Acte 4, scène 3
Pendant près d'un mois, Kimblee vécut chez les Hughes en étant considérée comme un membre à part entière de la famille. Elle ne remplaçait en aucun cas madame Hughes, mais elle était comme une très grande soeur pour la jeune Elysia. D'ailleurs, la petite dernière ne se lassait pas d'être, la plupart du temps, en compagnie de la jeune femme; et Kimblee n'allait pas s'en plaindre vu qu'elle adorait cette petite fille pleine de vie. Désormais, l'alchimiste ne se sentait plus aussi mal à l'aise qu'avant, elle ne rechignait plus pour sortir au grand jour; c'était même elle qui allait forcer Gracia lorsqu'il s'agissait d'emmener Elysia au parc. Dans ces cas-là, madame Hughes n'eut jamais le coeur à lui refuser une telle requête, elle était heureuse de voir que la jeune femme s'entende si bien avec sa fille et par dessus tout, qu'elle reprenne goût à la vie. Toutefois, lorsque Gracia cherchait à inciter Kimblee à aller à la rencontre d'autres personnes, l'intéressée trouvait toujours une excuse pour se défiler. Elle ne se sentait pas encore prête à tisser des liens avec d'autres gens, pas avec le passé qu'elle avait; de toute manière elle avait toujours vécu seule. Malgré tout, elle aimait la sympathie que lui inspirait la famille Hughes et faisait n'importe quoi afin de leur rendre service. Cela amusait beaucoup Maes de voir cette soi-disante criminelle se démener autant pour redorer son image, au moins pour les remercier lui et sa femme de lui avoir fait confiance.
Une nuit, Kimblee se réveilla en sursaut, retenant un cri, ses yeux dorés encore remplis des images de son rêve, ou plutôt de son cauchemar. Elle passa une main sur son front pour essuyer la sueur qui y perlait et remarqua qu'il était brûlant. De la fièvre, c'était là, sans doute, la cause de son sommeil agité. Quoique, depuis le jour où elle avait laissé tomber le masque de l'alchimiste écarlate, elle était taraudée par des rêves incessant, qui reprenaient la plupart du temps des souvenirs de son passé. Un passé qu'elle croyait d'ailleurs avoir oublié et qui, pourtant, revenait à la charge pour bien peser comme un poids sur ses épaules. Ce passé qui la submergeait de nouveau lui faisait l'effet d'un couteau que l'on remue dans une plaie déjà béante. Elle se recroquevilla et ferma les yeux, tentant de faire le vide en elle. Mais vouloir oublier sa vie d'antan, c'était se renier elle-même et cela elle n'était pas certaine d'y arriver un jour. Il fallait qu'elle apprenne à vivre avec cette mémoire et même la surmonter.
N'ayant aucune envie de se rendormir pour affronter à nouveau ses souvenirs, Kimblee se leva et se dirigea vers la cuisine. Là, elle se servit un verre d'eau qu'elle but en une gorgée et se sentit requinquée. Elle traversa encore une fois le couloir qui la ramènerait à sa chambre, pour finalement tomber sur une petite tête blonde qu'elle s'étonna de voir debout à une heure pareille. Elle se baissa et prit la petite fille dans ses bras avant de retourner dans la chambre de cette dernière.
- Puis-je savoir ce que tu fais debout en pleine nuit Elysia? demanda la jeune femme.
- Je me suis levée pour aller au pot, commença la fillette, et puis je t'ai entendue te lever. Je voulais savoir ce qui t'avait réveillé.
- ... Tu aurais du retourner te coucher.
- Ton front est brûlant, dit la petite en posant sa petite main sur la tête de la jeune femme, et tu as peur. Tu as fait un cauchemar Kim?
La vérité sort de la bouche des enfants.
Kimblee ne pipa mot et borda l'enfant sous les couvertures. N'en faisant qu'à sa tête, Elysia se releva sur son séant, rabattant la couverture et le drap au pied de son lit. Enfin, elle toisa sa nounou d'un regard insistant pour bien lui spécifier qu'elle ne dormirait pas tant que l'alchimiste ne lui aurait pas révélé son problème. Kimblee soupira; à chaque fois qu'elle croisait le regard de la fillette, elle ne pouvait s'empêcher de tomber des nues et d'accorder quasiment tout à celle-ci. Elle s'assit donc à côté d'elle sur le matelas et déballa un peu du contenu de son sac.
- C'est vrai, j'ai fait un rêve qui n'était pas vraiment joyeux, admit Kimblee.
- Et il racontait quoi ton rêve? demanda Elysia qui buvait chacune des paroles de l'alchimiste.
- Ce n'était pas vraiment un rêve en fait, plutôt un souvenir.
- Un souvenir? Oh, dis Kim, est-ce que tu te souviens de quand tu avais mon âge?
- Un peu, oui...
- Tu me racontes, s'il te plaît!....
- Je ne peux pas vraiment dire que mon passé soit comme une histoire que l'on raconte aux enfants.
- Juste quelques passages!
- Bon, très bien, je vais te raconter comment j'ai découvert la bibliothèque du manoir de ma mère; mais après au dodo!
- D'accord!
Elysia tira les couvertures vers elle et s'allongea dans son lit sur le côté afin de pouvoir regarder sa grande amie, qui s'installait à genoux sur la moquette.
Une petite fille ayant tout juste six ans déambulait dans les couloirs de cette grande maison qui ne serait bientôt plus la sienne. Elle avait l'air morose car, dans quelques mois, elle partirait pour vivre avec sa mère, chez le second mari de cette dernière. Elle n'avait pas envie de partir; il y avait encore tellement de choses à découvrir dans ce manoir, elle en était certaine. Alors, depuis que l'ultimatum avait été annoncé, l'enfant était bien décidée à passer sa maison au peigne fin avant que des mains avides n'en prennent possession. Elle monta un escalier qui l'emmena au second étage qu'elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de visiter car son père le lui avait formellement interdit tant qu'elle n'aurait pas atteint l'âge requis. La petite s'était alors souvent demandée ce que pouvait être l'"âge requis" et surtout qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir là-bas pour que son père veuille à tout prix lui cacher? Ophélia s'arrêta en haut des marches et réfléchit: avait-elle désormais l'âge requis? Peut-être que oui, ou peut-être que non; mais elle se dit que cela n'avait plus aucune espèce d'importance puisque son père n'était plus là et que la maison allait bientôt ne plus appartenir à sa mère. Dans de telles situations, le mieux était de foncer pour découvrir la chose avant que quelqu'un d'autre ne tombe dessus. Elle traversa donc un couloir sombre pour arriver devant une porte assez monumentale, qu'elle poussa pour recevoir un nuage de poussière en pleine figure. Elle toussa puis, s'essuya les yeux et découvrit un spectacle qui la ravit. Tout autour d'elle, dans une pièce semi-circumlaire, se dressaient de gigantesques étagères, toutes remplies d'immenses volumes qui semblaient dater de plusieurs décennies. La petite fille, qui adorait les livres, était émerveillée par la quantité de manuscrits qui se trouvaient là; elle en prit délicatement un au hasard, et l'ouvrit pour regarder la page où était inscrit le titre de l'ouvrage. Elle tenait entre ses mains "L'Alchimie sous toutes ses formes". Alchimie... C'était un mot insolite mais qui, pourtant, ne lui semblait pas si étranger que cela. Elle feuilleta quelques pages et découvrit toutes sortes de formules complexes et de cercles anodins, le plus souvent accompagnés d'annotations manuscrites. En réfléchissant bien, Ophélia en déduisit que ce devait être son père qui avait du marquer tout ces petits gribouillis au fusain, mais avant toute chose, elle venait de découvrir qu'elle était l'occupation de son père lorsqu'il n'était pas au travail. Elle reposa le livre à l'endroit exact où elle l'avait trouvé et dénicha un manuel qui avait l'air d'être le plus récent de tous: "Manuel élémentaire de l'alchimiste débutant". De l'alchimie pour les novices, voilà qui avait de quoi satisfaire la petite fille, elle n'avait plus de livres à lire dans sa chambre et elle aimait par dessus tout apprendre de nouvelles choses.
