Merci pour vos reviews, les mises en favoris et les follows ! Je suis contente que l'histoire vous plaise !
14. Parce que Draco était un lâche
Cher Harry Potter,
On n'a de nouveau plus de lait.
Sincèrement,
Draco Malfoy
- Tu es allé chercher le journal ? demanda Draco en remuant son thé.
- Tu ne te demandes jamais si ce mystérieux Harry Potter va te répondre ? dit Harry, la lettre en main.
- Je préférerais qu'il fasse quelque chose d'autre avec ses mains.
Ils avaient fait ça souvent ces derniers temps. Après que Draco ait été autorisé à quitter l'hôpital, Harry demanda un congé d'une semaine à Robards, qui, comme tous ceux du Département, présuma qu'il passerait du temps avec sa nouvelle filleule. En fait, il verrait Rose pour la première fois depuis Sainte Mangouste ce soir. Draco et lui avaient décidé que la meilleure façon pour se rattraper de tous ces mois de secret était de faire une petite fête avec tous leurs amis et de commencer à se peloter devant tout le monde. Ou peut-être à faire un petit discours. Draco et lui n'étaient toujours pas d'accord sur ce point-là.
Harry prit un siège à côté de Draco.
- Qu'est-ce qu'on cuisine pour ce soir ? demanda Harry.
La première chose que Draco avait faite après avoir accepté la petite fête, avait été d'insister sur un dîner fait maison. C'était ça ou utiliser Kreattur comme goûteur, ce qui offenserait Hermione encore davantage. Ce qui était probablement l'intérêt.
- Ça dépend, dit Draco. La Belette est allergique à quoi ?
- Ne pousse pas. La dernière fois qu'il a bu quelque chose de toi, ça l'a presque tué.
Le visage de Draco se renfrogna, et Harry souhaita ne pas l'avoir mentionné. Mais s'ils allaient vivre ensemble pour ce qu'Harry espérait être le reste de leurs vies, c'était préférable de se débarrasser de tous les souvenirs déplaisants plus tôt que trop tard. Ils ne blesseront pas autant la fois suivante.
Passant à un souvenir plus léger, Harry ajouta :
- Mais c'est vrai qu'il a essayé de te faire manger des limaces.
- J'aime les escargots.
Harry grogna. Remets-toi s'en à Draco pour tourner une farce immature en quelque chose qui sonnait comme si ça avait appartenu à la Reine d'Angleterre.
- Pitié, dis-moi que ce n'est pas sur le menu de ce soir.
- Je pensais à un filet mignon avec des haricots verts, dit Draco en secouant la tête. [« filet mignon » et « haricots verts » en français dans le texte]
- Donc du poisson et des haricots verts ? [En anglais, cette fois]
[Je crois que l'auteur – ou bien Harry et Draco – ne sait/savent pas ce que c'est exactement]
- Ce serait laisser l'ingrédient secret de côté.
- Quel est l'ingrédient secret ?
- Le nom. Donne un nom français et prétend que c'est un ingrédient secret. Les gens diront toujours que ça a un meilleur goût.
- Oui, sauf pour un garçon de cinq ans qui refuse de manger tout ce qu'il ne peut pas prononcer.
- Je sais ! s'exclama Draco en claquant des doigts. Pourquoi est-ce qu'on ne servirait pas à la Belette, – tiens-toi bien – de la BELETTE ?
Tous deux éclatèrent de rire.
- On a besoin de quelque chose de simple, insista Harry lorsqu'il put de nouveau respirer. Qu'est-ce que tu mangeais lorsque tu avais l'âge de Teddy ?
- Eh bien, il y avait ce plat de pâtes qu'on avait quelques fois lorsque Père était parti pour des voyages d'affaires. Dobby l'avait eu d'un certain vendeur de rue Italien. En réalité, je pense que j'ai toujours la recette au… s'interrompit Draco. Laisse tomber.
