Chapitre 13 – Nous avons toujours le choix…
« Pourquoi sommes-nous ici ? » demandai-je.
« Je pense qu'il n'y a pas de logique. Tu n'es pas un vampire, si ? »
« Non, enfin à moitié vampire, à moitié humaine. »
« Hein ? »
Il avait perdu de sa nonchalance et s'était approché en un éclair. Je pouvais le voir dans la pénombre mais pas aussi bien que lui le pouvait. Il était grand et brun, typé hispanique, mais sans accent.
« C'est assez rare… » répondis-je.
« Alors il y a une logique… »
« Tu m'expliques ? »
« J'ai un don. Tu es rare, peut-être même as-tu aussi un don ? »
« Oui. Je… »
J'hésitai, sa présence faisait partie peut-être du piège.
« Je crois que nous ne sommes pas beaucoup, nous les hybrides. Je m'appelle Renesmée. »
Inutile de le cacher, si il m'avait enlevée, il me connaissait au moins un peu.
« Oserai-je dire : Ravi de te rencontrer ? Je suis ici depuis si longtemps et je suis désolé que tu m'aies rejoint, car autant te le dire tout de suite, tu n'en sortiras jamais. »
« Mais pourquoi ? »
« Nous verrons si il te rend visite, mais quoiqu'il en soit, tu ne sortiras pas d'ici. »
« Tu es là depuis si longtemps ! Merde ! Comment fais-tu pour te nourrir ? »
« Il m'apportait des humains au début mais cela fait environ sept ans que je n'ai rien bu. Autant te dire que je suis sans doute plus faible que toi. J'ai néanmoins peur que tu ne puisses ainsi subsister, après tout, tu n'es qu'à demi vampire. »
« Ouais, surtout que moi je ne bois pas de sang humain… » soupirai-je, plus découragée que jamais.
« Vraiment ? »
J'acquiesçai.
« Même si c'est une tragédie pour toi, je suis content de ne plus être seul. Je m'appelle Diego, au fait. »
« Oh merde ! »
Oups. J'en connaissais combien des Diego vampires grands et bruns et disparus sans raison depuis plus de dix ans ?
« Tu m'en veux pour ce que je t'ai dit ? » souffla-t'il au bout de trois minutes.
« Non ! Je te connais, enfin je crois. Enfin je connais quelqu'un que tu connais. »
Avant qu'il ne puisse me questionner je lui touchai le bras et lui fis partager des souvenirs de Bree.
« Tu l'as connue ? » dit-il incrédule.
« Je la connais ! Elle fait partie de mon clan ! Les Cullen ! Les yeux jaunes, tout ça ! Oh merde, elle te cherche depuis dix ans ! Elle va être si heureuse quand je le lui… »
Je m'interrompis, un sanglot me bloqua la gorge car je repensai aux mots qu'il avait eus plus tôt. J'étais enfermée ici, sans possibilités d'en sortir un jour. Si Diego y était depuis sa disparition, comment avait-il fait pour ne pas devenir fou ? Il n'avait rien bu durant sept ans… comment allais-je survivre ? Allait-il me tuer ?
« C'est une habitude d'aligner des « merde » et des silences à tout bout de champ ? »
« Non, je n'ai pas été élevé comme ça, désolée. »
« Montre la moi encore, je t'en prie. » dit-il plus bas.
« Je vais tout te montrer, mais ensuite j'aimerais que tu me montres à ton tour ce que tu as vécu ici. C'est cela mon don, communiquer par la pensée mais aussi en faisant revivre les souvenirs. »
« Merveilleux… »
« C'est parti. Attends, moi j'ai besoin de m'asseoir. »
Je m'affalai contre un des murs, la pierre était fraiche et cela me fit du bien. Mon flanc droit était collé à son corps et cela m'apaisa un peu, comme lorsque j'étais avec l'un des membres de ma famille. Je fis démarrer mes visions. Je lui montrai les moments que j'avais partagés avec Bree depuis dix ans : son arrivée, notre apprentissage au végétarisme, nos révisions, nos fous rires, nos longues discussions le concernant, les fêtes avec toute la famille. Mais avant que je n'en arrive aux derniers mois, nous perçûmes un bruit très léger et finalement je me sentis sombrer de nouveau.
