Bonjour à tous !

Je m'excuse infiniment pour le retard qu'a pris ce chapitre…Mais outre le fait qu'il fut très difficile à écrire (Oui, Mme Inspiration est parfois très capricieuse…), disons que j'ai eu un mois de janvier plutôt chargé côté boulot.

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Personnellement, il ne m'a pas convaincu. Mais j'en ai eu marre de le lire et de le relire sans rien trouver à y ajouter, alors je le poste.

J'ai eu l'impression de friser le OOC tout le long avec Drago…C'est vraiment pas facile d'écrire de son point de vue. Décrire son ressenti, ses émotions, ses réactions…C'est un peu la galère. Carrément, même ! Mais on va dire que je fais de mon mieux, au cours de longues heures à me torturer l'esprit pour savoir si le vrai Drago ferait bien telle ou telle chose…

Merci à tous les revieweurs du chapitre précédent, notamment à Juls à qui je n'ai pas pu répondre directement.

Bref, j'espère que depuis le temps, vous n'avez pas décroché de cette fic…
Bonne lecture !

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CHAPITRE 13

Just like a Drug


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La pluie fouettait désagréablement mon visage, les gouttelettes pénétrant dans mes yeux, me forçant à les fermer douloureusement à intervalles réguliers. Pourtant, je ne lançai pas un sort d'imperméabilité. Je laissai l'eau ruisseler sur mon visage, brouillant ma vue et me faisant frissonner lorsque les gouttes glacées glissaient dans mon cou. Seul comptait le Souaffle que je tenais fermement sous le bras. Ma concentration se fixait sur lui. Uniquement sur lui. Sur ses trajectoires, ses déviations, ses chutes. Allégeant un moment mon esprit. Des tourments. De la culpabilité. De la solitude. Plus forte que jamais. Un moment seulement.

De toutes mes forces, j'envoyai le Souaffle dans un des trois anneaux dorés, observant sa traînée rouge à travers l'épais rideau de pluie. A regrets, je descendis vers le sol. La nuit commençait à tomber, accentuant l'obscurité déjà présente, et je n'y verrais bientôt plus rien. Mon entraînement solitaire serait écourté pour aujourd'hui. Je posai pied à terre, m'enfonçant mollement dans la boue du terrain, avant de regagner les vestiaires en courant.

Je restai longtemps sous la douche brûlante. Très longtemps. Essayant de retarder au maximum le moment de rentrer chez moi. Ce moment qui arrivait tous les soirs trop vite depuis le début de la semaine. Je me séchai puis m'habillai chaudement avant de quitter le stade pour transplaner. J'atterris devant le Manoir, ouvris la grille sombre tel un automate, frémis à son grincement lugubre lorsqu'elle se referma et remontai l'allée d'un pas lent. Traînant. Je poussai la porte d'entrée. Elle ne m'avait jamais paru aussi lourde. Un peu plus chaque soir. Chaque soir sans elle.

Toutes les pièces étaient allumées. Naouka savait que je n'aimais guère trouver le Manoir dans l'obscurité en rentrant. Me rappelant ses heures les plus sombres.

Je me dirigeai vers le canapé et m'y laissai tomber, épuisé. Je m'étais entraîné toute la journée. Le Quidditch me faisait du bien. Il m'avait toujours fait du bien. Parce qu'il détournait mon attention. Me vidait la tête. Plus rien n'existait que le jeu.

Je laissai mon regard courir sur le sapin de Noël toujours illuminé. Je n'avais pas pu me résoudre à le défaire. Je fermai les yeux, et aussitôt, son image vint s'imprimer sur mes paupières closes. Luminescente. Indélébile. Je revis notre dernière rencontre, tandis que je l'avais attendu à la sortie du Twins, dans la nuit froide. Parce que je voulais commencer cette nouvelle année de la meilleure des manières. Auprès d'elle.

Je revis ses cheveux indomptables s'échappant de son bonnet de laine blanche. Mon écharpe fermement nouée autour de son cou gracile. Sa peau pâle, étincelant presque sous la clarté lunaire. Ses lèvres fines, si tentantes. Et ses yeux, si clairs, si purs. J'entendis presque sa voix tremblante, aux accents mélodieux. Je sentis à nouveau les frissons provoqués par mon contact sur sa peau qui s'embrasait contre la mienne. Et ses lèvres contre les miennes.

Et puis, je revis son air pétrifié dans ce couloir. La pâleur soudaine de son visage. Son regard blessé. Déçu.

