Un grand merci à Bymeha et Alvine pour leurs reviews ;^;. Et leur fidélité. Vous êtes des gens biens. :D


Regarde-moi.

Regarde-moi.

Quand est-ce que tu te décideras enfin à arrêter ?

J'en peux plus de ce petit jeu. J'en peux plus de tout ça. S'il te plaît, regarde-moi.

Ven n'entendait jamais rien. Il ne voulait plus rien voir. J'avais beau me répéter ces pensées en boucle, rien ne changeait jamais. Il ne voulait pas s'arrêter. Il ne s'arrêterait jamais.

J'avais l'impression de me perdre. Comme si je ne me reconnaissais plus. D'où venait cette servilité ? Comment avais-je pu céder à cet esclavage ? J'avais prouvé que je savais y faire face. Malgré cela, je m'en montrais dorénavant incapable.

Ven, qu'est-ce que t'as fait ?

Il se bornait à m'ignorer comme il ignorait le monde entier. Je ne lui connaissais pas cette détermination et cet entêtement qui ne lui ressemblaient pas. Je ne lui connaissais pas cette soudaine force de caractère qui lui permettait de rester enfermer dans ses convictions sans jamais craquer. Je ne lui connaissais pas cet air interdit, apathique, qui marquait désormais son visage en permanence.

Force était de constater qu'au fond, je ne lui connaissais pas grand chose. Je l'avais sous-estimé, sans doute, je l'avais pris pour un pauvre garçon faiblard qui ne valait rien sans moi. Encore une fois, le ciel prenait un malin plaisir à me démontrer que j'avais tort. Quel idiot j'avais été.

Je m'étais laissé surprendre avec tant de facilité. Il m'avait réduit à néant d'un simple claquement de doigt. Pourquoi ne m'y étais-je pas préparé, après tout ce qui c'était produit ? Comment avait-il réussi à m'avoir ? Lui qui n'avait jamais pris la moindre initiative ? Lui qui se contentait d'observer le monde de loin ? Lui qui ne donnait jamais son avis, qui suivait le troupeau avec ses yeux pleins d'espoir ?

Un espoir qui avait déserté son regard dès la seconde où il était entré dans cette chambre de soin. Peut-être était-ce la raison de son brusque changement. Une des raisons.

Ou peut-être que je ne l'avais jamais connu, que ses motivations resteraient pour moi toujours un mystère, que nous n'étions de toute façon pas fait pour nous comprendre.

Ven et moi remplacés par deux étrangers sans le moindre intérêt l'un pour l'autre. Le premier ordonne, le second obéis. Juste retour des choses. N'était-ce pas pour cela que nous étions nés ? Que j'étais né, en tout cas ?

Il n'avait jamais semblé d'accord avec tous ces stupides principes. Il avait à peine usé du pouvoir qu'on lui avait conféré. Peut-être en avait-il abusé quelques fois... Mais ce n'était pas par envie, j'en étais persuadé. Alors pourquoi vouloir changer ça maintenant ? Pourquoi vouloir restaurer ce que nous avions brisé une éternité plus tôt ?

Pour remettre les pendules à l'heure ?

Parce qu'il en avait assez de cette relation sans aucun dénouement possible ?

Peut-être m'en voulait-il seulement à mort. À cause de cette décision stupide.

Si j'avais su dans quel pétrin il allait me mettre, sans doute n'aurais-je même pas pensé à mettre le nez dehors. Je serais resté tranquillement dans ma chambre à ignorer les appels. J'aurais fait semblant d'être comme les autres. D'être guéri.

Et j'aurais repoussé le problème à plus tard.

Cette pensée était d'une stupidité aberrante. Je devais bien m'ennuyer pour me mettre à réfléchir comme ça. Nouveau regard vers Ven. Et aucun vers moi.

Je croyais que l'épisode de la sortie de groupe aurait changé quelque chose, mais je m'étais lourdement trompé. Même si j'avais pu noté quelques améliorations – notamment le fait que j'étais à nouveau capable de réfléchir plus ou moins clairement – tout restait comme il l'avait décidé. Vide et froid. Silencieux.

La situation aurait pu durer l'éternité. Heureusement pour moi, ça n'a pas été le cas. Un jour comme un autre pourtant, un évènement mineur. Rien de bien incroyable ou de bien grave.

