- Lance, se reprit Emma, cessez immédiatement ces absurdités. Et d'abord que faites-vous ici ?!

- Je pourrais vous poser la même question Swan et avec Elle par dessus le marché. Avez-vous complètement perdu la tête ?!

- Swan..., demanda l'ancienne reine intéressée ?

- Pas maintenant Régina, murmura la blonde. Lancelot retirez ce défi ridicule immédiatement !

- Mais…

Le regard inflexible qu'elle lui adressa le fit taire. Il la connaissait assez pour savoir quand opérer une retraite prudente. Il les observa toutes les deux, voulant comprendre la véhémence de la blonde. Bien qu'en colère, Emma était moins distante que dans son bureau, il l'avait tout de suite remarqué ne serait ce que par l'emploi du diminutif. Elle se sentait à l'aise en présence de la méchante reine réalisa-t-il. Et Régina… il ne savait pas quoi penser de Régina. Qui avait déjà vu une Evil Queen détendue ? Et ce sourire… gentiment moqueur quand elle le regardait et par Lug, était-ce de la tendresse quand son regard se posait sur la duchesse ? Non il ne pouvait y croire c'était un piège, plus certainement. Trop d'informations… la tête lui tournait de tout ce qui s'enchaînait depuis son retour. De toute façon la question ne se posait pas ainsi. Emma voulait qu'il lève son défi. Elle avait gardé la présence de la reine secrète et aurait voulu continuer. Trop d'informations et pas assez, le drame de tout quêteurs se rappela-t-il fataliste.

- Swan que fait-elle là, gémit-il faute de mieux ?

Régina réalisa avec une joie étrange qu'Emma avait caché sa détention à tout le monde. Personne d'autre qu'elle n'avait été au courant. La jolie princesse avait fait d'elle son secret. Et Régina adorait cela. Elle dévora la blonde de ses yeux noisettes, qui était d'ailleurs bien plus noir que noisette à cet instant précis. Le désir s'enflamma, brutal, affamé. Régina déglutit péniblement. Il fallait qu'elle se recadre, cet ahuri l'avait provoqué en duel après tout. Et même s'il semblait plus ou moins se rétracter, elle devait en tenir compte. D'autres part l'intrusion de quelqu'un d'autre dans leur petite bulle faisait prendre conscience à Régina qu'elle ne savait plus quel était son but. À la base, elle voulait juste sortir, éventuellement reprendre son château mais elle n'était pas allée plus loin. Elle n'avait pas encore osé en discuter avec la blonde mais son séjour en enfer l'avait profondément marquée. Ce qu'elle y avait vécu...elle en frémissait rien que d'y penser. L'un dans l'autre, Régina ignorait si elle avait encore envie de pourrir la vie des gens. Tout bien peser cela coûtait plus d'énergie que cela apportait en satisfaction, et elle était tellement fatiguée. Quand elle s'était réveillée elle ne désirait qu'une chose : se terrer quelque part et lécher ses plaies en paix. Au lieu de cela, elle avait eu l'idée saugrenue de converser avec la blonde et un des mois les plus doux de sa vie s'était écoulé sans qu'elle ne s'en rende compte. La brune ne savait plus ce qu'elle voulait.

Régina prit le partie de dire la vérité. Après tout, cela lui avait réussi avec Emma. Pour la seconde fois, elle raconta les circonstances qui l'avaient conduite derrière ces barreaux. Elle s'attacha à lui faire comprendre que privée de magie et isolée comme elle l'était elle ne pouvait être à l'origine du mal qui les touchait. La femme ne sut pas si Lancelot la cru. Mais cela lui importait moins que l'avis de la blonde.

Lancelot l'écoutait attentivement et décida que cela ne changeait, au final, pas grand chose. Peu importait où et comment elle avait passé ces vingt dernières années, elle était la méchante reine, point final. Mais à quoi jouait Emma? Il ignora la brune pour s'adresser à son ancienne élève.

- Emma dans votre rapport avez-vous averti vos parents ? Ils doivent…

- Et pourquoi l'aurais-je fait Lancelot, le coupa-t-elle ? D'ailleurs ce n'était pas un rapport c'était une déclaration d'impôts.

