Auteur : SolitaireXL
Traductrice : Hermi-kô
L'aéroport *Ne pas pouvoir dire au revoir*
La foule n'avait jamais incommodé Mamori auparavant, mais elle avait l'impression que chaque regard l'épiait et elle commença à se sentir anxieuse. Elle savait ce qu'elle avait à faire mais ça ne calmait pas pour autant ses nerfs. "Tiens-toi-en au plan" voulait dire qu'elle ne devait pas donner d'explications quant à l'endroit où elle avait passé la nuit. Répondre aux questions par des réponses toutes simples, un oui ou un non si possible, et ne pas élaborer. Et puis il y avait le "nie tout en bloc". Ça allait être dur pour elle. Elle n'était déjà pas une bonne menteuse, surtout pas aux vues de ses standards.
"Je vais porter ton sac pour toi, Mamori-neechan," offrit Monta alors qu'il la regardait très précautionneusement. Elle pouvait voir qu'il essayait de mieux voir son cou alors elle redressa d'un air nonchalant le col de sa veste.
"Ça ira," elle sourit poliment au receveur alors qu'elle refusait son aide. Elle faisait exprès d'être à l'arrière du groupe, essayant tant bien que mal de garder une distance confortable entre elle et Hiruma, mais il y avait quand même des Devil Bats qui faisaient exprès de traîner le pas avec elle.
"Mon dieu, qu'est-ce qu'il fait lourd dans cet aéroport," s'exclama Suzuna en se mettant à la hauteur de Mamori perchée sur ses rollers et en s'éventant de la main. "T'as toujours pas chaud, Mamo-nee ?" S'enquit la jeune fille. Ça devait bien faire la quatrième fois qu'elle faisait une tentative pas très masquée pour que Mamori enlève sa veste.
"Non ça va, Suzuna." La ténacité de la jeune fille était assez amusante. "Peut-être que si tu arrêtais de faire du roller tu ne suerais pas autant," continua-t-elle en souriant face à la moue de Suzuna. C'était sorti un petit peu plus sec qu'elle aurait aimé, mais à voir le regard que la chef des pompom-girls lança au receveur et au runnning-back, qui haussèrent juste les épaules, Mamori arriva à la conclusion que parfois les gens trop curieux devaient être remis à leur place.
Quand ils arrivèrent dans la file pour passer la sécurité, sa distance confortable disparu et Hiruma se retrouva à côté d'elle. Il aurait si facile de le toucher, si facile d'avoir leurs mains se frôlant accidentellement alors qu'ils prenaient des paniers pour poser leurs affaires sur le tapis roulant. Bien sûr avec les regards de l'équipe braquaient sur eux elle fit un effort pour apparaître aussi décontractée que possible et de garder au moins une distance respectable.
"Veuillez sortir votre ordinateur du sac et le mettre à part, s'il vous plait," l'un des hommes de la sécurité approcha Hiruma. Le quarterback n'était pas très content alors qu'il sortait de la file pour prendre un autre panier, mais alors que l'équipe avançait dans la file avec leurs affaires sur le tapis roulant, Mamori ne s'attendait pas à ce qu'il se passa par la suite.
"Madame, j'ai besoin que vous enleviez votre veste et la mettiez dans un panier avant de passer, s'il vous plait," l'homme s'était tourné vers Mamori juste lorsqu'elle allait passer au détecteur de métal.
"Vraiment ?" Mamori était un peu surprise. Elle vit autour d'elle les regards de l'équipe qui étaient braqués sur elle avec attention. Hiruma se repositionna dans la file en grommelant avec son ordi et son sac dans deux paniers différents sur le tapis roulant.
"Oui, ça fait parti des règles," lui répondit l'homme.
Est-ce que c'était si grave ? Et alors ? Elle avait couché avec le démon de Deimon et elle se fichait pas mal de ce que les autres penseraient. Bien sûr que c'était faux, parce qu'elle ne s'en fichait pas. Elle avait peur que l'équipe la regarde différemment. Elle avait peur pour sa réputation de membre du comité de discipline. Elle avait aussi peur pour les sentiments de Sena et elle avait déjà imaginé une ribambelle de scénarios dans sa tête pour voir sa réaction. Elle savait déjà que la réalité de la situation briserai ce pauvre Monta.
