Disclaimer : Kingdom Hearts et ses personnages ne m'appartiennent pas.
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" Je veux devenir un soldat de Balamb. "
La maison Loire était habitée par une petite famille : un couple marié ainsi que son fils unique. La position de président de Laguna, le père, avait permis de faire construire une maison de taille modeste, mais très confortable. Tout avait été payé avec les seuls revenus de l'homme politique, trop honnête pour vouloir se servir de l'argent de son peuple pour assouvir ses désirs les plus frivoles. Avec une famille si petite, il n'avait pas besoin d'un palace.
Le repas, à l'image de la maison, était modeste. Des pâtes avec une délicieuse sauce au poisson préparée par nulle autre que Raine, la première dame de Balamb. Le repas s'était déroulé en silence – si on ignorait Laguna – jusqu'à ce que leur fils de huit ans, Squall, n'annonce ses projets pour l'avenir. Autant dire que la nouvelle eut l'effet d'une bombe lâchée sur le toit du bâtiment.
" Pardon? " Demanda Laguna en avalant rapidement les spaghettis qui menaçaient de le faire s'étouffer. Il savait bien, pourtant, qu'il ne devait pas en engloutir autant à la fois.
" Je veux être soldat. " Répéta calmement l'enfant en regardant ses parents droit dans les yeux. Raine décida de prendre les choses en main quand un regard en direction de son mari l'informa que ce dernier souffrait d'une terrible – et soudaine – crampe à la jambe.
" Squall, mon chéri, c'est un métier très dangereux ça. Tu le sais? " Demanda-t-elle patiemment avec un sourire attendri aux lèvres.
" Oui. Tonton Cid me le dit souvent, mais c'est quand même ce que j'ai décidé de faire quand je serai plus grand. " Insista l'enfant sans perdre de son sérieux. " Je peux? "
" Il n'est pas question de pouvoir ou non, mais… " Commença la femme, qui commençait déjà à rencontrer des difficultés. Et Laguna qui continuait à s'occuper de sa jambe… " Je ne sais pas. " Conclut-elle enfin en posant sa fourchette, rassasiée.
" Je ferai très attention. En plus, si je commence maintenant, je serai meilleur que les autres. Tonton Cid a dit que je suis assez grand pour m'inscrire à l'école du vaisseau. " Expliqua Squall avant de finir ce qu'il restait dans son assiette. " C'était très bon. " Complimenta-t-il poliment, comme toujours.
" Mais et ton école actuelle? Tu ne t'y plais pas? Et les petits camarades que tu t'y es fait? Ils vont être tristes si tu t'en vas. " Tenta la mère, espérant raisonner son enfant. Ce dernier haussa les épaules, visiblement peu contrarié par la situation.
" Je m'ennuie à l'école. C'est trop facile. Et les autres sont stupides et méchants avec moi. J'ai déjà plein d'amis dans le vaisseau; je serai pas tout seul. "
Raine se mordit la lèvre inférieure pour ne pas perdre son sang froid. Cette petite peste de Squall trouvait réponse à tous ses arguments; un point qu'il avait en commun avec sa tendre mère.
" Ce sera peut-être bien au début, mais si tu ne t'y plais pas? " Dit-elle dans un dernier effort pour le faire changer d'avis. " Tu ne pourras pas revenir ici. " Mentit-elle pour lui faire peur.
" Je sais que c'est ce que je veux faire. Je m'y plairai. " Lui assura l'enfant.
Il prit la serviette en papier soigneusement pliée près de son assiette et s'essuya la bouche vigoureusement pour retirer la sauce qui aurait pu s'y trouver. Quand il la reposa sur la table, la peau tout autour de sa bouche avait rougi et donnait l'impression que ses lèvres lui prenaient la moitié du visage. Le voir ainsi avec son air sérieux donna à Raine envie d'éclater de rire. Elle se retint, cependant, sachant son fils très susceptible.
" Aaah, où est passé le petit Squall qui voulait devenir un grand cuisinier et qui avait collé de la pâte à pizza au plafond en voulant la faire tourner? " Gémit Laguna, une main sur le front. Squall tourna la tête vers lui avec un sourire amusé.
" J'ai jamais fait ça! " Protesta-t-il avant d'éclater de rire quand son père le regarda. Il allait encore faire une bêtise, et ils se feraient gronder par sa mère, mais c'était tellement drôle que ça en valait toujours la peine.
" Mais si! Rappelle-toi. " Dit le père en se levant pour aller vers son fils, qui criait déjà et se débattait sur sa chaise en riant.
" Laguna. " Prévint Raine, sérieuse.
L'homme attrapa son fils et le souleva de sa chaise. " Tu avais fait comme ça! " Il lança délicatement l'enfant dans les airs et le rattrapa fermement. " Et c'est resté collé au plafond. " Conclut-il.
" Encore! Encore! " Riait Squall en agitant les bras. Laguna plia les jambes pour recommencer, quand ils entendirent Raine s'éclaircir la gorge.
" Nous sommes encore à table. " Leur fit-elle savoir, un sourcil haussé.
Les deux garçons échangèrent un regard et eurent le même sourire malicieux au même moment. Raine soupira longuement quand elle les vit courir vers le jardin, un petit sourire attendri aux lèvres.
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" Ici Grand Moustachu. Vous me recevez, Tête de Cochon? "
" On avait dit Tête de Lion! "
Laguna haussa un sourcil puis sortit de son buisson pour parler plus clairement.
" Vraiment? " Dit-il en se grattant le sommet du crâne. Il vit Squall sortir de sa cachette – la petite allée entre la maison et le grillage – les mains sur les hanches.
" Ouiiii. " Dit-il comme s'il parlait à un enfant qui ne comprenait pas ce qu'on lui disait.
" Bon, vous me recevez Tête de Lion? " Continua Laguna, une main devant la bouche comme s'il tenait un talkie-walkie. Squall regagna sa cachette et son père se cacha dans le buisson.
" Cinq sur cinq, Grand Moustachu. " Un éclat de rire maladroitement étouffé.
" La cible est à l'ouest et – "
" Non, elle est à l'est! "
" S'approche de vous, Tête de Lion. Etes-vous prêt à l'intercepter? " Continua Laguna en suivant du regard le chat d'un voisin venu s'aventurer dans leur jardin.
" J'aperçois la cible. Prêt à la maitriser. " Dit Squall, qui observait lui aussi le félin qui se coucha dans l'herbe pour se prélasser au soleil – inconscient de l'intrigue qui se tramait à ses dépends.
" Attendez mon signal. " Dit lentement le président, qui compta jusqu'à cinq dans sa tête. " Maintenant! "
Tel un lion – Squall avait bien choisi son nom de code, se dit Laguna – le plus jeune bondit hors de sa cachette et atterrit à deux pas du chat, qui tourna paresseusement la tête vers son agresseur sans bouger. Squall se mit à se rouler dans l'herbe et à asticoter l'animal, qui frappa les mains de l'enfant avec les pattes avant à plusieurs reprises sans jamais sortir les griffes, habitué aux jeux des deux individus.
" Un homme à terre! Aaah! Il m'a arraché la main! " Hurla l'enfant en se tenant la main droite.
" Vite! Il faut lui apporter les premiers secours! " S'exclama Laguna en courant vers son fils. Il se laissa tomber à genoux à côté de lui et posa les mains sur son torse. Il fit mine de lui faire un massage cardiaque qui se finit en chatouilles.
Les éclats de rire provenant du jardin attirèrent Raine sur la petite terrasse. Elle regarda son mari et son fils jouer, amusée quand elle remarqua que le chat s'était joint à eux et jouait à donner des coups de patte tantôt à Squall tantôt à Laguna.
" Ils vont être beaux, vos vêtements. " Dit-elle, les mains sur les hanches. Les deux garçons se tournèrent vers elle, leurs visages rouges tant ils avaient ri. " Allez, venez manger un bout de gâteau. Il vient tout juste de sortir du four. "
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" Bon sang, t'as encore eu la meilleure note. "
Les couloirs du premier étage du vaisseau de Balamb étaient bondés, remplis d'étudiants qui sortaient tout juste de leur cour. Squall avait un sourire fier aux lèvres. Il avait encore fini premier au contrôle qu'ils avaient dû passer la semaine précédente. Il s'était imaginé que les études à l'école militaire seraient difficiles… Elles ne l'étaient pas encore assez pour lui offrir un challenge digne de ce nom.
Le jeune châtain se réjouit à l'idée d'être débarrassé de ses cours jusqu'au lendemain. Il avait de bonnes notes, mais c'était parce qu'il travaillait une fois dans sa chambre; pas encore au point de passer des nuits blanches cependant. Il quitta sa petite bande d'amis pour aller prendre l'air sur le balcon du premier étage. Il savait qu'il pourrait éviter la foule en le privilégiant au campus généralement trop bondé à son goût. Il poussa la grande porte en métal et monta les marches en chantonnant distraitement. Une fois dehors, il ferma les yeux pour apprécier la brise fraîche qui lui fouetta le visage, ravi. Il s'approcha de la rambarde et s'y accouda pour admirer le paysage. Le vaisseau se contentait de flotter au raz de la terre ferme, mais Cid avait parlé de rendre la navigation sur l'eau possible après quelques travaux. Le châtain se demandait comment un navire aussi lourd pourrait bien rester à la surface, mais il choisit de faire confiance au directeur. L'homme était loin d'être sénile; il savait ce qu'il faisait. En principe.
Squall se pencha vers l'avant pour poser le menton sur ses bras croisés. Il n'avait pas revu ses parents depuis un certain temps, mais il savait que Cid ferait bientôt halte en ville. Il pourrait les revoir à ce moment-là et il profiterait de chaque seconde passée chez lui.
Le bruit de la porte derrière lui attira son attention. Il se redressa et se tourna pour voir le nouveau venu – en l'occurrence, la nouvelle venue.
" Linoa? " Demanda le châtain en voyant la jeune fille s'approcher de lui, le sourire aux lèvres. Comme toujours.
" Salut. Je savais bien que je te trouverais ici. " Dit la brune en venant se tenir à côté de son ami. Quand un vent un peu trop fort la décoiffa, elle leva la main pour passer les mèches gênantes derrière ses oreilles.
" Tu voulais me parler? " Demanda Squall, intrigué. C'était assez rare que Linoa cherche à le voir quand il était seul.
Linoa baissa les yeux et se tordit nerveusement les mains. " Oui… " Commença-t-elle timidement. Squall attendit patiemment qu'elle continue. " Est-ce que…tu me trouves…jolie? " Dit-elle d'une voix si faible qu'il dut tendre l'oreille pour comprendre ce qu'elle disait.
" Tous les garçons te trouvent jolie, Linoa. " Répondit sincèrement Squall avec un petit sourire timide. Ses joues avaient pris de légères couleurs.
" Toi aussi? " Insista-t-elle en se tournant complètement vers lui.