À mon réveil, je sentis l'odeur de sang de biche. En ouvrant les yeux, je vis d'abord que le sol était rouge, du sang partout et une dizaine de carcasses. Diego me regardait.
« Que s'est-il passé ? » demandai-je.
« Il est venu, il a pensé que cela te serait utile », ajouta-t'il en désignant le charnier autour de nous.
« Je meurs de faim ! »
Je me jetai sur la première bête et bus à grandes gorgées. Il m'en fallut quatre pour me repaître suffisamment et je pus à nouveau me concentrer sur la situation.
« Pourquoi je ne l'ai pas vu ? »
« Moi non plus Renesmée, je ne l'ai jamais vu. Je ne pourrais te montrer que des réveils avec des corps d'humains les deux ou trois premières années. Quand il vient depuis, il ne fait rien, enfin c'est ce que j'en conclus. Je m'évanouis aussi, c'est lui qui nous a fait ça, et ensuite, il n'y a rien de changé. »
« Attends, je viens de réfléchir à un truc. Il va m'affamer aussi, mais avant de mourir de faim, je vais mourir d'asphyxie, j'ai besoin de respirer moi ! »
« Il doit y avoir dans les cinquante mètres cube de volume et d'air, mais je pense que tu ne disposes que de la moitié d'oxygène. »
« Eh merde ! »
« Voyons, euh, tu accepterais de partager ton repas avec moi ? »
Je le regardai avec hébètement, il me demandait la permission. Malgré son affamement, il ne s'était pas jeté sur les animaux !
« Je t'en prie, je te laisse le reste, je ne peux plus rien avaler. »
« Mais après ? »
« Comme pour le sang humain… si ce n'est pas frais, ce n'est pas comestible ! » dis-je faussement gaiement.
« Merci. »
Quand tout fut bu, nous retournâmes nous asseoir et je continuai les souvenirs. Diego avait souri tout au long des mes visions, il avait même rit parfois.
« Je n'arrive pas à croire qu'elle m'ait cherché. »
« Eh oui. »
« Quand elle te parle de moi, tu crois qu'elle est sincère ? »
« Tu veux dire : m'aime-t'elle ? La réponse est oui. Je ne sais pas ce que tu appris des vampires mais sache que quand l'un d'entre nous tombe amoureux, le temps n'altère en rien ses sentiments. »
« L'un d'entre nous, tu dis ? »
« Oui, j'ai vécu toute ma vie avec des vampires, je me sens plus vampire qu'humaine. L'échec de sa dernière piste l'a pas mal déprimée, tu sais. »
« La pauvre… »
« Tu l'aimes ? »
« J'ai eu le coup de foudre, mais elle était si jeune, j'avais vingt ans et elle quinze. Maintenant, cela me paraît bien dérisoire. Elle t'a déjà tout dit de ce que nous avons vécu. Mais ce qu'elle ignore c'est que je l'aime toujours, et qu'elle me manque à chaque seconde. »
« On ne peut pas rester ici sans rien faire. Je n'ose même pas imaginer l'état de ma famille. Et juste le jour où Jacob et moi sommes enfin de nouveau réunis ! Merde ! Merde ! Merde ! »
« Tu crois que les tiens vont te retrouver ? » lâcha-t'il amusé.
« Évidemment. Tout un clan, quatorze vampires et une douzaine de loups ! »
« Je me dois te le répéter, tu ne sortiras pas. J'ai essayé chaque jour pendant des années ! Il n'y a aucune issue. Je n'ai jamais compris comment il entrait ici. »
J'observai attentivement les murs, et chacun avait été troué puis rebouché.
« Tu les as toi-même rebouchés ? »
« Non, il a toujours su quand je creusais pour sortir, et aussitôt je m'évanouissais. À chaque fois, je me sens encore plus faible. »
Je l'avais aussi ressentis mais grâce au sang, je me sentais mieux. Malgré ça, j'avais sommeil. Je baillai plusieurs fois en me rendant compte de mon état et Diego me sourit.
