Note de l'auteur : Enfin de retour ! Voici la suite que vous attendez tous et toute. Pour le prochain chapitre je ne peux pas vous donner de date, désolée, mais je peux vous dire qu"Extermination" est terminée, l'épilogue est en cours de bêta zieutage. Donc on avance...

NEWS : Je vais être grand-mère en janvier prochain ! Misère... je suis trop jeune et belle pour être grand-mère. J'ai l'âge de JKR, est-ce qu'elle est grand-mère elle ? Nan !

Faut que je m'habitue à l'idée... Evan ou Nina... pourvu que ce soit un 'tit mec, j'aime pas le prénom qu'ils ont choisi pour une fille. (Désolée, si y a des Nina parmi vous.)

Bêta : Forêt Interdite, là où elle passe, les fautes trépassent. Vi, moi, j'ose ! Na !

Bonne lecture à tous :)


Lors de l'annonce de l'arrestation de Ginny Weasley, la table des Gryffondors s'était tue momentanément, alors que celles des autres maisons faisaient part bruyamment de leur surprise. Toutes les têtes des Rouge et Or s'étaient tournées vers Ron et Hermione afin de voir leur réaction et surtout d'en apprendre un peu plus.

- Haaa ! Vous voyez bien que c'était vrai ! annonça fermement Lavande Brown, la ragoteuse en chef de la maison. Après vous direz encore que Parv' et moi on ne dit que des bêtises ! Je le tenais d'Hermione, ça ne pouvait être que vrai…

Parvati Patil, la bouche pleine, hochait délicatement la tête afin de renforcer les dires de sa meilleure amie. Dean Thomas, qui était sorti avec Ginny, l'année précédente, était soufflé par la nouvelle.

- J'y croyais pas ! Par Merlin, quand Lav' nous l'a dit, j'y croyais pas. Enfin, merde, je voyais bien qu'il y avait un problème cette année, depuis la rentrée. Cette façon qu'elle avait de traiter Harry de tous les noms, et elle en voulait à Rogue aussi, on sait même pas pourquoi d'ailleurs. Bon, j'chais bien qu'on lui en veut tous parce que c'est un sale bâtard graisseux, mais ce con n'a jamais été mon principal sujet de conversation.

- Ouais, à moi non plus, rajouta Seamus. Ron, Hermione ? Vous savez quoi au juste ?

- Pas grand-chose de plus que vous, les mecs, avoua Ron à contrecœur après un regard à Hermione qui avait la mine sombre. On savait que ma sœur en voulait à Harry parce qu'il ne voulait pas sortir avec elle, on vous l'a dit dès le premier jour d'école. Il vous l'a confirmé plusieurs fois aussi depuis, à chaque fois qu'elle faisait son cirque. Et puis l'autre jour, le Directeur nous a dit qu'il était à l'infirmerie dans le coma et qu'il avait été empoisonné. On sait que Rogue a eu un mal de chien à faire une potion pour le sauver, et qu'il a dû avoir de l'aide.

- De l'aide, Rogue ? s'étonna Seamus. Ça devait être du sérieux !

- Dans son état, le Professeur Rogue est très fatigué, précisa Hermione. Et puis, il ne peut plus manipuler certains ingrédients, vous vous en doutez. C'est dangereux pour lui et son bébé, les émanations de certaines potions, tout ça… Il n'a pas pu faire l'antidote tout seul à cause de ça.

- Tu m'étonnes, acquiesça Lavande en se resservant du thé. Ça a dû l'achever, si tu veux mon avis ! Du coup le voilà en congé de maternité, comme l'a dit Dumbledore.

- Bon débarras ! ricana Dean avec un large sourire.

- On sait si Harry va se remettre ? s'inquiéta Colin Crivey, d'une petite voix angoissée.

Hermione poussa un soupir triste, tandis que Ron avalait difficilement ce qu'il avait dans la bouche et regardait son assiette comme s'il allait être malade.

- Justement… On ne sait pas. Je veux dire, on n'en est pas sûr. Le Directeur l'a envoyé en convalescence, mais on ne sait pas s'il va s'en remettre.

- Putain, c'était du costaud son poison ! s'horrifia Seamus. Quelle salope ! J'espère qu'elle va pourrir à Azkaban ! Elle est où d'ailleurs ? En taule ou bien chez les Aurors ?

- A Sainte-Mangouste, fit Ron. Les Aurors ont demandé qu'elle soit envoyée dans le secteur psychomagique de l'aile pénitentiaire. Les parents ont accepté.

- Bordel ! Chez les fous criminels ! gronda Dean Thomas. Je suis sorti avec une frappa-dingue ! Au s'cours !

Hermione qui regardait ses condisciples, remarqua le silence de Neville. La tête baissée, le garçon ne mangeait pas et était figé.

- Neville ? tenta-t-elle. Tu vas bien ?

Le jeune homme leva la tête, dévoilant un visage pâle ou coulaient deux rigoles de larmes.

-T'en fait pas, Neville, le consola Hermione en lui prenant la main par-dessus la table. Dumbledore fait tout pour sauver Harry.

Neville hocha la tête sans un mot et reprit sa fourchette pour tenter de manger son omelette. Les larmes de Neville perturbèrent les deux frères Crivey qui se mirent également à sangloter à fendre l'âme. Ron soupira et repoussa son assiette à laquelle il n'avait pratiquement pas touché. Pour l'heure, il avait l'appétit complètement coupé. Hermione le regarda d'un air compatissant et posa sa main sur l'avant-bras du rouquin en guise de soutien. Puis elle détourna la tête et regarda vers la table professorale où la place du maître des potions était dramatiquement vide. Les enseignants se consultaient à voix basse et affichaient des mines sinistres. Seule Sybille Trelawney mangeait avec sa maladresse coutumière, les yeux dans le vague derrière ses immondes hublots en cul de bouteille. Visiblement, son troisième œil était en grève car elle ne semblait pas avoir compris le drame qui se jouait…


- Bien… Miss Weasley, reprit le Psychomage Sigmund Pavlov qui feuilletait toujours le dossier médicomagique de la rouquine lui faisant face. Le rapport que j'ai sous les yeux, indique que vous avez lancé un maléfice de bannissement sur un de vos condisciples sortant de l'infirmerie de Poudlard ainsi que sur votre professeur de Potions. En plus, l'élève est Harry Potter, le sauveur du Monde Magique et le professeur un homme enceint –chose exceptionnelle dans notre monde-, j'aimerais comprendre vos motivations… Surtout que ce n'était pas votre première tentative, vous avez tenté de séduire Harry Potter en le droguant avec une potion de luxure à laquelle il s'est révélé malencontreusement allergique, ce qui aurait pu avoir de très fâcheuses conséquences.

- Harry est à moi ! gronda Ginny, les mains crispées sur les accoudoirs de son fauteuil et les yeux lançant des éclairs.

Imperturbable, le Guérisseur poursuivit.

- Mais le rapport de l'Auror Shacklebolt indique que Monsieur Potter est gay et que vous le savez. Pourquoi vouloir absolument séduire ce jeune homme ?

- Rogue n'avait aucun droit de me le prendre ! J'attends depuis des années qu'Harry se déclare, il m'a sauvée en première année, il m'aime, je le sais ! C'est sûr ! C'est obligé !

- Je vois… Vous aurait-il laissé entendre que tel était le cas, Miss Weasley ?

- Rogue a dû lui donner une de ses satanées potions ! Ce sale bâtard ! Harry ne peut pas vouloir être avec ce type naturellement ! Personne ne peut vouloir être avec ça !

Ginny regardait le Psychomage avec assurance, certaine d'avoir raison. Quelle personne saine d'esprit pourrait tomber amoureuse de Severus Rogue ? Enfin franchement, il y avait des limites à ce qu'on pouvait vouloir faire avaler à une honnête sorcière. Sigmund Pavlov leva un sourcil en entendant les déclarations de la Gryffondor.

- Vous n'avez pas répondu à ma question. Monsieur Potter vous a-t-il laissé entendre qu'il s'intéressait à vous ? Je lis que vous êtes la sœur de son meilleur ami, donc je me doute que vous devez le côtoyer très régulièrement.

- Heuuu… non, il m'a pas dit ça. Mais c'est parce qu'il est timide ! Et puis, il passe une partie des vacances chez nous, s'il m'aimait pas il viendrait pas !

