Bonsoir tout le monde !
Voici un peu de lecteur pour passer le temps pendant ces journées bien grises.
Chapitre 14 : Tenaces Rancunes
L'incident Malefoy mit une bonne partie de l'école en joie. Lupin félicita Harry pour ce patronus produit si à propos. Mais le vol plané de l'attrapeur de Serpentard ne parvint pas à effacer la soudaine notoriété de Ron Weasley. Celui-ci était désormais très entouré et répétait fréquemment les détails des évènements. Harry se demandait toujours pourquoi Black ne l'avait pas tué. Avait-il découvert que ce qu'il recherchait ne se trouvait pas dans les affaires de Ron ? Néanmoins, qu'est-ce qui l'avait retenu d'abattre les quatre garçons qui dormaient là, sans défense ?
- Tu vas voir qu'on aura tout faux sur toute la ligne, soupira Théodore quand Harry lui parla de ce problème.
- Que le MINISTÈRE aura tout faux sur toute la ligne. Même s'il est cinglé, il n'agit pas du tout comme on s'y attendrait. Qu'est-ce qu'il a exactement en tête, ce bonhomme ?
Ils n'eurent pas l'occasion d'approfondir le sujet car les montagnes de devoirs qui leur étaient quotidiennement servies absorbaient tout leur temps.
De plus, Harry avait d'autres sujets de préoccupation. Hagrid, l'air mal à l'aise, attendait en se rongeant les ongles l'audience devant la Commission d'examen des Créatures dangereuses, qui aurait lieu le vendredi suivant. Il avait compulsé toutes les notes fournies par les garçons, mais ce ne serait sans doute pas suffisant pour venir à bout de la hargne de Lucius Malefoy. Sans oublier que l'éviction de son fils de l'équipe de Quidditch n'allait pas arranger son humeur déjà massacrante. Et bien que Sarah ait proposé à Hagrid d'assister à l'audience pour l'aider, ça s'annonçait plutôt mal : elle craignait par-dessus tout une manipulation de Malefoy. En tout cas, le bon cœur du garde-chasse n'était pas pris en défaut, car malgré ses soucis, il tentait de raccommoder un peu Ron et Hermione. Il avait bien du mal à faire admettre, à l'un comme à l'autre, que leur conduite était bien peu digne de leur âge, de leur blason et de leur cerveau. Mais Harry lui faisait confiance. Hagrid n'allait pas se décourager pour si peu. De son côté, il avait longuement hésité, Théodore encore plus, à aller parler à Hermione, mais à chaque fois, quelque chose l'avait retenu. Elle était toujours encadrée d'énormes piles de livres et quand on lui adressait la parole, elle dévisageait l'importun avec des yeux si noirs que la personne se dépêchait de vider les lieux. En fait, elle était nettement plus froide avec les Serpentard depuis l'histoire du basilic. Et depuis que Harry demandait plus souvent conseil à Sarah qu'à elle.
Une nouvelle sortie à Pré-au-Lard venait d'être planifiée. Harry se jura d'en faire partie. Il garda ses intentions pour lui, cependant. Il avait toujours l'impression d'être entouré d'oreilles trop attentives. Il savait que les professeurs gardaient un œil sur lui. Le seul à ne pas lui mettre la pression était Lupin. Ils avaient mis de côté leur dispute à propos de Black et avaient à présent des conversations tout à fait paisibles, mais néanmoins intéressantes. Harry essayait de ne pas penser à ce que Sarah lui avait dit à propos des loups-garous. De toute façon, il n'irait jamais frapper à la porte de Lupin un jour de pleine lune !
Le samedi après-midi, Harry se faufila hors des quartiers des Serpentard, cape et carte en poche. Il croisa en chemin plusieurs élèves dont Neville, toujours privé de sortie sur ordre de la co-directrice. Il s'efforça d'avoir l'air naturel en les saluant, puis se dépêcha de gagner le deuxième étage. Hélas, en cours de route, il tomba sur Lupin.
- Mais où diable allez-vous ainsi ? s'étonna le professeur.
- Je me promène un peu pour passer le temps, monsieur. C'est long, quand les autres sont dehors.
- Je sais, compatit Lupin. Mais dites-moi, n'y aurait-il pas un devoir de défense à rendre dans quelques jours, qui vous tend les bras ? ajouta-t-il malicieusement.
- Maintenant que vous le dites... reconnut Harry sans se départir de son sourire.