- Mentionner Dobby ne me vexe pas, dit Harry en posant sa main sur celle de Draco. Hermione serait folle de joie de goûter à son plat.
- Ce n'est pas ça.
Harry attendit que Draco développe, mais le blond sembla se contenter de regarder les doigts d'Harry alors qu'ils caressaient sa main. Il allait falloir le pousser un peu dans le dos, réalisa Harry. Les caresses s'arrêtèrent soudainement.
- Qu'est-ce que c'est alors ?
Draco ouvrit la bouche, puis la referma.
- Je n'ai pas la recette.
- Tu viens juste de dire que tu l'avais.
- J'avais tort.
Doutant du fait que Draco lui mentirait aussi ouvertement après l'épreuve de la lettre, Harry se remémora les mots exacts de Draco.
- Tu ne peux pas avoir la recette parce que c'est au Manoir Malfoy ? demanda Harry, avant de voir que Draco refusait de croiser son regard, ce qui confirma ses soupçons. On a le temps de transplaner là-bas.
- Non.
Dans sa hâte pour répondre, Draco lâcha la main d'Harry et renversa presque son thé.
- Draco, commença Harry en fronçant les sourcils, c'était quand la dernière fois que tu es rentré à la maison?
- Je suis à la maison, maintenant, répondit Draco en prenant une gorgée de thé avec prudence et en glissant sa main sous celle d'Harry.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, et tu le sais.
- La semaine dernière. J'y étais la semaine dernière, répéta Draco en levant les yeux au ciel. J'avais besoin de mon certificat de naissance pour les papiers à remplir pour postuler pour le travail en journée.
Selon Harry, ça ne comptait pas.
- Et avant ça ?
Draco haussa les épaules.
- Mais tu n'as pas cherché des affaires lorsque tu as emménagé ici ? insista Harry.
Maintenant qu'il y pensait, même dans leur fièvre décorative, Draco n'avait pas vraiment posé des affaires à lui dans la maison. Seulement un placard de vêtements et sa boîte à outils. Ce qui n'étaient certainement pas des objets de valeurs avec lesquels Harry avait imaginé Draco grandir.
- Tu ne vivais pas au Manoir Malfoy ? continua Harry.
- Tout était en morceaux, dit Draco en haussant les épaules. Ça m'a presque rendu fou d'essayer de tout remettre en place. Finalement, je me suis rendu compte que c'était mieux couvert de poussière, continua-t-il avant de fermer les yeux. Ça sonnait très bien, non ?
Dans le silence, Harry pouvait entendre Buck piétiner partout à l'étage, chassant probablement les souris qui vivaient toujours dans les murs du Square Grimmaurd. Quelques fois, la nuit, Harry aurait juré en avoir vu une à laquelle il manquait un doigt, qui ressemblait à un rat dans l'obscurité.
Avec hésitation, Harry mit sa main sur l'épaule de Draco.
- Tu es fier de ta famille. Je sais que tu l'es. Il doit y avoir quelques moments dont tu veux te rappeler. Et ne dis pas que je suis ta famille maintenant.
- Tu l'es, insista Draco. Et Teddy et Andromeda et ma mère. Une stupide maison n'est pas ma famille.
Harry fronça les sourcils. Le portrait de Draco n'aurait jamais traité sa maison de stupide.
- Mais ça fait tout de même partie de ton passé.
- En toute franchise, je suis plus préoccupé par mon avenir, répondit Draco en se penchant pour embrasser Harry.
- Moi aussi, dit Harry en le repoussant gentiment. Mais je ne veux pas oublier tout ce qui est arrivé non plus.
- Évidemment que tu ne le veuilles pas, se renfrogna Draco. J'ai cru qu'au moins tu comprendrais pourquoi je le voudrais.
- Non, dit honnêtement Harry. Notre passé est ce qui nous a rendu aussi fort que nous le sommes. Je suis tombé amoureux du garçon qui portait le badge Potter Pue bien avant que je ne sois tombé amoureux de toi.