- Il vient peut-être juste rendre visite à votre frère ?

- Il voit Ron tous les jours ! s'énerva Ginny. Et… et puis il a toujours été gentil avec moi. On s'est embrassé déjà même, alors hein !

Le ton puéril de Ginny fit sourire le Psychomage.

- Parlez-moi de ce baiser. C'est lui qui vous a embrassé ?

- Non, c'est moi, murmura Ginny soudain mal à l'aise. Mais je vois pas ce que ça change dans l'affaire. Harry est destiné à être avec moi, j'ai prévu de me marier avec lui depuis que j'ai dix ans. Maman trouvait que c'était une idée super, elle voulait Harry dans la famille.

- Donc si je comprends bien, lorsque vous aviez dix ans, vous avez jeté votre dévolu sur un jeune homme qui n'en avait que onze, et vous avez décidé que vous l'épouseriez quoi qu'il arrive. Il serait temps que vous redescendiez sur terre, Miss Weasley…

- JE SUIS PARFAITEMENT LUCIDE !

- Vous avez embrassé Harry Potter… et comment a-t-il réagi ? poursuivit Pavlov sans paraître prendre garde à la bouffée de colère de Ginny.

Ginny s'agita sur son siège et son regard se fit fuyant. Elle pinça les lèvres tout en fixant le gros classeur métallique qui se trouvait dans un coin de la pièce.

- Il m'a prise par les bras et m'a poussée. C'était pendant la fête après le match de Quidditch, y avait trop de monde, ça l'a gêné. La fois d'après, il était bien plus empressé, si j'étais pas partie…

- Racontez-moi cette seconde fois… N'était-ce pas le jour où vous avez drogué Monsieur Potter avec une potion de luxure que vous avez achetée dans une boutique du Chemin de Traverse ? Les Farces pour Sorciers Facétieux, si je ne m'abuse… en empruntant l'identité d'une de vos camarades ? Soyez assurée que son empressement n'était pas naturel et ne reflétait pas un revirement soudain dans ses sentiments pour vous. Timide ou pas, une fois libéré de l'emprise de la potion, il ne vous aurait pas plus aimée ni désirée qu'auparavant.

- M'en fous… j'aurais trouvé un moyen. N'empêche que ça a marché, Rogue nous a vus et il a viré Harry. S'il n'avait pas été allergique, je n'aurais eu qu'à le cueillir et le consoler. Il aurait vu qu'on était vraiment fait l'un pour l'autre.

- C'est donc ce que vous aviez prévu de faire avec cette potion ? Vous vouliez séparer Monsieur Potter de son compagnon ? Même si celui-ci attend en ce moment leur enfant… et que le Professeur Rogue et Harry Potter partagent leur magie et que cela pouvait les tuer tous les trois ? Harry, le Professeur et l'enfant…

- Je me fiche que ce sale fumier de Rogue crève ! Tout comme son bâtard ! Si je peux pas avoir Harry, ALORS PERSONNE NE L'AURA !

Ginny regardait à présent le Guérisseur avec des yeux de folle et affichait une mine triomphante. L'homme passa une main potelée sur son menton couvert de barbe grisonnante et remonta ses lunettes sur son nez.

- Nous avançons… c'est bien. Dites-moi, Miss Weasley, poursuivit-il imperturbable, je suis surpris. Vous êtes une jeune sorcière intelligente, je crois…

Ginny se rengorgea sous le compliment et osa un sourire radieux.

- Vous avez drogué Monsieur Potter avec un rouge à lèvres contenant une potion de luxure et vous n'avez pas cherché à en profiter. Permettez-moi de m'étonner, pourquoi ne pas avoir plutôt choisi un simple philtre d'amour ? Une potion de luxure, n'était-ce pas un peu radical pour l'usage que vous souhaitiez en faire ?

-J'avais prévu de rester avec lui toute la nuit, mais je l'ai pas fait…

-Et pourquoi donc ? C'était l'occasion rêvée, non ?

- C'est vrai. J'avais pensé à ça. Me débarrasser de ce sale serpent graisseux des cachots et de son moutard et ensuite coucher avec Harry. Si j'étais tombée enceinte, il n'aurait pas eu d'autre choix que de m'épouser.

- Classique, mais efficace… Je présume que vos parents vous y auraient poussés tous les deux, et connaissant le noble caractère des Gryffondors, Monsieur Potter ne se serait pas soustrait à ses obligations. Alors pourquoi ne pas l'avoir fait ? J'avoue que je suis étonné…

- Je me suis dégonflée, avoua Ginny avec une grimace. Je ne me voyais pas avec un gros ventre, marcher en canard, comme l'autre crétin. Je ne veux pas être une poule pondeuse comme ma mère ! J'ai d'autres ambitions !

- Ah oui ? C'est très bien d'avoir des ambitions, dites-moi tout…

- Je veux être riche, célèbre et admirée ! En épousant Harry, j'aurais eu tout cela !

- C'est vrai… Mais tout ne s'est pas déroulé comme prévu, n'est-ce pas ? Harry Potter et Severus Rogue ne se sont pas séparés. Dès la guérison de Monsieur Potter, il a été très clair qu'ils n'envisageaient pas de rompre et qu'ils s'aimaient toujours.

- Rogue n'aime pas Harry, grimaça Ginny, il profite de lui c'est tout ! Ce sale type n'aime personne, il est incapable d'aimer. C'est rien qu'un sale Mangemort ! En étant avec Harry il échappe à Azkaban ! Il aurait dû crever comme les autres et Vous-Savez-Qui !

- Vous pensez qu'Harry Potter aime Severus Rogue ou pas ?

- Il est aveuglé ! L'autre lui a sûrement monté la tête avec de la Magie Noire, des trucs comme ça !

- Mmm… En attendant, c'est vous qui avez utilisé de la Magie Noire, Miss Weasley. Comment avez-vous appris quand et où trouver Messieurs Potter et Rogue, pour leur lancer ce maléfice ? Par Merlin, un sortilège de bannissement réussi sur deux personnes à votre âge, vous êtes une redoutable jeune sorcière. Racontez-moi ça…

Flattée, Ginny regarda ses ongles d'un air faussement modeste.

- J'ai espionné mon frère et sa copine et je les ai entendus en parler. Donc j'ai emprunté la cape d'invisibilité d'Harry dans la malle de Ron et je suis allée les attendre à la sortie de l'infirmerie. Personne n'a rien vu, ça a été très facile. J'ai jeté le sort et je suis partie. Je ne voulais viser que Rogue mais je suppose que j'ai un peu fait dévier ma baguette parce qu'ils ont disparu tous les deux. POUF ! Comme ça !

Ginny fit claquer négligemment ses doigts en l'air sans avoir l'air de ressentir le moindre remord.

- Ça ne vous dérange pas d'avoir expédié l'objet de votre amour quarante années dans le passé par accident ?

- Je vous l'ai dit, répondit la rouquine en haussant les épaules, si je ne peux pas avoir Harry, alors personne ne l'aura.

- J'avais bien noté ce fait. Mais vous savez que le Magenmagot considère les maléfices de bannissement comme une tentative de meurtre et que par le fait, ils sont interdits ? Vous risquez de vous retrouver à Azkaban.

- Mais non… mon père travaille au Ministère, il fait partie de l'Ordre du Phénix, j'ai été une victime de Vous-Savez-Qui, on ne me fera rien du tout.

- Vous en êtes sûre ? fit le Psychomage, surpris de l'assurance et des allégations de Ginny.

- Tout à fait ! Dites… on va parler de moi dans la Gazette du Sorcier ? Et dans Sorcière Hebdo ? Faudrait que je me maquille pour les photos… Chuis bien coiffée ?


Au Terrier, c'était le branle-bas de combat. Avertis par leur mère à demi-hystérique, les jumeaux inquiets n'avaient eu d'autre choix que de laisser leur boutique du Chemin de Traverse aux bons soins de leurs trois employés et s'étaient rués dans le réseau de cheminette. À présent, installés tous les deux avec Molly devant une tasse de thé à la table de la cuisine, ils écoutaient Arthur converser par cheminette avec Percy qui se trouvait à son travail au Ministère de la Magie.

- J'arrive ! Je demande quelques jours de congés à Kingsley pour raisons familiales et je vous rejoins. Il n'est pas question que l'honneur de la famille souffre des élucubrations d'une petite peste ! s'exclama le rouquin à lunettes d'une voix pompeuse.