Curieuse d'en savoir plus sur l'utilité de l'alchimie, elle ouvrit le volume et une feuille volante s'en échappa malencontreusement. Ophélia la ramassa et vit qu'un message était écrit dessus; elle reconnut sans mal l'écriture de son père mais ce qui l'étonna encore plus, c'était que le message lui était adressé. Son père estimait que lorsqu'elle trouverait ce feuillet, c'est qu'elle avait certainement atteint l'âge requis pour que sa curiosité soit suffisante afin de se plonger dans cet art abstrait qu'est l'alchimie. Il lui avait écrit aussi qu'elle devrait faire preuve de patience avant de tout comprendre que ce soit concernant l'alchimie ou le monde où elle vivait. Mais elle avait toute la vie devant elle et cette bibliothèque lui appartenait désormais. Parfois, elle trouverait des annotations qu'il avait marqué afin de la guider dans son apprentissage. Il serait son professeur bien qu'il soit déjà dans l'au-delà, son esprit s'accrochait à cette bibliothèque malgré tout. Il finissait sa lettre en lui demandant de prendre soin de sa mère et d'elle-même et d'être heureuses toutes les deux.
La bouche de la petite se déforma en de multiples grimaces, mais elle n'arriva pas à retenir ses larmes qui roulèrent sur ses joues rondes. Elle les essuya d'un revers de main et alla s'installer au bureau de son père et se plongea dans la lecture du manuel afin de comprendre le sens propre de l'alchimie.
Durant les derniers mois qui la séparait de son départ de cette maison, Ophélia passa la plupart de son temps dans la bibliothèque à dévorer les ouvrages qui s'étalaient sur plusieurs rayons, et à expérimenter quelques cercles et formules alchimiques, obtenant presque tout le temps de fameux résultats. A force d'accumuler des informations et les expériences, elle se sentit plus sûre d'elle dans ce domaine passionnant qu'est l'alchimie. Elle alla même jusqu'à dévoiler à sa mère son talent qui ne manqua pas d'être surprise de découvrir que sa fille était aussi douée pour cette science, qu'elle-même n'avait jamais comprise. Elle était fière de son enfant seulement, elle dut lui faire comprendre, au grand déplaisir d'Ophélia, qu'elle ne devait en aucun cas pratiquer cet art devant son futur père. La petite ne comprenant pas en quoi l'alchimie pouvait gêner son beau-père, elle retourna prestement s'enfermer dans la bibliothèque afin d'apprendre toujours plus.
Jusqu'à un matin pluvieux où sa mère vint la chercher, alors qu'elle s'était endormie sur un manuscrit ouvert sur le bureau de son père, pour lui annoncer que le moment était venu de partir et de dire adieu au passé qu'elles avaient vécu dans ce manoir.
Kimblee suspendit son récit pour s'apercevoir qu'Elysia dormait profondément, sa respiration étant devenue régulière. La jeune femme sourit, elle s'était laissée emballer par son histoire passée et n'avait même pas remarqué que la petite fille s'était assoupie. Mais elle remarqua que son esprit était plus apaisé, comme si raconter sa vie antérieure lui faisait quelque bien. Elle qui avait toujours été réticente lorsque Greed lui demandait de lui parler de son passé, peut-être aurait-elle mieux fait d'accepter de lever le voile. Cependant, il n'était pas encore trop tard, Greed se trouvait quelque part en Amestris bien vivant; elle espérait le revoir et alors, elle lui révélerait tout sur elle. Pour l'instant, elle devait rester tranquille et ne pas trop attirer l'attention sur sa personne.
Les paupières lourdes, Kimblee leva les yeux pour regarder l'heure sur la cadran de l'horloge en forme de chat accrochée au mur: quatre heures trente. Il ne lui restait plus que trois heures maximum pour tenter de rattraper son sommeil perdu car, dans les environs de huit heures, elle devrait réveiller Elysia pendant que sa mère préparerait le petit déjeuner.
L'après-midi, Kimblee reçut la visite du jeune Alphonse Elric. Elysia se jeta sur la gigantesque armure afin de lui demander s'il était d'accord pour jouer avec elle. Madame Hughes prit les devants et dit à sa fille qu'il était temps pour elle d'aller faire la sieste. La petite se résigna en ronchonnant et partit avec sa mère. Comme il faisait beau, Kimblee proposa à Alphonse de marcher dehors, celui-ci accepta promptement l'idée. Ils sortirent donc de la résidence des Hughes et parcoururent les rues sans émettre le moindre son. Ils atteignirent finalement un parc dont ils firent le tour bien rapidement, puis la jeune femme demanda à son compagnon s'il acceptait de s'asseoir un instant - bien qu'elle sache qu'il ne pouvait être atteint pas la fatigue. Ils s'assirent donc et ne dirent pas un mot pour autant. Tous deux se sentaient gênés: Alphonse se tortillaient les doigts car il ne pouvait pas prévoir comment réagirait l'alchimiste écarlate s'il prenait la parole, et Kimblee contemplait ses chaussures parce qu'elle ne savait pas comment l'armure la voyait. Elle pensait dur comme fer qu'il devait la prendre comme une criminelle, rien de plus ni de moins. Et puis, de quoi pourraient-ils parler, mais si Alphonse était venu à elle, c'était certainement parce qu'il avait quelque chose à lui demander. La jeune dame tourna donc son regard vers la tête de l'armure.
- Dis-moi Alphonse, commença-t-elle, pourquoi es-tu venu me rendre visite?
- Et bien... hésita-t-il. J'ai entendu dire que vous aviez fait la guerre d'Ishbal...
- En effet. Je vois où tu veux en venir, tu aimerais que je te racontes ce qui c'est réellement passé là-bas.
- "Réellement"?! Que voulez-vous dire par là?
- A ce que je comprends, tu ne connais que la version officielle. Mais tout ce qu'on a pu te raconter ne s'est pas vraiment passé ainsi. La vérité est toute autre.
- Je sais que je ne suis pas encore au courant de tout, mais j'ai tout de même appris quelques petites choses. Par exemple, j'ai entendu dire que les alchimistes d'état avaient usé de pierres philosophales durant cette guerre.
- C'est juste. J'en ai eu une entre les mains.