Une vague de colère m'envahit. Contre moi-même. Je serrai les poings et rouvris les yeux. Dans un accès de fureur incontrôlée, je me levai brusquement et balayai le sapin lumineux d'un revers de bras, dans un cri de rage. Les décorations volèrent au sol, se brisant pour la plupart. Et je restai là un long moment, hébété, fixant les débris colorés jonchant le carrelage immaculé. Jusqu'à ce que la douleur devienne trop pénible.

Alors, je me décidai à bouger, sortis de la pièce et remontai le couloir étroit. Jusqu'à cette petite porte, donnant sur ce fameux escalier. Je descendis les marches étroites, soudain englouti par les ténèbres. D'autres souvenirs m'envahirent alors. Autres. Assailli par l'odeur de moisissure et l'humidité ambiante, il me sembla à nouveau entendre les gémissements, les pleurs, les cris. De douleur. De terreur. De désespoir. Ses souvenirs-là étaient moins douloureux. Plus lointains. Plus familiers. Plus supportables.

Je m'assis sur la dernière marche, et fixai l'obscurité dense des anciens cachots. Les fantômes du passé ressurgirent un à un. Pour m'entourer de leur présence. Comme de vieilles connaissances. Et malgré leur nombre de plus en plus croissant, la solitude était toujours là. Constante. Ecrasante.

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Je poussai la porte de mon appartement et avançai dans le couloir sombre. Je marmonnai un sort entre mes dents et les pièces s'éclairèrent d'une lumière artificielle. Pâle et blafarde. Je laissai tomber mon sac au milieu de la pièce et me dirigeai vers la cuisine, dans l'intention de me faire un café serré. Rien n'avait changé. Comme figé dans le temps. Tout était tel que je l'avais laissé, plusieurs semaines auparavant.

Je m'étais finalement décidé à quitter le Manoir. Trop hanté par les fantômes du passé qui y flottaient mais surtout trop dérangé par ces souvenirs d'elle. Je trempai mes lèvres dans le café brûlant qui me picota désagréablement la langue, détournant une seconde mon attention de la lame glacée qui semblait s'être fichée dans mon cœur. Pour ne plus jamais en ressortir. Je reposai la tasse dans un geste brusque et allai prendre une douche. L'eau chaude détendit un à un mes muscles crispés, bienfaisante. Enveloppé de buée, je sortis de la cabine de douche et me séchai rapidement.

Soudain, je me figeai devant la baignoire. L'image de Maylen, totalement abandonnée dans l'eau savonneuse s'imprima sur ma rétine, inoubliable. Ses boucles humides encadrant son visage rosi. Ses yeux clos. Ses lèvres entrouvertes de plaisir. Je tressaillis et me détournai. Pourtant, lorsque j'entrai dans ma chambre, je pus sentir son parfum en imprégner l'air. Léger. Aérien. Envoûtant.

Je me laissai tomber sur le lit, las, et passai mes mains sur mon visage fatigué. Cette femme m'avait envoûté, et me hantait plus sûrement que le plus atroce de mes souvenirs. Et plus douloureusement que l'un d'entre eux. Je roulai sur le matelas et fermai les yeux. Avant de m'assoupir, enivré par les restes de son parfum flottant autour de moi.

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Assis dans le vestiaire, je promenai un regard vide autour de moi. J'avais pourtant toujours aimé cet endroit. Lieu de rires. Ou de pleurs. De colère parfois. Lieu d'émotions. Lieu de partage. Lieu de vie.

Et aujourd'hui, il me paraissait aussi fade que tout le reste. Insipide. Eteint. Mes yeux glissèrent sur les maillots d'entraînement amassés sur les bancs de bois clair, chiffonnés et maculés de boue. Des cannettes de soda et des bouteilles d'eau vides jonchaient le sol ça et là. La reprise du championnat approchait à grands pas, et les entraînements se durcissaient. Plus physiques. Plus longs. Plus répétitifs.

Je m'adossai au mur derrière moi et essuyai d'un revers de main la boue que je sentais sécher sur ma joue, se craquelant sur ma peau. Je soupirai longuement, appuyant ma tête contre le mur, les yeux fixés sur le plafond pâle. Je n'avais pratiquement pas dormi la nuit dernière. Pas plus que la précédente. A vrai dire, je ne dormais presque plus depuis de trop nombreuses nuits. Et j'étais épuisé. Pas d'entraînement solitaire ce soir.

La porte des douches claqua sans que je réagisse et un nuage de vapeur humide s'en échappa. Je sentis quelqu'un s'affaler sur le banc à mes côtés et tournai mécaniquement la tête vers Victoria, la poursuiveuse remplaçante. Elle venait d'enfiler un gros pull de laine verte et sécha ses cheveux clairs d'un coup de baguette distrait, habitué. L'odeur sucrée de son shampoing vint me chatouiller les narines, me sortant de mon inertie.