- Bien, répondit Arthur. Mais il faut que tu transplanes alors, parce que je dois encore appeler Bill à Gringotts ainsi que Tante Muriel et Tante Tessy. J'ai déjà envoyé un hibou urgent à Charlie depuis la poste de Pré-au-Lard.

Molly, Fred et George entendirent le bruit de la communication qui se coupait, ainsi que le soufflement d'Arthur qui se relevait en pestant qu'il avait les genoux endoloris. Le bruit de ses pas sur le vieux plancher ciré leur indiqua qu'il se dirigeait vers la cuisine pour rejoindre sa famille. Les regards se tournèrent vers lui lorsqu'il franchit le seuil de la porte. D'un air las, il écarta une chaise de la table et s'y laissa choir en fermant les yeux.

- J'ai cru que Percy allait faire une crise d'apoplexie en apprenant la nouvelle. Jamais il n'aurait pensé que Ginny… tout comme nous d'ailleurs… c'est une épreuve terrible pour notre famille.

George reposa sur la table la tasse de thé qu'il tenait entre ses deux mains et le claquement sec fit lever vers lui les yeux de son père.

- Notre famille a survécu sans trop de dommage à deux guerres, si on excepte les morts de grand-père Prewett et des oncles Gideon et Fabian. Voldemort est enfin vaincu, nous avons tout l'avenir devant nous et Ginny fait n'importe quoi !

- Je sais bien, George, acquiesça Arthur Weasley. Je sais bien… Elle est coupable, sans nul doute, elle a avoué sous Veritaserum et nous devons affronter cette réalité. Ginny est devenue une criminelle et j'ignore ce qui a tout déclenché chez elle. Quelque part, votre mère et moi avons dû rater quelque chose…

À ces mots, Molly enfouit son visage entre les pans de son tablier publicitaire et ses épaules se secouèrent silencieusement.

- Vous n'avez rien fait de plus que pour nous autres, dit alors Fred. Elle a juste été un peu plus gâtée parce qu'elle était la seule fille et la petite dernière, c'est tout. Dans les autres familles, les petits derniers ne deviennent pas forcément des tueurs au sang-froid et sans remord.

- Nan, juste des Mangemorts, poursuivit George. Mais ce mal là, il atteignait aussi les parents et les aînés, donc pas de rapport. C'est juste elle qui a une case en moins, c'est tout !

La voix tremblotante de Molly se fit entendre et les trois hommes se tournèrent pour dévisager sa mine pâle et ses yeux rouges.

- Percy vient alors ? Et Bill ?

- Je vais de ce pas prévenir Bill et les Tantes. Dès que Charlie aura reçu son hibou et se sera manifesté, nous organiserons un conseil de famille et nous déciderons de l'attitude à adopter et de la punition de Ginny. Pour l'instant elle est à Sainte-Mangouste, dans le secteur psychomagique de l'aile pénitentiaire. Il faut attendre le rapport d'expertise du Guérisseur en Chef Pavlov. Fol Œil m'a dit que c'était lui qui allait traiter son cas. Il ne l'avait pas encore rencontré quand il me l'a dit. Il n'avait vu que le Guérisseur Prozac.

- Il va se passer quoi, tu penses ? s'inquiéta George.

- Si elle est déclaré mentalement dérangée, elle restera à Sainte-Mangouste là où elle est actuellement, pour un temps incertain… je suppose d'ici que les psychomages décident qu'elle n'est plus un danger pour le Monde Magique. Si elle est saine d'esprit et juste… mauvaise… elle sera jugée par le Magenmagot et ira à Azkaban.

- Alors elle y restera à vie, ajouta Fred sombrement. Parce que je vous parie que pas un membre du Magenmagot ne laissera passer le bannissement des deux vainqueurs de Voldemort.

Les sanglots de Molly redoublèrent à la mention discrète d'Harry et de Severus. La porte d'entrée de la maison tarabiscotée grinça et Arthur se leva sans un mot pour aller accueillir le visiteur qu'il se doutait être Percy.


Harry s'étira comme un chat, bien caché sous les draps et les couvertures qui garnissaient le lit qu'il occupait avec Severus, dans la Salle sur Demande. Le poids du couvre-lit en duvets était tel que les deux dormeurs n'avaient pas bougé de la nuit. Le jeune Sauveur du Monde Magique se sentait frais et dispos pour la première fois depuis longtemps. Un petit Tempus lancé de la main juste sous son nez, lui révéla qu'il était déjà dix heures passées. Près d'Harry, Severus dormait toujours, son souffle chaud et régulier venant caresser l'épaule nue du Gryffondor qui se mit à sourire dans la pénombre magiquement entretenue. Par la barbe de l'enchanteur, ils étaient peut-être coincés dans le passé pour de bon, mais ils étaient ensemble et c'était pour Harry, le plus important. Il souleva le bras qui l'enlaçait et se retourna doucement. Il reposa le membre qu'il tenait et d'une main délicate, dégagea les mèches de cheveux noirs qui masquaient le visage pâle de son aimé.

- Tu as assez dormi ? fit une voix basse et sensuelle.

- SEV' ! Tu m'as fichu une de ces trouilles ! sursauta Harry, surpris. Je croyais que tu dormais et je ne voulais pas te réveiller.

- Comment veux-tu que je dorme quand tu remues comme une anguille dans ce lit ? Dois-je te rappeler que nous ne portons pas de pyjamas ?

- Naaaaan… s'amusa l'Élu. Mais je vois pas le rapport…

- Ah, tu ne vois pas ?

- Vraiment pas. Explique-toi…

Harry se mordait la lèvre pour ne pas rire, tout en se tortillant volontairement contre son compagnon. Celui-ci ne s'en laissa pourtant pas compter et après avoir déposé un baiser sur le bout du nez d'Harry qui tentait de dissimuler son fou rire, il glissa sa main le long des abdominaux du Gryffondor et emprisonna son érection entre ses doigts.

- Ceci suffira-t-il comme explication, Monsieur Potter ? Pas de tissu entre nous, c'est beaucoup de tentations et plus de facilités et par conséquent moins de sommeil.

- Brillante déduction, Professeur Rogue. Mais maintenant que vous avez kidnappé entre vos mains agiles de potionniste, ce petit morceau de moi, que comptez-vous en faire ?

- Je crois que je vais demander une rançon… ricana la terreur des cachots, d'humeur badine, tout en faisant glisser sa main le long de la hampe de chair érigée. Oui… une rançon en liquide…

- Mmmm… l'otage rend les armes…

- Tss, tss… syndrome de Stockholm, Monsieur Potter ? Je m'attendais à une rébellion…

- Ouais… t'as raison, je me rebelle et je te rends la pareille, ça ira ?

Severus ne répondit pas, il se jeta sur la bouche de son compagnon de lit dont les deux mains venaient d'atteindre leur cible, juste sous la courbure du ventre rond.


Le rapport du Psychomage Sigmund Pavlov venait de finir d'être rédigé par une plume à papote médicomagique et le parchemin se pliait à présent tout seul pour être rangé dans le dossier de Ginny Weasley. Le Médicomage, d'un coup de baguette, en fit un duplicata et y apposa le sceau de cire de Saint-Mangouste. Puis il rangea sa baguette dans sa manche, prit le rapport et sortit de son bureau pour faire sa petite visite du début d'après-midi : Celle qui lui permettait de digérer les trop nombreux plats qu'il ingurgitait tous les jours à la cantine, avec ses collègues de la médicomagie générale et des urgences, les pires goinfres du Monde Magique à son humble avis. Pavlov s'approcha du bureau de l'Auror Tilling qui un sandwich au poulet d'une main et une bièraubeurre de l'autre était plongée avec délices dans les derniers ragots de Sorcière-Hebdo :

Lucius Malefoy était-il un vrai blond ? Toutes les révélations de son coiffeur !

L'Auror Tilling, gloussait devant l'article, elle était bien placée pour avoir un avis, elle avait fait partie de l'équipe qui s'était chargée du corps et l'avait déposé à la Morgue, où elle avait assisté à son déshabillage par les sorciers funèbres et le Légistomage. Oui, elle pouvait l'affirmer, Lucius Malefoy était bien un vrai blond et ce coiffeur disait n'importe quoi ! Elle entendit toussoter et leva le nez, la bouche pleine. Elle s'empressa d'avaler sa bouchée et s'excusa.

