Game over

- Tu m'as manqué, Potter.

- Je l'espère bien.

- Paraît que t'en a parlé à Weasel.

- De quoi ?

- De toi. De moi. De sa sœur. De votre relation tordue. De notre relation tordue. De quand ça à commencé à maintenant. De la salle de bains à la nuit dans le parc. De toi, cramé, à nous, bourrés. De tout ce désir qui plane sans jamais vraiment s'installer. Juste pour emmerder le monde. Réponds. Est-ce que tu lui a parlé de toi et de moi ? Est-ce que tu lui a parlé de nous ? De toute cette histoire qui n'a aucun sens ?

- J'en ai parlé à Ron, en effet.

- Tu lui as dit quoi ?

- J'ai rien à lui cacher.

- Réponds.

- Tout.

- Tout ?

- Tout.

- Merde.

- Il l'a plutôt bien prit.

- Etonnant de sa part.

- J'ai été surpris, moi aussi.

- Qu'est-ce que ça pouvait te foutre, comment il le prendrait ?

- C'est mon ami. Je n'avais pas envie de le perdre.

- Eh ben, tu l'as pas perdu.

- J'aurais mal supporté.

- Et moi ? T'aurais mieux supporté que je te déteste, moi ?

- Parce que tu ne me déteste pas, là ?

- Bien sûr que si. Et toi aussi.

- C'est vrai.

- Et tu sais aussi à quel point…

Drago s'interrompit.

- A quel point quoi ?

- Ben… Je te veux.

- Je ne sais pas à quel point, non. J'imagine, par contre. Quasiment autant que moi, peut-être.

- Peut-être plus.

Harry secoua la tête.

- Impossible.

- T'en es sûr ?

- Pas le moins du monde.

- J'comprends plus rien, là.

- Moi non plus.

- C'est con, ça.

- Putain, pourquoi faut que ce soit aussi compliqué entre nous ?

- Parce qu'on l'a choisit, Potter.

- J'ai rien choisit du tout, moi.

- Si. T'as pas fait exprès, peut-être, mais inconsciemment, si.

- Et toi ?

- Pareil.

- Ah. Tu compte me faire croire qu'on s'est foutus tous les deux dans cette merde tous seuls, sans s'en rendre compte ?

- Qui parle de merde, Potter ? J'aime bien cette situation, moi…

- Arrête, c'est pas marrant.

- C'était pas le but principal.

- Comment tu peux aimer ça ?

- Ben, de la même façon que toi.

- J'aime pas ça.

- Menteur.

- C'est vrai !

- Non. Et tu le sais.

- …

- …

- Merde. Oui. J'adore cette putain de situation, si tu veux savoir.

Drago haussa un sourcil.

- Je le savais déjà.

- Et ça t'amuse ?

- Ma réponse risque de te vexer.

- Dis toujours. Je suis déjà vexé.

- T'es mignon quand tu boude.

- Je boude pas. Je suis pas mignon. Et puis d'abord, je te permet pas de dire que je suis mignon quand je boude.

- C'est vrai. Je me permet tout, tout seul. Et t'es mignon quand tu boude.

Harry fronça les sourcils.

- Ferme-la, Malfoy. Et arrête de sourire, c'est énervant.

- Je ne souris pas.

- Si. Tu te moque de moi.

- Je ne me moque pas de toi, Potter. Je me fous ouvertement de ta gueule, nuance.

Drago pencha la tête sur le côté.

- Ah, parce que tu joue sur les nuances, toi, maintenant ?

- Ouais.

- Et t'en es fier ?

- Ouais.

- Tu m'énerve…

- Et toi, tu me fais chier, à rester loin, comme ça. Rapproche-toi.

Harry obéit.

- Tu m'as manqué, Potter, tu sais.

- Je sais. Tu me l'as dit.

- Non, mais tu m'as vraiment manqué…

- T'es trop près.

- Ose me dire que ça te dérange.

- Je…

- …

- …

- Bon. La question est réglée. Avance encore un peu.

Drago se mordit la lèvre.

- Non, mais t'es vraiment trop près…

- Et toi, t'es vraiment trop beau…

- Tu le pense pas.

- Ben, si. Bon, t'es pas à mon niveau, mais putain, Potter, si tu savais l'effet que…

- Je l'imagine. Probablement le même effet que moi.

- Probablement.

Harry s'avança encore.

- Je croyais que j'étais trop près, Potter.