Il n'avait fallu que cela pour briser la coquille de cristal dans laquelle Ven s'était enfermé. Le seul et unique jour de ma vie où j'avais une raison de remercier Riku.

Quand cela s'était-il produit ? J'avais beaucoup de mal à mettre des dates sur les jours qui passaient, identiques les uns aux autres.

Ven et moi étions entrés dans le réfectoire comme d'habitude.

Et comme d'habitude, bien que c'eut été plus fréquent encore ces jours-là, Ven pouvait entendre les autres échanger des murmures à notre approche, sentir leurs regards lourds se poser sur nous sans aucune discrétion. Les autres pensaient que ce n'était pas la peine. Pourquoi se cacher ? Nous ne les voyions pas, de toute façon. Nous ne réagirions pas. Nul besoin de faire les hypocrites, lorsqu'on sait qu'aucune punition ne sera engendrée.

Ven savait. Il ne disait rien. Il les ignorait et continuait sa route, traversant les champs ennemis comme s'ils étaient invisibles, devenant sourd aux messes basses qui se déroulaient autour de lui.

Sans un mot, il m'a emmené jusqu'à une table à l'écart. La même que celle où j'avais l'habitude de m'installer lorsqu'il avait décidé que je n'avais plus le droit de croiser son regard. Synonyme de solitude et de retrait.

Rien de bien extraordinaire.

À l'exception de l'arrivée de Riku qui, après des jours d'attente silencieuse, avait décidé de venir le trouver.

Il s'est assis à côté de lui en m'observant fixement, avec haine et dégoût. J'ai fait semblant de ne pas percevoir sa présence. Aucune envie de me frotter à lui. S'il tenait à me provoquer, qu'il le fasse ailleurs. De toute façon, il n'était pas question qu'il sache qu'à présent j'étais capable de réagir.

Il s'est détourné et a porté son attention vers mon vis-à-vis qui ne réagissait pas plus que moi. Je me suis demandé un instant s'il le faisait exprès où s'il ne le voyait réellement pas.

Si la première proposition était juste, il était un excellent acteur.

Riku semblait activement chercher quoi dire pour le faire parler. Il a chassé d'un geste de main une mouchette qui volait près de son visage.

« Bon, Ven. »

Ce dernier restait silencieux, sans doute trop occupé à manger avec une lenteur exagérée. Kairi, plus loin, observait la scène avec intérêt et peut-être une certaine inquiétude. Je savais qu'elle n'avait pas voulu venir nous parler. Sans doute pensait-elle qu'il valait mieux nous laisser faire. Que ce qui se passait entre les membres d'un duo devait rester entre eux. Sans doute se mettait-elle à ma place, et pensait-elle que je voulais régler mes problèmes par moi même. Elle n'était malheureusement pas comme moi. Je savais qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Les problèmes internes devaient se régler en interne. Je ne partageais cependant plus son avis depuis un moment.

Même si pour cela il fallait qu'un élément extérieur entre en jeu – même s'il s'agissait de la pire personne qui soit – il était temps que ça cesse.

Impassible, j'ai attendu que se produise enfin l'étincelle qui me permettrait de m'échapper.

Excédé par le manque de réaction de Ven, Riku a soupiré avant de reprendre, la voix dure :

« Ven, ça suffit maintenant. Tu fais chier tout le monde. Je sais pas pourquoi tu fais ça, je sais pas qui tu essaies de punir, mais c'est bon, là. »

Fidèle à lui-même, l'intéressé n'a pas esquissé un geste, et j'ai continué à le regarder sans pouvoir capter son regard. Il était tellement borné.

« Putain, mais réveille-toi mec ! T'es pas un légume ! C'est quoi ton problème ? T'as un cerveau, utilise-le ! »

Riku aussi était têtu. Qu'est-ce qu'il cherchait, exactement ? Sa tirade n'aurait aucune influence sur Ven. J'en aurais presque souri. Il avait de l'espoir, s'il pensait pouvoir le faire changer.

« Vous me faites pitié. Vraiment. Je sais pas comment t'as fait pour devenir aussi débile que lui, Ven. Tu me déçois. J'imagine que c'est encore une connerie qu'il a faite, pas vrai ? Bien sûr. C'est toujours pareil. Et toi tu te laisses faire. Je me demande lequel de vous deux me dégoûte le plus. »

Je me demande s'il espérait me faire réagir d'une manière quelconque en m'insultant. C'était tellement ridicule que c'en devenait presque drôle. Ne voyant aucune réaction de notre part, Riku s'est levé et s'est préparé à partir.