J'aimais bien Victoria. Je l'avais rencontré dans le championnat de deuxième division où nous avions commencé tous les deux, dans des équipes concurrentes. Avant d'être recrutés par les Guêpes de Londres, la même année. Nous nous étions connus au sortir de la guerre, hantés par nos plus sombres souvenirs. Elle me toisa de la tête aux pieds, d'un regard vif, critique.

« J'ai l'impression de retrouver le Drago rencontré en Cornouailles, mec ! », assena-t-elle en croisant mon regard inexpressif.

Je ne réagis même pas. Elle avait sans doute raison. Je me contentai de détourner les yeux, les fixant à nouveau sur le plafond. Victoria me tapota l'épaule dans un geste réconfortant.

« Quoi qu'il se soit passé, je préférais le Drago de ces dernières semaines… », murmura-t-elle.

Moi aussi. Moi aussi.

Mais elle était partie. Et les ténèbres étaient revenues. Rapidement. Ensevelissant à nouveau mon âme, paralysant mon cœur, glaçant mon sang et engourdissant mon esprit. M'engloutissant tout entier. A nouveau, tout me paraissait inintéressant. Fade. Insipide. A nouveau, j'évoluai dans un monde auquel je ne trouvais aucun intérêt. A nouveau, j'effectuai les gestes de la vie quotidienne mécaniquement. Comme un pantin. Un automate. A nouveau, il n'était plus question de vivre, mais de survivre.

Parce qu'elle était partie.

Je restai longtemps dans les vestiaires. Seul, après que Victoria soit partie. Jusqu'à ce que le froid engourdisse mes membres. Je me levai finalement, étirant mes muscles endoloris. J'enfilai ma veste et quittai la pièce, sans même m'être douché. Dans le hall d'entrée, le concierge me regarda bizarrement.

« Quoi ? », aboyai-je, menaçant.

Il sursauta, surpris, fit un pas en arrière, et se replongea frénétiquement dans sa paperasse. Je sortis, claquant la porte derrière moi. Le froid vint aussitôt me picoter la peau, désagréable. Je frissonnai et transplanai.

J'atterris directement dans mon appartement, et me dirigeai vers la douche. Laissant l'eau brûlante éliminer la sueur et la boue recouvrant ma peau. Je soupirai de bien-être avant de sortir de la petite cabine, évitant soigneusement la baignoire du regard. Je me séchai puis enfilai un tee-shirt et un vieux jean confortable, avant de traîner des pieds jusqu'à la cuisine, dans le but de dégoter quelque chose à grignoter. N'importe quoi. Histoire d'apaiser un peu les crampes douloureuses de mon estomac.

La sonnette de l'entrée retentit, me faisant sursauter. Stridente. Mais je l'ignorai. Je n'étais pas d'humeur. Des coups retentissants furent alors frappés contre la porte et je soupirai, agacé. Je reposai la tasse de café que j'étais en train de réchauffer et le morceau de pain sec que j'envisageais sérieusement de manger, et allai ouvrir, excédé.

Je trouvai Blaise sur le seuil, la main en l'air, visiblement prêt à frapper à nouveau. Il sourit en me voyant. De ce sourire que je connaissais par cœur. Et qui n'annonçait jamais rien de bon. C'est alors seulement que j'aperçus derrière lui une multitude de personnes. Certaines portaient des cartons plein de nourriture, d'autres avaient les mains chargées de bouteilles.

« Blaise… », commençai-je.

« Drago ! », me coupa-t-il, euphorique, ignorant mon ton menaçant. « Comme c'est gentil à toi de nous accueillir ! Allez-y, les gars ! »

Effaré, je regardai Blaise s'effacer pour laisser passer des dizaines de personnes inconnues. Je scrutai leurs visages, à la recherche d'une quelconque silhouette familière. En vain. Je ne connaissais pas une seule de ces personnes. Je jetai un regard noir à Blaise qui me retourna un sourire innocent. Avant de soupirer, las. Et de céder, comme toujours.

« Blaise, un jour, il faudra vraiment que tu arrêtes de faire ça… », râlai-je.

Son sourire s'élargit.

« Faire quoi ? »

« Débarquer chez moi avec cinquante personnes que je ne connais même pas. »

Il éclata de rire avant de me sonder de son regard sombre.

« Un jour, oui… », fit-il distraitement. Avant de refermer la porte bruyamment, un large sourire étirant ses lèvres pleines.

