14.

- Tu es partie…

Du bout des doigts, Alguérande caressa machinalement sa poitrine où le tatouage papillon de Talmaïdès avait disparu. Je m'y étais habitué, je l'avais aimé, il faisait partie de moi, tout comme cet anneau à mon lobe gauche… Piercing, tatouage, j'étais un pirate !

- Et tu es un tout jeune homme qui doit choisir sa voie et étudier, remarqua Albator.

- Dis donc, papa, tu as reluqué tous tes enfants sous la douche ? ! fit mine de protester le jeune homme.

- Uniquement celui qui laissait la porte ouverte ! ironisa son père. Et tu es le seul à être désinhibé, mais à ton corps défendant, je le crains.

- Ne parle pas de mon corps, s'il te plaît… Le souvenir de Gordan est encore bien trop présent…

- Désolé, Algie, j'ai été maladroit, je ne voulais pas…

Alguérande eut quelques profondes inspirations, finissant de se sécher, et gardant ensuite prudemment l'essuie éponge autour de ses hanches.

- Algie, je ne vais jamais te faire le moindre mal.

- Ne m'approche pas ! glapit par réflexe le jeune homme. Laisse-moi, s'il te plaît…

- Oui, Alguérande, rejoins-moi dans ta salle à manger pour le petit déjeuner quand tu seras prêt.

- Merci, papa.

Dambale ricana, harpie comme couverte d'une armure de métal, plus vivante que jamais, furieuse, agressive au possible.

- Je t'ai marqué, Alguérande. Mon Cristal peut disparaître, mais ce sera ton tour aussi, un jour ! Adieu !

Et déchiquetée par les éclats du Cristal d'Éternité, la Carsinoé fut annihilée.

Alguérande soupira.

- Elle m'a laissé un « cadeau »… Comme une ampoule de poison au plus profond de moi – au propre – et ça éclatera un jour, ça me fera tomber, parfois, comme ce matin… Je n'y peux rien, papa…

- Comme si je pouvais l'empêcher, mon pauvre coq ! Je pensais t'avoir chargé d'une lourde hérédité, j'étais loin du compte… Si seulement…

- Si seulement tu n'étais pas toi ? remarqua Alguérande. Si ce n'était le cas, je ne te mériterais pas ! Tu es mon papa ! Je vivrai avec cette menace en moi, ne t'inquiète pas !

- Et tu en mourras…

- Oui, un jour. Mais ni aujourd'hui ni demain ! Je vais bien, papa. Allons chercher mes frères et ma sœur.

- Il est temps, en effet. Algie ?

- Je vais bien ! mentit le jeune homme.


Le jeune capitaine du Deathbird sourit à son second.

- Ensemble, à jamais, Khell ? Il n'y a pas pire couple ! Tu tiendras aussi la chandelle, le jour où… ?

- J'espère que tu m'inviteras à ton mariage, Algie. Il y a forcément une jeune femme pour toi, quelque part !

- Je crois savoir où elle se trouve, elle me plaît, mais j'ignore si la réciproque est vraie, il me faudra voir… Et après la récupération de mes frères et de ma sœur, j'aurai une visite et une promesse à honorer.

- Tes plans de vols sont prêts, Alguérande. Pour Terra IV et pour la poche de résistance dont Velgana est en charge. Je te ramènerai à tous. Tu peux souffler. Je ne t'ai jamais abandonné, Algie, et ça ne commencera certainement pas maintenant !

- Deux pères, après ne pas avoir eu de génitrice digne de ce nom – indigne au contraire – je ne pouvais rêver bonheur plus absolu ! Mais…

- Algie, tu te sens mal… ? s'affola le second du Deathbird.

- Oui… Pouchy… Pouchy…

- Quoi, Pouchy ? !

- Il va nous quitter ! hurla Alguérande. Il va nous quitter et je ne peux rien faire, je suis encore bien trop faible bien que je tienne debout… J'ai mal, tellement mal !

- Je suis là, fit Khell, recueillant et serrant contre lui un jeune homme en état de détresse émotionnelle absolue.