Epilogue :

Je me trouvais là, debout, face à ses magnifiques montagnes enneigées. L'aurore naissait entre deux pics faisant rosir les sommets. Je posais mes mains sur la balustrade du balcon, une nouvelle fois réparée. Ce palais, fruit de mon pouvoir, crée lors de ma fuite, avait été encore une fois l'objet de destructions. C'était il y a un an jour pour jour ! Une fois encore, j'étais revenue le rénover, ayant cédée aux demandes incessantes de ma cadette. C'était la première fois que je revenais ici. J'avais choisi tout de même un endroit magnifique. Comment pouvait-on espérer une vue plus grandiose ? Je m'adossais quelque peu, observant mes mains gantées et mes manches en dentelle blanche parsemée de flocons de neige. A vrai dire, toute ma robe était de cette matière si légère et d'un blanc aussi pur que celui des cimes que je pouvais admirer. Seuls quelques dessins de flocons de neige givrés rompaient ce blanc immaculé. J'enlevais mon petit gant blanc à ma main droite, sa vision me fit penser à papa, je le revis qui me passait une paire en tout point similaire quand il fallait que je me cache. Cela fit naître en moi un profond sentiment de nostalgie. Un an que je lui avais officiellement succédé, quatre qu'il avait tragiquement disparu avec maman, mais jamais je n'ai eu le courage d'aller fleurir leur sépulture. Je refermais ma main désormais nue et l'observait pensive. Je ne voyais aucune cicatrice de la flèche qui m'avait transpercé la magie de ma cousine avait formidablement bien fonctionnée, aucune trace, aucune douleur, comme s'il ne s'était jamais rien passé ! Pour ma part, j'avais grandement diminué l'utilisation de la magie. A vrai dire, je ne faisais quasiment plus aucune utilisation de cette dernière ! Les habitants d'Arendelle avaient accepté les deux blizzards coups sur coup maintenant que je contrôlais mes pouvoirs, mais je ne voulais pas m'exposer comme un numéro de cirque. Je glissais alors ma main nue dans la poche de ma cape mauve que j'avais retrouvée dans ces montagnes l'an dernier. A l'intérieur de cette poche j'attrapais le petit objet qui ne l'avait pas quitté depuis un an et le mit devant mes yeux. J'observais cette petite fiole dont le contenu avait failli m'être fatal. Cela faisait un an désormais que je sortais de temps à autre ce petit flacon, me demandant ce que je devais en faire. Sans le sortilège du troll, ce breuvage ne fait que me faire perdre mes pouvoirs. Et je ne crains pas le cœur de glace, je suis amoureuse, j'ai une sœur incroyable, une vraie famille autours de moi. Si je prenais ce breuvage, je serais Elsa, reine d'Arendelle. Personne ne m'appellerait plus la Reine des Neiges. Je n'inspirerais plus de crainte, je pourrais comme tout le monde avoir le droit de perdre mes nerfs. Mais surtout sans pouvoirs, je n'attirerais pas les convoitises ! Cette magie, je la porte en moi depuis si longtemps, mais qu'elle est lourde. Cette enfance gâchée, retirée du monde, ces deux catastrophes à un mois d'intervalle, ces manipulations pour tenter de m'atteindre ou contrôler ma force. En prenant ce liquide, tout ça serait derrière moi. Deux mots trottaient dans mon esprit alors que je me laissais hypnotiser par le contenu de la fiole entre ma main « Libérée, Délivrée… ». J'entendis qu'on frappait à la porte et je sortais de mes pensées, remettant en hâte la fiole là où elle était, me retournant je vis ma chère Anna sur le pas de la porte. Elle tenait dans ses bras sa charmante petite fille. Elle lui avait donné la vie il y a environ trois mois, le troll avait dit vrai l'an dernier quand nous étions en si fâcheuse position dans cette même pièce, Anna portait en elle un enfant. Une pure merveille !

- Que caches-tu dans ta poche Elsa ? Demanda Anna qui m'avait au cours de l'année déjà posé plusieurs fois cette question !

-Rien du tout ça n'est pas important ! Répondis-je comme d'habitude

-Tu es absolument magnifique Elsa ! Me dit ma sœur en s'approchant de moi !

-Oui je confirme ! Vous êtes magnifique Elsa ! On dirait un ange de neige ! Ajouta Olaf qui avait suivi ma sœur.

-Je crois qu'Emma veut aller dans les bras de sa marraine en mariée ! Fit ma sœur, me tendant la prunelle de ses yeux

-Je…

-Mais si voyons ! Une reine ne peut pas refuser de tenir sa nièce ! Coupa Anna me mettant d'autorité la petite dans les bras.