Il attendit que Lupin ait disparu au coin du couloir pour filer droit sur la statue de la sorcière borgne et foncer dans le passage. Une fois arrivé au bas de la pente, il put voir sur la carte que personne ne se trouvait dans le secteur. Il n'avait pas été vu. Avec un gros soupir de soulagement, Harry enfila sa cape et remonta le tunnel vers chez Honeydukes. Il n'allait pas se montrer ni acheter quoi que ce fût. Il allait juste profiter d'un peu de liberté sans déranger personne.
Une fois arrivé dans le magasin, Harry eut moins de mal qu'à Noël pour gagner la sortie. Les élèves y étaient bien moins nombreux et la circulation, plus aisée. Il repéra Ron Weasley qui faisait des provisions de douceurs, tandis que ses frères examinaient leur achats d'un œil critique. Dans la rue, il chercha d'autres têtes familières, mais ne vit personne à qui parler sans
risque. Après bien des inspections, il finit par découvrir Sarah qui observait la cabane hurlante. C'était, d'après les dépliants pour touristes, la maison la plus hantée de Grande-Bretagne, et ses spectres étaient particulièrement agressifs. Il fallait bien avouer qu'elle n'avait rien de rassurant, avec ses murs gris et tristes, ses fenêtres barrées de grosses planches solidement clouées et le grillage qui l'entourait comme une prison.
- Psst ! Sarah ! chuchota Harry quand il arriva derrière sa camarade.
- Ah ! Tu as mis du temps avant de venir.
- J'ai croisé Lupin dans le couloir, il a bien fallu être poli. Je n'allais pas lui marcher sur les pieds pour passer, non ?
- Évidemment, admit Sarah. Tu savais que même Peeves et Mimi Geignarde refusent de mettre les pieds là-dedans ? fit-elle en désignant la maison.
- Non ; mais il doit y avoir des locataires franchement affreux pour que notre poltergeist refuse d'y entrer.
- Le Baron m'a dit que les jumeaux Weasley ont déjà essayé, Nick le lui a rapporté, mais qu'ils n'ont jamais réussi. Les accès ont été bloqués par magie aussi bien que par des planches, figure-toi.
- Que de précautions... ricana Harry. Les fantômes du lieu ont l'habitude d'éventrer les intrus, ou on y a caché le trésor de Poudlard ?
- C'est une éventualité, dit Sarah en souriant. Il faudra creuser un peu cette histoire.
- Je me demande ce qu'on pourrait trouver, à part un gros tas d'or ? musa Harry. Des formules secrètes ? Les tombes des fondateurs ?
Ils se mirent à rire et à échafauder des hypothèses plus invraisemblables les unes que les autres. Puis l'envie de rire leur passa quand ils virent Drago et ses gorilles qui montaient la côte et marchaient dans leur direction.
-... vite recevoir un hibou de mon père, disait Drago. Il est allé à l'audience parler de ma blessure... Et témoigner que je n'avais pas pu m'en servir pendant trois mois. J'adorerais être là pour entendre ce crétin barbu se défendre... Cette saleté d'hippogriffe n'en a plus pour très longtemps.
Il aperçut Sarah, assise sur la barrière.
- Qu'est-ce que tu fiches là, Cobbyte ?
- Je profite du soleil, je contemple les ennuis auxquels les gens doivent faire face, et je me dis que si jamais Hagrid parle de ta façon de respecter les consignes, Buck ne risque pas de si tôt de perdre la tête. Et s'il n'en parle pas, c'est moi qui en parlerai.
- Tu peux toujours rêver, pauvre idiote ! cracha Malefoy avec mépris. Mon père saura quoi faire pour que ce type et sa créature ne soient plus qu'un mauvais souvenir ! Mais... Il me semble que tu observes cette cabane avec bien de l'attention, Cobbyte. Tes Moldus de parents ne doivent pas en avoir une pareille.
- Sans aucun doute. Jamais nous ne voudrions d'une maison en ruines. Nous laissons aux sorciers l'apanage du mauvais goût dans le choix de leurs demeures et de sa décoration. Je me demande s'il y a des crânes humains accrochés aux murs, chez toi ? Ou si tout est peint en rouge sang ?
Harry retint un rire. Il avait à peu près les mêmes idées concernant l'aménagement intérieur du manoir Malefoy.
