CHAPITRE 13

Loki fixait le corps sans vouloir y croire. Sans savoir pourquoi il ne voulait pas y croire. C'était absurde. La femme dont il voulait se servir pour prendre un nouveau départ dans la conquête des mondes gisait à ses pieds. Il ne savait même pas si elle était encore vivante.

Il se baissa, et s'appuya sur un genou. Il posa deux doigts sur son cou, sans rien sentir. Son autre main se plaça devant la bouche ensanglantée en essayant de capter un minuscule souffle de vie. Mais l'air restait désespérément immobile.

Loki grimaça. La scène se rejoua dans sa mémoire. Par tous les Jötuns, pourquoi…?

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— Mon autre nom est le Phénix Noir. Au service de votre mort, reine Elsa d'Arendelle.

Le dieu fronça les sourcils. Après ce venait de se passer, il ne leur manquait plus qu'un assassin envoyé pour tuer Elsa. Enfin… du moins, ça n'arrangeait pas Loki pour autant, sachant qu'il avait besoin d'elle pour dominer les Neuf Mondes…

Jean Grey souriait. Elle semblait avoir atteint son but. Loki n'eut pas de mal à deviner ce que c'était : perturber son adversaire. Elle avait magnifiquement réussi, et ce dès sa seconde phrase. Il décida d'intervenir. Au moins, il aurait peut-être quelques informations supplémentaires.

— Et dites-moi, mademoiselle Grey… Par qui êtes-vous employée ?

La rousse lui lança un sourire éclatant. Et répliqua aussi sec :

— J'ai suivi toutes vos actions, Loki. Je sais qui vous êtes. Ce que vous faites ici, par contre, m'intrigue. Ne préféreriez-vous pas plutôt vous allier avec moi afin de détruire cette femme ?

Elle se ménagea un bref instant de pause, et termina :

— Vous y gagneriez une partenaire pour détruire les mondes.

Il ne répondit pas. Il aurait voulu dire « oui » tout de suite, c'était tentant. Mais quelque chose chez cette femme lui déplaisait profondément. Les flammes dans ses yeux peut-être… ou bien sa façon de présenter les choses… De plus, Elsa lui lançait un regard à la fois interrogateur et… légèrement suppliant.

Il se secoua. Qu'avait-il à faire d'Elsa, après tout ? Il était tenté, c'était certain. Mais il ne pouvait pas accepter l'offre du Phénix Noir aussi simplement. La refuser lui permettait de regagner la confiance de sa reine. Ou du moins, un peu de cette confiance, vu qu'elle ne semblait pas vraiment le croire.

Il croisa les bras devant lui.

— Je suis navré, déclina-t-il avec un sourire poli, mais votre offre ne m'intéresse plus. Peut-être si vous l'aviez faite il y a quelques années, j'aurais accepté.

L'autre écarquilla légèrement les yeux, puis se reprit, et se composa un sourire de façade.

— Eh bien ! Dire que je ne suis pas surprise serait un mensonge. Mais puisque c'est ainsi…

Jean n'insista pas, ce qui conforta Loki dans son idée qu'il n'était pas aussi nécessaire au plan de l'intruse qu'elle ne l'avait prétendu. Autant dire que s'il était avec elle, c'était mieux, sinon, tant pis. Elle n'en était que plus dangereuse.

— Très bien, lança Phénix Noir après une inspiration. Elsa, vous avez deux choix.

La concernée semblait s'être reprise. Elle compléta pour son adversaire :

— Soit je me rends sans conditions, et vous me massacrez tout de suite, soit je vous combats, vous vaincrez en détruisant la moitié du royaume, et vous repartirez sans y faire attention. Je me trompe ?

Un léger sourire moqueur flottait sur les lèvres fines de la reine des neiges. Jean hocha la tête.

— Je me rends.

Loki ouvrit de grands yeux stupéfaits. Elle était suicidaire, ou quoi ?

Et puis, il remarqua qu'elle tenait négligemment ses mains dans son dos. Des mains qui se couvraient doucement d'une fine pellicule de glace, tandis qu'un morceau de glace se formait entre les doigts.