J'avançai dans mon appartement soudain bondé, dépité. Je zigzaguai entre les inconnus qui parlaient déjà trop, riaient trop, flirtaient trop. Je me laissai lourdement tomber sur mon canapé, appuyant ma nuque contre le cuir luxueux, fermant les yeux. Soudain exténué. La fatigue s'abattait tout à coup sur moi comme une chape de plomb. La musique s'éleva dans la pièce, en fond sonore des conversations animées.

Je sentis un corps s'affaler contre le mien, me tirant de ma somnolence.

« Salut, Dray ! »

La voix suraiguë d'Irya heurta désagréablement mes tympans. J'ouvris les yeux, néanmoins soulagé de reconnaître quelqu'un dans cette foule.

« Irya ! », saluai-je dans un grognement. « Quoi de neuf ? »

Plus un réflexe de politesse qu'autre chose. La vie d'Irya m'était indifférente. Totalement.

« Oh, tu sais, la routine…J'ai un défilé de haute couture pour Guipure la semaine prochaine. J'ai passé la journée à essayer toutes sortes de robes. Je suis épuisée. Et puis… »

Je perdis vite le fil de son babillage logorrhéique. Comme toujours.

« Et toi, quoi de neuf ? », lança-t-elle soudain, interrompant son interminable monologue.

J'haussai les épaules. Avant de m'abandonner à la contemplation maussade des personnes autour de moi. De leurs yeux pétillants. De leurs joues rosies. De leurs sourires. Ecœurants.

La main d'Irya vint se poser sur ma cuisse, avant de glisser vers mon entrejambe. Enjôleuse. Séductrice. Je la repoussai sèchement.

« Pas ce soir, Irya… », grondai-je.

Un éclair de frustration passa dans ses yeux myosotis avant qu'elle ne détourne la tête, vexée.

« Quoi ? C'est encore cette fille ? », cracha-t-elle, dédaigneuse.

Je ne pris même pas la peine de répondre.

Oui, c'était cette fille. Encore. Toujours.

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Je rajustai mon capuchon sombre sur mon visage et accélérai le pas. Je passai devant Fortarome, Guipure, le magasin de Quidditch, l'animalerie, Fleury & Bott, glissant sur les pavés inégaux. Me dissimulant aux yeux des autres. Rasant les murs. Silencieux. Presque invisible.

Je longeai les terrasses, bondées en cette fin d'après-midi, sans que personne ne m'adresse un regard. Et puis, je m'arrêtai devant Gringotts. Ne la quittant pas des yeux, je m'engouffrai à sa suite rue des Dragonniers.

C'était malsain. J'en avais totalement conscience. Mais c'était plus fort que moi. J'en avais besoin. Besoin de voir ses longues boucles onduler dans son dos, emprisonnées dans cette écharpe. Mon écharpe. Observer les reflets de cuivre qui y dansaient sous la lumière du jour. Admirer sa peau fine, opalescente. M'inquiéter des cernes foncés qui ornaient à nouveau ses yeux. Sa silhouette fine qui se courbait sous les attaques glaciales du vent dans la ruelle étroite. Et parfois, parfois, intercepter son regard pur aux mille nuances.

Je m'adossai au mur en soupirant lorsqu'elle entra dans le restaurant et que la porte se referma sinistrement sur elle. Ca faisait des jours que ça durait. Il fallait que j'arrête ça. Il fallait vraiment que j'arrête ça.

C'était absolument malsain. Et douloureux.

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J'atterris dans la zone de transplanage sombre, aussitôt assailli des odeurs familières de moisissure, de renfermé, et d'iode. Je jetai à peine un coup d'œil à l'Auror antipathique qui me vrillait d'un regard noir, et m'engageai dans le couloir étroit.

Ce couloir, ces escaliers irréguliers, ces pierres humides, je les connaissais par cœur. Ce chemin, je le connaissais par cœur. Je l'avais parcouru des dizaines et des dizaines de fois. Tous les mois depuis plus de cinq ans. En me disant à chaque fois que c'était la dernière.

Et cette fois, c'était la dernière. Vraiment.

Je serrai les poings et continuai mon ascension, talonné de près par l'Auror, dont les pas résonnaient derrière moi. Je parvins à la première salle de contrôle et me laissai fouiller sans broncher, avant d'avancer vers les quatre suivantes, toujours escorté de près. C'était la dernière fois. Je tendis ma baguette au dernier Auror avant même qu'il ne la réclame. Ignorant son regard méprisant.

« Où est-il ? », demandai-je.

