Ouragan

Percy se réveilla avec une migraine qui lui martelait le crâne comme un marteau sur burin. Grimaçant, le brun se leva et alla se préparer son petit-déjeuner en traînant des pieds jusqu'à la cuisine, croisant sa mère qui lui ébouriffa les cheveux au passage en déposant un baiser sur son front.

« Tu fais quoi aujourd'hui ? demanda-t-elle.

— On sort. Annabeth part demain alors on sort. »

La réponse fût murmurée et Sally fit un sourire attristé à son fils qui passait sûrement la pire semaine de sa vie. C'était plus ou moins le cas. Percy avait très peu dormi et n'avait pas suivit un seul de ses cours, trop occupé à discuter avec la blonde par messages, par avion, par téléphone, ou encore à passer des heures avec elle assit sur les trois marches devant leurs immeubles.

Percy fixa ses céréales flotter dans son bol et se perdit dans ses pensées qui étaient toutes tournées vers la jolie blonde qui vivait en face de chez lui. Annabeth n'était arrivée dans sa vie que depuis plus d'un mois mais elle était déjà si présente et importante qu'il n'arrivait pas à se faire à l'idée qu'elle allait partir, et pas n'importe quand : demain. Il en était tombé amoureux aussi rapidement que son avion en papier avait traversé la ruelle et cette semaine passé avec elle lui avait confirmer ses doutes… Il allait avoir très mal quand elle partirait. Il avait déjà très mal.

Le jeune homme avait mit une journée entière avant d'avoir la force et le courage d'affronter les yeux gris d'Annabeth à nouveau. Dès qu'il avait mit un pied en dehors de son immeuble pour rejoindre Nico, qui n'était pas seul mais bien entouré de tout le petit groupe, Annabeth était venu se réfugier dans ses bras. Pour une première étreinte, elle avait été beaucoup trop émotionnelle à son goût.

Puis les choses avaient repris leurs rythmes. Ils étaient aller au lycée, ils avaient déjeuner ensemble, ils étaient sortis… Mais Percy ne l'avait pas lâchée une seule seconde. Lui prendre la main était devenu un réflexe, l'enlacer un besoin et il s'était mit à graviter autour d'elle comme il le faisait autour de la couleur bleue. Il voulait profiter au maximum de la blonde et sa façon de faire ne semblait pas ennuyer la jeune fille, au contraire, car elle se mettait à le chercher dès qu'il disparaissait de son champ de vision.

Ce que le brun avait préféré, était ce soir-là où ils étaient aller, rien que tous les deux, sur le toit de l'immeuble d'Annabeth. Ils s'étaient enroulé dans un plaid et avaient regardé les étoiles en silence, la blonde bien calée dans ses bras, jusqu'à ce qu'elle se mette à déblatérer tout un tas de choses sur leur rencontre bizarre, la joie des téléphone portable et des réseaux sociaux mais aussi la possibilité de se revoir pendant les vacances si Sally était d'accord bien entendu.

Mais Percy n'était pas stupide. Il savait qu'à leur âge, lorsqu'un ami partait loin, il disparaissait peu à peu jusqu'à ne plus être qu'un nom sur une photo dans un album, un visage que l'on croit reconnaître, puis plus rien. Juste un sourire qui a compté un jour, un sourire qui ne compte plus.

« Chéri ? l'interrompit Sally. Ils t'attendent, Jason vient de sonner.

— Oh. Ouais, j'arrive. À plus maman ! »

Le brun attrapa son blouson et ses chaussures qu'il enfila tout en descendant les escaliers de l'immeuble pour rejoindre ses amis, mais surtout, pour rejoindre Annabeth qui passait sa dernière journée avec eux. Il salua ses amis et enlaça tendrement la blonde avant de l'embrasser sur la joue, faisant sourire Annabeth et rosir ses joues.

« Central Park ? demanda Léo.

— Central Park, répondit Nico.

— Central Park sera notre toujours Di Angelo, sourit le latino.

— Je passe mon tour.

— Alors ! Annabeth ! s'écria Léo peut rancunier des paroles de l'italien.

— Léo ?

— Tu préférerais vivre dans le monde d'Harry Potter ou dans l'antiquité Grec ?

— Mais c'est quoi cette question ? s'écria Jason. Pourquoi pas la Rome Antique pendant qu'on y est ?

— Ok. Harry Potter, Rome ou Athènes ?

— Athènes, répondit Annabeth sans hésitation.

— Athènes ? Parce qu'Athéna ? demanda Percy.

— Évidemment.

— Attendez, comment tu sais ça toi ? demanda Piper étonnée.

— J'écoute quand elle parle, fit le brun en haussant les épaules.

— Mais vous parlez de quoi ?

— Tout, répondirent les deux adolescents d'une même voix.

— Ils sont adorable, chuchota Rachel assez fort pour que tous entendent.

— Rachel.

— Pardon… »

Ils arrivèrent enfin au parc et s'installèrent sur des bancs pour déguster une glace bien méritée, discuter et surtout rigoler sans penser au lendemain. Mais le soleil déclinait à vu d'œil, la journée était passée sans qu'ils ne se rendent compte et bientôt, il fut l'heure des au revoir.