C'était la première fois que je tenais ma filleule, j'avais toujours décliné poliment, conservant mon rôle de souveraine, mais ma sœur ne m'avait pas laissé le choix cette fois-ci. Je regardais émerveillée ce petit être, pour la première fois, j'avais un bébé dans les bras, et c'était le plus beau bébé du monde. Emma me regardait de ses grands yeux bleus. On dit que les petites filles ressemblent à leur mère, ma foi c'est vrai, je revoyais en elle l'image d'Anna quand mère me l'avait présentée, je n'avais pas pu la porter, j'étais encore petite, mais son visage angélique était resté figé dans ma mémoire. Aujourd'hui, je la revoyais au travers de sa fille. La seule différence était les cheveux. Emma, n'avait pas hérité de la belle rousseur d'Anna, curieusement, elle était blonde, mais bien davantage encore que son père. Ses cheveux ressemblaient fortement aux miens. C'était sa ressemblance avec moi, ainsi que le fait qu'elle naquît elle aussi le jour du solstice d'été. C'est cette similitude dans les dates qui avait poussé entre autre Anna à me désigner comme marraine bien que la tradition veuille que la marraine soit mariée au parrain de l'enfant. Mais ma sœur est un peu moins attachée aux traditions que moi, et elle a su développer dernièrement un fort pouvoir de persuasion pour obtenir gain de cause ! La petite me regardait. Je ne pouvais m'empêcher de penser au petit flacon qui était dans ma poche, si d'aventure j'avais le cœur de glace, ce petit être ne pourrait que le faire fondre. Pour la première fois de ma vie, je ressentais une chaleur en moi à l'idée de tenir et protéger un petit être innocent. Serais-ce ça l'amour maternel ? Mais d'un autre côté, j'étais très gênée de la porter, je ne me l'expliquais pas.

-Elsa ?

-Hein ? Que disais-tu demandais-je sortant alors de mes pensées.

-Rien pour le moment, je regardais ta cape. Tu respectes les traditions du mariage, quelque chose de neuf avec la robe, quelque chose de crée pour ton diadème de glace, quelque chose d'ancien avec la cape, mais il te manque quelque chose d'emprunté ! Alors, prends ceci !

Je reconnus immédiatement ce que me montrait Anna ! Son fameux cadeau de mariage, le pendentif qui s'était ouvert devant moi et m'avait permis de prendre conscience de mon amour que je devais laisser s'exprimer ! Anna me passa le bijou autours du cou. Emma semblait l'apprécier car elle tendait ses petites mains vers mon cou pour essayer de l'attraper. C'est curieux ! Elle a le bout des doigts blancs, elle aurait patouillé Olaf sans que je ne m'en aperçoive ?

-Oh je crois qu'Emma voudrait que sa tatie adorée lui fasse un bonhomme de neige ! Me dit ma sœur dans un grand sourire !

Quoi ? « Tatie » ? Ce terme si enfantin était pour moi, que l'on appelle tous les jours Majesté ? Comme il était agréable de penser ça ! Oui je suis tatie Elsa ! Et je vais être la meilleure tante du monde pour ce petit cœur que je tiens dans mes bras ! J'en fais le serment !

-Moi aussi ! Vous m'aviez dit que j'aurais une petite sœur vous vous rappelez pas ? Me demanda Olaf qui tirait doucement sur ma cape pour attirer mon attention.

Comment aurais-je pu oublier cela faisait un an, qu'il me le demandait. Je regardais le petit ange dans mes bras, puis le visage souriant du bonhomme de neige. Comment pourrais-je refuser. Je replongeais mon regard dans celui de la petite princesse d'Arendelle. C'est fou, je la sentais captivée par la neige, elle n'avait pas l'air d'avoir froid au contact de ma robe de mariée pourtant en partie gelée ! Une pensée traversa alors mon esprit que je m'empressais de chasser ! Puis je fis un grand sourire à ma merveilleuse nièce puis à Olaf. D'un mouvement de ma main, je fis jongler trois petites balles de neiges qui se chevauchèrent en un mini bonhomme dont je congelais le tour pour en faire un petite boule de neige, la même que celle que j'avais offerte au petit prince Pascal, un an auparavant ! Je la tendis alors à Emma qui me souriait en attrapant le petit jouet, avant qu'elle ne retourne dans les bras de sa mère. Comme c'était curieux de voir ma petite sœur être une jeune maman ! Comme elle avait mûri cette année ! Elle avait gagnée en prestance, les joies de la maternité l'avaient définitivement fait passer à l'âge adulte même si elle conservait toujours son éternelle et juvénile insouciance. En un an elle était devenue une grande diplomate, digne représentante du royaume ! Cela avait commencé avec sa nomination en tant qu'ambassadrice officielle à Coronna lors de la présentation du jeune prince. Puis elle a joué un rôle essentiel dans les tractations diplomatiques avec la couronne des îles du sud pour que ce jour puisse exister.

-Alors Elsa ? Implora Olaf

-Mais oui Olaf ! Je n'allais pas te laisser être seul à tenir ma cape dans ma marche vers l'autel voyons ! Répondis-je attendrie au petit bonhomme de neige.

D'un geste je créais un autre bonhomme de neige, un peu plus petit que lui avec un visage plus fin, et qui portait un petit collier de neige. Je venais de lui offrir sa petite sœur qu'il espérait tant. Une petite Helga qui comme lui adorait les câlins ! C'est bizarre, Anna ne semblait pas s'en souvenir ! Pourtant, les premiers bonhommes de neige que nous avions faits, étaient des petites Helga. Olaf n'a été que le dernier, ce fameux jour où…non ne pensons pas à la suite, pas aujourd'hui ! De toute manière, ma sœur me fit sortir de mes pensées.