Au bout du compte elle était déchirée, parce qu'aucune de ces choses, pas même les sentiments de ses amis à son égard ne changeraient ce qu'elle ressentait pour le quarterback aux piques blondes qui se tenait près d'elle. Elle glisserait ses bras autour de son cou et l'embrasserait devant tout le monde si elle savait qu'il la laisserait faire. Le connaissant aussi bien qu'elle le connaissait, il serait probablement énervé qu'elle tente une telle chose. Mais l'anxiété qui la tenaillait là maintenant avait une toute autre signification. Elle pouvait sentir l'air malsain tournoyant autour d'elle et le frisson glacé qui lui descendit l'échine lui indiqua que les choses ne se passaient soudainement pas comme prévues.
Yukimitsu, Kurita, Komusubi et Doburoku-sensei étaient déjà passés et regardaient depuis l'autre côté du détecteur de métal. Sena, Monta, Taki, Suzuna et les trois frères, qui étaient maintenant derrière Hiruma, étaient penchés sur le côté pour la regarder enlever sa veste eux aussi. Elle avait espéré qu'on lui épargnerait ça mais il semblerait qu'elle n'y échapperait pas. Lentement elle bougea pour enlever sa veste et pouvait entendre les Devil Bats retenir leur souffle alors qu'ils se préparaient à voir ce qu'elle cachait.
"Je dois mettre aussi ça à part ?" S'enquit la voix démoniaque derrière elle. C'était les exclamations horrifiées et les visages choquées autour d'elle qui lui dirent que quelque chose sortait de l'ordinaire. Elle besoin les yeux pour voir de quoi il parlait et grogna.
"Monsieur, je vous prierai de sortir de la file et de nous suivre, s'il vous plait," un garde armé approcha Hiruma qui souriait comme un maniaque en brandissant négligemment un 44 Magnum au-dessus du tapis.
"C'est même pas un putain d'vrai !" Il caqueta et c'est alors qu'elle comprit. Il faisait une technique qu'ils avaient répété à l'entrainement et il le faisait juste pour son bien. Il changeait la donne. Pendant un quart de seconde le temps s'arrêta et la foule s'éclipsa. A travers tout le remue-ménage, les exclamations assourdissantes des autres passagers, les visages horrifiés et incrédules des autres membres de l'équipe, les gardes armés qui les entouraient, il se tourna vers elle et dit dans une voix qu'elle était la seule à entendre.
"Bouge et monte dans cet avion," et après un dernier sourire goguenard rassurant il se tourna vers les gardes qui avaient ramassés ses affaires et qui l'escortèrent plus loin alors que tout le monde avait le regard rivé sur lui.
Mamori enleva sa veste révélant la marque sur son cou qu'elle n'avait pas su faire disparaître sous le maquillage et plaça la veste dans un panier. Elle avait fait tout son possible pour que l'anti-cernes fonde et ait l'air naturel mais la teinte violacée des suçons était dure à couvrir. Il ne fallait pas un œil entraîné pour remarquer ce qu'elle tentait de couvrir, donc elle avait mis la veste pour être un peu plus discrète. Ça ne l'aidait pas des masses qu'elle ait accroché ses cheveux en chignon mais elle ne pouvait pas supporter la chaleur de porter la veste avec ses cheveux lâchés et savait que juste ses cheveux ne suffiraient jamais à camoufler les marques sur son cou.
Elle passa le détecteur, récupéra sa veste de l'autre côté et la remit sans que personne ne lui accorda le moindre regard. Tout le monde regardait Hiruma, entouré de gardes, disparaître derrière une porte de l'autre côté du hall. Maintenant toute son anxiété se transforma en inquiétude pour lui. Il s'était sacrifié pour lui épargné la honte d'être découverte.
