Bonjour à tous. J'espère que vous avez passé un très bon Noël et que vous avez été bien gaté. Voici le chapitre tant attendu de la rencontre entre Harry et Draco ! Mon petit cadeau de Noël en quelque sorte.
En tout cas merci beaucoup pour vos encouragements et bonne lecture.


Chapitre 13 :

Assis sur le siège arrière de la voiture, Tom Voldemort rangea ses notes dans sa serviette, défit sa cravate, éten­dit ses jambes et poussa un soupir satisfait en regardant les deux détenus modèles installés à l'avant. Zabini était un petit escroc, un rital maigrichon, un minus. S'il était devenu prévôt de quartier, c'était uniquement parce que l'un de ses oncles malhonnêtes avait de l'influence sur un haut personnage de l'administration. Zabini ne lui procurait aucun amusement, aucune distraction, aucun prestige. Ça n'avait aucun intérêt de le tourmenter. Mais Malfoy, c'était une autre histoire. Malfoy, la star de cinéma, le sex-symbol, le riche magnat qui avait l'habitude des avions privés et des limousines avec chauffeur. Malfoy qui avait été une grande pointure internationale lui obéissait maintenant au doigt et à l'œil. Il y avait une justice en ce monde, songeait Voldemort. Une vraie justice. Et surtout, même si Malfoy essayait de le cacher, Voldemort arrivait parfois à percer son cuir épais et à le faire crever d'envie, mais ce n'était pas facile. Même quand il lui permettait de regarder les derniers films en cassette vidéo et la cérémonie de remise des Oscars à la télévision, Voldemort n'était pas certain de toucher un point sensible. Désireux de faire mouche une fois de plus, Voldemort chercha un sujet et son choix se porta par hasard sur le sexe.

- Je parie que les femmes vous suppliaient de coucher avec elles quand vous étiez riche et célèbre, n'est-ce pas, Malfoy ? demanda-t-il d'un ton jovial, tandis que la voiture s'arrêtait à un feu non loin de leur destination. Est-ce qu'il vous arrive de penser aux femmes, à leur présence, à leur odeur, à leur goût ? Vous n'aimiez sans doute pas le sexe tant que ça. Si vous aviez été bon au lit, la belle salope blonde que vous aviez épousée ne se serait pas envoyée en l'air avec ce Nott, hein ?

Dans le rétroviseur, il constata avec satisfaction que Malfoy serrait légèrement les mâchoires et il crut à tort que c'était cette conversation qui l'énervait, et non le nom de Nott.

- Si jamais on vous met en liberté conditionnelle — et, si j'étais vous, je ne compterais pas trop sur ma recommandation —, vous devrez vous contenter de putains. Les femmes sont toutes des putes, mais même les putes ont des scrupules. Elles n'aiment pas les anciens détenus. Vous ne le saviez pas ?

Malgré son désir de conserver en permanence une façade d'urbanité face à la racaille dont il avait la garde, Voldemort avait toujours du mal à contenir sa colère, qui était sur le point d'exploser.

- Réponds à mes questions, salopard, ou tu passeras le mois prochain au trou. Je parie que, dans le bon vieux temps, tu avais ton chauffeur, ajouta-t-il presque gentiment quand il se rendit compte qu'il avait perdu son calme. Et maintenant, regarde-toi ! C'est toi qui es mon chauffeur. Il y a un bon Dieu !

L'immeuble de verre apparut. Voldemort se redressa et rajusta sa cravate.

- Est-ce que tu t'es jamais demandé ce qui était advenu de tout ton argent, de ce qu'il en restait une fois tes avocats payés, évidemment ?

Pour toute réponse, Malfoy écrasa le frein et arrêta la voiture devant l'immeuble dans un crissement à leur faire grincer les dents. En jurant dans sa barbe, Voldemort ramassa les papiers qui avaient glissé sur le sol et attendit en vain que Draco sorte.

- Espèce d'insolent ! Je ne sais pas ce qui te prend aujourd'hui, mais je vais m'occuper de toi dès qu'on sera rentrés. Allez, sors de là- et ouvre-moi la porte !

Draco sortit sans se soucier du vent cinglant qui, soufflant sur sa mince chemise blanche, lui découvrit brutalement l'épaule, mais inquiet de voir la neige tomber pour de bon. Dans cinq minutes, il serait en fuite. Avec un sourire railleur, il ouvrit brusquement la porte arrière et fil un geste ample du bras.

