« Et là tu fais un nœud. »
Anna, la langue pointant entre ses lèvres sous la concentration, fit ce qu'on lui demandait. Dès qu'elle lâcha cependant, la tente qu'elle avait décidé d'apprendre à monter s'effondra sur elle-même.
« Je ne comprends pas comment c'est possible, souffla Kristoff. »
Le jeune homme avait passé la dernière heure à lui expliquer comment monter cette tente par elle-même, pour diminuer la charge qu'elle représentait pour les Lycans. Mais il semblait que même la patience de Kristoff dans son enseignement ne puisse rien contre sa maladresse. Ou son manque de concentration.
Elle ne voulait pas que leur dispute de deux jours plus tôt ne ternisse leur amitié. Certes, Anna lui en voulait, mais elle devait s'avouer s'être comportée d'une manière enfantine ce soir-là. Ils avaient tous deux des torts. Non, ce qui suscitait tant ce manque de concentration était son rêve. Kristoff et elle. Ensemble. Avec un enfant.
Une partie d'elle avait un jour aimé Kristoff. Aimé romantiquement. Elle se souvenait d'ailleurs encore de son attraction à la plage. Mais c'était avant Elsa. C'était avant de comprendre ce que pouvait être l'Amour Vrai. Néanmoins, sachant que Kristoff avait été son époux et le père de son enfant –ses enfants ?- la gênait terriblement. Heureusement le jeune homme ignorait tout de ce qu'avait pu être leur relation et de ce qu'elle aurait pu être en l'absence d'Elsa.
Kristoff –hormis leur récente dispute- s'était toutefois comporté comme un ami exemplaire. Et Anna en avait cruellement besoin. Hors de question donc de faire une croix sur son amitié avec le jeune lycan.
« J'ai fait ce que tu m'as dit ! se récria-t-elle exaspérée par cette fichue tente.
-A l'évidence non. Sinon ça tiendrait debout. Bon recommençons. Tu vas la ranger comme elle doit l'être et je t'aiderai à la remonter comme il faut. »
Anna soupira, déjà lasse de l'exercice. Néanmoins, elle obéit.
« Je t'ai cherché hier, balbutia finalement Kristoff agenouillé à ses côtés. Je voulais t'inviter à la fête des lumières. Mais à mon retour de ma garde tu étais partie.
-Oh, soupira Anna rougissante. »
Elle se doutait que parler d'Elsa repousserait à nouveau Kristoff. Et elle ne voulait pas d'une nouvelle dispute.
« Et bien, je voulais profiter du marché installé pour la fête alors je suis partie tôt ce matin. Puis finalement le temps s'est écoulé bien plus rapidement que je me l'attendais et la fête des lumières commençait déjà. Regarde j'ai acheté des vêtements chauds, s'exclama-t-elle dans l'espoir bien mince de détourner son attention.
-Oui j'ai vu ça, rit gentiment Kristoff. Où se trouve ma propre veste ?
-Euh… je crains de ne l'avoir égarée. Je suis vraiment désolée Kristoff. Je l'ai posé sur un banc à côté de moi, il faisait bon hier et… j'ai dû l'oublier. »
Kristoff soupira mais lui pardonna aussitôt son oubli. Il pourrait toujours aller en acheter une plus tard. Anna, elle, se sentit d'autant plus coupable d'avoir laissé Elsa la jeter sans cérémonie.
« C'était une belle fête, reprit-il néanmoins. Mais elle aurait été mieux encore en ta compagnie. »
Anna lui sourit, rougissante et gênée à un Kristoff dans un état similaire.
« Anna, je…
-Emballez tout ! tonna la voix de Merida. »
Kristoff soupira à nouveau, agacé, alors qu'Anna ne pouvait être que soulager de l'interruption de Merida. Mais le soulagement fit rapidement place à l'inquiétude.
« Y a-t-il un soucis ?
-Bien sûr, enfant ! Je ne viens pas remballer un camp entier pour le plaisir. Alors au travail ! »
Les Lycans s'empressèrent d'obéir sans se poser de questions. Milo sortit précipitamment de sa propre tente, les cheveux en bataille, un haut sale sur le dos et posa les questions qui taraudaient pourtant tout le monde.
« Qu'est-ce qui' y a ? Qu'est ce qui' se passe ? »
Il devait s'être réveillé aux cris de Merida.
« Ce qu'il se passe ? Un navire de Pandora est en train d'accoster. Le Capitaine Rourke le dirige. »
Ce fut le nom de l'homme qui effrayait Anna plus que l'idée de Pandora. Quand on avait été élevé avec l'idée de Pandora protégeant les hommes, il était difficile de s'en défaire. Pandora ne ferait pas de mal aux innocents mais les hommes qui composaient l'organisation, eux, le pouvaient. Vision bizarre des choses, Anna voulait bien l'admettre.
« Quels sont ces forces ? interrogea Jane déjà apprêtée.
-Il a ramené des Lycans, indiqua Merida sans être capable d'en donner le nombre.
-Idée stupide. Elsa aura tout pouvoir sur eux. Ces lycans seront les nôtres, répliqua Jane sans inquiétude.
-Et des hommes armés de lames et de balles d'argent. Je n'ai pas spécialement envie d'y faire face, expliqua-t-elle en faisant signe à son visage toujours balafré d'une ligne encore sanguinolente faite par la lame d'argent de Jack. Et ils nous surpassent numériquement.
-Ils vont nous traquer sur cette île. Et aussi grande soit-elle on ne pourra s'y cacher éternellement. Nous sommes trop nombreux pour espérer réussir un tel exploit, comprit Jane.