« Dors. »
Le réveil fut à nouveau des plus déprimants. L'obscurité était toujours aussi opaque, mais le pire était l'odeur de putréfaction des carcasses. J'en eus la nausée. Diego fermait les yeux, mais était en pleine réflexion sans doute.
« Tu te sens mieux ? » me questionna-t'il.
« Non mais je suis moins fatiguée. Diego, à ton tour.»
« J'attendais ton réveil pour débarrasser la table. »
« La table ? »
« Notre repas si tu préfères. »
« Et comment tu t'y prends ? » lui dis-je moqueuse.
Il ferma les yeux, il se concentrait apparemment, et l'une des carcasses prit feu. Les autres suivirent et en moins d'une minute, il ne subsistait que des petits tas de cendres. J'en restais bouche bée, j'en avais pourtant vu d'autre. Je m'assis bien droite à ses côtés et lui tendit la main afin que nous commencions notre séance souvenir.
« Et comment je m'y prends ? » me singa-t'il.
« Il te suffit de te remémorer et je verrai tes souvenirs. »
Je découvris dès le début que Diego avait tenté de dissuader Riley de mordre Bree. Mais il était trop jeune et trop obéissant à l'époque et il n'avait finalement rien tenté pour la sauver. Il était effectivement tombé sous le charme de mon amie au premier regard. Je vis ce que furent les premiers mois de Bree, puis leur séparation.
Diego avait été capturé par les Volturis mais alors qu'il voyageait sans doute vers l'Italie, il s'était pour la première fois évanoui. Quand il fut réveillé, une voix féminine lui dit qu'il avait échappé aux Volturis, mais que ce qui l'attendait n'était pas mieux. Il avait été « vendu » et elle même ne le reverrait jamais. Je la reconnus grâce aux souvenirs de Carlisle, c'était Heidi. Elle avait ainsi toujours été opportuniste.
Puis il s'était de nouveau évanoui et était resté des semaines seul, tournant en rond, cassant un à un les murs, s'évanouissant presqu'aussitôt. Un jour, une humaine était avec lui, avec un petit mot « Bon Appétit », écrit sur le front avec du rouge à lèvres. Il se souvenait de son goût, elle était droguée. Il s'en était succédé une trentaine, jusqu'à ce qu'il ne se promette qu'il ne tuerait pas le prochain humain, pour avoir un peu de compagnie. Il avait ensuite eut tellement soif que j'en eus moi-même la gorge brûlante. Mais l'autre devait avoir compris et plus aucun autre humain ne lui fit livré.
Il avait effectivement tenté de s'échapper en vain. Il s'était accroché au souvenir de Bree. Puis jour après jour il avait perdu tout espoir.
« Ça va faire plus de deux ans qu'il n'était pas revenu ici. » conclua-t'il.
« Je ne peux pas… je ne veux pas finir comme ça, sans les revoir une dernière fois, sans que Jacob ne sache à quel point je l'aime, pas avant que Carlisle m'ait tout raconté ! »
Je devenais presqu'hystérique et il me secoua violemment.
« Désolé Renesmée, mais il faut que tu gardes la tête froide, ou tu vas finir folle. »
« Pourquoi es-tu si faible ? Les vampires ne peuvent pas mourir ainsi. Même sans boire, tu es encore plus fort que n'importe quel humain ! »
« Non, je pense que chaque évanouissement m'affaiblit énormément, et c'est aussi le but. Sans sang et en étant si faible, je n'aurais plus la force de me défendre ou de m'enfuir. C'est ce qu'il attend, c'est ce qu'il veut. »
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas. À quoi serais-je utile après cela… Quand tu es arrivée, j'ai pensé que j'allais sortir ou mourir. Mais non. »
« C'est peut-être trop tôt pour… »
« Tu es là depuis une semaine. »
Impossible.
« Tu délires ! »
« Et pourtant. C'est peut-être trop subtil pour toi, la demi-vampire, mais je sens quand la nuit tombe, l'odeur change un peu. Cela fait une semaine que tu es là et moi cela fait dix ans, onze mois, trois jours. »
« Ils doivent tous être effondrés. » dis-je tristement en pensant aux miens.