- Ah oui ? Eh bien, je suis tombé amoureux du Survivant bien avant que je ne te rencontre !
Ils s'arrêtèrent tous deux pour enregistrer ce que l'autre avait dit.
- Amoureux ? répéta Draco. De… ?
- J'avais les fantasmes stupides d'un garçon de quatorze ans sur ton utilisation de l'image sur le badge, rougit Harry.
A en juger par l'expression de Draco, ils n'étaient pas aussi stupides qu'il ne le croyait.
- Et toi ? demanda Harry. Tu veux dire cette année, avant que tu n'apprennes à connaître le vrai moi, c'est ça ?
Draco baissa les yeux. Harry eut le souffle coupé.
- S'il-te-plaît, continua Harry, ne me dis pas…
- Non, l'interrompit Draco. Je n'ai pas – je n'étais pas amoureux de toi. J'avais onze ans, par Merlin. J'aurais cru que tu avais attrapé des cooties par Granger si tu m'avais fait des avances. Mais – j'ai voulu – vraiment voulu que tu me serres la main, continua Draco avant de pousser un cheveu de ses yeux. Je suis tombé amoureux des coupures de journaux. Et des articles de Sorcière-Hebdo. Et probablement une carte de Chocogrenouille…
[« cooties », Scorpius en avait déjà parlé, « maladie imaginaire que les enfants croient attraper au contact des enfants différents (de sexe différent, ou bien différent tout court, dans le cas présent, Hermione est une fille et une Née-Moldue). »]
Harry fronça les sourcils. Il n'avait pas réalisé combien de matériel de masturbation sur lui il y avait.
- Mais j'aime le vrai toi encore plus, finit Draco.
Cette fois, Harry le laissa déposer quelques baisers avant de ruiner le moment.
- Tu es effrayé de retourner au Manoir Malfoy, n'est-ce pas ?
- Je ne le suis pas ! s'écria Draco en repoussant sa chaise. Je ne pensais juste pas que tu serais si insistant à propos de visiter l'endroit où ton pire ennemi a massacré des gens, où ta meilleure amie a été torturée, et où ton Elfe de Maison préféré est mort. Tu n'aimerais pas que je suggère que nous allions à Privet Drive, si ?
- Privet Drive n'est pas ma maison ancestrale, répondit Harry.
Il prit la tasse de thé de la main de Draco mais ne la lâcha plus.
- Et la recette des meilleures pâtes de l'hémisphère Ouest ne s'y trouve pas, ajouta Harry.
- Bien, fit Draco en le fusillant du regard. On peut aller prendre la recette. Mais on ne peut pas y passer plus d'une heure là-bas.
A en juger par le regard dans les yeux de Draco, on pourrait croire qu'une heure était une éternité.
- Le pain à l'ail pourrait brûler, ajouta Draco.
[« pain à l'ail » en français dans le texte]
Harry accepta les conditions avec un baiser, puis se dépêcha d'aller s'habiller.
Ils y arrivèrent aux alentours de midi, mais au Manoir Malfoy, ça semblait comme toujours le milieu de la nuit. Une morosité invisible planait sur le domaine comme des Détraqueurs, un beau jour d'été.
Alors que Draco se dirigeait vers sa chambre pour rassembler quelques-unes de ses affaires, Harry se mit à la recherche de la recette.
- Excusez-moi, dit-il à un des tableaux, pouvez-vous me dire où les aliments sont stockés ?
Le portrait – un aristocrate au crâne dégarni qui rappelait à Harry d'une façon sinistre, ce à quoi Lucius aurait pu ressembler s'il avait vécu assez longtemps pour perdre ses cheveux – grogna.
- Vous les Aurors, n'êtes jamais satisfaits, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas profaner notre maison, l'estomac vide ?
- Je ne suis pas un Auror, dit Harry. Euh, je suis un Auror, mais je ne suis pas là pour faire une descente. Je viens chercher quelque chose pour Draco.
