CHAPITRE XIV
Elle avait gardé sa petite robe de plage. Noire, s'accrochant autour du cou et offrant un joli dos nu. Elle l'avait assorti à une paire d'escarpins de la même couleur, pour faire plus habillée. Elle vit dans le regard de l'homme qu'elle voulait séduire, que le charme opérait. Il lui tendit le bras et ils marchèrent, bras dessus bras dessous à côté de leurs collègues.
Arrivée devant la boite de nuit, voyant la file d'attente pour entrer, Lisa sentit son courage prendre ses jambes à son cou. Elle était fatiguée et n'avait qu'une envie, un peu de calme. Et de la tendresse, beaucoup de tendresse. Elle se serait bien imaginée passer cette dernière soirée assise sur la plage. En tête à tête avec un certain diagnosticien. Elle se laissa aller à sa douce rêverie. Imaginant sable fin, douce brise, nappe à carreaux et bougies. Elle aurait aimé un moment juste pour elle et lui. Pouvoir faire le point sur leur relation, leurs sentiments. Ou juste partager un moment de romantisme. Son âme fleur bleue était en manque d'attention. Et elle connaissait House. Sous ses airs de gros dur au cœur de pierre, on pouvait, parfois, apercevoir un gentil nounours. À cette pensée, elle se sera un peu plus contre lui, calant sa tête contre son épaule. Elle tourna la tête vers lui, cherchant son approbation. Il lui sourit, passa son bras autour de ses épaules et lui montra le videur. Ils étaient déjà arrivés. Plus question de faire marche arrière.
Ils allèrent directement au bar. Besoin d'un « anxiolytique ». Cuddy, en bon patron, paya sa tournée. Vodka caramel pour House et elle. Simple bière pour les autres. Ils sirotèrent leur boisson tout en regardant la foule danser. Leurs Guinness finies, ils se dirigèrent vers la piste de danse. Thirteen se retourna, attrapa Cuddy par la main, l'intimant de la suivre. La directrice lui montra son verre toujours à moitié plein. La jeune femme haussa les épaules, lui faisant signe de le laisser à House. Tiraillée entre l'envie de finir son verre et l'envie de danser, elle choisit le compromis. Elle finit son verre d'une traite, sous les yeux ébahis de ses deux collègues et se rendit sur la piste de danse.
House s'assit sur un tabouret. Son verre entre les mains, il se tourna vers la piste de danse. Il y avait trop de monde, il ne pouvait pas distinguer ses collègues au milieu de la masse compacte. Il plissa les yeux, essayant de lutter. Rien à faire. Il se leva, emmenant sa boisson avec lui. Il contourna la piste de danse. Enfin, il vit Hadley en train d'esquisser un rock avec Cuddy. Il s'appuya contre le pylône le plus proche et les observa. Visiblement, c'était la plus ancienne qui menait la danse. Ça ne l'étonnait pas plus que ça. Il la regarda la faire tourner autour de son bras puis la ramener contre sa poitrine. Il sourit, numéro 13 était largement plus grande que Lisa, d'une bonne tête. Ça rendait leur duo d'autant plus comique. La chanson se termina et les deux femmes se séparèrent. Elles continuèrent à danser ensemble, côte à côte. Il remarqua que Remy avait du mal à bouger en rythme. Ses mouvements étaient saccadés. Il se demandait si c'était la maladie ou simplement qu'elle était une piètre danseuse. Lisa, de son côté, bougeait avec grâce, ses hanches et ses bras virevoltant avec la musique. Il se laissa subjuguer par les mouvements de son fessier jusqu'à ce qu'un malotru lui gâche la vue.
Un homme s'était approché de Cuddy. Sa Cuddy. Il sentit la jalousie s'accroitre un peu plus en lui lorsque l'imbécile posa ses mains sur ses hanches. L'idiot, il ne s'attendait pas à une telle réaction. Lisa se retourna, bras en l'air, arrêtant sa main juste avant qu'elle ne heurte sa joue. Elle avait le visage sévère. L'homme ne rigolait plus. Il ne pouvait bien sur pas entendre ce qu'ils se disaient, mais vit, avec surprise, la doctoresse le pointer du doigt. L'intrus semblait s'excuser, puis tourna les talons. Intrigué, il entra sur la piste, mouvant avec difficulté et prit celle qu'il désirait plus que tout par les hanches. Cette fois-ci, elle se laissa faire, bougeant son bassin en rythme avec le sien. Elle se laissa reposer contre lui, posant sa tête contre son torse. Il profita de sa nuque offerte pour y glisser un baiser et lui murmurer : « C'était quoi ça ? »
« Ça quoi ? » lui demanda-t-elle, faisant mine de ne pas comprendre.