- Mais pour décider quoi faire d'elle voyons !

Il avait parlé comme si ce point était évident. Mais il l'était de moins en moins pour Emma.

- Pourquoi, insista-t-elle ?

- Mais parce que c'est la méchante reine et que c'est Blanche-Neige.

- Dites moi Lancelot que faite vous de vos criminels par chez vous, demanda-t-elle pensive?

Le chevalier reconnaissait là une des manies de la jeune femme quand elle pensait avoir un argumentaire valable. Autant jouer le jeu car rien ne la détournerait de sa démonstration. Régina, elle, observait l'échange curieuse de savoir où voulait en venir la jeune princesse. Elle resta impassible mais son cœur se comprima dans sa poitrine en réalisant qu'Emma n'avait pas l'intention de la livrer à ses ennemis.

- On les condamne Emma, répondit l'homme, comme partout j'imagine.

- N'est-ce pas... Vous choisissez une peine plus ou moins importante et vous l'exécutez ?

- C'est ainsi que se passe la justice Swan. Vous le savez, je le sais, tout le monde le sait.

- Et après Lancelot ? Qu'en faites-vous après, quand ils ont payé ?

- Ils reprennent leur vie bien sûr...où ils sont morts. Où voulez-vous en venir ?

- Au fait que ma mère l'a déjà condamnée, qu'elle a fait exécuter la sentence par Rumpulstiskin, et que la peine est visiblement purgée dans la mesure où Régina est réveillée. Alors, Lance on fait quoi on jette aux orties nos beaux principes ? Pour quoi ? Pour que ma mère puisse la torturer d'une autre façon ? Jusqu'à quand ? Ce n'est plus la justice ça Lancelot. C'est sordide. La tuer aurait été plus miséricordieux. Bon sang Lancelot c'est conforme à ton maudit code d'honneur ça ?

Aucun de ses deux interlocuteurs n'osait parler. Regina broyée par l'émotion et Lancelot ébranlé dans ses convictions pour la première fois qu depuis son arrivée dans la salle. Mais Emma n'en avait pas fini. Soudain, tout s'éclaira sous un nouveau jour, elle comprenait pour la première fois l'inanité de son comportement. Se rebeller c'était reconnaître à l'autre la légitimité de vous imposer son point de vue. À contrario, s'émanciper c'était se forger une opinion par soi-même et l'assumer. C'était prendre ses décisions en son âme et conscience et en subir les conséquences si nécessaire.

- Je vais te dire un truc mon ami, reprit-elle au bout d'un moment, passant au tutoiement. La seule raison pour laquelle je n'ai pas encore chercher à la sortir de cette foutue cage ce sont mes préjugés. Et là, tout de suite, je suis terriblement tentée de les jeter par la fenêtre.

- Emma... c'est la méchante reine, dit-il comme si déjà en soit c'était un argument.

- Tu ne l'as pas vue comme je l'ai vue Lance, murmura-t-elle.

C'est comme s'ils avaient oublié la présence de Régina. Il n'étaient plus que tous les deux. Si Emma voulait s'imposer, elle avait aussi besoin d'alliés. Pas des moutons stupides trop confiant pour réfléchir, non, elle devait le convaincre du bien-fondé de sa décision. Qu'il garde ses doutes et ses méfiances, c'était son boulot après tout, mais qu'il accepte la possibilité qu'elle puisse avoir raison.

- Je ne suis pas totalement inconsciente Lance. Si demain elle me demandait le sang d'une vierge, je tiquerais sûrement, mais tant qu'elle ne le fait pas, j'ai envie de lui donner sa chance.

- J'espère que tu ferais plus que seulement "tiquer", plaisanta-t-il sur un mode plus familier. Mais je vois ce que tu veux dire. Une sorte d'assignation à demeure... Et pour sa magie ?

- Quoi sa magie ?

- Tu ne comptes pas lui y laisser libre accès tout de même.

Emma soupira, vraiment ça allait être du boulot. Mais elle pouvait être patiente...quand ça en valait la peine. Et quand Régina était concernée la question ne se posait même pas.

