Jeudi (3e semaine)

Drazic se retourna dans son lit de fortune, un bras sur le visage et prit quelques secondes pour apprécier le silence.

En début de soirée, Dragan n'avait cessé de se confondre en excuse, essayant de lui faire entendre son point de vue et se lamentant sur le fait qu'il avait lamentablement échoué à le protéger. Pourtant, Drazic n'avait rien expliqué à son père mais sa présence en ce lieu devait être assez éloquente, Dragan avait compris que c'était l'oeuvre de ses associés et une fois de plus s'était plié en excuse, le suppliant de croire qu'il avait tout fait pour lui éviter ça. Il sonnait comme un vieux disque rayé et hélas tout ce que Drazic entendait c'était ses plates excuses, le même genre que celles entendues toute sa vie. Il avait conscience de se montrer très dur avec son père seulement il n'avait pas la force d'agir autrement, sa rancoeur contre lui allait bien au delà de cette histoire et le fait qu'il ait essayé de le préserver n'effaçait pas non plus le fait qu'il avait laissé des escrocs s'emparer de son garage en premier lieu.

À présent, il était là dans l'obscurité quasi complète et le silence réparateur. Il pouvait enfin réfléchir sans que la voix de son père ne le perturbe. Malheureusement, il regretta vite ce silence car cela le fit aussi paniquer et réaliser l'endroit où il se trouvait. Et s'il ne parvenait à prouver son innocence? Et s'il finissait derrière les barreaux comme son père? Étonnement, ce n'était pas ce qui l'angoissait le plus mais de savoir Anita à la merci de Pete.

Il allait se rendre fou à imaginer le pire alors il se redressa vivement de son lit et donna quelques coups dans le mur afin de tirer son père du sommeil. Il entendit ce dernier grogner, l'air hagard.

- Tu savais qu'ils avaient envoyé quelqu'un me surveiller? lui demanda Drazic.

- Fiston...

- Alors? le pressa ce dernier. Tu le savais?

- Je.. non, de quoi tu parles?

Au ton de sa voix, il pouvait dire que son père n'en avait réellement aucune idée. Il relâcha la respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir car imaginer que son propre père aurait pu lui faire courir un tel danger le remplissait de dégout.

- Alors tu ne savais pas qu'on me suivait à la trace.

- Non, ça je te le promets, affirma Dragan. Mais qu'est-ce qui te fais dire ça?

- La raison pour laquelle je me retrouve en taule, railla Drazic.

- C'est vrai qu'ils m'avaient prévenu, admit Dragan, je devais coopérer si je ne voulais pas qu'on s'en prenne à toi.

Drazic laissa un rire sans joie lui échapper.

- Mais je ne savais pas du tout ce qu'ils préparaient, se défendit Dragan. Ils savaient que tu étais mon point faible, qu'en t'utilisant ils obtiendraient tout ce qu'ils voulaient de moi.

- Et t'aurais pas pu me le dire plus tôt? Me mettre en garde avant que ça dégénère?

- Je voulais pas que tu sois mêlé à ça!

- Quelle réussite! ragea Drazic, ironique.

- Écoutes, je vais parler à l'inspecteur Riley, lui donner le nom de mon autre associé. Si j'explique la situation, peut être que...

- Ça va changer quoi? Ils ont eu ce qu'ils voulaient.

- Je comprends pas, marmonna Dragan, ils avaient promis de te laisser tranquille si j'allais dans leur sens.

- Parce que tu crois encore à la parole de ce genre de type? fit son fils d'une voix pleine d'incrédulité. Ce que t'es naïf.

- Je comprends pas, répéta Dragan.

- Moi ce que je comprends c'est qu'ils t'ont complètement retournés le cerveau pour que tu fasses leur quatre volontée, s'exclama Drazic d'une voix qui montait crescendo, et pendant que tu te plies en excuse, comme toujours, ma petite copine est à la merci du malade mental que tes associés ont engagés pour se faire passer comme l'un de mes super potes et qu'elle risque de sa vie.

Un silence s'ensuivit durant lequel Drazic fulminait de rage, les poings serrés à s'en faire saigner les jointures.

- Alors, t'as une petite copine? s'enquit son père au bout d'un certain temps d'un ton rempli d'une certaine fierté.

- Tsss, fit Drazic en riant jaune. Ouais et t'inquiète pas va, je ne referai pas les mêmes erreurs que toi.

- C'est bien, murmura son père, admettant ses erreurs.

- Si ce malade s'en prend à elle je te jure que je ne te le pardonnerai jamais! affirma Drazic d'une voix dure.

...

L'inspecteur Riley ressorti les photos montrées à Drazic la veille le représentant en train de commettre le délit de charger des cartons rempli de pièces détachées de voiture. À sa droite, dans un coin et de profil on pouvait reconnaitre Marco.

- Tu ne connaitrais pas le nom de celui qui t'accompagnais à tout hasard?

- Non, aucune idée, mentit Drazic, écoeuré à l'idée de trahir un copain même s'il ne savait pas quel rôle Marco avait joué dans toute cette histoire.

- Marco Vasquez, connu des services de police pour divers petits délits, le dernier en date étant du vol à l'étalage. Ça ne te dit rien, bien sûr?

- Pourquoi vous me poser la question? se renfrogna Drazic.

- Pour savoir si tu es toujours disposé à coopérer.

Drazic poussa un grognement sans répondre.

- Tu réalises que je suis de ton côté et que si tu veux que je continues à l'être il va falloir y mettre de la bonne volontée. Alors je réitère ma question, connais-tu ce Marco Vasquez?

- Oui, admit Drazic dans un soupir vaincu.

À quoi bon continuer à mentir puisque l'inspecteur semblait détenir toutes les réponses et l'interroger uniquement dans le but de s'assurer qu'il pouvait compter sur lui.

- C'est ton colocataire, n'est-ce pas?

- Il me rend service, reconnut Drazic, c'est temporaire, j'ai prévu d'emménager ailleurs.

- C'était donc chez ce fameux copain que tu disais t'être réfugié en quittant le domicile familial, devina l'inspecteur.

Drazic acquiesça d'un bref mouvement de tête, se gardant bien d'ajouter qu'il avait passé les premières nuits clandestinément au lycée.

...

Anita avait la chance d'avoir un lit bien douillet dans un foyer chaleureux pourtant elle n'avait que très peu dormi cette nuit-là, se sentant presque coupable de laisser Drazic derrière les barreaux, bien que consciente qu'elle n'aurait pas pu y changer quoique ce soit. Une petite voix lui faisait remarquer que si elle n'avait pas autant énervé Pete peut-être ne se serait-il pas vengé seulement pouvait-elle réellement s'en vouloir d'avoir échappé à un détraqué? Rien de tout ceci n'était de sa faute, ni de celle de Drazic d'ailleurs. Tous deux devaient arrêter de se morigéner à longueur de journée et pointer le doigt sur le véritable coupable. La voix de sa mère la ramena au présent, elle ne s'adressait pas à elle ou à son frère mais à quelqu'un dont elle n'entendait pas les réponses. Curieuse, Anita sortit de sa chambre alors qu'Hilary reposait le combiné du téléphone sur le comptoir de la cuisine.

- Qui c'était? s'intéressa Anita, persuadée que l'appel la concernait.

- L'inspecteur Riley, annonça Hilary, confirmant les pensées de sa fille. il demande à te voir.

- Maintenant, mais je vais dois aller en cours, protesta la jeune fille, à la fois étonnée et peu enthousiaste à l'idée de retourner au poste de police car cela avait été une épreuve éprouvante et qu'elle avait, à ses yeux, déjà raconté tout ce qu'elle savait.

- Seulement la première partie de la matinée, il m'a assuré qu'il ne nous retiendrait pas longtemps.

- Nous? répéta Anita.

- Oui étant donné que tu es mineure, je me dois aussi d'être présente.

La jeune fille soupira en roulant des yeux. L'une des raisons pour laquelle elle tenait à ce que sa mère reste dans l'ombre c'était pour ne pas l'inquiéter et lui faire perdre pied à quelques jours de ses examens finaux, hélas, elle pouvait voir aux traits tirés et au pli soucieux sur le visage de sa mère que le mal était fait.

- Tu sais ce qu'il nous veut?

- Non du tout, affirma Hilary en contourant l'ilôt de la cuisine. Tu veux du café?

- Non merci, répondit Anita rapidement avant d'afficher une mine pleine d'espoir. Est-ce qu'il t'a dit si Drazic serait là? Cette histoire le concerne aussi.

En réalité, elle espérait qu'il avait été relâché mais si ce n'était pas le cas alors sa présence serait probablement sa seule chance de le voir.

- Il ne m'a rien dit à son sujet, répondit assez sèchement Hilary.

Cafetière en main, elle versa le contenu dans sa tasse tandis que Ryan sortait de la salle de bain, déjà tout habillé.

- Y-a-t-il un événement en particulier auquel je n'ai pas été convié? lança Hilary en prenant sa tasse café et allant s'installer à la table du salon où un léger petit déjeuner composé de toasts et quelques fruits avait été posé.

- Ah ouais ça c'est très drôle, bougonna Ryan en prenant à son tour place à table, imité par sa soeur.

- Tu es bien matinale, insista Hilary en sirotant son café.

- Quoi, on a pas le droit de se lever tôt sans éveiller les soupçons? rala Ryan.

- Pas toi non, se moqua sa soeur alors qu'elle se saisit d'une pomme.

- Bon, ça va, je voudrais passer sur l'esplanade avant le début des cours pour écouter une chanteuse, ça te va!

- Une chanteuse? rigola Anita. Tu veux dire cette fille qui se produit dans les rues. Et bien sûr c'est de manière tout à fait désintéressée que tu vas aller la voir?

- J'aime bien sa musique, prétendit Ryan.