« Tu sais très bien ce que je veux dire. Je vous observe depuis un petit moment. » l'informa-t-il. D'un mouvement de la tête, il lui montra où il se tenait quelques instants plus tôt.
« Hé bien, ça, ce n'était rien. Il voulait juste danser avec moi. Je lui ai dit que je n'étais pas intéressée. C'est tout. Mr serait-il jaloux? » lui dit-elle en tournant la tête pour capter son regard.
« Je ne suis pas jaloux, moi. Pourquoi je serais jaloux ? » demanda-t-il, incrédule. Il savait au fond de lui qu'il lui mentait. Bien sûr qu'il était jaloux. À en crever. « Et pourquoi tu m'as montré du doigt ? C'est pas très poli tout ça ! » il s'empressa de changer de sujet.
« Je lui ai dit que tu étais mon mari. » répondit-elle, le plus naturellement du monde. Il sourit à cette révélation. Elle ne manquait pas de culot. Ça lui plaisait. Elle lui plaisait.
« On ne voudrait pas te faire mentir, n'est ce pas? » dit-il d'une voix charmeuse. Avec ça, il la fit pivoter vers lui et l'embrassa.
Il avait regagné le bar. La boite s'était considérablement vidée, il pouvait distinguer nettement ses collègues. Après le moment rock, danse, c'était le quart d'heure zouk! Thirteen et Taub vinrent le rejoindre. Cuddy et Foreman, eux, s'éclataient sur la piste. Ils avaient la musique dans la peau. Ils tournaient, virevoltaient puis se seraient de nouveau. Ils ne dansaient pas comme les autres couples, collés serré, pour la plus grande joie de leur conjoint respectif. Non, ils se mettaient face à face et esquissaient une chorégraphie. L'un lançant un mouvement, l'autre le reprenant. Ils dansaient en formant un cercle, tournant l'un autour de l'autre. Balançant leurs bras, dandinant de la tête, ondulant des hanches.
House eut une vision. Il se revit 15ans en arrière. En Afrique. Lisa, pieds nus, dansant autour du feu, au son des tam-tams. Elle l'avait plus ou moins emmené de force pour ce voyage humanitaire. Il avait accepté. Parce qu'elle y allait. Et ce soir-là, dans le village où ils étaient hébergés c'était la fête. Ils n'avaient pas bu, culture musulmane oblige. Ils n'étaient pas sobres pour autant. Les danseurs, les gens du village leur avaient montré les pas de base et les avaient invités à danser avec eux. Il avait préféré éviter de se ridiculiser. Lisa, elle, excellait. Sous les applaudissements et les sifflets de la foule, elle s'était laissé emporter par la musique. Et là, à la façon dont elle dansait, dont elle mouvait son corps, les yeux fermés, n'écoutant que les Dieu de la musique, il l'y revoyait. Quand la chanson fut finie, elle ouvrit les yeux et croisa son regard. Il fit mine de taper sur un Djembé, elle lui sourit à pleines dents. Elle n'avait pas oublié.
Après cette partie, Foreman et Cuddy vinrent les rejoindre au bar. Ils avaient bien besoin d'un petit rafraichissement. Ils prirent tous deux un coca et discutèrent avec leurs collègues. Ils furent rapidement interrompus par le DJ. Ce dernier les informait de la présence du club de Salsa de la ville. Ils allaient faire une démonstration et danser avec le public. La directrice parut très excitée à cette perspective et demanda à ses compagnons s'ils savaient la danser.
« Ma femme m'a obligé à prendre des cours avec elle. Mais je ne suis vraiment pas très bon. » dit Taub gêné.
« Cool! Vous danserez avec moi. » c'était en effet, plus une affirmation qu'une question.
« Et depuis quand notre jolie directrice sait danser la salsa? » lui demanda House. Il ne savait pas cette corde à son arc.
« Depuis que je suis trop vieille et mon dos trop usé pour continuer la danse africaine. » répondit-elle du tac au tac.
« Vous faisiez de la danse africaine? » lui demanda Thirteen surprise. Elle la voyait plutôt faire du tennis, du yoga. Pas quelque chose qui bouge autant. Et qui soit aussi sensuel. D'un autre côté, ça expliquait largement ses talents sur la piste de danse.
« Mmhh » confirma-t-elle.
« Oh mais vous ne savez pas tout! Notre Lisa nationale est une grande danseuse. » dit House sur le ton de la confidence. Il eut droit à un regard noir de la concernée. Tous les yeux étaient rivés sur elle. Elle n'avait pas d'autres choix que s'expliquer.