Maligne ! pensa-t-il sans montrer qu'il l'avait vu. Il voulait savoir comment elle s'en sortirait.

Le Phénix Noir, qui flottait jusque là à quelques trois mètres du sol, descendit, et se posa sur la terre ferme. Ses yeux redevinrent noisette, tandis que ceux d'Elsa se durcissaient imperceptiblement. Jean fit un pas. Puis un autre.

Dans un mouvement rapide, la main droite d'Elsa jaillit, et l'épieu miniature fila en avant. Le javelot, terminé en moins d'une seconde, transperça la jambe de la rousse.

Je ne savais pas qu'elle maniait les armes… songea Loki avec cette fois-ci une légère grimace surprise, le regard fixé sur la lanceuse. Il déchanta vite. Rouquinette s'était relevée, et la glace avait mystérieusement fondu. Elsa était légèrement ramassée sur elle-même, prête à bondir. Une flamme sortit des mains de ses mains à une telle vitesse que personne ne put réagir. Malheureusement pas assez puissante, elle ne fit qu'effleurer le bas de la robe bleue.

Le dieu recula prudemment. Ça tournait au vinaigre, cette histoire.

Jean ne se fit pas prier. Elle réattaqua plusieurs fois de suite. À chaque fois, un bouclier blanchâtre se formait devant les flammes pour les arrêter. Les combattantes se rapprochaient presque imperceptiblement l'une de l'autre. Et Loki observait, sans s'engager dans la bataille. Ou presque.

Alors qu'une nouvelle vague de chaleur se manifestait, en plus du bouclier, des éclats de glace modelés à la va-vite apparurent, dirigés vers la gorge du Phénix. Elle ne les esquiva qu'en catastrophe, et grogna. Elle posa ses mains au sol, et des langues de feu jaillirent entre les pavés pour venir entourer Loki. Il grommela quelques vagues jurons plutôt amusés, vu qu'il doutait que la barrière le retienne longtemps. Il faisait cependant plutôt chaud à l'intérieur du cercle, et les rejets de gaz le dérangeaient. Il recouvrit le brasier d'une gangue de glace, et sortit de l'espace enfumé. Ce qu'il vit le stupéfia.

Phénix avait repris son vol pour échapper aux décharges glaciales et meurtrières d'Elsa, qui, elle, créait un rempart à chaque fois que le les flammes la menaçaient. Mais ce n'était pas le plus intéressant. Derrière Jean, un immense avatar de… eh bien de phénix, justement, crachait des jets de fumée. Les mouvements de la créature étaient identiques à ceux de la femme rousse… comme si ce n'était qu'une extension d'elle-même.

Loki sentit un tiraillement familier au niveau de son estomac, tandis que ses doigts commençaient à fourmiller. Il fronça les sourcils. Il ne voulait pourtant pas se métamorphoser… Au même moment, Elsa se mit sur la défensive. Elle avait l'air perturbée. Il se concentra. Une grande quantité d'énergie émanait de son corps il s'étonna même de voir qu'elle n'était pas encore fatiguée, après toute la magie qu'elle avait relâchée. D'habitude, au bout de cinq ou six attaques à puissance maximale, le tireur s'effondrait, voire s'évanouissait. Chez elle, le pouvoir lui faisait une auréole invisible perceptible seulement aux yeux des Jötuns. Et l'auréole semblait même être de plus en plus brillante. Pendant un moment, Loki crut à un effet d'optique de mauvais goût. Mais il se rendit vite compte que ce n'en était pas un. La puissance qu'elle accumulait augmentait sensiblement, alors qu'elle aurait dû être allongée par terre, à essayer de retrouver son souffle.

Il pensa pendant un bref moment à l'épisode du mur. Au final, cette forme de magie ne devait plus le surprendre. Il la voyait souvent, pourtant, il ne cessait de s'étonner dès que quelque chose de nouveau arrivait.

Les deux femmes étaient trop concentrées pour le voir, aussi put-il observer de tout son soûl l'action qui se déroulait. La balance commençait à pencher en faveur d'Elsa. Jean semblait avoir épuisé son énergie.