Il eut rictus qui tordit affreusement son visage aux traits déjà grossier, dévoilant des dents jaunes et sales. Je retins une moue de dégoût. Ces hommes ne valaient guère mieux que les Détraqueurs. Peut-être même étaient-ils pires. Il désigna du menton une petite porte à notre droite.

« Chambre froide. », fit-il de sa voix éraillée. « Ah, il en aura mis un temps à crever, cette ordure… »

Je serrai la mâchoire, contractant les poings à m'en faire blanchir les jointures. Mais ne répondis rien. Il n'attendait que ça. Glacial, je soutins son regard moqueur jusqu'à ce qu'il baisse les yeux. Puis, satisfait, je me dirigeai vers la porte qu'il venait de m'indiquer. Je la poussai lentement, tressaillant sous son grincement lugubre. Je pénétrai dans la pièce exiguë et sombre, la parcourant du regard. Détaillant les murs de pierres froides et mal taillées. Le sol humide et crasseux. La petite fenêtre par laquelle montait le grondement sourd de l'océan en contrebas. Avant d'oser poser les yeux en son centre. Là, sur une longue table de bois pourri, gisait le corps de Lucius Malefoy. Mort.

J'inspirai profondément avant d'avancer dans la pièce glacée. Je m'arrêtai à hauteur du corps et l'observai minutieusement. Les rides au coin de ses yeux et la blancheur prématurée de ses cheveux témoignaient de la dureté de son enfermement. Ses paupières étaient refermées sur son regard vide empreint de folie. Mais finalement, à cet instant, il m'apparut serein. Plus serein dans la mort que je ne l'avais jamais connu dans la vie. Peut-être avait-il trouvé sa rédemption, finalement…

Je soupirai longuement avant de m'asseoir sur la chaise bancale près de moi. Ne le quittant pas des yeux. Je repensai aux paroles de l'Auror. « Cette ordure… ». Cette ordure, oui. Cette ordure qu'était mon père. Ce père qui m'avait entraîné dans sa chute. Mécaniquement, j'effleurai mon avant-bras gauche. En serrant les dents.

La porte grinça derrière moi mais je ne me retournai même pas. Je savais qu'il s'agissait de ma mère. Qui d'autre ? Elle s'avança de l'autre côté de la table, me faisant face, le visage crispé. Je remarquai la façon dont sa main tremblait, si près de celle de son mari défunt. Comme si elle s'interdisait de la toucher. Ses doigts se refermèrent finalement sur eux-mêmes et elle croisa les mains derrière son dos. Comme moi, elle le dévisagea longuement. Avant de lever des yeux embués de larmes vers moi. Elle referma les paupières sur ces dernières. Une seule s'en échappa, roulant sur sa joue en une traînée salée.

« J'étais venue le voir… », souffla-t-elle, d'une voix à peine audible. « La semaine dernière. »

Mon cœur rata un battement sous cette révélation et je regardai à nouveau le visage de mon père. Ce visage plus paisible que jamais. Je me remémorai la première question qu'il me posait à chacune de mes visites mensuelles. Toujours la même. Immanquablement. Comment va ta mère ? Je levai les yeux vers cette dernière, observant la trace encore humide qu'avait laissé sur sa joue son unique larme. Et l'évidence me frappa de plein fouet.

Elle avait été sa rédemption.

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Immobile, l'œil vide et les muscles engourdis, j'observai le cercueil sombre descendre dans la terre humide aux senteurs âcre. Je retins le sourire ironique menaçant d'étirer mes lèvres. Lucius Malefoy. Le grand Lucius Malefoy. Enterré dans un minuscule cimetière. Eloigné de tout. Tel un paria. Ni adulé, ni regretté. Des innombrables lèches-bottes qui l'avaient entourés autrefois, il n'en restait pas un. Pas un seul. Seuls sa femme et son fils étaient présents.

A mes côtés, ma mère était tout aussi figée que moi, suivant lentement du regard le mouvement du bois sombre. Je détaillai un instant son profil aristocratique. Si digne, si froide. Pareille à une statue de glace. Doucement, sa main vint effleurer la mienne. Tremblante. Glacée. Jusqu'à s'y agripper. Fermement. Désespérément. Comme on saisit une bouée de sauvetage. J'étais sa bouée de sauvetage. Je l'avais toujours été.

Reportant mon attention sur le cercueil, je me laissai envahir par cette sensation étrange qui ne m'avait pas quitté depuis l'annonce de la mort de mon père. Une sensation étrange, presque incongrue. Mélange de soulagement et de culpabilité.

