Bonjour tout le monde!
Je commence par les éternels remerciements pour les nouveaux follow, fav et les reviews (c'est toujours un plaisir d'échanger avec vous)
et bien entendu, bienvenu à tous les nouveaux lecteurs!
Avant de vous laisser à la lecture de ce nouveau chapitre, j'aimerais savoir par simple curiosité : Jusqu'à présent, quelle est votre scène/ votre moment préféré de cette fanfiction?
Voici donc le chapitre 14!
Rendez-vous lundi prochain pour la suite.
Bonne lecture et bonne semaine à tous!
XIV-
Cette semaine m'a semblé durer une éternité. J'ai eu un mal fou à rattraper mon retard de sommeil et chaque jour qui passait l'ennui et le manque de ma colocataire se faisait de plus en plus ressentir. Ce ne sont certainement pas nos échanges par mail qui pouvaient changer ça, même s'ils permettaient certainement d'atténuer un peu le manque. Finalement, après quelques négociations nous somme venues à un accord : j'ai promis de dormir au minimum sept heures par nuit et de faire attention à mon alimentation, si Lexa acceptait de consacrer sept heures dans sa semaine à des loisirs divers, le sport ne comptant pas. Je compte bien me servir de cet accord pour la traîner jusqu'à la soirée d'Halloween du campus. Je sais que la convaincre sera compliqué mais j'espère vraiment y arriver.
Tout semble s'être déroulé plus ou moins comme prévu à New York, ce qui signifie qu'un des avions atterrissant à Vancouver ce soir devrait me permettre de la retrouver. J'ai longtemps hésité à aller l'attendre à l'aéroport mais j'ai choisi d'être raisonnable. A la place j'ai décidé de rester dans la chambre, à essayer tant bien que mal de me concentrer sur mes révisions, les yeux constamment attirés par l'heure qui défilait avec une lenteur incroyable sur mon réveil.
16h13, chaque bruit en provenance du couloir est une raison de détourner mon attention de mon cours de biochimie que je m'acharne à relire depuis plus d'une heure déjà. J'attrape mon téléphone et une paire d'écouteurs. Je lance la lecture des musiques et clique sur le mode « lecture aléatoire ». Je monte le volume presque à son maximum, saturant ainsi mon cerveau, qui se retrouve alors confiné dans une bulle bien familière. Ainsi complètement coupée du monde extérieur, je peux enfin me focaliser entièrement sur mes révisions.
Lorsque mes écouteurs tombent de mes oreilles, la profondeur du silence m'étourdit presque.
- Clarke ? Tu devrais vraiment faire attention au volume de…
Mon cœur manque un battement. En un éclair je me lève, me retourne et me jette dans ses bras. Un geste instinctif, certainement dû à l'effet de surprise.
- Oh…
Elle reste parfaitement figée, visiblement surprise elle aussi, avant de venir refermer ses bras autour de moi. Prenant doucement conscience de la situation, je me force à la lâcher et recule d'un pas, remettant une distance acceptable entre nous. Je sens ses mains glisser doucement de mes épaules, le long de mes bras. Elles s'arrêtent juste au-dessus de mes coudes et son regard glisse sur moi, alors qu'un délicieux sourire vient retrousser ses lèvres. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis toujours terriblement mal à l'aise quand elle fait ça.
- C'est un joli pull que tu as là.
Ses mains quittent mes bras, déclenchant immédiatement une sensation de manque. Sentant la chaleur qui monte à mon visage, je détourne les yeux pour me concentrer sur la laine incroyablement douce que je porte. Je sens encore ses mains sur moi, comme une marque indélébile qu'elles auraient laissée sur leur passage.
- Tu sais que tu vas devoir le faire laver en pressing ?
Je n'avais pas pensé à ça, mais je m'en moque complètement.
- Je l'adore ! Merci beaucoup. Tu n'aurais jamais dû.
- Ne sois pas bête. Ce pull était fait pour toi de toute façon.
Il faut que je change de discussion avant de finir rouge cramoisie. Lexa se détourne finalement, brisant le contact visuel, et elle commence à ranger quelques-une de ses affaires.