-Je doute que le capitaine Rourke puisse vous faire du mal, vous êtes la nièce de… tenta de la rassurer Merida.
-Rourke n'apprécie pas que je puisse lui donner des ordres ou me dresser face à ses décisions. Il attend avec impatience que je disparaisse. Je pense que -oncle ou pas- il profitera de l'occasion pour se débarrasser de moi comme de vous.
-Avons-nous la moindre solution pour échapper à… commença Anna.
-Bien sûr, l'interrompit Merida. Nous pouvons toujours nous battre. Grimm préconisera probablement cette solution.
-Il nous faut une autre solution qu'un massacre ! s'écria Anna. Pourquoi devrions-nous même nous battre contre eux ? Expliquons-nous avec lui. Qu'il sache la raison de notre voyage ! Peut-être nous aidera-t-il,…
-Tu rêves enfant. La seule autre solution serait de partir en mer et mettre autant de distance entre lui et nous. Ralph est allé vérifier la disponibilité de navires. Mais il est improbable que nous en trouvions un maintenant.
-Que dit Elsa justement ? demanda Jane. »
A cette question, tous les regards se tournèrent vers Anna. La jeune fille haussa les épaules, totalement incapable de pouvoir leur répondre. Elle n'avait pas vu Elsa depuis que Merida venait d'apparaitre en ordonnant de se préparer à partir. Donc hormis si elle se découvrait une capacité de communication par télépathie avec Elsa ou quelque chose du même genre, elle ne pouvait évidemment par répondre à une telle question. Etre en télépathie avec Elsa était-ce une possibilité d'ailleurs? Anna songea qu'elle pourrait toujours poser la question à Elsa.
« Où est-elle d'ailleurs ? demanda Kristoff alors qu'il rangeait la tente d'Anna avec des gestes rapides. »
Pour toute réponse, le jeune lycan eut le droit à une vague moue d'incertitude de la part de Merida. Cette dernière cependant se reprit rapidement.
« Allez faites vos bagages ! J'ignore ce que prépare Grimm mais j'escompte toujours un départ rapide et discret. »
Kristoff s'empressa de terminer de plier la tente d'Anna, pendant que cette dernière amassait ses affaires dans ses sacs avec précipitation. Dans le reste du camp, c'était la même frénésie. Anna se demanda si Elsa savait même ce qu'il se passait.
Une demi-heure plus tard, tous étaient prêt pour le départ. Le lieu où ils avaient campé garderait les traces de leur présence mais au moins ils ne seraient plus là quand Rourke et ses hommes arriveraient.
Merida prit la tête de leur groupe et s'enfonça dans la forêt. Anna et Jane traînaient vers la fin du groupe suivant difficilement les lycans, alors que Milo avançait à peine plus vite quelques mètres devant elles.
« Pourquoi avoir amené des Lycans ? s'interrogea Anna. Rourke doit se douter qu'ils prendront notre partie de gré ou de force.
-Je pense qu'il veut abattre Elsa. Si elle chute, les lycans resteront sous ses ordres et ceux d'un autre alpha que moi. Une bataille de lycan, ce serait une première, non ?
-Les hommes armés d'argent pour Elsa puis les Lycans si elle est vaincue pour ce qui reste de nous. Mais… Elsa est un vampire de Première Génération. Pense-t-il vraiment pouvoir réussir à la tuer ? »
Jane qui haletait à présent à cette marche rapide dut prendre un moment pour trouver suffisamment de souffle pour lui répondre.
« Comment pourrait-il savoir ce qu'elle est ? La plupart des Lycans qui ont affronté Alice sont ici. Les autres ont très bien pu recevoir l'ordre de ne rien dire. Pour Rourke, Grimm est probablement encore ce grand Loup Blanc qui n'a jamais vraiment été maté. Et Rourke aime autant abattre des Loups que des vampires.
-Il ignore ce qui va leur arriver s'ils s'en prennent à elle. »
Jane s'arrêta une main contre les côtes pour probablement retenir un point de côté.
« Et nous ? Savons-nous seulement ce qui se passerait si quelqu'un s'en prenait à elle ou à toi ? Nous ne l'avons vu se battre qu'une seule fois et elle était affaiblie, elle avait besoin de sang. Du tiens. Et maintenant qu'elle est en pleine possession de ces moyens, qui sait ce dont elle est incapable ?
-Vous disiez que Grimm était doux et calme avec…
-Le petit chaperon rouge, toi dans le passé. Mais Anna, autant je suis curieuse d'Elsa et de son histoire, autant je suis effrayée de ces compétences. Elle est un vampire de Première Génération et un proche d'Alice Arendelle. Sais-tu ce qu'elle a pu faire dans son passé ? As-tu vu cela dans tes rêves ?
-Non, balbutia Anna. Elle m'a dit avoir fait des choses… horribles mais…
-Mais elle n'est pas coupable ? Elle essaie de se racheter ? ironisa Jane. »
Anna serra les dents. Elle ne voulait pas d'une nouvelle conversation sur Elsa. Surtout pas pour s'entendre dire l'erreur qu'elle faisait en désirant l'attention et l'affection du vampire. Elle aurait aimé lui dire, là maintenant, ce qu'Elsa avait permis de faire avec l'aide de Raiponce. Mais cela excuserait-il ce qu'elle avait pu faire avant ? Anna secoua la tête refusant de se laisser penser à de telles choses.