- Ah bon ? fit Malefoy d'un air faussement étonné. Je croyais que tout le monde vivait dans la même pièce, chez toi... Ah non ! C'est chez Weasley qu'on trouve ça. Quand je disais que la cabane de Hagrid lui irait parfaitement...
Harry se faufila derrière le trio d'affreux. Il hésita un moment à les laisser en caleçon devant tout le monde avant de se dire que ce n'était pas assez raffiné. Et qu'il faisait un peu trop froid pour ça. Par contre, la boue provoquée par le dégel... Harry agita sa baguette au-dessus d'une mare de gadoue brunâtre et en dégagea une grosse boule assez malodorante qui vola directement vers Malefoy. Celui-ci fut coupé en plein milieu de sa péroraison par la balle de boue qui s'étala sur le sommet de sa tête, puis commença à couler sur son visage. Sarah éclata de rire. Il avait vraiment l'air stupide !
- On dirait que les fantômes de la cabane hurlante se sentent d'humeur joueuse, aujourd'hui.
Crabbe et Goyle regardaient partout autour d'eux, cherchant le coupable. Harry se glissa hors de portée des deux mastodontes. Il réitéra l'opération boue sur la tête de Goyle avant que Crabbe ne passe juste à côté de lui et ne le bouscule assez rudement. Harry put rattraper sa cape avant qu'elle ne tombe, mais le mal était fait. Crabbe savait à présent qu'il y avait une personne bien vivante dans le coin, même si invisible.
- Il est là ! Il doit être désillusionné, mais y'a un type ici !
Harry battit en retraite. Il sauta sur le bas-côté de la route de terre, où il laisserait moins de traces, et détala comme un lapin vers Honeydukes, tandis que Malefoy fonçait vers le château... avec sans aucun doute la ferme intention d'aller parler à Rogue.
- Pitié, Seigneur, que j'arrive avant lui... répétait sans arrêt Harry en courant comme un fou le long du couloir.
Dumbledore comprendrait tout de suite si jamais il entendait parler de ça. Après tout, c'était lui qui avait fourni la cape à Harry. Et Rogue n'allait pas être facile à radoucir...
Arrivé sous la statue de la sorcière, Harry roula sa cape en boule, la dissimula sous une pierre, fourra la carte dans sa poche après l'avoir effacée et sortit silencieusement dans le couloir. Il referma le passage et s'avança dans le couloir en essayant de calmer sa respiration. Par contre, il allait avoir du mal à essuyer la boue qui maculait ses chaussures. Et il n'eut même pas le temps de penser à un sortilège pour le faire car, à sa grande horreur, son directeur venait d'apparaître au tournant du couloir.
- Ah, Potter... Je vous cherchais.
- Euh... Il y a un problème, monsieur ? fit Harry en tachant de dissimuler son angoisse.
- C'est bien possible. Suivez-moi.
La tête basse, Harry suivit son directeur vers son bureau. Il y faisait toujours aussi froid. Melkor savait comment Rogue résistait à la température trop basse et à l'humidité omniprésente. De nouvelles bestioles conservées dans le formol ornaient les étagères. Curieusement, le regard de Harry fut plus attiré par un objet brillant posé sur le bureau, près d'un encrier. Une plume longue et luisante, qui aurait pu appartenir à Fumseck le phénix si elle n'avait pas été d'un vert profond. Harry se demandait si les phénix verts existaient quand la voix sèche de Rogue le ramena sans douceur à la réalité.
- Asseyez-vous !
Harry s'exécuta en tremblant.
- Mr Malefoy sort de ce bureau et il m'a raconté une histoire assez surprenante. Il m'a dit qu'il a rencontré Miss Cobbyte, visiblement seule, près de la cabane hurlante. Il semble qu'il était entrain de lui parler quand il a reçu de la boue sur la tête. Vous avez une idée là-dessus ?
- Aucune, monsieur. En tout cas, aucune qui réclamerait mon implication comme Malefoy semble le désirer. Tel que je le connais, il a dû provoquer Sarah ou l'insulter et elle s'est dit que ce serait là une bonne occasion de pratiquer la magie élémentale. Je ne vois pas en quoi il a besoin de me mettre en scène là-dedans.
Rogue l'étudia du regard un moment. Harry se dit que Buck ne le fixait pas avec autant d'attention. A tout prendre, il aurait même préféré un dragon. Avec un dragon, on sait toujours à peu près à quoi s'attendre.
- Ce qui m'étonne, c'est que Mr Crabbe a déclaré avoir bousculé une personne invisible pendant cet échange.