Le visage du châtain prit des couleurs plus vives encore. Il acquiesça rapidement de la tête, crispé. Il vit Linoa hésiter un instant – hésiter pour quoi? – puis s'approcher de lui. Doucement, elle se tint sur la pointe des pieds, ferma les yeux et colla ses lèvres à celles de Squall qui était pétrifié. Il était en train de se faire embrasser par une fille! Et par Linoa de surcroît. Il ne savait pas quoi faire. Il avait entendu les plus grands parler des baisers qu'ils échangeaient avec leur petite-amie, mais il n'y avait jamais trop prêté attention. À quatorze ans, il ne pensait pas qu'il donnerait – dans le cas présent, recevrait – son premier baiser. Il se retint de pousser un soupir de soulagement quand Linoa se recula pour observer sa réaction.
" Est-ce que tu voudrais sortir avec moi? " Demanda-t-elle, les mains derrière le dos. Elle se tortilla sur place, ses pieds repoussant des cailloux imaginaires. " S'il-te-plaît? " Ajouta-t-elle au dernier moment.
" D'accord. " Répondit le jeune garçon sans vraiment réfléchir. L'une des plus jolies filles de sa classe venait de lui demander de sortir avec elle; il n'allait pas refuser. En plus, il connaissait bien Linoa puisqu'ils étaient déjà de bons amis. Il n'aurait pas de mauvaises surprises.
C'était Seifer qui allait être jaloux!
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Son idylle avec Linoa s'était transformée en relation sérieuse avec le temps. Deux ans qu'ils se fréquentaient et ils filaient le parfait amour. De son point de vue, le châtain menait une vie pleinement satisfaisante. Ses études se passaient bien, il commençait enfin à savoir manier sa Gunblade correctement – ses tirs manquaient rarement leurs cibles maintenant – il était entouré d'amis fidèles et il commençait à expérimenter les premiers frissons du désir. Il avait rapidement découvert que c'était lui le timide dans le couple, Linoa se laissant plus volontiers caresser. Il se souvenait encore de la fascination qu'il avait ressentie lorsqu'il avait touché ses seins nus pour la première fois. Il les avait palpés pendant de longues minutes jusqu'à ce que Linoa lui dise qu'il était temps d'arrêter. La jeune fille avait eu le feu aux joues.
Il se montrait plus entreprenant qu'au début.
" Efface ce sourire idiot de ton visage. " Le gronda gentiment Linoa en lui donnant une petite tape sur l'épaule.
" Désolé. " S'excusa-t-il sans en penser un traitre mot. " C'est juste que – "
" Ton père vient voir Cid. Tu nous le répètes depuis des semaines. " L'interrompit la brune en se collant à lui. Il passa un bras autour de ses épaules. " Tu t'entends vraiment bien avec lui. "
" Oui. " Répondit sincèrement l'adolescent sans jamais cesser de sourire. " Je ne l'échangerais pour rien au monde. "
" Tu ressembles à ces fils à papa. "
" Je suis juste proche de lui, c'est tout. "
" Tu essaies aussi de lui ressembler. " Fit remarquer Linoa, amusée. " Heureusement que tu t'es rendu compte que les cheveux trop longs ne te vont pas. "
" C'est contraire au règlement, de toute façon. " Ajouta le garçon en haussant les épaules.
Oui, il était fier de son père à ce point. Jamais il n'entendait les gens dire du mal de lui, et les rares étudiants assez stupides pour le faire quand il était assez près pour les entendre n'avaient jamais recommencé. Il voulait être comme Laguna en grandissant : quelqu'un de respectable que tout le monde apprécierait. Et s'il avait des enfants un jour, il les élèverait comme son père l'avait élevé lui : avec énormément d'amour et d'attention. Il aimait aussi sa mère, évidemment, mais il ne pouvait pas tellement se comparer à elle. Il savait simplement que Linoa avait le même caractère et que c'était parfait pour lui. Il avait même déjà commencé à faire des tas de projets. S'ils étaient encore ensemble à leur majorité, il la demanderait en mariage. Si elle acceptait – pourvu qu'elle accepte! – il commencerait à mettre de l'argent de côté pour acheter une maison à Palumpolum, une petite ville tranquille proche de Balamb. Il faudrait qu'elle soit assez grande pour accueillir quatre personnes – leur premier enfant voudrait peut-être un frère ou une sœur – et avoir un jardin. Il n'y avait rien de tel que de jouer dehors quand le temps était ensoleillé. Ils pourraient même faire un bonhomme de neige!
" Squall? Tu m'écoutes? " Dit Linoa pour le rappeler à l'ordre.
Le plus jeune tourna la tête vers elle, l'air penaud. Il s'était laissé emporter, une fois de plus. Et comme d'habitude, Linoa ne lui en voulait pas. Elle se contenta de rire et de répéter ce qu'elle disait. Dans deux ans, elle comprendrait tout.
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C'était rare que Laguna le rappelle chez lui en urgence. La dernière fois que c'était arrivé, Raine avait eu un petit accident et avait dû être hospitalisée. Cette fois-ci, Squall avait sa petite idée quant à la raison de sa venue. Il n'avait pas pu fêter son dix-huitième anniversaire en famille, et son père cherchait sûrement à se rattraper. Mais vraiment, ce n'était pas nécessaire. Squall ne lui en voulait pas du tout.
Il s'était assis dans le salon et attendait que ses parents daignent se montrer. Connaissant son père, le jeune châtain s'imagina qu'il avait préparé quelque chose et vérifiait encore si tout se passerait comme prévu. Il en riait presque par avance. Quelle idée farfelue avait-il pu avoir cette fois?
Quand le couple présidentiel fit enfin son entrée, le sourire franc qu'affichait le plus jeune s'effaça brusquement. Son père, d'habitude si enjoué, avait l'air très sérieux et peut-être même assez nerveux; il se massait la jambe. Sa mère, quant à elle, ne montrait pas une mine beaucoup plus réjouie. Elle ne s'était pas maquillée, avait les yeux rougis d'avoir trop pleuré et évitait les regards des deux hommes. Quelque chose n'allait pas. Le couple prit place à la table du salon, face au fils unique, et échangea des regards incertains.
" Qu'est-ce qu'il se passe? " Demanda Squall, inquiet. Dans ce genre de situation, il préférait en venir immédiatement au fait. L'attente ne ferait que l'angoisser encore plus.
" Squall… " Commença Raine, pour finalement pincer les lèvres et regarder la table. Laguna se gratta la nuque et décida de continuer à sa place.
" Ta mère et moi allons divorcer. "
Le jeune soldat les regarda fixement, l'air neutre. Et puis il commença à se rendre compte de la situation. Ses parents allaient divorcer? Mais pourquoi? C'était tellement soudain!
" Mais pourquoi? " Demanda le plus jeune, disant tout haut ce qu'il pensait. " Ça vous a pris comme ça? D'un seul coup? " Il ne put s'empêcher de se mettre en colère.
" Non, Squall. " Soupira le père en se frottant les yeux du bout des doigts. " Ça fait un moment qu'on y pense. "
" Pourquoi? " Insista le jeune homme.
" Ton père et moi…voyons d'autres personnes depuis plusieurs mois. " Commença timidement la mère, honteuse. " C'est inutile de continuer à prétendre que tout va bien alors que… "
" Peut-être que ça va s'arranger! C'est juste une mauvaise période, c'est tout! "
Non, il ne voulait pas que sa famille se sépare. Surtout dans de telles circonstances!
" Ça ne s'arrangera pas. " Dit fermement Raine.
Squall la regarda, dévasté, puis tourna la tête vers son père, qui se contenta d'acquiescer de la tête. Alors c'était tout? La famille dans laquelle il avait grandi allait se dissoudre? Parce que ses parents avaient…parce qu'ils se trompaient l'un l'autre? C'était absurde! Pourquoi ne pouvaient-ils pas tout oublier et redevenir comme avant?
" Je sais que ça doit être dur pour toi, Squall, mais c'est la meilleure chose à faire. " Assura Laguna en tendant une main pour serrer celle de son fils, qui se leva subitement de sa chaise. Elle tomba à la renverse sur le sol. Personne ne chercha à la redresser. " Essaie de comprendre, s'il te plaît. "
" Qu'est-ce que tu veux que je comprenne? " S'emporta finalement le plus jeune. Il leva les mains et les passa nerveusement dans ses cheveux. " J'ai toujours cru que vous vous aimiez et…et vous me dites ça! C'est si dur que ça de rester fidèle? "
" Squall, ce n'est pas la question. On – "
" Si, c'est bien ça! " Hurla Squall, interrompant sa mère, qui se mordit douloureusement la lèvre. " Et puis vous savez quoi? Faites ce que vous voulez. J'en ai plus rien à faire. " Conclut-il en tournant les talons pour sortir de chez lui.
Il empoigna le sac qu'il avait laissé à l'entrée et claqua la porte derrière lui quand il sortit. En quelques minutes à peine, on avait piétiné ses convictions. Envolée la famille où un sourire était sur chaque visage; envolées les embrassades au coin du feu pendant qu'ils regardaient le dessin animé favori de Squall; disparus les baisers que ses parents échangeaient en pensant que leur fils ne les voyait pas.
Disparue l'image du père modèle auquel le jeune châtain rêvait tant de ressembler. Jamais il ne ferait la même erreur que Laguna. Non. Jamais il ne tromperait qui que ce soit. Il ne ferait souffrir personne. Il ne ferait jamais pleurer quelqu'un.
Il ne leur pardonnerait jamais.
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Squall passa des mois noirs. Il ne parlait plus tellement, ne voulait plus voir personne, mis à part Linoa qui s'imposait plus qu'autre chose. Il avait apprécié sa présence pendant quelques temps, mais chaque fois qu'il croyait être sur le point de toucher le fond, c'était Cid qu'il allait voir. Le directeur et général de Balamb l'accueillait toujours dans son bureau avec un sourire bienveillant et l'écoutait attentivement. Il était le seul à qui il pouvait se confier sans retenue; le seul en qui il avait confiance.
" Squall… " Commença le directeur quand le soldat se fut assis pendant près d'une heure à son bureau sans rien dire. " Tu sais, tu ne devrais pas être aussi dur avec tes parents. Parfois, certaines choses se passent sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit. " L'homme lui parlait toujours de cette voix douce et patiente, comme lorsqu'il n'était encore qu'un enfant.
" Alors vous êtes de leur côté? " Lâcha sèchement le soldat, les bras croisés.
" Je ne suis du côté de personne. " Répondit calmement le directeur. " Il n'y a aucun fautif dans toute cette histoire. "
" Ils voyaient d'autres personnes! " S'emporta Squall. Il poussa un juron discret et se prit la tête entre les mains. " Je sais plus quoi penser. J'ai pas envie de les détester mais…mais je suis tellement déçu. "
" L'être parfait n'existe pas et il n'existera jamais. " Dit sagement Cid. " Chacun de nous, à un moment ou à un autre, finira par décevoir son entourage. "
" Vous, je sais que vous ne me décevrez jamais, Monsieur. " Déclara aussitôt Squall en levant la tête vers le directeur. Il y avait une lueur d'espoir dans son regard, comme s'il souhaitait ne pas se tromper.
" Je l'espère, Squall. Je l'espère. " Se contenta de dire le vieil homme.