Est-ce que vous pouvez sortir tout seul ou faut-il que je vous porte ?

C'est la dernière fois que vous me charriez, le prévint Voldemort en prenant sa mallette sur le siège. Vous avez besoin d'une bonne leçon au retour.

- En maîtrisant sa colère, Voldemort jeta un coup d'œil à Zabini qui regardait dans le vague en s'efforçant de paraître sourd et docile.

- Vous avez votre liste de courses, Zabini. Allez les faire et revenez ici. Vous, ordonna-t-il à Draco, grouillez vous d'aller me chercher du fromage et des fruits frais à l'épicerie d'en face. Ensuite vous resterez dans la rue. J'aurai fini dans une heure et demie. Gardez-bien la bagnole et le moteur chauds !

Sans attendre de réponse, Voldemort s'élança sur le ère lui, les deux hommes contemplaient son dos en attendant qu'il pénètre dans le bâtiment.

- Quel fumier ! fit Zabini à voix basse, puis il se tourna vers Draco. Ça y est. Bonne chance !

Il leva les yeux vers les nuages sombres, annonciateurs de neige.

- Il y a un beau blizzard à l'horizon.

- Tu sais ce que tu dois faire, répondit aussitôt Draco en écartant la question météorologique. Ne dévie pas de notre plan et surtout, pour l'amour du ciel, raconte ce que nous avions prévu. Si tu fais exactement ce que je t'ai dit, tu passeras pour un héros, pas pour un complice.

Quelque chose dans le sourire nonchalant de Zabini et dans son attitude nerveuse et inquiète alarma Draco.

Clairement et succinctement, il répéta les détails du plan qu'auparavant ils n'avaient pu que se chuchoter.

- Blaise, suis les consignes. Laisse la liste de Voldemort sur le plancher de la voiture. Fais tes courses pendant une heure, puis va dire à la vendeuse du magasin que tu as oublié la liste dans la voiture et que tu n'es pas sûr d'avoir tout. Dis-lui que tu dois aller la chercher et reviens ici. La voiture sera fermée à clé.

Draco prit la liste des mains de Zabini, la jeta à côté du siège du passager et verrouilla la portière. Avec un calme simulé, il saisit le bras de Zabini et le poussa fermement vers le coin de la rue.

Des camionnettes les dépassèrent à toute allure tandis qu'ils attendaient que le feu passe au rouge, puis ils traversèrent la chaussée sans se presser, comme deux Texans moyens discutant à bâtons rompus de l'état de l'économie ou du prochain match de football, si ce n'est qu'ils portaient un pantalon et une veste blancs avec les lettres TDC inscrites en noir sur le dos.

- Quand tu arriveras à la voiture, poursuivit Draco en approchant du bord du trottoir, et que tu t'apercevras que la portière est fermée à clé, retourne à l'épicerie, regarde un peu autour de toi et demande aux vendeurs s'ils n'auraient pas vu quelqu'un qui me ressemble. Quand ils te diront que non, rends-toi à la pharmacie et à la librairie et demande la même chose. Quand ils te répondront que non, dirige-toi tout droit vers l'immeuble et ouvre la porte en demandant où se tient la réunion du directeur. Raconte à tout le monde qu'un détenu a dû s'évader et que tu dois l'en informer. Tous les vendeurs des différents magasins confirmeront tes dires et, comme tu avertiras le directeur de mon absence une demi-heure avant qu'il sorte et le découvre lui-même, il sera convaincu que tu es innocent comme l'agneau qui vient de naître. Il te laissera probablement sortir plus tôt pour assister au mariage de Julia.

Zabini sourit et leva les pouces d'un air enjoué pour bien lui montrer qu'il avait compris, au lieu de lui serrer la main plus gravement.

- Ne t'en fais pas pour moi. Vas-y !

Draco acquiesça, se retourna et fit de nouveau volte-face.

- Zabini ? fit-il solennellement.

- Oui, Draco ?

- Tu vas me manquer.

- Je sais.

- Transmets toute mon affection à la Mama. Et dis à tes sœurs qu'elles resteront mes vedettes préférées, ajouta-t-il avant de s'éloigner à grands pas.