- Désolée, Guérisseur Pavlov, je ne vous avais pas entendu. Je peux faire quelque chose pour vous ?

- Continuez votre repas, Auror Tilling, j'ai juste un rapport pour l'Auror en Chef Shacklebolt, c'est au sujet de Ginny Weasley, je sais qu'il l'attend.

- Oh ! Oui ! Je m'en occupe tout de suite, je le lui envoie par hibou express !

- Je file à mes visites.

Le Psychomage déposa le parchemin sur le bureau et tourna les talons pour aller s'enquérir de ses patients, dans le bureau de l'infirmière en chef de l'aile pénitentiaire, la terrible et redoutée Elfrida Munch. La sorcière se trouvait pour l'heure, dans la cellule de Ginny Weasley et menaçait celle-ci d'un sortilège de gavage si elle ne consentait pas à manger le contenu de son plateau sans faire d'histoire. Les éclats de voix tirèrent le Psychomage de sa rêverie postprandiale et tranquillement il poursuivit son chemin vers la cellule numéro 17. D'un geste de baguette, il leva juste assez les barrières magiques pour entrer et les replaça aussitôt.

- Miss Weasley… avez-vous bien déjeuné ? s'inquiéta sournoisement le Guérisseur, avisant le plateau intact de la rouquine qui boudait.

- Elle refuse de manger, Guérisseur, révéla Madame Munch qui commençait à perdre patience devant les caprices de Ginny.

- Vous devriez manger, Miss Weasley ! Ce menu a été composé spécialement pour vous par notre Nutritiomage. Vous ne voudriez pas avoir le teint terne, le cheveu triste et des boutons sur les photos quand même ? Il faut contrer les effets désastreux des potions sur les jeunes beautés.

Ginny leva un sourcil inquisiteur vers le Psychomage, avec l'air de quelqu'un à qui on ne la faisait pas du tout.

- Ne faites pas cette mine surprise, je vous dis la vérité. Demandez donc à Madame Munch !

- Le Guérisseur vous dit vrai, Miss Weasley, acquiesça hypocritement l'infirmière qui ne savait même pas de quoi parlait le Psychomage.

- Une fois que vous aurez terminé votre repas, je vous recommande une petite sieste. Rien de tel pour le teint ! En soirée, vous pourrez peut-être recevoir des visites. Vous devez être préparée.

- On parle de moi ?

- Ne vous inquiétez pas, on va parler de vous. Je peux vous assurer qu'on va beaucoup parler de vous dans les jours qui vont suivre, soupira le Guérisseur Pavlov.

- Aaaaaahhhhh ! fit Ginny de ravissement, en se saisissant de sa fourchette.


C'était presque dans une maison en deuil que Charlie Weasley avait mis les pieds par le réseau de cheminette ce soir-là. Il avait pris connaissance du hibou express, il y avait à peine vingt minutes et le temps de se faire remplacer pour la garde du soir, et il était là, présent pour le conseil de famille dont le thème lui avait quelque peu échappé. Il s'agissait de Ginny, semblait-il, mais il ne savait pour le moment rien de plus.

Dans la cuisine du Terrier, tout le monde était réuni, on entendait que le tic-tac de l'horloge magique et le bruit hideusement désagréable que faisait la Tante Tessy en sirotant sa 6 ou 7ème tasse de thé. Au bout de la table, le chef de famille, Arthur, avait pris place, encadré par Molly et Bill. Fleur se trouvait près de Bill et griffonnait des petits cœurs sur un morceau de parchemin avec une vieille mine de plomb. Une place libre avait été laissée pour Charlie entre Fleur et les jumeaux, tandis qu'en face, la Tante Muriel toisait tout le monde d'un air revêche, appuyée sur sa canne à pommeau d'ivoire. Juste à côté d'elle, la vieille Tessy Weasley, avait décidé qu'elle ne quitterait pas les lieux avant d'avoir vidé la réserve de thé d'Arthur et Molly. Charlie salua tout le monde d'un geste de la main et alla s'asseoir près de Fred.

- Bien, tout le monde est là, commença Arthur, nous allons commencer.

- Nan, fit George, il manque Percy !

- Il arrive, il est juste aux toilettes, révéla Molly, le nez toujours dans son mouchoir.

- EH ! PERCE ! T'ES TOMBÉ DANS L'TROU ? hurla George à l'adresse de son frère.

On entendit grommeler, puis un bruit de chasse d'eau, et une porte s'ouvrit un peu plus loin dans la maison.

- George ! pesta Arthur, ça suffit ! Je disais tout le monde est là, sauf Ron qui est à Poudlard et Ginny à Sainte-Mangouste. C'est pour elle que nous sommes réunis ce soir. Assis-toi près de la grand-tante Tessy, Percy.

- Oui ! trancha Muriel, de quoi s'agit-il ? Un conseil de famille, ce n'est pas rien ! Qui se marie ?

- Ce n'est pas d'un mariage dont il s'agit, Tante Muriel, soupira Arthur. Ça serait bien plus simple si tel était le cas, croyez-moi ! Mais nous avons pour l'instant marié Bill qui était le seul à être fiancé. Non, ce soir, il s'agit de Ginny et de ses crimes.

- Crimes ? s'amusa Charlie qui se servait une tasse de thé. Qu'est-ce qu'elle a bien pu faire ? Mangé toutes les chocogrenouilles de Ron ?

- Ta gueule, Charlie ! assena George, d'un ton sévère qui surprit son frère ainé et ses deux vieilles tantes. Laisse parler Papa.

- Tu dois bien te douter que nous n'avons pas réuni toute la famille pour une simple histoire de chocogrenouilles, Charlie.

- Excuse, P'pa.

- Cet été, lorsque nous étions tous au Quartier Général de l'Ordre du Phénix, nous nous sommes rendu compte, Molly et moi, ainsi qu'Albus, Minerva et les autres que Ginny semblait très contrariée des sentiments qu'Harry Potter et Severus Rogue avaient l'un pour l'autre.

Devant la mine éberluée de Charlie, Arthur crut bon de préciser :

- Harry et Severus sont tombés amoureux l'un de l'autre, pendant… je dirais… une mission qu'ils effectuaient pour l'Ordre.

Un coup d'œil vers les deux vieilles tantes indiqua à Arthur qu'elles ne perdaient pas une miette de ce qu'il disait. Bien évidemment, dès qu'on parlait d'histoires de cœur ou de ragots, elles avaient soudain les oreilles de leurs vingt ans.

- Ginny a très mal pris la chose et s'est permis d'insulter Harry Potter et le Professeur Rogue, ce qui nous a tous valu, je dirais… l'expulsion de la maison, qui appartient à Harry. Nous pensions que le temps calmerait les choses, ainsi que le retour à Poudlard de Ron et Ginny. Mais comme vous vous en doutez, Harry Potter est retourné à l'école lui aussi, et bien entendu le Professeur Rogue. Harry et Severus se sont installés très discrètement dans les cachots et ont continué leur petite vie tranquille. Les problèmes ont commencé lorsque l'annonce de la grossesse de Severus a été officiellement faite par Albus.

- Par Merlin ! Il est enceint ? s'exclama Muriel, éberlué. Et de Potter ? M'étonne pas… ce gamin là est bien trop puissant, ça leur pendait au nez !

Tessy regardait Arthur bouche bée, sa tasse de thé vide à la main. Elle ne vit pas George la remplir d'un liquide ambré tiré d'une flasque et qui n'avait rien à voir avec du thé. Fred fronça les sourcils alors que Tessy s'inquiétait de savoir quand le bébé allait naitre. Il prit la théière et se dépêcha de verser un peu de thé fumant sur le vieil Ogden que son frère avait sournoisement mis dans la tasse.

- Oh, merci mon petit Ronald.

- Fred, Tante Tessy.

- P'pa, demanda Charlie. J'ai reçu cet été un hibou de Ginny me demandant de venir pour une mission avec Harry Potter, malheureusement, le hibou avait été retardé, et la date butoir de ladite mission était dépassée.