Une semaine après leur dernier entretien, Cid mourait. Squall en fut totalement dévasté. Son dernier soutien venait de lui être arraché. Personne n'avait voulu le laisser aller à l'enterrement de l'ancien directeur, mais il avait insisté.
" J'ai besoin de le voir. " Avait-il répondu.
S'il ne voyait pas la dépouille, s'il ne voyait pas le cercueil être mis en terre, jamais il n'accepterait l'idée que le directeur puisse être mort. Bien que douloureuse, c'était une expérience qu'il savait être nécessaire. Il en aurait besoin pour aller de l'avant. À peine le corps de Cid avait-il été recouvert de terre qu'on apprit à Squall que l'ancien directeur l'avait désigné comme son successeur. La pression qui lui tomba sur les épaules fut telle qu'il se surprit à maudire le défunt. Il n'avait pas besoin de subir ça en plus de tous les autres problèmes qu'il devait encore régler.
" Je ne peux pas continuer. " Dit-il peu de temps après, quand Linoa et lui furent seuls dans sa chambre.
La jeune femme fronça les sourcils. " Continuer quoi? " Demanda-t-elle doucement, bien qu'elle sût au fond d'elle-même de quoi son petit-ami voulait parler.
" Nous deux. Je veux qu'on arrête de se voir. "
La brune inspira un grand coup et s'approcha de Squall. " Pourquoi? Parce que tu ne m'aimes plus? Ou parce que tu as peur? "
Le châtain se tourna brusquement vers elle, l'air furieux. " Pourquoi? Parce que ça ne sert à rien, voilà pourquoi! On s'aime aujourd'hui, mais comment ce sera demain? Dans un mois? Dans dix ans? On finira par aller voir ailleurs, alors je préfère mettre à terme à tout ça maintenant avant de faire la même connerie que mes parents. C'est mieux pour nous deux. "
" Mieux pour toi, tu veux dire! " S'emporta la brune. " Si tu pensais vraiment à moi, tu ne me larguerais pas comme ça! "
" Je pense à toi, Linoa! Je ne veux pas te faire souffrir. "
" Tu parles. Dis plutôt que tu as peur pour toi-même. Tu es mort de trouille à l'idée que je puisse en avoir marre de toi, alors tu me repousses avant que je puisse le faire, moi. Tu te rends compte que ce que tu fais est stupide? "
" J'ai peur, Linoa! Oui, je suis mort de trouille! " Admit finalement le châtain, les poings serrés. Il recula, le visage caché dans ses mains, et stoppa quand son dos heurta le mur derrière lui. " Je veux pas finir comme mon père, et je veux pas perdre une personne qui m'est chère une deuxième fois. "
Linoa sentit ses yeux se remplir de larmes en entendant les sanglots étranglés de son ami. Jamais il n'avait pleuré – en tout cas, pas devant elle – et le voir comme ça sans pouvoir le consoler était la pire torture qu'elle ait eue à endurer. Elle s'approcha doucement de lui, hésita un instant, puis leva les bras pour enlacer Squall. Ce dernier, cependant, la repoussa.
" N'insiste pas, s'il-te-plaît. " Murmura le garçon en tournant la tête sur le côté pour éviter de voir l'expression de son ex-petite amie.
" Je – Je pourrais t'aider à aller mieux. Tu verras, tout ira bien. " Dit la brune, qui ne put retenir ses larmes plus longtemps. Elle se mit à sangloter. " Ne me repousse pas. "
Squall ferma les yeux puis se redressa. Il passa à côté de la jeune femme et sortit de la pièce, la laissant pleurer seule.
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La plupart des soldats furent étonnés par le départ inattendu de Linoa. Personne n'osa poser de questions à Squall, et ce pour plusieurs raisons. D'une part, le nouveau général d'armée se montrait distant et froid. Qui aurait voulu lui parler? D'autre part, il était bien trop jeune et inexpérimenté. Cid ne l'avait choisi que parce qu'il était son chouchou, rien de plus. Leur armée courait droit vers la catastrophe avec un leader pareil.
C'étaient les bruits de couloir que Squall entendait régulièrement. Ses amis lui disaient de ne pas y faire attention, mais ce n'était plus possible. Seul dans sa chambre, il fixa sa Gunblade du regard, le dernier souvenir tangible qu'il lui restait de Cid Kramer. Il avait prouvé à l'homme qu'il serait à la hauteur de ses espérances en parvenant à la manier à la perfection. Aujourd'hui encore, elle serait la preuve qu'il ne décevrait pas les attentes de l'ancien directeur. Il empoigna l'arme avec détermination et partit dans le hall principal en regardant droit devant lui, défiant ceux qui le fixaient un peu trop longtemps sans un mot. Lorsqu'il fut en plein milieu du hall, il monta sur l'un des bancs et regarda autour de lui. Personne ne parla et on se contenta de l'observer, certains avec une mine moqueuse.
" Je sais qu'aucun de vous n'a confiance en mes capacités de leader, et c'est pourquoi j'ai décidé de faire mes preuves, maintenant, devant vous. " Déclara Squall d'une voix forte et assurée. Un murmure s'éleva de la foule de spectateurs – parmi lesquels il aperçut Roxas et quelques uns de ses amis les plus fidèles.
" Comment tu comptes t'y prendre? " Demanda un garçon que Squall ne put identifier tout de suite.
" Par un duel. Je vous mets au défi de vous battre contre moi. Si je perds, je renoncerai à mon poste et le cèderai à celui ou celle que vous jugerez apte à diriger ce vaisseau. "
Le murmure devint cacophonie. Le général d'armée regarda les visages parmi l'assemblée, mais n'en vit aucun qui semblât décidé à relever son défi.
" Je suis partant. "
Ces quelques mots avaient suffi à faire taire la totalité des spectateurs. Des bruits de pas retentirent dans le hall, s'approchant du leader. Quand l'individu se détacha de la masse compacte de soldats, Squall vit qu'il s'agissait de nul autre que Seifer. Ce dernier maniait lui aussi la Gunblade; aussi bien que le châtain. Le combat serait rude. Peut-être même le perdrait-il, mais il n'allait pas se débiner. Il avait une position à défendre et s'il devait se battre contre l'un de ses anciens amis pour y parvenir, alors soit.
Squall sauta en bas du banc et se tint prêt à attaquer.
" Pas de coups de feu. " Annonça-t-il rapidement quand il vit Seifer se préparer à son tour.
" Pourquoi? T'as peur que je te tire dans le dos? " Le provoqua le blond avec un sourire narquois.
" Je veux surtout éviter les balles perdues. " Répondit le châtain en jetant des coups d'œil autour de lui. Les soldats n'avaient pas jugé utile de s'éloigner. Ils ne voulaient manquer ce combat pour rien au monde. L'avenir de Balamb se déciderait sous leurs yeux.
" C'est de bonne guerre. " Fit Seifer en se lançant sur son adversaire sans le prévenir.
Squall leva son épée pour parer le coup et sentit son genou fléchir tant l'autre homme y avait mis de force. Le châtain le repoussa avec autant de brutalité. Seifer fit plusieurs pas en arrière et sourit à Squall en lui faisant signe de l'attaquer le premier. Le châtain ne se fit pas prier. Il s'élança vers le blond. Leur lutte fut acharnée et leur public dut se reculer souvent pour éviter d'être blessé. Le général d'armée ne fut pas tellement étonné d'entendre les soldats encourager Seifer. Ça ne voulait pas dire qu'il le laisserait gagner. Animé par une détermination renouvelée, Squall se mit à frapper plus fort, plus juste. Il subjugua son adversaire en quelques secondes à peine, tournant la situation à son avantage. Aussi subitement, les encouragements n'allaient plus vers aucun d'eux. Les soldats étaient stupéfaits par tant d'agilité.
Un coup de pied dans le tibia fit tituber Squall. Seifer en profita pour attaquer. Il leva son épée. Le châtain leva les yeux vers lui.
Plusieurs filles poussèrent des cris d'horreur alors que le sol du hall se tâchait du sang qui coulait le long du nez et de la joue de Squall. Une douleur atroce lui brûlait le front, mais il choisit de l'ignorer pour le moment. D'un geste rapide et précis, il désarma Seifer et entailla la chair de son visage, entre les yeux, tout comme le blond venait de le faire. La Gunblade de l'autre soldat tomba dans le bassin entourant les escaliers menant aux étages, le bruit résonnant plus fortement qu'il n'aurait dû suite au silence de plomb qui régnait dans l'entrée. Squall baissa lentement son épée et en appuya la pointe contre la gorge de Seifer, qui leva les mains pour signifier qu'il abandonnait.
" Quelqu'un d'autre? " Demanda Squall.
Personne ne répondit. Quelques soldats les accompagnèrent à l'infirmerie, où le docteur Kadowaki leur fit un beau sermon. Les anciens amis avaient pris soin de ne jamais se regarder pendant qu'on les soignait.
Un peu plus d'une semaine plus tard, le châtain enlevait le bandage qui lui couvrait le front. Une cicatrice s'était formée après que la plaie se soit refermée. Il serait marqué ainsi toute sa vie. En observant son reflet dans le miroir, Squall avait l'impression de se trouver face à un étranger. Ses cheveux auparavant courts et bien entretenus commençaient à devenir plus longs et lui arrivaient presque aux épaules. Son regard aussi avait grandement changé. Il semblait si terne, presque comme s'il n'était plus qu'une coquille vide.
Ses pensées furent interrompues lorsqu'on frappa à la porte de sa chambre. Il trouva Seifer sur le pas.
" Je peux? " Demanda le blond en désignant l'intérieur de la pièce d'un signe de tête. Squall s'écarta pour le laisser entrer puis ferma la porte. " J'ai à te parler. "
" Je t'écoute. "
" Ben… " Commença Seifer, gêné. Le châtain haussa un sourcil, curieux. " Je reconnais que tu sais te défendre. Et que tu ferais sûrement un bon leader. " Il marmonna la dernière phrase, si bien que Squall faillit ne pas la comprendre.
" Merci. " Dit-il simplement.
" Mais je peux toujours pas te pardonner pour ce que t'as fait à Linoa. " Ajouta rapidement le blond en se tournant vers Squall, très sérieux. " Alors soit tu répares tes conneries, soit je te la prends. "
Ce n'était pas des paroles en l'air, l'autre jeune homme s'en rendait bien compte. Seifer n'était pas du genre à se montrer aussi sentimental. Il avait dû être très sérieux au sujet de la jeune femme. Squall avait toujours cru que le blond ne draguait Linoa que pour l'énerver, mais visiblement, il y avait eu bien plus que de la provocation dans tout ça.
" Je sais que tu t'occuperas d'elle mieux que moi. " Répondit finalement le châtain avec un long soupir.
" Alors tu la laisses vraiment? Comme ça? " Insista le blond, outré. Linoa était une fille géniale; il ne comprenait pas que son ami puisse la laisser tomber.