Soulagement de ne plus avoir à lui rendre visite tous les mois dans sa cellule humide et nauséabonde. De ne plus répondre sans ciller à ses questions habituelles. De ne plus soutenir son regard froid. Dur. Implacable. Me confrontant aux souvenirs de nos crimes communs. De notre déchéance commune. De notre chute commune.

Mais culpabilité de ne ressentir aucune autre émotion. Ni regrets. Ni tristesse. Pour ce père qui n'en avait jamais été vraiment un. Pour cet homme que ma mère avait aimé et qu'elle pleurait aujourd'hui. Cet homme jamais rencontré. Quel genre de personne ne ressentirait rien à la mort de son propre père ?

Je resserrai mon étreinte sur la main fine de ma mère, avant de l'entraîner derrière moi, aussitôt que le sorcier croquemort fit léviter le tas de terre brune. Ce dernier retomba sur le cercueil en un bruit sinistre, m'arrachant un violent frisson. J'accélérai le pas, soudain oppressé. Evitant du regard les stèles grises alentours. Gravées de noms familiers. Si familiers.

Ce n'est que parvenu à l'extérieur du petit cimetière, dans l'allée bordée de hauts cyprès sombres, que je parvins à nouveau à respirer librement. Je croisai le regard de ma mère. Si bleu. Si triste. Nostalgique. Je tentai un vague sourire, me voulant réconfortant, mais ne réussis qu'une grimace tordue. Je n'étais pas doué pour ça. Je ne l'avais jamais été.

Je soupirai et saisis fermement son bras pour nous faire transplaner. Il était temps de rentrer. Plus que temps. Nous atterrîmes devant son appartement dans un petit craquement. Elle lâcha mon bras, comme à regret et poussa la porte avec des gestes mécaniques. Je la suivis dans l'étroit couloir. A peine la porte fut-elle refermée qu'une silhouette frêle apparut dans le clair-obscur du corridor. Gracieuse. Familière.

Mon cœur se serra et je songeai un instant à faire demi-tour. Par réflexe. Par instinct. Pour éviter de réveiller la douleur sourde qui menaçait déjà dans ma poitrine. Mais mes jambes avancèrent d'elles-mêmes vers elle. Comme un insecte est attiré par la lumière.

J'entendis ma mère murmurer d'une voix égale qu'elle allait se coucher. La nuit venait à peine de tomber mais je ne protestai même pas. J'étais parvenu à sa hauteur. Maylen suivit ma mère du regard, la mine désolée, avant de reporter mon attention sur moi. Je frémis lorsque ses yeux clairs accrochèrent les miens.

« Je suis désolée pour ton père, Drago… », murmura-t-elle.

J'eus un rictus ironique. Elle était désolée. Alors que je ne parvenais pas à l'être. Peut-être parce qu'elle ne l'avait pas connu, justement.

« Ca va. », affirmai-je d'une voix éraillée.

Avant de la frôler pour aller m'asseoir sur le grand fauteuil du salon. La frôler. Seulement la frôler. Et je me tendis aussitôt, en inspirant bien malgré moi les effluves familières de son parfum. Enivrantes. Je me calai dans le large fauteuil près du feu, comme toujours lorsque je venais chez ma mère. Laissant la chaleur de l'âtre réchauffer mes membres gourds. Les yeux clos, pour ne pas les poser sur elle. Surtout pas.

Mais je sentis bientôt un corps chaud venir se blottir contre moi. S'imbriquant au mien. Parfaitement. Je retins un soupir.

« Tu peux m'en parler si tu veux. », souffla-t-elle près de moi. Trop près.

Je secouai la tête sans ouvrir les yeux. De peur d'être tenté.

« Ca va. », répétai-je plus fermement.

« D'accord. »

Je basculai ma tête en arrière, la calant contre le fauteuil confortable, et inspirai profondément avant d'ouvrir les yeux. Maylen me fixait de ses grands yeux, couvant le moindre de mes mouvements, la plus infime de mes réactions.

« Où est Luka ? »

Elle sourit légèrement et j'observai attentivement ses fossettes se creuser dans ses joues pâles. Délicieuses. Je me retins d'aller les effleurer du bout des doigts.

« Il était mort de fatigue. Je l'ai couché dans la chambre d'amis. Tu peux aller le voir, si tu veux. », proposa-t-elle prudemment.

Je secouai légèrement la tête.

« Non. Je ne veux pas le réveiller. »

Elle acquiesça. Puis se mordit la lèvre inférieure, comme à chaque fois qu'elle était nerveuse. Ou indécise. Finalement, elle leva une main tremblante et la glissa dans mes cheveux, les faisant couler entre ses doigts fins. Je soupirai d'aise. Et les mots vinrent d'eux-mêmes :

« Tu sais, ce n'était pas vraiment mon père. Je veux dire…Je ne pense pas qu'il ressentait quoi que ce soit pour moi. »

Elle me regarda, l'air peiné. Sincèrement.