« J'ai fait 15ans de danse classique, autant de moderne. J'ai essayé le Jazz, la danse orientale. Et après être revenue d'Afrique, je me suis naturellement mise à la danse africaine. J'en ai fait... vingt ans, à peu près. J'ai fait de la salsa pendant deux. J'ai arrêté depuis que Rachel est arrivée. » dit-elle tristement. Ça lui manquait, ça lui manquait beaucoup. Elle vit aussi dans le regard de sa collègue que l'aparté sur son séjour en Afrique n'était pas tombé dans l'oreille d'une sourde. Une chance la musique retentit. Elle attrapa Taub par la main et le traina sur la piste.
Il ne dansait pas très bien, elle devait bien l'admettre. Mais elle en avait trop envie alors elle fit avec. Elle le laissa la guider, suivant chacun de ses pas, les anticipant même. Mais c'était ennuyeux. D'habitude elle dansait avec sa copine Cathy, elles se connaissaient bien, avaient confiance l'une en l'autre. Là, elle sentait une certaine gêne, une certaine retenue. En fait, elle aurait préféré danser avec un autre. Elle capta le regard de House et ne le lâcha plus. Elle imagina que c'était sa main dans la sienne. La différence de taille entre lui et son employé ne l'aidait pas, mais elle était décidée, ce soir, elle danserait avec House. Ne serait-ce que par la pensée. Soudain, Taub la fit tourner. Elle se retrouva au centre de la piste. Un jeune homme la prit par la taille et fit d'elle sa partenaire. Il dansait remarquablement bien. Elle se laissa porter par ses mouvements. C'était un plaisir. À la fin de la chanson, il lui saisit la jambe, la remontant jusqu'à sa taille à lui. Une main dans son dos, elle se cambra, ses longs cheveux à quelques centimètres seulement du sol. Elle se redressa d'un coup sec, passant son bras autour de la nuque de son partenaire. Elle s'approcha de son oreille pour lui murmurer « Bonne nuit, et merci. » l'homme lui sourit et la laissa s'échapper.
Il n'avait jamais rien vu d'aussi sensuel. Le fait qu'elle ne le quitte pas des yeux y était aussi pour beaucoup. Il aurait tellement aimé danser avec elle, pouvoir la tenir contre son corps tout en ondulant avec elle. Un jour son père lui avait dit « Regarde bien la piste de danse. Une femme danse comme elle fait l'amour. » Rare et précieux conseil du vieil homme. Et tellement vrai. Bouger ses hanches c'était toujours bouger ses hanches. Que ce soit sur le tempo de la musique ou sur celui de son amant. Au final, ça différait peu. Il essaya de se sortir ces idées, et visions de la tête.
La boite diffusait de nouveau une musique danse. Lisa était restée avec lui au bar. Il devait bien avouer qu'il n'avait qu'une envie, c'était la prendre par la main et la ramener dans son lit. Le coup du cambré l'avait mis en transe. Et pourtant, ce n'était qu'un début. Aux premières notes de « Satisfaction » il sut que ça allait être brûlant, que ça allait être, qu'il allait être dur... elle colla son dos contre le torse de House, tournée vers la piste. Elle commença à bouger en rythme, ondulant ses hanches, promenant ses bras dans les airs. Au premier refrain, elle assena le premier coup de grâce. Toujours de dos, elle descendit le long de son corps, en ondulant son bassin. Arrivée aussi bas que ses jambes le lui permettaient, elle remonta en frottant son postérieur contre lui. Il dut penser à Wilson, l'hôpital, les consultations pour tempérer son excitation.
Elle avait envie de l'attiser. De le rendre fou comme lui le faisait avec elle. Elle avait bien scruté la piste. Ses collègues étaient loin, hors de portée de vue. Tout comme House et elle devaient l'être pour eux. Parfait, elle allait pouvoir jouer.
Elle se retourna, jetant ses bras autour de son cou et l'embrassa. Elle continuait à frotter son corps contre le sien. La pression dans son pantalon se faisait de plus en plus forte. Il fallait que ça cesse. Il la repoussa un peu. Le refrain se refit entendre. Les yeux dans les yeux, elle entreprit de redescendre le long de son corps, de face cette fois-ci. Elle s'arrêta à hauteur de sa braguette et fit mine d'y déposer un baiser. La réaction se fit immédiate. Elle sourit amplement en se relevant. Il la plaça devant lui, pour cacher son embarras. Dans son oreille, il murmura: « On rentre ! » elle se retourna, sure d'elle, sure de son charme. « On rentre. » confirma-t-elle.