- Pardonnez-moi, monsieur, mais Crabbe et Goyle inventeraient n'importe quelle excuse à deux noises pour faire oublier leur maladresse !
- ASSEZ ! tonna Rogue, faisant reculer Harry de quelques pas. Je sais que vous avez en votre possession un artefact qui rend très bien compte de la déclaration de Crabbe ! Mais oui, Mr Potter, je sais que vous avez hérité de la cape d'invisibilité de votre père. Et il semblerait, malheureusement, que vous en fassiez le même usage que lui ! Moi qui croyait que vous n'aviez pas hérité ses défauts, je dois reconnaître mon erreur.
Harry sentit un gros nœud se former dans son estomac.
- Je peux demander à Théo s'il me l'a empruntée, dit-il avec moins d'assurance qu'il n'aurait voulu. On est souvent ensemble tous les trois, il ne devait pas être bien loin…
Le regard de Rogue le mit encore plus mal à l'aise. Il sentait qu'il ne serait pas dupe.
- A tout prendre, vous vous conduisez toujours en dehors des règles comme il le faisait ! Les règlements sont faits pour le commun des mortels, n'est-ce pas ? La seule différence, c'est que vous dissimulez mieux que lui !
Harry resta encore muet.
- Comprenez-vous, à la fin, que c'est pour vous éviter un assassinat que toutes ces mesures ont été prises ? Ce n'est pas non plus la reconnaissance qui vous étouffe !
- Et vous ? grommela Harry.
- Plait-il ?
- J'ai cru entendre dire par le directeur Dumbledore que mon père vous avait rendu un sacré service.
- Ah oui ! La belle histoire, en effet ! Et le directeur vous a-t-il expliqué pourquoi votre noble Gryffondor de père s'était retrouvé dans cette situation qu'il ne désirait pas ? Je suis vraiment désolé, Potter ( et cette fois, une partie de l'ironie qui teintait son discours disparut ), mais il n'y avait là aucun bon sentiment. Il a évité qu'une magnifique... farce montée par ses copains ne se termine par ma mort. Il a surtout sauvé leurs têtes. Pas la mienne.
Il y avait plus dans ce discours de réelle déception que d'envie d'insulter. Harry n'avait jamais eu aussi honte de sa vie et ses joues lui semblaient passées au chalumeau.
- Videz vos poches !
Il n'y avait heureusement que peu de choses à déballer : la clef de la malle de Harry et son vieux bout de parchemin.
- Qu'est-ce que ceci ? demanda Rogue en saisissant la carte muette entre ses doigts.
- Fred et George me l'ont offert à Noël. Ils m'ont dit que ça me serait très utile pour éviter les curieux.
A condition d'avoir un don pour les doubles sens et la reformulation, c'était effectivement le cas.
- Connaissant les frères Weasley, je soupçonne une blague à retardement, marmonna Rogue.
Il tapota le parchemin du bout de sa baguette.
- Voyons, voyons...
Il essaya plusieurs combinaisons avant que des lignes d'encre n'apparaissent sur le papier. Harry sentit sa dernière heure arriver à grands pas.
Le juron de son directeur le fit sursauter sur sa chaise. Avec inquiétude, il s'approcha pour lire le contenu de la carte. Et faillit s'enfuir à toutes jambes.
Il y avait un message inscrit sur le papier. Et pas des plus aimables à l'égard de Rogue.
Mr Lunard présente ses respects au professeur Rogue et lui demande de bien vouloir cesser de mettre son énorme nez dans les affaires d'autrui.
- Ils m'ont bien eu, gémit Harry dans une interprétation fort convaincante.
Mais ce n'était pas fini.
Mr Cornedrue approuve Mr Lunard et voudrait ajouter que le professeur Rogue est un horrible crétin.
- C'est pas vrai...
Mr Patmol voudrait faire part de son ébahissement à la pensée qu'un tel imbécile ait pu devenir professeur.
- Aïe, aïe, aïe...
Mr Queudver souhaite le bonjour au professeur Rogue et lui conseille de se laver les cheveux...
Harry s'arrêta là dans sa lecture et se prépara à prendre la fuite.
- Fred et George Weasley, hein ? gronda Rogue.
- Oui, monsieur. Ils l'ont eux-mêmes obtenu d'autres camarades. Ils m'ont dit que c'était assez vieux...
- Ouais... Nous allons voir cela.
Rogue jeta une poignée de poudre brillante dans sa cheminée.