" Je préfère ne pas m'engager dans une relation que je pourrais faire foirer à n'importe quel moment. Tu sais à quel point j'ai du mal avec les larmes. "
Seifer ricana. " Ça ouais. Un bel empoté. " Il secoua la tête et se dirigea vers la porte. Il tendit la main pour attraper la poignée.
" Seifer? "
Le blond se tourna vers son ami, un sourcil haussé.
" Ça risque d'être assez hypocrite de ma part, mais… Fais-la souffrir et je te tue. "
Pour toute réponse, l'autre garçon éclata de rire et sortit. Squall, lui, se tourna vers la fenêtre près de son lit. Il venait de renoncer définitivement à la dernière personne qui le reliait encore à son triste passé. Il n'avait plus personne à présent : plus de parents à qui parler, Cid n'était plus de ce monde, et Linoa deviendrait la fiancée d'un autre. Il se retrouvait complètement seul et il n'avait pas l'intention de vivre autrement à partir de ce jour.
Il reprendrait sa vie en main en laissant tout derrière lui, y compris celui qu'il avait été, et renierait le nom que ses propres parents lui avaient donné au profit d'un autre.
Dorénavant, il se ferait appeler Léon.
-o-o-
Il y avait tant à faire et si peu de temps. Sora décida donc de s'occuper de ce qu'il jugeait le plus important à ses yeux. Il parlerait d'abord à Riku. C'est ainsi qu'il partit à la recherche de son ami et il finit par le trouver dans le salon commun. L'argenté était assis sur le canapé et avait l'air pour le moins abattu. Le jeune châtain prit place à côté de lui sans un bruit.
" Salut. " Dit-il quand il comprit que Riku n'avait toujours pas remarqué sa présence.
" Quoi? Ah. Sora? " Bredouilla l'argenté, grandement embarrassé. " Qu'est-ce que tu as? "
" Je voulais te voir. " Répondit simplement le plus jeune en haussant les épaules. " Au sujet de ce qu'il s'est passé l'autre jour. "
Il tourna la tête vers son meilleur ami et vit ce dernier baisser les yeux, honteux.
" Écoute, tu es mon meilleur ami, Riku. Ce que tu m'as dit m'a vraiment fait mal, mais je sais très bien pourquoi tu as réagi comme ça. "
" Sora, si tu savais comme je m'en veux de t'avoir parlé comme ça. Je le pensais pas; j'étais juste…énervé et je savais pas quoi dire. " Expliqua rapidement l'argenté en posant les mains sur les épaules de Sora. " Je m'excuse. Vraiment. "
" Je veux bien te pardonner, mais seulement pour cette fois. " Déclara le châtain, l'air très sérieux. Quand son ami acquiesça rapidement de la tête, son expression s'adoucit. " Tu es un ami très cher pour moi. Je ne m'en remettrais pas si on ne se parlait plus. "
Riku sentit son cœur se serrer un peu plus à mesure que Sora parlait. Ami, ami, ami… Il ne resterait que ça, alors?
" Un ami? C'est tout? " Tenta-t-il malgré tout, refusant d'abandonner tout espoir pour l'instant.
" Un ami, oui. Mon meilleur ami. " Dit l'autre. Riku baissa les yeux, clairement déçu. " Il s'est passé tellement de choses depuis que je suis parti de Midgar… "
L'argenté prit une grande inspiration. " Tu as rencontré ce sale con. " Grommela-t-il.
" Pardon? " Demanda le plus jeune, les sourcils légèrement froncés.
" Tu aimes Léon, non? " Sora écarquilla les yeux. " N'essaie même pas de me le cacher. Il me l'a dit. "
" Attends, Léon t'a dit ça? " Demanda le châtain, sceptique.
" Pas clairement, mais c'est ce que j'ai compris. " Riku marqua une pause. " Sora, j'aime pas trop ça, et c'est pas seulement parce que je suis jaloux. Je le sens pas, ce type. "
Le plus jeune soupira longuement et s'enfonça un peu plus dans le fauteuil. Riku n'avait pas tort sur ce point, mais peut-être qu'en connaissant toute la situation, il pourrait l'aider un peu? D'un autre côté, ce serait cruel. L'argenté était encore amoureux de lui. Lui parler d'un autre homme serait assez déplacé. Le châtain se ravisa donc.
" Je suis pas tellement sûr de moi, dans le fond, mais je dois essayer. " Déclara Sora. " Je voudrais en parler un peu avec lui. "
Surtout s'il avait sous-entendu savoir que Sora n'éprouvait pas de sentiments platoniques à son sujet. Comment l'avait-il su, d'ailleurs? Le châtain ne se rappelait pas avoir pu faire ou dire quelque chose qui ait pu le trahir…
" Sora, il y a autre chose que je voudrais te dire. " Dit subitement Riku, l'arrachant à ses pensées. Sora se tourna vers lui. " Je parlais avec Kairi et…comment dire…elle voudrait qu'on sorte ensemble. Elle et moi. "
Le plus jeune hocha lentement la tête. " Qu'est-ce que tu lui as répondu? "
" Que j'avais besoin d'un peu de temps. Je sais pas trop quoi faire. " Admit l'argenté en évitant soigneusement le regard de son ami.
" Tout ce que je peux te dire, c'est que t'auras plutôt intérêt à t'accrocher. Axel va pas être facile à vivre si tu sors avec sa petite sœur. " Dit le châtain en ricanant. Il pouvait déjà imaginer la scène : Riku qui fuyait Axel, et la sœur du général qui les poursuivait en menaçant le roux. Roxas, lui, se tiendrait à côté de Sora, et ils seraient très amusés par le spectacle. " Si tu décidais d'accepter, alors je te souhaite de rester avec elle le plus longtemps possible. "
" Sora… " Dit doucement Riku. Il se pencha pour prendre son ami dans ses bras. " Merci. Mais de mon côté, je te souhaite pas de finir avec cette ordure. " Il sentit et entendit Sora se mettre à rire.
" Je me doutais bien que tu dirais ça. "
Quelques minutes plus tard, Sora se séparait de Riku, le cœur bien plus léger. Il ne lui restait plus qu'à aller voir Léon. Il se sentait un peu plus en confiance après avoir discuté avec son meilleur ami. Ça s'était tellement bien passé qu'il ne s'imaginait pas que ça puisse se passer autrement avec le général. Ce fut donc avec une certaine confidence qu'il se rendit au bureau. Il n'y trouva que Nida et sut alors qu'il lui fallait retourner au dortoir. Un peu agacé, le jeune châtain descendit au rez-de-chaussée. Il croisa Riku, qui se dirigeait vers le campus pour se changer les idées. Après un rapide signe de la main – bien qu'ils se soient vus quelques minutes plus tôt – Sora continua son chemin en direction du dortoir. Lorsqu'il se tint enfin devant la chambre de Léon, il prit une profonde inspiration et frappa trois fois. Il n'attendit pas longtemps avant d'avoir une réponse.
Le balafré ouvrit la porte et l'observa, un sourcil haussé. Sora, lui, eut du mal à ne pas le fixer du regard. L'homme venait tout juste de sortir du bain – ou de la douche – et avait encore les cheveux mouillés. Il avait une serviette attachée autour de sa taille tandis qu'une autre était posée sur ses épaules. Le général laissa la porte ouverte et retourna à l'intérieur. Il s'assit dans un fauteuil et entreprit de se sécher les cheveux avec la serviette qui ne lui avait pas encore servi. Sora passa le pas de la porte et la ferma derrière lui sans un bruit.
" C'est rare que tu viennes ici de toi-même. " Déclara Léon quand il eut fini. Il jeta la serviette usagée à terre et passa les mains dans ses cheveux pour les coiffer grossièrement. " Qu'est-ce que tu veux? "
Le plus jeune se retint de faire la moue – Léon avait toujours une façon de parler.
" Il y a une chose que je voudrais vous demander. " Dit-il enfin quand il se sentit assez calme.
" Je t'écoute. "
Léon s'enfonça dans le fauteuil et posa les bras sur les accoudoirs. Il était complètement décontracté. Ça en faisait au moins un sur deux.
" C'est à propos de notre marché. " Commença Sora. Il attendit une réaction de la part du plus grand, mais quand il n'en eut aucune, il continua. " Est-ce qu'il serait possible d'arrêter? Au moins pendant quelques temps. " S'empressa-t-il d'ajouter dans l'espoir de ne pas avoir de refus catégorique.
Léon sembla considérer la demande sérieusement. Il se pencha légèrement sur la droite pour pouvoir s'appuyer sur sa main, les yeux dans le vague. Pendant qu'aucun ne prononçait un mot, Sora étudia l'adulte face à lui. Ses yeux se posèrent sur des mollets puissants, remontèrent jusqu'à ses cuisses aux muscles saillants. Ils poursuivirent leur course en observant des abdominaux marqués, un torse qu'il savait déjà ferme. Les épaules larges du balafré étaient parsemées de gouttes d'eau qui attendaient d'être essuyées. D'autres tombaient du bout des mèches mal séchées qui collaient à la nuque du plus grand. Et enfin, le regard de Sora s'arrêta sur le visage de Léon, et il remarqua que ce dernier s'était mis à l'observer.
Le plus jeune déglutit.
" Viens. " Ordonna le général.
Animé d'une volonté autre que la sienne, le jeune châtain s'approcha jusqu'à se tenir devant Léon. Son corps s'était mis à bouger de lui-même, ignorant complètement les signaux envoyés par son cerveau. L'un souhaitait toucher une dernière fois la peau chaude et douce du balafré; l'autre le lui déconseillait fortement. Aucun ne détourna le regard tandis que Sora levait un genou pour le poser sur le fauteuil. Il s'assit à califourchon sur Léon, posa des mains tremblantes sur ses épaules et attendit de savoir quoi faire. Ses joues étaient si rouges qu'elles brûlaient. La sensation était à la limite du supportable. Les rougeurs s'étendirent à ses oreilles et à sa nuque quand il sentit l'homme passer les bras autour de sa taille et l'approcher un peu plus de lui. Léon caressa la peau de son cou du bout des lèvres. Il l'effleurait à peine, mais ce fut assez pour éveiller tous les sens du plus jeune. Il sentait la chair tendre de ses lèvres contre sa peau, la chaleur de son corps, l'odeur du savon qui le parfumait, et entendait son propre cœur battre à tout rompre.
Roxas avait vu juste depuis le début, il s'en rendait réellement compte à présent. Il avait fini par s'attacher à l'homme; et à quel point.
Quand Léon se recula un bref instant, Sora en profita pour écraser ses lèvres contre les siennes. Le parfum du savon laissa un petit goût étrange sur la langue du plus jeune et par-dessus cette fragrance, il y en avait une autre, plus discrète, incomparable – celle qui était propre au général. Aussi brusquement qu'elle était montée, la tension entre les deux châtains retomba. Léon repoussa doucement le jeune châtain pour rompre leur baiser – ou plutôt, celui de Sora. Le balafré fronça les sourcils en observant l'expression de son assistant; la même que celle de Roxas quelques années plus tôt.
" Je crois moi aussi qu'il vaut mieux arrêter tout ça. " Déclara Léon après un silence insupportable aux oreilles de Sora.
