Téléporté dans le couloir de la maison, il se mit à observer longuement les lieux. Tout était comme dans la chambre d'âme, excepté la pollution sonore et le sang à ses pieds. La pièce était poussiéreuse et des cartons envahissaient chaque recoin. L'aura maléfique s'était amplifiée dés l'entrée de la fameuse « salle de musique », une salle de grande dimension avec un piano à queue en son centre et d'autre cartons plaqués empilés contre les murs.
— Maître ?
— Bon sang ! Shadi ! sursauta Mao avant se souffler de soulagement. Ne me surprends pas comme ça.
— Tiens donc, c'est comme dans la chambre d'âme. Il a dû se passer quelque chose ici, regardez !
Mao regarda dans la direction indiquée et s'en approcha avant de s'agenouiller. Le parquet était souillé par une tache brune.
— Ce n'est pas du chocolat à mon avis.
— On dirait du sang, il s'est infiltré à travers les fentes du parquet. Les nettoyeurs de scène de crime n'ont pas bien fait leur boulot.
Il se releva et reprit son investigation parmi les cartons empilés sur les côtés de la pièce. Mao se croyait presque en train de fouiller un magasin de musique, au vu du grand nombre de papiers et de divers petits instruments emballés. Il ouvrit un autre carton et découvrit des photos et papiers sur lesquels il reconnut l'écriture du père de Yûgi. Il s'agissait de paroles de chansons griffonnées à la hâte ainsi que de partitions. Chacune des feuilles était accompagnée d'une photo. Il pouvait y voir Yûgi, sourire jusqu'aux oreilles, ses petits bras supportant le poids d'une guitare d'adulte.
Cela fit sourire Mao de voir son compagnon heureux, son regard n'exprimant que de la joie. Quelques minutes après avoir regardé les photos, il se mit à la recherche de cette aura qui était visiblement dans un carton rempli de CD gravés. Il les inspecta tous un-par-un puis trouva celui qui dégageait cette aura. Il était noté « Pour Yûgi, joyeux anniversaire ».
Mao était curieux de découvrir ce qu'il contenait, donc il n'hésita pas à le prendre avec lui pour l'écouter. Il rangea soigneusement chaque carton qu'il avait fouillé et se téléporta directement à l'entrée du manoir.
— Comme c'est utile les téléportations, remarqua Shadi.
— Je ne te le fais pas dire, tu rentres ?
— Oui, je vais taquiner Mana.
Ils rentrèrent et se dirigèrent ensemble au salon. Mana était assise à côté de Yûgi qui dormait à poings fermés.
— AH ! SHADI ENCULÉ ! cria Mana de surprise sans même réveiller le compagnon de son maître.
— Bonjour Mana…
— Mana, moins fort, tu vois bien que Yûgi dort, la réprimanda Mao qui s'approchait.
— Je sais bien ! il s'est endormi en plein milieu de notre partie de Dead or Alive 6, depuis tout à l'heure je le secoue et il ne réagit même pas, se plaignit Mana qui le secouait de nouveau.
— Arrête ça… lui intima Mao qui souleva Yûgi dans ses bras. Il a juste besoin de repos.
— Il commence à devenir comme notre ancien Hedj…
Il porta son partenaire jusqu'à la chambre, ne répondant pas à la dernière remarque de Mana. Il montait lentement les marches et sentait doucement des bras s'enrouler autour de son cou alors même que des yeux mi-clos couleurs améthystes fixaient les siens.
— Excuse-moi, je t'ai réveillé.
— Non, ça va… Curieusement je m'assoupis souvent ces temps-ci.
— Tu as besoin de sommeil pour récupérer de ta blessure au bras, c'est normal.
— Peut-être…
Mao l'installa dans son fauteuil et le couvrit ensuite d'une couverture. En à peine quelques secondes Yûgi luttait déjà contre la somnolence. Un mauvais souvenir s'insinuait dans l'esprit de Mao.
— Yûgi ?
— Oui… souffla son compagnon qui avait déjà les yeux fermés.
— Yûgi, répéta Mao le secouant doucement. Reste avec moi…
— Je… je suis juste fatigué, ne t'inquiètes pas.
Ses paroles rappelèrent soudainement à Mao un épisode de son passé. Ses paroles que son compagnon lui avait tant répété avant de mourir. « Ne t'inquiètes pas, je serai toujours à tes côtés. Toujours… ». Des paroles qui le peinaient à chaque fois qu'il y pensait.