« Anna, je ne veux pas t'effrayer ou te dire quoi faire. Mais sais-tu qui elle est réellement ? Comment est-elle devenue vampire ? Volontairement ? Combien de personne a-t-elle tué ? Le sait-elle seulement ? »
Anna repoussa Jane avec colère. La jeune femme, essoufflée et surprise, chuta au sol.
« Pourquoi cette réaction maintenant ?! gronda-t-elle. Il y a encore quelques jours vous vouliez tout savoir d'elle.
-Je le veux toujours, siffla Jane en se relevant. Elle peut nous raconter des choses que l'humanité a oubliées. Mais je ne lui ferais pas confiance, non certainement pas. Et tu ne devrais pas le faire non plus.
-En attendant, gronda Anna, elle est la seule à pouvoir sauver ma famille. Alors oui, je lui fais confiance. »
Et elle l'aimait. Mais rien ne servait de le dire à voix haute.
Anna souffla fortement et se remit en marche à la suite des Lycans et de Milo qui se tenaient un peu plus loin à les attendre.
« On n'a pas le temps pour ces discussions, se plaignit Merida en réajustant son sac.
-Désolée, annonça succinctement Anna sans s'arrêter. »
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Ils marchaient depuis près d'une heure. Anna ignorait vers où ils se dirigeaient. Mais peut-être n'avaient-ils pour seul objectif que de s'éloigner de leur camp. Puis, les fourrés s'écartèrent brutalement et un loup immense en sortie. Anna fut à deux doigts de crier avant qu'elle ne reconnaisse l'immense stature de Ralph. Le Lycan reprit forme humaine quand il les atteignit. Anna détourna les yeux pudiquement alors que ces compagnons lui donnaient de quoi se vêtir.
« Au rapport, tonna Merida dans le froissement des vêtements.
-Aucun navire de disponible. Je crois que nous sommes piégés sur l'île, dit-il pataud. »
Une armada de petites chauves-souris les survolèrent, mettant les Lycans dans tout leur état avant qu'il ne s'assemble pour former Elsa assise sur une branche d'arbre, bien au-dessus de leur tête.
« Quand il s'agit de fuir, il ne faut pas s'en tenir aux voies légales, ricana-t-elle. Et avec de bons arguments, on peut arriver à bien des choses. Un navire s'apprête à appareiller et n'attend que nous.
-Je n'ai rien vu de tel, intervint Ralph en ajustant les bretelles de sa salopette. Pandora a ordonné que tous les navires restent à quai pour une durée indéterminée.
-Nous sommes toujours dans les voies légales que les marchands suivront. De ces bonnes gens qui accostent au port. Le navire qui nous attend est de l'autre côté, dans la crique du Crocodile.
-Aucune crique ne se nomme ainsi sur cet île, s'exclama Milo une carte à la main.
-Pas officiellement non. Mais c'est ainsi que la nomme nos aimables alliés. »
Sur cela, Elsa se laissa tomber de son arbre et atterrit avec souplesse au sol. D'un geste de la main, elle prit la direction de leur groupe. Aucun ne lui posa plus de questions. On la suivit silencieusement.
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Anna n'en pouvait plus. Elsa avait raison de dire qu'il ne faisait pas si froid ici. Avec cette marche, la chaleur était insoutenable, poisseuse et lourde. Elle suait et haletait, fatiguée à n'en plus pouvoir de porter une partie de ces bagages. Milo et Jane n'étaient pas beaucoup mieux. Les lycans étaient quant à eux agités mais ne montraient pas de signe visible d'épuisement.
Elsa écarta finalement des branchages et Anna fut soufflée par la vue. Elle se tenait en hauteur de ce qui devait être la crique du Crocodile. Une bande de sable blanc, une eau turquoise, des falaises rocheuses et de la verdure à foison. Au milieu de l'étroite anse, il y avait en effet un navire qui les attendait. La douce brise iodée qui lui caressa le visage n'ajouta que plus d'intérêt à ce lieu. Anna voulait juste se laisser tomber assise là et se gorger du paysage.
« Allons-y, il nous faut descendre rapidement, indiqua Elsa.
-Rapidement ? se plaignit Milo.
-Très rapidement, ajouta Merida. Ils sont sur notre piste. »
Anna supposa que les Lycans percevaient l'odeur de leurs pisteurs. Kristoff, Ralph, Merida et Flynn se précipitèrent au bord de la falaise attachant puis déroulant rapidement de longues cordes. Immédiatement une première partie de leur groupe descendit. Ils réceptionnèrent leur bagages, tentes et vivres avant que Merida et Kristoff n'aident Milo et Jane à descendre.
Ils perdaient beaucoup de temps. Anna se tordait les mains, inquiète de voir leur poursuivant paraître d'un instant à l'autre. Alors qu'Anna s'apprêtait à saisir la main de Kristoff pour descendre à son tour, Elsa qui ne lui avait pas encore adresser la parole ce jour-là, l'attrapa par l'épaule.
« Je préfère te faire descendre moi-même. »
Anna lui sourit, rassurée de ne pas avoir à jouer à l'alpiniste avec sa maladresse chronique.
« Descendez maintenant, ordonna-t-elle au Lycan qui était encore en hauteur. »
Sans discuter, même Kristoff dut obéir. Ils descendirent rapidement, leurs gestes assurés et leurs prises aussi sûres que possible. Elsa et Anna se penchaient au-dessus du vide pour s'assurer qu'ils aient atteint le sable blanc. Elsa coupa alors les cordes avec d'un geste fluide pour empêcher leur poursuivant d'emprunter cette voix puis elle attrapa Anna alors que les premiers hommes de Pandora apparaissaient.