- Bien sur que si. Sais-tu combien de fois elle m'a parlé de ma mère sa grande Némésis, demanda-t-elle en changeant d'angle d'attaque ?

- Un paquet j'imagine, elle est connue pour être son obsession.

- Pas une fois mon ami. Pas une réflexion quand moi-même je l'évoquais. La seule fois où elle m'en a parlé c'est quand je lui ai demandé l'origine de la haine qui les uni.

- Daniel, souffla-t-il.

- Vous voyez nul besoin d'être méfiant quand le temps vient confirmer la sincérité des gens, il suffit d'être patient. Tu sais que ma mère s'obstine toujours dans sa version d'une haine aveugle et irraisonnée.

- C'était il y a longtemps Emma.

- Mais ne comprends-tu pas Lance tout était il y a longtemps, trahison, vendetta de même que tous les crimes de la "Méchante Reine".

Elle n'avait pas complètement tort remarqua le Commandant à contrecœur. Disons que sa position se défendait si on enlevait l'aspect émotionnel de l'affaire. La plupart des crimes avait un délais de prescription dans la plupart des royaumes et effectivement on pouvait considérer qu'elle avait purger sa peine. Blanche-Neige ne pourrait s'en prendre qu'à elle-même si ladite peine ne lui suffisait plus. De plus Emma avait touché un point névralgique : la justice n'était pas la vengeance.

- Je veux une garde avec elle constamment, marchanda-t-il reconnaissant sa défaite. Elle ne sort pas du château, elle n'utilise que sa magie propre, pas de sort, d'artefact ni rien de trop complexe. Je veux pouvoir lui mettre un mouchard magique pour surveiller ses déplacements. Je veux…

- Stop, le coupa la blonde sèchement. On se détend et on respire. Ok pour le garde sauf quand elle est avec toi ou moi, et elle a le droit à un minimum d'intimité alors il resteront devant ses appartements. Pour la magie figures-toi que je suis de ton avis sauf si elle vient nous consulter. Pour l'instant nous sommes d'accord ?

Elle attendit qu'il acquiesce, même donnée du bout des lèvres, de mauvaise grâce, elle avait confiance en sa parole.

- Bien. Pour le mouchard je n'en ai pas besoin alors il faudra en discuter entre vous. Trouvez un terrain d'entente entre votre besoin d'être rassuré et le respect d'un semblant de vie privée. Vous pouvez compter sur des sorties à cheval également. J'accepterai deux gardes mais à distance raisonnable. Et je n'ai pas mieux à vous offrir mon vieux alors il faudra bien vous en contenter.

Avait-il le choix ? Pas vraiment. Emma devenait une adulte pour de bon cette fois. Elle prenait en compte son avis mais c'était sa décision. Lui, il ne pouvait que décider une fois pour toute si elle méritait ou non son respect en tant que seigneur. Elle avait eu raison plus tôt de le lui reprocher: était-il sa nounou ou son homme-lige ? La réponse était évidente. Elle avait un instinct sûr à la fois pour gouverner mais aussi pour juger les gens se rappela-t-il. Elle était loyale, juste et droite. Elle avait ses défauts mais ils en avaient tous. S'il s'était écouté Lancelot du Lac, Chevalier dans l'âme, aurait mis un genou à terre pour lui jurer allégeance. Il n'en fit rien en sachant à quel point elle en aurait ri. Il se contenta de se tourner vers la brune pour la première fois depuis le début de la discussion.

- Alors ça se passe comment ?

Régina n'avait pas besoin de précisions. D'ailleurs elle ne lui répondit pas vraiment, elle dévisageait Emma comme si elle la voyait pour la première fois. Elles auraient dû en parler avant non? De la façon dont la princesse percevait son emprisonnement. Or jamais elles n'avaient évoqué le sujet. C'était comme ça. Chacune de son côté de la barrière, séparée par un passé qui ne les concernait pas vraiment. Jusqu'à présent, elles avaient agi comme si cela était normal, incontournable. Comme s'il n'y avait rien d'autre d'envisageable. Mais après ce vibrant plaidoyer, après cette bataille qu'elle avait livrée pour elle… que restait-il à dire ?