- Lupin ! Je voudrais vous montrer quelque chose.
Une forme se dessina dans les flammes et en quelques secondes, Lupin atterrit dans la pièce en époussetant sa robe couverte de cendres.
- Un problème, Severus ?
- Possible. J'ai trouvé ceci dans les poches de mon élève et je serai curieux de savoir si cela ne vous rappelle rien ?
Lupin examina le parchemin. Il faisait des efforts pour ne pas sourire. Et Harry comprit beaucoup de choses.
- Il n'y a à priori rien de bien méchant là-dedans, commenta enfin le professeur de défense. C'est un parchemin enchanté pour insulter quiconque essaye de le lire. Ce n'est pas neuf, comme idée.
- Je ne vous ai pas demandé si c'était dangereux, je vous ai demandé si vous ne vous souveniez pas de cet objet ?
- Je devrais ? fit Lupin avec une parfaite mauvaise foi. En tout cas, non, cela ne me rappelle rien. Et vous, Harry, connaissez-vous l'un de ces personnages ?
- Eh bien... Avant votre arrivée, pas un seul, monsieur. Maintenant, je crois que je les connais tous les quatre, répondit Harry.
Lupin fronça les sourcils et Rogue laissa échapper un petit sourire.
- Je vais m'occuper de cet objet, finit par dire Lupin. Harry, j'aurais quelques petites choses à vous dire au sujet de votre patronus de la dernière fois. Si vous voulez bien nous excuser...
Harry et Lupin sortirent du bureau. Harry ne disait rien. Lupin avait sans le vouloir vendu la mèche sur les auteurs de la carte. Quatre copains, dont un qui avait un rapport avec la lune, et qui opéraient une vingtaine d'années auparavant ? Même un Gryffondor aurait eu sa petite idée sur le sujet.
- Je dois dire que je suis extrêmement déçu par votre comportement, lança sèchement Lupin.
- Et vous, vous avez menti au professeur Rogue. Vous savez qui a fait cet objet.
- Je sais de quoi il s'agit, oui, et je sais qui l'a fabriqué. Je suis stupéfait que vous ne l'ayez pas remise à l'un de vos professeurs.
- Des dizaines de personnes s'en sont servies avant moi sans recevoir le moindre sortilège dans la figure, monsieur. Je ne cours aucun danger avec cette carte.
- Sans importance ! coupa Lupin. Ne comptez pas sur moi pour vous tirer d'affaire une nouvelle fois. Je n'arriverai sans doute pas à vous faire prendre Black au sérieux...
- Je le prends au sérieux ! s'exclama Harry. Comme je vous l'ai déjà dit, c'est la façon dont l'enquête a été menée que je ne prends pas au sérieux ! Vous ne trouvez pas que plus le temps passe, plus Black se conduit bizarrement pour quelqu'un qui cherche à me tuer ?
- Nous avons déjà traité ce sujet ! reprit Lupin, qui commençait à s'énerver. Vos parents ont donné leur vie pour sauver la vôtre. Vous avez une bien étrange façon de leur exprimer votre gratitude ! Prendre le risque de réduire à néant leur sacrifice pour un paquet de bonbons... ajouta-t-il d'un air méprisant.
- QUEL risque ? lança Harry avec colère. Au vu des performances de Mister Black en matière d'effraction, ces dernières semaines, je dirai que je ne risque pas plus à Pré-au-Lard que dans ce château, monsieur ! Ensuite, si vous voulez vraiment assurer ma sécurité, je vous suggère d'aller en discuter avec le directeur, qui m'a déjà laissé le champ libre pour toutes activités dangereuses dont il ne voulait pas se charger ou qui ne devaient pas s'ébruiter hors de l'école ! Sans vouloir vous vexer, la seule personne qui se soucie vraiment de ma sécurité, en dehors de toute considération du Survivant ou de la mémoire de ses anciens copains, c'est le professeur Rogue ! Pour le moment, c'est le seul enseignant de cette école qui me tient à l'œil de façon désintéressée !
- De quel droit... commença Lupin.
- Du droit que j'ai à disposer de moi-même comme ça me chante. Personne n'aime être enfermé, professeur.
- Cela sera répété au directeur Dumbledore, déclara gravement Lupin.
- Fort bien, professeur. Je vous suggère de ne pas tarder à le faire. Les visites au clair de lune sont déconseillées à tout le monde, en ce moment. Même les professeurs ont du mal à trouver grâce devant Rusard, ces temps-ci.