— Mao ? Ça va ? demanda Yûgi visiblement chamboulé de voir Mao dans cet état.
— Excuse-moi Yûgi…
— Pourquoi tu t'excuses voyons, tu n'as rien fait du mal, le rassura Yûgi avec un doux sourire.
Il contempla les yeux améthyste dans lesquels il lisait gentillesse et sincérité. Un regard qu'il ne se lassait jamais d'admirer, mais qu'il quitta pour se rapprocher davantage de son aimé. S'appuyant sur l'accoudoir du fauteuil afin d'enfouir son nez dans le creux de son cou, il huma son parfum qui l'apaisait. Peu après, il sentit une main familière caressant doucement ses cheveux, un geste qui le réconforta et il répondit à son tour à cette étreinte.
Après quelques instants, Mao s'écarta difficilement de Yûgi, le corps désirant plus qu'une accolade et prit ses mains dans les siennes.
— C'est la première fois que je te vois si déboussolé… tu veux en parler ?
— Je veux bien, mais bon, c'est surtout toi que je veux voir avec un vrai sourire Yûgi. Donc, c'est plutôt toi qui dois m'en parler.
Yûgi ne répondit pas, il enserra davantage la main de Mao dans les siennes.
— C'est… il déglutit et souffla avec souffrance avant de répondre. C'est tellement dur d'en parler…
Tête baissée, ses mains tremblaient, sa respiration s'accélérait et semblait douloureuse. Mao s'agenouilla et tenta de l'apaiser en l'appelant doucement par son prénom.
— Je sais.
— Pardon…
Mao resta silencieux tout en gardant les mains de Yûgi entre les siennes. Il savait que perdre un être cher était difficile, et ses découvertes récentes, confirmaient qu'une chose horrible avait dû arriver dans cette maison.
— Et si on prenait l'air ? Ça nous changera les idées.
— Hum… tu as raison.
Ensemble, ils quittèrent le domicile. Ils déambulèrent dans les rues sans échanger un mot et Mao remarqua que Yûgi n'avait plus la force suffisante pour parcourir un trajet aussi long. Mao balaya du regard les alentours à la recherche d'un endroit pour se détendre et vit un parc non loin. En prenant la main de Yûgi pour le guider, ils installèrent par la suite sur l'herbe.
Assis, gardant Yûgi serré contre lui, ils regardaient la végétation alentour disparaître avec le coucher du soleil. Les bruits de la circulation se faisaient moindre, les passants étaient pressés de rentrer chez eux ou de vaquer à leur occupation, alors le parc était un havre de paix.
— Ça va ton bras ?
— Oui, ça va, répondit Yûgi qui sorti son harmonica de sa poche. Bientôt, je n'aurai plus ce plâtre.
— Oui, mais il faudra te ménager.
— Malheureusement…
Yûgi se mit à jouer. Les sons qu'il émettait étaient tristes quoique agréables. Mao écoutait en silence, le nez enfoui dans la nuque de son partenaire, les yeux fermés, profitant de ce moment d'intimité. Toutefois, il devait se hâter à résoudre le problème qu'il avait créé, il devait raviver sa lumière.
— Yûgi…
— Oui ?
— Je sais que c'est pénible, mais tu dois me raconter ce qui te pèse…
— Je…
— C'est en rapport avec Anzu ?
— Non, elle a rien fait de mal… Elle a agi comme toute fille de huit ans qui reçoit une déclaration d'un garçon bizarre.
— Tu n'es pas bizarre, ne pense jamais ça de toi, sinon je te le ferai regretter… Ou bien je te lécherai l'oreille.
— Non mais fais pas ça ! gémit Yûgi non sans rougir de plus belle.
— Raconte-moi Yûgi…
— D'accord.
Du peu qu'il se souvenait de son déménagement, il était en voiture, à balancer ses jambes sur le rythme de la musique qui s'échappait de la radio… Il grignotait les biscuits que son père lui avait acheté à l'aire de repos. Le soleil commençait à se lever lorsqu'il découvrit sa nouvelle maison au détour d'une allée.
Son père aida les déménageurs, dès qu'ils se mirent à la tâche. Auparavant, Shun avait perché Yûgi sur une haute pile de cartons et lancé joyeusement d'une voix criarde :
— Allez champion ! Au mât ! Tu diras au capitaine si tu vois la terre !