- Alors New York, c'était comment ?
- Intéressant.
- Intéressant, c'est tout?
- Oh tu sais, les affaires.
- Hum… Je peux demander sur quoi tu as travaillé ou c'est top secret ?
Elle semble surprise par ma question et s'arrête un instant de ranger ses affaires, reportant toute son attention sur moi.
- Si tu veux vraiment savoir, on a dû faire une mise au point suite à un bilan financier d'une de nos filiales qui travaille dans l'agroalimentaire.
Elle marque une pause. Même si je ne suis pas certaine de savoir de quoi elle parle, je l'écoute avec intérêt. Le son de sa voix m'avait tellement manqué. Elle a l'air un peu étonné que je porte autant d'attention à son travail, mais voyant que je l'écoute attentivement, elle poursuit ses explications tout en reprenant son rangement :
- Ça n'a pas été simple mais on a réussi à trouver des solutions sans faire de coupe sur le personnel, ce qui relève presque du miracle je dois dire. On a également signé un contrat avec une nouvelle boîte dans l'informatique qui va nous permettre d'être bien plus autonome, et donc de faire d'énormes économies à terme. C'est un gros contrat sur lequel mon équipe principale travaille depuis des mois, ils ont vraiment fait du bon boulot. On a aussi profité d'être tous présents pour parler de quelques événements à venir. Avec les fêtes de fin d'année, on organise tous les ans des événements pour soulever des fonds et soutenir des associations. C'était la partie qui tenait le plus à cœur à ma mère et on essaie de perpétuer tout ça. Même si je ne suis pas une grande fan de ce genre de réceptions, c'est pour la bonne cause.
- Waouh, tu n'a pas dû t'ennuyer beaucoup je suppose.
- Non, mais je suis contente d'être rentrée. Ces réunions sont épuisantes et en plus je ne suis pas une grande adepte de New York.
« Moi aussi je suis contente que tu sois rentrée », les mots restent bloqués dans le fond de ma gorge.
- Que dirais-tu alors si on commandait un truc à manger ? Tu pourrais me raconter ce que tu as fait entre deux réunions, ou alors on peut simplement se mettre devant un bon film, tu en dis quoi ?
- Je crois que c'est exactement ce dont j'ai besoin. Thaï, ça te va ?
OoOoO
A côté de moi, j'entends Lexa chuchoter la dernière réplique du Breakfast club, qu'elle semble connaître par cœur. C'est vraiment adorable. Pendant tout le film j'ai eu envie de lui poser mille questions. Ok, je n'ai pas été très concentrée sur ce qui se passait à l'écran mais ce n'est pas comme si je ne l'avais jamais vu, alors…
- Je peux te poser une question ?
Lexa ferme l'ordinateur sur ses genoux, coupant le son du générique par la même occasion. La façon dont elle se tourne vers moi et me regarde suffit à me faire comprendre qu'elle attend que je poursuive.
- Comment tu as su pour mon anniversaire ?
Elle semble hésiter un instant, un peu mal à l'aise, avant de lâcher prise et de prendre la parole.
- Si tu veux tout savoir, j'ai fait quelques recherches. Enfin, pas moi, mais Titus les a faites pour moi.
Elle doit voir la panique dans mes yeux et certainement l'incompréhension qui m'habite, parce qu'elle s'empresse d'ajouter :
- Je n'aime pas faire ce genre de choses mais je n'ai pas le choix. Depuis que j'ai hérité de l'entreprise, tous les gens qui s'approchent de moi sont passés au microscope. Qui ils sont, d'où ils viennent, ce qu'ils font et tout ce qui pourrait avoir un rapport de près ou de loin avec l'entreprise ou ma famille. En réalité, je pense que même avant la mort de mes parents ce genre de recherches était déjà d'actualité, pour des raisons de sécurité évidentes. Honnêtement, je n'aime pas trop ça, même si je comprends l'intérêt, et je n'ai pas mon mot à dire de toute façon. Chaque personne avec qui je rentre en contact est passée au crible, c'est comme ça.
- Donc si je comprends bien, tu connais déjà tout de moi ?