- Vous avez ma chevalière, dit-elle s'adressant directement à la blonde, et au moins une pointe de magie.

- Pardon ? s'écria Emma qui ne s'attendait vraiment pas à ce dernier point.

- Vous ne le saviez pas ? s'étonna la plus âgée.

- Et comment l'aurais-je su ? Ma mère déteste les magiciens je vous signale, rétorqua-t-elle. On ne se demande pas à qui la faute !

- Naturellement…

- Et vous, comment le savez vous? demanda la blonde curieuse.

- Et bien grâce à la bague ma chère. Les rubis ont un éclat particulier quand le porteur est un mage. Peut-être que je pourrais...

- Dites mesdames, intervint Lancelot à bout de patience, ce n'est pas exactement que j'ai hâte de libérer un psychopathe sanguinaire, surtout pas, mais je vous rappelle qu'on a un autre problème.

Les deux femmes rougirent simultanément, elles s'étaient encore laissées accaparées par leur joute verbale. Mieux que le café pour vous requinquer, plus doux qu'un chocolat chaud saupoudré de cannelle pour vous réconforter. Emma divaguait ? Oui mais elle avait tellement hâte.

- Alors, renchérit-elle, on fait comment ?

- Vous posez la main sur la porte vous empoignez un barreau...et vous tirez vers vous.

- Vous plaisantez, s'étonna Emma, ça ne peut pas être aussi simple.

- Croyez-moi la partie compliquée se situe en amont et ça n'a pas été une partie de plaisir je vous prie de la croire.

Moins de cinq minutes plus tard elles se faisaient réellement face, à quelques centimètres à peine l'une de l'autre. Elles auraient pu se toucher. Et caresses il y avait même si ce n'était que du regard. Elles enregistraient le plus insignifiant détail, la moindre petite imperfection qui ne faisait que mettre en exergue la beauté du reste. Comme cette petite ride là, au coin des yeux de la plus vieille, on aurait pu croire que c'était un défaut...et on se serait lourdement trompé. À qui savait observer, avec le cœur autant qu'avec l'œil, cette ride parlait de tendresse et d'un sens de l'humour insoupçonné. Elle parlait de cette femme qui devait se cacher pour ne pas effrayer le monde qui la voulait plus petite. Elles se mangeaient du regard et ne savait plus que faire. Le paradigme de leur relation avait été bousculé. Il n'y avait plus de barreaux pour assurer la distance. Pour être le garant de leur bonne conduite. Leurs regards imperceptiblement glissèrent vers leurs lèvres respectives. Leurs pupilles se dilataient au maximum voulant capter au mieux de leur capacité la tentation faite chair. Le rouge et le rose pareillement attractif. Elles relevèrent les yeux pour fixer ceux de l'autre, pour chercher un éclat, une reconnaissance, n'importe quoi qui confirmait la réciprocité de leur trouble. Ni l'une ni l'autre n'avait l'habitude d'un telle attraction, au delà de l'envie charnelle. C'était nouveau et elle ne savait pas quoi en faire. Elles hésitaient, oscillaient entre crainte et espoir. Avaient-elles le droit de rêver ?

Quelque chose se passait entre elles. Lancelot ne savait pas quoi et, à bien y réfléchir, ne tenait pas plus que cela à en être le témoin privilégié. Elles semblaient s'entêter à l'oublier mais ils avaient une aura maléfique à débusquer, confronter et abattre. Rien que ça. Sans compter qu'il était tard, qu'il était épuisé et que visiblement il n'était pas encore près de rejoindre son lit. Sauf qu'une fois de plus, Emma le prit de cours.

- Vas te coucher Lancelot, lui dit-elle sans détourner son regard de la brune. Je m'occupe d'elle pour cette nuit, on mettra le reste en place demain. Allez vas, vas.

Emma ne se préoccupait déjà plus de lui. Le chevalier n'existait plus. Il n'y avait que Régina Mills dans tout l'univers et c'était bien assez pour la combler.