- C'était la mission prévue pour Harry et Severus. Albus avait proposé Severus comme partenaire à Harry qui avait accepté. Tout était prévu, organisé et tout. Ginny n'aurait jamais dû se permettre de t'envoyer ce hibou. Elle voulait simplement mettre des bâtons dans les roues d'Harry et Severus. Ceci étant établi, je poursuis. Depuis la rentrée, Ginny s'est montrée très désagréable à Poudlard. Je ne compte plus les hiboux de Minerva, nous faisant part de son insolence, de ses menaces à l'encontre du Professeur Rogue et d'Harry Potter ainsi que les médisances sur leur compte. Récemment, elle s'est fait passer pour une de ses camarades de Gryffondor et a commandé par hibou à la boutique des jumeaux, un tube de rouge à lèvres de potion de luxure.

Arthur fit signe aux jumeaux de prendre la suite.

- Nous avons reçu rapidement un appel par cheminette du Professeur Dumbledore, annonça George. Il nous expliquait que quelqu'un s'était servi du produit sur Harry et qu'il y était malheureusement allergique et plongé dans le coma à l'infirmerie.

- Ron et Hermione ont tenté de comprendre ce qui avait pu se passer, car selon le récit du Professeur Rogue, il avait vu la veille au soir, Ginny se jeter sur Harry pour l'embrasser, poursuivit Fred.

- Monsieur Potter n'est-il pas homosexuel ? interrompit Muriel, un sourcil levé. En couple et avec un enfant à venir en plus ! J'aimerais bien comprendre ce qu'elle espérait faire là ! Continue, mon garçon.

- L'enquête a révélé qu'elle avait tout organisé pour faire rompre Harry et Severus. Elle savait en plus qu'ils partagent leur magie et qu'être séparés pouvait les tuer tous les trois, eux et leur bébé.

- Merci Fred, fit Arthur qui finissait sa tasse de thé. Les jumeaux ont fourni l'antidote au composant de la potion auquel Harry était allergique. Le lendemain de son réveil, Harry est sorti de l'infirmerie avec Severus. Ils ne sont jamais arrivés jusque dans leurs quartiers. Un maléfice de bannissement leur a été lancé depuis le couloir de l'infirmerie. Ils ont été expédiés quarante années dans le passé.

- Attends P'pa, coupa Charlie, mais c'est de la Magie Noire, ça, nan ?

- Exact. Et Albus aidé par Remus, a découvert que Ginny était celle qui avait lancé ce maléfice.

- QUOI ?

Les yeux de Charlie étaient écarquillés. Il s'était soulevé de sa chaise et se laissa retomber comme privé de ses forces.

- Il n'y a pas de doute ? fit une voix glaciale.

- Malheureusement, aucun, Tante Muriel. Molly et moi avons eu toutes les preuves sous les yeux.

- Quarante années dans le passé… Un bannissement équivaut à la mort pour le Magenmagot. Enfin, ça l'était de mon temps.

- C'est toujours le cas, Tante Muriel, confirma la voix pompeuse de Percy.

- Donc, cette petite sotte a expédié les deux sauveurs du monde magique dont l'un est enceint et presque à terme si je ne m'abuse, dans le passé, comme ça, sans or, sans bagages, tout juste avec leurs baguettes.

- C'est… terri… terribleuuuuu ! se mit à gémir la Tante Tessy dont la tasse était curieusement vide.

Fred et George échangèrent un regard complice.

- Une petite tasse de thé, Tante Tessy ? Ça te fera le plus grand bien.

Alors que les jumeaux resservaient la grand-tante à l'aide de leur flasque et de très peu de thé, l'essentiel du débat était mené par Arthur et Muriel.

- Je suppose qu'on ne peut toujours pas récupérer les bannis, rien n'a été inventé récemment pour ça ?

- Non, Tante Muriel, à Gringotts nous sommes au courant de tout ce qui sort en matière de création de sortilèges et je suis formel, il n'y a rien, répondit Bill.

- A-t-elle été interrogée par les Aurors ?

- Oui, soupira Arthur. Nous avons été convoqués en urgence Molly et moi, hier à Poudlard et nous avons assisté à l'interrogatoire mené par Alastor Maugrey, sous Veritaserum. Ginny a avoué avoir tout prémédité, organisé et exécuté et sans aucun remord. Elle a été expédiée à Sainte-Mangouste.

- C'était là où Azkaban, gémit Molly éplorée.

Muriel toisa sa nièce d'un œil critique.

- Oui, et bien elle est encore trop choyée où elle est, croyez-moi ! Elle devrait être à Azkaban si elle a bien fait tout ce dont il est question ! A-t-elle exprimé des remords ou des regrets ?

- Aucun, avoua Arthur d'une voix blanche, tandis que les sanglots de Molly redoublaient. Elle est même prête à recommencer.

- Je vois. Que va-t-il advenir d'elle, selon ce cher Alastor ? poursuivit Muriel, la mine sévère.

- Si Harry et Severus ne reviennent pas, le Magenmagot considérera leur bannissement comme un meurtre et ce sera Azkaban à vie. S'ils reviennent… Sainte-Mangouste très certainement, ensuite… à nous de voir.

- Mes très chers enfants, je crois qu'il est plus que temps de prendre en main cette petite demoiselle qui sème la désolation où elle passe et le déshonneur dans notre famille. Je pense que tu es d'accord avec moi, Tessy ?

- Vvvvoui… *hips* Farpaitement… *hips* Très bon ce thé… Molly…. *hips*

- LES JUMEAUX !

- On n'a rien fait, M'man, j'te jure, firent-ils en chœur d'un air innocent.

- Molly, Arthur, au cas où cette affaire s'arrangerait malgré tout, bien que je pense que ce soit très mal parti, ceci dit… Ginny viendra vivre avec moi au Manoir Prewett et elle paiera pour ses folies, croyez-moi ! Mes Elfes se font vieux, ils auront besoin d'aide et notre petite criminelle apprendra à vivre sans baguette et sans magie ! Au cas où nos malheureux bannis seraient perdus à jamais, je propose que Ginny soit reniée. Elle porte le nom de Weasley, ce qui signifie que toi Arthur et toi Tessy, vous devrez prendre cette décision. Quant à moi, je te dis, Molly, elle n'héritera pas d'une seule noise du côté Prewett ! Sers-nous donc une tasse de ce thé, il a l'air bien fameux, Tessy se noie dedans depuis qu'elle est sortie de la cheminette !


Au Quartier Général des Aurors, la journée s'était étirée lentement, aussi triste qu'un jour sans bièraubeurre. Tonks et Kingsley avaient rempli de la paperasse tandis qu'Alastor « Fol Œil » donnait quelques cours aux bleus de l'école des Aurors. Scrimgeour avait jugé utile d'occuper ainsi le vieil Auror, qui malgré sa retraite, passait tout son temps au Département de la Justice Magique, comme s'il ne l'avait jamais quitté. Le Ministre voyait là son intérêt car le vieil homme fournissait le travail d'un Auror sans même être payé. Autant profiter de sa bêtise et en plus le vieux fou était ravi de l'aubaine.

Lorsque le hibou venant de Sainte-Mangouste était arrivé à la volière du Ministère et que le rapport du Psychomage, transformé en Boeing 747 de parchemin, avait voleté jusqu'au Quartier Général des Aurors, Kingsley s'était brusquement réveillé de sa léthargie et avait déplié avec avidité le précieux message. Tonks penchée sur son épaule, il en avait pris connaissance les sourcils froncés et la bouche pincée. À la fin de la lecture, Tonks s'était rassise et les deux Aurors avaient échangé un regard plein de sous entendus.

- Ça ne va pas être facile à avaler pour Arthur et Molly, avoua Kingsley, un peu gêné.

- Moi, je suis bien contente qu'elle ne soit plus sous le nez de Remus ! pesta Tonks. Je n'ai aucune envie qu'il se retrouve à Azkaban parce qu'elle lui aura trop cherché des puces. Elle n'arrête pas de le provoquer et de le narguer, tout comme elle le faisait à Severus Rogue aussi, m'a dit Remus. La voir hors de l'école est une bonne chose et j'espère qu'elle n'y remettra pas les pieds. Les autres élèves n'ont pas besoin des menaces d'une cinglée.