- J'ai mal formulé. T'es trop loin.

- Je t'ai manqué aussi ?

- Terriblement.

- Je vois ça.

- Ca te dérange ?

- Pas du tout.

- Bon. Alors t'attends quoi, depuis tout à l'heure ?

- Que tu te décide à poser cette question.

Drago poussa Harry contre le mur et l'embrassa.


- Vous êtes encore là, vous ?

- Ben, oui. Et toi, t'étais où ?

- Dans les couloirs.

- Comme la dernière fois ? interrogea Hermione d'une voix pleine de sous-entendus.

- Comme la dernière fois, acquiesça Harry en souriant.

- Tu n'as pas été plus loin ?

- Pas encore.

- Juste le stade du… Enfin, tu me comprends.

- Je te comprends. Et non, pas dépassé ce 'stade'. Je te préviendrais, si c'était le contraire.

- Je l'espère. Ou plutôt, non… Je ne préfère pas savoir ces choses-là. Enfin, si.

- Eh, de quoi vous parler ? grogna Ron.

- De la personne avec laquelle Harry a passé tout le reste de la nuit dans les couloirs, répondit Hermione d'un ton dégagé. Jusqu'à deux heures du matin, précisa-t-elle en regardant sa montre. Je m'inquiétais simplement de ce qui s'était passé avec cette personne.

- Dégueu, commenta Ron.

- Et il ne s'est rien passé du tout, trancha Harry. Espèces d'esprits tordus.

- Harry… Jure-moi que tu ne feras pas ça.

Il se tourna vers Ron, surpris.

- Faire quoi ?

- Ben… ça. Avec lui. Enfin bon, tu me comprends, quoi…

Il fit une grimace dégoûtée.

- Je jure rien du tout ! Je ferais ce que je veux si l'occasion se présente, et j'ai bien l'intention qu'elle se présente, d'ailleurs. Y'a certaines envies insatisfaites qui commencent à se faire durement sentir, dans le secteur…

Il désigna d'un signe de tête le 'secteur' en question. Hermione haussa les sourcils, amusée. Ron grimaça de plus belle.

- J'ai quand même du mal à croire que tu… ressente le besoin de… enfin, que… lui.

- Ne dramatise pas.

- Je ne dramatise pas ! s'offusqua Ron. Tu fantasme sur Drago Malfoy, alors excuse-moi d'être légèrement choqué ! Je t'ai dit de le passer à la casserole, mais pas de me raconter en détail à quel point tu en ressentais l'envie ! Et, à ce propos, ne me donne pas la date ou l'heure précise du moment où tu feras ça. J'ai pas envie de passer ce moment à t'imaginer avec lui…

Nouvelle grimace pleine de répugnance.

- Il dramatise, non ? s'enquit Harry en se tournant vers Hermione.

- Oui, beaucoup.

- Ecoute-moi bien, Harry. Il est deux heures du matin. Tu viens de passer trois heures avec Malfoy. Je n'ai pas la moindre idée de ce que vous avez fait mais, à t'en croire, pas grand chose et, à en croire Hermione, c'était pas la première fois. Je conçois que tu ai certaines… pulsions (il prononça le dernier mot avec une réprobation évidente) envers lui, mais ne pense pas que je trouve ça merveilleux. C'est pas du tout, mais alors là, pas du tout normal !

- Ron, qui a dit que c'était normal ?

- Personne ! Et c'est là que ça me dérange. C'est mal foutu, toute cette histoire. Mais… oh… et ma sœur ?

Il y eut un long silence. Hermione jouait nerveusement avec une boucle de ses cheveux, les yeux baissés.

- Et ma sœur ? répéta Ron d'une voix blanche.

- Quoi, ta sœur ? grommela Harry, détournant le regard.

- Qu'est-ce qui s'est passé exactement pour ma sœur ?

« Merde. »

Hermione accrocha le regard du brun et forma silencieusement sur ses lèvres le mot 'Cours.'

« Excellente idée. »


- HARRY, REVIENS ICI !

Trop tard. Il s'éloignait déjà dans les couloirs, détalant à toute vitesse. Ron, furieux, se tourna vers sa petite amie.

- Je l'aurai, un jour. Je l'aurai…

- Ron, calme-toi, il t'expliquera… Je suis sûre que cette décision s'est prise d'un accord commun avec Ginny…

- Nan. Rien du tout. Il l'a fait souffrir. Je lui avait dit de pas la faire souffrir. Cherche pas. Cherche pas à le défendre, toi.

