Délices Slaves 14
La fumée provient bien d'un feu, je me sers de mon tee-shirt que je mouille à l'aide de la bombonne d'eau située dans un couloir et le positionne sur mon visage, mes yeux me brûlent. Ma progression est lente je suis collé au mur et m'arrête à chaque fois qu'une détonation retentie, je tremble mais ne peux pas partir sans elle. Je croise un groupe de trois filles, l'une d'entre elle a une tête qui me donne une impression de déjà vu, je lui demande si elle parle ma langue elle hoche la tête affirmativement, je la sens trembler entre mes mains.
Je cherche Bella ? Sais-tu où je peux la trouver ?
Non, beaucoup fumée, sang, blessés, vous, aidez-moi s'il vous plaît !
Ok écoute-moi, dans le hangar, oui là-bas au fond derrière les caisses, il y a un trou dans le mur vous pouvez sortir par là, ok ?
Ok, me répond-elle en montrant sa main tendue dans la direction indiquée.
Elle court en tête de file, et suit mes instructions, au moins six autres filles pourront échapper à cet enfer. J'ouvre chaque porte sur mon passage, appelle ma bien-aimée mais en vain, malgré mon équipement de fortune les fumées me font tousser, j'ai du mal à respirer. Je m'engouffre sans attendre dans la pièce suivante à la recherche d'une fenêtre, elle est verrouillée, j'attrape une chaise et la lance dessus, la vitre vole en éclat, je m'empresse de reprendre mon souffle, lorsque quelqu'un arrive dans mon dos.
Je me retourne et me voici face à face avec Jasper, ce dernier semble étonné de me trouver ici, il m'attrape par le cou et me demande entre ses dents pourquoi je suis encore là.
Igor, arrive à sa suite, me regarde de haut en bas avant de dire :
Il est encore vivant celui-là ?!
Je ne sais plus si j'ai bien fait de rester, Igor me glace les sangs, quant à Jasper je n'arrive pas à le cerner : ami ou ennemi ? Igor me pousse et s'amuse à enfoncer le canon de son revolver entre mes omoplates.
Je me demande bien ce qu'il peut bien foutre ici ! Dit Jasper.
On s'en fout, il ne sera bientôt plus un problème, une balle bien placée et plus de questions à se poser.
La réponse d'Igor ne me surprend pas, j'ai bien compris qu'appuyer sur la détente pour lui n'est qu'une façon de se débarrasser de moi. Ma vie n'a aucune valeur pour lui. Mais le blondinet à la gueule d'ange dont s'est amourachée ma sœur n'a pas dit son dernier mot, du moins je l'espère.
Non je suis curieux de nature, je me demande ce qu'un fils à papa fait dans ce merdier. Réponds !
Et dire que j'ai cru pouvoir lui faire confiance. C'est dingue ce mec doit souffrir d'un dédoublement de la personnalité… Je réponds sans réfléchir, avec un peu de chance ils me laisseront la vie sauve.
Je cherche ma sœur !
Je lis l'étonnement dans les yeux d'Igor, qui me demande :
Pourquoi crois-tu qu'elle se trouve ici ?
Je n'ai pas le temps de répondre. La fumée est de plus en plus dense, Jasper semble nerveux, il cherche à regrouper les quelques filles qui sont encore sous leur emprise, je regarde si Bella est parmi elles mais je ne la trouve pas.
C'est pourtant bien elle qui était dans cette voiture, je l'ai bien reconnue, je m'inquiète de plus en plus à son sujet. Puis d'un seul coup nous sommes plongés dans le noir, des portes claquent des coups de feu retentissent, je sens comme une brûlure à mon épaule, les filles apeurées crient et partent dans tous les sens.
Instinctivement je touche mon épaule et sens une texture liquide sur le tissu de mon tee-shirt, la panique commence à monter d'un cran je ne sais pas quoi faire ni où aller. Une nouvelle rasade de coups de feu reprend de plus belle.
Je me retrouve poussé par la taille comme un rugbyman pris dans une mêlée, je me laisse entraîner.
Ca ne sert à rien, on est faits comme des rats. Me lance une voix qui ne m'est pas inconnue.
Jasper ? C'est toi ?
Oui qui d'autre, mais toi t'es qu'un grand malade de risquer ta vie et celle de ta famille on t'avait dit de rester à l'écart.
Je ne peux pas partir sans elle.
Quoi ne me dit pas qu'Alice est réellement ici ?
Non pas Alice, mais Bella, elle est bien venue avec toi, je vous ai vus et suivis jusqu'ici.
Oui mais elle est repartie, quand j'étais avec toi dans le hangar.
Repartie ? Mais où ?
Stephan est venu la chercher, il avait un échange à faire.
Un échange ? Et toi, qui es-tu ?
Il est préférable que tu en saches le moins possible, je t'assure, prends ça et va te mettre à l'abri, en moins de temps qu'il en faut pour le dire, il ne va pas faire bon vivre ici.
Il glissa dans ma main mon téléphone qu'il a dû récupérer dans ma voiture, je le remercie et suis ses conseils, il m'avait poussé jusqu'à l'endroit où j'étais retenu moins d'une heure plutôt. Je m'engage dans la brèche, et me dirige de l'autre coté du bâtiment, j'ai un pincement au cœur en voyant ma C30 bonne pour la casse. Mon épaule me lance, mais le sang semble moins couler.
Mes jambes flageolent, j'ai du mal à avancer, mon nez et ma gorge ainsi que mes yeux me piquent, j'ai dû inhaler trop de fumées, je réussis tant bien que mal à atteindre mon objectif, pour être à l'abri. Je me laisse glisser au sol, dos collé à un muret, j'attrape mon cellulaire et rappelle le dernier numéro composé.