Laissant un Lupin stupéfait, Harry pivota et partit aussi sec vers les quartiers de Serpentard.
Théodore et Sarah l'y attendaient avec une grimace.
- Des soucis ? Moi, je crois que j'ai réussi à identifier les auteurs de la carte.
- Oh ?
- Ouais. Écoutez plutôt.
Il leur raconta tout ce qu'il avait entendu dans le bureau de Rogue.
- Donc, Lupin égale Lunard. C'est assez évident, une fois qu'on est au courant, remarqua Théodore. Les trois autres seraient donc Black, ton père et Pettigrew ?
- Y'a des chances.
- En tout cas, tu as bien fait de glisser cette petite pièce de chantage dans ton discours. Nous n'avons pas envie d'être viré de l'école, n'est-ce pas ? Et de plus, tu as raison : Dumbledore t'a déjà laissé mener l'enquête quand Voldemort lui-même traînait ici, sans compter la chambre des Secrets. Dont acte !
- Et sinon, c'était quoi, la mauvaise nouvelle que vous alliez m'annoncer ?
- Ce que je craignais est arrivé : Malefoy a acheté son procès.
- Oh non !
Pendant ce temps, bien des étages plus haut…
- Ah, bonjour, Remus. Vous vouliez me voir, au sujet de Harry c'est bien ça ?
- Oui, Albus. Je dois vous avouer que… je suis inquiet.
- Vous savez, je crois pouvoir affirmer sans mentir que nous le sommes tous…
- Non, pas au sujet de Black. Mais Harry a… des réactions un peu étranges, par moments. Je crains que… Enfin je me demande si envoyer Harry à Serpentard était une bonne idée…
- Là, je peux vous répondre avec certitude : non.
- Ah ? Mais…
- Hélas, ce n'est pas à moi que revenait cette décision, répondit le directeur en désignant le choixpeau, une pointe d'agacement dans la voix.
- Je vois… Oh, à propos, je l'ai entendu se vanter d'exploits… ou d'enquêtes, qu'il aurait résolues lors des années précédentes. Mais je ne sais pas si…
- Oh, au moins, Harry n'est pas un menteur. Il s'est montré très brillant. Surtout dans les épreuves qui gardaient la Pierre philosophale (? !). Et perspicace, avec ça. Vous n'avez pas à vous inquiéter à ce sujet. Il a parfois traîné une fâcheuse réputation auprès des élèves, mais elle était totalement injustifiée.
- Une mauvaise réputation ?
- Disons que… l'année dernière, nous avons eu des ennuis à propos de la Chambre des Secrets, et des menaces disant que l'héritier de Serpentard enverrait le monstre de la Chambre ( un Basilic, en fait ) sur ses ennemis. Pendant une partie de l'année, des élèves ont cru que c'était lui.
- Mais vous les avez détrompés ?
- Ah, mais nous n'avons pas eu à le faire. Il a su prouver sa valeur auprès de tous en sauvant la petite Ginny Weasley de la chambre…
- Attendez… Vous êtes en train de me dire que vous l'avez laissé descendre là-dedans ?
- Bien sûr que non… Mais vous le connaissez, il ne nous a pas averti au préa…
- Il est descendu dans la Chambre et vous ne le saviez même pas ? Et qu'est-ce que c'est que cette histoire d'épreuves pour la pierre philo…
- Calmez-vous… Il n'a pas tenté de se l'approprier… Mais il a pu éviter que Voldemort ne s'en empare…
- VOLD… IL EST VENU ICI ? VOUS AVEZ LAISSÉ HARRY ENTRER DANS UN DONJON POUR Y AFFONTER VOUS-SAVEZ-QUI, ET DESCENDRE DANS LA CHAMBRE DES SECRETS ? NON MAIS VOUS ÊTES FOU OU QUOI ? IL AURAIT PU MOURIR PLUSIEURS FOIS LÀ-DEDANS ! VOUS AVEZ AUSSI L'INTENTION DE LE LAISSER AFRONTER BLACK ?
- Reprenez votre calme, Remus ! Il n'est pas question de le laisser s'exposer au danger, il n'en a jamais été question !
- C'est pourtant ce qui s'est passé ! À ce que j'ai compris, il faudra que je lui serve moi-même d'ange gardien, puisque vous en êtes incapable !
- Voyons, Remus !
SLAM !
- …