« Vous êtes pitoyables. J'arrive pas à croire que tu sois tombé aussi bas, Ven. J'arrive pas à croire que tu te sois abaissé au niveau de cette sous-merde. T'aurais dû le laisser tomber, ça aurait fait du bien à tout le monde, moi le premier. Il sert à rien et regarde où il te - »

Sa phrase est restée suspendue dans les airs tandis qu'il étouffait un cri. Avec une vitesse impressionnante, Ven s'était jeté sur lui. Riku s'est reculé d'un pas, abasourdi. Il a repris ses esprits juste avant d'éviter un coup de son vis-à-vis.

Toujours assis, je ne comprenais rien. Qu'est-ce qui lui prenait, tout à coup ?

J'ai repris mes esprits – pour de bon, cette fois – lorsque j'ai vu le poing de Ven filer vers le visage de son adversaire. Riku l'a attrapé sans difficulté avec un geste menaçant.

« On dirait que monsieur se réveille. »

Il a évité de justesse un deuxième coup et en a profité pour bloquer les deux bras de son assaillant, le rendant impuissant. Ven continuait de se débattre, comme aveuglé par la colère. Il a hurlé :

« T'as pas le droit de dire ça ! T'es pas meilleur que lui, t'es qu'un sale... »

Je pouvais voir ses yeux s'embuer alors qu'il arrêtait de bouger. Riku profitait de ses émotions pour le soumettre. Il n'avait pas le droit.

Ça va mal finir. Il faut que je fasse quelque chose. Ven est trop faible. Il ne fait pas le poids.

Plus loin, Kairi s'avançait, incertaine.
Oh, bien sûr, elle n'a rien à craindre, elle. Pas tout de suite, en tout cas.

J'ai attrapé le poignet de Riku avec mon plus beau sourire.

« Je ne ferais pas ça à ta place. »

Il m'a regardé avec un léger étonnement qui n'a pas tardé à se changer en haine.

« Tiens, on dirait que le sous-fifre s'est réveillé.

– Je vois que ta répartie ne s'améliore pas. Lâche-le, maintenant. »

Après un instant d'immobilité, il a obéi sans rien dire tandis que le regard de Ven commençait doucement à s'éteindre. Il ne fallait pas qu'il replonge. Pas maintenant. De toute façon, cette fois, il ne m'emporterait pas avec lui.

Les autres, intrigués, s'approchaient du spectacle.

« Pauvre garçon. C'est à cause de ta faiblesse aberrante que ne tu ne t'attaques pas aux adversaires à ta taille ?

– Qui est-ce que tu traites de faible, Vanitas ?

– Je ne sais pas, à ton avis ?

– Si tu veux qu'on règle ça ensemble, je suis ouvert aux propositions.

– Très bien. Qu'est-ce que tu penses de faire ça dehors ?

– 'Foiré. Tu vas me le payer. »

Il s'est dirigé vers la porte. Il avait accepté le challenge immédiatement, comme on pouvait s'y attendre de sa part. Mauvaise idée. Bientôt, il allait regretter tout ce qu'il avait dit.

J'étais resté sans rien faire trop longtemps, je détestais ce type, et il s'amusait à nous insulter devant tous les résidents. Trois bonnes raisons pour me défouler.

Ven m'a regardé avec des yeux vides, comme pour m'inviter à le rejoindre encore une fois dans son rêve. Sans le quitter des yeux, je l'ai attrapé par le bras avant de l'emmener dehors, tandis que les autres nous suivaient, prêts à admirer la bagarre qui se préparait. Il ne semblait pas particulièrement concerné par la situation. Un frisson désagréable a parcouru mon dos avant de sortir, je l'ai attrapé par les épaules et ai confronté son regard au mien, dans l'espoir d'y voir quoi que ce soit qui montrerait qu'il se réveillait enfin. J'ai eu l'amère déception de voir que la lueur qui y brillait autrefois avait bel et bien disparu. J'ai regardé autour de moi avant de lui dire avec précipitation :

« Ven. Ven, écoute-moi. »

Il a cligné lentement des yeux sans rien dire.