- Mais oui bien sûr.

- Au lieu de te moquer, tu verras, c'est une super chanteuse, affirma Ryan en tartinant un toast de beurre.

- Je n'en doute pas, rit-elle mais je verrai ça un autre jour. Je dois retourner au poste de police avec maman.

- Pourquoi ça? s'enquit Ryan. C'est pas pour défendre Drazic, j'espère.

- Ce que tu peux être lourd, soupira Anita. Non ça n'a aucun rapport avec lui.

- Tout à un rapport avec lui, assura Ryan en se levant, tartine en main puis en attrapant son sac à dos posé sur un fauteuil avant de se diriger vers la sortie.

- Passe le bonjour à ta chanteuse! s'écria Anita d'une voix moqueuse alors que son frère franchissait la porte d'entrée.

...

Au hangar

Charlie sortit de la salle de bain, alerté par le brouhaha qu'il avait entendu malgré le jet d'eau de la douche.

- Tu as déjà préparé tes affaires? s'étonna-t-il à l'intention de Katerina.

En effet, il y avait un amoncellement de sacs et de valises sur le côté de la porte d'entrée. Katerina s'était sans doute levée à l'aube pour tout préparer.

- Oui, c'est mieux si je m'y mets tout de suite, dit Katerina, et puis demain je ne sais pas si j'aurais la force de le faire.

- Ah oui, ça fait beaucoup de chose à emballer, plaisanta-t-il.

- Idiot, dit-elle dans un rire triste. Tu sais que je ne parle pas de ça!

- Ça te fait drôle de partir, hein? comprit Charlie.

- Je ne pensais pas que ce serait facile mais pas aussi dur, avoua Katerina.

- Tu as parlé de ton départ avec Léo?

- Oui, il n'était pas ravi mais il s'en remettra.

- C'est sûrement pour ça qu'il était si remonté hier soir, en même temps avec le coup que lui a fait Drazic.

- Charlie, tu ne vas pas recommencer à l'attaquer, le prévint-elle d'une voix fatiguée.

- Ah non non, pourquoi je critiquerais un mec qui a été arrêté sur son lieu de travail et devant tous ses fidèles clients en plus?

- Oh Charlie, s'agaça-t-elle, je n'ai vraiment pas envie d'avoir cette discussion avec toi maintenant!

- Mais moi non plus et figures-toi qu'à compter de ce jour, les faits et gestes de Drazic me passe complètement au dessus de la tête.

- Ah oui, c'est nouveau, fit-elle, l'air suspicieux.

- Je n'ai plus à m'en faire puisque je ne continuerai pas à vivre ici.

- Que.. quoi? s'étrangla Katerina. Qu'est-ce que tu veux dire?

- Que vais déménager Katerina, je quitte Hartley.

- Mais.. mais tu ne peux pas faire ça, bafouilla-t-elle prise de court. Où est-ce que tu vas aller vivre et ton bac, t'y as pensé?

- Tu sais il y a d'autre lycée en Australie, je pense particulièrement à l'Australie occidentale.

- Quoi? fit-elle, hébétée avant qu'un éclair de compréhension ne passe sur ses traits et qu'un large sourire n'illumine son visage. Charlie Byrd, qu'est-ce que tu essaye de me dire?

- Ah excuse-moi, fit-il faussement honteux, j'aurais sans doute dû te demander ton avis avant alors Katerina Ioannou, accepteriez-vous que votre humble petit ami au caractère je le reconnais parfois insupportable, vous accompagne en Australie occidentale?

Aucune réponse verbale ne fut nécessaire, l'explosion de joie qui suivit cette demande et l'élan d'affection de Katerina furent des plus éloquents.

...

L'inspecteur Riley referma le classeur contenant le dossier de Drazic.

- Bien nous n'avons pas de raison de te retenir, annonça-t-il.

- Vous me laisser partir? demanda Drazic avec un étonnement non feint.

- Oui, tu ne représentes pas un danger pour la société à ce que je sache et les preuves qu'on a contre toi sont trop minces pour qu'on te garde. Cependant, tu es convoqué au tribunal lundi et le juge requiert également ta présence vendredi.

- Vous voulez dire au procès de mon père? tiqua Drazic, contrarié à l'idée d'être forcé d'y aller même s'il avait plus ou moins pris la décision de s'y rendre en guise de soutien après sa discussion de la veille avec Anita.

- Oui étant donné que les deux affaires sont liées, le juge pense que ton témoignage pourrait aider ton père.

- Ouais, à condition qu'on veuille bien croire à ma version des faits, ronchonna Drazic.

- Avec les éléments que je vais apporter, je pense que le juge prendra ton point de vu au sérieux.

- Sauf qu'aux dernières nouvelles vous n'avez pas mis la main sur Pete, je me trompe?

- Pour ça, ce n'est qu'une question d'heure, assura l'inspecteur.

On frappa brièvement à la porte du bureau avant qu'un officier apparaisse dans l'entrebaillement de la porte.

- Anita Scheppers et sa mère sont arrivées.

Drazic écarquilla les yeux, étonné et inquiet qu'Anita soit de nouveau convoquée au poste de police.

- Ah parfait, faites-les entrer!

Il se tourna ensuite vers Drazic, l'invitant à sortir.

- Drazic, tu veux bien m'attendre à l'extérieur!

En réalité ce n'était pas une demande mais bel et bien un ordre.

- Si c'est au sujet de Pete ça me concerne aussi, décréta Drazic.

- Je dois d'abord m'entretenir avec elles, insista-t-il. Va m'attendre dehors!

Le jeune homme laissa un grognement irrité se faire entendre mais répondit à l'ordre donné tandis qu'en franchissant le seuil de la porte il tomba nez à nez avec Hilary Scheppers et sa fille qui trainait le pas derrière elle.

- Drazic, fit la mère d'Anita en le regardant de haut, l'oeil accusateur.

- Mme Scheppers, répondit-il à son tour, froissé par cet accueil hostile.

Hilary lui adressa un bref signe du menton, un sourire crispé aux lèvres avant d'entrer dans le bureau de l'inspecteur.

- Salut, fit Anita d'une voix légèrement intimidée, un sourire tout aussi embarassé aux lèvres.

- Tout va bien? s'enquit-il aussitôt, inquiet. Pourquoi t'es là?

- Je n'en sais pas plus que toi, affirma-t-elle.

Elle se dandinait d'un pied sur l'autre comme si elle s'interrogeait sur l'attitude à adopter.

- Et toi comment ça va?

- J'ai passé une super nuit à m'engueuler avec mon vieux, plaisanta Drazic dans un rire jaune. Ça m'a rappelé des souvenirs.

- Je suis désolée, dit-elle, la mine contrariée en posant une main sur l'avant-bras de Drazic.

- Anita, nous t'attendons! lui fit remarquer sa mère qui s'impatientait.

- Je vais devoir te laisser, s'excusa-t-elle en faisant retomber sa main du bras de Drazic. Est-ce que tu sais quand ils te laisseront sortir?

- Maintenant, je suis libre, annonça Drazic.

- Qu.. quoi? Vraiment? fit-elle les sourcils arqués d'incrédulité.

- Ouais, j'ai dû mal à y croire aussi mais ils n'ont pas suffisament de preuve pour me retenir.

- C'est génial! s'exclama-t-elle.

- Ouais enfin je suis quand même convoqués devant le juge.

- Je suis sûre que ça va bien se passer, lui dit-elle, pleine d'optimisme.

Tandis que Drazic haussait les épaules d'un air indifférent, la mère d'Anita la rappela de nouveau à l'ordre.

- Anita!!

- Oui oui, j'arrive, lança celle-ci, agacée avant de reporter toute son attention sur Drazic. On se voit au lycée?

- Peut-être oui, ça dépendra quand ils me laisseront partir.

Anita ouvrit la bouche pour répliquer quand sa mère lui lança un nouvel et dernier avertissement. Elle offrit un regard désolé à Drazic, qui pour la rassurer l'embrassa furtivement sur la tempe, avant d'entrer à son tour dans le bureau.

...

- Asseyez-vous, fit l'inspecteur Riley en indiquant les deux chaises libres à Anita ainsi qu'à sa mère.

- Est-ce qu'il y a du nouveau? s'enquit Anita.

- Non mais nous allons tout faire pour que ça change, assura l'inspecteur.

Il marqua une courte pause comme pour chercher les bons mots, le visage tourné vers Anita.

- Que dirais-tu de nous aider à coincer Pete Collard?

- Euh, je, je ne sais pas, bafouilla Anita, prise au dépourvu.

- Qu'entendez-vous par là? s'inquiéta Hilary d'une voix aussi soucieuse que ferme.

- Tout d'abord sachez que c'est une situation que mes hommes ont rencontrés à de nombreuses reprises durant l'exercice de leur fonction et qu'ils sont surentraînés pour parer à tout débordement. Nous ne mettrions pas la sécurité de votre fille en jeu.

- Où voulez-vous en venir? insista Hilary, le sourire forcé au bord des lèvres.

- Nous pensons que Pete ne se montrera pas tant que votre fille n'en fera pas autant. Il faudrait qu'il puisse l'approcher sans qu'elle soit accompagnée de quique ce soit.

- Il sait que vous le recherchez, signala Anita, dubitative. Il ne risquerait pas sa liberté.

- Détrompes-toi, il a des antécédents de troubles psychotiques.

- Ce qui veut dire? s'inquiéta Hilary.

- Que l'obsession qu'il a pour votre fille surpassera certainement sa peur d'être arrêté à nouveau.

- Je devrais servir d'apât, comprit Anita, réticente.

- Non c'est hors de question, refusa Hilary, d'un ton catégorique.

- Mme Scheppers, ce sera peut-être notre seule chance de l'arrêter.