L'épicerie était située au coin d'une rue et possédait une entrée latérale qui faisait face au bâtiment dans lequel se trouvait Voldemort et une autre dans une rue adjacente. Draco, s'efforçant de respecter son plan à la lettre, passa par l'entrée principale. Au cas où Voldemort le surveillerait, ce qu'il faisait parfois, il resta juste derrière les portes sans se faire remarquer et compta jusqu'à trente. Cinq minutes plus tard, il était à quelques pâtés de maisons de là, sa veste de détenu calée sous le bras, et se dirigeait d'un pas vif vers sa première destination, les toilettes des hommes de la station-service du 66, Court Street. Le cœur battant, tenaillé par la peur et l'incertitude, il traversa Court Street au feu et se faufila vite entre un taxi et un semi-remorque qui avait ralenti pour tourner à droite, puis il aperçut ce qu'il cherchait, un coupé noir banal, garé à quelques mètres, immatriculé dans l'Illinois. La voiture était encore là, bien qu'il ait deux jours de retard.

La tête courbée et les mains dans les poches, il se remit marcher normalement. La neige commença à tomber pour de bon quand il passa devant la Corvette rouge qui se trouvait devant la pompe pour gagner les toilettes des hommes. La porte était verrouillée. Réprimant son envie dedonner un coup d'épaule pour l'enfoncer, il prit la poignée et la secoua.

- Calme-toi, mon pote ! lui cria de l'intérieur une voix d'homme en colère. J'en ai pour une minute.

L'occupant des toilettes émergea enfin quelques minutes plus tard, jeta un regard circulaire sur l'espace vide qu'il avait devant lui et se dirigea vers la Corvette rouge. Derrière lui, Draco contourna la benne qui le dissimulait, entra dans les toilettes et verrouilla soigneusement la porte en fixant son attention sur la poubelle débordante qu'il aperçut à l'intérieur. Si on l'avait vidée depuis deux jours, c'était vraiment que la chance l'avait lâché.

Il la retourna. Quelques serviettes de papier et des canettes de bière s'en échappèrent. Il secoua de nouveau et fît pleuvoir un déluge de détritus puis, en dernier, deux sacs en nylon s'écrasèrent sur le linoléum crasseux avec un bruit mat rassurant. Il ouvrit le premier d'une main tout en déboutonnant sa chemise de prisonnier de l'autre. Il y trouva un jean à sa taille, un pull noir banal, une veste de jean ordinaire, des bottes à sa pointure et une paire de lunettes de soleil d'aviateur. L'autre sac contenait une carte du Colorado où son itinéraire avait été surligné en rouge, une liste d'instructions tapée à la machine pour lui permettre d'arriver à bon port, dans une maison isolée au fin fond des montagnes, deux enveloppes épaisses en papier kraft, un pistolet automatique de calibre 45, une boîte de munitions, un couteau à cran d'arrêt et un trousseau de clés de voiture qui allaient lui permettre de faire démarrer le coupé noir qui l'attendait en face. Le couteau à cran d'arrêt le surprit. De toute évidence, Zabini était persuadé qu'un détenu en cavale bien habillé ne pouvait pas s'en passer.

Tout en comptant mentalement les précieuses secondes qui s'écoulaient, Draco se changea puis fourra ses vieux vêtements dans l'un des sacs, qu'il remit dans la poubelle avec les détritus qui jonchaient le sol. Il était capital de ne laisser aucune trace de son évasion. Ensuite il ouvrit les deux enveloppes. La première contenait vingt-cinq mille dollars en billets de vingt non marqués et un passeport au nom d'Aidan Lynch, la seconde une liasse de billets d'avion prépayés, certains au nom d'Aidan Lynch, d'autres libellés à différents patronymes qu'il pourrait utiliser si les autorités découvraient sa fausse identité. Se pointer dans un aéroport, c'était prendre un risque que Draco devait éviter tant que les choses ne se seraient pas apaisées. Pour l'instant, il plaçait tous ses espoirs dans le plan qu'il avait conçu et mené le mieux possible depuis sa cellule, en ayant recours à la coûteuse compétence des contacts de Zabini. Ces derniers étaient censés avoir embauché un homme qui attendait un coup de fil de Draco dans un hôtel de Détroit et qui lui ressemblait assez pour que l'on puisse les confondre. Dès qu'il serait prévenu, il louerait une voiture au nom de Drake Jones et traverserait la frontière canadienne à Windsor, un peu plus tard dans la soirée.