« Je sais que tu ne veux pas m'entendre, mais s'il te plaît, nous laisse pas nous enfoncer à nouveau. Ven. Réponds-moi. »

Je l'ai secoué légèrement, toujours sans réaction de sa part. Difficile de retenir un soupir exaspéré.

« Mais merde Ven, qu'est-ce que tu veux ? »

Sans prévenir, il m'agrippait la nuque et s'approchait de mon oreille. Il a murmuré dans un souffle :

« La victoire. »

Il s'est éloigné sans rien ajouter. Je l'ai suivi avec conviction.

Il me laisserait tranquille si je gagnais la bataille. Parfait. Déterminé, je me suis apprêté à faire goûter à Riku toute la rancœur que j'avais ressenti pour lui ces dernières années. Un sourire maléfique a barré mon visage. Il voulait la bagarre ? Il l'aurait.

Et me supplierait de le laisser tranquille. Il pleurerait jusqu'à ce que je l'épargne. Oui, ce serait un retour de qualité. Et la pitié n'y aurait pas sa place.

Une fois sur les lieux, j'ai fixé Riku avec toute la rage et la haine dont j'étais capable. Il me l'a rendu sans la moindre difficulté.

Dehors, les cris d'encouragements se mêlaient aux murmures moqueurs. Je n'y ai porté aucune attention.

« T'es prêt, nescient ?

– C'est quand tu veux mon lapin. On va bien rigoler !

– T'auras plus aucune envie de rigoler quand j'en aurai fini avec toi. »

Ça faisait tellement de bien de pouvoir être moi-même à nouveau. J'étais prêt à tout pour garder cette sensation. Riku était plus grand que moi, il était sans doute plus fort, mais lui n'avait pas ma détermination. Il n'avait pas de récompense à l'arrivée. Moi, si. C'était ma force. Je le savais.

Nous nous sommes évalués du regard quelques secondes, immobiles. C'est lui le premier qui s'est jeté sur moi, avec un ridicule cri de guerre.

Et une lenteur insupportable.

J'ai esquivé avec une facilité déconcertante. Quel lourdaud. Il n'avait aucune chance contre moi.

Je me suis permis de lui offrir mon plus beau sourire avant de parer un nouveau coup de mon avant-bras droit, en prenant soin de projeter mon poing gauche avec toute la puissance dont j'étais capable dans son estomac.

Sous le choc, il a reculé d'un pas. Plié en deux, une grimace de haine tordait son visage d'ordinaire si calme et froid. J'ai laissé échapper un rire moqueur.

« Ça fait mal, hein ?

– Tu vas le regretter, enfoiré.

– Viens, je t'attends. Le spectacle ne fait que commencer. »

Un coup inattendu a atteint mon épaule. J'ai esquissé un sourire. Peut-être pensait-il m'atteindre en me prenant au dépourvu.

Mais il ne m'aurait pas aussi facilement.

J'ai profité d'un moment d'inattention pour lui enfoncer mon pied dans le plexus solaire. Ses grimaces de douleurs étaient tellement satisfaisantes à voir. Sur le moment, rien n'aurait pu me rendre plus heureux.

J'ai jeté un œil au public. Tous ces gosses qui pensaient assister à un spectacle à l'intérêt temporaire. Ils se trompaient. C'était un vrai règlement de compte.

Je jouais ma vie dans cette bagarre. Ma liberté. Mon honneur.

J'ai encore paré quelques coups portés sans attention. Mon regard a croisé celui de Ven au milieu de la joute. Ce visage inexpressif. Ce regard vide.

Je ne voulais plus jamais revoir ça. Jamais.

Il fallait que je gagne. J'en avais marre de jouer, de traîner.

J'ai reçu un nouveau coup au visage, qui m'a fait tituber. Ma mâchoire était douloureuse. J'ai craché par terre avec défi, créant une tâche ensanglantée sur les restes de neiges qui n'avaient pas été piétinés par nos pieds. Très bien, puisqu'il le voulait tellement.

J'ai pris une seconde pour reprendre mon souffle et me concentrer.

Une pluie de coups plus violents et rapides les uns que les autres sont tombés sur mon ennemi. Chaque craquement, chaque goutte de sang qui s'échappait était pour moi la plus grande des victoires. Ça avait même quelque chose de jouissif – le fait de pouvoir bouger à nouveau, déjà, et que mon ennemi soit Riku. Qu'aurais-je pu espérer de mieux ? C'était comme si mes désirs les plus profonds venaient d'être exaucés.