- La légende que l'on raconte sur cette pierre est-elle vraie? Peut-elle réellement permettre de passer outre le principe de l'échange équivalent?
- Il faut que tu saches tout d'abord que les pierres dont on nous a dotés n'étaient que des prototypes imparfaits. Mais cela n'empêchait pas le fait que nos alchimies respectives soient décuplées en terme de puissance. Grâce à cela, nous avons pu mettre rapidement fin aux hostilités.
- C'est le docteur Marcoh qui vous avait fourni les pierres, n'est-ce pas?
- Oui, mais en voyant à quoi avait servi toutes ses recherches, il a préféré s'enfuir.
- ... Mademoiselle Kimblee, qu'avez-vous ressenti lorsque vous avez pris la vie de tous ces gens?
Le souffle de la jeune femme s'arrêta un court instant. C'était une question plutôt déroutante de la part de ce garçon. Qu'avait-elle donc ressenti à ce moment là? De la joie, une sorte de libération. Quand elle explosait tout sur son passage, elle ne savait même presque plus qui elle était, l'instinct animal reprenait le dessus. Son corps se vidait de son esprit et alors elle n'était plus qu'une machine de guerre qui ne stopperait ses coups que lorsqu'elle serait à terre. Elle perdait toute notion de temps et d'espace, tout ce qui lui importait c'était de tuer encore et encore. Le rush. En ces temps-là, elle n'avait vécu que pour cela. Et lorsque tout s'arrêtait, quand la raison lui revenait, elle regardait le carnage autour d'elle et riait. Elle ne savait même pas exactement pourquoi elle riait dans ces moments-là; peut-être était-elle fière, ou peut-être que était-ce simplement un rire nerveux qui cachait en réalité l'horreur qu'elle éprouvait en voyant son oeuvre. Mais elle s'était promis de ne plus jamais pleurer pour quoi que ce soit et elle y était très bien arrivé... peut-être un peu trop bien même. Comment pouvait-elle expliquer cela à ce garçon? Il ne comprendrait pas. Elle était dérangée et elle le savait très bien, pas la peine que quelqu'un vienne le lui rappeler.
- On s'habitue à tout... finit-elle par dire.
- ... J'ai failli tuer quelqu'un un jour, annonça Alphonse.
- Tu te moques de moi?
- C'était un homonculus, il avait récupéré le bras et la jambe de mon frère... J'étais prêt à tout pour les lui arracher et les rendre à son détenteur véritable!
- Mais tu n'as pas eu le courage d'aller jusqu'au bout.
- Pas tout à fait, c'est vrai. Mais cela a bien failli arriver, sauf que mon maître s'est interposé pour m'arrêter à temps.
- Elle a bien fait. Il vaut mieux ne jamais commencer.
- Pourquoi méprisez-vous les Ishbals?
- Tu as le chic pour sauter d'une question à l'autre, mais pourquoi me demandes-tu cela?
- Je vous ai entendu crier votre haine envers les Ishbals lorsque vous vous êtes battus contre Scar.
- Ah oui, j'oubliais. Je ne savais pas que tu m'avais entendu.
- Alors pourquoi?
- Et toi, qu'en penses-tu?
- Vous tournez autour du pot.
- ... C'est une longue histoire.
- J'ai le temps et j'adore les histoires.
- Ce n'est pas une comédie humoristique, tu sais.
- Mon histoire n'est pas drôle non plus, vous savez.
Kimblee considéra l'armure avec de grands yeux écarquillés. C'était bien la première fois qu'elle voyait quelqu'un lui tenir tête à ce point, et arriver à ses fins qui plus est. Greed aussi avait tout tenté pour qu'elle lui raconte sa vie, mais il n'était jamais parvenu à la faire avouer. Pourtant ce jour là, elle se sentait prête à lever le voile sur son enfance à ce jeune garçon. Elle était certaine désormais que cela soulagerait sa conscience de vider son sac une bonne fois pour toutes.
- Ne vous inquiétez pas mademoiselle Kimblee, je ne dirais rien à personne, et puis, cela ne pourra vous faire que du bien de raconter ce qui vous est arrivé.
- Tu dois avoir raison, mais par où puis-je commencer...?
- Par ce qui vous semble le plus important, l'événement qui a mit le feu aux poudres.
- Haha! C'est le cas de le dire! ... Je crois me souvenir...
Son père n'était plus et sa maison non plus désormais. Ophélia et sa mère avaient quitté leur demeure peu de temps après que cette dernière soit tombé malade. Il y a quelques mois, la mère était encore enceinte de son nouveau mari, seulement, la grossesse se passait mal. Un jour, alors qu'Ophélia avait bravé les éléments pour ramener des médicaments à sa mère, elle avait découvert le corps inanimé de celle-ci sur le carrelage froid du hall de leur manoir. La petite avait tout d'abord paniqué, puis, se raisonnant, elle avait appelé le médecin. Le diagnostic avait été fatal: la mère ne pourrait pas survivre tant que le bébé vivrait et inversement. Cela avait été dur, mais le choix s'est porté sur la survie de la mère d'Ophélia. La fillette aurait adoré avoir un petit frère ou une petite soeur, mais le destin semblait s'acharner contre sa famille. Depuis ce jour, elle s'en voulait, croyant ne pas être arrivée à temps pour apporter les médicaments dont avait eu besoin sa mère. Elle croyait dur comme fer qu'elle était responsable du malheur de sa mère, mais elle n'en parla jamais à personne.
La petite fille aux longs cheveux noirs regroupés en queue de cheval s'accrochait à sa mère, autant parce qu'elle était éplorée, que par les chaos qui secouaient la voiture qui les emmenaient tout droit vers leur nouvelle demeure. Pourquoi avaient-elles du quitter leur manoir? Ophélia pressentait qu'elle ne se plairait pas du tout dans cette maison qu'elle entrevoyait à présent au loin. Bien au chaud dans son sac à bandoulière, elle avait emmené les quelques livres les plus précieux de la bibliothèque de son père. Ce n'était pas parce qu'elle allait vivre dans une autre famille qu'elle allait arrêter ses études concernant l'alchimie. Elle sentit la main de sa mère frôler sa tête avec douceur.
- Nous sommes bientôt arrivé mon ange, annonça-t-elle. Je veux que tu te comportes comme une gentille petite fille lorsque nous serons là-bas et que tu ailles dire bonjour à ton nouveau père.
- Je ne veux pas qu'il soit mon père, répliqua la petite, je n'en ai qu'un seul de père! De toute façon, je ne le connais pas!
- Tu apprendras à le connaître, nous aurons tout le temps de nous habituer à notre nouvelle vie.
- Mais moi j'aimais bien la vie que l'on avait au manoir! Pourquoi a-t-il fallu qu'on parte? C'était pourtant notre maison.
- C'est trop compliqué pour une petite fille de ton âge.
- Je ne suis plus une gamine!
- Parles-moi sur un autre ton, veux-tu?!
- ... Pardon maman.
- Non, c'est moi, je n'aurai pas du hausser le ton. Mais comprend-moi, c'est déjà bien assez difficile comme cela sans que tu en rajoutes.
- Toutes mes excuses, je ne voulais pas te peiner.