- Je ne cherche pas à le défendre ! protesta Hermione. J'essaie simplement de te dire que Ginny est probablement au courant de la situation et qu'elle n'est pas venue se plaindre, donc elle l'approuve, en quelque sorte.

- Rien du tout, j'te dis. Elle approuverai jamais ça. Tu sais depuis combien de temps elle est dingue de lui . Evidemment qu'elle n'est pas venue se plaindre. Elle ne se plaint jamais. Elle encaisse, c'est tout. Et elle souffre. J'y crois pas ! C'est dégueulasse de lui donner de faux espoirs comme ça alors qu'elle a l'esprit bourré de rêves et que lui il vient tout bousiller comme ça, en profitant d'elle…

- Ron, ta sœur a seize ans. Elle n'a pas l'esprit bourré de rêves. Elle ne l'a plus.

- Elle ne se plaint jamais, en tout cas. J'pense qu'il le sait. Bien sûr qu'il le sait. Il savait dès le début qu'elle viendrait pas se plaindre de s'être fait utiliser et larguer comme une merde alors qu'elle l'aimait depuis longtemps. J'arrive pas à y croire. Il l'a fait souffrir.

- Je sais, Ron, mais elle est beaucoup plus forte qu'elle ne le laisse paraître.

- Je sais bien. Elle a eu droit à l'éducation totale, dans la famille. Que des grands frères. Bill lui a apprit à pas se laisser faire, se battre et pas se plaindre, pas pleurer, jamais. J'espère pas qu'elle va se faire clouer une dent de serpent à l'oreille et se mettre à porter des blousons en cuir, mais dans le caractère, tout y est. Charlie lui a apprit à se faire discret quand il faut, être prudente mais en même temps attaquer et utiliser la violence s'il le faut. J'espère pas qu'elle partira en Roumaine passer sa vie avec des dragons, mais elle a retenu sa leçon. Percy lui a apprit à être sérieuse, à écouter et travailler, respecter les supérieurs, ne pas se laisser influencer, ne pas écouter les autres… Elle a plutôt bien enregistré, sauf pour ce qui est d'être sérieux en permanence. Le respect aussi, elle a eu du mal à avaler. J'espère pas qu'elle deviendra comme lui… tu sais à quel point on peut plus le supporter, dans la famille. Et puis, les jumeaux… Fred et George lui ont enseigné tout le reste. L'indispensable, l'essentiel. Le sourire, le rire, la joie, les blagues… Le côté tête brûlée, la témérité, le fait qu'elle s'amuse à être rebelle et tout… C'est pas la crise d'adolescence, c'est eux. J'ai rien su faire pour elle, moi. Juste l'emmerder, m'inquiéter pour elle alors que y'avait pas besoin, être un grand frère pourri… J'ai pas su la comprendre…

- Oh pitié… voilà qu'il nous fait une scène mélodramatique du grand frère désespéré de ne pas avoir su être utile à sa petite sœur malheureuse, marmonna Hermione à voix basse. Mais bien sûr que non, tu l'a beaucoup aidé, elle t'adore, tu sais ! ajouta-t-elle en haussant le ton.

- Non ! J'ai pas su l'aider, j'te dis… Elle me déteste.

- Tu raconte que des conneries. Elle t'adore, ça se lit dans ses yeux.

- C'est toi qui raconte que des conneries. Tout ce qui se lit dans ses yeux, c'est une énorme flamme, menaçante, qui m'indique clairement que son désir le plus cher est de me voir mort. Elle s'en fout. Je suis inutile, j'ai jamais pu l'aider, je lui ai rien apporté du tout… Je suis minable.

- Sur ce point-là, tu n'as pas tort.

- Merci de me remonter le morale, 'Mione.

- T'es vraiment con. Y'a pas à te remonter le moral. C'est à elle que je devrais le faire. Tu te lamente sur ton sort de pitoyable frère inutile, et elle, elle 'souffre' comme tu dis parce qu'Harry s'est servi d'elle. Je précise par ailleurs que c'était parce que lui aussi, il souffrait ! ajouta-t-elle avant que Ron ne puisse dire quelque chose. Enfin, il souffrait pas vraiment, mais il en avait besoin. Il est amoureux, tu comprends.