Un étrange sentiment de bien-être m'envahissait peu à peu. L'envie de voir le cadavre de Riku par terre m'a traversé l'esprit.

Mais c'était une erreur que je ne pouvais commettre.

Son compte a vite été réglé. En le voyant se traîner à terre comme le faible qu'il était, un sourire est apparu sur mon visage – le premier depuis longtemps. Voilà ce qui arrivait quand on se croyait meilleur que moi. Ça lui apprendrait à nous provoquer.

J'ai posé un pied sur son épaule pour le maintenir à terre.

Son visage tuméfié n'était pas beau à voir, pas plus que le mien ne devait l'être. La haine brillait avec tant d'intensité dans ses yeux que j'en était presque admiratif. Au moins savait-il garder la face dans toute les situations. Il n'était pas si idiot que ça, après tout.

Même s'il restait un pauvre être humain sans intérêt.

Autour de nous, tous s'étaient tus, en attente d'une quelconque sentence de ma part. J'ai tourné la tête vers Ven, qui ne manifestait aucune réaction. J'ai lancé d'une voix forte :

« Tu vois, Ven, je l'aie obtenue. La victoire. »

Il n'a pas réagi.

« Je l'ai obtenue pour toi. T'es satisfait maintenant ? »

Encore un silence. J'ai serré les poings.

« Dis quelque chose, merde ! Qu'est-ce que je suis censé faire ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? Qu'est-ce que tu veux, putain ?

– La victoire.

– Je l'ai eue, ta victoire ! Qu'est-ce que tu veux de plus ?

– Tue-le. »

Il avait dit ça d'une voix sans âme.

Je me suis demandé s'il avait été humain un jour, ou si je l'avais seulement rêvé. J'ai tourné les yeux vers Riku.

Et son air de défi.

Très bien, puisque je n'avais pas le choix.

« D'accord. »

J'ai avancé une main vers son visage.

Puis, avec une puissance d'origine inconnue, j'ai été éjecté deux mètres plus loin. Sonné, j'ai mis quelques instants à reprendre mes esprits.

Kairi s'était interposée entre Riku et moi, les yeux brillants d'une flamme nouvelle que je ne lui connaissais pas. Son visage avait pris un air déterminé tout neuf lorsqu'elle a tendu le bras devant elle, vers moi. J'ai esquissé un sourire.

« Je pensais que tu n'étais capable que de guérison ?

– Mon mérite est défense. Je ne fais ce qui est le mieux à faire quand la situation l'exige.

– Génial. Maintenant dégage de mon chemin.

– Non, Vanitas !

– Tu as entendu Ven. Je ne peux pas lui désobéir.

– Tu mens. Tout le monde ici sait que Ven n'a pas le moindre pouvoir sur toi. »

Quelle idiote. Si seulement elle savait tout ce que j'avais du endurer. J'avais désobéi une fois, juste une fois, et j'avais du lutter comme un fou pour pouvoir y arriver. J'étais alors animé par la haine et la colère, deux forces trop puissantes pour êtres contrées. Mais cette fois, c'était différent. Ven avait non seulement le contrôle, mais il détenait aussi ma liberté. Et même si j'avais pu désobéir... pour la récupérer, j'aurais fait ce qu'il fallait.

S'il fallait tuer la moitié de la station, je l'aurais fait sans remords. Pour qui se prenait-elle, en pensant que j'allais épargner Riku, un garçon qui me détestait depuis des années, juste pour ses beaux yeux ?

J'ai souri. Le maximum que je pouvais faire.

« Qui sait... peut-être que je n'ai pas envie de désobéir. Tu sais, Kairi, quoi que tu fasses, ça ne servira à rien. Tu mourras de toute façon. Ça va juste me gêner un peu plus de devoir te détruire avant de le tuer, mais au final le résultat sera le même.

– Tu ne nous tueras pas. Je t'en empêcherai. »

Elle a baissé les yeux et a continué d'un air triste :

« Tu sais Vanitas, je t'aimais bien. Je sais que ce n'était pas le cas de Riku, mais je t'aimais quand même.

– Tu ne me feras pas changer d'avis.