Alors que l'équipe prenait place près de la porte d'embarquement en attendant leur avion, Mamori consulta sa montre et remarqua que ça faisait déjà une heure qu'ils n'avaient pas de nouvelles d'Hiruma. Assise entre Monta et Sena, elle lâcha un soupir inquiet.
"Pourquoi est-ce qu'il a fait un truc pareil ?" Demanda Monta alors qu'il lisait dans ses pensées.
"C'est d'Hiruma-senpai qu'on parle, non ?" Répondit Sena à sa place. Monta hocha la tête.
"Je me demande juste où il a foutu le reste de son attirail," ajouta le receveur à l'adresse du running back. Les deux hochèrent la tête alors qu'ils se regardaient de part et d'autre de Mamori. Elle soupira de nouveau, navrée qu'Hiruma avait dut prendre un risque pour sa peau. Elle n'était pas habituée à ce qu'on la protège. Pas par lui en tout cas.
"Début de l'embarquement pour le vol 736 à destination de Los Angeles, porte A22," annonça la voix off. Alors que l'équipe se levait pour se mettre dans la file qui embarquait, Mamori jeta un nouveau coup d'œil vers le hall pour voir si Hiruma approchait, mais il n'était nul part en vue.
"Qu'est-ce qu'on fait ?" Demanda Sena.
"Allez-y et embarquez. Je vais rester et attendre Hiruma," Mamori sourit et quitta la file pour aller changer son billet au comptoir. De l'extérieur elle apparaissait calme mais à l'intérieur elle était nerveuse au possible. Qu'allait-elle faire ? Comment pouvait-elle l'aider ? La seule chose qu'elle trouvait à faire c'était de l'attendre. Elle ne voudrait pas qu'on la laisse en plan si quelque chose comme ça venait à se produire et elle ne pouvait pas secouer l'impression qu'il avait des ennuis.
Elle changea son ticket pour le prochain vol de connexion pour le Japon qui était dans cinq heures. Elle se disait que c'était suffisamment de temps pour découvrir ce qui n'allait pas, quand et si Hiruma serait autorisé à monter à bord d'un avion et à rentrer à la maison. Doburoku-sensei proposa de rester aussi, puisqu'il était plus coutumier des mœurs américaines, mais elle insista. Elle voulait être celle qui l'attendrait et elle se fichait de savoir combien elle était flag ce faisant.
Alors que l'équipe embarquait, elle leur fit signe pour au revoir. Sentant la sueur perler son front, et l'anxiété atteindre des sommets dans le creux de son estomac, elle se rendit aux toilettes pour dames pour s'asperger le visage d'eau froide. Elle sentit un chouilla mieux et puis elle réalisa une chose. Elle n'avait même pas eu une chance de dire au revoir. Ce n'était pas comme s'ils étaient sensés se dire au revoir, mais c'était ce qui la tracassait le plus.
Attendre ici, ou attendre à la maison ne faisait vraiment aucune différence à ses yeux, et bien sûr que Doburoku-sensei aurait été le plus à même d'aider Hiruma s'il avait besoin, mais il avait changé le plan. Ils étaient sensés rentrer à la maison ensemble et prétendre que rien ne s'était passé devant l'équipe. Maintenant tout avait changé, il était injoignable, et tout ce à quoi elle pensait c'était au fait qu'elle n'avait jamais eu l'opportunité de dire au revoir.
OMAKE
Hiruma avait réussi in-extremis à monter à bord avant qu'ils ne referment la porte. Alors qu'il ranger son sac et prenait place à côté de Doburoku, il remarqua que l'équipe le regardait avec curiosité.
"Quoi ?" Dit-il d'un ton indifférent en mâchant son chewing-gum et en soufflant une bulle, s'attendant à ce qu'ils lui demandent comment il s'en était sorti avec la Sécurité du Territoire.
"Où est Mamori-neechan ?" Demanda Sena d'une toute petite voix. Hiruma jeta un coup d'œil perplexe au garçon avant de se retourner pour voir que le siège derrière lui était inoccupé.
"Putain ! Pourquoi elle fait jamais ce qu'on lui dit, merde !"