- Harry, amoureux ? ricana le roux. Et de qui, hein ? Malfoy ? J'ai jamais rien entendu d'aussi ridicule. Ils ont passé le restant de leur vie à se détester comme des malades, et là, d'un coup, pof, ils se trouvent irrésistiblement attirants, ils se collent comme des sangsues dans un couloir pour s'embrasser deux-trois heures non stop, ils se bourrent la gueule une nuit, et tu vas me faire croire qu'il est amoureux ?

- Je ne te le ferais pas croire. Tu me croiras si tu veux. J'essaierai pas de t'en convaincre, c'est la vérité. Juste la pure et simple réalité. Après, si elle est trop dure pour toi, c'est ton problème.

- Et ma sœur ? s'emporta Ron. Tu crois qu'elle était pas amoureuse, ma sœur ? Mais il s'en branle, lui ! Tant qu'il peut se taper tranquillement Malfoy, il s'en branle !

- Ron, calme-toi ! ordonna Hermione brusquement. Je t'interdis de parler comme ça. Premièrement, il ne s'en 'branle' pas. Deuxièmement, il ne se 'tape' pas Malfoy, il l'embrasse, c'est tout.

- C'est tout ? C'est déjà assez, je crois ! Et si il se le tape pas encore, ça va venir.

- Je te rappelle que c'est toi qui lui a conseillé avec ta sagesse légendaire de le passer à la casserole.

- Je faisais ça pour pas qu'il se sente trahi ! Si ça peut aider à son bonheur, ok. Je veux le bonheur de mon meilleur ami, non ? Bon. Alors qu'il se le tape. Mais qu'il console ma sœur. Parce que si elle viendra pas se plaindre – elle viendra jamais se plaindre –, c'est pas pour autant qu'elle a pas mal. Alors merde ! Je m'excuse mais merde ! Je m'excuse.

- Tu sais, Ron, parfois… Je me demande si toute cette histoire a un sens.

- Bien sûr que non, elle en a pas.

- C'est vrai. Où serait l'amusement, sinon ? Le piment, ce petit truc bizarre qui fait que ça rend tout léger et excitant…

- Hermione, ça me dégoûte de le dire, mais je crois que tu as raison.

- Bien sûr que j'ai raison. J'ai toujours raison.

- T'es belle quand tu fais ta miss Je-sais-tout, sourit-il.

- Fous-toi de ma gueule. J'te dirais rien.

- Je n'ai pas besoin de ta permission, pour ça, chérie.

- Petit con.

- Je t'aime, moi aussi.


« Je suis pommé. Il est trois heures du matin, j'ai couru comme un malade pour échapper aux griffes de Ron qui veut ma mort pour venger la tristesse de sa malheureuse sœur, victime de la folie de tout ça, je vais pas tarder à me faire choper par Rusard, je me fais déchirer la gueule si je retourne à la salle commune et je suis complètement pommé. Parce qu'en plus, il est pas là. Il est parti. Probablement en train de dormir tranquillement dans son lit aux draps vert et argent, ou alors affalé dans un fauteuil de sa salle commune à lui avec un énorme livre sur les genoux, mais qu'il ne lirait pas, perdu dans ses pensées, le regard dans le vague, ses sublimes yeux virant au gris orageux à cause de ce à quoi il réfléchissait… Putain, Harry, t'es pommé à trois heures du mat dans un couloir et tu trouve moyen de fantasmer. Je m'étonne moi-même. Je suis incroyable. Et visiblement modeste, en plus de ça. »

- On traîne encore seul dans un couloir sombre ? Dangereux, ça, Potty chéri…

- J'aime pas ce surnom.

- Je sais. Ca fait un moment que je t'avais pas appelé comme ça. Si ça peut te rassurer, je le trouve stupide, moi aussi.

- Alors pourquoi tu l'utilise ?

- Pour t'énerver. J'aime bien t'énerver.

- Qu'est-ce que tu fous là ?

- La même chose que toi.

- C'est à dire ?

- J'attends.

- T'attends quoi ?

- Ben, toi.

- Bon, alors c'est pas la même chose que moi. Je m'attends pas moi-même.

- T'es con. Tu m'attendais.

- Tu semble en douter.

- Pas une seconde.

- Tu as raison, approuva Harry en s'avançant vers la forme sombre qui se distinguait quelques mètres plus loin dans le noir.

- T'approche pas.

- Pardon ?

- T'approche pas, répéta Drago en s'éloignant.

- Euh… ouais. Ok. Si tu pouvais expliquer…

- J'ai pas envie que t'approche.