- Non ! Ce n'est pas…
Un soupir s'échappe de ses lèvres. Elle se redresse et se tourne vers moi de façon à me faire face, toujours assise sur son lit à mes côté.
- La vérité c'est que le jour où tu es arrivée, j'avais complètement oublié. J'avais reçu une note de la scolarité m'informant de ton arrivée mais je n'y ai pas porté plus d'attention que ça. Je l'ai transmise à Titus pour qu'il fasse les recherches nécessaires et j'ai relayé tout ça au second plan. J'avais d'autres priorités sur le moment. La première chose qu'il a faite, c'est de me dire qu'il pouvait s'occuper de ça pour moi et s'arranger pour qu'on te trouve une nouvelle chambre. J'ai refusé parce que si je suis ici, c'est que je veux autant que possible avoir une vie d'étudiante normale. Alors avoir une colocataire, eh bien, ça fait partie du lot. Quoi qu'il en soit, quand j'ai ouvert cette porte et que j'ai vu tes valises, puis toi quelques secondes plus tard, j'avais complètement oublié que tu devais arriver ce jour-là. Je ne m'attendais pas du tout à te voir. J'ai donc envoyé un message à Titus pour être sûre que je ne partageais pas ma chambre avec une personne qui pouvait représenter un risque pour moi ou pour l'entreprise. Il m'a fait un rapide résumé par téléphone et m'a informée que ton dossier était sur mon bureau chez Wood. Le lendemain j'y ai jeté un rapide coup d'œil, juste le strict minimum pour savoir à qui j'avais affaire. Titus m'avait déjà assurée que tu ne représentais pas une menace donc je n'ai jamais vraiment lu ton dossier.
- Ça explique comment tu as su pour mon anniversaire donc, et certainement pour ma ville d'origine, je me trompe ?
- C'est ça.
- Tu sais quoi d'autre ?
- Ça n'a pas d'importance.
- Si, pour moi ça en a. Je veux savoir ce que tu sais sur moi.
- Très bien. Honnêtement, je ne sais pas grand-chose. Je sais que tu es la fille de Jack et Abigail Griffin. Fille unique, née le 24 octobre 1996 à Melbourne où tu as grandi par la suite. Ta mère est médecin et ton père était ingénieur. Il est mort il y a trois ans. Tu as un parcours scolaire exemplaire jusqu'à la disparition de ton père, après quoi les choses sont devenues plus chaotiques. Pas de problèmes avec la loi, si ce n'est une petite infraction sans gravité. Pas de problème de santé majeur non plus. Et ni toi, ni aucun membre de ta famille n'avez de lien direct avec les Wood ou l'entreprise.
- Waouh, pas grand-chose tu disais ? C'est déjà beaucoup… Et l'autre soir, quand tu es venue me chercher après la soirée chez Jasper, comment tu as su où j'étais ? Tu m'as aussi planqué un mouchard ou tu as embauché quelqu'un pour me surveiller ?
- Je ne ferais jamais une chose pareille Clarke, crois-moi.
- Alors comment tu m'as trouvée ?
- Lincoln…
- Lincoln ? Je ne comprends pas.
- Je… Je savais que tu passais un peu de temps avec le Skykru et je savais également qu'il y avait une soirée ce soir-là parce que Lincoln y allait et comme à chaque fois il m'avait proposé de venir. Quoi qu'il en soit, après ton appel je lui ai envoyé un message pour savoir si tu étais bien à cette soirée et où vous étiez. Quand j'ai reçu sa confirmation, je suis venue directement.
- Je vois…
Ça fait beaucoup d'informations à encaisser, et je ne sais pas encore si je suis très à l'aise avec toute cette histoire. Lexa a dans son bureau tout un dossier sur moi. Toute ma vie mise sur papier et regroupée entre deux feuilles de cartons qui portent mon nom. Comment je dois le prendre ? Une partie de moi est agacée, en colère même. Une autre partie de moi est terriblement gênée d'avoir été mise à nu de la sorte. Enfin, une autre partie, plus raisonnable, comprend les arguments de Lexa. La sécurité avant tout.
