Chapitre XIV
- Sanctuaire -
_ Vous savez Heinrich, si vous ne me laissez pas venir avec vous, je trouverai un autre moyen.
_ Tant mieux pour vous.
_ Vous allez le regretter une fois là-bas, quand vous vous rendrez compte que vous aurez besoin de moi, soyez raisonnable pour une fois, prenez-moi à la place de votre copine Curcuma-tire-sur-tout-ce-qui-bouge.
Henry ferma la porte du hangar et se dirigea vers l'hélicoptère, avec un peu de chance, ils retrouveraient Helen et Will aujourd'hui.
Nikola rentra au laboratoire et se mit à faire les cents pas. « Résumons : trois irresponsables disparus autour de Glasgow dont deux minimoys. Un message idiot qui ne nous donne qu'une seule information « envoyez Magnus » - donc j'en déduis que ni Helen, ni William ne sont avec tonton Tom et – et des coordonnées, des coordonnées que je viens de passer des heures et des heures à calculer mais qui n'existaient ni sur terre, ni sous terre, fan-tas-tique ! Salamèche et Pikachu viennent de partir sans moi et reviendront certainement sans rien et Choubaka derrière sa webcam commence à se faire un sang d'encre pour sa nounou ! Nikola mon ami, la journée commence bien ! »
- Hightelms forest -
_ Hum, c'est bizarre, la pierre à l'air d'avoir perdu le Nord, elle fait n'importe quoi.
_ Peut-être que quelque chose perturbe son champ magnétique. Souffla Magnus entre deux pas.
_ Ou alors peut-être qu'on est arrivé.
_ Je ne pense pas, je crois que je l'aurais su.
_ Alors par où on va ?
La pluie recommença à tomber, fine et froide. Helen ramassa une feuille d'arbre verte et ils se serrèrent en dessous pour se protéger. Elle respira l'odeur de la terre mouillée et essaya de se concentrer. Quand elle rouvrit les yeux, elle vit de loin un dessin blanc sur un tronc d'arbre.
_ Dieu du ciel Will! Le lapin blanc !
Will resta bouche bée devant la silhouette peinte pendant un instant. Elle lui faisait penser à un graffiti tracé au travers d'un pochoir : schématique mais minutieux. Pas de doute possible, c'était un lapin blanc.
_ J'imagine qu'il faut marcher dans la même direction que lui. Dit Helen en hochant les épaules.
_Magnus, je vous préviens tout de suite, si on croise des fleurs qui chantent et des huitres qui dansent, je pars en courant, j'ai eu ma dose d'expériences psychédéliques hier soir.
_ Vous ne voulez même pas attendre de croiser la reine de cœur ?
_ Très drôle.
Ils reprirent leur rythme de marche, et tombèrent quelques minutes plus tard sur une autre peinture de lapin et un peu après sur un autre encore, Will remarqua que la dernière n'était pas identique, le lapin trottait. Ils suivirent la nouvelle direction. Un quart d'heure plus tard, Helen s'étonna de n'avoir pas croisé d'autres peintures.
_ Qu'est-ce que ça veut dire, qu'on continue encore tout droit ?
_ Ou qu'on s'est perdu, on a peut-être raté un lapin. Will ria à devant l'absurdité se sa propre phrase, Helen aussi.
_ Je propose qu'on revienne sur nos pas, pour vérifier. Dit-elle en se retournant.
_ Proposition approuvée.
Quand ils se retrouvèrent devant la peinture précédente sans n'avoir croisé aucun autre signe, Will consulta la pierre et Helen son sixième sens mais rien n'aidait. Ils tournèrent en rond aux alentours de l'arbre, en vain. Elle s'assit sur un caillou lisse en soupirant. Il posa sa main sur son épaule en signe de réconfort.
_ Et donc, hier soir, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
_ Je ne dirai rien même sous la torture. Plaisanta-t-elle.
_ Vous ne connaissez pas mon légendaire pouvoir de persuasion !
Il la fixa d'un air faussement menaçant, elle soutint son regard en levant un sourcil sceptique, un ange passa.
Soudain, il vint à Will une idée saugrenue :
_ Peut-être qu'il faut trottiner.
_ Pardon ?
_ Les deux premiers lapins marchaient, celui-ci accélère …
Helen le regarda un instant stupéfaite et un brin admirative puis partit en petites foulées, Will suivit. Ils traçaient entre les hauts arbres quand apparut un lapin qui courrait vers l'Ouest, esquissé sur une grosse branche.
_ Oh non… Râla Will avant de se mettre à courir vraiment, Helen sur ses talons. Puis Elle sentit une rafale impétueuse la pousser en arrière et vit à l'horizon un raz de marée d'eau douce s'écouler entre les ormes géants. Un bruit roulant et insupportable de mécanique et de métal qui fend l'air retentit et s'installa. La vague se rapprochait dangereusement. Will lui attrapa la main et ils dévalèrent les grands vents à toutes jambes en hurlant du fond des poumons contre cet assaillant invisible, leurs cris étouffés par le vacarme. A une dizaine de mètres au-dessus d'eux, l'hélicoptère volait au raz des arbres, secouant leur cime de sa puissance monstrueuse, il tournoyait à la quête d'une zone dégagée où se poser. Helen et Will dans leur fuite effrénée croisèrent un nouveau lapin en pleine cavale et bientôt un autre qui sautait dans un trou. A cet instant, la terre se déroba au-dessus d'eux et ils s'accrochèrent l'un à l'autre dans une chute sempiternelle.