Yûgi opina du chef et regarda son père partir travailler. Il regarda toutes les maisons du quartier pendant un long moment en se balançant au rythme de la musique. Face à lui, un grand homme à l'air renfrogné criait sur le pas de sa porte. Visiblement, il n'appréciait pas la musique car après une dispute avec son père, celle-ci s'arrêta brutalement.
Quelques minutes plus tard, Shun fit signe à une petite fille qui s'approchait à grands pas. Yûgi se demandait si elle aimerait devenir son amie, bien qu'il ne parlât pas correctement. Son père lui tendit un sandwich tandis qu'il devisait avec elle. Yûgi entendait à peine ce qu'ils se disaient, donc il se mit à lire de son mieux sur leurs lèvres.
Cet exercice était épuisant, il laissa vite tomber et se focalisa sur son déjeuner. Ramené à la réalité par son père qui le remit pied à terre, il était maintenant observé par deux grands yeux bleus couleur océan qu'il trouvait magnifique.
La jeune fille lui tendit un carnet où elle avait écrit maladroitement son prénom, Anzu. Il prit le crayon qu'elle lui tendait et marqua le sien, Yûgi. Ils échangèrent un sourire et par la suite, ils se parlèrent longuement et firent connaissance. Ils noircirent ainsi plusieurs carnets au fil des semaines.
Les vacances s'achevèrent rapidement, Yûgi ne voyait Anzu que le week-end, alors qu'il s'affairait à la musique et au chant. Il était scolarisé à domicile, parmi la compagnie de son père et de ses étranges amis. Ils avaient beaucoup d'argent, ils empestaient la cigarette et d'autres odeurs douteuses. Et quand ils étaient là, son père ne souriait plus. Quand Yûgi se réveillait dans la nuit, il décelait les reproches qu'il faisait à ses amis dans un amas de rire.
Mais un après-midi, un des amis de son père vint le voir dans sa chambre. Il était grand, musclé et avait une barbe rasée de près.
— Coucou toi, tu es mignon petit garçon. Yûgi c'est ça ? demanda l'homme qui s'agenouilla face à lui tout en signant.
Yûgi ne savait que faire, à part son père et son professeur, personne d'autre ne parlait le langage des signes.
— Oui, Yûgi et vous c'est quoi votre nom ? signa-t-il doucement.
— Kai.
— J'aime bien…
L'homme se mit à sourire en lui ébouriffant les cheveux. Il avait un sourire aussi rayonnant que son père et était différent des amis douteux de celui-ci. Kai, tout comme Anzu, était devenu un ami précieux. Tous les soirs à la maison, il jouait avec lui et taquinait son père qui souriait davantage en sa présence. Batteur dans l'âme, il venait toujours s'entraîner à la salle de musique que son père avait aménagé pour ses futurs cours. Et parfois, Kai le prenait sur ses genoux pour lui apprendre les rudiments de cet instrument.
Mais un jour, une dispute éclata entre son père et Kai. Énervé, il partit et ne revint plus les soirs suivants. Son père souriait toujours, mais Yûgi avait bien remarqué un changement notable, car ses expressions étaient mêlées à de la peur et du doute.
Kai était parti, mais Yûgi était persuadé qu'il le reverrait un jour. Car son père disait qu'on revoyait toujours ceux qu'on aime, et malheureusement aussi ceux qu'on hait.
Mais pour Yûgi, Kai était une personne qu'il appréciait.
Les mois passaient, et Anzu lui rendait la vie moins triste et injuste. Car depuis son arrivée à l'école publique, il était devenu la cible de moqueries, le forçant à s'isoler. Les plus agressifs lui répétaient sans cesse qu'il n'était qu'un singe qui jacassait, au point de les dégoûter. Seule Anzu, ne lui tenait jamais de tels propos, ni ne se moquait de lui. De plus, Il trouvait la jeune fille jolie et amusante, un vrai rayon de soleil dans ses journées monotones.
Elle avait aussi appris à parler le langage des signes, il n'était plus utile d'avoir des carnets pour communiquer ensemble.
Le temps passait, il trouvait la jeune fille de plus en plus épatante et ravissante. Au point d'avoir du mal à signer quand ses yeux bleus se posaient sur lui. Son cœur battait la chamade et il avait des papillons dans l'estomac… Il était amoureux. Alors, il se décida à lui avouer ses sentiments.