Dans un portrait à côté de celui de l'aristocrate, une vieille dame arrosant des tulipes, posa un doigt sur ses lèvres.
- Tu dois lui répondre, Tiberius. Il est sans aucun doute venu chercher quelque chose.
- Venant de ma femme, dit l'aristocrate après avoir soufflé, ça me rend encore plus enclin à refuser de lui répondre. Bonne journée.
Il recommença à se pomponner dans son miroir.
- Prends deux fois à gauche, descends une volée de marches, et tu y seras, lui indiqua la vieille après lui avoir fait un clin d'œil.
Ce ne fut qu'après qu'Harry eut descendit un escalier familier, qu'il s'immobilisa et se remémora ce qu'il avait dit à l'aristocrate.
Là où les aliments étaient stockés. Pas la cuisine. La cave.
Non, les cachots. Mais ça avait été une cave lorsque Draco lui avait écrit cette première lettre quinze ans auparavant. Quinze ans auparavant, le contenu de cette cave – probablement quelque chose de pompeux, comme du boa – avait fini sur la table de dîner de Draco. Ça n'avait pas changé sept ans plus tard. Seules les places avaient été échangées. Et celui qui dînait à la table, était une autre espèce de serpent.
[Cette dernière phrase m'incite à penser que l'auteur s'est trompée. Elle a écrit quelque chose de pompeux, comme du « boar ». Mais « boar » veut dire « sanglier ». Je pense qu'elle voulait écrire « boa », comme autre espèce de serpent.]
La colère enflamma sa poitrine. Draco s'était assis à la même table et avait regardé ça se produire. Peut-être qu'il n'avait pas tenu un couteau et une fourchette, mais de bien des façons, il était tout de même un cannibale. Un vrai Mangemort. Au moins, ce stupide nom sembla enfin sensé.
La partie rationnelle d'Harry savait que si Draco avait fait quelque chose, il aurait été le repas suivant de Nagini. Ou pire, sa mère l'aurait été. Et ensuite un autre Mangemort aurait été envoyé pour prendre le pouls d'Harry, ou peut-être que Nagini serait devenu le maître de la Baguette de Sureau, ou quelque chose de tout aussi bizarre. Selon toute probabilité, l'un d'entre eux ou bien tous deux n'auraient pas survécu à cette guerre pour devenir ce qu'ils étaient aujourd'hui. Tout ça parce que Draco était un lâche.
Évidemment, il y avait une sorte de bravoure malsaine à devenir un monstre, qui protège sa famille à tout prix. Et il y en avait encore plus à vivre avec les conséquences et à devenir quelqu'un de mieux.
C'était à ce moment-là qu'Harry sut qu'il avait entièrement pardonné Draco. Pour avoir ouvert la porte à ce qui avait mutilé le visage de Bill Weasley et poussé Dumbledore de la tour d'Astronomie. Pour avoir empoisonné Ron et entendu Hermione crier. Pour avoir été effrayé. La cave était vide maintenant, et Harry ne voulait certainement pas y vivre.
Il erra dans les environs, à la recherche de la cuisine, lorsqu'il entendit une voix traînante familière derrière lui.
- Oh, par Merlin. S'il-te-plaît, dis-moi qu'il ne t'a pas vraiment légué la maison.
Harry se tourna et trouva le portrait de Draco, le fixer avec horreur.
- Draco n'est pas mort, répondit Harry.
Malfoy sembla un peu surpris. Même si, peut-être que c'était sa façon de contenir sa réaction allergique au mot « Draco ».
- Alors qu'est-ce que tu fais ici ? Tu as un mandat ?
- Je suis ici pour une recette de pâtes, répondit Harry sincèrement.
- T'aider dans une enquête criminelle n'était pas suffisant ? demanda Draco, bouche bée. Maintenant, tu veux commencer un club de gourmet ? Et ne dis pas « pâtes », dis « rigatoni » ou bien « lasagna bolognese ». « Pâtes » sonne tout-à-fait plébéien.