Anita approuva d'un mouvement franc de la tête.

- Je suis d'accord, décida-t-elle.

- Anita, tu n'y pense pas! s'exclama sa mère, la mine presque horrifiée.

- Je ne veux pas vivre dans la peur, maman.

- Bien, je vais vous laisser en discuter, fit l'inspecteur Riley en se levant du fauteuil de son bureau.

- Il est absolument hors de question que tu te retrouve à nouveau impliqué avec ce détraqué, s'exclama fermement sa mère, ce n'est pas envisageable.

Anita prit une grande inspiration durant laquelle elle essaya de rassembler ses idées alors que la porte du bureau se refermait sur l'inspecteur, les laissant toutes deux seules.

- C'est à moi que ce malade s'en est pris, maman. Alors oui je sais, je n'ai pas fait preuve d'une grande maturité en gardant ce genre de chose pour moi et mon attitude ne doit pas vraiment t'encourager à me faire confiance mais je te demande pourtant de le faire.

Hilary soupira profondément, restant silencieuse ce qui incita sa fille à poursuivre sur sa lancée.

- Je ne pourrais pas vivre normalement en le sachant dehors, à ma merci. Il pourrait s'en prendre à moi n'importe quand mais en suivant le plan de la police il y a de grande chance pour qu'on le coince ce soir et que toute cette histoire soit enfin derrière nous.

- Quand tu dis "nous", tu penses à Drazic, n'est-ce pas?

- Oui, avoua la jeune fille en déglutissant péniblement.

- J'espère que tu sais ce que tu fais, dit Hilary dans un soupir.

- Alors tu es d'accord? demanda la jeune fille, reconnaissant l'air résigné de sa mère.

- Oh non, crois-moi, je ne le suis pas, réfuta sa mère. Seulement je te connais assez pour savoir reconnaitre lorsque tu as pris ta décision et que tu n'en démordera pas.

- Je ne veux pas te contrarier maman, s'excusa Anita.

- Avant toute chose, tu te trompes ce qui s'est passé n'a pas entâché ma confiance en toi, bien au contraire, dit Hilary d'une voix rassurante en plaçant sa main sur la joue de sa fille. Si tu pense que c'est le mieux pour toi alors je te laisserais faire.

- Tu es sincère? fit Anita, incapable de cacher sa surprise.

Hilary acquiesça malgré qu'une expression encore réticente demeurait sur son visage.

- Je crois qu'il est temps de te laisser voler de tes propres ailes.

- Oh maman, fit la jeune fille, touchée en passant ses bras autour du cou de sa mère. Je te promets que je serai très prudente.

...

Quelques minutes plus tard, l'inspecteur Riley avait rappelé Drazic dans son bureau. Il lui avait fait un rapide topo de la situation et expliqué pourquoi il devait le mettre dans la confidence.

- C'est l'idée la plus debile que j'ai jamais entendu! s'exclama Drazic, ahuri.

Il restait en retrait dans un coin de la pièce, adossé contre le mur, un pied relevé en guise de support tandis qu'Anita et sa mère étaient toujours installées en vis à vis avec l'inspecteur, face au bureau.

- Je ne t'ai pas fait venir ici pour avoir ton avis, lui fit remarquer l'inspecteur, mais pour que tu ne fasse pas d'impair.

- En restant bloqué ici jusqu'à vous lui mettiez la main dessus? railla Drazic. Je croyais que j'étais libre!

- Si Pete te vois il ne sortira jamais de sa tannière, tenta de lui faire comprendre l'officier de police.

- Parce que vous croyez vraiment qu'il est aussi stupide? grogna Drazic, renfrogné.

- Je crois que s'il me voit, il ne saura pas se contrôler, rétorqua Anita en se tournant vers lui, l'air sérieuse.

Drazic secoua la tête, refusant d'envisager un seul instant cette idée grotesque et dangereuse.

- Dis-moi que tu ne penses pas sérieusement à le faire? demanda-t-il incrédule, les yeux rivés sur Anita.

Il avait un tel air réprobateur, ses yeux lançant des éclairs, que la jeune fille n'eut pas le courage de soutenir son regard.

- Elle ne sera pas en danger, nous aurons un oeil sur elle en permanence, le rassura l'inspecteur.

- Bah bien sûr, maugréa Drazic en roulant des yeux. Et s'il s'aperçoit qu'elle est suivi et que ça tourne mal, vous y avez pensez?

- Drazic, la seule chose que je vais faire c'est rentrer seule comme si de rien n'était, lui promit Anita.

- Pour qu'il te saute dessus?

- C'est le seul moyen pour qu'il se montre, affirma l'inspecteur. Sans ça, on ne pourra pas le prendre sur le fait et on n'aura aucune raison de le faire l'arrêter.

- Et sa parole, elle ne vous suffit pas? gronda Drazic en désignant Anita. C'est elle qui s'est fait agressée dans l'histoire, vous devriez la croire sur parole.

- Hélas ce n'est pas aussi simple que ça, se désola l'inspecteur. Et pense aussi que son témoignage pourrait alléger la peine de ton père.

- Peu importe, je ne marche pas là-dedans, refusa Drazic, buté.

- C'est sans doute notre seule chance de le coincer, essaya de lui faire comprendre Anita.

Drazic secoua toujours la tête pour montrer qu'il rejettait ce plan en bloc.

- Et après quoi? lança-t-il en se tournant vers l'inspecteur. Vous espérez lui faire cracher le morceau? S'il est assez intelligent il ne parlera pas sans la présence d'un avocat et ça ne nous avancera à rien.

- Détrompes-toi, avec ce qu'on a sur lui, si on le surprend en train d'agresser ta petite copine, il comprendra vite son intérêt à parler.

- Ah parce que vous comptez aller jusqu'où pour prouver que ce type est reparti dans ses vieux travers? voulut savoir Drazic.

- Il ne m'arrivera rien, lui promit de nouveau Anita.

Drazic émit un rire mordant.

- Et ta mère elle est d'accord avec ça?

Hilary qui jusque là n'était pas intervenu se tourna lentement vers le jeune homme, un air outré placardé sur le visage.

- Tu serais gentil de t'adresser à moi directement.

- Vous ne pouvez pas la laisser faire ça, répliqua-t-il vertement, sans prêter attention à sa remarque. C'est de la folie!

- La police est là pour nous protèger, dit Hilary d'une voix crispée avant de se tourner vers sa fille. Et la décision ne me revient pas.

- Elle est mineure, vous avez votre mot à dire, contesta Drazic avant de se tourner vers l'inspecteur. Et s'il lui met un couteau sous la gorge, vous allez pouvoir arriver à temps?

- On ne le laissera pas aller jusque là, répondit-il calmement. Nos équipes sont sur-entrainés pour ça et ce n'est pas la première fois qu'une victime nous aide à confondre l'agresseur.

- Bah voyons, soupira-t-il en riant de nouveau avec amertume. Je peux parler en privée avec ma copine. Ça vous ennui pas?

Il avait dit cela d'un ton qui n'exigeait aucun refus, laissant penser que si la réponse était négative, cela ne l'aurait pas arrêté.

- Peut-être pourrais-tu demander à ma fille ce qu'elle en pense, d'abord? fit remarquer Hilary, l'irritation évidente de la voix.

- Maman, c'est bon, dit Anita dans un soupir las.

Afin de calmer sa mère, elle posa brièvement une main réconfortante sur la sienne puis se leva pour rejoindre Drazic.

- De toute façon, on en a fini pour le moment, annonca l'inspecteur. Drazic tu es libre de repartir mais n'oublies pas que pour que notre plan fonctionne Pete ne doit pas savoir qu'on t'a déjà relâché.

- Génial, je suis libre mais obligé de rester au poste, ragea-t-il.

...

La salle principale était déserte mais comme l'officier à l'accueil les observait d'un peu trop près, Drazic attira Anita au fond de la salle. Elle savait pourquoi il avait demandé à lui parler en privée, sans doute espérait-il la ramener à la raison mais ce qu'il ignorait c'est qu'elle avait parfaitement mesurer l'ampleur de la situation.

- Tu ne peux pas faire ça, c'est trop dangereux! lâcha-t-il une fois loin des oreilles indiscrètes.

- Drazic, tu sais bien que je ne peux passer ma vie à avoir peur de mon ombre, dit-elle en espérant lui faire entendre son point de vue.

- Ce n'est pas la solution, on en trouvera une autre.

- Mais le temps presse, si en l'arrêtant la police peut obtenir des informations pour aider ton père et t'innocenter alors...

Anita ferma un instant les yeux, sachant que les derniers arguments avancés étaient mal venus et ne ferait que le conforter davantage dans le fait qu'il avait raison d'insister.

- J'en étais sûr, souffla Drazic dans un rire sombre. C'est pas pour toi que tu fais ça mais encore une fois pour moi.

- Tu ne sais pas ce que Pete a prévu, dit-elle sans nier ses accusations. Pour l'instant ce qu'il a montré à la police ne constitue pas une preuve suffisante pour t'arrêter mais peut-être que tout ceci n'était qu'un avertissement.

- Plutôt un moyen de se débarrasser de moi pour s'en prendre à toi!

- Raison de plus pour poursuivre le plan de la police parce que Pete pense toujours que tu es prisonnier, il ne se méfiera pas de me voir rentrer seule.

- Tu crois vraiment qu'il va gober ça?

- Je l'espère oui, admit-elle.

- Combien de fois il va falloir que je te répéte que je peux me débrouiller seul? s'énerva-t-il en se pointant du doigt.

- Ce n'est pas que pour toi que je fais ça, prétendit-elle.

- Oh arrête, tu ne serais pas si pressé d'agir si je n'avais pas été convoqué au tribunal. Reconnais-le!