Alice, viens me…
Edward ? Mais où es-tu ?
Je regarde hagard mon écran et constate que ce n'est pas ma sœur mais celle que je cherche qui est au bout du fil, et en plus elle s'inquiète pour moi.
Bella, comme c'est bon d'entendre ta voix, où es-tu ? Comment se fait-il que ton numéro soit sur mon téléphone ?
Je ne sais pas, j'ai le cellulaire de Stephan.
Je n'y comprends plus rien, mais où es-tu ?
Je suis en lieu sûr, ne t'inquiète pas pour moi, mais toi dis-moi où tu te trouves que je t'envoie du renfort.
Je suis toujours là-bas, Jasper m'a aidé à sortir de l'entrepôt, il y a encore des pauvres filles, là-dedans. Tu entends les détonations ?
Je pars dans une quinte de toux, et les échanges de coups de feu ne tarissent pas, les balles sifflent à tout va, je finis par me demander combien de temps le muret va encore me protéger.
Je rapproche l'écouteur de mon oreille, et entends ma douce donner des instructions dans une langue que je ne comprends pas encore mais qui est la sienne, puis la communication est coupée. Je n'ai plus de batterie.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine, j'ai peur de me faire repérer. Mais surtout j'ai peur pour Bella, où est-elle, je ne le sais toujours pas… Le mot « échange » qu'a mentionné Jasper me fait froid dans le dos pourtant, la voix de ma douce m'a semblé calme et assurée. Le seul moment où j'ai perçu de la peur dans sa voix c'est lorsque les coups de feu fusaient de partout. Elle s'est inquiétée pour moi, je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.
Cette situation va me rendre fou, j'ai l'impression de divaguer peut-être que ma blessure est plus grave qu'elle n'en a l'air. Peut-être que j'ai entendu ce que je voulais entendre au moment précis où j'ai besoin de me raccrocher à une lueur d'espoir pour tenir. Je veux la revoir elle, Alice, Emmett, Rosalie et mes parents prendre mes neveux et nièces dans mes bras quand ils naîtront.
Oui je veux vivre, j'ai encore trop de chose à faire sur cette terre. Je ne compte pas m'éteindre de cette manière, sur le sol froid de ce hangar, sans avoir eu ma part de bonheur à deux. J'ai pris beaucoup de mauvaises décisions ces derniers temps. J'aurais sans doute dû écouter Vladimir mais rien qu'à cette pensée, mon cœur se serre. Je suis certain que si c'était à refaire je ne changerai aucun de mes actes, pauvre idiot que je suis. On ne peut rien contre l'amour. Ces pensées me donnent la force de garder les yeux ouverts, alors que mon cerveau s'engourdit de plus en plus.
Les coups de feu et les cris s'intensifient une dernière fois avant de laisser place à un silence presque plus stressant. J'entends des pas qui se rapprochent de moi : ami ou ennemi je ne sais pas. Mon instinct me crie de fuir dans l'optique qu'il s'agisse des hommes de main de Stefan. Je tente de me lever, mais retombe aussitôt, je n'ai plus la force de bouger, les dés sont jetés. Pour la première fois je m'autorise à fermer les yeux. Moi qui n'ai jamais été croyant je me mets à prier.
Ne pas bouger, faire le mort et ne plus combattre c'est lâche mais c'est une question de survie enfin je l'espère. Je perçois des voix mais n'arrive pas à saisir le sens des mots prononcés. Elles me semblent si lointaines presque irréelles. Mes paupières sont si lourdes, je me demande si je n'ai pas fait une erreur en les fermant. J'ai froid si froid les images de Bella et de ma famille tournent en boucle dans mon esprit. J'essaye de m'y accrocher, de lutter encore un peu. Je ne suis pas encore mort, du moins je crois. Je le saurai si je l'étais ? Non ? J'étais perdu plus rien n'avait de sens…
Mon ange, mon amour, l'image de Bella est gravée en moi : elle est si belle, sa peau de nacre, ses yeux chocolat et son sourire. Je lui souris à mon tour et elle me tend la main, et m'invite à la suivre d'une voix chantante elle m'appelle. « Edward, Edward, Edward » telle une litanie je tente d'avancer vers elle mais mes pieds restent immobiles comme ancrer au sol. Son image disparaît devient de plus en plus cristalline, fantomatique, hors d'atteinte. Mais sa voix me supplie encore et encore « Edward reste avec moi, accroche-toi» m'incitant à ne pas renoncer, à la rejoindre. Je rassemble toute ma volonté, et réussis à mouvoir mon bras, mes doigts pour enfin frôler sa joue spectrale. Son visage s'illumine et m'ordonne d'ouvrir les yeux !
C'est alors que je sens comme une brûlure sur mon visage, causées par les baffes qu'on m'administre, mais rien à voir avec ma douce, non c'est un homme que je ne connais pas qui répète les mots de ma belle.
Edward, reste avec moi, accroche-toi. Il faut que tu te battes, ouvre les yeux !
J'étais donc bien vivant, mon instinct ne m'a donc pas trahi. Je rassemble mes dernières forces et cligne légèrement des paupières, en espérant qu'il cesse de me gifler.
Je crois entrevoir l'inconnu sourire.
Non d'un chien, toi tu m'as fait une de ses peurs. Mon patron ne m'aurait jamais pardonné si t'étais mort. Au fait moi c'est Garrett. Bienvenue parmi les vivants, accroche-toi l'ambulance arrive.