Elsa se jeta dans le vide. Anna se noya dans un mélange de vents, de nuages noirs et de chauves-souris avant que son souffle soit à moitié coupé lorsque son corps s'écrasa sur celui puissant mais néanmoins duveteux du Grand Loup Blanc.
« L'atterrissage aurait pu être plus dou… »
Sa remarque fut coupée, par un bond soudain d'Elsa sur le côté. Anna s'apprêta à s'en plaindre quand elle vit la longue flèche plantée à leur précédente place. Anna glissa ses mains dans les longs poils blancs et s'y accrocha désespérément alors qu'Elsa courrait et bondissait vers la mer. Anna luttait pour ne pas glisser. Autour d'elle, les lycans couraient aussi tentant d'éviter les flèches et les tirs encore imprécis des armes à feu.
Le sang battant furieusement dans ses oreilles étouffait tous les autres sons. Toutes ses sensations se réduisirent aux mouvements puissants du corps auquel elle s'accrochait. Puis Anna sentit l'eau s'infiltrer dans ses vêtements. Elsa avait plongé dans les vagues. Surprise, Anna but une gorgée d'eau de mer. La nage jusqu'au navire lui sembla interminable. Quand finalement le loup fit place à l'Homme, Anna en perdant sa prise sur la fourrure se retrouva soudain sous l'eau, à boire la tasse. La main d'Elsa se referma sur son bras et la tira hors de l'eau.
« Allez Anna, gronda-t-elle. Il faut monter. »
Anna, à travers l'eau qui lui brûlait les yeux, nota qu'Elsa elle-même semblait épuisée. Elle attrapa donc l'échelle en corde, lâchée le long de la coque et s'y hissa bon gré mal gré, suivie du vampire. Le long de la coque, d'autres lycans nus ou non selon qu'ils se soient transformés, montaient aussi bien. Anna ne s'y intéressa guère longtemps. Elle se sentait capable de dormir sur le coup quand elle atteignit enfin le pont. Crachotant l'eau de mer malencontreusement avalé, elle eut juste le temps de rouler sur le côté pour laisser à Elsa la possibilité de monter à son tour sur le pont.
« Allons, quittons cette île, gronda Elsa. »
Anna ignorait à qui, mais elle entendit en réponse des ordres être donnés à la cantonade.
La marche forcée et la force utilisée pour se tenir sur Elsa eut finalement raison d'elle. Elle se laissa sombrer dans le gouffre noir du repos.
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Lorsqu'elle émergea, elle se tenait toujours sur le pont. Appuyée contre la rambarde menant au pont supérieur, la gorge douloureuse d'avoir bu de l'eau salée et la bouche sèche. Le pont semblait calme, ce qui la laissait sous-entendre qu'elle était bel et bien en sécurité sur le navire.
Sans daigner bouger, elle observa ce qui se passait. Des marins parcouraient le pont mélangés à quelques lycans. D'autres à la différence étaient allongés sur le sol en bois, la respiration difficile et a priori en souffrance.
« Ils iront bien, chuchota une voix à ses côtés. »
Anna sursauta de surprise avant de découvrir Elsa plus pâle encore qu'à son habitude.
« Oh Déesse, qu'est-ce que tu as ?
-J'aurai besoin de toi, gémit Elsa. »
Anna remarquait à présent qu'Elsa portait certains de ses vêtements. Une partie de ses bagages avait donc atteint le navire avec elle. Mais ce ne fut pas ce qui retint son attention. Le haut vert (qui jurait avec son teint) était imbibé de rouge. Du sang.
« Tu es blessée ! »
Elle ne pouvait être qu'inquiète. Elle se rappelait qu'Alice ne saignait pas quand elle était blessée. Que Peter n'avait perdu qu'un liquide noir quand Clayton avait déchiré sa poitrine. Alors pourquoi Elsa saignait un sang rouge d'apparence normal ? Quelle était la gravité de sa blessure ?
« Ils tiraient à balles d'argent, expliqua Elsa comme pour répondre à ses pensées. Ils m'ont touché au flanc. Comme j'ai repris apparence humaine, je crains que la balle ait bougée et aggravée les dommages internes.
-Qu'est-ce… qu'est-ce que je dois faire ?!
-Il faut l'enlever. L'argent Anna est un poison pour les créatures non-humaines. Il possède un effet anti-magique. Il ôte aux vampires leur immortalité et leur insensibilité à la douleur. Leur force aussi. Et il… il brûle affreusement. Si cela reste trop longtemps… il conduit… il finit toujours par tuer. Même le plus puissant des vampires mourra d'une simple balle d'argent si on ne la lui extrait pas.
-Je ne peux pas faire ça Elsa, s'horrifia Anna. Je ne saurais pas comment faire. Je…
-Anna. Il faut que tu le fasses.
-Il y a peut-être un médecin ou quelqu'un avec des connaissances dans ce domaine sur ce bateau. N'importe qui sera plus apte que moi à t'aider.
-Anna, gémit Elsa. »
Anna remarqua finalement ce qui se passait réellement sur ce pont. Les lycans craignaient l'argent autant que les vampires et d'autres qu'Elsa avaient été touchés. Leurs compagnons ainsi que Jane et Milo les aidaient déjà. Il ne restait qu'Anna pour aider Elsa ou quelques marins auxquelles Elsa n'avait nulle confiance.
« Ok, balbutia-t-elle. Que dois-je faire ? »
Elsa lui tendit d'une main tremblante un couteau, soulevant de l'autre la blessure qu'elle couvrait.