« Il t'aimait, Drago. », assura-t-elle. « A sa manière, peut-être, mais il t'aimait. »

Je souris, amer. Elle ne le connaissait pas. Elle ne le connaissait vraiment pas. Mais ses paroles firent tout de même leur chemin dans mon esprit.

A sa manière, peut-être…

Peut-être.

Je soupirai alors longuement, toute la tension de ces derniers jours semblant s'évacuer doucement. Mécaniquement, j'agrippai sa hanche, mes doigts glissant sous son pull à la recherche de sa peau douce. Elle pinça les lèvres mais se rapprocha imperceptiblement de moi. Sa main quitta mes cheveux, cherchant la mienne à tâtons. Nos doigts s'entremêlèrent aussitôt. Fermement. Fiévreusement.

Je rapprochai mon visage du sien et posai ma joue contre la sienne, brûlante. Avant d'en embrasser la peau de velours et d'inspirer profondément son odeur merveilleuse. Soudain apaisé de tous les maux. Plus rien n'existait. Plus rien n'existait sauf elle. Elle était comme une drogue. La plus fantastique, la plus addictive de toutes les drogues.

Je capturai ses lèvres entre les miennes sans lui laisser le temps de protester. Sa main enserra plus fort la mienne tandis qu'elle répondait à mon baiser. Eperdument. Jusqu'à ce que je m'écarte, haletant. Plongeant mon regard dans le sien. Etincelant malgré la pénombre qui nous enveloppait.

« Tu me manques. », murmurai-je, le souffle court.

Son regard se troubla, embué de larmes, et elle le détourna du mien.

« Tu me manques aussi, Drago. », fit-elle d'une voix à peine audible. Déchirée.

« Alors reviens. », tentai-je, plein d'espoir. En l'étreignant plus fort. De peur qu'elle ne m'échappe à nouveau. « Reviens, Maylen. »

Elle ferma les yeux sur les larmes qui perlaient à ses cils, et secoua doucement la tête.

« Je ne peux pas. Je…Tu m'as fait trop mal. Je ne peux pas. », gémit-elle d'une voix brisée.

La réalité de ses mots s'abattit sur moi et la douleur explosa à nouveau dans ma poitrine. Incandescente.

Maylen ne serait pas là demain. Ni après-demain. Ni les jours suivants. Elle ne serait plus là. Elle ne reviendrait pas. Jamais.

Parce que j'avais tout fait foirer.

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L'œil morne, l'esprit embrumé, je fixai les reflets de mon verre de Whisky Pur Feu, sans vraiment les voir. La porte du bar s'ouvrait à intervalles réguliers, laissant entrer ou sortir un flot de personnes inconnues et des courants d'air froid qui m'arrachaient des frissons. La musique entêtante me vrillait les tempes, et ma tête bourdonnait désagréablement. Je levai une nouvelle fois mon verre et le vidai d'un trait en grimaçant et réprimant un haut le cœur, pris d'un vertige soudain.

Dans mon esprit, en une litanie éreintante, les mêmes mots flottaient en boucle depuis des heures. Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra pas. Elle ne reviendra...

D'un geste mal assuré et vacillant sur mon tabouret, je fis signe au serveur, qui me jeta un coup d'œil désapprobateur. Au même moment, une main brune s'abattit sur la mienne.

« Je crois qu'on va s'arrêter là pour ce soir, mon pote… », lança une voix familière.

« Blaise ! », grognai-je, agacé.

Sans me prêter attention, il secoua la tête en direction du barman. Le regard de pitié que ce dernier m'adressa m'aurait fait sortir de mes gonds si je ne m'étais pas senti aussi mal. Mon sentiment de malaise allant crescendo, je tentai vaguement de me rappeler le nombre de verres que je venais d'ingurgiter. En vain. Trop, sans doute. Je me levai et le bar se mit à osciller dangereusement autour de moi. Beaucoup trop, en fait. Je ne me souvenais pas de m'être mis aussi minable depuis Poudlard. Ou peut-être après la mort de Pansy.

Blaise me soutint aussitôt. Merde. C'était moi qui jouais ce rôle d'habitude. Comme s'il lisait dans mes pensées, il lança, goguenard :

« Pour une fois que ce n'est pas moi ! »

Cette idée semblait le réjouir. Je lui lançai un regard noir.