Elle secoua la tête puis ouvrit la bouche comme si elle allait nier ses dires avant de se raviser.

- Oui bon c'est vrai, c'est en partie pour ça, reconnut-elle tandis qu'il laissait échapper un rire amer. Mais c'est aussi pour ne plus vivre dans la peur, Drazic, je ne pourrais pas supporter ça encore longtemps.

- Mais laisse-les faire leur boulot, ils vont finir par le retrouver, tenta-t-il d'une voix presque implorante.

- Tu n'en sais rien.

- Anita, on y va! lança soudain sa mère en sortant du bureau de l'inspecteur.

- Ne fais pas ça! lui demanda Drazic d'une voix suppliante à laquelle il ne l'avait pas habitué tout en la retenant par la main.

- Drazic... commença-t-elle, se retrouvant rapidement à court de mots.

- Ça va mal se finir, j'ai un mauvais pressentiment là-dessus.

- Anita, insista sa mère, tapant littéralement du pied.

La jeune fille soupira d'agacement avant de plonger son regard dans celui de son petit ami.

- Tout va bien se passer, je te le promets!

Malgré la posture rigide de Drazic, elle se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un rapide baiser sur ses lèvres. Le baiser fut trop furtif pour qu'il y réponde mais même s'il avait été plus long la jeune fille douta qu'il ait été d'humeur à l'approfondir. Dans un sourire à la fois timide et rassurant, elle le quitta pour retrouver sa mère et s'éclipser hors du poste de police.

...

Anita sortait des livres de son casier lorsque Mélanie l'aperçut et vint à sa rencontre.

- Tu as manqué les deux premiers cours, souligna-t-elle.

- J'avais un rendez-vous chez le médecin, mentit Anita dans un haussement d'épaule.

Elle n'avait aucune envie de lui dire qu'elle avait passé la matinée au poste de police parce que connaissant Mélanie et l'aversion qu'elle avait pour Drazic, nul doute qu'elle rejetterait toute la faute sur lui sans même chercher à comprendre le pourquoi du comment et cela ne ferait que creuser le fossé qui s'était créé entre elles. Certes, sa meilleure amie était redevenue en partie elle-même et se montrait désireuse de repartir sur de bonnes bases mais quelque chose s'était altéré entre elles.

- Rien de grave, j'espère? s'enquit Mélanie après un moment.

- Non, non, juste une visite de routine.

Anita enfoui les livres de cours dans son sac, referma son casier et fit le chemin vers leur prochaine salle de cours, Mélanie à ses côtés.

- Tu as eu des nouvelles de Drazic? demanda cette dernière d'une voix quelque peu hésitante.

- Pourquoi ça t'intéresse tout d'un coup? répondit sèchement Anita, son sac serré contre elle, adoptant une posture défensive.

Elle ne pouvait s'en défendre, lorsqu'il s'agissait de défendre Drazic, la jeune fille avait envie de sortir les griffes.

- Parce que ça a l'air de t'inquiéter, répondit Mélanie avec sincérité.

- Que tu le crois ou non, il a été injustement accusé, dit Anita d'un ton ferme.

- Je veux bien te croire.

Anita secoua la tête tout en lâchant un rire jaune.

- Je sais que tu n'aime pas Drazic et que tu désapprouves ma relation avec lui, tu n'as pas besoin de te forcer.

- Mais tu es mon amie, Anita, lui assura-t-elle, je sais que ces derniers temps je ne te l'ai pas vraiment prouvé mais j'espère que tu me crois quand je te dis que ce qui te touches me touches aussi.

Anita marqua un temps d'arrêt et s'arrêta au beau milieu du couloir, jaugeant l'expression sincère et contrariée sur le visage de son amie avant de pousser un profond soupir d'abandon tout en reprennant sa marche.

- Je ne dis pas le contraire mais Drazic compte beaucoup pour moi.

- Je le sais, lui promit Mélanie.

- Je ne veux pas que tu saisisses la moindre opportunité pour le descendre ou essayer de me montrer à quel point j'ai tord de sortir avec lui.

- Bien sûr que non.

- J'ai bien assez de Ryan pour ça! ajouta Anita.

- Anita, même si je ne comprends pas ce que tu lui trouve, admit son amie, je crois que tu es sans doute la seule capable de le voir sous un autre jour et pour avoir agi comme il l'a fait l'autre jour il doit être attaché à toi.

- Tu es au courant de ça?

Cela surprit Anita, elle ne pensait pas que Mélanie était au courant de son agression puisqu'elle n'en avait rien dit, cependant, elle avait passé le plus clair de son temps avec Drazic ce qui avait certainement découragé son amie d'approcher.

- Charlie m'a raconté certaines chose, expliqua Mélanie avant de s'empresser d'ajouter. Mais ne lui en veut pas il était très inquiet pour toi.

- C'est rien, fit Anita d'un revers de la main.

Elles arrivèrent en classe mais la salle était encore vide. Toutes deux prirent place l'une à côté de l'autre avant de reprendre leur discussion sur un tout autre sujet.

- Alors, comment ça s'est passé hier avec Mai?

- Et bien nous avons interrogé le ministre de l'éducation, fit Mélanie de la fierté évidente dans la voix.

- C'est fantastique! s'exclama Anita, impressionnée.

- Oui sauf que nous n'avons pas réellement obtenu ce que nous attendions.

- Comment ça?

- Le ministre a été très vague sur le sujet, prétendant que ce n'est pas qu'une affaire de gros sous mais que ce lycée ne pouvait pas renaître de ses cendres pour la simple et bonne raison que les fondations sont trop endommagées, autrement dit il faudrait d'abord démolir Hartley High pour le rebâtir.

- Et bien sûr, ce n'est absolument pas une question d'argent, ironisa Anita.

- Oh il ne s'en est pas vraiment défendu, Mai ne lui en aurait de toute façon pas laisser l'occasion, rit Mélanie.

Anita rit à son tour en imaginant bien que leur camarade pouvait se montrer très persuasive quand elle le voulait.

- Seulement l'argument qu'il nous a donné tenait la route alors on a décidé de le garder pour l'article craignant que le ministre n'écourte la visite et nous laisse sans rien d'autre.

- Oui en somme il s'en est sorti par une pirouette, remarqua Anita.

- Que veux-tu, c'est un homme politique, c'était prévisible.

-Alors j'en conclu que vous avez enterré la hâche de guerre avec Mai?

- Disons que l'on se supporte, corrigea Mélanie dans un léger rire.

- J'en connais un autre qui va devoir la supporter, s'amusa Anita avant de se figer, se demandant si c'était une information qu'elle était en droit de partager puisque personne n'était au courant du départ de Katerina.

- Qui donc?

- Drazic, ils vont vivre ensemble au hangar, lui apprit Anita.

- Je me demande qui est le plus à plaindre, plaisanta Mélanie.

Anita lui fit de gros yeux, peu amusée par sa réflexion.

- Garde-ça pour toi, tu veux! Je ne suis pas certaine que j'avais le droit d'en parler.

- Je serai muette comme une carpe, jura Mélanie.

Ryan fut le premier à arriver en cours de Géographie dispensé par Ronnie qui entra à sa suite dans la salle. Dès qu'il aperçut sa soeur, le jeune homme se dirigea vers elle.

- Il s'est passé quoi avec l'inspecteur? s'enquit-il.

- L'inspecteur? répéta Mélanie sans comprendre.

Anita grommela entre ses dents, pestant contre son frère.

- Rien du tout, il voulait juste quelques renseignements de plus.

- Je croyais que tu avais été chez le médecin? fit remarquer Mélanie, quelque peu perdu par la conversation.

- Oui, je.. enfin non en réalité j'ai dû retourner au poste de police, avoua Anita la mine embarrassée.

- Je vois, tu ne me faisais pas suffisament confiance pour m'en parler, comprit Mélanie, vexée.

- Non non ce n'est pas ça du tout, prétendit Anita avant de blâmer son frère du regard. C'est juste que ça devait rester confidentiel. Je ne suis pas supposée en parler.

- Pourquoi tant de cachoteries si c'était juste une déposition? douta Ryan.

- Et pourquoi tu ne te mêlerais pas de tes affaires pour changer, s'emporta Anita, excédée.

- Houlà, sujet sensible, j'ai comprit! fit Ryan, les mains levées en signe de capitulation.

Sous le regard irrité de sa soeur il alla rejoindre sa place, à sa droite, deux rangées plus loin.

- Mélanie, ce n'était vraiment pas contre toi, essaya de s'excuser Anita, quelque peu honteuse d'avoir été prise dans son mensonge.

- Ne t'inquiètes pas, je comprends, assura celle-ci, la mine pourtant blessée.

Mélanie lui adressa un sourire supposé lui redonner confiance mais Anita vit que son amie tentait de faire bonne figure car à aucun moment il ne se refléta dans ses yeux.

...

Assis sur le dessus d'une console dans la salle principale du poste de police, Drazic regardait d'un oeil mauvais l'officier de police à l'acceuil qui ne se gênait pas pour dévorer un sandwich devant lui.

- Ah ben c'est sympa de bouffer devant moi! persifla Drazic, sarcastique.

- Y'a un distributeur dans la pièce d'à côté, dit le policier avant de mordre une nouvelle fois à pleine dent dans son gros sandwich tout droit sortie de la boulangerie d'en face.

Sauf que Drazic n'avait pas le moindre centimes sur lui et ce n'était pas le maigre dîner qu'on lui avait apporté la veille qui avait réussi à lui tenir un tant soit peu l'estomac ni le café qu'il avait rapidement ingurgité au petit matin avant que l'inspecteur ne le convoque dans son bureau.

- Walters, amène lui un plat de la restauration! exigea l'inspecteur Riley en sortant de son bureau.

L'agent de police en question poussa un soupir visiblement agacé mais se leva de sa chaise et s'en alla chercher ledit plat.