- Tu es tout ce qu'il me reste, Ophélia, alors je ne veux pas que l'on se dispute. D'accord?
- C'est d'accord.
- Tu vas voir, je suis certaine que ce ne sera pas aussi mal que ce que tu crois. Il a un fils m'a-t-il dit, tu pourras faire connaissance avec lui et jouer à ses côtés.
- Cela veut dire que j'aurai un frère?
- En quelque sorte, oui.
- J'espère que l'on s'entendra bien lui et moi.
Quelques semaines plus tard, deux enfants jouaient dans l'arrière-cour de leur vaste propriété.
- Alors, tu me montres? demanda un petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
- Attends! répondit Ophélia sur un ton qui se voulait intransigeant. Il faut que je me prépare avant.
Aussi, la petite fille traça un cercle parfait entourant un hexagramme sur le sol de terre sèche, auquel elle ajouta des formules alchimiques. Elle y déposa quelques ingrédients de toutes sortes qu'elle avait collecté la veille, puis elle posa ses mains sur le tracé et des éclairs bleutés apparurent autour d'elle. Le garçonnet recula d'un bon mètre, par peur d'être touché par un de ces éclairs menaçant. La transmutation s'opéra et lorsque la lumière aveuglante disparut enfin, la peluche d'un chat noir aux yeux jaunes se trouvait au centre même du cercle. Ophélia le prit dans ses mains et le tendit au garçon.
- Tiens, fit-elle contente de son exploit, il est pour toi.
- C'était impressionnant, fit remarquer le garçonnet qui attrapa la peluche. Mais où as-tu appris tout ça?
- Mon papa était un alchimiste très doué et j'ai lu les livres qu'il gardait dans sa bibliothèque.
- Et tu as tout compris?!
- Bien sûr! Pourquoi cette question?
- En fait, la seule fois que j'ai ouvert un livre d'alchimie... j'ai très vite abandonné. Pour moi toutes ces formules compliquées c'est du petit Xingois.
- Hahaha! Je vois le genre!
- Ne te moque pas de moi! C'est mon père qui aurait voulu que j'apprenne l'alchimie, mais il a finalement compris que je n'avais aucun talent pour ça. Par contre, tu ferais mieux de ne pas faire ce genre de choses devant lui.
- Pourquoi donc?!
- Il dit que: "cela ne sied guère à une femme que d'user d'un art aussi noble que l'alchimie".
- C'est n'importe quoi!
- Je ne fais que rapporter ce qu'il m'a dit. Il dit aussi très souvent qu'une femme doit savoir rester à sa place. Je ne comprends pas pourquoi.
- Moi non plus. Ton père me déçoit de plus en plus.
- Ce n'est pas moi qui décide de son comportement.
- Je le sais bien! Mais toi, tu as le droit de ne pas être comme lui ou comme il veut que tu sois.
- Tu crois?
- Tu m'apprécieras même si je deviens une grande alchimiste, pas vrai?
- Je tiens beaucoup à toi aujourd'hui, pourquoi ne serait-ce plus le cas plus tard?
- Merci, Franck.
Et ils s'en retournèrent dans la grande bâtisse où les attendait la mère d'Ophélia, pour les aider à faire leurs devoirs d'écoles.
Deux ans plus tard, Ophélia voulut faire une nouvelle démonstration de ses talents d'alchimiste à sa mère et à son "frère". Seulement, ce qu'elle n'avait pas prévu, c'était que le père de ce dernier rentra plus tôt ce jour-là et vit son acte. Tandis que les deux spectateurs applaudissaient la petite fille, celui-ci s'avança d'un pas rapide vers elle et saisit son bras avec fermeté, ce qui la fit se retourner pour tomber face à face avec un visage particulièrement mécontent. Ophélia sentit combien la rage de l'homme était grande et elle savait qu'il ne la laisserait pas s'en tirer comme cela. Malgré tout, elle ne détourna pas les yeux et soutint le regard furieux de son "père".
- Que les choses soient bien claires petite gamine écervelée, siffla-t-il, je n'accepte en aucun cas que tu uses d'alchimie devant moi ou à mon insu!
- Mais chéri... voulut s'interposer la mère de l'enfant.
- Il est hors de question qu'une fillette ait la possibilité de faire de l'alchimie sous mon toit! Ici il y a des règles à respecter et elle s'y pliera qu'elle le veuille ou non!
- Papa! s'exclama le petit garçon. Ophélia est douée pour ça, tu pourrais la laisser continuer!
- Ne la ramènes pas toi! De quel droit oses-tu élever la voix devant moi?! Tu devrais plutôt avoir honte! Cette fille a juste à claquer des doigts pour activer un cercle de transmutation et toi tu n'es même pas foutu de comprendre une simple petite formule! Tout ce que tu trouves à faire c'est la défendre! Je n'ai jamais été aussi humilié, tu me déçois beaucoup mon fils.
Choqué, le garçonnet baissa piteusement la tête, ne pouvant pas supporter un instant de plus le regard inquisiteur de son père. Ce dernier consentit enfin à lâcher le bras de la petite fille, qui partit en courant se réfugier dans sa chambre. Elle se jeta littéralement sur son lit et pleura à chaudes larmes. C'était si injuste. Pourquoi n'aurait-elle pas le droit de faire de l'alchimie comme elle l'entendait? Et bien tant pis! Elle continuerait ses études en cachettes, malgré les menaces de son "père". Elle n'allait quand même pas se laisser faire. Il verrait ce dont elle est capable et il serait bien obligé d'accepter le fait qu'elle ne pouvait pas démordre de cet art... Enfin, c'est ce qu'elle croyait.
La gifle tomba avec force sur la joue de la jeune fille, laissant là une marque rougeâtre et une douleur tenace. Elle retint ses larmes et redressa la tête pour toiser l'homme en face d'elle qui fulminait intérieurement.
- Combien de fois devrais-je te le répéter Ophélia? se lamenta-t-il. Une femme n'a pas à faire de l'alchimie! Concentre-toi plutôt sur des tâches qui te conviennent et va aider ta mère. Je commence vraiment à en avoir assez de te sermonner chaque jour pour la même raison!
- Et bien arrêtez de me surveiller et de me crier dessus par la suite, riposta Ophélia sarcastique.
Une autre gifle vint colorer l'autre joue de la jeune fille.
- Petite insolente! Tu n'as pas à me parler sur ce ton désobligeant, je suis ton père que tu le veuilles ou non!
- Arrêtez de tous le temps vouloir prendre sa place! Vous n'êtes pas lui, vous ne lui arrivez pas à la cheville!
- Cela suffit maintenant! Je ne veux plus t'entendre prononcer un seul mot. Tout ce que tu mérites, c'est que l'on te corrige afin de t'apprendre l'obéissance et le respect. Tu dois avoir l'habitude depuis le temps... va dans ta chambre.
