornue.
"Je suis celui que les hommes de cette époque appellent Astérios, fruit des amours de la Reine Pasiphaé avec le Taureau blanc, ta Création, que tu envoyas à Minos.
Ton petit-fils.
Le Minotaure."
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"Impossible ! Le Minotaure n'a que quinze ans, et tu es un adulte.
- Je suis une version de celui qui croupit sous nos pieds, dans le labyrinthe. Une version qui vient d'un très lointain futur, tout comme mes compagnons.
- Mais tu ne devrais pas avoir des pouvoirs divins !"
Alistair soupira.
"C'est bien ça, le problème. Les pouvoirs qui me viennent de toi.
- Pardon ?
- La malédiction que tu m'as transmis... que tu nous as transmis.
- Explique-toi !"
Le Minotaure eut un rictus.
"Si l'on en croit la légende, Minos désirait devenir Roi sans que ses frères ne puissent attaquer sa légitimité. Il t'a alors demandé un signe...
- ... que je lui ai donné en envoyant le Taureau blanc.
- Oui, mais tu n'as pas pu t'empêcher d'en faire trop. Tu as doté l'animal d'une partie de ton essence divine, pour qu'il puisse éventuellement soumettre les cadets du Roi. Depuis ce jour, cette partie divine te manque. Et c'est pour cela que tu voulais tant que Minos sacrifie le Taureau, pour l'avoir à nouveau. Et c'est aussi pour cela que ta colère s'est abattue sur lui et sa famille !
Tu sais, je me suis souvent demandé pourquoi tu avais poussé la Reine à aimer le Taureau. La réponse est glaçante : pour avoir un enfant mortel qui hériterait des pouvoirs octroyés à son père animal. Et depuis tu attends qu'il arrive à la fin de sa vie pour les récupérer... sauf que cela n'arrivera jamais.
Son âme immortelle, avec tes pouvoirs, sera projeté dans des réincarnations successives. Cinq ont déjà eu lieu, je suis la sixième.
- Je vois. Mais pourquoi parles-tu de malédiction ?
- Pourquoi ? Parce que la vie de ces malheureux n'a été que tragédies ! Humains, ils ne pouvaient contenir ta puissance. Ils ont souffert et sont morts jeunes, et j'aurais connu le même sort, si je n'avais rencontré mon compagnon d'âme."
Alistair se tut. Il se sentait vide. Il laissa s'évader son regard vers l'extérieur. D'étranges bruits se faisaient entendre venant de la cour centrale, sans doute l'évasion de ses amis ne se passait-elle pas comme prévu.
"Astérios..."
Le Minotaure ramena son attention à l'intérieur. Le Taureau avait disparu, à sa place Poséidon déployait sa majesté, un trident au bout de ses doigts.
"Tu dis que tes amis et toi venez du futur ?
- Oui, les Dieux nous ont projetés dans le passé mais nous ne savons pas pourquoi.
- Pas les Dieux, les Parques, celles qui tissent la Destinée du monde. Elles ont fait une prophétie."
Oh non, encore une ! Sev va pas être content.
"Elles ont dit qu'un groupe viendrait pour 'remettre les choses en ordre' et que pour cela ses membres devaient rester libres. C'est pour cela que je m'en suis pris à la jeune soeur de la Reine, elle allait vous faire emprisonner."
Alistair tiqua. La situation se décantait mais restait floue : à peine quelques rais de lumière dans les ténèbres. Mais après tout, ce n'était pas la première fois qu'il pataugeait. Il s'en sortirait - Ils s'en sortiraient - comme toujours.
Et en parlant des autres...
De l'extérieur lui parvenaient des bruits de course, des cris, des halètements. Il était temps d'aller voir l'étendue du désastre.
Il ne fut pas déçu.
Dans la cour, du côté gauche, une escouade crétoise avançait en rangs serrés.
A droite, Sev et Harry, en position de combat, les attendaient de pied ferme. Sur la touche, Asclépios donnait les premiers soins à la fillette, sous l'oeil inquiet - et au beurre noir - de Minerva.
En temps normal Alistair aurait foncé dans le tas, et sorti ses amis de la mélasse,
mais...
Etait-ce la configuration des lieux, l'affrontement disproportionné de deux équipes, la vue des cornes de consécration aux extrémités du terrain, sculptures de pierre pouvant faire penser aux buts de Twickenham qui changèrent la donne ?
Peut-être.
Toujours est-il que le démon du Rugby chuchota à son oreille et ce dernier le convainquit sans mal.
Ni une ni deux, Alistair ramassa la Tiare qu'il avait laissée tomber en portant secours à ses amis, l'écrabouilla un peu et lui donna une forme ovale acceptable.
Et sortit.
"Hé, Sev, attrape, on va jouer une partie Crète-Nouvelle Zélande !
- Ça va pas la tête ?! Et puis pourquoi Nouvelle Zélande ?
- Ben, t'es déjà en All Black."
Et sans laisser le temps à personne d'en placer une, l'Homme Taureau lança le Pseudo ballon de Rugby.
Qui atterrit tout droit sur Potter.
Et les guerriers en face, furieux de voir le symbole royal dans ses mains, convergèrent vers lui à vitesse redoublée.
"Pourquoi toujours moi ?" gémit-il.
Ouch !