« Puisque nous avons du temps devant nous, tu veux bien me montrer ta vie et celle des Cullen maintenant ? »
« Bien… »
Je le fis sans enthousiasme, mais cela m'empêcha de me morfondre davantage. Au bout de trois jours, je terminai avec mon dernier souvenir, le supposé garçon d'étage.
« Je le connais… enfin pas son nom, mais il était là le soir de mon enlèvement par les Volturis. »
« Il ne devait pas travailler pour eux, tous les Volturis sont morts depuis dix ans, peu après ta disparition en fait. »
« Vraiment ? »
« Je vais te montrer tout ce que je sais des vampires. Mon grand-père Carlisle, le père de notre clan, a plusieurs siècles. »
Je lui montrai tout ce que Carlisle et ma famille m'avait appris de leurs vies avant moi. Il en fut stupéfait. Riley ne leur avait rien appris sur les vampires, si ce n'est que des mensonges et avant que Diego puisse découvrir par lui-même, il avait été enlevé.
Un mois passa sans que je ne m'en rende compte. Notre ravisseur n'était pas revenu. Diego m'avait dit qu'être avec moi lui permettait de réfléchir correctement, objectivement.
« Je pense qu'il a la possibilité de voir l'avenir, comme Alice, cela expliquerait que je n'ai jamais pu m'évader. » avança-t'il.
« Oui c'est plausible, il doit bien avoir d'autres vampires avec des dons similaires. Diego, tu ne m'as pas vraiment expliqué ton don. »
« Je peux tuer un vampire, un humain, un animal ou même une plante verte sans le toucher. Par la pensée, et de la façon dont je le souhaite. Hélas je m'en suis aperçu ici. Tu l'as constaté avec les biches. »
« Comment c'est possible de ne pas t'en être rendu compte? » dis-je hébétée, car à ma connaissance un don était toujours très remarquable.
« J'ai chassé comme Riley me l'avait appris. Je ne me posais pas plus de questions alors. Je voulais, je tuais. J'étais très jeune, c'est peut-être aussi une explication. Quand notre ravisseur m'apportait mon repas encore vivant, j'avais une telle soif mais refusais de me nourrir. Mais j'imaginais comment je les aurais tué et cela se produisit à chaque fois. »
« Tu veux dire que si tu y penses, tu pourrais me tuer, là tout de suite ? »
« Oui. » répondit-il posément.
« C'est pourquoi tu as toujours été inconscient lorsqu'il venait. »
« Oui. »
« On est foutu ! Tu es trop faible pour nous faire sortir d'ici et même si tu essayais, il le saurait. »
« Cela fait quatre jours que j'y pense, je ne sais pas si ce sera possible, mais tu crois que tu pourrais lui donner l'illusion que nous ne sommes pas en train de nous évader ? »
« Hein ? Pardon, comment je ferais ça ? Il est loin sans doute et j'ignore qui il est. »
« Ok, ça valait le coup de poser la question… »
« Certes mon cher, mais ne crois pas non plus aux miracles, raillai-je gentiment. Si seulement on savait à qui on a à faire. »
« J'ai cru comprendre dans tes souvenirs qu'Alice ne pouvait pas te voir. »
« Oui ! Génial ! Si c'est moi qui creuse et que tu n'y penses pas, ça pourrait marcher ! »
Un bruit se fit entendre et une fois de plus, nous nous évanouissions. A notre réveil, un mot gisait à nos pieds.
Inutile d'essayer, nous vous retrouverions, nous nous vengerions.
Une photo était agrafée à la note, on y voyait tout le clan Cullen et Jacob. Ils étaient dans un aérogare, dépités. Diego garda longuement le cliché contre lui et ferma les yeux. Sur le coup j'eus peur qu'il tente de les tuer à distance, mais il rouvrit les yeux, et il était bouleversé.
« Nous ne pouvons pas les mettre en danger. » dit-il tout bas.
« Tu plaisantes j'espère ! Ma mère a tué les Volturis, ce n'est pas trois ou quatre vampires qui vont leur faire peur ! » m'écriai-je.