- Si tu veux, Malfoy, fit Harry en levant les yeux au ciel. Aurais-tu l'amabilité de m'indiquer le chemin de la cuisine. Ou devrais-je dire, la cuisine ? [En français dans le texte]
- Prends à droite, puis à gauche, monte les escaliers puis suis le couloir, dit Malfoy en se détournant.
Harry ouvrit la bouche, prêt à protester, avant qu'il ne réalise que Malfoy avait en fait répondu à sa question. C'était bien trop facile.
- Euh… Merci ? fit Harry.
Malfoy sourit tout simplement et s'appuya contre le manteau de cheminée. Harry était surpris que l'artiste ne lui ait pas fourni un sofa, étant donné la quantité de suie que Malfoy se mettrait forcément sur ses robes. Il y avait ces coussins Parisiens sur le sol, mais Harry supposait que Malfoy paraîtrait un peu ridicule assis dessus. Un artiste plus pragmatique n'aurait pas gâché autant d'espace sur un objet aussi inutile. A moins que…
Harry eut le souffle coupé. A moins que ce n'étaient pas seulement des coussins. Peut-être qu'ils n'étaient pas seulement décoratifs. Peut-être qu'ils étaient là pour qu'un animal de compagnie puisse s'asseoir dessus. Un Croup.
- Quoi, Potter ? fit Malfoy, remarquant qu'il le fixait du regard. Tu as donné ta langue au chat ? [Ce serait plus « Tu as perdu ta langue ? »]
- Pas à un chat, dit Harry. A un Croup.
Malfoy ne réagit pas, un signe certain de culpabilité – autrement, il aurait fait un commentaire sarcastique à propos de la stupidité d'Harry et de son manque général de raffinement.
- Je ne crois pas que tu aies amené ta bête avec toi, dit Malfoy.
- Sauf que c'est ta bête, n'est-ce pas, Malfoy ?
Tout commençait à prendre sens. Évidemment qu'il n'avait pas réussi à refaire le sort qui avait transformé Krokmou en un vrai Croup, parce que ça n'avait pas du tout été un sort. Ça avait été un portrait magique. Tout comme le paon dont George avait utilisé les plumes.
- Krokmou fait partie de ton portrait. C'est pour ça qu'il jouait avec ton cadre avant. C'est pour ça que tu disais que tu avais un Croup dans les lettres de George. Draco n'en avait pas, mais toi oui.
- De quoi parles-tu, Potter ? demanda Malfoy.
- Tu es l'Artiste Animalier, dit Harry en donnant un coup de baguette sur le portrait. Tu es celui qui essaie d'attaquer Draco.
Harry voulait se frapper. C'est ainsi que Malfoy avait su enchanter le chevalier dans la chambre d'hôpital de Draco. Harry l'avait amené directement à Draco.
- Mais pourquoi est-ce que tu t'attaquerais? demanda Harry.
- Nous ne sommes pas la même personne, répondit Malfoy, le visage s'assombrissant. Tu l'as dit toi-même. Il est le vrai Draco Malfoy.
- Tu es jaloux ?
- A peine, dit-il avant que ses lèvres ne déformèrent en un large sourire. Pas après ce qui va lui arriver.
- Qu'est-ce que tu vas lui faire ? demanda Harry, son cœur battant.
- Je ne vais pas faire quoi que ce soit, ricana Malfoy. Crois-le ou non, Potter, ces attaques étaient mes tentatives de le sauver, et non de le détruire. Il a cru pouvoir fuir et me laisser derrière. Mais il n'y a qu'une seule façon de fuir. Je le soupçonne de découvrir cela en ce moment-même, continua-t-il, les yeux brillants.
Ce fut à ce moment-là qu'Harry entendit Draco crier.