– Très bien. Je ne te laisserai pas faire. »

Elle a tendu la main devant elle, a écarté les doigts et, avec un air concentré, a soudainement tenu une arme étrange au lieu du vide qui s'y trouvait quelques secondes auparavant. Une sorte d'énorme lame rouge sang, dont la poignée semblait immatérielle. Pourtant, Kairi la tenait.

J'ai entendu les autres pousser des sifflements admiratifs. J'ai haussé un sourcil.

« Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?

– Ça, Vanitas, c'est quelque chose que tu connaîtrais si tu étais né de la source.

– Je suis né de la source.

– Ne me fais pas rire. Tu n'as rien d'un véritable nescient. T'es juste une pâle reconstitution de quelque chose qui aurait dû nous ressembler. Mais au fond, tu n'as rien à voir avec ce que nous sommes. Tu l'as toujours su. Et aujourd'hui, à cause de ça, tu vas mourir parce que tu seras incapable de te protéger de la source. La véritable source. »

Elle a brandi l'arme et s'est mise en garde.

J'ai secoué la tête.

Elle disait des conneries. Des putains de conneries.

Elle avait tout faux.

Tout faux.

Je ne suis pas une copie de nescient. Je ne suis pas la copie d'une copie. C'est idiot. Elle se trompe.

Il m'a fallu puiser dans tous mes réflexes pour éviter le tranchant de la lame qui visait mon abdomen. Je n'ai pu retenir un sourire étonné.

Un autre coup a filé vers mon visage, puis vers mon estomac. Je les ai évité avec difficulté. Où diable avait-elle acquis cette rapidité ? Moi qui l'avais toujours prise pour une sorte de nescient passive incapable de faire quoique ce soit toute seule.

Dans ses yeux brillait l'envie de tuer avec une telle force que pour la première fois, je me suis demandé si je n'allais pas mourir.

Un nouveau coup puissant m'a repoussé en arrière. Je suis tombé et n'ai pas eu une seule seconde de répit. Les coups pleuvaient avec force et rapidité, faisant de moi une pauvre proie sans défense, obligée de rouler sur les côtés pour éviter la lame mortelle.

Cette détermination qu'elle avait à me détruire me poussait presque à l'admiration. Incroyable ce qu'un nescient est capable de faire pour protéger son partenaire. Pour se protéger.

Je me suis demandé comment aurait évolué la situation si les nescient n'étaient pas obligés de périr avec leurs partenaires. Kairi se serait-elle défendue avec tant de volonté ? Ou m'aurait-elle laissé exécuter les ordres ?

J'ai réussi dans un moment de relâchement à me relever et à reculer d'un pas. Derrière Kairi, Riku s'était relevé en se tenant les côtes. Il m'a jeté un regard venimeux. Kairi, sans même le regarder, s'est exclamée :

« Riku ! »

Comme s'il avait compris ce qu'elle lui demandait, il s'est approché un peu. Un couteau plus petit est apparu dans une main de Kairi. Elle l'a jeté à son partenaire d'un geste précis et assuré.

Il ne m'a pas fallu plus d'une seconde pour comprendre ce qu'ils avaient en tête. Riku s'est avancé vers Ven qui était agité, l'air inquiet. Je ne l'avais même pas vu se réveiller. Quel idiot je faisais.

J'ai passé la garde de Kairi et ai foncé vers Ven. Un coup derrière le genoux m'en a empêché. Kairi me fixait d'un regard dans âme.

« Non. Je ne te laisserai pas.

– Dégage ! Je vous laisserai pas lui faire du mal ! Jamais !

– Je croyais que tu le détestais ? »

Je n'ai pas répondu. Quelle importance, les sentiments que j'avais à son égard ?

J'ai évité un coup de Kairi en tentant de me rendre jusqu'à Ven. Elle faisait tout pour m'en empêcher. Tellement dérangeante. Elle me touchait à peine, mais savait éviter que j'aille là où elle ne le voulait pas.

Si Riku décidait de tuer Ven, je n'aurais aucune chance de l'atteindre. Mais essaierait-il de le tuer ? C'était son ami, après tout.

Un mouvement dans la foule a attiré mon attention.

Riku était parvenu à destination. D'un geste, il avait attrapé Ven par le col et pointait son couteau droit sur son ventre d'un air menaçant.

« Écoute-moi, Ven ! Tu vas lui dire d'arrêter, maintenant. »

Ven n'a pas réagi. Il ne le regardait même pas.