- Je voudrais vous accompagner tout à l'heure? lança Drazic d'un ton irrévocable bien qu'il n'eut d'autre choix que de quémander l'autorisation.

- Ah non ça il n'en est pas question, refusa immédiatement l'inspecteur.

- Pourquoi ça, je croyais que plus rien me retenait alors j'ai le droit de faire ce que je veux, non?

- Non et tu le sais très sinon tu n'essayerais pas de me convaincre.

Drazic montra son mécontentement en ralant entre ses dents serrées.

- Écoutes mon grand, je peux comprendre ton inquiétude mais...

- Ah ouais vous me comprenez, lança Drazic d'une voix railleuse en l'interrompant abruptement. Fantastique, ça refait ma journée!

- Je ne te fais pas confiance pour laisser les choses se faire sans intervenir alors non, je te le répètes tu ne viendras pas, dit l'inspecteur de façon autoritaire.

- Vous allez mettre une lycéenne en danger pour le bien mené d'une enquête, vous trouvez ça normal?

- Elle ne sera pas en danger, affirma son vis-à-vis d'un ton posé, et on a l'habitude de ce genre d'intervention.

- Ah ben oui hein c'est la routine pour vous, se moqua Drazic. Seulement ça peut très vite tourner très mal ce genre de plan et vous le savez très bien.

- Alors écoutes, fit l'inspecteur d'une voix toujours aussi dangeuresement calme tout en faisant quelque pas presque menaçant vers Drazic. Je n'ai peut être pas été assez explicite. Rends-toi sur les lieux et je te fais coffrer pour obstruction à la justice, c'est compris?

- Oui mon colonel, se moqua Drazic en faisant le salut militaire.

L'inspecteur le défia un moment de plus avant d'ajouter.

- Reste tranquille et tout se passera bien!

- Si ça tourne mal je ne vous laisserai pas vous en tirer à bon compte, prévint Drazic sans se soucier qu'il était en train de menacer un officier de la loi.

- Dûment noté, se moqua à son tour l'inspecteur en prenant le chemin de la sortie pour aller déjeuner.

En le regardant s'éloigner, Drazic sut ce qu'il lui restait à faire.

...

La cloche sonna, annonçant la pause tant attendue du déjeuner. Les élèves rassemblèrent leurs affaires à la hâte et se ruèrent vers la sortie. Seule les plus studieux comme Charlie, Anita et Mélanie prirent le temps de sortir.

- Mélanie pour tout à l'heure, commença Anita, d'une voix embêtée.

- C'est déjà oublié.

- Non ce n'est pas vrai, remarqua son amie.

- Je ne t'en veux pas, dit Mélanie attristée, je sais que la confiance ne se rebattit pas en un jour.

Anita aurait voulu la contredire seulement son amie ne faisait qu'exprimer à haute voix ce qu'elle pensait en silence. Bien qu'elle était heureuse d'avoir retrouvé son amie, il leur faudrait du temps pour reconstruire leur amitié de longue date.

- Je vais passer en salle informatique pour éditer mon article, vous me rejoignez? proposa Mélanie en refermant son sac.

- Je vais déjeuner avec des copines, je passerai après, dit Anita en sortant dans le couloir, ses amis sur les talons.

- Ça t'ennuie si je t'accompagne? s'enquit Charlie en se tournant vers Anita.

- Non pas du tout.

- On se retrouve en salle informatique d'ici une petite demie heure? suggéra Charlie à l'intention de Mélanie.

Cette dernière approuva d'un bref signe de tête avant de les saluer et de prendre la direction opposée.

- Tu voulais me parler? devina Anita, scrutant l'air pensif de Charlie.

Le jeune homme paraissait dans la lune, à des milliers de kilomètres de Hartley.

- Euh oui, fit-il en revenant à la réalité. Voilà j'ai réussi à t'avoir un entretien avec un ancien d'Hartley.

- Ah oui, vraiment? fit-elle, ahuri.

- Oui je sais que tu bataillais pour mener à bien ton article alors j'ai laissé une annonce hier au Sharkpool et un certain Tommy Harold m'a répondu.

Éberluée, Anita n'en croyait toujours pas ses oreilles.

- Je sais que j'aurais dû t'en parler plus tôt mais avec tout ce qui s'est passé avec la police, je n'ai pas vraiment trouvé le temps. Il était au lycée il y a dizaine d'année. Ce n'est pas tout à fait ce que tu voulais mais...

- Tu rigoles, c'est parfait! lança Anita toute enjouée. Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça!

- Oh c'est pas grand chose, fit Charlie, modeste. Je me suis dit qu'avec le peu de temps qu'il nous restait pour éditer le journal, si on voulait remettre la main sur un ancien du lycée, le Sharkpool serait sans doute notre meilleur chance.

- C'était une super idée, approuva-t-elle, touchée par son aide.

- Et j'ai vu avec Bailey ce matin, il nous a donné l'autorisation de manquer les cours de cette après-midi pour aller interroger cet ancien élève.

- Mais c'est génial, moi qui pensais devoir abandonné cette idée en désespérant de ne trouver personne.

- Je me suis dit que je pourrais t'accompagner.

La jeune fille approuva son initiative d'un hochement de tête.

- Tu comprends avec tout ce qui s'est passé dernièrement je pense que c'est plus prudent, expliqua son ami. Mais je te laisserai mener l'entrevue, je sais que c'est ta rubrique et je ne veux pas empiéter sur ton travail.

- Arrêtes un peu, Charlie! dit-elle en riant. C'est toi qui a mis la main sur ce type, si tu as des questions, n'hésite pas à les lui poser, c'est le moins que je puisse faire.

- D'accord, c'est gentil, fit Charlie, de toute évidence très enthousiaste à l'idée d'interroger un ancien élève du lycée.

Anita secoua la tête en riant, amusée par son attitude enfantine lui rappelant celle d'un enfant devant un camion de glace.

- Mais il faut que je sois revenu pour la fin des cours, dit-elle.

Elle préféra rester vague sur le sujet car l'inspecteur lui avait demandé de ne mettre personne dans la confidence en dehors de son frère puisqu'il était censé la raccompagner chez elle mais même en ce qui le concernait elle avait choisi de garder le secret, se disant qu'au moment venu elle lui fausserait tout simplement compagnie. Ce qu'elle voulait surtout c'était éviter une leçon de morale de sa part.

- Ça ne devrait pas prendre autant de temps, lui promit Charlie.

Il prit soudain un air ennuyé qui n'inspira rien qui vaille à Anita.

- Il y a autre chose dont j'aurais aimé te parler, avoua-t-il.

- Ça a un rapport avec Drazic? crut-elle comprendre en se renfrognant. C'est à cause de son arrestation, c'est ça?

Charlie allait lui répondre quand Katerina vint derrière eux.

- Je peux te le voler quelques minutes? demanda-t-elle pour la forme alors qu'elle tirait déjà Charlie par le bras.

- Euh oui, je suppose, marmonna Anita en s'arrêtant à hauteur des casiers.

- On se rejoint en salle informatique? cria Charlie, tiré tel un enfant dans la direction voulut par sa petite amie.

- Oui, à tout à l'heure, fit la jeune fille, amusée de voir le jeune homme réagir si docilement à l'attitude autoritaire de Katerina.

...

Hilary était installée sur la table du salon, ses livres de cours devant les yeux lorsqu'on frappa à la porte vitrée. Surprise de recevoir de la visite en ce début d'après-midi, elle se leva pour aller ouvrir.

- Drazic? fit-elle étonnée en reconnaissant le jeune homme qui avait conquérit le coeur de sa fille. Que fais-tu ici?

- J'ai à vous parler Mme Scheppers, dit-il en faisant quelques pas dans le salon sans y avoir été invité.

- Tu ne devais pas rester au poste de police? l'accusa-t-elle, une main sur la hanche.

- Ils n'ont pas le droit de me retenir, répliqua-t-il. Si je suis venu c'est pour vous parler de l'attrape-nigaud auquel votre fille va participer.

Hilary le regarda d'un air supérieur, le laissant poursuivre.

- Vous sous-estimer Pete, je crois le connaître suffisament pour savoir qu'il sait utiliser sa tête quand il le faut.

- Mais tu ne le connaissais visiblement pas assez pour protéger ma fille? lui reprocha-t-elle. D'après ce que j'ai compris, c'est par ta faute si elle l'a rencontré, n'est-ce pas?

- Oui et je n'en suis pas fier, avoua Drazic d'une voix sincère qui fit reconsidérer l'hostilité d'Hilary.

- Je veux bien le croire, admit-elle. Tu as commis une erreur mais si j'en crois ma fille tu as fait tout ton possible pour te rattraper.

- Sauf que ça n'aura servi à rien si elle retombe dans les bras de ce malade, essaya-t-il de lui faire comprendre.

- Et tu pense que je laisserais quoique ce soit arriver à ma fille? sourit-elle d'un air incrédule.

- Non bien sûr mais je crois que vous n'imaginez pas à quel point ça pourrait mal se passer. Vous faites trop confiance à la police.

- Non je fais confiance à ma fille, rectifia Hilary avant d'ajouter. Elle a pris sa décision en toute connaissance de cause et même si je ne suis pas vraiment d'accord avec sa décision, je la respecte et tu devrais en faire autant.

- Alors vous n'allez rien faire pour l'en empêcher? comprit Drazic d'un air dépité.

- En effet mais sache que j'apprécie ta tentative, dit-elle en levant des yeux emprunt d'une certaine gratitude.

Elle se dirigea vers la porte, lui faisant comprendre silencieusement qu'il était le temps de partir. Drazic reçut le message car il prit le chemin de la sortie.

- Je ne veux pas qu'il lui arrive du mal, avoua Drazic sur le seuil de la porte.