En entendant ces dernières paroles, Ophélia prit un air effaré mais résigné et retourna silencieusement dans sa chambre. En effet, elle y était habituée maintenant; cela faisait des années que son "père" la battait lorsqu'il la surprenait en train de faire de l'alchimie. Elle aurait pu se plaindre à sa mère, mais déjà et d'une elle ne voulait pas lui faire ce plaisir, et de deux il s'y prenait toujours lorsque sa femme était absente. Quand elle était encore petite, elle avait maintes fois été tentée de se réfugier dans les jupons de sa mère, mais elle possédait déjà un caractère bien trempé qui l'empêchait de s'abaisser à cela. Aussi, elle n'avait jamais rien révélé à qui que ce soit concernant son mal-être.
Elle attendit patiemment, assise sur son lit, que la sentence arrive. Quelques minutes plus tard, son "père" entra dans sa chambre, armé d'une longue et fine baguette. La jeune fille déglutit difficilement et glissa de son lit pour se mettre à genoux sur le plancher. Se préparant mentalement et physiquement à ce qui allait suivre, elle s'agrippa fermement aux draps de son lit. Elle entendit le bâton siffler dans l'air, qui finalement s'abattit sur son dos. Elle serra les dents malgré la douleur atroce qui venait d'envahir tout son être.
- Quand te décideras-tu à obéir, Ophélia? Cela fait des années que je te lacère le dos ainsi, mais la leçon ne semble pas être retenue.
Nouveau coup qui s'abattit sur le corps tremblant de la jeune fille. Des larmes commencèrent à perler aux coins de ses yeux, mais elle continua de se retenir ses cris.
- Enfin quoi, Ophélia?! Tu as dix-sept ans, tu es une grande fille maintenant! Je ne devrais plus avoir à te dire ce que tu dois faire ou ce que tu ne dois pas faire.
Et les coups se remirent à pleuvoir. Ne pouvant plus se contenir, la jeune fille hurla et sanglota sous le mal qu'on lui infligeait. Enfin, cela s'arrêta. Ophélia s'effondra sur son lit, la respiration saccadée.
- J'espère que tu ne me désobéiras plus désormais, fit-il d'un ton lassé. Car la prochaine fois, je ne me limiterai pas à une petite correction. Ne tarde pas trop à te changer, ta mère sera bientôt rentrée.
Et il sortit en refermant la porte derrière lui. La jeune fille se remit à pleurer de plus belle. Elle n'en pouvait vraiment plus d'avoir à subir le jugement de cet homme qu'elle haïssait par-dessus tout. Elle donnerait cher pour le voir griller en enfer. Elle se redressa avec précaution, son dos lacéré lui faisait un mal de chien. Elle jeta un coup d'oeil à ce dernier en utilisant le large miroir de sa penderie; au travers du tissu elle put voir que certaines plaies étaient en sang. Elle poussa un profond soupir, elle allait devoir prendre un bain avant de se changer. Alors qu'elle fouillait dans ses affaires à la recherche d'une chemise propre, quelqu'un frappa à sa porte. Elle se mit à paniquer; il ne fallait surtout pas qu'on la voie dans cet état et surtout pas sa mère.
- Euh... Un instant! s'exclama-t-elle.
Cependant, la porte s'ouvrit quand même et laissa apparaître le jeune garçon qu'elle considérait bien plus que comme un frère. Les joues de la jeune fille rosirent de honte.
- Mais... Que fais-tu là, Franck?! demanda-t-elle bien qu'elle se douta de ce qui l'avait amené jusqu'ici. Sors d'ici!
- Pas question! s'exclama-t-il. Tu crois que je ne suis pas au courant, Ophélia?
- ... Je ne vois pas de quoi tu parles.
- Je suis conscient du fait que tu ne veuilles pas que cela se sache, mais je ne peux pas te laisser endurer cela toute seule.
- ... Depuis quand es-tu au courant?
- Quelques temps déjà.
- Je n'ai pas besoin de ta pitié.
- Arrête de te faire passer pour quelqu'un d'insensible! Je sais très bien que tu ne penses pas un mot de tout ce que tu dis.
- Pourquoi es-tu venu?
- Je ne supportais plus de t'entendre souffrir ainsi. Laisse-moi t'aider s'il te plaît.
Sans qu'elle s'en aperçoive, d'autres larmes roulèrent sur ses joues. A part sa mère, il était la seule personne sur qui elle pouvait compter. Elle passa ses bras autour du coup du jeune garçon et se blottit contre lui. Bien qu'étonné du comportement soudain d'Ophélia, il la serra dans ses bras en prenant garde de ne pas toucher ses meurtrissures.
- Je sais que c'est te demander l'impossible, commença-t-il, mais tu devrais peut-être arrêter de faire de l'alchimie.
Les doigts d'Ophélia se crispèrent sur les vêtements du jeune garçon.
- Pourquoi dis-tu cela? gémit-elle. Tu ne vas quand même pas te mettre à faire comme ton père?!
- Je n'ai pas dit ça! Seulement, je ne peux pas m'opposer à lui... et je ne veux plus qu'il te fasse du mal.
- Je suis désolé, j'adore faire de l'alchimie, j'en ai toujours fait. Ce n'est pas ce vieux croûton qui m'empêchera de continuer! Et tu ne pourras pas me dissuader non plus!
- Calme-toi, Ophélia! Si mon père te surprend encore une fois, il a juré qu'il t'enverra en pension.
- Et bien qu'il m'y envoie, au moins j'aurai tout le loisir de faire de l'alchimie tranquillement!
- ... Je vois, conclue-t-il en repoussant la jeune fille. Tu dois poursuivre tes rêves.
Ophélia se rendit soudain compte de l'énorme bêtise qu'elle venait de dire. En effet, elle souhaitait ardemment continuer ses études en alchimie, mais pas au point de laisser tomber son meilleur ami - qui était peut-être même plus qu'un ami. Elle agrippa son bras avant qu'il ne sorte de sa chambre et le força à la regarder droit dans les yeux.
- Pardon, dit-elle. Je ne voulais pas dire ça.
- Je tiens beaucoup à toi Ophélia.
- Moi aussi, Franck. C'est pourquoi je ne veux pas partir en te laissant ici tout seul, et je ne veux pas laisser maman non plus. A partir de maintenant, je ne ferai plus de pratique; je me limiterai à la théorie.
- Pense quand même à bien te cacher lorsque tu étudies tes livres.
- Ne t'inquiètes pas.
- Bon, je te laisse mettre quelque chose de plus correct, je viens d'entendre ta mère rentrer.
- Merci d'être là pour moi.
Les joues du garçon s'empourprèrent et il se décida enfin à faire ce qu'il avait tenté maintes fois sans succès. Il apposa ses lèvres sur celles de la jeune fille et l'embrassa timidement. Ophélia ne fut pas si surprise que cela: elle savait que depuis le jour où ils s'étaient rencontrés, son ami était tombé amoureux d'elle. Mais elle ne pensait pas qu'il oserait un jour déclarer sa flamme, il avait vraiment du prendre son courage à deux mains. Aussi, pour le féliciter, elle répondit à son baiser. Lorsque leur échange fut terminé, le jeune garçon s'excusa auprès de la jeune fille, honteux d'avoir ainsi abusé de sa confiance. Elle rit et lui dit qu'elle n'avait ressenti aucune gêne. Il s'excusa encore une fois et prit la fuite, laissant là la jeune fille qui continua de rire tout en cherchant ce qu'elle pourrait bien mettre pour ce soir.