Rachel tomba dans les bras d'Annabeth suivit des autres, un câlin groupé se fit au milieu du parc avant qu'ils ne promettent de venir la voir une dernière fois avant de partir mais aussi qu'ils ne promettent de venir la voir à San Francisco. Percy fut le dernier à partir, si partir était le bon mot.

Ils étaient silencieux, assis sur des balançoires sous le ciel de New York. La lune commençait à percer derrière les nuages et Percy se frotta les mains, commençant à ressentir la morsure du froid sur ses extrémités.

« Je ne veux pas que tu partes. Je ne veux pas non plus te voir partir, dit-il soudainement, brisant le silence qui régnait entre eux.

— Percy…

— Je ne suis pas sûr de pouvoir le supporter.

— Ce ne sont que des au revoir. On se reverra.

— Tu n'y crois pas. »

Le silence qui répondit à son affirmation montrait bien qu'il avait raison. Annabeth avait du avoir le même raisonnement que lui et savait qu'ils allaient se perdre de vu pour se perdre tout court.

« Ma mère m'a dit un truc, reprit-il après quelques minutes de silence.

— Ah oui ?

— J'ai mit pas mal de temps à comprendre et surtout, à me demander ce qu'il fallait que je fasse.

— Et ? demanda Annabeth curieuse. »

Le brun se leva de sa balançoire et posa ses deux mains sur les cordes qui encadraient Annabeth. La blonde leva un regard étonné vers lui, un regard qui transperça Percy de part en part, comme une flèche chauffée à blanc. Il voulait l'embrasser, là, maintenant, lui dire qu'il l'aimait et qu'il ne voulait pas qu'elle s'éloigne de lui mais le regard qu'elle lui lança… Percy se figea, incapable de réfléchir lorsqu'elle le regardait comme ça, incapable de réagir alors qu'elle se levait, lui faisant face mais surtout, se retrouvant soudainement si près de lui qu'il pouvait sentir la chaleur de son corps contre le sien.

Annabeth posa doucement, comme si elle avait peur qu'il fuit, une main sur sa joue et approcha son visage du sien, encore et encore jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent enfin. Le baiser était doux, timide, chaud et terriblement agréable. Percy lâcha les deux cordes pour venir enlacer Annabeth qui enroula ses bras autour de son cou. Il avait espoir que ça ne se termine jamais, qu'ils seraient ensemble pour l'éternité, qu'elle ne partirait pas.

Un goût salé vint interrompre ses pensées et Percy se rendit alors compte qu'Annabeth pleurait. Il se rendit alors compte que lui aussi pleurait.

« T'es un crétin Percy Jackson, marmonna la blonde en sanglotant. Je ne voulais déjà pas partir et toi tu…

— Hé ! se défendit le brun en la pinçant, la faisant rire par la même occasion. C'est toi qui m'a embrassé.

— Je sais… »

Les deux adolescents se fixèrent en silence, Percy essuyant les larmes de la jeune fille avec ses doigts, elle se noyant dans le regard bleu du garçon qui ne pouvait détacher ses yeux du visage strié de larmes d'Annabeth.

« Il se fait tard, murmura-t-il sans aucune conviction.

— On se voit demain ?

— Promis. »

Annabeth sourit tristement et vint entrelacer leurs doigts. Ils marchèrent en silence jusqu'à leurs immeubles et Percy s'autorisa à lui voler un second baiser avant qu'elle ne rentre chez elle. C'était la dernière fois qu'il pourrait la voir refermer doucement cette porte de verre… La dernière fois.

Percy remonta chez lui d'un pas lourd, s'effondrant sur le canapé sans un mot alors que Sally sortait de la salle de bain en robe de chambre.

« Alors ?

— Je l'ai embrassée.

— Tu lui as dit ?

— Non.

— Tu vas bien ?

— J'ai l'impression qu'on vient de m'arracher le cœur pour le piétiner avec des chaussures à crampons.

— Je comprend, souffla Sally. Viens là. »

Percy se hissa jusqu'aux genoux de sa mère et y posa sa tête alors qu'elle se mettait à lui caresser doucement les cheveux.

« Pourquoi ça fait si mal maman ? demanda-t-il dans un murmure.

— Parce que l'amour est un sentiment très fort. Il rend soit très heureux, soit très malheureux.

— Alors dès que je penserais à elle je serais malheureux ?

— Je ne le souhaite pas.

— Mais et toi ? Quand tu penses à Papa, tu es malheureuse ?

— Non. Mais moi j'ai eu beaucoup de temps et je t'ai toi, sourit tendrement Sally.

— Je t'ai aussi.

— Et tu auras du temps. On a tous besoin de temps.

— Merci d'être là.

— Je serais toujours là, je t'aime Persée.

— Je t'aime aussi. »

Percy fixa son reflet dans la télévision éteinte pendant de longues minutes jusqu'à s'endormir. Cette nuit-là, il rêva d'Annabeth à l'aquarium. Il rêva de San Francisco et de la mer. Cette nuit-là, Percy rêva d'un ouragan aux larges des côtes du Pacifique, un ouragan qui, douze ans plus tôt, lui avait prit son père. Cette nuit-là, entre les images flous d'une blonde en pleure dans un avion pour la Californie, Percy vit son père mourir.