« Ordonne-lui d'arrêter ou je serai obligé de te faire mal, ok ? Il n'a aucune chance contre Kairi, de toute façon. Strictement aucune. »

Il s'est tourné vers moi et m'a lancé :

« Et toi... Si jamais il arrivait quelque chose à Kairi, je tuerais Ven. Je ne rigole pas. »

Je n'en avais pas le moindre doute. Quel lâche. Ce genre de chantage était écœurant.

Profitant d'un moment de répit de la part de Kairi, je me suis jetée sur elle et l'ai désarmée. Son arme est tombée quelques mètres plus loin. Sans attendre, je me suis rué vers Ven et Riku, en espérant être trop rapide pour qu'il puisse faire quoique ce soit.

Il m'a vu arriver. Il ne lui a fallu qu'un regard vers sa nescient à terre pour prendre une décision.

D'un geste aussi rapide qu'efficace, il planta son couteau dans le ventre de Ven.

Une douleur intense m'a vrillé la tête. L'air tout d'abord étonné de Ven se mua en une grimace de douleur avant qu'il ne s'affaisse petit à petit dans les bras de Riku.

Sur son visage à lui, aucune trace de regrets ou de remords. Il m'a lancé un regard de défi.

Une colère sourde s'est emparée de moi. Comment avait-il osé ? Comment pouvait-il faire une chose pareille ?

Avant que je n'aie eu le temps de me jeter sur lui, Kairi s'était interposée et, d'un seul coup de sa lame, m'avait touché à l'abdomen.

La douleur était si intense que j'ai senti des larmes me monter aux yeux. J'ai posé une main sur mon estomac. Lorsque je l'ai regardée à nouveau, elle était couverte de sang.

Non. Non. Non...

Je ne pouvais pas mourir comme ça, sans rien avoir accompli.

Je me suis mordu la lèvre à sang et ai repris mes esprits. Bien sûr que je n'allais pas mourir. C'était évident. La blessure de Ven n'était que superficielle, juste bonne à lui éviter d'intervenir, et la mienne ne me tuerait pas. Elle ne pouvait pas me tuer. Impossible.

J'ai regardé Kairi dans les yeux.

J'ai changé d'avis.

Je n'allais peut-être pas mourir de cette blessure-ci, mais la suivante serait fatale. Et Kairi n'hésiterait pas à le porter.

J'avais voulu tuer Riku, alors elle me tuerait. C'était aussi simple que ça. Aussi stupide.

La colère s'est transformée en rage désespérée.

« Lâche...

– Je ne fais que me protéger, Vanitas. Je suis sincèrement désolée pour ce que doit subir Ven. Mais ma pitié ne va pas jusqu'à toi. »

Elle a levé son arme et, d'une voix exempte de toute émotion, a dit :

« Fais tes adieux. »

La lame est tombée avec le bruit de la mort.

Elle ne s'était pas abattue avec force comme elle l'aurait dû. Elle était juste tombée. Juste devant moi. Sans me toucher.

Kairi l'avait lâchée.

Je ne comprenais pas. Puis j'ai vu son visage.

L'air terrifié, elle tremblait de tout ses membres. Elle a porté les mains à son cœur avant de tomber à genoux.

Elle a poussé un hurlement de douleur si terrible que j'en ai reculé d'un pas.

Qu'est-ce qu'il lui prend ?

Je n'avais aucune idée de ce qui était en train de se produire... mais voilà qui était bien pratique. Je suis allé rejoindre Ven en titubant pendant que Riku courait vers Kairi.
Effondrée sur le sol, Kairi hurlait de toute la puissance de sa voix. Rien de ce que ne pouvait faire Riku ne semblait l'aider. Elle continuait à crier comme si sa vie en dépendait.

Je ne voulais même pas imaginer la douleur qu'elle devait ressentir, ni en connaître la cause. Je me suis agenouillé auprès de Ven qui, une main sur sa blessure, regardait la scène d'un air troublé.

« Ven... ça va ?

– Je... je crois... il a rien visé de vital... »

Ça faisait tellement plaisir de le voir reparler normalement que j'en ai oublié momentanément la douleur.

Riku, plus loin, criait le nom de son nescient avec angoisse. Rien ne semblait arrêter les cris de Kairi. Dans le public, les autres s'échangeaient des regards apeurés.