Le lendemain, alors que les deux jeunes gens se promenaient dans la propriété, Ophélia se planta soudainement face à son ami en le jaugeant avec un regard malicieux.
- Qu'est-ce qui te prend Ophélia? demanda le jeune garçon interloqué.
- Nous sommes loin de la maison, constata-t-elle plus que souriante.
- Oui et ...?
- Tu n'as pas envie de me dire quelque chose?
- Comment ça?
- Et bien... concernant hier soir.
Le jeune garçon se souvint tout à coup du baiser qu'il avait donné à la jeune fille. Il rougit et détourna son regard. Il ne pouvait pas lui avouer cela?!
- Regarde-moi dans les yeux, intervint-elle, et dis-moi ce que tu ressens pour moi.
- Je... Je t'aime depuis le premier jour Ophélia, avoua-t-il enfin après avoir difficilement déglutit une bonne dizaine de fois.
- Cela me fait très plaisir. Merci.
Poussé par son instinct, le jeune garçon s'approcha un peu plus de son amie et caressa la joue de cette dernière, avant de l'embrasser sur les lèvres. La jeune fille répondit avec ferveur à son baiser et se blottit dans ses bras. Il la serra avec force et passa une main derrière sa nuque, rendant leur baiser encore plus intense. A cet instant, ils ne faisaient plus attention à ce qui les entourait... pas même au jardinier qui s'empressa d'aller quérir les parents - en croyant leur annoncer une bonne nouvelle. Ceux-ci arrivèrent en trombe, et lorsque le père vit la scène, il entra dans une colère noire. Il attrapa la jeune fille avec violence et la gifla à plusieurs reprises, aveuglé par la haine qu'il éprouvait pour elle. Puis, il la jeta face contre terre. Alors qu'il s'apprêtait à la frapper de nouveau, la mère d'Ophélia hurla et retint son mari de faire du mal à la prunelle de ses yeux.
- Je t'en supplie, arrête! cria-t-elle. C'est mon enfant! Elle est tout ce qu'il me reste!
En entendant sa femme, le père sembla s'apaiser et il ne chercha plus à faire du tort à la jeune fille. Le jeune garçon s'agenouilla près d'Ophélia et l'aida à se relever. Il essuya la terre et les larmes qui parsemaient son joli visage et l'embrassa sur les deux joues.
- Ecarte-toi d'elle Frank! siffla son père.
- Non, répondit le fils en serrant plus fort la jeune fille contre lui.
Le père s'avança de quelques pas et les sépara avec brutalité; tandis qu'il tenait fermement son fils par le col, il envoya Ophélia au loin, que sa mère réceptionna. Cette dernière berça tendrement sa fille afin de calmer ses sanglots prononcés. Le père regarda la jeune fille avec dégoût et prononça sa sentence:
- Je ne veux plus la voir dans les parages à partir de demain.
- Quoi?! fit la mère affligée.
- Tu m'as bien comprise, je veux que tu l'envoies le plus loin possible de cette maison dans laquelle elle n'a pas sa place. Cette petite dévergondée n'avait pas à souiller mon fils!
- Papa, non! s'écria le jeune garçon. Ce n'est pas elle qui a commencé, ce... C'est moi qui lui ai avoué que je l'aimais!
- Mon fils, il est hors de question que tu t'accoquines avec cette petit peste irrespectueuse! Dès demain, elle s'en ira et tu l'oublieras bien vite. Rentrons maintenant et je ne veux plus entendre parler de cet incident.
Le père traîna donc le fils réticent à l'idée d'être séparé de sa chère et tendre. Ophélia et sa mère restèrent encore un temps dehors, afin de profiter des derniers moments qu'elles passeraient ensembles.
A l'aube, Ophélia prit place à côté de sa mère dans une voiture tirée par deux chevaux. Les portes claquèrent et elle sursauta. Elle aurait aimé dire au revoir à son ami, mais son père l'en avait certainement empêché. C'est alors qu'elle entendit une voix crier son nom. Elle se pencha à la fenêtre et le vit dévaler les escaliers du parvis à toute allure. Il eut le temps de la rejoindre et grimpa sur la marche extérieure. Il plongea ses yeux bleus dans les yeux dorés de la jeune fille et l'embrassa une dernière fois... avant que son père n'intervienne pour les interrompre et ordonner au cocher de s'en aller.
- Ne m'oublie pas, Ophélia! cria le jeune garçon tandis que la voiture s'éloignait.
- C'est promis! hurla-t-elle.
Sa vue s'embrouillait et des larmes ne tardèrent pas à s'échapper de ses yeux et à s'envoler dans le vent. Elle rentra sa tête dans le compartiment et laissa ses pleurs la submerger. Sa mère la prit dans ses bras et la réconforta.
- Je suis sûre que tout ira mieux avec le temps, dit-elle avec douceur.
- Maman... sanglota Ophélia. Tu m'avais déjà dit que tout se passerait bien en partant de chez nous et finalement... tout est allé au plus mal. Comment pourrait-ce être mieux par la suite?!
- ...
Sa fille n'avait pas tort; elle lui avait promis qu'elle se plairait dans sa nouvelle famille et en réalité, cela n'a été qu'un désastre. Elle s'en voulait que sa fille ait autant souffert durant toutes ces années. Ne sachant plus que dire, elle resserra son étreinte autour du corps de son enfant, espérant qu'elle ne lui en voulait pas trop pour toutes les erreurs qu'elle avait commises.
Après un arrêt dans un petit village où deux autres passagers prirent place dans la voiture, cette dernière traversa une route mal entretenue, le long de laquelle trônaient quelques bosquets. Ophélia avait enfin cessé ses pleurs et sa mère discutait tranquillement avec le couple de personnes âgées assis en face d'elles.
Soudain, une violente secousse se fit ressentir. La voiture accéléra et des coups de feu se firent entendre. Le cocher hurlait à ses chevaux d'aller plus vite et les passagers, effrayés, se demandaient ce qu'il pouvait se tramer dehors. Ophélia serra fortement sa mère, sentant qu'un malheur allait arriver. La voiture cahota et finalement dévia de sa trajectoire; ses roues entrèrent dans le fossé, ce qui la fit chuter et rouler sur le tertre adjacent. La jeune fille sentit sa tête heurter violemment une des fenêtres du compartiment et après, ce ne fut plus qu'un trou noir.
Elle émergea lentement, son crâne la faisant atrocement souffrir. Tout en se forçant à ouvrir les yeux, elle tenta de se relever sur son séant. Elle n'y parvint qu'à moitié. Ses sens semblaient revenir petit à petit; même si sa vue était encore floue, elle entendait des gens hurler et des coups de feu retentir autour d'elle. Elle vit quelqu'un s'approcher d'elle; sa vue revenait et elle put détailler la personne qui se trouvait en face d'elle. La surplombant de toute sa hauteur, un homme à la peau mâte la tenait en respect avec son fusil pointé droit sur la jeune fille. Ce ne fut pas l'arme à feu qui surprit tout d'abord celle-ci, mais plutôt les deux yeux rouges flamboyant que l'homme dardait sur elle. Ophélia frémit. Elle n'avait jamais connu qu'une seule Ishbale dans sa vie: la dame de compagnie de sa mère, qui était repartie dans son pays après leurs départ du manoir. C'était une personne douce et compréhensive. Ophélia se demanda alors pourquoi des parents de leur dame de compagnie étaient aussi violents avec eux. La jeune fille tourna un peu la tête et sursauta lorsqu'elle aperçut un autre Ishbal tirer sur le couple de personnes âgées, sans défense. Elle les vit s'écrouler sur la terre sèche quasiment sans un bruit. Tout à coup, elle se mit à respirer par saccades: où était donc passée sa mère? L'avaient-ils tuée elle aussi? Elle ne voulait pas y croire. Elle sentit des larmes s'écouler sur ses joues. Elle fixa de nouveau l'Ishbal qui la toisait de son regard de feu.