- Fallait se douter qu'elle n'était pas claire. Attends… comment il a dit le Guérisseur Pavlov ? « Totalement dénuée de morale et de scrupules, aucun remord, est dangereuse pour les autres sorciers, doit impérativement être gardée en service psychomagique pour un temps encore non défini. »

- Et ça, là haut, tu as vu ? s'exclama Tonks. « Ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. Recherche la gloire et la célébrité par tous les moyens. » Et ça… « Ginny Weasley vit dans ses rêves et ne veut pas admettre la réalité. Seuls ses désirs sont importants, qu'ils soient ou non réalistes. Tenter de la convaincre du contraire, risque de provoquer des crises majeures et des passages à l'acte pour éliminer la menace pesant sur la vision utopique qu'elle a de la réalité. »

- En bref, elle est complètement givrée.

- Mais c'est pire que ça, King… elle est dangereuse ! On fait quoi ? Qui le dit à Arthur et Molly ? On attend Fol Œil ?

Le regard en coin du grand noir croisa celui de la jeune métamorphomage dont les cheveux violets venaient de se changer en gris souris sinistre. Il pesa le pour et le contre un instant. Bon, Fol Œil avait l'avantage de l'âge, de l'expérience quant à donner des mauvaises nouvelles, surtout à des amis… Kingsley soupira en tirant sa montre à gousset en or du gilet qu'il portait sous sa robe d'Auror. Il se faisait tard, il avait envie de rentrer chez lui retrouver sa famille, Tonks, elle, ne rêvait que de prendre la première cheminette de l'atrium pour filer à Poudlard retrouver son loup-garou favori. Le choix fut vite fait. L'Auror joua un instant avec une de ses boucles d'oreilles en or et tapota le rapport du Psychomage Pavlov avec la pointe de sa baguette. Un duplicata apparut, au dos duquel Kingsley écrivit quelques mots de la plume qui trainait sur son bureau. Il rangea l'original dans un dossier au nom de Ginny Weasley, tandis que la copie se repliait en avion et s'envolait par la porte entre baillée, afin de rejoindre Fol Œil à l'académie des Aurors.


Arthur et Molly ne furent prévenus que le jour suivant vers midi. Albus Dumbledore en sa qualité de chef du Magenmagot et Manitou suprême était prioritaire. Alastor s'était donc rendu à Poudlard avec une copie du message expédié la veille par Kingsley alors qu'il quittait l'académie des Aurors. Il fallait que le Directeur de Poudlard en prenne connaissance afin de rendre son jugement dans l'affaire scolaire de la demoiselle. En effet, les crimes et délits divers ayant eu lieu dans l'enceinte de Poudlard, le châtiment et le possible renvoi de l'élève devait être décidé par la Direction, soit Dumbledore, Minerva et les Directeurs de Maison ou les professeurs concernés. Lorsqu'il était sorti de la cheminette d'Albus alors que le jour n'était pas encore levé – on était en hiver après tout –, Fol Œil s'était vu proposer un petit déjeuner complet qu'il avait bien entendu accepté, tandis que son ami de longue date prenait connaissance du rapport d'expertise du Psychomage. La bouche pleine de pancakes à la confiture d'airelles, Alastor regarda Albus froncer les sourcils et plonger sa main dans sa bonbonnière, à la recherche de ses fameux bonbons au citron, si acidulés qu'ils auraient creusé un trou dans la langue d'un moldu. Fol Œil jugea que son vieil ami était bien perturbé par la lecture du parchemin car il s'enfourna -sans regarder- dans le gosier, trois de ces maudits bonbons.

Le Directeur de Poudlard reposa le parchemin sur son bureau et se laissa aller contre le dossier de son fauteuil sculpté, tout en lissant sa longue barbe d'une main distraite.

- Eh bien… et bien… au moins, ceci a le mérite d'être clair. Je ne peux plus la garder ici, dans le cas peu probable où elle serait libérée, bien entendu. Je dois donc en référer à Minerva, aux autres professeurs et procéder à l'expulsion de Miss Weasley.

- Tu vas faire quoi de sa baguette ?

- Tu connais le règlement aussi bien que moi, Alastor. Tout élève renvoyé de Poudlard pour une faute suffisamment grave justifiant que son dossier ne puisse être transféré dans un autre établissement scolaire magique, devra avoir sa baguette cassée.

- Cette petite peste a encore de la chance d'être mineure et de sang-pur ! gronda l'ancien Auror. Une Sang-Mêlé aurait été chassée dans le monde moldu immédiatement. Je me demande ce qu'Arthur et Molly vont faire…

- Sans nul doute, ils vont se conformer aux anciens usages. Après tout, ils n'ont tous deux, pas d'autres références. La tradition voudrait que Miss Weasley soit confiée à Tessy Weasley ou à Muriel Prewett à sa sortie de Sainte-Mangouste.

- Alors je prie Merlin pour que ça tombe sur cette vieille chipie de Muriel, au moins la petite veracrasse filera doux. Mais tu sais aussi bien que moi, qu'elle ne quittera probablement plus l'aile psychomagique de Sainte-Mangouste, sauf pour Azkaban.

- Exact.

- Bon, fit Maugrey Fol Œil en se levant de sa chaise. Tu penseras à moi, Albus ? Je dois maintenant aller voir Arthur et Molly pour les mettre au courant.

- Attends ce midi, Alastor. Il vaut mieux que tu le dises devant les enfants aussi. Je sais que Bill et Fleur sont au Terrier, ainsi que Charlie et Percy qui ont pris des congés extraordinaires pour s'occuper du cas de leur jeune sœur. Les jumeaux sont joignables immédiatement à leur boutique et je sais qu'ils doivent normalement prendre leurs repas au Terrier aussi. Je laisse le jeune Ronald en dehors de tout ça. Il est suffisamment choqué par la perte de son meilleur ami.

- Ok, comme ça je n'aurai pas à le répéter plusieurs fois.

Alastor se dirigea vers la cheminette et se saisit d'une poignée de poudre verte.

- J'espère que Molly va faire du ragoût de mouton ce midi… avoua-t-il, rêveur.


Eh non. Molly n'avait pas prévu de ragoût, mais de la purée, des haricots verts et un énorme poulet rôti auquel les Weasley faisaient tous honneur lorsqu'Alastor sortit de la cheminette en s'excusant.

- Désolé, Arthur, Molly, de vous déranger à cette heure-ci mais c'était plus facile pour être sûr de trouver tout le monde.

- Des nouvelles ? s'empressa Molly Weasley en se levant pour faire de la place à leur vieil ami, à la table familiale.

Comme Fol Œil serrait la main de chaque personne présente dans la pièce, Arthur, d'un geste de baguette avait fait venir depuis le buffet de la cuisine, une assiette, un verre et des couverts, qu'il installa derechef près de lui.

- Assieds-toi, Alastor, tu vas bien manger un morceau avec nous, Molly a fait du poulet, il est fameux.

Fol Œil alla s'installer tout en pensant que tout ce que préparait Molly était de toute façon fameux.

- Oui, Molly, pour répondre à ta question, j'ai des nouvelles. Et malheureusement je crains qu'elles ne soient pas terribles.

- Harry et Severus ? se précipita Arthur sous l'œil soudain inquiet des jumeaux.

- Aucune nouvelle de ce côté-là. Non, c'est de Ginny que je voulais parler, nous avons reçu le rapport du Psychomage Sigmund Pavlov et il est assez accablant, je dois l'avouer.

Alors que Molly qui venait de se rasseoir, la mine pâle, tendait le plat de poulet à Fol Œil, celui-ci mettait dans les mains d'Arthur la copie du rapport. Le grand rouquin maigre, prit ses lunettes dans la poche de poitrine de sa robe de sorcier et les déplia sur son nez. Il ouvrit lentement le parchemin, dans un silence quasi religieux. Il entama la lecture du rapport à voix haute de façon à ce que tous les membres de la famille en prennent bien connaissance. Lorsqu'il replia la feuille, le silence perdura, seulement troublé par les sanglots étouffés de Molly qui pleurait contre l'épaule de George.

- P'pa ? fit Bill, rompant ainsi le lourd et pesant silence. Si nous comprenons bien, Ginny restera quoi qu'il arrive à Sainte-Mangouste dans l'aile psychomagique. On fait quoi ? Et pour l'école ?

- Pour l'école, l'interrompit Fol Œil, un pilon de poulet à la main. Je peux vous répondre. Albus devrait sous peu organiser avec Minerva et les autres Directeurs de Maison, une réunion pour statuer du renvoi de Miss Weasley. La position de l'école est très claire à ce sujet, Ginny est une menace pour les élèves et les professeurs, c'est malheureusement prouvé et donc elle va être renvoyée et sa baguette cassée.