Ce dernier écarquilla les yeux. " Quoi? Mais – " Bredouilla-t-il.
" Sora, n'insiste pas. " Le coupa sèchement le général. Il poussa encore un peu le plus jeune pour pouvoir se lever et marcher vers la porte.
" Ce n'est pas ce que vous croyez! " Se défendit l'autre, alarmé. " Je n'ai pas fait ça comme ça, sans réfléchir! Je suis vraiment – "
" C'est justement pour ça que je ne veux plus te voir ici. Je n'ai pas besoin d'avoir un boulet au pied. " Déclara Léon.
Il ouvrit la porte sans regarder Sora; le message était clair. Le plus jeune sortit de la chambre. Une fois la porte fermée, il fit volte-face pour fixer la surface en métal d'un air furieux. Un boulet? C'était ce qu'il pensait de lui maintenant? Juste parce qu'il avait fini par s'attacher?
" Ça ne se passera pas comme ça! " Hurla Sora avant de s'éloigner rapidement.
De l'autre côté de la porte, Léon s'était appuyé au mur. Sa mine se renfrogna quand il se rendit compte que ses mains s'étaient mises à trembler. Il avait encore blessé quelqu'un. D'abord Linoa, ensuite Roxas, et maintenant Sora. Il n'arrivait jamais rien de bon à ceux qui se rapprochaient de lui, à tel point que le général se crut frappé d'une malédiction qui affectait son entourage. Il ne ferait pas la même erreur une nouvelle fois. Plus personne n'aurait à souffrir par sa faute.
-o-o-
Cloud ferma les yeux, la respiration haletante. Allongé à côté de lui, Zack n'était pas en meilleur état. Mais il était heureux. Euphorique, même. Il se tourna sur le côté pour pouvoir prendre le blond dans ses bras et le serrer contre lui. Tendrement, il déposa plusieurs baisers sur son épaule. La sueur lui donnait un goût salé qui l'aurait peut-être gêné en d'autres circonstances.
" Ne me dis pas que tu veux remettre ça? " Demanda le blond sur le ton de la plaisanterie.
" Nan. Trop fatigué. " Marmonna le brun sans cesser ses petites marques d'affection. " Alors? J'ai fait mieux que Léon? "
Cloud lui décocha un coup de coude dans l'estomac.
" Je le pensais pas! " Se plaignit l'autre en se redressant pour masser son abdomen douloureux. " T'as pas d'humour. "
" Pas pour tout. " Déclara Cloud, la mine boudeuse. " D'ici un an ou deux, peut-être que j'en rirai. "
Zack poussa un petit soupir, puis sursauta quand il entendit hurler dans le couloir. Il était certain de ne pas se tromper en affirmant qu'il s'agissait de Sora. Lorsqu'il s'en rendit compte, il leva une main et la passa sur son visage. Cloud allait encore faire toute une scène à cause de son petit frère. Flûte, il avait dix-sept ans! Sora était assez grand pour se débrouiller tout seul!
Les minutes s'écoulèrent et pourtant, le blond ne prononça pas un mot. Lorsque le brigadier tourna la tête vers lui, il ne le vit même pas froncer les sourcils.
" Je ne suis pas une mère poule. " Fit Cloud.
" J'ai rien dit. "
" Tu l'as pensé. " Insista le blond. Il soupira et passa les mains dans ses cheveux. Il grimaça quand il se rendit compte qu'ils étaient devenus poisseux. Il avait besoin de prendre une bonne douche et rapidement. " Je pense que je me suis quand même amélioré, non? Je le suis plus partout, je me mêle plus de sa vie privée; je le laisse faire. " Un instant de silence. " Ça fait pas de moi un mauvais frère, hein? "
Zack ne put se retenir de lever les yeux au ciel. " Non. Ça fait de toi un grand frère compréhensif. "
Pour toute réponse, le blond haussa les épaules.
" Qu'est-ce que tu penses de l'évasion d'Aérith? " Demanda subitement Cloud. En voyant son expression fermée, Zack comprit que la question n'était pas posée sans raison.
" Je trouve qu'il y a beaucoup trop de coïncidences. Il y a peut-être moins de gardes la nuit, mais l'un d'entre eux aurait quand même dû la trouver. Elle a forcément dû passer près de leur salle de repos. Je vois pas comment ils auraient pu ne pas la remarquer. On entend le plus petit bruit dans ces couloirs. "
Cloud l'écouta parler attentivement. Quand son ami et amant eut terminé, il ferma les yeux et réfléchit calmement. Oui, la prisonnière avait eu beaucoup trop de chance quand elle s'était évadée. Il était peu probable qu'une évasion improvisée eut remporté tant de succès. Il n'avait pas besoin d'avoir déjà vu l'endroit où elle était retenue pour le savoir. Et puis, il y avait cette histoire de complice. Cette seule pensée le mettait mal à l'aise. On avait voulu qu'Aérith se sauve et on l'avait aidée à y parvenir. Ce complice, par ailleurs, aurait dû être aperçu en train de rôder près de la prison sous-marine. Balamb City était surveillée par des soldats. Comment avaient-ils pu ne pas s'apercevoir qu'on attendait près de cet endroit? La logique aurait voulu que les gardes se soient méfiés et aient demandé à l'individu de quitter les lieux, non? Alors pourquoi personne ne l'avait fait?
Et si personne n'avait pu le faire?
Cloud se dit qu'avoir une petite conversation avec Léon – il grimaça à cette idée – ne serait pas superflu. Il y avait trop d'éléments manquants dans toute cette histoire. Sans doute le balafré y avait-il déjà réfléchi d'ailleurs. Il aurait peut-être quelques explications à lui fournir qui puissent l'aider à y voir plus clair. Et puis son frère mettrait le doigt sur le cœur du problème facilement. Il devait déjà être au courant de l'évasion de l'ex-soldat de Balamb. Peut-être avait-il même toutes les réponses, ou tout au moins une partie d'entre elles.
-o-o-
Le vaisseau se dirigeait à nouveau en direction de Balamb City afin que Léon puisse procéder à l'interrogation des soldats restés sur place. Il avait des tonnes de questions à leur poser, et plus particulièrement celle-ci : comment un individu étranger à Balamb avait-il pu entrer sans que personne ne l'aperçoive? Le général était certain que celui qui avait aidé Aérith ne venait pas de la ville. Personne ne manquait à l'appel, ni n'avait eu un comportement suspect. Il savait pouvoir compter sur la sincérité des habitants et n'en doutait pas un instant – quoi qu'il en aurait eu tous les droits après ce qu'il s'était passé.
" Squall, tu m'écoutes? "
Le balafré grommela dans le téléphone sans prendre soin de camoufler le son. C'est vrai, il était censé parler avec Laguna…
" Oui. " Mentit aisément le général en croisant les jambes. Vivement que leur discussion prenne fin.
" Alors ça ne te fait même pas réagir quand je te dis que Julia et Ellone doivent quitter la maison par mesure de sécurité? Et moi qui m'attendais à t'entendre me traiter d'imbécile. " Se plaignit à moitié Laguna qui, en réalité, était surtout inquiet.
" Imbécile. Voilà, tu es content? " Grommela le balafré. " Écoute, si tu n'as rien d'autre à dire, je vais devoir te laisser. "
" Squall. "
Le général haussa les sourcils, surpris. C'était bien la première fois que le président Loire employait un ton aussi ferme pour lui parler.
" Je sais que quelque chose cloche. Parle. " Ordonna-t-il sur un ton plus autoritaire que d'ordinaire.
Squall resta silencieux un instant, récupérant du léger choc. " Je pensais à l'évasion d'Aérith. "
" Ah bon. " Le balafré savait que son père ne le croyait pas rien qu'à sa façon de parler. " Bon, on se verra d'ici peu à Balamb City pour discuter de la suite des opérations, entre autres. Allège ton emploi du temps le plus possible; ça risque de prendre un certain temps. "
" Très bien. À bientôt. " Répondit Léon avant de raccrocher.
Il ne remettrait pas les paroles de son père en question. Il y avait effectivement de nombreux points qui nécessitaient d'être discutés, dont celui au sujet de leurs prisonniers de guerre. Rufus ne devait pas ignorer qu'ils étaient avec eux – ou en tout cas, ses doutes devaient avoir été confirmés après Myst – et Léon ne risquerait pas de le laisser les récupérer. Le tout était de savoir quel endroit serait assez sûr.
Léon leva les yeux vers Sora, occupé à griffonner sur une feuille de papier. Le jeune homme fréquentait à nouveau le bureau, chose étonnante aux yeux du balafré après ce qui s'était passé. Le jeune châtain n'avait encore rien tenté pour se venger, et le général lui en fut silencieusement reconnaissant. Il avait déjà assez à faire avec la furie qu'était Roxas. Quoi que le plus jeune général de Balamb s'était considérablement calmé depuis un certain temps. Léon ne put s'empêcher de se demander ce qui avait bien pu se produire qui ait provoqué un tel changement de comportement.
Mettant la question de côté pour l'instant – il l'oublierait sans doute; il avait d'autres chats à fouetter – il se concentra davantage sur les stocks du vaisseau. Il faudrait acheter de la nourriture en grandes quantités, renouveler le matériel médical, se procurer divers produits d'entretien… Un vrai casse-tête. Aussi patiemment que possible, il fit les comptes et les écrivit sur un bout de papier au fur et à mesure. Il ne devait pas se tromper au risque de pénaliser la totalité des soldats à bord. Des estomacs vides pouvaient provoquer les pires catastrophes. Il décida de gonfler un peu les chiffres par précaution. Il leva les yeux vers Sora une nouvelle fois quand ce dernier posa son stylo sur le bureau.
" Il n'y a vraiment rien à faire? Je m'ennuie! " Se plaignit-il en faisant la moue.
Squall haussa un sourcil. " Tu te plains quand je te donne du travail, et quand je ne t'en donne pas, tu te plains aussi. Il faudrait savoir ce que tu veux. "
" Je sais très bien ce que je veux. " Déclara-t-il en regardant son supérieur droit dans les yeux.
Oui, toute cette histoire lui avait ouvert les yeux. Il était absolument certain qu'il était attiré par Léon – il irait même jusqu'à affirmer être amoureux de lui. Il avait été plus blessé que vexé d'avoir été repoussé. Léon n'avait même pas cherché à l'embrasser! Il était hors de question de rester au même niveau qu'une poupée gonflable. Il avait des sentiments, s'était donné plus ou moins volontairement et le balafré devait assumer ses responsabilités maintenant. Il n'y échapperait pas si facilement.
Léon fronça les sourcils et fut aussitôt sur la défensive. " Non, je ne crois pas. Et si ça peut te consoler, tu ne t'ennuieras pas bien longtemps. "
" Comment ça? " Demanda le jeune châtain, confus. Du haut de la plateforme, Nida et Riku prêtaient une oreille attentive à leur discussion.