- Pourquoi... pourquoi faîtes-vous cela? demanda-t-elle toujours aussi choquée.
L'Ishbal n'eut pas l'occasion de répondre. Ophélia vit un filet de sang sortir de sa bouche, avant qu'il ne s'écrase face contre terre, un couteau à papier enfoncé entre les deux omoplates.
- Je... Je vous interdis de toucher à un seul cheveu de ma fille, fit une voix hésitante et apeurée.
La jeune fille reconnut sa mère debout devant elle, le teint livide. Elle devait être sous le choc après l'embardée qu'ils avaient faite et le fait qu'elle venait de tuer un homme. Ophélia voulut se lever pour serrer sa mère dans ses bras, heureuse qu'elle était de la voir vivante, seulement ses jambes ne semblaient plus lui obéir. Elle ne put que trembler. Sa mère souhaita se pencher vers sa fille pour la réconforter, mais un nouveau tir se fit entendre. Les yeux d'Ophélia s'écarquillèrent tandis que des gouttelettes de sang atterrissaient sur son visage et sur le haut de sa robe. Sa mère tomba sur les genoux, une plaie en sang en plein milieu du ventre. La jeune fille réagit enfin et soutint le corps de sa mère qui allait s'effondrer.
- ... Ma-maman? appela-t-elle angoissée.
- Va-t-en, émit faiblement la mère.
- Je ne peux pas. Je ne veux pas te laisser toute seule. Je ne veux pas être toute seule!
- Je t'en prie, sauve-toi... ma chérie.
- Je n'y arrive pas...
- SAUVE-TOI!!
Saisie par l'intensité et l'émotion qui émanait de la voix de sa mère, Ophélia se leva sur ses jambes et se mit à courir le plus vite possible, en ne regardant surtout pas derrière elle. Elle ne sut combien de temps elle courut, ni combien de mètres elle parcourut. Son pied heurta une racine d'un arbre et elle s'étala sur un lit de feuilles mortes. Elle ne se releva pas, n'en ayant plus la force, et s'évanouit peu de temps après.
Lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, se fut pour remarquer que la nuit était tombée. Ophélia se releva avec difficulté et regarda autour d'elle, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire là. Tout à coup, sa mémoire des événements récents la submergea: elle revit ces Ishbals tuer les passagers et sa mère. Elle se leva précipitamment, un peu trop même car elle tituba, son crâne lui faisant souffrir le martyr. Elle essuya d'un revers de main le sang qui lui coulait sur le visage et repartit en sens inverse. Elle voulait s'assurer des faits; revoir de ses propres yeux le massacre qui avait été engendré quelques heures plus tôt.
Après une demi-heure de marche difficile, elle atteignit le chemin de terre qui aurait du l'amener elle et sa mère en lieu sûr. Les chevaux morts étaient toujours attelés à la voiture qu'ils tiraient il y a encore quelques temps. Plus loin, elle vit les corps du cocher et du couple de personnes âgées; mais son coeur se mit à battre à tout rompre lorsqu'elle aperçut sa mère étendue sur le sol. Elle s'agenouilla doucement près d'elle et posa une main sur la sienne. Celle-ci était gelée, elle était certainement morte depuis pas mal de temps. Ophélia passa lentement sa main dans les cheveux de sa mère comme elle le faisait lorsqu'elle était petite. Ce simple geste avait le pouvoir de la réconforter habituellement. Seulement aujourd'hui, cela n'eut aucun effet. La jeune fille s'allongea à côté de sa mère et sanglota. Elle aurait tant aimé avoir la force de faire quelque chose, mais elle n'en avait pas eu l'occasion. Elle s'en voulait tellement d'avoir eu peur à ce moment là. Maintenant qu'elle était seule, qu'allait-elle faire? Réfléchir lui vrillait le crâne, aussi elle se laissa aller contre le corps froid et sans vie de sa mère et s'enfonça profondément dans des ténèbres dont elle n'était pas certaine de ressortir.
Cela faisait deux jours qu'elle était dans cet hôpital d'East City, ville la plus proche de l'endroit où s'était déroulé le meurtre de sa mère. Ophélia frémit lorsqu'on lui annonça que son "père" viendrait bientôt la chercher. Elle ne voulait en aucun cas retourner là-bas, surtout si sa mère n'était plus là. De plus, il lui semblait qu'un intense désir de vengeance naissait au fond de son coeur; elle voulait faire payer à ceux qui avaient eu l'audace de tuer l'être qui lui était le plus cher en ce monde. Elle était guérie depuis bien longtemps, elle s'en était réchappée avec un faible traumatisme crânien, pas de quoi s'affoler donc. C'est pourquoi, le soir, elle se faufila discrètement hors de l'hôpital pour s'enfoncer dans les rues sombres de la ville.
Alors qu'elle réfléchissait aux solutions qui se présentaient à elle pour se sortir du pétrin dans lequel elle était fourrée, un mendiant s'agrippa subitement à ses vêtements, la faisant sursauter. Elle se retourna vivement et put détailler le vieil homme décharné qui s'accrochait à sa chemise. Une peau mâte et des yeux rouges, ce ne pouvait donc être qu'un Ishbal pensa la jeune fille. Le regard de celle-ci s'assombrit et devint même menaçant à bien des égards. Elle se dégagea avec violence et toisa l'Ishbal de haut. En cernant ce regard, ce dernier ne se sentit, tout à coup, plus en sécurité... et il avait bien raison. Il voulut s'échapper mais elle le rattrapa vivement à la gorge qu'elle serra avec force. Le vieil Ishbal tremblant écouta ce que Ophélia était en train de murmurer:
- Elle était ma seule famille et vous me l'avez prise. Jamais je ne pourrais vous pardonner pareille chose. Et moi qui pensais que le peuple Ishbal était opprimé... j'avais tort! Pourquoi avez-vous tué ma mère, elle n'avait rien fait de mal?! C'est dégueulasse. Toutefois, vous avez commis une erreur: celle de me laisser en vie!
En prononçant cette dernière phrase, le regard d'Ophélia se fit encore plus dur et elle serra plus fort sur sa prise, enfonçant ses ongles dans la peau décharnée du vieil Ishbal qui ne comprenait décidément pas ce qu'il avait pu faire de mal à cette pauvre gamine. Il était effrayé par le comportement déterminé et meurtrier dont faisait preuve la jeune fille, néanmoins, il ne bougea pas d'un pouce et ne chercha même pas à se débattre, il ne fit que prier Ishbala de l'accueillir en son sein, sentant sa fin arriver. Du sang s'écoula des plaies et il commençait sérieusement à manquer d'air.