Les sanglots de Molly redoublèrent tandis qu'Arthur hochait la tête.

- Percy ? Tu as une idée de ce qu'elle risque en plus du renvoi et de la baguette cassée ? demanda-t-il.

- Si les familles de ses victimes demandent des dommages et intérêts, ils pourraient se retourner contre nous également. Je vous rappelle que Ginny est encore mineure. La chose positive est malheureusement que ni Harry ni le Professeur Rogue n'ont de famille et donc nous ne risquons rien personnellement. Sinon, le conseil de famille peut décider de mesures restrictives supplémentaires, comme vous le savez. Étant donné son état mental, elle échappe à un procès et Azkaban. Mais c'est une tache sur l'honneur de notre famille, nous allons devoir nous montrer ferme et bien affirmer que nous ne cautionnons pas du tout son comportement, si nous ne voulons pas que chacun d'entre nous n'en fasse les frais.

- On ne peut pas l'éviter ? tenta Molly depuis son bout de table, tout en essuyant ses yeux dans un tablier publicitaire, cette fois-ci vantant les mérites de la gamme pour cheveux secs à la bave de veracrasse de Sacharissa Tugwood.

- Maman, poursuivit avec hésitation Percy, tout en regardant ses frères et son père alternativement. Papa et moi pourrions nous voir refuser un avancement dûment mérité par le Ministère, Bill et Fleur la même chose avec Gringotts, Charlie est trop loin, je pense qu'il y échapperait. Mais les fréquentations du magasin des jumeaux pourraient diminuer et même Ron pourrait se voir refuser l'entrée à l'académie des Aurors.

- Ça mon gars, j'en fais mon affaire. Si le p'tit veut être Auror et qu'il a les ASPIC pour ça, foi de Fol Œil, il sera Auror !

- Théoriquement Hermione pourrait même refuser d'épouser Ron et Pénélope me quitter également pour cause de déshonneur familial, poursuivit Percy l'œil sombre à cette pensée.

- Je ne quitte pas Bill ! s'exclama Fleur presque paniquée, en s'accrochant au bras musclé de son époux.

Celui-ci gloussa de ravissement et déposa un baiser sur la bouche de sa femme.

- J'espère bien ! De toute façon, je te retrouverai même si je dois remuer ciel et terre, lui confia-t-il au creux de l'oreille.

Charlie hocha la tête et passa une main dans ses cheveux coupés courts.

- Par les culottes de Merlin, cette petite harpie nous a tous mis dans une bouse de dragon colossale. Je vois d'ici la tête de la Tante Muriel quand on va lui raconter ça…


Dans le bureau du Directeur de Poudlard, tous les Directeurs de Maison ainsi que les Professeurs des matières enseignées à Ginny Weasley étaient réunis. La réunion matinale était présidée par Albus Dumbledore, assisté de Minerva McGonagall. Le Professeur Sinistra remplaçait le Professeur Rogue en tant que Directrice des Serpentards. Les tasses de thé apportées par un des Elfes de Maison de Poudlard commençaient à circuler parmi les sorciers et sorcières présents, malgré le fait qu'ils venaient tous de prendre leur petit déjeuner moins d'une heure auparavant.

-Mes chers collègues, commença Albus Dumbledore en dressant ses lunettes en demi-lunes sur son nez aquilin. Comme vous le savez, nous sommes tous réunis ce matin afin de statuer sur le renvoi de Miss Ginny Weasley. Elle se trouve en ce moment dans l'aile pénitentiaire de Sainte-Mangouste sous la responsabilité du Psychomage en Chef, le renommé Guérisseur Sigmund Pavlov.

- Pavlov ? s'étonna Filius Flitwick. C'est une sommité, il est très connu.

- Exact, Filius. Je vous rappelle les faits reprochés à Miss Weasley. Nous avons eu la preuve, Minerva, Remus et moi-même qu'elle est responsable de la disparition d'Harry Potter et de ce pauvre Severus. Elle leur a jeté à tous deux, un maléfice de bannissement qui les a expédiés quarante années dans le passé. Malheureusement, nous n'avons trouvé aucune trace de nos deux disparus dans les archives. Que ce soient les journaux du Monde Magique, le mensuel du potionniste ou encore Potions Magazine qu'affectionne particulièrement Severus. Aucun acte de naissance n'a été enregistré pour un bébé Potter-Rogue à cette époque. D'ailleurs, aucun bébé n'est né de deux hommes depuis plus de deux cent ans. Ceci pour le cas où ils auraient choisi de changer d'identité. Nous craignons donc le pire.

- Vous pensez qu'ils sont morts tous les deux ? Enfin… tous les trois ? tenta Pomona Chourave d'une voix brisée par l'émotion.

Albus et Minerva jetèrent un coup d'œil inquiet vers Remus Lupin qui était livide et tête baissée, fixait ostensiblement ses doigts.

- Malheureusement, c'est une possibilité que nous devons envisager.

Des soupirs et des murmures se firent entendre, puis cessèrent rapidement. Tous attendaient ce que Dumbledore avait à rajouter.

- Miss Weasley a été interrogée ici même en ma présence, celle de Remus, de Minerva, d'Arthur et Molly Weasley ainsi que des Aurors Shacklebolt et Maugrey, bien sûr sous Veritaserum. Et elle a tout avoué. Miss Weasley a prémédité son crime en volant la cape d'invisibilité de Monsieur Potter qui se trouvait provisoirement en possession de Ronald Weasley. Après avoir appris le jour et l'heure de la sortie de l'infirmerie d'Harry et Severus en espionnant Miss Granger et Monsieur Weasley, elle s'est cachée sous la cape et s'est présentée dans le couloir de l'infirmerie où elle a accompli son crime dès qu'ils en ont franchi la porte.

- Mais Albus, demanda Aurora Sinistra. Où a-t-elle appris un tel maléfice ? Ce n'est pas enseigné ici quand même ? C'est de la Magie Noire, il me semble, non ? Remus ?

- Ce n'est pas enseigné ici, Aurora. Il paraît qu'elle l'a lu dans la bibliothèque du Manoir Black cet été, ensuite, elle s'est servie d'un passe obtenu pour un devoir, afin d'accéder à la Réserve de la bibliothèque. Albus le lui a retiré, mais trop tard, elle avait déjà obtenu ce qu'elle cherchait.

- Une rumeur circule parmi les élèves, s'inquiéta de nouveau le Professeur Sinistra. Monsieur Potter aurait été empoisonné par Miss Weasley. Il y a-t-il un fondement à cette histoire ?

Ce fut Minerva qui prit la parole, Albus ayant le nez plongé dans sa tasse de thé.

- C'est tout à fait exact. Miss Weasley a utilisé l'identité d'une de ses camarades de Gryffondor pour commander à la boutique de farces de ses frères jumeaux, un tube de rouge à lèvres contenant de la potion de luxure. Elle a suivi Monsieur Potter qui patrouillait dans le cadre de ses devoirs de Préfet-En-Chef et elle s'est jetée sur lui pour l'embrasser dans un couloir, en faisant bien attention qu'ils soient vus par Severus.

- La petite veracrasse ! s'horrifia Chourave. Ce pauvre Severus ! Dans son état…

- En effet… poursuivit Minerva. Monsieur Potter a fait un malaise ensuite, une violente réaction allergique à la Cantharide contenue dans la potion. Il a passé plusieurs jours dans le coma à l'infirmerie, le temps que nous obtenions un antidote avec les jumeaux Weasley. La séparation d'avec Harry a affecté Severus, d'où son malaise en cours et son envoi aux bons soins de Poppy. D'ailleurs un Obstétricomage de Sainte-Mangouste a dû intervenir. Et lorsque Severus et Harry sont sortis de l'infirmerie… elle les attendait encore… Voilà, vous savez tout.