Si la police mordait à l'hameçon, la gigantesque chasse à l'homme qu'elle déclencherait s'orienterait vers le Canada, et Draco pourrait ainsi prendre le chemin du Mexique, puis de l'Amérique du Sud, quand les recherches auraient perdu de leur intensité.

En son for intérieur, Draco doutait sérieusement de l'efficacité à long terme de cette diversion et de la possibilité pour lui de rejoindre sa première destination sans se faire descendre. Mais tout cela n'avait plus grande importance. Tout ce qui comptait à présent, c'était qu'il était provisoirement libre et qu'il allait très bientôt se mettre en route vers la frontière du Texas et de l'Oklahoma, à cent cinquante kilomètres au nord. S'il arrivait jusque-là sans être appréhendé, il parviendrait peut-être à traverser l'étroite pointe de l'Oklahoma, large d'une cinquantaine de kilomètres seulement jusqu'à la frontière du Colorado. Au Colorado, quelque part dans la montagne, se trouvait son premier point de chute, une maison en pleine forêt, qui lui servirait de « planque » autant qu'il le souhaiterait, lui avait-on assuré.

Entre-temps, il ne lui restait donc qu'à franchir la frontière de deux Etats, se réfugier dans la maison sans se faire repérer et, une fois là, attendre patiemment que le branle-bas déclenché par son évasion s'estompe pour passer à la seconde phase de son plan.

Il saisit le pistolet, le chargea, vérifia la sécurité et glissa l'arme dans la poche de sa veste avec une poignée de billets de vingt dollars, puis il prit le sac, les clés de voiture et ouvrit la porte. Il allait réussir. C'était parti.

Il fit le tour du bâtiment, s'avança sur la chaussée en direction de sa voiture et s'arrêta net. Il n'en crut pas ses yeux. La dépanneuse devant laquelle il était passé en traversant la rue pour gagner la station-service, quelques minutes plus tôt, s'éloignait. Accroché au treuil se profilait un coupé noir immatriculé dans l'Illinois.

Pendant quelques secondes, Draco resta planté là, paralysé, à le regarder osciller dans la circulation. Dans son dos, il entendit l'un des employés du garage crier à l'autre :

- Je te l'avais bien dit que c'était une voiture abandonnée. Ça fait trois jours qu'elle est garée là.

Leurs voix tirèrent brusquement Draco de sa paralysie temporaire. Soit il regagnait les toilettes, enfilait ses vêtements de détenu et laissait tout derrière lui en attendant une prochaine fois, soit il improvisait tout de suite. En fait il n'avait pas le choix. Il ne retournerait pas en prison. Il préférait mourir. Fort de cette décision, il fit la seule chose qui lui vint à l'esprit. Il se précipita au coin de la rue, à la recherche du seul autre moyen de quitter la ville. Un bus descendait l'artère. Après avoir attrapé un vieux journal dans une poubelle, il lui fit signe et monta dedans. Le journal brandi comme s'il était absorbé dans la lecture d'un article, il avança dans l'allée centrale, dépassa une horde d'étudiants qui parlaient de leur prochain match de football et gagna l'arrière du véhicule. Pendant vingt minutes interminables, le bus se traîna entre les voitures, crachant gaz d'échappement et passagers à presque tous les coins de rue, puis il tourna à droite et s'engagea sur la route qui menait à la sortit de la ville. Quand la rampe d'accès à l'autoroute apparut à l'horizon, les passagers, qui se réduisaient à présent à une demi-douzaine d'étudiants bruyants, se levèrent comme un seul homme en apercevant ce qui ressemblait à un bar à bière.

Draco n'avait pas le choix. Il descendit avec eux par les portes du fond et se dirigea vers le carrefour, situé à un kilomètre et demi, où se coupaient la passerelle de l'autoroute, la bretelle d'accès et la route nationale. Il ne lui restait plus qu'à faire du stop. Dès que Voldemort s'apercevrait qu'il s'était enfui, tous les flics dans un rayon de quatre-vingts kilomètres se lanceraient à sa poursuite et repéreraient tous les auto-stoppeurs. Ça lui laissait au plus une demi-heure.