Pendant que mon cerveau continue de se battre contre lui-même pour savoir quoi penser de toute cette histoire, un détail dans ses propos me revient à l'esprit. Ça serait trop bête de ne pas saisir cette chance :
- Si Lincoln t'invite à chaque soirée, pourquoi tu ne viens jamais ?
- Entre les études et l'entreprise, je n'ai pas vraiment le temps pour ce genre de choses.
- Pas le temps pour quoi ? Pour te détendre ? Pour t'amuser ? Tu n'a que dix-neuf ans, tu devrais le prendre, ce temps. En plus, tu viens de me dire que tu es ici pour vivre une vie d'étudiante « normale » : ça aussi ça fait partie du lot, les soirées, les sorties entre amis.
- Ce n'est pas si simple.
- Ça devrait l'être pourtant. J'ai une idée ! Puisque tu m'a promis de t'accorder sept heures de loisir par semaine, qu'on est déjà samedi et que bien entendu tu n'as certainement pas encore pris une heure de ce temps, je te propose de venir avec moi mercredi soir à la soirée d'Halloween du campus.
- La soirée d'Halloween ? Non, c'est hors de question.
- Oh allez, on a un accord je te signale. J'ai fait ma part du contrat, à toi de faire la tienne. En plus tu me dois bien ça, après ce que tu viens de m'avouer…
Je retiens un sourire. C'est un peu mesquin de ma part de me servir de ça contre elle, surtout depuis que j'ai fini par trancher et par accepter les choses telles que Lexa me les a présentées. Toute cette histoire de dossier n'est rien d'autre qu'une question de sécurité, et je suppose que c'est normal d'être prudent quand on est à la tête d'une telle entreprise. Quoi qu'il en soit, je ne vais pas le lui avouer tout de suite, et si cette révélation pouvait m'aider à la convaincre de m'accompagner, je ne vais pas m'en priver, aussi puéril que ça puisse être.
- Je…
- C'est une soirée costumée, tu pourras même porter un masque si tu veux pour que personne ne te reconnaisse.
- C'est censé être un argument ? Me faire porter un costume ? Pour ton information, sache que je déteste me déguiser.
- Tu n'as pas le droit de refuser. D'une façon ou d'une autre je trouverai une façon de te traîner à cette soirée, costumée ou non, même si pour ça je dois t'y porter moi-même !
Cet argument est bidon et elle le sait. Je ne peux cacher plus longtemps le petit sourire triomphant qui recourbe mes lèvres. Elle aurait pu être catégorique et refuser sans appel mon invitation. Au lieu de ça, elle m'a donné la possibilité d'argumenter et de batailler pour ma cause, ce qui ne peut vouloir signifier qu'une seule chose : même si elle n'a pas encore dit oui, j'ai déjà gagné.
- Très bien, très bien, je passerai à la soirée, à une seule condition.
- L'inverse m'aurait étonné. Je t'écoute.
- Tu m'accompagnes au gala de charité pour les orphelinats qui aura lieu le premier week-end de décembre.
Je lui propose une soirée costumée entre jeunes, et elle me vend un gala de charité en grande pompe ? Peu importe, j'ai obtenu ce que je voulais, c'est le plus important pour le moment.
- Marché conclu ! Mais il te faudra un costume !
- Et toi, une robe de soirée.
Le petit sourire espiègle qu'elle m'adresse ne me dit rien qui vaille, pas plus que le fait qu'elle n'ait rien trouvé à redire à cette histoire de costume. Bon sang, dans quoi est-ce que je me suis encore aventurée !
OoOoO
Trouver un costume n'a pas été facile, mais en trouver un pour Lexa a été encore bien plus compliqué. Finalement, le choix s'est porté sur des tenues plutôt simples mais efficaces. J'ai opté pour un costume tout en rouge comportant une robe courte et une paire d'escarpins de la même couleur rouge vif, une paire de collants résille noirs et un serre-tête orné de deux petites cornes de diable. Impossible de faire plus cliché. Lexa, quant à elle, a fini par céder sur une tenue toute noire, qu'elle a refusé d'essayer à l'avance, jugeant ça inutile : une robe patineuse toute simple, qui s'arrête juste au-dessus de ses genoux, agrémentée d'un masque en plastique rigide découpé mimant un effet de dentelle. Rien qui fasse trop Halloween ou trop déguisement, mais au moins elle a accepté de jouer le jeu. A quelques détails près et avec un peu d'imagination, on pourrait croire qu'elle porte le costume de Black Swan - enfin, presque.