- Dans ce cas nous sommes deux!

Il allait sortir quand Hilary le retint une dernière fois.

- Ma fille a mis sa sécurité en jeu pour la tienne, j'espère que tu en as conscience?

- Oui je sais, acquiesça Drazic.

Il avait l'air impassible seulement Hilary décela au ton de sa voix de l'embarras.

- Veille à ce que ca ne se reproduise plus! exigea-t-elle.

Drazic approuva sa demande d'un bref signe de tête avant de prendre congé.

...

Dans la cour de récréation, Charlie s'était figé, sous le choc de ce que venait de lui dire sa petite amie.

- Mais comment veux-tu qu'on trouve un groupe pour demain? fit-il, l'air ahuri et déconfit.

- Oh mais allez ce sera notre dernière soirée avec les copains, lança Katerina d'une voix implorante. Tu ne veux pas que je garde de bons souvenirs?

- Ah non non Kat', tu ne peux pas me faire de chantage là dessus, tu sais qu'on part ensemble, lui rappela-t-il en riant.

- Mais je veux que cette soirée soit mémorable, insista-t-elle, la moue boudeuse.

- Et quel est le problème avec le jukebox? dit-il sans comprendre sa soudaine obsession pour la venue d'un groupe de musiciens. Il diffusera toutes les musiques qu'on veut.

- Mais c'est sans vie ces machins-là! rala-t-elle. Et un groupe attirera davantage de monde.

- Tu as une idée de combien ça va nous coûter, ni toi ni moi n'avons d'argent à mettre là-dedans et tu as entendu Léo, il ne faut surtout pas compter sur lui pour avancer le moindre centimes.

- L'ennui c'est que j'ai déjà plus au moins annoncer la présence d'un groupe, admit Katerina qui eut le respect de paraitre gênée.

Charlie en resta coi quelques secondes, les yeux aggrandit de surprise.

- Non mais tu es folle!

- Oui je sais je me suis un peu avancée mais on peut encore se rattraper, assura-t-elle malgré le rire jaune de son petit ami.

- Et comment?

- Michelle m'a parlé d'un forum sur internet où des musiciens se rassemblaient.

- Un forum sur internet? répéta Charlie sans compendre où elle voulait en venir.

- Oui mais tu sais moi j'y comprends rien du tout à tout ce qui touche à l'informatique mais toi qui a pratiquement un disque dur à la place du cerveau, ce sera facile.

À cette réflexion Charlie roula des yeux mais la laissa poursuivre.

- Tu pourrais peut-être aller sur l'un de ces forums et nous dégoter un musicien.

- Non attends, je ne suis pas sûr de comprendre, fit-il abasourdi. Tu voudrais que j'aille dénicher je ne sais quel groupe en ligne pour qu'il donne un concert demain au Sharkpool?

- Ah ben tu vois, j'étais sûr que tu comprendrais, fit-elle, l'air ravi. Ça ne sera pas trop compliqué pour toi hein! Tu n'auras qu'à dire qu'on les paiera dans les 100 dollars.

- 100 dollars! s'exclaffa-t-il. Quel groupe acceptera de se produire pour une somme aussi misérable?

- Ceux qui ne sont pas encore reconnus et qui ferait tout pour avoir leur moment de gloire.

- Bon écoutes, je vais essayer, accepta Charlie avant que sa petite amie ne lui saute au cou.

- Oh je le savais, s'emballa Katerina.

- Mais je ne te promets pas des miracles, dit-il, la faidant redescendre de son petit nuage. Je ne sais même pas comment je vais reussir à discuter avec un seul de ces musiciens.

- Je suis sûre que t'y arriveras, affirma-t-elle toute excitée.

Elle repéra alors un groupe de filles et leur fit signe.

- Hey les filles, je nous ai trouvé un groupe!

- Non attend Kat', lança Charlie.

Mais ce fut inutile de discuter car sa petite amie était déjà partie se vanter auprès de ses camarades de classe.

- Oh dans quoi je me suis encore embarqué? se désespéra Charlie.

...

Drazic frappa deux coups à la porte d'entrée de chez Marco pour lui signifier sa venue avant d'utiliser son double des clefs pour pénétrer dans l'appartement.

- Draz, qu'est-ce que tu fous là? s'enquit Marco d'une voix vive. Tu sais que les flics sont venus m'interroger?

- Ouais je sais, c'est justement pour ça que je voulais te parler.

- Comment ils ont pu remonter jusqu'à nous? se demanda Marco, l'air pensif avant de lancer un regard suspicieux vers son copain. C'est quand même pas toi qui les a mis au parfum?

- Pour qui tu me prends, je suis pas une balance! s'offensa Drazic.

Marco lui adressa un air soupçonneux quelques secondes supplémentaires avant de lever les bras au ciel et de s'asseoir sur l'accoudoir du canapé.

- Tu connais un certain Pete Collard? l'interrogea Drazic.

- Ben ouais, un peu que je le connais, c'est lui qui m'a proposé ce coup, révéla Marco, un regard d'incompréhension levé vers Drazic.

- Alors c'est ça, c'est lui qui est venu vers toi?

- Ouais il disait avoir un super plan qui pouvait me rapporter pas mal de blé. Je voulais pas d'embrouille alors je me suis assuré que c'était sûr.

- Alors tu savais vraiment pas dans quoi il magouillait?

- J'aime pas trop ce que tu sous-entend par là, remarqua Marco. Tu croyais que je t'avais vendu ou quoi?

- J'en sais rien, peut-être, avoua Drazic. Écoutes ce type me la faite complètement à l'envers, il s'est servi de moi...

- Mais attends, d'où tu le connais d'abord?

- Crois-moi t'as pas envie d'entendre cette histoire maintenant, dit Drazic n'ayant lui-même aucune envie de s'étendre sur le sujet. Mais comment il est venu à toi, il te connaissait?

- L'ami d'un ami, expliqua Marco. C'est son colocataire, ils se connaissent bien alors j'avais pas de raison de douter de lui.

- Son colocataire? répéta Drazic sans comprendre. Attend, Pete vit encore chez ses parents.

- Ah non non, il a sa propre piaule, je t'assure j'y suis même allé plusieurs fois.

- T'as l'adresse? demanda Drazic tout-de-go.

- Je te dis que j'y suis allé, rala Marco avant de se relever du canapé et s'avancer vers son bureau dans un coin de la pièce pour y prendre un papier et y noter l'adresse en question. Il fit mine de donner la note à Drazic avant de se rétracter.

- Qu'est-ce que t'as dit exactement aux flics quand ils t'ont interrogés?

- Que je déménageais des trucs, répondit Drazic bougon. C'est bien ce que tu m'avais dit non?

- Ouais mais j'espère pour toi que tu leur a pas dit que je t'avais payé pour ça?

- Tu me prends pour un crétin? se vexa Drazic.

- Je voulais juste m'en assurer parce que tu flippais à mort l'autre jour, lui rappela-t-il en le tapant doucement au torse. Faudrait pas que t'aies perdu ton sang froid devant les flics.

- Je savais rien du tout alors j'avais rien à dire, grogna Drazic.

- C'est la dernière nuit que tu passes ici, après ça nos chemins se séparent!

À ces mots sans appel, Marco glissa le bout de papier dans la poche de Drazic qui approuva ses dires d'un mouvement de tête et lui fit signe de sortir.

...

Lorsqu'Anita arriva en salle informatique, elle vit Charlie assis comme à l'accoutumée derrière son écran d'ordinateur mais il n'y avait aucune trace de Mélanie.

- Mélanie n'est pas là?

- Non, elle est sans doute partie déjeuner, répondit Charlie en parcourant des yeux son écran.

- Mais elle ne devait pas travailler sur le journal?

- De son côté, elle n'a plus grand chose à faire, dit Charlie. J'espère qu'elle est partie secouer un peu tous ces fainéants sinon jamais on ne pourra boucler le journal pour demain.

- Tout le monde a l'air bien motivé pourtant.

- Oui ça c'était hier, mais tu les aurais vu ce matin, de vrais loques.

- Oh mais je suis sûre que tu exagères, lui répondit Anita sur un ton amusé.

- La moitié de la classe n'a même pas rendu un seul brouillon, et l'autre moitié a du mal à rassembler ses idées, la contredit-il, défaitiste. Quant au groupe de Drazic, n'en parlons pas, ils étaient déjà à la ramasse mais avec lui qui manque à l'appel...

Anita dodelina de la tête, soudain interessée et intriguée par l'écran d'ordinateur.

- La musique est ma drogue? lut-elle sur l'écran avant de pouffer de rire. Qu'est-ce que c'est que ça?

- Oh je suis sur une sorte de forum de rencontre entre musiciens, expliqua simplement Charlie avant de se concentrer sur l'un des messages qu'il venait de recevoir.

- Je ne savais pas que tu faisais de la musique? fit-elle, étonnée.

- Ah non, ce n'est pas pour moi mais pour Kat'. Elle s'est mise en tête l'idée folle de faire venir un groupe demain soir au Sharkpool.

- C'est vrai, c'est génial!

- Ah oui sauf qu'elle s'est un peu trop avancée et qu'elle n'a en réalité aucun groupe sous la main, d'où ma présence sur ce forum.

Anita ne put s'empêcher de glousser.

- Pauvre Charlie, se moqua-t-elle gentimment.

- Qu'est-ce qui se passe? interrogea Mélanie, en entrant les mains chargés de documents.

- Charlie s'est fait avoir par Kat', résuma Anita dans un petit rire.

- Et oui l'histoire de ma vie, renchérit celui-ci à la fois amusé et désabusé.

Mélanie rit de bon coeur avant de leur montrer le tas de feuilles qu'elle avait en mains.

- J'ai été récupérer le travail des autres, dit la jeune fille en déposant le tas de feuilles sur la table au centre de la pièce.