Dans une illumination, Ophélia recueillit le sang de l'homme avec les doigts de sa main libre et traça un cercle complexe sur le front de celui-ci. Elle plongea ses yeux dorés, qui n'appelaient qu'à la vengeance, dans ceux rouges de l'Ishbal, qui s'était fait à l'idée de mourir.
- Allez en enfer, dit-elle simplement.
Le cercle de transmutation s'activa et elle envoya le corps valser un peu plus loin. Avant même qu'il ne touche le sol il explosa dans une gerbe de sang écarlate. Elle se détourna du spectacle qu'offrait les restes éparpillés de l'homme et repartit au travers des rues, ne sachant pas vers quel destin mèneraient ses pas.
Kimblee soupira. Finalement, cela lui avait fait du bien de parler de tout cela. Bien qu'elle ait fini son histoire, Alphonse ne prononça pas un mot. La jeune femme tourna la tête vers lui pour déceler sa réaction, avant de se rappeler qu'une armure n'avait pas la possibilité d'exprimer une quelconque émotion. Il lui fallait attendre que le jeune garçon se mette à parler pour savoir ce qu'il pensait de ce qu'elle lui avait raconté.
- Tu dois me trouver odieuse, tenta l'écarlate.
- Pas du tout, affirma Alphonse dans un sursaut. Vous agissez par vengeance... un peu comme Scar.
- Ce n'est plus de la vengeance désormais. J'ai appris à me complaire de la mort de mes adversaires, c'est cela qui fait de moi l'alchimiste dérangé que je suis.
L'armure resta silencieuse une minute.
- Vous n'avez pas eu une enfance que l'on pourrait qualifier d'heureuse.
- Chercherais-tu à justifier mes actes, Alphonse?
- C'est-à-dire...
- Je n'en ai jamais cherché la raison, alors ne te force pas. Cela ne me dérange pas que l'on me voie comme une timbrée.
- Vous n'êtes pas folle.
- C'est ton opinion, mais ce n'est pas celle de la majorité.
- Peut-être, mais vous ne pouvez pas nier le fait que vous êtes quelqu'un de bien quand vous le voulez.
- Tu penses réellement ce que tu dis?
- J'ai vu comment vous vous comportiez chez les Hughes. Elysia vous adore. Et vous éprouvez les mêmes sentiments, je me trompe?
- C'est vrai, j'ai eu l'impression d'avoir retrouvé la famille que j'avais perdue.
- Vous voyez. J'ai rencontré des gens bien plus mauvais que vous.
- Tu es vraiment quelqu'un de très tolérant, Alphonse. Je n'oublierai pas ce que tu m'as dit.
- Je suis content de vous voir soulagée, mais c'est plutôt à moi de vous faire des remerciements pour les infos que vous m'avez données.
- Je n'ai pas pu te donner grand chose...
- C'est déjà pas mal.
Tous deux se levèrent et se préparèrent à prendre congé l'un de l'autre.
- Au fait, s'exclama Alphonse, avez-vous revu votre ami d'enfance?
- Et bien, non... enfin...
Kimblee hésita, il lui semblait que quelque chose de floue lui revenait en mémoire.
- Quelque chose ne va pas, mademoiselle Kimblee?
Tout à coup, la jeune femme se souvint.
- Tout va bien! Il faut juste que j'aille voir monsieur Hughes. Rentre bien Alphonse, j'espère que l'on se reverra.
- Moi aussi, au revoir mademoiselle.
Et elle s'empressa de sortir du parc pour arpenter les villes. Elle courait presque tellement elle était surexcitée.
Il fallait absolument qu'elle soit sûre de ce à quoi elle pensait; un coup d'oeil dans les registres de recensement des militaires et elle aurait sa réponse. Mais pour cela, il lui fallait trouvé Hughes. Lui seul pourrait lui permettre de fouiller ainsi dans les archives de l'armée.
Elle arriva au quartier général de Central et demanda à l'accueil où elle pourrait trouver le lieutenant-colonel Hughes. Après quelques temps, on lui indiqua qu'il se trouvait dans la salle des archives.
"Parfait!" pensa-t-elle en se dirigeant à pas vif vers la bibliothèque privée de l'armée.
Elle poussa le battant et entra dans la pièce qui était étrangement sombre. Seul un candélabre émettait une mince lumière, qui éclaira des taches inhabituelles sur le sol et quelques meubles; des taches de sang. Des feuilles traînaient partout et une table était renversée. Apparemment, il y avait eu bagarre ici. Cependant, il n'y avait aucune trace de Hughes.
"Qu'est-ce qui a bien pu se passer ici?"
Kimblee reprit le chemin en sens inverse et suivit les petites gouttelettes de sang qui parsemaient les couloirs, et qu'elle n'avait pas décelées en arrivant. A un endroit, les traces semblaient continuer tout droit tout en tournant à gauche. Il avait du revenir sur ces pas. Mais d'où venait-il? Difficile à dire. Elle choisit d'aller à gauche, espérant ne pas se tromper. Elle s'étonna lorsqu'elle se rendit compte qu'elle sortait du bâtiment, pour s'engouffrer dans les rues de la ville. Elle continua donc son avancée et entendit un coup de feu retentir. Elle accéléra l'allure et alors qu'elle allait sortir d'un boyau, elle reçut comme un choc électrique.
Devant elle, une personne passa en courant sans la voir. Cette personne, c'était elle. Les mêmes cheveux longs, les mêmes yeux, les mêmes vêtements. Elle resta figée quelques instants, à regarder la silhouette s'enfuir dans les ténèbres de la nuit qui tombait.
"J'ai du rêver..."
Elle sembla se réveiller, mais pourtant cet étrange malaise qui l'habitait ne s'estompait pas. Elle s'avança dans la grande rue et la balaya des yeux... jusqu'à tomber sur une cabine téléphonique ouverte. Il lui semblait voir un corps allongé à l'intérieur. Elle déglutit et s'approcha à pas lents. Lorsqu'elle se retrouva en face du corps, elle se mit à trembler fortement. Elle ne voulait pas admettre ce qu'elle avait devant les yeux. Tombant à genoux, elle tendit une main vers le cou du militaire pour prendre son pouls. Pas un battement, plus rien, la vie avait quitté ce corps. Elle posa son regard sur une photo tachée de sang qui traînait à côté du corps et la prit entre ses doigts. Comment allait-elle annoncer cela au reste de al famille? Elle refoula les sanglots qui montaient résolument dans sa gorge et reporta son attention sur le visage souillée de sang, souhaitant qu'il se relève pour lui annoncer que tout cela n'était qu'une farce. Seulement, elle dut se rendre à l'évidence, il était bel et bien mort.
- Oh, monsieur Hughes... pourquoi?
Hatch: Et ben, ça faisait longtemps que je n'avais pas posté de chapitres pour cette fic! Un long chapitre qui se finit mal comme dans toute bonne tragédie. D'ailleurs, l'enfance de Kimblee a des allures de "malheurs de Sophie"...