- Tu es prête ?
- Puisqu'il le faut…
Je lui adresse un sourire qui se veut encourageant et la suis hors de la chambre. Bien qu'elle soit plutôt classique, sur elle la robe est incroyablement sexy, et le masque qui complète la tenue lui donne un air mystérieux qui lui va à merveille. Je ne lui dirai pas que malgré le déguisement elle ne trompera personne. Son intensité et son magnétisme perceraient sous n'importe quelle tenue qu'elle puisse porter, même une combinaison de cosmonaute, j'en suis sûre. J'espère juste que les gens sauront se comporter de façon correcte avec elle, sans poser des millions de questions, pour ne pas lui donner envie de s'en aller trop vite. Si seulement cette soirée ne pouvait être que la première d'une longue série…
Dehors, alors que la nuit est déjà confortablement installée, le campus grouille d'étudiants, ou plutôt de créatures et personnages en tous genres. Je marche à côté de Lexa tout en observant quelques groupes de jeunes que nous croisons. Certains sont déjà bien alcoolisés, mais ce que je remarque surtout c'est que, même si certains d'entre eux sont trop occupés à discuter et rigoler, la plupart des personnes que nous croisons nous jettent des regards parfois troublés, parfois amusés. J'ai même surpris certains d'entre eux adresser quelques messes basses à leurs amis, certains ayant le réflexe peu discret de se retourner pour nous suivre du regard.
Je ne sais pas si Lexa a remarqué ce petit cinéma, mais elle ne dit rien et on continue à marcher en direction d'Arkadia où nous somme censées retrouver tout le monde. Avec son autorisation, j'ai prévenu toute la bande qu'elle se joindrait à nous pour la soirée. Après l'effet de surprise, ils ont tous semblés plutôt enthousiastes à cette idée, ce qui m'a pas mal rassurée. Je dois avouer que sur le moment, inviter Lexa à cette fête d'Halloween m'avait semblé être une excellente idée, mais après coup je me suis rendue compte que ce n'était peut-être pas si malin que ça. Quand nous ne sommes que toutes les deux, Lexa est une personne plutôt ouverte, agréable et même amusante, mais sortie de ce cadre, elle peut être une personne bien différente : froide, distante et détachée. Si je n'arrive pas à faire sortir de sa carapace la Lexa que j'ai appris à connaître ces derniers jours, la soirée risque d'être quelque peu bizarre. J'espère tellement que tout ira bien.
Le temps qu'on arrive devant Arkadia, j'ai un très léger goût de fer dans la bouche. Une conséquence directe de mon réflexe nerveux à mordre sans arrêt l'intérieur de ma lèvre inférieure. Lorsque j'aperçois enfin l'entrée du bar, un groupe de mecs bruyants est en train d'en franchir la porte.
- Matez-moi ça les gars !
Sans aucune gêne, ils prennent le temps de nous détailler de la tête aux pieds durant les trois pas qui nous séparent. Arrivés à notre niveau, le groupe s'écarte pour nous laisser passer, avant de se regrouper.
- Je crois qu'on part trop tôt, les mecs.
- Laisse tomber Will, t'as…
Le reste de sa phrase s'évanouit quand ils s'éloignent de nous. A côté de moi, Lexa a gardé la tête haute et semble presque ne rien avoir remarqué, pourtant je sais que ce n'est pas le cas.
- N'y prête pas attention. Ce genre de personnes n'en vaut pas la peine.
Evidemment elle a raison, mais je ne m'attendais pas à une telle réaction de sa part. En réalité je me rends compte que ce qui m'a le plus dérangée dans ce micro-incident c'est que j'avais peur de la façon dont elle allait réagir. Une peur idiote visiblement. Je franchis la porte d'Arkadia l'esprit un peu plus serein qu'il y a quelques instants : elle va réussir à gérer ça comme elle arrive à gérer tout le reste, ça ne fait aucun doute. En même temps, si elle a été habituée au rendez-vous d'affaires, aux événements mondains et autres galas depuis son plus jeune âge, elle doit avoir l'habitude de se retrouver entourée d'inconnus et de personnes plus ou moins hostiles. Qu'est ce qu'une soirée d'étudiants à côté d'une réunion du conseil d'administration d'une grande multinationale ?