Il lui chanta, mais elle ne comprenait pas. Il se disait qu'il devait peut-être lui écrire des mots, ce qu'il fit… mais il reçut juste un simple remerciement. Alors Yûgi se convainquit de se déclarer après l'école, pour ne pas la déranger ou lui faire honte devant ses amis.
Après les cours, Ils allèrent jouer au parc comme tous les vendredis soirs. Il cogita longuement avant de se lancer, prenant son courage à deux mains. Yûgi verrouilla son regard sur celui d'Anzu et de sa voix criarde, il zézaya son amour pour elle.
— Quoi ? Signe s'il te plaît, je n'ai rien compris.
Yûgi déglutit et signa doucement ses mots « ze tème a'zu ». Elle ne répondit pas, elle resta silencieuse avant de rire et de s'écrier :
— Je ne veux pas être avec un sourd qui dit n'importe quoi ! Ça serait bizarre et sale !
Abattu, Yûgi tourna les talons et partit, les yeux larmoyant. Jamais il n'aurait cru entendre ça de sa bouche. Elle avait proféré les même propos que ses camarades de classe qui le malmenait. Son cœur lui faisait mal et il se trouvait honteux.
Sur le chemin de retour, il vit Kai, l'air un peu bizarre. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vu…
— Tu pleures Yûgi ?
— Ce n'est rien, renifla Yûgi entre ses signes.
— On rentre à la maison ? Ton papa et toi vous avez beaucoup manqué.
Yûgi répondit d'un signe de la tête et prit la main que Kai lui tendait. Il avait une sensation bizarre, car son grand ami était différent…
Arrivé à la maison, Kai ouvrit doucement la porte et une odeur étrange agressa leurs narines. Une fois entrés, Yûgi remarqua qu'il faisait sombre, chaque volet était fermé et les rideaux tirés. Kai verrouilla la porte et suivit Yûgi vers la salle de musique. Il vit son père allongé par terre, se vidant peu à peu de son sang. Yûgi accouru vers lui, paniqué. Même dans la douleur il lui souriait et faisait de son mieux pour le calmer, lui signant « Tout ira bien ».
Derrière eux, Kai s'approcha, un couteau à la main et un sourire malsain sur les lèvres.
— Alors Shun… Tu avais rejoint ma bande pour travailler pour moi. Tous que tu as gagné, c'est grâce à moi ! Et tu crois avoir le dessus ! Car tu vas vivre de ta passion ? Effacer ton passé de dealer pour une vie tranquille ? Si tu nous quittes, c'est au prix de ta vie !
Yûgi entendait à peine même s'il se forçait, mais il comprit à cet instant que sa vie allait totalement changer…
Durant des jours, il fut soumis à son geôlier, un jouet martyrisé par une violence perverse, tandis que son père était maintenu en vie.
Sa peau et sa chair le faisaient atrocement souffrir, son corps le brûlait et il se trouvait terriblement sali. Tout ce qu'il endurait était fait sous le regard de son père qui souffrait autant que lui… Il tremblait de tout son être, pleurait sans cesse et priait que cela s'arrête. Très peu nourri, éreinté, il devait aussi « admirer » pendant des heures son père passé à tabac. Il le trouvait courageux, car il ne bronchait pas, et souriait pour amoindrir la peine de son fils exténué et terrorisé. Chaque minute était des heures, et les heures des jours… Et ces excès de violence se répercutaient sur la santé mentale de Kai qui prenait de plus en plus de plaisir sadique.
Puis un soir, le calme revint. Yûgi qui était en permanence nu, avait été traîné dans la salle de bain… Il fut douché à l'eau glacée. Rapidement vêtu, il fut conduit auprès de son père qui était en piteux état.
Mourant, Shun chanta de son mieux une chanson à son fils, tout en lui caressant la tête. Il chantait le plus fort possible tout en signant de son autre main ce qu'il pouvait. Cela énerva Kai, qui visiblement en avait assez de ses jouets.
Il dégaina son revolver et fit feu.