" Dès que nous serons à Balamb City, le président Loire et moi-même devrons décider d'un endroit sûr où Cloud et toi pourrez aller vous réfugier. " Il continua rapidement quand il vit Sora ouvrir la bouche. " Shinra doit savoir que vous êtes ici à l'heure qu'il est. Je ne veux pas risquer de le laisser vous mettre la main dessus. "
" Et si on ne veut pas partir? Je suis trop impliqué pour fuir. Je veux rester ici! "
" Sora – "
" Vous ne prenez même pas mon opinion en considération alors que je suis le premier concerné. Je ne suis pas du genre à fuir mes problèmes, moi. " Le coupa le plus jeune.
Tout à coup, Léon s'était levé, penché au dessus de son bureau et le tenait fermement par le col de sa chemise. Son regard aurait pu tuer Sora sur place. " Tu ne comprends donc pas que c'est pour votre sécurité? " Tonna-t-il. Il vit vaguement Nida et Riku sauter en bas de la plateforme pour venir les séparer.
" Je ne suis pas un lâche! Je ne fuirai pas pour sauver ma peau en sachant que vous serez tous en danger! "
Cet entêté ne voulait donc rien entendre?
" Je t'y forcerai s'il le faut. " Grommela le balafré en poussant Sora pour le faire s'asseoir sur son fauteuil. Le pilote et son apprenti restèrent à bonne distance, encore partagés entre l'envie d'intervenir et celle de les laisser régler leur différent entre eux.
Nida n'y voyait qu'une petite querelle, mais Riku, lui, sentait clairement qu'il était question de bien plus que ce que laissaient entendre leurs paroles. Et pour une raison qui lui échappait, Léon était furieux. Il savait que le balafré avait mauvais caractère, mais si Sora avait effectivement parlé de sa récente…découverte avec le balafré, ce dernier n'aurait-il pas dû s'en réjouir? Et pourquoi Sora insistait-il malgré tout?
" C'est ce qu'on verra. " Marmonna Sora, décidé à avoir le dernier mot.
Il croisa les bras et se perdit tellement dans ses pensées qu'il n'entendit pas la réponse cinglante du balafré. Était-ce vraiment pour leur sécurité que Léon comptait les faire partir? Ou était-ce plutôt le seul moyen qu'il ait trouvé d'éloigner Sora pour de bon?
Comment un simple divorce avait pu avoir des conséquences aussi désastreuses sur une personne? Pourquoi Léon s'acharnait-il à écarter les rares individus à vouloir le connaître un peu mieux? Linoa et Roxas en avaient été victimes, et il était hors de question qu'il abandonne comme ils l'avaient fait. Le châtain pouvait les comprendre, mais lui-même serait bien incapable de baisser les bras sans avoir tout tenté.
Quand la fin de la journée arriva, Sora sortit du bureau en même temps que Riku et discuta tranquillement avec lui pendant un bout de chemin. Ils se séparèrent quand le plus jeune voulut se rendre sur le campus pour être au calme. Ça ne pourrait pas lui faire de mal après tout ce qu'il s'était passé récemment. Il s'accouda à l'une des balustrades et regarda l'océan d'un air détaché. Le voir si souvent avait terni sa beauté, que le châtain aurait vantée avec ardeur quelques années plus tôt. Mais maintenant, l'étendue bleue avait au moins autant de charme qu'une autoroute.
Sa contemplation ne dura pas longtemps, car il fut rejoint par un groupe qu'il connaissait bien – malheureusement. Il reconnut immédiatement ses agresseurs et se tint prêt à se défendre cette fois. Il n'était pas d'humeur à écouter des imbéciles déblatérer des énormités plus grosses qu'eux. S'ils le cherchaient, ils le trouveraient.
" Tu traînes encore tout seul, le chouchou? T'as pas compris la leçon, ma parole. " Déclara le chef du gang en soupirant comme s'il avait affaire à un enfant idiot.
" Foutez-moi la paix. " Grommela Sora en prenant soin de leur faire face à tous. Ils commençaient déjà à l'encercler. S'il leur venait l'envie de le pousser, il se retrouverait au milieu des requins – en tout cas, près des poissons au moins.
" Sinon quoi? Tu vas te rouler en boule pendant qu'on te frappe? " Ricana un autre. Sa remarque fit rire ses compagnons.
Un coup de poing qui faillit décrocher la mâchoire du garçon le dégrisa. Sora décida que pour une fois, il allait agir et réfléchir aux conséquences plus tard. Il était seul face à six? Et alors? Ça ne voulait pas dire qu'il partait perdant. Quand un second coup fit tomber son adversaire à la renverse, deux autres vinrent l'attraper par les bras pour l'immobiliser. Le chef se plaça devant lui pendant que le dernier garçon aidait son ami à se relever. La brute lui décocha un coup de pied au ventre. Sora en eut le souffle coupé et la vue brouillée pendant un instant. D'humeur vindicative, le châtain leva le pied et le planta dans les parties intimes de son adversaire. Ce dernier tomba à genoux, les mains jointes devant son entre-jambe en poussant un petit cri étranglé. Sora eut alors une vue parfaite sur ce qui se passait devant lui. Il en poussa un juron sans savoir si c'était de joie ou de colère.
Léon empoigna l'un des soldats par le col et le recula.
" Vous en avez assez fait pour – " Commença-t-il, pour s'interrompre quand il faillit être frappé au visage.
Le balafré ayant une patience quasi-inexistante, il fronça les sourcils et serra les dents. En un battement de cils, la tête du malheureux soldat était entre les mains du général et venait s'écraser contre son genou. Sora vit du sang gicler et ne douta pas que le garçon avait le nez cassé. La vue du liquide cramoisi réveilla le plus jeune et il planta fermement le talon dans les orteils de celui qui tenait son bras droit. Quand il le lâcha sous l'effet de la surprise, sa main libre se serra et flanqua un coup juste sous l'œil du soldat à sa gauche, qui le lâcha à son tour. Malheureusement, même avec Léon à ses côtés, les six brutes continuaient à les dominer. Sora n'en revenait pas. Ces abrutis s'en prenaient même à leur supérieur! Ils auraient pu s'en sortir s'ils s'étaient tenus, mais là, il y avait peu de chances pour qu'ils continuent leur service dans l'armée.
Sora tituba après qu'un coup au visage l'ait sonné. Il sentit une main se poser dans le bas de son dos pour l'empêcher de tomber et en levant les yeux, il s'aperçut que Léon l'avait rejoint pendant la rixe. Le plus jeune aurait voulu lui dire de retirer sa main, qu'il pouvait tenir debout tout seul, mais une plus grande part de lui-même appréciait trop ce contact pour y mettre un terme. Et de toute façon, il y avait plus urgent : ils étaient encerclés.
Soudain, venant de nulle part, des gerbes d'eau éclaboussèrent leurs agresseurs au visage. Ce qui n'étaient que de minuscules gouttes se transformèrent en trombes qui s'enroulèrent autour des bras des voyous pour les immobiliser. Les châtains ne connaissaient qu'une seule personne capable de faire ça.
" Est-ce que vous allez bien? " Demanda Demyx en courant vers eux, l'air paniqué bien que la situation se soit calmée. Derrière lui, Zexion le suivait d'un pas plus lent, son bras encore immobilisé grâce à une écharpe.
" Oui. Merci, Demyx. " Répondit calmement Léon en retirant doucement sa main pour s'assurer que son assistant ne tomberait pas sans son soutien.
" Laisse-moi les réduire en bouillie. " Fit une voix sans corps que Sora reconnut immédiatement. Le balafré, lui, fut surpris et regarda autour de lui.
" C'est hors de question. " Dit Demyx aussi fermement que possible.
" Utilisé comme de la vulgaire corde… Je suis vexé. Ton ami dépressif est plus respectueux envers le Prince des Ténèbres. Je ne l'aime pas, mais je l'envie. " Se plaignit Léviathan sans relâcher sa prise sur les individus, surtout quand le balafré, furieux, flanqua un coup de pied dans le tibia du plus proche.
" Dépressif? "Répéta Zexion, son unique sourcil visible froncé.
" On va emmener ces imbéciles au sous-sol. D'ailleurs – " Léon s'approcha du chef de la bande. " Oui, c'est toi que j'ai surpris en train de te faire une fille sur la table d'interrogatoire. Je fais d'une pierre deux coups. "
Le coupable eut la décence de rougir honteusement.
" Suis-moi, Demyx. Zexion, emmène Sora à l'infirmerie. " Ordonna le général en commençant à s'éloigner.
" J'imagine que vous allez nous y rejoindre. " Déclara le borgne avant de faire signe au châtain de le suivre. " Je suis navré de vous dire ça, mais votre lèvre n'est pas très jolie à regarder. "
" Il a raison, Mon Général. Je vais demander à quelqu'un d'autre de m'accompagner jusqu'aux cellules. Allez plutôt à l'infirmerie. " Enchaîna Demyx, inquiet.
" Je peux me tenir debout; je n'ai pas besoin d'aller me faire soigner. " Dit Léon sans les gratifier d'un regard.
" Ah oui? " Se moqua Sora en prenant soin d'éviter le regard de leur supérieur. " Je suis certain que le docteur Kadowaki n'en dirait pas autant. "
" Elle a plus urgent à faire. " Insista le balafré. Il prit son air le plus furieux quand Demyx et Zexion se séparèrent du groupe pour laisser les châtains ensemble. " Où est-ce que vous pensez aller comme ça? "
" Je vois le Général Brighford là bas. Je vais lui demander de venir avec nous. " Répondit simplement le mage tout en faisant signe à Roxas. Quand ce dernier le remarqua, les deux soldats se dirigèrent rapidement vers lui. Les prisonniers furent trainés à terre, incapables de suivre la cadence sans l'aide de leurs bras.
" Bon, allons-y alors. " Dit Sora en attrapant la manche de Léon pour l'obliger à le suivre.
Il s'était attendu à ce que le général se libère et s'éloigne, mais il se laissa faire sans dire un mot. L'absence de réaction inquiéta le plus jeune, mais il garda ses pensées pour lui. Un instant, il s'imagina même que Léon allait lui prendre la main et qu'ils marcheraient ainsi jusqu'à l'infirmerie, mais ça ne resta jamais qu'un rêve. Ce n'était pas grave. Sora saurait s'en contenter pour l'instant. Lorsqu'ils franchirent les portes du bureau de l'infirmière, cette dernière était en train de travailler sur son ordinateur. Sans doute s'occupait-elle de mettre ses rapports au propre. Elle leva les yeux vers les visiteurs quand elle eut fini de taper sa phrase et poussa une exclamation de surprise.
" Squall! Mais qu'est-ce que tu as fait cette fois? Tu n'en avais pas déjà assez d'une seule cicatrice? " Le gronda la femme en le tirant vers une chaise.
Sora resta pantois. C'était la première fois qu'il voyait les deux personnes parler entre elles, et il fut quelque peu surpris par le ton de la conversation. Le docteur Kadowaki parlait au général comme elle l'aurait fait avec un petit garçon.
" Comme si je l'avais fait exprès. " Marmonna le balafré en baissant les yeux.
L'infirmière se tourna vers Sora. " Et celui-ci n'est pas en meilleur état. Vous vous êtes battus ou quoi? " Ce fut au tour du plus jeune d'être placé sur un tabouret sans aucun ménagement.