« Il suffit d'ouvrir et de l'extraire.
-Oh non non non non non. Je peux pas faire ça.
-Anna, l'interrompit-elle. Je ne peux pas le faire moi-même vu l'entrée de l'impact. Et si je continue à perdre de l'énergie, je vais devoir régresser à d'autres apparences et les dégâts de la balle vont s'aggraver au mieux et seront fatals au pire. Alors fais-le ! »
La main tressautant de peur, elle tint le couteau maladroitement contre l'impact d'entrée de la balle et appuya doucement. Pas suffisamment pour percer la peau mais celle-ci cependant grésilla au contact de la lame. La peau déjà abîmée et gonflée, du sang épais et rouge vif y coulant régulièrement, s'était mise à brûler, des cloques et des boursouflures noires apparaissant à présent.
« Oh déesse. Elsa ce couteau est en argent !
-Evidemment, siffla-t-elle les larmes aux yeux. Autrement la coupure se refermerait aussi vite que tu l'aurais faite. Et pour ôter la balle, il faut que tu l'atteignes. S'il te plait. »
Anna repositionna la lame sur la trace de brûlure et appuya franchement cette fois-ci. La lame coupa à travers la peau et les chairs en dessous dans une affreuse odeur de chair brûlée. Elle sentit le corps d'Elsa se tendre, un hurlement de douleur à peine étouffée par sa mâchoire serrée. Anna sentit ses larmes coulées le long de ses joues, brouillant quelque peu sa vue mais ne l'empêchant pas de voir tout ce sang coulé et les brûlures continuées à s'aggraver. Elle n'imaginait pas les dégâts internes que la balle était en train de faire pendant ce temps. Elsa avait été si forte de pouvoir nager pour elles deux malgré une telle blessure.
« Ça suffit, pleura Elsa. C'est bon, c'est bon arrête ! Utilise tes doigts maintenant. Fouille la plaie. »
Écœurée par ce sang et la sensation du tissu spongieux des chairs qu'elles venaient de découper, Anna parvint cependant à y glisser pouce et index, cherchant quelque chose de dure qui pourrait correspondre à la balle. Elsa essayait tant bien que mal de ne pas se tortiller et de hurler de douleur, mais elle souffrait sans le moindre doute. C'était évident quand on voyait Anna, couverte de son sang. Et il y en avait tant, comment pouvait-elle… Anna remarqua que la fumée noire caractéristique de ses transformations commençait à apparaître.
« Non, non, non. Elsa ne te transforme pas. Regarde-moi, reste concentrée. Il ne faut pas que tu te transformes, la balle te blesserait plus encore. »
Faisant fi de ses dernières réserves, Anna poussa ses doigts plus loin encore dans la blessure. Elsa hurla librement cette fois. Tous les dommages qu'elle pouvait commettre avec ses doigts se guériraient rapidement, se répéta-t-elle, elle devait juste trouver la balle. Soudain le cri qui déchira la gorge d'Elsa eut une intonation plus désespérée que jamais. La texture des chairs était un peu moins lisse que le reste, comme si celles-ci avaient été cautérisées… non brûlées comprit-elle. Elle enfonça ses doigts dans cette zone-là. La main d'Elsa se referma soudain sur le poignet d'Anna.
« Je t'en supplie, stop, sanglota Elsa. Arrête. Stop. Ça fait trop mal. »
Surprise par la souffrance si humaine qu'exprimait Elsa, Anna obéit un court instant.
« Je suis désolée Elsa, se reprit-elle finalement. C'est bientôt fini. Chut, c'est bientôt fini. »
Ces doigts justement se refermaient sur quelques choses de dures et de petits diamètres. La balle. D'un geste sec, elle la retira et compressa aussi vite sa blessure.
Elsa gémissait, les yeux fermées comme fiévreuse, des vrilles de fumée tentant de l'emporter sous une autre forme.
« Pourquoi tu ne guéris pas à présent ?
-Ce sont des dégâts dus à l'argent, intervint une nouvelle voix. »
Merida se tenait derrière elle. Elle essuyait ses mains pleines de sang, son visage portait en effet toujours la trace de la lame en argent qui le lui avait été faite.
« Ouvrir la plaie avec une lame en argent. Pas stupide. Mais Akela n'aurait pas davantage survécu. Il n'était pas aussi puissant que Grimm.
-Akela ? s'étonna Anna en continuant d'appuyer ses mains et son malheureux t-shirt sur la plaie béante d'Elsa.
-Un des loups qui gardait Hans. Il s'est pris une balle d'argent lui aussi. Je n'ai pas réussi à la lui enlever à temps. Jane a eu plus de chance avec Flynn, merci Déesse. »
Anna ne trouva pas les mots à dire pour remonter le moral de Merida. Elle se concentra sur Elsa qui divaguait encore, plus humaine qu'elle ne l'avait jamais été malgré les vrilles de magie de plus en plus présentes.
« Avons-nous de quoi la recoudre ?
-Ouais, grommela Merida en lui tendant fil et aiguille. Remercions le fait que Ralph n'ait pas lâché le sac de fourniture médicale. Espérons qu'elle mérite nos pertes.
-Elle n'a rien à mériter, souffla Anna. Elle était contre ce voyage. Je suis la seule responsable. »
Merida observa la scène avant de soupirer et de s'agenouiller aux côtés d'Anna.
« Laisse-moi faire, tu trembles comme une feuille. Je ne te pense même pas capable de passer le fil dans le chas de l'aiguille. Tiens-la qu'elle ne bouge pas. »
Anna remarqua que Merida tremblait légèrement elle aussi et que leur matériel médical pour recoudre était tout bonnement du matériel de couture. Ralph avait-il vraiment sauvé leur sac de fourniture médicale ?