Ses instincts d'Auror s'enclenchèrent. Il courut vers le cri, mais déjà, il s'était transformé en écho, allant dans toutes les directions. Lorsqu'il appela le nom de Draco, seul le silence l'accueillit. Pourquoi est-ce que Draco devait avoir une maison aussi grande ?
Prends à droite, puis à gauche, monte les escaliers puis suis le couloir, avait dit Malfoy. S'il avait tendu un piège, c'était certain que c'était à cet endroit-là.
Comme on pouvait s'y attendre, le chemin mena à la chambre de Draco, même si le blond n'était en vue nulle part. A en juger par le désordre – des robes triées par piles sur le lit et une boîte en carton avec des papiers qui en débordaient – Draco avait été là récemment.
Dans une pièce au bout du couloir, Harry entendit quelque chose tomber.
- Draco ?
Il courut vers l'avant et se trouva face à face avec le blond. Il y avait quelque chose dans l'expression de Draco qui criait Azkaban – peut-être les cheveux rebelles ou le front tendu. A ce moment-ci, Harry aurait juré que Draco ressemblait plus à Sirius ou à Bellatrix qu'à son père.
Puis Draco leva sa baguette.
- Stupéfix !
Harry s'attendit à ce que le sort file à toute allure à côté de lui et frappe quelque monstre derrière lui. A la dernière seconde, il parvint à se baisser rapidement alors que le sort effleura les pointes de ses cheveux et rebondit contre le mur. Il avait à peine eu le temps de lever un bouclier que Draco fit de nouveau feu, cette fois visant la poitrine d'Harry. C'était indéniable : Draco, pour une quelconque raison, le visait.
- Qu'est-ce que tu fais ? cria Harry.
L'Auror en lui était déjà en train de dresser une liste des possibilités : le sortilège de l'Imperium, une potion de Polynectar, une dépression nerveuse…
Draco s'immobilisa alors que son dernier sort rebondit contre le bouclier d'Harry.
- H-Harry ?
Harry hocha la tête mais n'abaissa pas son bouclier.
Le Serpentard le fixa du regard pendant quelques secondes avant de foncer vers sa chambre et de claquer la porte. Harry put l'entendre s'écrouler au sol et barricader la porte avec son dos.
- Draco ? appela Harry en tambourinant à la porte.
- Non, non, non, fit un murmure de l'intérieur. Ne rentre pas.
- Que s'est-il passé ?
Draco ne répondit pas. Harry pouvait presque sentir les souffles profonds de Draco à travers la porte.
- Draco ? répéta Harry, incapable d'empêcher de l'irritation de s'insinuer dans son ton.
Il était sur le point de menacer de faire exploser la porte si Draco ne l'ouvrait pas dans les trois secondes qui suivaient lorsqu'il entendit une voix venir de l'intérieur.
Sa propre voix.
Il entendit Draco sursauter.
- Comment tu es rentré ?
- Tu ne veux pas de moi ici ?
Harry fronça les sourcils. Oui, c'était sans aucun doute sa propre voix qui venait de l'intérieur de la chambre, mais pas ses mots. Il y avait toujours la possibilité qu'il découvrirait un Retourneur de Temps dans les prochaines minutes, et que celui qui sonnait comme lui était une version future de lui qui était revenu dans le temps pour empêcher Draco de faire une quelconque action idiote qu'il était sur le point de faire. D'une certaine manière, Harry ne trouvait pas ça probable.
- C'est ton problème, n'est-ce pas ? continua celui qui sonnait comme Harry –Potter ? Tu m'as toujours voulu plus que je ne t'ai voulu.
Draco ne sembla pas convaincu et c'était tout à son honneur.
- Si tu étais vraiment Harry, tu saurais que ce n'est pas vrai.
Potter rit.
- Tu te souviens de la semaine dernière, quand je t'ai dit que j'agissais plus comme un Auror que comme un petit-ami ? Disons seulement que c'était un peu trop proche de la vérité.