Le bar est bondé et il me faut quelques secondes avant de repérer Octavia qui me fait de grands gestes depuis l'autre bout de la pièce. Je prends une profonde inspiration : c'est parti ! Je commence à me faufiler entre les diverse sorcières, zombies et autres déguisements indéfinis. La foule est vraiment dense, surtout au niveau du comptoir du bar. Je sens la présence de Lexa derrière moi, elle est tellement proche que je peux presque sentir la chaleur de son corps contre mon dos. Par réflexe, j'attrape sa main et la guide à travers tous ces gens agglutinés.
- Hé, Clarke !
Je dois lâcher Lexa pour attraper une Octavia qui me saute littéralement dans les bras. Visiblement elle a déjà bien commencé la soirée et n'a pas attendu notre arrivée pour boire un verre ou deux.
- Hé, salut.
Elle s'éloigne de moi sans me lâcher les mains et prend le temps de me détailler de la tête aux pieds, un sourire taquin aux lèvres.
- Hou hou, sexy ! Le rouge te va drôlement bien, tu sais ?
- Heu… Merci…
…Je suppose ?
- Lexa ! On est ravis que tu sois avec nous ce soir. Vous voulez quelque chose à boire ? Oui, il vous faut absolument quelque chose à boire ! Jasper ?! Venez, on va s'occuper de vous.
Sans se soucier le moins du monde de notre avis, Octavia nous prend par la main et nous tire sans ménagement jusqu'à une table un peu plus loin où est installé le reste de la bande. Tout le monde accueille Lexa chaleureusement, me permettant ainsi de me débarrasser de mes dernières angoisses.
La soirée se passe bien. Lexa semble plutôt à l'aise, ce qui finalement ne devrait pas me surprendre plus que ça. Depuis le temps, je devrais savoir qu'elle ne réagit et ne se comporte jamais comme je l'attends, et je dois avouer que ça me plaît. Bien sûr elle reste un peu sur ses gardes, mais elle arrive sans mal à discuter avec Harper, Monty et Zoé et je l'ai même vue sourire à plusieurs reprises. Des sourires polis principalement, mais ça compte.
Le genou qui se presse contre le mien me fait presque sursauter, me ramenant à la réalité. Je jette un coup d'œil à Lexa à côté de moi qui continue de parler avec Harper comme si de rien n'était. Je devine pourtant un demi-sourire au coin de ses lèvres qui n'a rien à voir avec sa discussion sur les meilleures randonnées à faire autour de Vancouver. Elle ne bouge pas sa jambe pour autant, gardant un contact léger et agréable, presque rassurant.
- Tu viens danser ?
La voix de Finn me sort des mes pensées. Le bar s'est légèrement vidé depuis notre arrivée. Octavia a parlé de grosses soirées organisées dans différentes maisons du campus, je suppose que la plupart des gens sont partis là-bas.
Je jette un rapide coup d'œil à Lexa, et voyant qu'elle s'en sort très bien toute seule, j'accepte la proposition de Finn et me lève pour le suivre sur la piste de danse improvisée. Avant de m'éloigner, je pose rapidement une main sur le bras de Lexa pour attirer son attention et l'informer que je m'éloigne. Je m'apprête à lui dire que je ne vais pas bien loin et que si elle a besoin de quoi que ce soit elle n'hésite pas à me faire signe mais quand son regard croise le mien, le discret sourire qu'elle m'adresse me suffit à comprendre qu'elle n'a pas besoin que je lui dise quoi que ce soit.
Je sens encore son regard dans mon dos quand je m'éloigne avec Finn pour rejoindre la piste de danse.
- Je ne pensais pas que tu arriverais à la faire venir ici.
- Honnêtement, moi non plus.