-Elsa, tu as bien choisie ! Que tu fasses ça ici, dans ce palais, c'est tellement symbolique, il ne pouvait en être autrement !

Oh ma chère Anna, si tu connaissais les pensées qui m'habitaient et si tu savais ce qu'était le petit objet que tu devines dans ma poche, tu te rendrais compte à quel point tu as raison ! J'étreignis alors ma chère sœur, la personne qui comptait le plus à mes yeux avec celui qui m'attendait, sans doute déjà placé devant l'autel, la petite Emma entre nous qui s'amusait avec sa boule de neige, mais pourquoi avait elle d'ailleurs autant de neige sur les mains ?

-Allons, Elsa, c'est ton heure, une reine n'est jamais en retard ! Encore moins aujourd'hui ! N'est ce pas ?

-Il est vrai, mais la Reine ne peut pas avoir de retard car c'est son arrivée qui définie l'heure ! Plaisantais-je auprès de ma sœur qui avait toujours quelques difficultés avec la ponctualité royale. J'ajoutais : Pars devant, je te rejoins tout de suite.

-Voyons Elsa, c'est moi qui suis censée te conduire !

-Je sais, j'en ai juste pour quelques secondes…Dis toi que c'est juste pour le plaisir de te fermer une dernière fois la porte au nez. Dis-je alors à ma sœur pour la taquiner quelque peu, et essayer de me détendre face à ce qui m'attendais en bas mais qui m'excitais grandement ! Oh ma chère sœur je t'envie ! Tu semblais beaucoup plus à l'aise que moi il y a un an, quand c'était toi la mariée !

Anna, dans un léger rire accepta ma requête, me laissant seule dans cette grande pièce gelée. Je ressortais alors de ma poche, cette petite fiole que je cachais aux yeux de ma sœur depuis plus d'un an. Un an que je réfléchissais, maintenant je savais. J'entourais la bouteille de glace. La boule formée, je la lançais au dehors, et tandis qu'elle tombait dans la crevasse où un an plus tôt avait disparu celui qui l'avait confectionné, je repensais à la fin d'une chanson qui m'était venue quand j'ai crée ce palais

-Me voila ! Oui je suis là ! Perdu dans l'hiver ! Le froid est pour moi le prix de la liberté !

Je n'ai pu retenir ces paroles, et, tout en pensant que j'étais la Reine des Neiges, et que nulle potion ne pourrait de toute manière le changer, j'attrapais un autre objet laissé dans cette chambre que m'avait redonné ma chère Anna il y a un an. Le temps d'arriver au devant de la porte, Anna m'attendait en compagnie des bonhommes de neige. Elle n'avait plus sa fille, sans doute l'avait-elle laissé à Kristoff déjà installé dans l'assistance ou à un serviteur. J'arrivais à la hauteur de ma sœur. Lui prenant le bras je lui dis :

-C'est fou, je suis l'ainée, mais j'ai l'impression que c'est toi la plus sage d'entre nous aujourd'hui.

-C'est normal, aujourd'hui, c'est ton renouveau ! Ne t'en fais pas, ça n'est que du bonheur ! Et puis ensuite, je t'indiquerais quelques endroits super pour fêter comme il se doit tes noces !

-Anna, aujourd'hui, c'est toi qui me conduit, je ne suis pas la reine. Aujourd'hui, la caution royale, c'est toi, alors : Princesse Anna d'Arendelle, veuillez vous incliner je vous prie.

Je lui tendis ma tiare de couronnement. Anna fut quelque peu surprise, seule la souveraine en exercice pouvait la porter, mais je n'en avais cure, ma sœur en serait digne ! Elle inclina alors sa tête, et symboliquement, pour ce jour, je la faisais devenir souveraine. Dans le même temps, la musique se fit entendre

-Vite ! En place Helga et Olaf ! Souffla Anna, qui me prit le bras.

-C'est bien vrai Anna. Dis-je avant de m'éclaircir la voix et lancer d'une voix forte : Dites aux gardes qu'il faut ouvrir les portes !

J'inspirais un grand coup, mon cœur battait la chamade alors que les portes s'ouvrirent. Tous les regards se tournèrent vers nous alors que, conduite dignement par ma chère sœur, reine d'un jour. Je traversais l'assistance. Anna lâcha mon bras, me laissant devant l'autel, et alla s'asseoir sur le trône royal, prenant sur ses genoux la petite princesse, qui avait toujours des petits flocons de neige au bout des doigts. Mais aussi les attributs du sacre marquant ainsi par sa présence la bénédiction royale de cette union. Le silence alors se fit, je tournais tendrement la tête vers l'homme à côté de moi tandis que l'évêque commençait l'office. Un rayon de soleil pénétrait dans la salle qui n'apportait alors que plus de beauté au flocon de neige géant qui était désormais le blason d'Arendelle.