« Renesmée, c'est inutile. »
« Non ! je criais plus fort espérant que notre geôlier nous entende. Ils vont nous trouver et massacrer ces idiots. Jamais ils ne se laisseront intimider. Ce chantage ne doit pas nous faire capituler, Diego ! Ressaisis-toi. »
« Je crève d'envie de la voir, mais risquer sa vie est au dessus de mes forces. » me dit-il durement.
« Et moi ? Toute ma famille me cherche désespérément, l'homme de ma vie doit se morfondre, mais je suis certaine qu'il n'attendrait jamais de moi ce genre de sacrifice stupide que tu veux faire. Diego, je dois sortir d'ici, tu ne m'en empêcheras pas ! »
« Mais ils vont la… »
« Stop ! Les Cullen est le clan le plus grand du monde aux dernières nouvelles, et sans doute le plus puissant. Ils sont au dessus des lois. Depuis dix ans, ils ont dû affronter des vampires arrogants qui pensaient vaincre la tueuse des Volturis. Crois-moi, ils en ont vu d'autre ! Je ne veux pas qu'il leur arrive quoique ce soit mais les laisser nous chercher, avec le risque qu'ils n'y parviennent jamais, c'est pire que tout. Nous leur devons d'essayer aussi. »
« D'accord. »
Il ne semblait pas si sincère, toujours déprimé par cet avertissement et la menace qui planait sur les Cullen. Aussi, je me mis à réfléchir à toute allure. Je devais trouver un moyen pour sortir d'ici.
Diego était très faible, surtout après la visite de notre ravisseur, ou de son geôlier, car j'étais persuadée que celui qui venait nous nourrir et autre, n'était pas à la tête de ce complot. Il n'était qu'un garde.
Moi, je n'étais qu'une demi-vampire, je n'avais pas autant de force que ma famille. Pourtant ce serait la seule solution. Devenir plus forte. Et pour cela il n'y avait pas trente six moyens. Les vampires sont les plus forts dans leur première année.
Pourrais-je être transformée ? Je n'en étais pas sûre. Je ne préférais même pas songer aux conséquences. Je risquais de perdre Jacob, nous serions sans doute irrémédiablement incompatibles… Mais je ne pouvais pas rester cloîtrée ici sans agir.
Une journée durant, je cogitais sur la possibilité d'être transformée. Je me savais non venimeuse, mais être à demi-vampire m'aiderait peut-être à le devenir pleinement plus rapidement.
Diego était resté prostré, la photo entre les mains et les yeux dans le vide. Il me faisait pitié car tout espoir avait déserté son cœur depuis longtemps. Je ne l'avais en fait pas convaincu à essayer de nous enfuir, alors comment faire pour qu'il me morde ?
Plus d'un mois, je n'en pouvais plus d'être ici. Je mourrais de faim, de soif aussi. Aucun autre festin de biches ou autre ne m'avait été proposé. Diego avait repris un peu de force après notre collation animale, et avait peut-être désormais plus de mal à être sevré de sang, quel qu'il soit.
J'avais aussi appris à reconnaître lorsque le jour tombait. Il faisait nuit depuis plusieurs heures quand je me décidai à le provoquer pour qu'il me morde. Je m'approchai doucement. Le gardien n'avait pas fait de réapparition, cela me confortait dans l'idée qu'il n'avait pas vu ce que je projetais de faire.
Je m'assis à côté de Diego, en un quart de seconde, je me griffais violement le cou, une goutte de sang perla et il se tendit immédiatement. Je pris sa tête rapidement et la colla contre ma blessure.
Il ne résista qu'une seconde, et planta finalement ses dents dans ma chair. C'était douloureux, pire que ce que j'avais connu jusqu'à présent, mais je n'avais jamais vraiment souffert physiquement et je savais de par les souvenirs que j'avais capté des miens, que la transformation était bien plus douloureuse que cela.
Quand Diego me relâcha, et se plaqua à l'autre bout de la cellule, je me relevai péniblement, titubai puis m'affalai. Pas à cause de ma blessure, le garde était là, tout près et il nous plongea dans l'inconscient.