- Alors pourquoi tu dis que tu m'attendais ?

« J'le comprends plus, d'un coup. Etrange, non ? Il a du fumer quelque chose de pas clair… »

- Je… nan. Je t'attendais pas. J'ai menti.

- Ah. Et… dans quel but ? demanda Harry, cinglant.

- J'en ai absolument aucune idée, si tu veux savoir.

- Ah. C'est con, ça.

- Oui. Très.

- Ok…

- Bon.

Drago s'éloigna rapidement.

- Eh ! Ca va pas, non ? Où tu vas ?

- Ben, je pars.

- J'avais cru remarquer, oui. Mais pourquoi ?

- Parce que. J'ai rien à faire ici.

- Pourquoi t'es venu, alors ?

- J'en ai absolument aucune idée, répéta le Serpentard.

- Putain, mais explique-toi !

- Je préfère pas.

- Ben moi, si ! Je sais pas si t'as remarqué mais la situation m'échappe légèrement, là !

- Je t'a dit que ça m'intéressait pas de rester.

- Ca avait plutôt l'air de t'intéresser, tout à l'heure.

- Tout à l'heure, oui. Peut-être. Ben plus maintenant.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

- Rien, marmonna Drago en reculant plus vite. Elle m'a dit qu'il fallait que ça se termine, ce petit jeu idiot. Elle sait, Blaise lui a dit. J'aurais pas cru ça de lui. Elle menace de tout dire. J'peux pas. J'ai pas envie. J'ai plus envie. C'est con, hein ? Ben tu devras te contenter de ça. Et si t'as encore besoin, ou envie, toi, ta main pourra satisfaire tout ça mieux que moi.

- Je comprends pas ce que tu raconte, et sache que ma main ne te remplacera jamais.

- T'en sais rien. T'as simplement essayé ta main. Jamais moi.

- Dommage.

- Non. C'est pas dommage. Ca l'est plus. C'est comme ça, c'est tout, que ça le reste.

- C'est qui, 'elle' ?

- Je te savais pas si con, Potter.

- Au lieu de m'insulter, tu pourrais peut-être m'expliquer ! s'écria Harry, exaspéré.

- Réfléchis trois secondes, tu comprendras. Juste un petit détail… Evite de lui éclater la gueule. Elle pourrait m'en vouloir, et elle se gênerait pas pour tout balancer. Toi, moi, nous, toute cette histoire tordue. Elle m'a fait une crise quand je suis retourné dans la salle commune, tout à l'heure. Je suis revenu parce que je savais que tu serais là. Et t'es là. Tu sais tout. Rien d'autre à dire. Tu sais, elle est un peu… comment dire…

- Jalouse ? suggéra Harry en comprenant soudain de qui il voulait parler.

- Oui. Légèrement.

- Je compte bien lui éclater la gueule, affirma le brun avec un rictus féroce. De quel droit…

- Blaise lui a tout dit. J'ai fait la connerie de lui dire, et il a tout répété. Il pensait que c'était 'pour mon bien'. Quel con. Non mais quel con. Il comprend vraiment rien. Résultat, elle s'est brusquement souvenue de la 'soirée'… Enfin, pas besoin de te rafraîchir la mémoire. J'imagine que tu t'en souviens.

- Parfaitement.

- Bon. T'as compris. Y'a plus rien à expliquer. M'approche plus. T'avance pas. C'est fini.

- Comment on peut finir quelque chose qui n'a jamais commencé ?

- C'était rien, non ? Juste un jeu. Je t'avais prévenu que j'allais m'amuser, avec ou sans ta permission, et tu a accepté, sans t'en rendre compte. Je t'avais prévenu. Joue, amuse-toi, tout a une fin. Ben elle est là. Plus le choix. Game over.

Sur ces sages paroles, Drago disparut pour de bon, laissant Harry beaucoup plus pommé qu'avant l'apparition, trois heures du matin dépassées, affalé contre un mur, tentant de remettre de l'ordre dans ses pensées.


- Harry, tu as une mine affreuse, tu sais ?

- Hermione, si tu savais ce que je me retiens de dire, tu me recracherais la moitié de ce toast à la figure.

- Où est-tu allé, ce matin, quand Ron menaçait de t'exploser la tête pour Ginny ?

- Dans les couloirs. Comme d'habitude.

- Tu as croisé Malfoy ?

- Je t'ai dit 'comme d'habitude'.