Il partagea un regard avec Léon. " Pas entre nous. Des soldats m'ont encore embêté. " Expliqua-t-il rapidement. Ça devrait suffire à satisfaire la curiosité de la dame.
Le docteur acquiesça de la tête et commença par s'occuper de la lèvre de Léon. Elle saignait abondamment, mais la plaie n'était pas si grande une fois tout le sang nettoyé. Il s'était probablement mordu en recevant un coup. Il commençait aussi à avoir un joli bleu près du menton, là où il avait été frappé la première fois. Sora ne douta pas que son visage ne devait pas être plus joli à regarder. Il sentait que son œil gauche refusait de s'ouvrir autant que le droit et en déduisit qu'il devait avoir un bel œil au beurre noir. Pour la première fois, il envia la longue mèche de Zexion.
" Voilà, ça devrait faire l'affaire. " Déclara le docteur en se redressant pour admirer son travail. Plus de lèvre sanguinolente et une mâchoire légèrement luisante à cause de la pommade que la peau devait encore absorber. " À ton tour, jeune homme. " Elle se tourna vers Sora.
Il se laissa faire sans rien dire et fut surpris par la rapidité avec laquelle l'infirmière Kadowaki travaillait. Elle était parfois un peu rude dans ses gestes, mais jamais au point de lui donner envie de s'en plaindre. Quand elle eut terminé, il avait l'œil gauche poisseux à cause de l'horrible texture qui sentait l'anti-moustique. Il aurait voulu qu'ils se trouvent près d'une plaine. Il aurait pu préparer l'onguent de Cécil, qui sentait meilleur et qui était probablement plus efficace aussi.
Le téléphone se mit à sonner et l'infirmière les laissa pour aller répondre. Après quelques mots échangés avec son interlocuteur, madame Kadowaki quitta l'infirmerie pour parler plus librement dans le couloir.
" Vous avez vraiment l'intention de nous larguer quelque part dans la nature? " Demanda Sora aussitôt que la porte fut fermée.
Léon soupira. " Je ne vous 'largue' pas; je vous place ailleurs, c'est tout. "
" C'est du pareil au même. " Lui fit remarquer le plus jeune. " J'ai une autre question. Si je n'avais pas cherché à vous embrasser l'autre jour, est-ce que vous auriez quand même voulu nous 'mettre à l'abri' ou pas? Et je veux une réponse sincère pour une fois. " S'empressa-t-il d'ajouter avant même que l'adulte ne puisse commencer à formuler une réponse.
" Franchement? J'en ai aucune idée. " Répondit le balafré en fermant les yeux. " À quoi bon perdre son temps à réfléchir à ça? Autant s'occuper uniquement de ce qui se passe vraiment. "
" Alors vous voulez vraiment m'éloigner. "
" Mais pourquoi tu – "
" Je sais que vous fuyez. Et très sincèrement, ça me peine. Pas pour moi, mais pour vous. " Le coupa Sora. " Je sais que vous ne pensez pas la moitié de ce que vous dites, que vous n'êtes pas aussi mauvais que ça dans le fond. J'avoue vous avoir eu en horreur à plusieurs reprises, mais je suis persuadé que vous n'agissez pas de cette manière sans raison. Personne ne choisit d'être exécrable parce que ça lui plaît. "
" Tu te plains de ma façon de t'aider à avoir le moral, mais tu fais pas beaucoup mieux. " Marmonna le balafré.
Sora l'ignora. " Et je sais que vous ne choisissez pas de vous débarrasser de moi sans raison. Je sais déjà que ce n'est pas une histoire d'âge après tout ce qui a pu se passer. On a peut-être une relation conflictuelle la plupart du temps, mais je sais maintenant que vous êtes prêt à me considérer comme votre ami. Tout ce qu'il me reste comme suppositions, c'est que je suis soit trop moche à votre goût, soit vous avez peur de vous engager. "
" Qu'est-ce qui te fait croire que j'aurais peur d'un truc pareil? " Questionna le plus grand en tournant un regard sceptique vers son assistant.
" Vos nombreuses aventures avec ces prostituées me semblent largement suffisantes pour prouver que j'ai raison. Sans oublier que vous avez laissé Linoa après plusieurs années d'une relation sérieuse. "
Léon fronça les sourcils, mais ne dit rien.
" Écoutez. Pourquoi ne pas essayer? Ça ne marchera peut-être pas, mais au moins, vous ne regretterez pas d'avoir laissé passer une chance inespérée. " L'encouragea Sora, espérant réussir à le convaincre.
Léon lui envoya un regard amusé. " Une chance inespérée? "
" Ben oui. Avec un caractère pareil, je vois pas qui d'autre serait assez stupide pour tomber amoureux de vous et pas seulement de votre… " Le regard du plus jeune s'aventura vers l'entre-jambe du général. " Ardeur? "
" Ardeur? " Ricana le balafré avant d'éclater de rire.
" Oh, et puis zut. Vous êtes impossible! " S'emporta Sora en sortant de l'infirmerie comme une furie.
Léon, lui, continua à rire même après le départ de l'apprenti stratège. Ardeur, vraiment! C'était la meilleure qu'il ait entendue de toute l'année. Quel surnom ridicule à donner à son membre. Il ne risquait pas de l'oublier, celui-là. Le rire du châtain se calma tandis qu'il se disait que la vie dans le vaisseau balambien serait bien ennuyeuse sans Sora. Il n'aurait plus personne qui lui tiendrait tête – à part peut-être ce merdeux que Sora considérait comme son meilleur ami, mais il était trop bête pour être distrayant – plus de larbin à qui refiler le sale boulot, plus personne pour lui préparer ces succulents gâteaux au chocolat. Il lui faudrait un certain temps pour se réadapter à son ancienne vie. Il serait par contre tellement plus aisé de réapprendre à caresser le corps tendre et rond des femmes. Ça par contre, il était certain de très vite s'y habituer.
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Demyx et Zexion avaient rapidement expliqué la situation à Roxas, qui accepta de leur ouvrir les portes des cellules au sous-sol. Ils durent descendre trois par trois, la cage d'ascenseur étant trop petite pour accueillir un passager supplémentaire. Le jeune général profita du prétexte de l'étroitesse du lieu pour flanquer plusieurs coups aux prisonniers. Ces salauds avaient osé s'en prendre à Sora; et à plusieurs contre un qui plus est! Il prendrait soin de les oublier 'accidentellement' pour la distribution des repas. Ça leur ferait les pieds. Une fois les voyous enfermés, Roxas laissa les recrues pour aller vaquer à ses occupations – il devait donner un cours bientôt.
" Et si on allait voir un peu à quoi ressemblent les cours de Séphiroth? J'ai entendu dire que son groupe à fait d'énormes progrès depuis qu'il est ici. " S'enthousiasma Demyx en proposant son idée.
Zexion secoua lentement la tête. " Ils sont juste tellement paniqués que plus personne ne peut les toucher sans se blesser. "
" Paniqués? Pourquoi ça? "
" Est-ce que tu as déjà vu Séphiroth de près? "
" Non. "
La discussion prit fin sur cette réponse. Zexion se dit que Demyx finirait par comprendre ce qu'il voulait dire – assez rapidement avec un peu de chance. Ils passèrent donc devant la serre de combat et les salles d'entraînement pour aller sur le campus. Ils avaient prévu d'y aller un peu plus tôt, mais l'altercation de Sora et Léon avec plusieurs étudiants avait contrarié leurs plans. Éric les avait abandonnés, trop occupé à parler avec sa petite-amie.
Le borgne s'assit sur le banc le plus proche des rambardes pour pouvoir admirer l'océan. Ayant vécu pendant des années dans l'horrible ville qu'était Midgar, il profitait de la magnifique vue autant qu'il le pouvait. Demyx vint s'asseoir à côté de lui. Le borgne l'observa brièvement et se dit qu'il était tout de même incroyable que ce garçon ait pu devenir un si bon ami. Jamais il n'aurait imaginé s'entendre avec lui, ce jeune homme tête en l'air et si peu sérieux. C'était d'ailleurs étonnant que Demyx soit optimiste à ce point après ce qui était arrivé à lui et à son frère. Zexion n'était pas certain de pouvoir garder le sourire s'il avait été à la place de Demyx. Et c'était probablement cette force dont il manquait encore qui l'avait attiré. Au fond, Zexion espérait un peu qu'à force de fréquenter le mage, il finirait par changer.
" C'est vraiment beau, tu ne trouves pas? " Demanda subitement le blond en tournant la tête vers le borgne, l'air radieux. " Toute cette eau…ça me donne presque le tournis. "
" Ah bon? " Demanda l'autre, un sourcil haussé. Comment être sur l'océan pouvait-il avoir cet effet? Au mieux, Zexion se sentait apaisé, rien de plus.
" La mer est si grande que je me rends compte qu'au final, je ne suis pas grand-chose, moi. Rien qu'une tête d'épingle perdue dans la vaste étendue qu'est ce monde. Chaque fois que je vois l'océan, je me rends compte qu'il y a tellement de choses que je n'ai encore jamais vues et je suis excité à l'idée de pouvoir les découvrir un jour en voguant sur ce vaisseau. " Expliqua l'autre d'une voix enjouée.
Zexion voyait bien que tout ça amusait grandement son ami et il ne put s'empêcher de sourire à cette pensée. " Tu restes avec nous alors? " Demanda-t-il finalement.
" Oui. J'étais mort de trouille quand on a dû se battre pour la première fois, mais jamais je n'ai songé à m'enfuir et à vous laisser derrière moi. Avec mes amis à mes côtés, je n'ai plus peur de rien. "
" Excuse-moi un instant, je dois aller vomir. " Le taquina le borgne d'un air très sérieux.
" Je déconne pas! Si vous n'étiez pas là, je me serais peut-être fait tuer à rester planté là et à me demander comment m'enfuir sans crever. " Se plaignit Demyx en faisant la moue. " D'ailleurs, où est-ce que t'étais parti, toi? T'étais encore avec Éric et moi pendant une seconde et quand je me suis retourné, t'avais déjà filé. "
" Vous vous en sortiez assez bien de votre côté. Et puis il y avait plus de cadavres à portée de main là où j'étais parti. " Expliqua simplement Zexion.
Une brise souffla.
" Ah oui. Dit comme ça… " Marmonna Demyx. " Est-ce que tu as utilisé…euh… "
" Uniquement des soldats de Baron et de Midgar. Mon don n'est peut-être pas particulièrement respectueux des morts, mais je mets un point d'honneur à ne jamais me servir de mes alliés tombés au combat. C'est le moins que je puisse faire. "
" Pardon de t'avoir vexé. "
Le borgne haussa un sourcil. " Je ne suis pas vexé. C'est juste que…ce n'est pas si facile de parler de mon pouvoir. Je ne connais pas beaucoup de monde qui l'accepte vraiment. Pour être franc, j'ai bien cru que le Gérénal Leonhart m'enverrait balader en sachant de quoi j'étais capable, mais il m'a accepté en haussant les épaules, comme si je venais de lui dire que j'avais tâché une nappe. Soit il n'attache aucune importance au respect des morts, soit il ignore ce que sont les Nécromanciens. Ou alors – "
" Ou alors il ne perd pas son temps à juger les gens. " L'interrompit Demyx.