- C'est vraiment sympa de ta part de l'avoir invitée.
Je ne sais pas quoi répondre à ça alors je me contente d'acquiescer et d'arrêter de penser, juste lâcher prise, laisser mon corps prendre le relais sur mon esprit et simplement danser au rythme de la musique qui à présent m'engloutit complètement.
C'est toujours un plaisir de partager une danse ou deux avec Finn. Je me sens à l'aise avec lui, c'est facile de se laisser aller. La chanson d'après, Octavia et Zoé nous rejoignent sur la piste.
- Lexa m'a dit de te dire qu'elle rentrait.
O' me hurle dans les oreilles, si bien que j'ai du mal à comprendre ce qu'elle me dit.
- Quoi ?
- Elle est rentrée. Elle m'a aussi dit de te souhaiter une bonne soirée.
Je m'arrête de danser et mon regard se pose sur la place qu'elle occupait quelques minutes auparavant. La chaise est vide et Harper discute tranquillement avec Monty. Pourquoi n'est-elle pas venue me dire qu'elle voulait rentrer ? Je l'aurais raccompagnée.
Je m'éloigne de la piste pour aller récupérer mes affaires et la rattraper. Avant que je puisse faire deux pas, Octavia me rattrape par le bras et se penche de nouveau vers mon oreille en parlant beaucoup trop fort :
Elle a aussi dit que ça ne servait à rien que tu la suives et que tu devais profiter de la soirée.
Il me faut un moment pour choisir entre rester là pour m'amuser et partir en courant pour la rattraper. Finalement, je décide de l'écouter et continue de danser. De toute façon elle a probablement demandé à Titus de venir la chercher. Même si je partais maintenant, je ne la rattraperais pas.
OoOoO
Il est 2h du matin quand le bar ferme, nous invitant à trouver un autre endroit pour finir la soirée. J'ai passé un super moment mais je suis exténuée. Il m'a fallu une bonne dose de persuasion pour que la bande accepte de me laisser rentrer chez moi, et après un débat mouvementé ils ont fini par accepter à condition de me raccompagner.
Tout le monde est encore survolté. L'énergie qui se dégage du petit groupe est impressionnante et le trajet jusqu'au bâtiment des chambres universitaires, bien que chaotique, est plutôt rapide. Ils me prennent tour à tour dans leurs bras pour me souhaiter une bonne nuit avec autant de conviction que s'ils me souhaitaient un merveilleux voyage. Je ne sais pas ce que Jasper a mis dans ses nouveaux cocktails mais je suis plutôt contente de ne pas en avoir bu.
Toute cette énergie positive est communicative, et je m'en sers pour monter les marches des deux étages en courant. J'essaie de me calmer avant de franchir la porte de la chambre pour ne pas risquer de réveiller Lexa. J'espère qu'elle est bien rentrée ?!
J'ouvre la porte un peu trop précipitamment, et me tourne vers son lit. Elle semble dormir paisiblement. Je suis soulagée de la voir ainsi endormie à la lueur de la lune qui filtre au travers de la fenêtre aux volets encore ouverts, et je prends quelques instants pour l'observer. Je n'en reviens toujours pas qu'elle ait accepté de venir. Même si elle n'est pas restée longtemps, elle a quand même fait l'effort de venir juste parce que je le lui avais demandé.
Elle bouge un peu dans son sommeil, et je ne peux que remarquer à quel point elle est adorable quand elle dort. J'ai envie de la prendre dans mes bras, ou peut-être juste de me blottir dans les siens ? Un gloussement m'échappe. L'élan d'affection que j'ai reçu quelques secondes plus tôt en quittant mes amis a certainement laissé des traces ou alors je deviens folle. Peu importe la raison, de toute façon elle dort profondément et il est hors de question que je la réveille. Je m'assois sur mon lit sans la quitter des yeux, apaisée par le son de sa respiration profonde et régulière.
- Merci.
Le mot n'est qu'un souffle mais il me vient du fond du cœur. Merci d'être venue avec moi ce soir, et d'avoir fait des efforts pour t'intégrer à mon groupe d'amis. Simplement merci pour tout ce que tu as déjà fait pour moi.