Comment cet imposteur avait-il pu entendre ce qu'il avait dit à Draco ? Harry jura. Le maudit portrait dans la chambre d'hôpital de Draco. Le deuxième chevalier avait dû reporter tout ce qu'il avait entendu à Malfoy.
Il tambourina à la porte et appela le nom de Draco. Il insulta l'ascendance Malfoy. Il annonça qu'il avait des fantasmes sexuels sur Rita Skeeter et qu'il appréciait porter des sous-vêtements féminins. Ça n'avait aucune utilité. Quelqu'un avait lancé un charme silencieux Harry pouvait entendre ce qui se passait dans la pièce, mais ils ne pouvaient pas l'entendre.
- Je ne te crois pas, dit Draco.
- Tu m'as cru lorsque je t'ai dit que tous tes meurtres étaient seulement des cauchemars, dit Potter avant de rire en voyant la réaction de Draco. Si j'avais su que coucher avec toi était tout ce qui fallait pour te transformer en Poufsouffle, je l'aurais fait des années plus tôt. Tu aurais apprécié ça aussi.
- La ferme ! cria Draco alors que le charme d'explosion qu'Harry avait envoyé sur la porte, lui revint à la tête. Tu n'es pas toi-même.
- Désolé, répondit Potter d'un air pas du tout désolé. Mais je suis moi-même. Ce n'est pas que je n'ai pas apprécié coucher avec toi, mais le travail vient avant le plaisir.
Harry se demanda si c'était ce à quoi il aurait ressemblé s'il avait été envoyé chez les Serpentards.
- Le Manoir Malfoy était la dernière pièce dont j'avais besoin pour t'envoyer à Azkaban pour le reste de ta vie. Exactement là où tu devrais être.
Draco laissa échapper un gémissement. Harry ne voulait pas savoir ce que Potter avait fait pour le provoquer. Le cœur battant, il essaya des variations plus puissantes d'Alohomora sur la porte. Rien. Des sorts qui avaient habituellement des résultats plus explosifs n'avaient aucun effet non plus. Donner des coups de pied dans la porte ne lui fit que mal à l'orteil. Des sorts se heurtèrent continuellement à la porte, et tout ce qu'Harry pouvait faire était écouter :
- Ça – ça ne peut être vrai, bégaya Draco. Tu as dit – tu as dit que je n'ai blessé personne…
- Oh, j'étais donc supposé t'arrêter ? Avant que je n'ai assez de preuve, afin que le Magenmagot n'ait qu'à te relâcher ? ricana Potter. J'espérais que tu te montres assez lâche pour essayer de sauver ta propre peau plutôt que de faire face à la vérité.
- Je ne suis pas un lâche !
Harry cogna sa tête contre la porte – ce qui, sans surprise, ne marcha pas. Ça n'était pas ce avec quoi Draco était supposé se disputer.
- Ah oui ? le défia Potter. Alors viens avec moi sans discuter.
- Je vais venir, dit Draco d'un ton sec. Et Weasley verra que tu as été envoûté, ou possédé, ou…
Il eut le souffle coupé.
- … quelque chose… continua Draco.
- Oui ?
- Oui.
Un filet de doute se mêla à la voix de Draco.
- Alors pourquoi est-ce que tu lèves ta baguette ? demanda Potter comme s'il jubilait. Oh, et je ne parle pas de celle que tu as dans le pantalon.
- Je t'ai presque étourdi auparavant, le prévint Draco. Je peux le refaire.
- Oh ?
- Une fois que je me serais souvenu des mots…
- Tu veux que je m'en aille ? demanda Potter d'une voix plus forte. Force-moi.
- Je ne le ferai pas.
De la panique s'insinua dans le ton de Draco.
- Je t'aime, continua Draco. Même si tu me détestes, je t'aime. Je t'ai –
- Force-moi !
La voix de Draco trembla, trébuchant sur chaque syllabe.
- Av – Ava – Avada –
- FORCE-MOI !
- AVADA –
Héhé, à la prochaine pour le dernier chapitre !