" Il y a aussi cette possibilité. " Concéda le borgne.
Le duo se contenta de profiter du plein air sans plus parler, content d'être là, tout simplement. Demyx pensait à ses prochaines batailles aux côtés de sa Chimère difficile, tandis que Zexion songeait au jour où son bras serait enfin libéré de sa prison. Il essaya de bouger les doigts et fut satisfait quand il sentit chacune de ses phalanges répondre sans éprouver la plus petite douleur. Peut-être que l'Éon l'aidait à guérir un peu plus vite? Ou alors sa blessure n'était pas si grave dans le fond. En tout cas, si c'était l'œuvre de Nosferatu, Zexion lui en était reconnaissant. Non seulement il lui permettait de sortir plus rapidement de son calvaire, mais en plus il n'en faisait pas tout un fromage comme l'aurait sûrement fait Léviathan. Le borgne avait eu de la chance de s'approprier une Chimère aussi peu bavarde que lui. Ou alors leur union n'était peut-être pas si fortuite? Son don lui avait peut-être été donné justement parce qu'il était calme et réfléchi. Zexion ne le saurait certainement jamais, mais il était content d'avoir ce qu'il avait : un Éon puissant et des amis sur qui il savait pouvoir compter. Rien n'aurait pu avoir plus d'importance à ses yeux; même pas ses propres parents.
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L'arrivée à Balamb City s'était faite sans grande manifestation de joie. Les soldats descendirent sur la terre ferme discrètement, se contentant de saluer leurs proches. Ceux restés sur place pour aider à la reconstruction racontèrent ce qui s'était passé en ville pendant leur absence; c'est-à-dire pas grand-chose mis à part l'évasion dont tout le monde parlait déjà.
Sora avait le cœur gros en posant le pied à terre. Séphiroth et Riku étaient partis voir Edea, Roxas et Axel étaient chez le roux; la plupart des généraux avaient quelque chose à faire en arrivant. Zack et Cloud l'avaient laissé pour aller se promener en ville et Léon avait dû partir à la rencontre de Laguna dès que l'ancre fut jetée. Le jeune châtain savait que son avenir se déciderait pendant leur discussion. Ils décideraient où il devrait aller, ce qu'il ferait, pendant combien de temps. On ne lui laissait pas le choix; sa dernière discussion avec le balafré lui en avait appris autant. Et c'était frustrant d'être aussi impuissant.
Ça ne durerait pas longtemps. Juste le temps de s'habituer à sa nouvelle vie avec Cloud; si le blond était contraint de le suivre, ce qu'une partie un peu égoïste du plus jeune espérait. Jamais plus il ne voulait se retrouver seul à espérer que son frère reviendrait vivant. C'était un épisode de sa courte vie qu'il préférait ne jamais avoir à revivre.
" Hé! " Entendit-il crier une jeune fille à quelques pas. En la cherchant du regard, Sora vit qu'il s'agissait de la fille qu'il avait vue parler avec Riku quand ils avaient quitté la ville.
" Kairi, c'est ça? " Demanda poliment le châtain en souriant.
La jeune femme sourit à son tour. " C'est ça. Par contre, je ne crois pas connaître ton prénom… "
" Sora. "
" Enchantée, Sora. Dis, je t'ai vu avec Riku et du coup, j'ai supposé que vous deviez bien vous connaître. Tu sais où il est? "
Au moins, elle ne tournait pas autour du pot. Elle parlait franchement et bien que Sora aurait pu se vexer d'être accosté de cette manière, il ne s'en formalisa pas le moins du monde. Plus maintenant. " Il doit être chez Edea avec son père. "
" Oh. " Fit Kairi, déçue. " J'imagine qu'il vaut mieux que j'attende encore un peu alors. Ils ne se sont pas vus depuis si longtemps… Mais j'y pense : comment tu as su mon prénom? C'est Riku qui te l'a dit? "
Sora eut un petit rire amusé. " Oui. Il m'a parlé de toi. "
" Vraiment? Qu'est-ce qu'il a dit? " S'enthousiasma la rousse, les yeux pétillants de curiosité. " Rien de mal, j'espère! "
" Il m'a bien dit que tu parlais beaucoup et – "
" Je ne parle pas beaucoup! " L'interrompit Kairi, outrée. Quand elle se rendit compte de ce qu'elle venait de dire et de faire, elle se mordit la lèvre, l'air penaud. Sora ne put s'empêcher de rire.
" Riku ne s'entend pas très bien avec les filles en général, mais je commence à comprendre pourquoi le courant passe si bien avec toi. " Avoua-t-il quand il se fut calmé. " Elle me ressemble un peu. " Se dit-il. Évidemment, il ne le lui dirait pas. Ce n'était pas à lui d'en parler.
" J'ai une chance alors? " Demanda la rousse, toute gêne envolée.
" Eh bien, j'ai cru comprendre qu'il était tout disposé à accepter ta proposition. " Répondit le châtain. Il la vit piétiner sur place, extatique. " Je te souhaite bon courage, Kairi. "
" Pourquoi ça? " Elle avait l'air confus.
Oh, elle ne connaissait pas encore tellement Riku. Les conversations par téléphone n'aidaient à en apprendre qu'un minimum sur une personne. Kairi n'était pas encore au courant des…élans d'enthousiasme dont l'argenté pouvait faire preuve, ni des plans qu'il s'amusait à élaborer régulièrement et qu'il valait mieux tuer dans l'œuf. Sora se souvenait encore du jour où Riku était venu le voir, une carte et des plans sous le bras, pour parler de leur grande évasion jusqu'Esthar. Il avait fait des tonnes de schémas pour expliquer précisément d'où partirait le tunnel qu'ils creuseraient jusque la ville ultramoderne et où il déboucherait. Il avait indiqué des mesures pour les hauteur et largeur de la galerie, avait fait la liste du matériel nécessaire et des quantités de nourriture à emporter. Le voyage serait long et éprouvant alors il en faudrait en grande quantité. Même à peine âgé de neuf ans, Sora s'était rendu compte de la folie de ce plan et avait arrêté Riku avant qu'il ne le mette à exécution. Cependant, il en avait été grandement amusé et parfois, il se laissait un peu entrainer.
Comme la fois où Séphiroth et Cloud les avaient grondés parce qu'ils avaient saccagé le potager d'une vieille voisine. Mais Riku avait juré que des petits hommes malfaisants en avaient fait leur QG!
" Tu sais, je crois qu'il y a certaines choses que tu dois absolument savoir au sujet de Riku. " Commença le châtain avant de se lancer dans un grand récit. Quand il prit fin, la rousse en avait les larmes aux yeux tant elle riait. Plus qu'inquiétée, elle paraissait s'amuser de ce côté un peu puéril de l'argenté.
" C'est dommage qu'il ait choisi de devenir pilote. " Dit-elle tandis qu'ils se dirigeaient vers l'îlot pour se rendre chez Séphiroth. Un peu plus d'une heure s'était écoulée depuis qu'ils s'étaient rencontrés et ils supposèrent que la petite famille avait eu assez de temps pour faire ses retrouvailles.
" Il t'en a déjà parlé? " Demanda le châtain, sincèrement surpris.
" Oui. Il n'a pas vraiment eu le choix quand je lui ai demandé pourquoi il voulait vous suivre. " Dit Kairi. Elle s'arrêta subitement et lui fit face. " Tu sais, je suis contente que tu aies bien voulu parler un peu avec moi. Pour être franche, j'avais peur que tu me prennes pour une sangsue, à te voler ton meilleur ami. "
" Pourquoi j'aurais pensé ça? " Dit le jeune homme en riant nerveusement. Si la rousse le sentit, elle n'en fit pas mention.
" J'espère qu'on deviendra de bons amis. " Poursuivit-elle, son visage ne trahissant rien d'autre que de la sincérité. " Ça me ferait très plaisir. Et puis, tu pourras continuer à me révéler les secrets embarrassants de Riku. " Elle lui fit un clin d'œil.
Sora se mit à rire. " Ce sera avec plaisir. "
La rousse poussa un petit "super!" enthousiaste avant de reprendre son chemin en entonnant un petit air joyeux. En la regardant s'éloigner tout doucement, Sora se dit que Riku avait raison de tenter sa chance. Et il se dit que lui-même avait bien fait de l'y pousser. Kairi serait la personne qu'il fallait à l'argenté. Elle semblait prête à l'épauler en cas de besoin et saurait lui changer les idées. Il ne lui restait plus qu'à se montrer assez ferme et elle serait même parfaite. Mais au fond de lui, Sora savait qu'elle devait l'être si Riku avait accepté de la fréquenter.
Le châtain se sentit un peu triste en observant celle qui prendrait sa place dans le cœur de son meilleur ami. Il y resterait, mais il n'aurait plus cette place si spéciale. Elle ne lui revenait plus de droit de toute façon. Celle qui l'intéressait était ailleurs, et même si Riku continuait à s'opposer à son choix, Sora n'abandonnerait pas. L'argenté finirait par comprendre.
" Sora! Qu'est-ce que tu fais? Tu viens? " L'appela Kairi quand elle se rendit compte que le châtain ne la suivait plus.
Le sourire aux lèvres, il courut jusqu'à elle. Il savait au fond de lui que tout finirait par s'arranger pour peu qu'il garde espoir. Il rencontrerait certainement quelques difficultés, mais il ne renoncerait pas si facilement. Si Kairi lui avait appris quelque chose – sans le savoir – c'était bien que la persévérance portait toujours ses fruits.
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A/N : " Dorénavant, il se ferait appeler Léon. " Et c'est là qu'on maudit celui qui a eu la bonne idée de lui donner ce nom dans Kingdom Hearts. D= Ça gâche tout l'effet! M'enfin. J'espère que vous avez profité de ce moment de calme parce qu'il ne va pas durer longtemps. On passe aux choses très sérieuses avec la fin de l'histoire. Oui, vous avez bien lu. Je pense qu'il restera encore quelques chapitres après celui-ci. Entre trois et cinq, tout dépend de la façon dont les choses se dérouleront. (j'ai remarqué à plusieurs reprises qu'elles ne vont pas toujours dans le sens où on le voudrait) N'empêche, quatorze chapitres, c'est pas rien! Surtout vu comme ils sont longs. =x On verra combien il y en aura au final, sans compter les chapitres bonus. Je comptais n'en mettre qu'un (celui avec les informations sur les personnages avant que je ne commence la fic à proprement parler), mais un second suivra. ;) Un grand, énorme, monstrueux merci à mes lecteurs que j'adore, un autre pour les reviews et les encouragements, et un dernier pour les ajouts à vos favoris! Un merci tout spécial et aussi grand à Flammula pour ses corrections pertinentes! T'as vu ça, t'as ton merci à toi! XD Rendez-vous au chapitre suivant!