La neige lui collait aux cheveux et tourbillonnait autour de ses pieds. Il courba la tête pour se protéger du vent. Plusieurs camions passèrent devant lui, leur conducteur ignorant son pouce levé, et Draco réprima la prémonition terrifiante du sort qui l'attendait. La route était encombrée, mais chacun se hâtait manifestement pour rejoindre sa destination avant que la tempête ne se déchaîne. Personne ne s'arrêtait. Un peu plus loin, on apercevait un vieux café qui servait aussi de poste à essence et deux voitures garées dans le grand parking, un 4X4 bleu et un break marron. Il gravit l'allée et jeta un coup d'œil aux clients par la grande baie vitrée. Il y avait là une femme seule, ainsi qu'une mère et ses deux enfants. Il jura dans sa barbe. Les deux véhicules appartenaient à des femmes, qui n'allaient sûrement pas prendre un auto-stoppeur. Sans ralentir le pas, Draco poursuivit son chemin jusqu'à l'extrémité du bâtiment, où étaient garées les voitures, en se demandant si les clés avaient été oubliées sur le démarreur. Même si c'était le cas, il savait que c'était de la folie d'en voler une, puisqu'il devrait passer devant la vitre du café pour sortir du parking. La propriétaire appellerait aussitôt les flics et leur donnerait la description du véhicule et de sa personne avant même qu'il soit sorti de ce fichu parking. Et puis, de là-haut, on pouvait voir quelle direction il prendrait sur l'autoroute. Peut-être pouvait-il tenter de soudoyer l'une des femmes du café pour qu'elle lui fasse faire un bout de chemin.

Si l'argent ne suffisait pas à la convaincre, il avait un pistolet. Merde ! Il devait quand même y avoir un meilleur moyen de se tirer de ce guêpier.

Devant lui, en contrebas, les camions fonçaient sur l'autoroute en provoquant des mini-blizzards sous leurs roues. Il regarda sa montre. Cela faisait près d'une heure que Voldemort était parti à sa réunion. Il renonça à faire du stop sur l'autoroute. Du haut de la passerelle, on le verrait à plus d'un kilomètre. Si Zabini avait suivi ses instructions, Voldemort alerterait les flics du coin d'ici environ cinq minutes. La voiture du shérif apparut soudain sur la passerelle, comme si cette pensée l'avait fait venir, ralentit puis s'engagea dans le parking du café à une trentaine de mètres de Draco et se dirigea vers lui.

Instinctivement, Draco s'accroupit, fit semblant d'inspecter le pneu du 4X4, puis il eut une inspiration... trop tard peut-être, mais peut-être pas. Il sortit le couteau à cran d'arrêt de son paquetage, l'enfonça sur la face latérale du pneu en se baissant vivement sur te côté pour ne pas recevoir le jet d'air en plein visage. Du coin de l'œil, il observa la voiture de police qui s'arrêtait doucement derrière lui. Au lieu de lui demander ce qu'il faisait à traîner autour de ce café avec son sac, le shérif abaissa sa vitre et tira de la situation la conclusion la plus évidente.

- Vous m'avez l'air d'avoir crevé...

- Eh oui ! acquiesça Draco en donnant un coup sur le pneu et en prenant soin de ne pas regarder par-dessus son épaule. Ma femme m'avait pourtant averti qu'il y avait une fuite...

Ses paroles furent ensuite noyées dans les braillements frénétiques de la radio et, sans un mot, le flic fit crisser ses roues en faisant demi-tour, accéléra et quitta le parking avec sa sirène hurlante. Quelques instants plus tard, Draco entendit d'autres sirènes qui venaient de tous les horizons, puis il vit les voitures de patrouille foncer sur la passerelle avec leurs gyrophares.

Les autorités avaient appris qu'un détenu s'était échappé. La chasse venait de commencer.

A l'intérieur du relais, Harry sortit des toilettes et prit un peu d'argent de son porte-monnaie pour payer l'addition. Sa visite chez M. Robarts lui avait rapporté plus qu'il ne l'escomptait, notamment une invitation à venir passer quelque temps avec sa femme et lui-même, invitation qu'il n'avait pas pu refuser. Il avait cinq heures de route devant lui, davantage sans doute avec toute cette neige, mais il avait aussi un gros chèque en poche et assez d'exaltation pour supporter tous ces kilomètres. Il regarda sa montre, prit le thermos qu'il avait apporté pour le remplir de café, sourit aux enfants qui mangeaient avec leur mère ainsi qu'à la jeune femme seule au bar et se dirigea vers la caisse pour régler sa note.