Les fourmillements, qui s'étaient presque arrêtés, reprirent. Un air légèrement cruel éclaira le visage d'Elsa. Elle se concentra. Mais Jean n'avait pas dit son dernier mot. Soudain, son bras se tendit. Une plume enflammée frôla le visage de la blonde. Elle fut propulsée dans un magnifique vol plané en arrière, et Phénix se tourna vers Loki.

— Alors ? Toujours aussi peu convaincu ? l'interrogea-t-elle.

Un sombre sourire éclairait son visage. L'illusion qu'elle avait entretenue jusque là se dissipa. Ses réserves de magie étaient encore bien remplies. Le dieu frissonna. Il avait très chaud tout d'un coup. Il regarda ses pieds. Les graviers autour de lui se transformaient peu à peu en une rivière de lave brûlante qui le coupait du reste du monde. Il grimaça. Il avait une dernière carte dans sa manche, cependant, il répugnait à l'utiliser. Mais ça semblait nécessaire.

Grey se tenait dos au château. Loki créa une dague glaciale, qu'il projeta vers elle. L'arme manqua lamentablement sa « cible », et percuta l'une des fenêtre du château. Jean le regarda avec curiosité.

— Je crois que vous ne savez pas viser, se moqua-t-elle.

Il s'obligea à prendre un air hautain et agacé, qu'il ne trouvait absolument pas crédible, mais qui, pourtant, sembla fonctionner.

— C'est dommage pour vous… soupira-t-elle. Nous aurions fait une bonne équipe…

D'un mouvement d'aile enflammée, son avatar faucha ses jambes. Il s'effondra en gémissant. Il n'essaya même pas de se défendre. Il était largement surclassé, et pour la première fois, ressentait la terreur d'avoir à affronter un adversaire plus fort. Qui qu'elle soit, cette femme avait à peu près la puissance d'une supernova.

Un cri rauque se fit entendre. Grey et Loki tournèrent la tête juste à temps pour voir un immense oiseau de glace fondre sur eux. Le phénix de flamboyant fit face au phénix blanc dans un jet de vapeur étouffant. Les deux oiseaux, ainsi que leurs « propriétaires », poussèrent des hurlements à faire frémir les morts en se rencontrant. Elsa atterrit en roulé-boulé à quelques pas de Loki. Juste au bord du lac de lave, qu'elle congela d'un mouvement du doigt négligent, concentrée sur son adversaire. La chaleur retomba légèrement, soufflée par la glace qui se formait un peu partout. Le dieu était soufflé, lui aussi. Une seule véritable attaque de Phénix l'avait mis dans un état pire que cinq rencontres à la suite avec Mjöllnir. Autant dire qu'il avait largement dépassé le seuil de la douleur soutenable. Il avait les genoux en feu, ses vêtements brûlaient à même son corps, et la fumée lui brouillait la vue.

Elsa chuta. Malgré son attaque puissante, elle se frottait à une adversaire plus douée. Elle attrapa la main de Loki. Il lui lança un regard surpris.

— Faites-moi confiance ! cria-t-elle.

Jamais, songea-t-il avec un rictus de souffrance. À cause d'elle, il était dans cet état déplorable. Si Thor le voyait ainsi, il serait la risée d'Asgard jusqu'à la fin des temps.

Elle ferma les yeux. Il était trop faible pour lui hurler de se secouer et de faire quelque chose, aussi resta-t-il silencieux.

Les fourmillements, disparus depuis quelques minutes, revinrent soudain à la charge. Ils gagnèrent son corps à une vitesse effarante. Bientôt, il était à nouveau bleu. Mais cette fois-ci, Elsa l'était aussi. Comme avant que Jean n'arrive.

Loki sentit leurs énergies se mêler, et redonner de la puissance au phénix d'Elsa. L'oiseau se redressa avec un cri de fureur, et des plumes jaillirent de ses ailes pour s'enfoncer dans le corps de l'autre avatar comme des couteaux. Un liquide doré commença à couler. Ce fut au tour de Grey de voler en arrière pour atterrir dans un bruit sourd sur la terre meuble. Elle se releva péniblement. L'Asgardien la vit approcher dans un brouillard qui résultait à la fois de la combinaison feu-glace, mais aussi de sa douleur, qui augmenta violemment tout d'un coup. Elsa était dans le même état. Elle plongea ses yeux voilés par la douleur dans les siens pour formuler une question muette. Qu'est-ce qui se passe ?