Cela dura moins longtemps pour moi, je commençai à percevoir nettement des bruits, comme ceux d'un animal sous terre. Je n'ouvrais pas les yeux car je percevais surtout une présence près de moi.
Le geôlier était là, il me touchait le bras et je captai ses pensées.
« Il ne va pas être content d'apprendre qu'ils ont tenté de s'entretuer. Quel idiot ce Diego. Et elle ? Renesmée, c'est ça, elle croyait vraiment qu'une petite morsure l'aurait tué ? Elle est censée en savoir beaucoup pourtant sur les vampires. Elle est la plus belle vampire que j'ai jamais rencontré d'ailleurs. Son don doit être pratique pour chasser, les humains ne peuvent pas se douter qu'elle est un vampire puisqu'elle leur ressemble quasiment parfaitement ! Ah mais non ! Elle ne chasse que les animaux c'est vrai. Je me demande comment sont ses seins… Wow, sublimes. Merde, le gringalet se réveille ! »
Diego grogna une seconde plus tard, et j'ouvris enfin les yeux.
Ce vampire ne s'était pas douté de ma démarche, il croyait que j'étais un vampire à part entière. Bon il m'avait reluquée, je n'avais pas apprécié évidemment, mais j'avais échappé à ses soupçons. Il ne me voyait pas, j'allais pouvoir mettre à exécution mon plan.
Une minute plus tard, je me remis sur pieds. Le changement était assez flagrant. Tous mes sens étaient décuplés, ma peau froide et mes yeux… il fallait que je demande à Diego. D'ailleurs, il n'avait pas bougé, n'avait pas ouvert les yeux mais je le savais conscient.
« Ça a marché, relève-toi ! »
« Je suis un monstre, je ne voulais pas, se lamenta-t'il, mais pourquoi avoir fait ça ? Pourquoi m'avoir tenté ? »
« Diego, je vais tout t'expliquer mais il faut faire vite. Il ne me voit pas, mais toi oui. Ne fais rien, ne pense à rien, mais regarde moi ! »
Sans attendre sa réponse, je me jetai contre un des murs et fis voler les pierres puis des mètres cubes de terre, je remontais vers la surface et Diego me suivait. Je perçus simultanément du bruit au dessus de nous et en dessous. Notre geôlier s'était rendu compte de notre escapade. Mais surtout, au dessus de nous je perçus les battements de cœur de Jacob ! Je creusai avec plus d'entrain je me serai noyée sous toute cette terre si je n'avais désormais plus besoin de respirer. Après de longues minutes d'effort, je sentis l'oxygène à travers la terre, ce qui signifiait que je me rapprochais de la surface. Je jetai un coup d'œil derrière moi, je savais que Diego me suivait, mais dans quel état était-il ? J'entendis des cris puis une main plongea pour me saisir. Le retour à la lumière ne me gêna en rien.
Ils étaient tous là, Diego fut aussi extirpé puis Alice et Esmé nous entrainèrent très loin. Nous courûmes près d'une heure. Nous étions en plein désert, nos peaux brillaient de mille feux. Un temple égyptien se dessina à l'horizon, et Esmé nous y emmena. Quand elles stoppèrent leur course, Alice et Esmé me prirent dans leurs bras et sanglotaient. J'aurais pleuré si je l'avais pu, mais je sanglotais sans larmes également. J'avais conscience de la présence de Diego. Il devait se poser tant de questions, mais je voulais d'abord savourer ces retrouvailles.
« Ma chérie ! murmura doucement Esmé. Tu es enfin là ! »
« Que s'est-il passé ? » la pressai-je, car enfin, leur présence m'expliquerait sans doute la raison de mon enlèvement.
« Il y avait deux vampires qui te gardaient. La famille va nous rejoindre mais plus tard, en faisant un détour au cas où ils seraient suivis. »
« Comment m'avez-vous retrouvée ? »
« C'était assez bizarre, mais je comprends mieux maintenant. Qu'as-tu fait ma chérie ? »
Elle me regarda tristement, je vis mon propre regard rouge dans le sien doré. Elle caressa ma peau plus pâle et plus froide que jamais.
« Je n'avais pas le choix, grand-mère. »
« Nous avons toujours le choix. »