« Je n'ai jamais vraiment été douée avec une aiguille, avoua Merida en commençant à recoudre la longue plaie qu'Anna avait faite.
-Mais… tu m'as recousue aux Iles du Sud.
-Ah oui, beau travail finalement non ?
-J'aurai une cicatrice et je pouvais attendre un vrai médecin, mais oui je suppose.
-Et bien voilà, Grimm peut s'estimer heureux que je mette mon talent à sa disposition. »
Alors que Merida tentait tant bien que mal de refermer les chairs d'Elsa, Anna récupéra le couteau couvert de sang qu'elle avait lâché. Elle l'utilisa pour s'ouvrir légèrement le poignet.
« Par la Déesse, s'écria Merida, qu'est-ce que tu fais ?
-Je l'aide, grommela Anna. Ne t'occupes pas de moi. »
Anna se pencha vers le visage crispée d'Elsa et essaya d'attirer son attention, mais elle semblait a priori avoir perdu connaissance. Alors Anna glissa ses doigts déjà salie du sang d'Elsa dans la plaie de son poignet avant d'en caresser les lèvres du vampire. Celles-ci s'ouvrirent automatiquement et Anna continua tranquillement de barbouiller ses lèvres jusqu'à ce que la mâchoire d'Elsa bouge dans le vide à la recherche du sang qu'on lui promettait. Alors seulement, Anna appuya son poignet ouvert contre les lèvres du vampire. Une langue fraîche vint caresser sa plaie, la faisant frissonner toute entière avant que ses crocs ne se plantent douloureusement dans son poignet. Elsa se mit à boire avidement. La conscience d'Anna se fit de plus en plus légère moitié de la perte de sang, moitié étourdie par le flot d'endorphines qui se déversait dans son système sanguin. Elsa buvait plus par automatisme qu'autre chose, enivrée par le sang de son calice.
Merida arracha finalement Anna d'Elsa. Le vampire avait repris des couleurs –enfin autant qu'un vampire puisse en avoir. Anna en avait perdu. Merida délaissa donc la plaie qu'elle était en train de recoudre, pour panser le poignet de la jeune fille et l'allonger sur le pont. Elle ne voulait pas savoir comment réagirait Elsa si elle se réveillait pour découvrir Anna morte par manque de sang. Une fois assurée qu'Anna n'allait pas mourir dans les prochaines minutes, elle retourna au vampire et reprit son travail de couture.
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Merida regarda le groupe qu'elle essayait vainement de diriger. Flynn était allongé, blessé par une balle en argent qui avait traversé son épaule. Le fait que la balle ressorte lui avait probablement sauvé la vie. Jane était assise à ses côtés et prenait soin de lui. Elle avait recousu et bandé le jeune homme bien mieux que Merida ne pourrait jamais l'espérer. Ralph était en train d'entourer Akela d'un drap avec Milo attristé d'avoir perdu quelqu'un qu'il connaissait. Kristoff, quant à lui en pleine forme, se tenait torse nu sur le pont aidant à quelques manœuvres de marins dont Merida ignorait tout. Wasabi le lycan chargé de surveiller Hans avec Akela menait toujours sa tâche quelque part au cœur du navire avec Clayton.
Un loup de perdu, un de blessé, trois humains sans grande utilité, un vampire nouveau-né dangereux, et… Merida redressa la tête à cette pensée. Elle était libre. Elsa était réellement inconsciente et, de fait, Merida ne se sentait plus sous contrôle. Cela signifiait que Clayton lui-aussi était libre d'agir comme bon lui semblait.
« Kristoff, Ralph avec moi. »
Les deux Lycans ne posèrent pas de questions et la suivirent immédiatement. Merida interrompit le marin le plus proche d'elle.
« Où se trouve notre prisonnier ?
-Euh… un prisonnier ? »
Merida leva les yeux au ciel.
« Où mettriez-vous des prisonniers dans ce bâtiment ?
-Dans la cale, le plus probablement, m'dame. »
Merida fit un bref signe à ses deux hommes de la suivre. Elle descendit les étroits et pentus escaliers en bois, sales et grinçants. Enfermée dans le ventre du navire, l'odeur était terrible pour son sensible odorat : un mélange de sueur, de poudre et de moisi. Pourtant elle devait s'assurer de ce qui se passait en cale. L'odeur néanmoins était trop forte pour qu'elle puisse essayer de deviner ce qu'il se passe par l'odorat. L'intérieur du navire était sombre. Ils n'avaient pris aucune lampe pour s'éclairer, s'appuyant sur leur vision de loup améliorée. Améliorée mais pas aussi performante qu'en plein jour. Ils n'avaient pas encore atteint la cale qu'elle glissa soudainement sur une substance liquide qu'elle n'avait pas vue et s'étala de tout son long. Elle resta quelques instants sonnée avant de finalement sentir ce dans quoi elle avait glissé. Du sang.
Elle se redressa brusquement.
« Ralph, Kristoff, transformez-vous. »
En son titre d'alpha, à présent qu'Elsa, était inconsciente, les deux lycans obéirent.
« Il est probable que Clayton attaque. Alors soyez sur vos gardes et tentez de le maîtriser. »
Merida resserra sa main sur le couteau d'argent dont Anna s'était servie plus tôt. C'était probablement l'une des rares choses qui pourrait lutter contre ce vampire. Merida ouvrit la porte de bois. Gonflée par l'humidité, la porte eut du mal à s'ouvrir et grinça, avertissant bien évidemment de leur présence quiconque se tiendrait derrière elle.