Quand il sortit du bâtiment, il s'arrêta brutalement devant une voiture de police qui fit frénétiquement demi-tour devant lui, brancha sa sirène et sortit du parking sur les chapeaux de roue pour gagner la route principale, chassant de l'arrière sur la fine couche de neige. Comme il était distrait par ce spectacle, il ne remarqua l'homme aux cheveux blonds qui était accroupi devant la roue de sa voiture, du côté conducteur, que lorsqu'il manqua trébucher sur lui. Le blond se redressa brusquement, le toisant de son mètre quatre-vingt-dix. Harry malgré son mètre soixante-quinze sursauta, et recula prudemment, méfiant.

- Que faites-vous là ? demanda-t-il en fronçant les sourcils devant sa propre image reflétée dans les verres teintés des lunettes d'aviateur du blond.

Draco esquissa un semblant de sourire. Finalement le bar ne contenait pas que des femmes. Son cerveau fonctionnait à nouveau et il sut exactement ce qu'il allait faire pour qu'Harry lui propose de l'emmener. L'imagination et la capacité d'improviser avaient toujours été ses deux plus gros atouts de réalisateur.

- J'ai l'intention de vous changer votre roue si vous avez un cric, dit-il en désignant du menton le pneu plat.

- Excusez ma grossièreté, fit Harry d'une voix navrée, mais vous m'avez fait sursauter. Je regardais cette voiture de police partir à toute allure.

- C'était Barry Ryan, le policier du coin, improvisa Draco sans sourciller, comme s'il s'agissait d'un de ses amis. On l'a encore appelé et il a dû filer. Sinon il m'aurait donné un coup de main pour changer votre roue.

Ses craintes apaisées, Harry lui sourit.

- C'est très gentil de votre part, dit-il en ouvrant le coffre du 4X4 pour chercher un cric. C'est la voiture de mon frère. Le cric est quelque part par là, mais je ne sais pas très bien où.

- Là, fit Draco qui le sortit. Ça ne prendra que quelques minutes, ajouta-t-il.

Harry voulut l'aidé mais Draco refusa, prétextant qu'il le gênerait plus qu'autre chose. Et puis, même si il était pressé, il ne luttait plus contre la panique. Le brun était déjà persuadé qu'il était l'ami du shérif. Il penserait donc qu'on pouvait lui faire confiance et, une fois qu'il lui aurait changé son pneu, Le brun accepterait sûrement de le déposer quelque part. Ils seraient sur la route, la police ne ferait pas attention à eux puisqu'elle recherchait un homme voyageant seul.

- Où allez-vous ? s'enquit Draco en posant le cric.

- A l'est, en direction de Dallas puis vers le sud, répondit Harry tout en admirant sa dextérité. Il doutait de pouvoir en faire autant.

Le blond avait une voix d'une rare beauté, incroyablement grave et posée, une mâchoire forte, carrée. Ses cheveux blonds et presque blancs étaient mal coupés, et Harry se demanda vaguement à quoi il ressemblerait sans l'écran de ces lunettes réfléchissantes. Très beau, conclut-il, mais ce n'était pas sa belle allure qui retenait ainsi son regard. C'était autre chose, une impression irréelle que le jeune Potter avait du mal à définir. Harry la chassa de son esprit et, le thermos dans les bras, il engagea poliment la conversation.

- Vous travaillez par ici ?

- Plus maintenant. J'étais censé commencer un nouveau boulot demain, mais il faut que j'y sois à sept heures du matin. Sinon ils le donneront à un autre.

Quand Draco eut suffisamment actionné le cric, il déboulonna les boulons, puis désigna d'un coup de menton le sac qui avait glissé sous la voiture et qu'Harry n'avait pas vu.

- Un de mes amis devait passer me prendre ici il y a deux heures et me faire faire une partie du chemin, ajouta Draco, mais je suppose qu'il lui est arrivé quelque chose et qu'il ne viendra pas.

- Ça fait deux heures que vous attendez ici ? s'exclama Harry. Vous devez être gelé !

Draco ne détourna pas la tête, apparemment très concentré sur sa tâche, et Harry réprima une étrange envie de se baisser à son tour pour l'observer de plus près, plus longtemps.

- Voulez-vous une tasse de café ?