La détonation fit sursauter Yûgi. Voir tout ce sang et l'arrêt net de cette voix qui l'avait bercé, le bouleversa et le paralysa. Il ne pouvait pas pleurer et n'avait même plus la force de hurler…
Tout était beaucoup trop flou pour que Yûgi se rappelle de ce qui s'était passé après la mort de son père. Néanmoins, il se rappelait parfaitement de sa sortie de l'enfer…
Accueilli par une pluie fine, sous un ciel gris, les gouttes perlaient sur ses joues, remplaçant les larmes qu'il n'avait pas versées. Cette pluie fut la première chose agréable de sa nouvelle vie…
Suite à cet événement, Yûgi resta plusieurs mois en centre de soin. Perdu, il préférait écouter et ne jamais répondre. Il ne voyait même plus l'intérêt de communiquer avec les autres, ni avec les infirmières, ni avec les médecins qui le traitaient avec pitié. Ils lui prescrivaient une multitude de comprimés pour l'aider à dormir, mais ça ne servait à rien, car chaque nuit était un retour en enfer.
Sa mère était venue le voir à plusieurs reprises pour lui parler longuement de tout et de rien. À chacune de ses visites, elle revenait avec un instrument différent et partait toujours en colère en rouspétant.
Mais, un jour, un homme en costard noir, les cheveux et la barbe poivre et sel vint le voir. Hésitant, il tenait dans une de ses mains une guitare qu'il reconnut au premier coup d'œil. Une acoustique que son père adorait.
— Bonjour Yûgi, c'est notre première vraie rencontre… la dernière fois, tu étais encore bébé et je t'avais offert ce pendentif qui tu as au cou.
Yûgi pouvait déceler en cet homme une gentillesse incroyable et une grande ressemblance physique avec son père.
— Je suis Sugoroku, ton grand-père, tu peux m'appeler vieux si tu veux… Je suis désolé de n'être présent que maintenant, j'étais en voyage. Et euh… Je suis venu te voir aujourd'hui pour te proposer de vivre avec moi. Je pense que ça serait plus agréable que cette chambre blanche et déprimante.
Son grand-père s'approcha et lui tendit la guitare avec un grand sourire. Il ignorait pourquoi, mais être avec Sugoroku était plaisant. Alors Yûgi prit la guitare et pinça les cordes, reproduisant à la perfection une mélodie que son père aimait jouer.
— Es-tu d'accord pour vivre avec moi ? On sera entre hommes et si tu veux pas parler ou même signer c'est pas grave…
— Oui… répondit Yûgi de sa faible voix fluette.
— Splendide ! s'exclama le grand-père avec un grand sourire.
Ce sourire bienveillant lui redonna le goût de vivre, il eut envie d'essayer d'avancer. De vivre à nouveau… Alors il le fit, même si son passé le hantait chaque nuit.
Il avait repris l'école à domicile et s'entraînait à parler avec son grand-père qui était ravi de l'avoir à ses côtés. Après trois ans de progrès et d'adaptation à sa nouvelle vie, il fut temps pour lui d'aller à l'école. Âgé maintenant de 14 ans, il devait aller au collège et tenter de se faire des amis. Il n'en avait pas réellement envie, mais il n'allait pas éternellement rester au magasin à lire des magazines people… Donc il avait pas le choix.
Dès le premier jour, il croisa à nouveau le regard d'Anzu. Ses grands yeux bleus océan ne le faisaient plus rêver, mais lui rappelaient des souvenirs douloureux. Il ne lui en voulait pas, mais la voir lui donnait envie de vomir, donc il détournait le regard et l'évitait autant que possible afin de l'oublier.
Ses journées d'école étaient généralement paisibles bien que des brutes viennent parfois le harceler. Même s'il faisait la sourde oreille, cela n'empêchait pas les « corrections » derrière le lycée. À côté de ce qu'il endurait chaque nuit, les coups qu'il recevait ne le faisait pas réagir. Il restait silencieux, alors ses bourreaux lassèrent tomber, car ils ne prenaient aucun plaisir à le tourmenter.
Toutefois, un jeune homme venait toujours le taquiner. Un blond toujours accompagné de son acolyte aux cheveux bruns, tête en l'air et pénible. Ils lui volaient ses affaires et le rabaissait pour voir ses réactions, mais rien…Visiblement lassé de jouer à la brute, il vint s'excuser et lui proposa d'être son ami. Yûgi fut méfiant pendant longtemps, mais la sincérité de ce garçon du nom de Jôno-Uchi le toucha. Il fut d'ailleurs son premier ami dans cette vie qu'il qualifiait « d'aucun intérêt ».
Ça fut ainsi jusqu'au jour où il rencontra un garçon aux yeux couleur rubis. Des yeux qui ne lui rappelaient rien de son passé et qui lui offrait tous qui lui manquait.