Personne en l'occurrence. Le sol était recouvert de traînés sombres et plusieurs marins -5 à première vue- gisaient là. Merida se pencha vers le plus proche, alors que ses loups reniflaient les alentours.
« Il est mort, indiqua-t-elle. Trouvez-moi Clayton. »
Ils parcoururent le court couloir évitant les cadavres et débouchèrent finalement dans la cale. Clayton était bien là, assis sur un tonneau de vivres. Il tenait contre lui un sixième marin telle une poupée de chiffon. La tête enfoncée dans le creux de son cou, il buvait avidement le sang du malheureux jeune homme. Il ne semblait même pas conscient de leur présence. Pourtant son regard se porta sur eux. Avec un dernier gémissement de plaisir, il libéra sa proie et la laissa choir. Il lécha ses lèvres avec délectation. Goulûment.
« Vous ignorez ce que c'est. Vous tous, lycans et hommes de Pandora, vous nous chassez, mais vous ignorez tout.
-Tu parles des vampires ? Toi, Clayton ? L'homme qui ne vivait que pour voir les voir périr, dit Merida pendant que Kristoff et Ralph glissaient lentement sur les flancs de Clayton.
-J'étais ignorant alors. Comme vous tous. Vous ignorez la puissance que c'est. La force, la vitesse, vos sens et vos pensées. Tout, absolument tout, est amplifié. Pourquoi devrions-nous nous soucier des hommes ? Ils sont… si insignifiants. Si différent de nous. Un lion se soucie-t-il de l'antilope qu'il chasse pour se nourrir ? »
Merida se rappela que Clayton avait longtemps mené des safaris. La chasse était sa vie. Et aujourd'hui il n'avait plus besoin d'armes. Il était le prédateur suprême de ces terres.
« Peut-être pas non, répondit Merida aussi calme que possible. Mais le lion ne naît pas de l'antilope, Clayton. Tu es né homme. Tes parents étaient des hommes, tu…
-Je me suis élevé. J'ai atteint un statut supérieur. J'ignore pourquoi Elsa se refuse à profiter de ce que lui offre notre genre. Mais je ne suis pas elle. Me priver de sang… »
Clayton claque sa langue en désaccord.
« … accepteriez-vous qu'on vous prive de viande, Merida ? Non, et bien cela est pareil. Et j'ai bon nombre de repas à rattraper. Alors Merida, toi et tes chiots, remontez donc sur le pont, laissez-moi dîner en paix et je songerai à vous laisser saufs.
-Je ne peux pas faire ça, Clayton. Si ta transformation ne t'avait pas grillé le cerveau, tu aurais été le premier à le comprendre. »
A cela, Ralph et Kristoff bondirent. Le nouveau-né cependant n'avait pas encore perdu de sa fameuse force et bien nourri, à présent, il était un adverse bien au-dessus de leur niveau. Les vampires de première génération avaient fuis devant lui, après tout. Ralph fut attrapé par la peau du cou et lancé vers Kristoff : ils traversèrent tous deux la cale. Merida bondit vers lui, arme en main. Un coup au plexus solaire la propulsa en arrière. Par chance, ce n'était pas suffisamment puissant pour la terrasser. Merida se redressa, se demandant ce qu'elle pouvait faire contre Clayton dans un endroit aussi étroit. Des tonneaux parsemaient la cale, Hans -bandé et attaché- se trouvait à une extrémité et Wasabi -mort ou assommé- était à ses pieds. Aucune aide de ce côté-là. Il était peu probable par ailleurs qu'Elsa se présente dans les prochaines minutes.
Merida inspira profondément. Elle était censée être un leader, un alpha. A elle de montrer qu'elle méritait ce titre. Quand elle lança son couteau, elle parvint presque à l'avoir. La lame coupa la joue de Clayton et lui arracha un morceau d'oreille. Il siffla de douleur et se retrouva non pas affaibli mais furieux. Kristoff qui ré-attaquait se prit un puissant coup dans la mâchoire. Merida entendit un craquement sec. Quand il ne se releva pas, elle espéra qu'il ne soit qu'assommer. Ralph bondit à son tour. Clayton le lança vers le bas plafond de la cale avec une telle violence qu'il passa à travers. Merida profita de sa distraction pour se transformer en un bond et tomber sur Clayton. Le vampire chuta. Par une réaction instinctive, il pensa de prime abord à se protéger plutôt qu'à attaquer, ce qui permit à Merida de refermer sa mâchoire sur la main de ce dernier. Les os de la main craquèrent. Merida refusa de lâcher prise malgré les coups de poing répétés que Clayton se mit alors à lui donner sur les côtés de la tête. Merida avait l'impression que son crâne allait éclater. Et seule sa position au sol et son poids sur Clayton l'empêchait qu'il ne frappe avec plus de force ou de précision. Finalement, il finit par l'attraper par la peau du cou et la tira loin d'elle. Toutefois Merida ne plia pas. Ce fut finalement le corps de Clayton qui céda. Un vampire nouveau-né était fort et endurant, mais pas plus résistant que la normale. La pression de sa mâchoire eut raison des chairs du vampire. Le bruit lui rappela étrangement son enfance : le craquement des os de poulet sous la mâchoire des chiens de son père. Sauf que c'était les os de vampires sous la mâchoire d'un lycan. La seule différence… Merida ne brisa pas que les os, elle se retrouva soudain avec la main de Clayton dans la gueule. Elle laissa le membre chuté au sol et se recula rapidement avant la prochaine attaque de Clayton. Il lui était étrange de voir Clayton souffrir plus pour une coupure à l'oreille que pour un membre arraché. Si ce n'était pour le soleil ou l'argent, le corps d'un vampire semblait bel et bien insensible aux douleurs et blessures.
