17.
Surpris de trouver sa belle-sœur dans son propre Labo, arrivée visiblement bien avant lui, Skyrone alla droit vers elle et la mena à son bureau pour lui servir une tasse de thé avec un assortiment de petits gâteaux.
- Qu'y a-t-il, Ayvi ? s'affola Skyrone, plus brusque qu'il ne le voulait, paniqué. Aldie ?
- Toujours aucune nouvelle. Et rien sur les Morvik… Tous semblent avoir disparu de la surface de la terre, et là ce n'est pas qu'une formule littéraire… J'ignore où ils ont pu être emmenés, mais ils sont en danger, de mort, c'est évident, et il doit y avoir peu de temps…
Skyrone s'assit, ayant verrouillé les accès à son bureau, même à sa femme.
- Quelle confiance as-tu, vraiment, en ce vampire ? Aldie a planqué avec lui, se mettant juste à portée de ses crocs… Je sais qu'il a l'habitude de s'exposer, mais pas à ce point, pas vu la situation… Aldéran lui a vraiment fait confiance, et je crains, que pour une fois encore, ce fut mal placé…
- Et, pourquoi pas ?
Skyrone déposa un bloc-notes métallisé devant sa belle-sœur.
- Aldéran avait raison, jusqu'à un certain point. Odhel était sous contrôle, apaisé, ami. Mais s'il n'avait pas de sang synthétique à ingurgiter, la première volaille à saigner…
- Et, par « volaille », tu sous-entends mon époux, ton frère ?
- Oui… Je n'ai rien à soumettre en option de nourriture alternative à cet Odhel…
- Non !
- Si, Ayvi : soit il se nourrit de sa femme, soit il mord Aldéran et le saigne ! Et bien que les deux options soient à vomir, toi et moi savons vers qui Odhel penchera… Si j'en crois le planning de nourriture dont Aldéran m'a transmis copie, Odhel aurait dû s'alimenter depuis trente-six heures, et, en manque, il se jettera sur la première source d'hémoglobine venue !
- Aldie… !
- Je suis désolé…
- Sky ?
- Je peux faire fabriquer du sang synthétique pour cet Odhel, pour des années, mais s'il n'est pas là… Et s'il a fait du mal à Aldéran, je ne lui donnerai jamais une seule goutte des recherches – et le sang produit sera d'une qualité hautement supérieure à ce qu'il a pu ingurgiter depuis toutes ces années - il n'aura qu'à se tourner vers les Labos officiels qui lui permettent de rester en ersatz de vie de puis tout ce temps !
Le visage de Skyrone se durcit, comme jamais.
- S'il a touché à mon frère, je lui planterai moi-même un pieu dans le cœur !
- Et moi aussi, souffla Ayvanère.
Gelant sur pieds, Thyèze entra dans la cellule où son époux l'avait conduite.
- Oh non… Odhel, tu n'as pas fait ça ! ?
- Je me suis gêné ! C'était sa vie ou la tienne, je n'ai pas hésité, et encore moins qu'il s'agissait en premier lieu de ma vie ! Je l'ai mordu, je l'ai saigné, il l'a même exigé, et je me suis donc nourri …
- Mais, il va quand même mourir ! protesta Thyèse alors que le corps inanimé d'Aldéran était déposé dans un cercueil, le couvercle scellé, et le caisson emporté.
- Que vont-ils… ?
- Il va être enterré ! Quelle importance, il n'y a pratiquement plus de vie en lui, j'ai fait en sorte qu'il en soit ainsi !
- Odhel, non, pourquoi ?
- C'était lui ou toi – je devrai te le répéter combien de fois ? ! Et je me refusais de te perdre, mon amour, vivant, ma raison de vivre !
- Oh, Odhel, tu as commis une telle abomination… Aldéran, il aurait pu…
- Non, je le crains… Pas dans cette histoire, pas avec ces ennemis.
- Que lui as-tu fait ?
- Il dort, pour l'éternité, sans souffrances. Je lui devais cet ultime cadeau, il a eu mal mais je l'ai endormi. Il va partir en douceur.
- Non, je ne crois pas…
Aldéran battit le briquet.
« C'était vraiment pas le moment de me filer ce genre d'objet, Sky… ».
Les draperies de soie arrachées, Aldéran se retrouva face à des parois dures, froides, impossibles à franchir !
- Non !
Une peur viscérale s'emparant de lui, il déchira, frappa et se fracassa les phalanges à tout ce qui lui faisait obstacle.
- Non ! hurla-t-il, en proie à une terreur ancestrale, irrépréhensible, balayant tout, le faisant gratter, s'époumoner, user ses doigts, totalement hors de contrôle raisonnable.
Mais la flamme du briquet s'éteignant, lui faisant oublier les images du lieu si clos, elle fit aussi disparaître les dernières molécules d'oxygènes présentes dans le cercueil.
Aldéran s'évanouit.