— Manque d'énergie, articula-t-il difficilement.

— Dommage pour vous, fit Jean en haletant.

Elle sortit une dague d'un étui dans son dos. Malgré son épuisement, Loki eut le temps de se demander comment elle pouvait avoir des couteaux dans son dos. Il aurait peut-être la réponse… s'il survivait assez longtemps. Mais ça ne semblait pas être dans les plans de Jean. Elle prit le poignard à deux mains, et le leva. La lame étincela dans la lueur des flammes.

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En entendant le bruit de verre brisé, Natasha et Tony sursautèrent. Le boucan s'était répandu dans tout le couloir. Ils se regardèrent, grimacèrent.

— La reine, siffla-t-elle.

— Loki, grommela-t-il au même moment.

Sans même se concerter, ils partirent en courant vers la source du bruit. En chemin, ils croisèrent Steve Rogers, accompagné de Barton.

— Captain, salua Iron Man.

— Qu'est-ce qui se passe ? demanda celui-ci.

— Aucune idée, répliqua Natasha. Mais ça ne présage rien de bon.

Ils arrivèrent à la fenêtre, alors qu'Anna déboulait par l'autre porte du couloir. Au dehors, une explosion fit trembler les vitres encore fixées. Toute la troupe se précipita vers la fenêtre qui avait éclaté. Une dague de glace gisait entre les morceaux de verre. À l'extérieur, une femme auréolée de flammes faucha Loki d'un geste. Il s'effondra. Un cri derrière lui les fit frissonner. Elsa, qui jusque là était à terre, se releva soudain. Dans son dos, une immense ombre se forma. Un phénix, éclatant de blancheur, prit son envol, imitant les moindres mouvements de la reine. Anna resta bouche bée, incapable de proférer un son.

De son côté, Natasha ouvrit son arsenal d'espionne qui ne la quittait presque jamais, et en sortit un fil de nylon long d'une trentaine de mètres. Elle en attacha le bout à un meuble qui paraissait assez lourd, et projeta le reste dans le vide. Elle aurait bien sauté directement, mais ils étaient au sixième étage…

Elle commença à descendre le plus vite possible la distance qui la séparait du sol. À sa suite, Captain, plus résistant, bondit directement, et atterrit dans un grognement de douleur. Plus prudents, Barton et Stark suivaient la Veuve Noire. Une fois qu'ils eurent tous touché le sol, Captain prit son bouclier. D'où il l'avait sorti, personne ne le savait, mais l'objet était soudainement apparu dans son dos.

La femme inconnue menaçait Loki. Elle était prête à le tuer, visiblement. Malgré que ça lui répugne, Natasha s'élança. Elle prit appui sur le bouclier de Captain, qui lui fit office de courte-échelle pour se propulser dans les airs. Elle dégaina dans le même mouvement un minuscule poignard qu'elle gardait toujours avec elle. Elle termina son vol sur le dos de la femme rousse, et planta la lame jusqu'à la garde dans son épaule. L'autre hurla. Elle s'accroupit, et d'un mouvement brusque, s'envola. L'avatar de phénix qui l'accompagnait jusque là disparut. Les deux rousses se battirent un moment dans les airs. Barton les regardait, impuissant. Il avait laissé son arc dans la navette spatiale, selon les ordres d'Elsa. Il le regrettait maintenant, mais c'était trop tard. Finalement, l'inconnue se cambra, et Natasha lâcha prise.

Une décharge glaciale partit du sol, et atteignit le Phénix Noir entre les omoplates. Loki s'était relevé. Il vacillait, mais tenait debout. Sans demander son reste, l'assassin fila, et disparut dans les nuages.

Captain rattrapa l'agente du SHIELD alors qu'elle allait s'écraser. Elle avait des brûlures, des bleus commençaient à apparaître un peu partout, ses vêtements étaient en lambeaux, mais elle était vivante.

Loki les regarda tous, puis s'approcha d'Elsa en chancelant.