Son moignon suintait un sang noir qui peinait à goutter tant il était visqueux. Il était furieux d'avoir à perdre un membre sans avoir pu porter de véritable coup à un misérable lycan. Sauf que Clayton se trompait. Merida était à peu près sûre d'avoir une commotion et elle peinait à seulement rester debout. Elle fut incapable d'éviter le coup de pied qui lui brisa la patte avant, puis ceux qui réduisirent ses côtes en pièces détachés. Les yeux de Clayton rougeoyait de rages et d'envie de meurtre. Merida se fit rouer de coup. Elle ne pensait pas qu'elle mourrait battue à mort.
Elle fut heureuse cependant de pouvoir assister à la mort de Clayton avant que cela ne se produise.
« Stop. »
Clayton se figea, incapable du moindre mouvement. Merida distingua vaguement la haute silhouette de Ralph contre laquelle Elsa s'appuyait. Elle tenait debout avec difficulté, mais son ascendance la rendait toujours maître de Clayton.
« Je crains Clayton de ne pas apprécier ta désobéissance pendant ma courte absence. »
Un rictus de dégoût dessina le visage du vampire.
« Je crains de n'avoir que peu de respect pour un Maître qui est une honte pour sa race.
-Tu ne me trouves pas assez… cruelle pour mon genre. C'est cela Clayton ?
-Oui, cracha le vampire furieux. Nous leur sommes supérieurs. Ce n'est même pas une question de cruauté. Il est juste que le fort domine le faible.
-Tu as raison, s'exclama Elsa avec un faux entrain. Comment ai-je pu oublier cette règle essentielle ?! Le fort, dit-elle en indiquant sa poitrine, domine le faible. »
Elle pointait tranquillement Clayton.
« Ce ne sera donc pas une preuve de cruauté mais de légitimité de te demander cela Clayton.
-Me demander quoi ? s'inquiéta soudain Clayton.
-Je veux ton cœur.
-Mon cœur ?
-Oui, il te reste une main. Creuse donc ta poitrine et sors en ton cœur. Tu me sembles affamé. Il te nourrira probablement. »
Effrayé mais incapable de résister à la puissance des chaines que l'ascendance lui imposait, sa main saine s'effila en griffes qui se mirent à balafrer puis creuser sa propre poitrine. Il dut briser ses propres os et écarter ses propres côtes pour atteindre l'organe noirci lui faisant office de cœur. Pas de cris de douleur, seulement Clayton s'excusant auprès d'Elsa et demandant une seconde chance. Merida voyait pour la première fois avec quelle indifférence Elsa faisait face à ce genre de chose. Merida, elle, avait vu bien des choses, mais elle ne pouvait détacher son regard de cela. Les chairs du vampire guérissait et Clayton devait déchirer sa poitrine et la re-déchirer toujours plus rapidement pour atteindre son but. Sa main se referma finalement sur l'organe et le retira d'un geste sec.
« Tu avais parfaitement compris comment tuer un vampire comme Peter. Ta force et ta place dans les lignages vampiriques sont tout aussi exceptionnels. Tu devrais te sentir honorer de recevoir la même mort qu'un seigneur sombre. Allez Clayton, goutte donc ton dernier repas. »
Le vampire mordit dans son propre cœur avant de se dissiper en un nuage de cendres. Alors seulement, Merida rejoignit Anna et Flynn –Kristoff et Wasabi elle espérait aussi- dans les méandres de l'inconscience.
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« Ah vous voilà, vous autres ! tonna la voix du capitaine du navire quand ils émergèrent de la cale. »
Ralph continuait de soutenir Elsa et 5 matelots –les « autres » en question- transportaient Kristoff, Wasabi et Merida.
« Depuis que vous êtes là, tonna-t-il à l'attention de Ralph, j'ai eu à faire à des cris, du sang, des blessés et des désertions de matelots. Logiquement, ce genre de choses arrive seulement chez ceux que nous attaquons. Certainement pas sur mon propre bâtiment.
-Et pourtant, Capitaine, c'est arrivé, claironna avec indifférence Elsa. Je peux vous laisser ces marins si vous le voulez. Mais sachez qu'en mon absence, ils s'abreuveront de votre sang et de celui de l'équipage qu'il vous reste. Un de nos prisonniers Vampires, mentit-elle, s'est défait de ses liens et les a transformés. Mais si vous les voulez, je vous les laisse Capitaine. »
L'homme regarde ses anciens hommes qui après moins d'une journée avait été transformé par leurs « passagers ». Si ce n'était pour leur pâleur, le sang qui les maculaient et les nouveaux blessés, il ne l'aurait jamais cru. Il sentait déjà la situation lui échapper, mais il savait à présent qu'il ne pouvait pas faire grand-chose contre cela. La femme blonde qui semblait si affaiblie, comprit-il, était le maître incontesté de ces hommes et femmes.
« Je n'ai pas eu l'occasion de me présenter à vous plus tôt, Madame… ?, s'exclama-t-il alors onctueusement.
-Arendelle, Captinaine.
-Vous pouvez m'appelez, Crochet. Capitaine Crochet, pérora-t-il en s'inclinant -la raison de son nom reflétant la lumière du soleil couchant face à lui. »