Je ne savais pas de quoi ils avaient peur exactement. Quelle importance, que Kairi souffre ? Après tout, elle l'avait mérité.

« Vanitas... qu'est-ce que tu lui as fait ? »

Ven m'avait posé la question si sérieusement que j'en ai été surpris.

« Rien du tout. C'est pas moi.

– Vraiment ?

– Ou...ouais. »

La souffrance a recommencé à éclore dans mon abdomen et j'ai serré les mâchoires de toutes mes forces dans l'espoir vain de la voir refluer. La voix de Ven me parvenait comme sourde. Elle était soudainement devenue angoissée et j'ai senti sa main se poser sur mon épaule.

« Vanitas ! Merde... il faut qu'on aille au local de soin tout de suite...

– Ça va, c'est juste une... égratignure... je crois que je vais juste... »

La douleur était maintenant si forte que j'avais envie de pleurer. Ven a écarté mes vêtements pour évaluer l'ampleur des dégâts. Son air horrifié confirma toutes mes craintes.

« Il faut absolument qu'on... »

Il a été interrompu par un cri de Riku.

« VANITAS ! ARRÊTE ÇA ! »

Son injonction avait des airs de hurlement de désespoir. J'ai voulu répondre quelque chose, mais Ven s'en est chargé à ma place.

« Il n'a rien à voir avec ça !

– Tu mens !

– C'est ta source à la con qui a décidé de faire régner l'ordre ! Elle n'a que ce qu'elle mérite !

– Tu me le paieras ! Vous deux... vous êtes des monstruosités ! Vous méritez pas de vivre ! Comment vous pouvez faire ça ?

– Je te dis que ce n'est pas nous, Riku ! »

En sentant sa voix trembler, j'ai posé une main sur son bras.

« Ven... C'est bon... »

Je me sentais si faible. J'ai fermé les yeux.

« Non, Vanitas, t'as pas le droit de te laisser aller ! Tu m'entends ? »

J'ai hoché la tête, les paupières closes.

« La lumière me fait mal...

– Ne t'inquiète pas. On va s'en sortir. »

Les cris de Kairi ont soudain cessés, progressivement remplacés par des sanglots incontrôlables. Elle a posé son front à terre en gémissant. Des murmures ont parcouru la foule. Foule qui n'avait pas levé le petit doigt durant toute la bataille.

Quelle bande de connards égoïstes.

J'ai perçu des éclats de voix suivi d'un brusque mouvement dans le groupe. Une voix a supplanté les autres et imposé le silence.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? »

J'ai reconnu Xigbar. Personne n'a répondu à sa question.

J'imaginais aisément son désarroi ; la totalité ou presque des résidents à l'extérieur, Kairi effondrée, en larmes, essayant de reprendre son souffle, Riku blessé qui cherchait à la consoler, moi couché à terre et en sang, et enfin Ven à genoux à mes côtés, une main sur sa blessure. La scène devait paraître bien étrange.

« Nom de Dieu, qu'est-ce que c'est que cette connerie ? Toi, là ! Va chercher de l'aide ! »

Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite. Il y a eu comme un bourdonnement étrange. Puis le noir total.

Je suis resté à peu près trois jours en local de soin avant d'avoir le droit de partir. Ven, lui, y était resté vingt-quatre heures. Ça ne l'avait pas empêché de venir me voir le plus souvent possible.

Quel virage soudain dans son comportement. Je n'ai même pas essayé de comprendre. Il changerait encore bientôt, de toute façon, il était comme ça ; lunatique. Impossible de prévoir ses actes, ses pensées.

Après tout... se poser des question ne servait à rien. Le mieux était de profiter de cette période d'accalmie avant qu'elle ne se termine. Et après les jours d'ignorance que j'avais vécu, j'espérais qu'elle durerait le plus longtemps possible.


C'est marrant comme je perds de plus en plus mon avance :B. Mais je vais m'en sortir, mouahahaha !

C'était le dernier chapitre avant la fin du monde et le début de mon blocus. Et mes exams. Je vous souhaite donc de bonnes fêtes, hésitez pas à vous gaver de tous ces trucs qu'on mange à Noël, tout ça ! Je vous envoie mes ondes positives.

Merci beaucoup pour votre lecture, et n'oubliez pas, une review, même si elle fait trois mots et qu'elle termine par lol, est toujours un pur bonheur à recevoir. Gros kiss. :33