- Miss Weasley sait parfaitement que Severus et Harry partagent leur magie et qu'ils ne peuvent pas être séparés, pour leur survie et celle de leur bébé, affirma Albus Dumbledore dans un souci de précision. Séparer le couple ne lui posait aucun problème de conscience. Le Guérisseur Pavlov a confirmé dans son rapport que Miss Weasley est dangereuse pour la société et dénuée de tout sens moral. Si Severus et Harry ne reviennent pas, elle passera le reste de sa vie dans l'aile pénitentiaire de Sainte-Mangouste. S'ils reviennent… un temps encore non défini. Mais son état mental lui interdit dès à présent la poursuite d'un cursus scolaire à Poudlard ou dans une autre école du Monde Magique. Le renvoi définitif est inévitable. Le bris de sa baguette également. Quelqu'un est contre le renvoi ?

Aucune voix ne s'éleva. Tous se regardaient les uns les autres, et semblaient d'accord avec Dumbledore.

- Nous sommes d'accord pour le renvoi, affirma le petit professeur de sortilèges en tapotant l'épaule de Remus dans un geste amical de soutien. Et encore, le renvoi est une punition trop douce. Elle devrait être à Azkaban !

- Elle y est… en quelque sorte, précisa le vieux Directeur qui jouait machinalement avec une plume. L'aile pénitentiaire de Sainte-Mangouste, ce n'est pas un club de vacances. J'ai entendu dire que c'était un endroit très… inhospitalier.

- Encore heureux ! insista Flitwick.

- Bien, puisque nous sommes tous d'accord, je vais procéder à présent à la destruction de la baguette de Miss Weasley. Minerva ? Faites monter Monsieur Ollivander, voulez-vous ? Il se trouve devant la Gargouille avec Monsieur Rusard.

- Tout de suite, Albus.

Minerva McGonagall se leva de sa chaise et se dirigea de sa démarche souple de chat vers la lourde porte qui donnait sur l'escalier à vis. Quelques minutes plus tard, elle remontait, accompagné du vieux fabricant de baguettes du Chemin de Traverse. Le vieil homme, vêtu d'une robe de sorcier marron visiblement élimée, avait les cheveux en pétard et ses yeux bleus très pâles derrière ses lunettes en demi-lunes, fixèrent l'un après l'autre les professeurs présent.

- Mesdames et Messieurs les Professeurs, Albus… les salua-t-il en inclinant rapidement la tête.

- Britannicus, soit le bienvenu à Poudlard, fit Dumbledore, très aimablement. Nous t'avons fait venir pour procéder à la destruction d'une baguette magique. Miss Ginny Weasley est renvoyée de l'école et tu connais la procédure.

- Ginny Wesley, oui oui, 24,2cm, noisetier, nerf de cœur de dragon, très rigide.

- En effet, acquiesça le Directeur de Poudlard en sortant d'un tiroir de son bureau la baguette en question et en la tendant à Ollivander.

Le vieux fabricant de baguette s'en saisit et la caressa du bout des doigts.

- C'est toujours une grande tristesse pour moi, que de voir une baguette être détruite. Mais je suppose que nous n'avons pas le choix.

- Je sais bien ce que ça te coûte, mais la loi est ainsi faite. Miss Weasley est une criminelle et n'est plus digne de posséder une baguette.

Ollivander hocha la tête en silence puis d'un coup sec brisa la baguette de noisetier de ses deux mains. Puis il la laissa tomber à terre sur les pavés de pierre et d'un geste de vague de la main la réduisit en cendre. Albus, d'un Evanesco informulé et sans baguette en fit disparaître les résidus.

- Si tu veux bien signer le parchemin de procédure de destruction, Britannicus, tu seras libre de reprendre la cheminette et de rentrer chez toi.

Ollivander prit alors la plume que lui tendait Dumbledore et apposa un paraphe gracieux au bas du parchemin posé en évidence devant lui. Puis d'un signe de tête, il salua l'assemblée de nouveau et se dirigea vers la cheminette. Une lueur verte et un « vlouf » plus tard, le vieil homme échevelé avait disparu.

- Fumseck ? Viens là, tu vas aller porter ce document au Ministère, au Service des Usages Abusifs de la Magie.

Le Phénix quitta sa perche et alla se poser sur le bureau d'Albus, tout en haut d'une pile de grimoires. Il prit le rouleau dans son bec et quitta le bureau en flashant dans un éclair aveuglant.

- Ceci met fin à notre petite réunion. Vous pouvez reprendre vos activités. Les cours commencent dans cinq minutes.

Comme tous les professeurs se dirigeaient vers la sortie, Minerva s'approcha de la fenêtre devant laquelle Albus Dumbledore était planté, le regard fixant l'horizon grisâtre.

- Albus ? Et pour les potions ? Comment faisons-nous ?

- Je vais assurer les cours de Severus pour cette semaine, en attendant de trouver un autre professeur. Le mensuel du Potionniste ou Potions Magazine pourra peut-être me donner quelques noms. Je donnerai un coup de cheminette aux rédacteurs en chefs.


Harry et Severus s'étaient installés dans leur nouvelle vie, en espérant qu'elle ne soit que très provisoire. La terreur des cachots n'avait toujours aucun souvenir de la date à laquelle la quarantaine s'était terminée en 1977. Cela faisait maintenant quatre jours qu'ils étaient tous les deux perdus dans le passé. Ils avaient tenté d'utiliser la cheminette pour prévenir le Ministère de la Magie de leur présence, mais les communications n'aboutissaient pas. Visiblement, le réseau était fermé à Poudlard. Harry s'était rendu à la volière, pour se rendre compte qu'elle était vide. Les chouettes et hiboux de l'école avaient été évacués également, tout comme Hagrid, donc la porte restait close et la cheminée sans fumée, ce qui prouvait indubitablement l'absence du demi-géant, car le froid était vif. Le jeune Sauveur du Monde Magique avait soupiré devant ce manque de chance et s'était résolu à retourner dans la salle sur demande.

- Alors ? Tu as pu envoyer un hibou ? avait demandé Severus en levant le nez du grimoire qu'il tenait entre ses mains.

- La volière est vide, Sev'. Et Hagrid n'est pas chez lui non plus. Il fallait s'y attendre d'ailleurs. C'est bizarre, on n'a pas croisé un seul fantôme, pas même Peeves.

- C'est vrai. Possible qu'ils soient tous dans une partie inaccessible du château, le pensant vide. Je sais qu'il y a des salles secrètes datant des fondateurs et dont personne ne connait plus les entrées.

- Ah bon ? Mais Mimi Geignarde ne quitte jamais ses toilettes ou presque… sauf pour espionner les garçons dans la salle de bain des Préfets ou plonger dans les conduits des toilettes, pouah !

- Mmm… songea Severus, un instant. On devrait essayer les toilettes des filles du second étage, on ne sait jamais.

- Tu veux venir ? Tu n'es pas sorti d'ici depuis deux jours.

- Si tu veux. Il faut bien que je me dégourdisse un peu les jambes.

Severus reposa son livre sur un guéridon se trouvant près de lui et se leva en se tenant les reins.

- Misère… j'ai l'impression d'être un Ronflak Cornu.

- Ça n'existe pas, Sev' ! C'est une élucubration de Luna et son père.

- Je sais… mais un homme enceint, c'est pas sensé exister non plus. La preuve, je ne suis même pas équipé pour accoucher.

- Bien vu, s'amusa Harry avec un large sourire.

Severus enfila la cape verte assortie à sa robe, et qu'il portait le jour où ils avaient tous deux été bannis dans le passé et se dirigea vers la lourde porte qui donnait sur le couloir du 7ème étage. Il passa un bras autour des épaules d'Harry et lui déposa un baiser sur ses cheveux éternellement en bataille. Lentement, ils descendirent jusqu'au second étage et longèrent le couloir menant aux toilettes désaffectées, hantées par l'irascible Mimi Geignarde.

Ils venaient à peine d'y entrer pour découvrir l'endroit désert et glacé qu'ils furent entourés d'une lumière violente et un souffle puissant les plaqua à terre. Un rideau de ténèbres s'abattit sur leurs consciences et se fut de nouveau le néant.

Mimi Geignarde qui gémissait à fendre l'âme dans ses toilettes déserte vit soudain se matérialiser deux corps inertes sous ses yeux, ce qui lui fit cesser aussitôt ses lamentations. Interloqué, le fantôme s'approcha et poussa un glapissement. Aussitôt, elle s'éleva dans l'air et traversa murs et planchers en criant.

-PROFESSEUR DUMBLEDORE ! PROFESSEUR DUMBLEDORE ! J'AI TROUVÉ HARRY ET LE PROFESSEUR ROGUE !