- Vous vous êtes encore embrassés ?

- Non, répondit Harry sur un ton léger. C'est fini.

- Tu dis des bêtises. Rien n'avait commencé.

- C'est exactement ce que je lui ai dit.

- Ah, parce que c'est lui qui a mit un terme à cette plaisanterie immature ?

- Pas exactement. C'est sa faute… à elle.

D'un signe de tête méprisant, il désigna la table des Serpentard. Drago, assit au bout, fixait son assiette pleine sans y toucher. A l'autre extrémité de la table, Blaise était parti dans une discussion animée avec Pansy, qui le fusillait des yeux. Hermione comprit immédiatement que le regard dégoûté d'Harry lui était destiné.

- Tu veux dire que Parkinson lui a fait du chantage ? réalisa Hermione à mi-voix.

- En quelque sorte. Elle est très possessive, et visiblement, elle n'apprécie pas que ce soit moi qu'il embrasse le soir dans les couloirs, contre un mur, avec ce goût de je-sais-pas-trop-quoi qui fait qu'il peut pas mentir avec ça. Elle regrette profondément qu'il me préfère à elle. Elle l'a menacé de tout balancer à… ben, à tout le monde.

- Attends une minute… Quand tu dis 'tout', c'est… ?

- Tout.

- Merde.

- Ca me rappelle quelque chose de douloureux, ça…

- Harry ! Je t'en prie, ne sombre pas dans cette stupide déprime amoureuse qu'on voit dans les films romantiques dégoulinants de guimauve où le pauvre désespéré reste seul dans sa chambre à regarder d'autres films romantiques dégoulinants de guimauve avec pour seule compagnie une énorme boîte de chocolats fourrés au coulis de cerise…

- Je ne compte pas faire ça. J'ai pas vraiment de chambre, et y'a pas de télé ici.

- Je ne plaisante pas, tu as très bien compris ce que je voulais dire.

- Je ne déprimerai pas pour lui. Je vivais bien avant qu'il débarque, sans la dépendance de ses baisers. J'estime que je vivrais bien après…

- … avec la dépendance de ses baisers, acheva Hermione à voix basse. Je sais que ça va être dur pour toi. Je sais aussi à quel point tu aimais ça…

- De quoi ? Jouer ? Avec lui ? Oui. J'adorais. C'était marrant. Je voulais pas me l'avouer, au début, mais j'y ai prit goût. Et quel goût, putain…

- Inutile de me décrire la saveur exact de la bouche de Malfoy, merci.

- Ne m'en parle pas.

- J'éviterais, à l'avenir.

- C'est Ron qui va être content, remarqua sombrement Harry. Je m'excuserais auprès de Ginny, il sera satisfait que tout ça soit fini… Il n'est pas assez mature pour supporter tout ça.

- Ne le critique pas. Il fait ce qu'il peut.

- Oh, pitié…

- Bon, d'accord, il n'est pas très doué. Mais ne dis pas des choses pareilles. Il ne peut pas se réjouir de ton désespoir...

- Qui parle de désespoir ?! Je ne suis pas du tout désespéré. Ni suicidaire. Ni en manque. Pas encore. Et le malheur des uns fait le bonheur des autres, non ?

- Ron n'est pas comme ça, et tu le sais.

Harry soupira et lança un nouveau coup d'œil à la table des Serpentard. Drago fixait maintenant Pansy et Blaise d'un regard à la fois blessé et assassin. Blaise s'efforçait de l'ignorer, coupable, mais Pansy ne se gênait pas pour lui sourire largement. Le blond se leva brusquement et sortit de la Grande Salle.

- On se revoit pour les cours du matin, murmura Harry en se levant automatiquement.

Hermione soupira.

- Tu as pris de mauvaises habitudes, signala-t-elle. Il faudra corriger ça.

- Jamais.

- Il l'a clairement fait comprendre, non ? Il ne veut plus de toi. Inutile de lui courir après.

Harry interrompit son geste et se mordit la lèvre.

« Fuis-moi. Je te suis. Suis-moi. Je te fuis. »

- Harry ? Harry, ça va ?

« Il avait tout prévu. Tout deviné. Il avait pensé à l'éventualité que ça se termine. Ca avait même pas commencé. Il savait que la partie se terminerait, à un moment ou à un autre. Game over. Il m'a même pas prévenu. Il a simplement sourit… Il s'en tirera pas comme ça. Salaud… »