- Tu veux dire qu'ils ont fini? s'étonna Charlie.

- Oui, il manque encore la rubrique du groupe de Drazic mais ça s'était à prévoir et celle du groupe de Ryan parce que Mai a perdu du temps sur notre interview mais Ryan m'a assuré qu'ils auraient fini ce soir.

- Tu vois, qu'est-ce que je t'avais dit? releva Anita en bousculant son camarade doucement à l'épaule.

- J'ai du mal à y croire. Il paraissait tous tellement à la ramasse, s'étonna Charlie.

- Maintenant il n'y a plus qu'à tout mettre au propre, dit Mélanie en lui donnant le premier document représentant la première rubrique.

- Bon courage pour tout taper! fit Anita en tapotant Charlie à l'épaule, un sourire taquin aux lèvres.

...

Dans les rues du centre-ville de Hartley, Ryan sortait d'une épicerie, un sac plastique dans une main quand il avisa Drazic avançer droit vers lui, la tête basse.

- Tu devrais pas être en taule? lança-t-il d'un ton moqueur.

Drazic leva des yeux surpris sur lui avant de raler une réponse entre ses dents et de s'arrêter brusquement pour faire face à Ryan.

- Non ils m'ont relâché, grogna-t-il.

- Une belle bourde de leur part, se moqua Ryan. Pourquoi t'étais pas au lycée?

- Je savais pas que je te manquerais mon chou? minauda Drazic.

- Non ça sentait meilleur, le charria Ryan.

Drazic resta stoïque mais sa mine se durcit.

- D'ailleurs Anita se marrait bien en ton absence, le titilla-il. Ça avait pas l'air de l'inquiéter plus que ça de te savoir derrière les barreaux.

- Normal, on s'est vu ce matin, rigola Drazic.

- Quoi?

- Quoi, t'es pas au courant? renchérit son vis-à-vis, un large sourire sournois aux lèvres, de toute évidence réjoui de pouvoir l'asticoter à son tour.

- Au courant de quoi? fit Ryan, hébété.

- Du plan des flics pour coincer le détraqué qui s'en est pris à ta soeur!

- Quoi?

- Pourquoi tu crois qu'elle était au poste ce matin? lui fit remarquer Drazic avant de le traiter d'abruti.

- C'est quoi ce plan? s'inquiéta Ryan en se rappelant soudain que sa soeur avait mentionné avoir eu un entretien confidentiel.

- Ça m'étonne qu'elle t'en ai pas parlé parce que t'es supposé la laisser rentrer seule après les cours.

- Avec ce taré qui traine, même pas en rêve.

- Ouais ben tu vas pas avoir le choix mon vieux parce que les flics veulent se servir d'Anita comme appât.

- Et elle est d'accord avec ça? s'enquit Ryan, incrédule.

Drazic acquiesça avant de lâcher un gloussement.

- Et même ta vieille, ajouta-t-il.

- Tu racontes que des conneries, dit Ryan, refusant d'accorder du crédit à ses paroles.

- À ton avis, pourquoi Anita t'as rien dit? C'est parce qu'elle savait que tu serais contre cette idée et que t'allais passer ta journée à lui prendre la tête.

- Et toi tu fais quoi dans l'histoire? Maintenant que t'as eu ce que tu voulais avec elle, tu vas la laisser se démerder...

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que Drazic se saisit violemment du col de sa chemise.

- Je vais retrouver ce salopard et lui faire payer! cracha Drazic avant de repousser son camarade avec force.

Ce dernier retrouva rapidement son équilibre mais resta un moment pantois, regardant Drazic traverser la rue en de grandes foulées. Était-il sérieux ou le faisait-il marcher? Sa mère n'aurait jamais accepté qu'Anita se mette dans une situation aussi périlleuse seulement Drazic n'avait pas l'air de plaisanter et si sa démarche agressive qu'il observait de l'autre côté de la rue était une indication suffisante alors son camarade paraissait investi d'une mission.

Ryan traversa à son tour la rue, trotinnant pour rattraper Drazic tandis qu'il l'appelait.

- Attends-moi!

- Qu'est-ce que tu veux? rala Drazic ralentissant légèrement le pas sans pour autant se retourner.

- Comment tu comptes le retrouver? lança Ryan.

- En le suivant à l'odeur, plaisanta Drazic pince-sans-rire.

Ils marchèrent quelques instants côte à côte, mettant les nerfs de Drazic au supplice avant qu'il ne se retourne brusquement vers Ryan, s'arrêtant net.

- Pourquoi tu me suis comme un petit chien?

- Où est-ce que tu vas comme ça? demanda Ryan en éludant sa question.

- Chez lui, maugréa Drazic en reprenant sa marche vive.

- Parce que tu crois qu'il est chez lui avec les flics qui tournent autour de sa barraque? fit Ryan incrédule en suivant ses pas.

- Il crèche ailleurs, me demande pas comment je le sais, je le sais c'est tout, grogna Drazic.

Ryan laissa retomber ses bras avant d'enfouir son sac plastique contenant son déjeuner dans son sac à dos et de se mettre à la hauteur de Drazic.

- Un conseil, rentre chez ta mère Ryan, c'est pas de ton âge!

- Qu'est-ce que tu comptes faire? s'enquit ce dernier, borné.

- On va boire un café ensemble, à la manière dont il en a pris un avec Anita.

- Je pige rien à ce que tu racontes!

- Écoutes, soupira Drazic dans rale, tu ferais mieux de faire marche arrière mon vieux, crois-moi t'es pas tailler pour ça.

- Qu'est-ce que tu veux dire? Tu vas lui casser la gueule c'est ça.

- Il va regretter d'être né, affirma Drazic d'une voix glacial tout en resserrant ses mains autour d'une prise imaginaire.

- Et ça va t'avancer à quoi? lui demanda Ryan.

- T'es complétement stupide ou tu le fais exprès? s'énerva Drazic. Après ça il s'en prendra plus à Anita.

- Et c'est toi qu'on va arrêter pour meurtre.

- Oh ça va je vais pas le tuer, rala Drazic.

- Non mais ça va rien arranger du tout que tu l'envoie à l'hosto, il obtiendra gain de cause après ça et rien ne l'empêchera de recommencer ses saletées.

- C'est bon te mêles pas de ça, je sais ce que je fais, gronda Drazic en marchant avec plus de vigueur afin de distancer son camarade.

Mais c'était bien mal connaître celui-ci.

- Je viens avec toi! décréta Ryan.

- Là tu rêves, fit Drazic dans un rire noir.

- À deux, on aura plus de chance de le coincer, protesta Ryan et c'était pas une proposition. Si je te laisse buter ce type c'est moi que ma soeur va tuer!

Dans un grognement, Drazic fut obliger d'accepter.

...

Anita et Charlie traversèrent la rue adjacente au lycée tandis que la plupart des élèves sortis de l'enceinte de l'établissement pour déjeuner prirent la direction opposée afin de reprendre le chemin des cours.

- Tu sais où vis ce Tommy? s'enquit Anita en lisant l'adresse que lui avait donné Charlie.

- Il m'a dit que c'était la rue derrière la piscine.

La jeune fille acquiesça avant de redonner le papier à Charlie.

- Je vais devoir improviser la plupart des questions, réalisa-t-elle.

- Je t'ai pris un peu au dépourvu, reconnut Charlie, la mine désolée.

- Et bien pour te faire pardonner, tu n'auras qu'à débuter l'entretien, plaisanta-t-elle.

Charlie rit quelques instants avec elle avant de redevenir sérieux, l'air soucieux.

- Qu'est-ce qu'il y a? s'inquiéta-t-elle face à son brusque changement d'humeur.

- Je ne sais pas trop comment lancer le sujet ni si je dois t'en parler, avoua-t-il en se frottant l'arrière de la nuque.

- C'est Drazic, c'est ça?

- Quoi non, commença-t-il avant qu'elle ne l'interrompe.

- Si inutile de le nier, Charlie, je sais que tu avais déjà des réticences à laisser Drazic emménager chez toi et depuis son arrestation tu dois être complètement refroidi à l'idée de l'avoir au hangar.

- Pas du tout, objecta-t-il, tentant de reprendre la parole.

- Mais rien de ce qui s'est passé n'est de sa faute tu sais, le coupa-t-elle à nouveau afin d'être certaine qu'il écoute ce qu'elle avait à lui dire. Tu ne peux pas le saquer pour ce qui lui est arrivé.

- Anita, tenta-t-il une fois de plus.

- Il a passé la nuit en prison c'est vrai mais ce n'est pas du tout ce que tu pense, continua-t-elle vivement sans lui laisser l'opportunité de parler un seul instant. Il a ses tords, je ne dis pas le contraire mais la police l'a déjà relâché tu sais et...

- Anita je n'ai pas du tout l'intention de le saquer, affirma Charlie d'une voix élevée afin de couvrir la voix de son amie.

- Quoi? dit-elle enfin disposée à l'écouter.

- Si j'avais l'intention de le laisser emménager avec moi j'y aurais réfléchis à deux fois, admit-il, mais ce n'est plus le cas.

- Qu'est-ce que tu veux dire? s'enquit-elle perplexe. Tu as l'intention de déménager?

- Oui, à des milliers de kilomètres d'ici, lui apprit Charlie.

Anita resta quelques instants sans réaction, enregistrant ces derniers mots avant que son expression passe de l'incompréhension à la stupeur.

- Tu vas partir avec Kat'? s'exclama Anita, les yeux écarquillés de surprise.

- Oui mais encore une fois il faut que ça reste entre nous, lui demanda-t-il, d'un ton implorant. Du moins jusqu'à demain soir.

- Alors toi aussi tu vas partir sans faire tes adieux?

