— Où est-ce que tu vas ?

John se tourna vers Sherlock tout en enfilant son manteau. Il avait rendez-vous avec Hayley et il espérait que cette fois-ci, son ami ne trouverait pas le moyen de faire tomber ses plans à l'eau. Le médecin s'estimait heureux que la jeune femme accepte de vouloir ressortir avec lui sans lui faire de réflexion sur leur dernier rendez-vous, écourté par la faute du détective. Le blond estima donc nécessaire de mettre les points sur les i.

— Je sors avec Hayley. Et non, je ne pense pas rentrer ce soir, ajouta-t-il en voyant que le brun ouvrait la bouche pour poser une nouvelle question.

Sherlock hocha la tête et se replongea dans la page internet qu'il était en train de consulter. John poursuivit :

— Je te prierai donc de ne pas me déranger pendant mon rencard. Si tu as besoin de matériel spécifique pour une de tes expériences, vérifie avant de la commencer que tu as tout ce qu'il te faut.

— Je ne compte pas faire d'expérience aujourd'hui, assura le détective.

— Parfait. Parce que je ne me déplacerai pas pour te dépanner. Et si tu as vraiment besoin d'aide, appelle Mme Hudson, ton frère ou Greg. Mais moi, laisse-moi tranquille.

— D'accord, répondit distraitement le brun, les yeux rivés sur l'écran de l'ordinateur.

Le médecin fit claquer sa langue contre ses dents.

— Est-ce que tu m'as écouté, Sherlock ?

— Oui. Ne pas te déranger pendant ton rencard. Si besoin, joindre Mme Hudson, Mycroft ou Lestrade, répéta le détective en daignant enfin lever les yeux vers son colocataire.

Le blond hocha la tête et désigna l'escalier de la main.

— J'y vais. A demain.

— A demain, marmonna son ami.

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John avait été persuadé que Sherlock trouverait le moyen de le faire revenir au 221B Baker Street ou tout du moins, d'écourter son rencard avec Hayley. Et il savait que si le détective lui demandait de le rejoindre, il ne saurait pas lui résister longtemps. C'est pourquoi le médecin avait choisi d'éteindre son téléphone portable. Il avait alors passé le reste de son rendez-vous galant à prier pour que son meilleur ami ne fasse pas irruption dans le restaurant où il avait invité Hayley.

Comme par miracle, Sherlock n'avait pas montré le bout de son nez et n'avait envoyé personne pour les déranger. Le repas avait été agréable, ils avaient un peu ri et beaucoup parlé et une fois que les desserts avaient été finis, Hayley avait proposé qu'ils aillent chez elle pour finir la soirée. John avait immédiatement accepté et après avoir payé l'addition, ils avaient pris un taxi pour rejoindre le domicile de la jeune femme.

Et maintenant, ils s'embrassaient dans l'entrée de l'appartement de Hayley. Ils étaient à peine rentrés que la femme s'était tournée vers le médecin et lui avait lancé un long regard pénétrant qui ne pouvait pas être interprété de différentes façons. Le blond avait donc avancé son visage vers celui de sa conquête et leurs lèvres s'étaient liées.

Hayley finit par reculer tout en gardant sa bouche scellée contre celle de John, entraînant le médecin avec elle. Il ne fallait pas sortir des grandes écoles pour deviner que la femme cherchait à gagner sa chambre et John se laissa guider, les yeux fermés, sa langue dansant avec celle de sa conquête.

La porte de la chambre fut ouverte à tâtons par Hayley qui fit encore trois pas avant de se laisser lentement tomber sur son lit, le médecin tout contre elle. Le blond eut une pensée pour Sherlock, qui devait probablement être enfermé au 221B, s'ennuyant profondément devant internet. Puis, il balaya l'image de son ami pour se concentrer sur le moment qu'il était en train de vivre.

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John était allongé sur le dos, les mains croisées sur le ventre, le regard fixé sur le plafond. A côté de lui, Hayley le regardait avec une moue embêtée. Un silence tendu régnait dans la chambre. La jeune femme finit par effleurer le bras de l'homme près d'elle et murmura :

— Tu sais, c'est pas grave …

— Je suis vraiment désolé, répondit le médecin. Je ne sais pas ce qui m'est arrivé, c'est la première fois que …

— Il ne faut pas t'excuser, je t'assure qu'il n'y a rien de grave, le coupa Hayley. C'est sûrement la fatigue, j'ai lu dans un article que ça pouvait avoir des effets de ce genre sur le corps …

Le blond hocha la tête, peu convaincu.

— Oui, ça doit sûrement être ça. La fatigue.

— Tu n'as qu'à rester dormir ici et on retentera demain ? proposa timidement Hayley.

Son amant ne put se résoudre à accepter. Il avait trop honte, même si la jeune femme assurait qu'elle ne voyait aucun inconvénient à sa panne. Parce que oui, lui, John Hamish Watson venait d'avoir une panne alors qu'il avait enfin l'opportunité de conclure avec la femme qu'il courtisait depuis deux mois. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait et préférait rentrer chez lui plutôt que de rester à côté de Hayley en attendant que son corps veuille bien réagir aux avances qu'elle lui faisait.

— Je pense qu'il vaut mieux que je rentre pour me reposer, marmonna-t-il en attrapant ses vêtements qui gisaient sur le sol.

Pendant qu'il se rhabillait, la jeune femme l'observa et murmura :

— On se rappelle ?

— Oui, bien sûr. Il faudra qu'on remette ça !

« En espérant que la prochaine fois, tout fonctionne correctement … » maugréa intérieurement le médecin.

Il termina d'enfiler son pantalon et après avoir vérifié qu'il n'oubliait rien par terre, John embrassa Hayley sur le front et s'éclipsa dehors pour héler un taxi et rentrer chez lui. Le trajet lui parut court et s'il s'étonna de ne pas voir Sherlock affalé dans le canapé, le médecin fut soulagé de pouvoir éviter les questions embarrassantes que son colocataire lui aurait immanquablement posées s'il s'était trouvé dans le salon.

Le médecin ne chercha donc pas à trouver son meilleur ami et fila dans sa chambre pour se coucher dans son lit, espérant que le sommeil lui ferait oublier l'échec cuisant qu'il avait vécu ce soir-là.