- Volontiers.

Au lieu de puiser dans son thermos, Harry se tourna vers le café.

- Je vais vous en chercher. Comment le prenez-vous ?

- Noir, répondit Draco en s'efforçant de contrôler sa déception.

Le brun allait au sud-est d'Amarillo, alors qu'il se rendait à six cents kilomètres au nord-ouest. Il jeta un coup d'œil à sa montre et accéléra le mouvement. Il s'était écoulé près d'une heure et demie depuis qu'il était descendu de la voiture du directeur de la prison, et le risque de se faire capturer augmentait à chaque instant, tant qu'il restait dans les environs d'Amarillo. Quelle que soit la destination de cette femme, il devait la suivre. La seule chose qui comptait à présent, c'était de mettre un certain nombre de kilomètres entre Amarillo et lui. Il pourrait l'accompagner pendant une heure, puis, plus tard, revenir sur ses pas par une autre route.

La serveuse dut préparer un autre pot de café et, lorsqu'Harry regagna la voiture, une tasse en carton fumante à la main, le blond avait presque fini de changer sa roue. Il y avait déjà cinq centimètres de neige sur le sol et le vent cinglant devenait de plus en plus violent, fouettant les pans de son manteau ouvert et lui tirant des larmes. Harry le vit frotter ses mains nues et songea au travail qui l'attendait le lendemain... s'il arrivait à destination. Le brun savait que les emplois se faisaient rares au Texas, surtout dans les métiers manuels, et comme le blond n'avait pas de voiture, il devait avoir de sérieux problèmes d'argent. Il portait un jean neuf, nota Harry en remarquant pour la première fois le pli vertical révélateur quand il se redressa. Il l'avait probablement acheté pour faire bonne impression sur son futur employeur, se dit le brun, soudain submergé par un flot de compassion. Il n'avait encore jamais pris d'auto-stoppeur. Il avait un peu peur des mauvaises rencontres, mais il décida de le faire cette fois-ci, non seulement parce que le blond lui avait changé sa roue et qu'il lui semblait sympathique, mais aussi à cause d'un simple jean, un jean tout neuf. Un jean neuf, raide, impeccable, acheté par un chômeur qui plaçait manifestement tous ses espoirs en un avenir meilleur qui resterait lettre morte si personne ne le rapprochait de sa destination.

- J'ai l'impression que vous avez fini, dit Harry en se rapprochant.

Il lui tendit la tasse de café, que le blond prit dans ses mains rougies par le froid. Devant la réserve apparente de l'homme, Harry hésita à lui proposer de l'argent.

- J'aimerais vous donner quelque chose..., commença-t-il.

Draco refusa d'un mouvement de tête catégorique.

- Dans ce cas, fit Harry, puis-je vous déposer quelque part ? Je vais prendre l'autoroute vers l'est.

- Je vous en serais reconnaissant, répondit Draco, qui accepta sa proposition avec un sourire bref et qui se pencha aussitôt pour ramasser son paquetage en nylon sous le 4X4. Je vais aussi vers l'est.

Quand ils montèrent dans la voiture, il lui dit qu'il s'appelait Aidan Lynch. Harry se présenta à son tour et, pour lui faire bien comprendre qu'il l'emmènerait où il voudrait mais rien de plus, il prit soin de l'appeler M. Lynch quand il lui adressa de nouveau la parole. Draco comprit très bien le message et l'appela M. Potter.

Ensuite Harry se détendit complètement. Cette relation très formelle était fort rassurante, tout comme le fait qu'il l'ait immédiatement accepté. Mais quand, plut tard, Draco demeura silencieux et distant, Harry regretta d'avoir insisté pour établir entre eux une telle distance. Il se savait incapable de dissimuler ce qu'il pensait. Draco s'était donc sans doute rendu compte qu'il le remettait à sa place, insulte d'autant plus inutile que le blond avait fait preuve de gentillesse en lui changeant son pneu.

A suivre…


Alors ça vous a plu ? Pour la suite il faudra patienter quelque peu car je pars en vacances jusqu'au 4 janvier et je n'aurais pas accès à internet d'ici là. Donc le chapitre suivant n'arrivera pas avant le mardi 6 janvier.
Mais que cela ne vous empêche pas de me laisser votre avis sur ce chapitre. Passez une bonne fin d'année et à l'année prochaine ! Bises