- Étant donné que Kat' tient à garder le secret je n'ai pas trop le choix mais je glisserai deux mots aux copains demain soir au Sharkpool.

- Ça sent vraiment la fin d'une époque, se désola Anita.

- Je sais, je n'avais rien prévu mais...

- Tu n'as pas à t'expliquer, n'importe qui dans ta situation en aurait sûrement fait autant, le rassura-t-elle.

- Je ne peux pas dire que je suis enchanté à l'idée de tout quitter mais je ne veux pas risquer de la perdre, avoua Charlie.

- Et c'est la plus belle preuve d'amour que tu pouvais lui donner, dit-elle, louant son geste.

Elle passa une main affectueuse dans son dos pour le réconforter, sentant qu'il en avait gros sur le coeur à l'idée de quitter Hartley.

...

Arrivé à l'adresse donnée par Marco, Drazic frappa comme un acharné à la porte de l'entrepôt où logeait Pete.

- Y'a personne! lança Ryan, sur le point de faire demi-tour.

Drazic frappa contre le bois de la porte avec plus d'ardeur, allant jusqu'à donner un grand coup de pied dans la porte qui s'ouvrit sur le coup, détachée de ses gonds.

- Non mais t'es complètement malade! s'étrangla Ryan, affolé par son geste. C'est un coup à se retrouver en taule!

- C'est bien toi qui a insisté à me suivre, lui signala Drazic dans un sourire carnassier. Maintenant t'assume!

- Je te jure que si je me fais choper pour tes conneries...

- Ouais ouais, tu vas me le faire payer, railla Drazic d'une voix lancinante tout en entrant dans le hangar.

Ryan resta planter dehors, les mains sur les hanches.

- Mais qu'est-ce que t'espère trouver? Tu vois bien qu'il est pas là!

- Tu te gourres, c'est sa bécane juste devant, affirma Drazic qui avait repéré le véhicule dès l'instant où il avait mis les pieds sur la propriété, l'encourageant à défoncer la porte.

- Et alors, ça prouve rien!

Drazic ne lui répondit que par un rire moqueur tandis qu'il jeta un regard circulaire à la pièce principale.

- Je rentre pas là-dedans, je te préviens, c'est de la violation de domicile!

- Et ben fais comme tu veux, s'agaça Drazic d'une voix étouffée en s'engouffrant un peu plus dans l'appartement.

De ce qu'il avait vu de son futur chez lui, cet entrepôt y ressemblait comme deux gouttes d'eau mais il supposait que tous les entrepôts réamménagés de ce quartier dépendaient du même bailleur et avait les mêmes agencements. Cela allait donc grandement lui faciliter la tâche pour se repérer dans le logement. En quelques instants il repéra les trois chambres, deux au rez-de-chaussé et une à l'étage et décida de se diriger vers la première à sa droite, sachant que l'une d'elle appartenait forcément à Pete.

- T'as un grain, tu sais ça? dit soudain la voix de Ryan quelques pas derrière lui, faisant légèrement sursauter Drazic.

- Alors pourquoi tu reste là? ricana ce dernier.

- Parce que je dois être complétement timbré, soupira Ryan pendant que d'un seul regard, il fit un rapide tour du propriétaire

Drazic grogna en contastant qu'il n'avait aucun moyen de savoir s'il se trouvait ou non dans la chambre de Pete, ne connaissant pas le profil de ses deux autres colocataires. Il n'avait aucune idée de leur goût, de leur style et en y réfléchissant bien il n'avait aucune idée de ceux de Pete non plus. La chambre qu'il avait vu dans la maison de ses parents étaient sans doute un leurre, une manière pour Pete de garder son logement actuel secret. Certes, il s'agissait bel et bien de sa chambre mais il était clair qu'il ne s'en servait pas, en dehors de son exposition perverse des photos d'Anita, sa chambre ressemblait en tout point à celle d'un jeune adolescent, avec le recul il était évident qu'il n'y avait pas dormi depuis plusieurs années. Quant aux parents de Pete, visiblement ils aidaient leur fils à se cacher car lorsque Drazic avait sonné chez eux la veille ils lui avaient assuré ne pas avoir revu leur fils depuis la veille. Pourquoi prétendre qu'ils vivaient chez eux si ce n'était pour le couvrir?

Décidant qu'il n'était pas dans la bonne chambre car celle-ci paraissait trop propre et rangée pour appartenir à un type aussi négligé que Pete, il sortit de la pièce pour se diriger dans l'autre chambre. Ryan avait à peine bouger, prostré dans la pièce principale, n'osant toucher à rien.

- Tu sais ta présence suffit à t'incriminer, lui fit remarquer Drazic, alors autant en tirer profit.

- Ça se voit que c'est naturel pour toi, grogna Ryan sans pour autant se mettre à fouiller dans les affaires des inconnus.

- Qu'est ce que vous foutez-là? s'exclama soudain la voix d'un jeune homme agés de quelques années de plus qu'eux.

Drazic et Ryan se retournèrent en même temps, pris sur le fait. Sur le seuil de la porte, le type ne tarda pas à faire quelques pas menaçant vers eux et plus particulièrement vers Ryan qui se trouvait juste face à lui.

- Hey du calme, on veut pas d'embrouille! dit Ryan en plaçant ses mains devant lui en signe de paix.

Le type était plus petit en taille que lui mais était suffisament barraqué pour l'impressionner et le faire prudemment reculer de quelques pas.

- On veut juste voir Pete, expliqua Ryan.

Le locataire de l'entrepôt délaissa Ryan, jugeant sans doute qu'il ne représentait pas un danger immédiat pour se tourner vers Drazic.

- T'étais en train de fouiller dans nos affaires! remarqua-t-il en fonçant droit sur lui.

Drazic qui était distrait par le document qu'il venait de trouver sur la table basse à ses pieds n'eut pas le temps de dire ou faire quoique ce soit car le type l'agrippa fermement à l'arrière de la nuque.

- Hey mais lâche-moi espèce de cinglé! rugit Drazic en se débattant pour lui faire lâcher prise, le document toujours dans la main.

- Qu'est-ce que tu cherches comme ça? gronda-t-il en raffermissant sa poigne.

- C'est Marco qui m'envoie! hurla Drazic.

- Marco? fit-il pris au dépourvu, relâchant finalement Drazic. Et t'es qui au juste?

- Drazic, répondit celui-ci d'un air revêche. Marco est un vieux pote.

- Je l'ai déjà entendu parler de toi, reconnut-t-il.

- On cherche Pete, réitéra Ryan pour expliquer leur venue.

- Et vous avez l'habitude d'entrer par effraction chez les gens et fouillez dans leurs petits papiers? fit le type en désignant du menton le document que Drazic avait chapardé.

- La porte était ouverte, plaisanta Drazic.

- Alors écoutez-moi bien les petits rigolos, je vais vous donner deux secondes pour sortir avant que j'appelle les flics.

- Oh non t'en feras rien! assura Drazic en brandissant le fameux document qu'il avait trouvé sur la table basse représentant le logo du garage de son père.

Il ne savait pas ce que cela signifiait au juste mais en découvrant ces papiers à la vue de tous sur la table du salon il était apparut évident à Drazic que Pete et ses colocataires étaient tous mêlés de près au traffic de pièces volées au sein du garage de son père.

...

- Tu es sûre que c'est cette adresse? fit Anita, étonnée de ne trouver qu'une sorte d'entrepot à l'adresse indiquée.

- Oui, oui, cela dit Tommy m'a dit qu'il vivait dans un pavillon, dit Charlie, les sourcils froncés d'une certaine inquiétude.

- C'est peut-être ce qu'il appelle sa maison, rit la jeune fille en pénétrant sur la propriété dont aucune barrière ne protégeait l'entrée.

- Curieux, fit son ami, observant ses environs d'un oeil suspicieux, tardant à la suivre.

- Tu as peur du grand méchant loup, se moqua-t-elle avant de lui tendre la main malgré les quelques mètres qui les séparaient pour l'encourager à avancer. Allez viens!

- Anita, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée, douta-t-il avançant pourtant jusqu'à la jeune fille. On devrait rebrousser chemin.

- Mais qu'est-ce que tu racontes? Tu vis bien dans ce genre d'endroit toi aussi.

- Ce n'est pas du tout ce qu'il m'a raconté au téléphone, assura Charlie, d'une voix de plus en plus incertaine.

- Nous sommes peut-être sur son lieu de travail, suggéra-t-elle.

- Ce n'est pas ce qu'il m'a dit, répéta-t-il les mains sur les hanches, parcourant des yeux le local en pied-à-terre qui se dressait devant eux.

La jeune fille roula des yeux, quelque peu agacée par son comportement.

- Charlie, on a quand même pas fait tout ce chemin pour rien.

- Non bien sûr.

Il sembla se ressaisir et s'apprêta à frapper à la porte d'entrée quand une voix rauque à l'arrière de l'entrepot les surpris.

- Par ici les jeunes! fit la voix du supposé Tommy en les invitant à contourner l'entrepot de petite envergure.

- Tu vois, rigola Anita en poussant gentimment son ami vers l'arrière du local.

Quelque peu rasséréné, Charlie laissa un léger rire lui échapper, se moquant de sa stupidité tandis qu'il longeait le local à la recherche de ce Tommy.

Soudain, le bras d'un homme qui sembla sortir directement du mur s'abattit sur la tête de Charlie, l'assomant sur le coup.

Sous le choc, Anita mit quelques secondes à comprendre que l'homme qui venait de frapper Charlie n'était pas sortie de nulle part mais d'une porte ne s'ouvrant que de l'intérieur de l'entrepot, qu'il ne l'avait pas frappé par la seule force de son poing mais à l'aide d'un révolver qu'il pointait à présent sur Anita et que cet homme n'était autre que Pete.