« Justement, Blaise. Quand c'est toi, je me la ferme ! »

Il retint son rire et soupira, avant de m'entraîner vers la sortie.

« Allez, viens… »

Il soutint mon pas vacillant jusqu'à la porte, avant de nous faire transplaner. Le transplanage faillit me faire vomir le contenu de mon estomac mis à mal. Mais je retins mes haut-le-cœur jusqu'à ce que nous ayons atterri dans mon appartement. Avant de me pencher en avant et de rendre tripes et boyaux sur le carrelage immaculé de mon entrée. Blaise eut une exclamation de dégoût.

« Ah ! Drago, mon vieux, t'es dégueulasse ! Vraiment ! Si ton paternel te voyait dans cet état… »

Il s'interrompit, se rendant compte trop tard de sa maladresse. Je ne relevai même pas et me traîner en titubant jusqu'à mon canapé. Blaise s'assit à mes côtés.

« Désolé, Dray… », fit-il en me tapotant l'épaule. « Pourquoi tu t'es mis dans cet état ? Franchement, si c'est à cause de ton père, c'est ridicule… »

« C'est pas ça, Blaise. », le coupai-je d'une voix pâteuse.

Non. Ce n'était pas ça. Ca n'avait rien à voir avec ça.

Je fermai les yeux, m'apprêtant à sombrer dans le sommeil qui m'aspirait. Mais la voix de Blaise retentit à mes côtés, ne m'ayant jamais paru si désagréable.

« Drago, je te connais depuis toujours. Et je ne t'ai vu dans cet état que deux fois : à la mort de Pansy et à la fin de la guerre. Alors, c'est quoi le problème ? », fit-il d'un ton sérieux qui me donna à nouveau la nausée.

Blaise n'était pas censé être sérieux. Blaise n'était pas sérieux. Et Blaise n'était pas censé se trouver là, à mes côtés, alors que je venais de me prendre une cuite. Les rôles étaient inversés et la sensation qui en découlait était absolument désagréable. Parce que les rôles n'étaient pas censés s'inverser.

Les yeux toujours clos, luttant contre le sommeil, je parvins tout de même à formuler une réponse. Pour qu'il parte et me laisse enfin en paix.

« C'est elle, Blaise. »

« Elle ? »

« Maylen. »

Son prénom fut plus douloureux à prononcer que ce à quoi je m'attendais, semblant me brûler les lèvres lorsqu'il en franchit la barrière.

« Et ? »

« Elle est partie, Blaise. Et elle me manque. »

J'entrouvris les yeux. Blaise me fixait, interloqué, se retenant visiblement à grand peine de rire. Je refermai mes paupières. Il n'y avait rien de risible. Absolument rien. Elle me manquait. Il n'y avait rien de risible.

« C'est la vie, Dray. », affirma Blaise d'un ton théâtral et fataliste.

Oui, c'était la vie. C'était ma putain de vie.

Le sommeil s'abattit sur moi et je ne résistai pas une nouvelle fois, me laissant entraîner.

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Je pénétrai sur le terrain, pour une fois insensible à l'ambiance chaleureuse et électrique se dégageant des tribunes du stade. Mécaniquement, j'enfourchai mon balai et tapai violemment du pied sur le sol afin de m'élever dans les airs.

Je parcourus du regard les tribunes bondées. A leur recherche. J'avais longtemps hésité avant d'envoyer ces deux invitations pour ce match retour contre Kenmare, match de reprise du championnat. Et puis, finalement, un matin, je les avais glissées dans une enveloppe et confiées à mon hibou. Impulsivement. Aujourd'hui, je n'arrivais pas à décider si je le regrettais ou non.

Et puis, étaient-ils seulement venus ?

Je regardai les tribunes aux couleurs chatoyantes et bariolées. Oui. J'étais sûr qu'ils étaient venus. J'étais sûr qu'elle était venue.

L'arbitre siffla le début de la rencontre et presque aussitôt, le Souaffle me parvint. Je fis plusieurs feintes, évitai deux des poursuiveurs adverses avant de lober le gardien de but. La balle rouge alla se ficher en plein centre de l'anneau du milieu, accompagné des hurlements de la foule de supporters.

Une nouvelle fois, je parcourus le stade des yeux. A la recherche de deux silhouettes familières. Mon regard les cherchant frénétiquement. Désespérément.

Distrait, j'entendis tout juste un sifflement se rapprocher de moi. Dangereux. Menaçant.

Et puis, ce fut le noir. Le noir total.

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Eh bien voilà pour ce chapitre qui fut si long à venir…

Laissez-moi vos impressions !

A bientôt pour la suite.

Temperance.